Paul Martin
La célébrité proverbiale de l'artillerie strasbourgeoise
ne date que du XVI° siècle. Pourtant l'existence de bouches
à feu ou de canons se manifeste à Strasbourg, autant que
leur activité, dès la fin du XIV° siècle. Lors
de l'invasion en Alsace des bandes d'Enguerrand de Coucy en 1375, les tours
de la Ville furent alors garnies de «bühssen» (büchsen),
terme qui lui seul indiquait une bouche à feu1.
Les preuves d'emploi de bouches à feu par les Strasbourgeois
durant tout le XV° siècle sont assez connues, mais n'impliquent
pas la présence d'un matériel nombreux ou important. Jusqu'au
milieu du siècle, catapultes et béliers continuaient à
faire partie de l'«artillierie» de siège.
Lorsqu'en 1475, la menace d'une attaque de la Ville par l'armée
de Charles le Téméraire de Bourgogne fit que le magistrat
procéda en hâte à la mise en défense des fortifications,
on dut avoir recours à l'achat de nombreuses bouches à feu
qui furent accompagnées de leurs maîtres d'artillerie (büchsenmeister)2.
Certes le nombre de pièces existant sur les tours et à
l'arsenal de la Ville fut jugé insuffisant, mais la nécessité
d'effectuer ailleurs des achats de matériel ne prouve pas à
notre avis «qu'on ne fondait point alors, ni ne forgeait des pièces
d'artillerie dans notre ville»3.
Tout le matériel d'artillerie était alors utilisé
jusqu'à l'usure complète, des pièces plus anciennes
servaient à côté de celles de fabrication récente.
Un document des Archives municipales de Strasbourg, daté de 1461,
indique l'activité d'un fondeur une dizaine d'années auparavant.
Le constat fait par le magistrat de Strasbourg de la fonte manquée
d'une bouche à feu en 1461 - examen vitrer übel gegossenen
büchsen - cite les deux noms du fondeur et de son maitre de pièce:
...meister Hans zum Rine, meist Hans den Rinbruckmeister genennt und
Ülrich den buhssenschüssen verhoeret... 4.
D'ailleurs le rôle honorable joué par les 12 ou 13 pièces
d'artillerie strasbourgeoise pendant les campagnes contre le Téméraire
en 1476 et 1477, lui assigne un rang absolument équivalent à
celui auquel pouvaient prétendre alors les artilleries des villes
alliées de la Suisse ou de la Basse-Ligue.
Avant d'aborder la guerre de 1499, appelée par les Suisses la
«Guerre des Souabes» (Schwabenkrieg), quelques explications
préliminaires s'imposent sur l'artillerie en général
à la veille de ce conflit. À partir de 1477, les sources
locales font défaut pour nous renseigner sur l'état de l'artillerie
de la République de Strasbourg depuis le siège de Nancy jusqu'au
début du XVI° siècle. Un coup d'oeil rapide sur l'état
général de cette arme pendant le dernier quart du XV°
siècle permet d'ailleurs de se faire une idée assez précise
du développement qu'elle avait également atteint à
Strasbourg.
La différence entre l'artillerie de siège et l'artillerie
de campagne est déjà nettement établie, mais aucune
règle n'avait encore apporté à la fonte ou au coulage
des pièces un système de classification quelconque. Le fer
forgé ou fondu, le bronze coulé entre indifféremment
dans la fabrication des bouches à feu, mais l'art du coulage en
bronze avait atteint à la fin du XV° siècle une perfection
remarquable.
Tandis que l'artillerie lourde se composait toujours de grosses pièces,
de «bombardes» sans affût, les pièces de campagne,
montées sur des affûts à roues, atteignaient une maniabilité
telle que leur intervention pouvait jouer un rôle décisif
sur le champ de bataille.
L'introduction du chargement par la culasse mobile permit un tir plus
rapide mais bien moins précis et les pièces de ce genre durent
céder le pas aux «serpentines» et «couleuvrines»
(Schlangenbüchsen,
Feldschlangen) se chargeant par la bouche.
Le problème si compliqué des affûts pour les bouches
à feu avait trouvé au cours du siècle des solutions
aussi variées que complexes, car l'affût devait parvenir à
se mouvoir pour pouvoir transporter le canon et en même temps se
prêter aux changements de direction et d'inclinaison de la pièce5.
