Note sur le patois du Ban de la Roche

Monsieur René Bernard, instituteur retraité de Fouday âgé de 85 ans, nous a fait parvenir un texte par lequel il nous livre de nombreux exemples du vocabulaire de la langue vernaculaire autrefois parlée dans les villages du Ban de la Roche, mais aussi dans toute la partie romane de la vallée de la Bruche. Cette contribution nous a beaucoup touché, car elle nous a fait prendre conscience de notre pauvre connaissance de cette langue et de la grande perte que sera la disparition prochaine et définitive de ce patrimoine culturel millénaire.

S'il est vrai que les langues minoritaires sont vouées à disparaître à court terme, il faut reconnaître qu'il est même déjà trop tard de se donner l'illusion d'en retarder l'échéance. Sans doute, des initiatives comme celle-ci permettront d'en retenir modestement le souvenir. Pour ce faire, nous encourageons nos lecteurs à imiter notre auteur et à coucher sur le papier, ou mieux, à enregistrer ce qui peut l'être encore1. Aussi pour illustrer cette parenthèse, je ne puis, en l'honneur de notre auteur mais aussi de Solbach, m'empêcher une disgression glânée avec des fleurs dans Le parfait village, l'ouvrage bien connu de Carlos Fischer:
- J'admire chaque jour les dahlias de votre jardin, dis-je à Mme Bernard, la femme du maire, pour lui faire un peu la cour. Ils sont magnifiques.
- Vous trouvez? me répond-elle avec quelque plaisir. Vous êtes très aimable... C'est vrai, qu'elles sont bien belles.
Me voilà prévenu. Cela m'apprendra à prêter aux dahlias du Ban de la Roche un genre auquel ils n'ont évidemment aucun droit et à oublier que les femmes du pays ont exercé sur la langue qu'on y parle une influence telle que les mots masculins les plus authentiques ont complaisamment changé de genre2.

Denis Leypold

L'ancienne langue actuellement parlée au Ban de la Roche est la même dans tous nos villages avec cependant de petites différences qui font qu'on reconnaît que telle personne est originaire de tel village d'après sa façon de s'exprimer.
Un jour, à Heiligenberg, je m'adressais à deux dames pour leur demander un renseignement: «An n'est pas d'ici me répondirent-elles - An est des témoins Jehova3». «Vous êtes même de Neuviller», ai-je répondu. En effet, elle étaient venues de la Haute-Goutte pour essayer de sauver des âmes à Heiligenberg.

Quand j'étais instituteur à Waldersbach après la guerre, j'avais comme élève un jeune strasbourgeois réfugié et qui avait bien assimilé le langage local. Je demandais un jour à ce gamin (qui doit-être aujourd'hui grand-père) qui jouait avec un bout de cordon: «Qu'est-ce que c'est? - C'est d'la tchesseure pour ma doudjel » me répondit-il. À Fouday, on aurait dit: c'est d'la chesseure pour ma cougée (pour mon fouet).
À Fouday on mange du chic (fromage blanc). À Belmont, c'est du tchic. À Neuviller, du maklet.
À Solbach, on serre la charge de foin avec des spannhebl, ailleurs avec des sperrates (ces deux mots sont d'origine germanique).
À Fouday, on monte la cruse (le chemin creux). À Neuviller, an mante la crise4. À Fouday, le soer i fait noer (le soir il fait noir). À Solbach, le souar y fait nouar.
Les accents circonflexes sont distribués de façon un peu anarchique. À Belmont, on dit: le pâsteur, les âbeilles, l'ânnée. À Waldersbach, on élève des cochôns et des moutôns. À Fouday: T'l'âs vu, c'êst sûr, t'l'aurâs. À Rothau, c'est: t'l'âuras, je n'sé pas.
À Solbach, à Belmont, quelquefois "que" remplace "qui": C'est le train que monte, que vient le premier.
Pour manifester son étonnement, à Waldersbach, à Solbach et à Fouday, on dit: Mon! (pour: mon Dieu !) À Belmont, on dit: Man! À Neuviller, ont dit: Man-dan-dan-dan-dan!5

Le langage roman possède une syntaxe et un riche vocabulaire. Grâce à la proximité de l'Alsace germanophone et à l'apport de nombreuses familles suisses qui ont contribué au peuplement de nos villages, de nombreux mots et tournures d'origine germanique plus ou moins déformées, se sont glissés dans notre langage et continuent souvent à être employés quand nous parlons français. À son mari faisant la «grimace» devant son assiette, l'arrière grand-mère aurait demandé: «Ca n'te schmake mi?». La jeune femme d'aujourd'hui dira: «si ça n