Finalement c'est l'affût à rouage du type bourguignon
(Burgunderlaffette)
qui avait été introduit dans l'armée de Charles le
Téméraire qui représente, avec ses arcs de pointage
et sa crosse d'affût assez longue le modèle le plus courant
de la pièce de campagne vers la fin du XV° siècle.
Pourtant, les procédés de pointage encore assez rudimentaires
à cette époque, ne permettaient guère un tir très
précis. Afin de changer les degrés d'élévation,
surtout des grosses pièces, il fallait soit enterrer la crosse de
l'affût pour relever le tir, ou alors enterrer les roues pour obtenir
le contraire.
L'invention, très importante pour le futur développement
de l'artillerie, des «tourillons» (Schildzapfen), dûs
aux maîtres d'artillerie de Charles le Téméraire et
destinés à maintenir le canon dans les encastrements des
flasques de l'affût (Wandlaffette) apporta un accroissement
sensible à l'efficacité de l'arme. Le «canon»
dans le sens moderne du mot était né6.
Différents spécimens de cette artillerie de campagne
avec leurs affûts provenant du butin de Grandson et de Morat sont
aujourd'hui encore parfaitement conservés en Suisse, aux Musées
de Morat et de la Neuveville7.
Ce sont des pièces de ce genre surtout que la Ville de Strasbourg
devait conserver dans son Arsenal, dont le nombre de bouches à feu
avait été accru sensiblement par sa part de butin après
les batailles de Morat et de Nancy. En 1480 encore, la Ville avait prêté
une couleuvrine, deux haquebutes et une bombarde munie de 25 boulets de
pierre, de poudre et de plomb à la ville de Lahr (pays de Bade):
... Disser noch geshriben gestuck ist zu lar und ist der stat Strassburg
/ Item ein Schlangen buss / It zwo klein hacken bussen / It ein stein buss
und XXV stein, dorzu puluer und bley...8.
À partir de ce moment jusqu'en 1499 aucun fait précis
concernant l'artillerie strasbourgeoise ne vient nous renseigner sur son
état ou son activité. Seul, un document des Archives municipales,
sans date, mais dont l'écriture permet de le situer vers 1500, nous
indique le nom d'un «fondeur de cloches et de canons»: ...meister
Bürckel glockengiesser und kanonengiemer... chargé de couler
une pièce de gros calibre du genre des «veuglaires»,
...
ein bühsse als lorchersbuhsse... Ce dernier mot peut se traduire
par «Lerchenbüchse» (alouette), ce qui nous fait penser
à une pièce d'artillerie de moyenne importance telle que
les «veuglaires» qui, selon Victor Gay, venaient, dans l'ordre
de grandeur des canons, immédiatement après les bombardes.
C'est le rapprochement surtout des mots Lerche - alouette et de veuglaire
(en flamand «voghleer») - oiseleur qui nous a fait choisir
cette interprétation française du terme allemand9.
La grande voisine de Strasbourg, la Ville de Bâle, avait procédé
dans les années 1489 et 1498 à une réorganisation
et à la refonte de ses pièces d'artillerie. En fut-il de
même à Strasbourg? Malheureusement aucune source ne peut nous
renseigner en attendant à cet égard. Seuls quelques documents
d'origine suisse concernant la bataille de Dornach en 1499 nous permettront
de combler la lacune des sources locales ou régionales.
Après la victoire remportée sur les Bourguignons, l'antagonisme
qui opposait la Suisse à la Ligue de Souabe, fondée en 1488,
devint de plus en plus prononcé. Les Suisses, décidés
à se débarrasser de la tutelle impériale n'hésitèrent
pas à répondre à certaines provocations allemandes
et la guerre éclata en janvier 1499.
Les victoires remportées par les Confédérés
suisses aux batailles de Hard, du Schwaderloch, de Frastenz et de la Calven,
décidèrent l'empereur Maximilien Ier à
intervenir en personne. Il menaça Constance avec une puissante armée.
En même temps, le comte Henri de Furstenberg reçut l'ordre
d'envahir le territoire de la Ville de Soleure10.
Henri de Furstenberg avait établi son quartier général
à Ensisheim, chef-lieu des possessions de la Maison de Habsbourg
dans la Haute-Alsace et dépôt du parc d'artillerie impérial
depuis 149211. Les Strasbourgeois avaient
donné suite, bien à contre-coeur, au mandement impérial
en fournissant un contingent de troupes et d'artillerie sous les ordres
du chevalier Hans Spender et Peter Museler. Ce corps rejoignit l'armée
de Henri de Furstenberg.
Celle-ci, forte de 16 000 hommes, arriva le 22 juillet dans la plaine
entre Arlesheim et Dornach, y établit un camp et commença
sans tarder le siège du château de Dornach, position stratégique
importante. Cette armée était à tous points de vue
la plus brillante parmi toutes celles qui avaient été engagées
dans la lutte contre les Suisses. Outre la «Garde wallone»
(Welsche
Garde) et des corps de troupe impériaux, elle comprenait également
de forts contingents des villes de la Basse-Ligue comme Strasbourg, Sélestat,
Colmar, Ensisheim, Fribourg et les villes du Brisgau.
Henri de Furstenberg, visant avant tout la destruction du château
de Dornach, avait fait amener à pied d'oeuvre dès le mois
de juin certaines grosses bouches à feu, telle la «Kätterli
d'Ensisheim» (pièce de siège ou bombarde sans affût).
Un nombreux parc d'artillerie puissamment fourni et équipé
par les villes suivit. Toute cette artillerie, parmi laquelle figurait
le fameux «Struss» (l'Autruche) de Strasbourg, était
destinée à semer la terreur dans les rangs suisses12.
De leur côté, les Confédérés suisses
ne manquaient pas -contrairement à ce qui fut admis pendant longtemps-
d'une artillerie capable et entrainée. Moins importante dans le
nombre que celle de la Ligue de Souabe, elle était néanmoins
à la hauteur de soutenir un siège ou d'appuyer activement
l'infanterie suisse sur le champ de bataille. Son action durant la guerre
de Souabe fut décisive à plusieurs reprises.
D'ailleurs le dédain qu'éprouvaient alors réciproquement
Allemands et Suisses se fit jour dès le début des hostilités
dans la lutte acharnée que se livraient les troupes, autant que
dans les quolibets qu'ils s'adressaient. Si les Suisses se virent traités
de «Küe» (vaches) par les Allemands, par contre la Ligue
de Souabe et sa puissante artillerie se firent dédaigneusement désigner
de «Furzlossbund» (intraduisible) par les Confédérés13.
Bref, pendant toute la journée du 22 juillet 1499, les troupes
de Henri de Furstenberg procédèrent à l'établissement
des différents camps en même temps qu'à l'installation
de l'artillerie de siège devant le château. En effet, un bombardement
efficace exigeait un rapprochement aussi près que possible des bouches
à feu. L'activité des artilleurs et des pionniers se manifesta
de toutes parts, on creusa des positions de tir pour les bombardes, on établit
des mantelets de protection et on transporta les fascines; tout l'attirail
de siège avec ses nombreux accessoires fut mis en action14.
Il faut croire que dès le lendemain on ouvrit le feu contre
le château-fort de Dornach, vaillamment défendu par Benedikt
Hugi, car la chronique anonyme de Bâle (1492-1504) parle de nombreuses
grosses pièces, bombarbes et couleuvrines, de la mise en batterie
de la grosse pièce, dont furent tirés deux coups : ...und
legten die grosse buchsen und tetten zween schütz darin...15.
Pendant ce temps, le camp avait été complètement
installé. Sans se soucier d'une attaque ennemie possible, les troupes
de Henri de Furstenberg s'abandonnèrent à la nonchalance
lorsqu'au début de l'après-midi les troupes de Soleure, de
Lucerne, de Zurich et de Berne surprirent l'armée maximilienne par
une attaque brusquée. L'effet de la surprise fut complet. Les troupes
de Henri de Furstenberg, balayés par une charge impétueuse,
durent abandonner en hâte leur campement et laisser entre les mains
des Suisses toute l'artillerie presque sans coup férir.
Les bouches à feu dirigées vers le château de Dornach
ne purent servir contre les assaillants, car l'attaque des Suisses se produisait
dans le flanc de leur position. Une lutte âpre et rapide s'engagea
autour des pièces; ceux des servants qui résistèrent
furent achevés sans pitié.
Les pièces conquises, y compris celles de Strasbourg, furent
en attendant clouées ou renversées par les Suisses afin d'empêcher
l'ennemi de s'en servir lors d'un revirement éventuel de la bataille:
... dennoch im umker ward der von Strassburg gschütz verschlagen
und umgeworfen... (Valerius Anshelm, Berner Chronik, p. 229)16.
Une gravure sur bois contemporaine, signée D. S., datée
de 1499, montre dans sa partie supérieure des pièces
de différents calibres, dirigées encore vers le château
de Dornach: à même le sol et entourée de ses servants
tués à côté de leur pièce, la «Kätterli
d'Ensisheim», grosse pièce frappée du blason de la
maison d'Autriche ou de la Ville d'Ensisheim qui portait les mêmes
armoiries; au premier plan à gauche, des Suisses s'apprêtent
à éventrer un caisson à boulets aux armes de Strasbourg
et un fût à poudre, montés sur un chariot dételé.
L'artillerie maximilienne, tombée entre les mains des Confédérés,
se composait de deux grosses pièces, les bombardes «Kätterli
von Ensisheim » et «Struss von Strassburg» plus environ
50 bouches à feu de différents calibres, montées sur
affûts à rouages. Les deux grosses pièces étaient
d'ailleurs d'un modèle plus ancien puisqu'elles avaient déjà
fait leurs preuves lors du siège de Blamont en 147517.
Le chroniqueur Valerius Anshelm parle aussi dans sa Chronique bernoise
(1530-1536) d'une pièce capitale (hoptstuck) qui était
si grande que l'inscription suivante pouvait être gravée autour
de la bouche de la pièce: Oesterricherin heiss ich / stät
und schloss brich ich / vor mim gwalt hiet dich18.
Peut-être est-ce cette pièce même qui est reproduite
sur une des planches du «Geschützbuch» de 1506 dont nous
parlerons plus loin et qui porte la mention: gross hopf stuck ist gesin
des römisch küngs hat LX zenntner und ist XII spang lang... (elle
avait un poids de 6000 kg et une longueur de 2,64 m environ)19.
Des détails plus précis sur cette artillerie conquise
nous sont fournis par la Chronique Suisse de Heinrich Brennwald (Schweizer
Chronik 1508-1518) qui indique parmi le butin des Confédérés
21 bouches à feu, dont une grosse pièce de 5 500 kg, 1 quartanne
(pièce de siège montée sur affût à rouage)
de 4000 kg, 1 quartanne moyenne de 2700 kg et 5 couleuvrines d'un poids
total de 2900 kg qui fait 580 kg pour chaque couleuvrine.
En plus, appartenant alors à l'artillerie strasbourgeoise, 4
pièces pesant ensemble 1700 kg et lançant des boulets de
pierre d'un calibre moyen, ce qui porte le poids d'une seule pièce
à 425 kg; 9 serpentines moyennes d'un poids total de 3900 kg (sans
les accessoires), donc environ 432 kg par serpentine, sans parler de nombreuses
armes feu portatives : ... Item 4 stein büchsen, schussend in der
grössi als ein pals kuglen, hattend alle 17 centner, und 9 ringer
schlangen hatend an züg alle 39 centner, sind deren von Strasburg
gesin...20
Cet intéressant passage est illustré et complété
par un important document iconographique contemporain, un «Geschützbuch»
(inventaire d'artillerie illustré) faisant partie du manuscrit d'une
copie de la «Zurcher Chronik» de Gerold Edlibach (1506)21.
Nous devons à l'amabilité du Dr E. A. Gessler, Conservateur
au Musée National Suisse à Zurich, de nous avoir signalé
et communiqué quatre photographies de canons strasbourgeois figurant
dans ce recueil. D'ailleurs ce même auteur a déjà publié
et commenté ce «Geschützbuch» dans son important
travail sur l'artillerie suisse à l'époque de la guerre de
Souabe.
Ce manuscrit de 1506 contient la reproduction en dessins coloriés
de 64 pièces d'artillerie prises par les Suisses au courant de la
campagne de 1499. Ces dessins sont parfois accompagnés d'armoiries
relevées sur les canons, le relevé du calibre du boulet et
d'un texte explicatif indiquant la provenance, le poids et la longueur
de la bouche à feu reproduite. Tous les canons sont peints en gris
fer, les affûts en jaune.
Il est plus que probable que parmi les pièces reproduites du
butin de Dornach et ne portant aucune indication d'attribution, l'une ou
l'autre ait appartenu à la Ville de Strasbourg.
Les quatre canons strasbourgeois reproduits dont trois sont inédits,
montrent des affûts à rouage du type bourguignon avec arcs
de pointage:
1° fol. 326 a. canon de 400 kg lançant des boulets de pierre
...ein steinbüchs ist gesin deron von Strassburg hatt III zennttner
und ward gewunnen zu tornach uff sannt magdalenen tag 1499.
2° fol. 323 b. même type et même inscription.
3° fol. 325 b, couleuvrine moyenne de 300 kg d'une longueur d'environ
1.54 m (en comptant la spang (Spanne) à env. 22 cm) : ...It
ein halbe slang ist gesin deron von Strassburg hatt III zennttner und III
ist spang lang, ward gewunnen zu tornach... etc.
4° fol. 328b, couleuvrine moyenne de 600 kg d'une longueur d'environ1,76
m: ... It ein halbe schlang... hait VL zennttner und ist lIII spang
lang..., etc.
Sur une gravure sur bois représentant le siège de Troyes,
imprimée à Strasbourg par Grüninger en 1502 et conservée
au Cabinet des Estampes de Strasbourg, l'artiste n'a pas jugé nécessaire
de reproduire dans ses dessins les crosses des affûts, et la perspective
adoptée ne permet souvent pas de préciser si les affûts
sont à flasques ou d'un bloc (Wand- oder Blocklaffette).
La même constatation s'impose pour les tourillons qui étaient
souvent, utilisés à cette époque pour les canons de
moyen et de petit calibre. La forme hexagonale ou octogonale de la chambre
du canon à la place d'un cylindre est confirmée pour cette
époque par les deux belles pièces de la collection R. Forrer,
exposées à Strasbourg en 1903. Ces deux pièces proviennent
de Soultzmatt dans le Haut-Rhin (à environ 15 km d'Ensisheim) et,
ayant fait peut-être partie d'un parc d'artillerie de réserve
concentré à Ensisheim, elles ont pu échapper au désastre
de Dornach22.
Trois canons analogues, ayant appartenu sans aucun doute à l'ancien
arsenal de Strasbourg, servaient dans les années après 1870
de porte-chaînes devant une des casernes de Strasbourg. Enlevés
vers 1874 par ordre de la Mairie, ils furent expédiés à
la commune d'Oberkirch (Bade). Celle-ci avait réclamé ces
canons, faisant appuyer sa demande par le Grand-Duc Frédéric
de Bade. Peu de temps après, la même commune les vendit comme
«vieille ferraille» à une fabrique de machines où
ils furent acquis par le Zeughaus de Berlin. Ils s'y trouvent encore actuellement.
C'est ainsi que trois belles pièces de notre patrimoine local disparurent
de Strasbourg, malgré les protestations formulées en son
temps par M. Robert Forrer23.
Le transport ou la traction des pièces se faisait par chariot
porte-pièce pour les grosses bombardes (traînées parfois
par vingt chevaux), par une fourche d'attelage ou par un petit avant-train
(sur lequel se fixait la crosse de l'affût) attelé d'un, de
deux ou de plusieurs chevaux suivant l'importance de la pièce. De
nombreuses illustrations dans les chroniques suisses de Diebold Schilling
de Berne et de Lucerne font apparaître encore une autre manière
de traction. Dans ce cas, les pièces sont traînées
par un système de traction fixé à l'affût sous
la volée du canon, la crosse de l'affût trainant alors par
terre24.
L'efficacité du tir de l'artillerie de siège est attestée
à cette époque par de nombreux témoignages. Même
les chansons du temps font ressortir l'importance et la renommée
de l'artillerie maximilienne, dont faisait alors partie celle de Strasbourg25:
| Der Struss der liess sich hören |
| mit mengem herten knall, |
| er wolt nun zerstören |
| das schloss ganz überall |
| mit sinen strengen schiessen... |
| Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg |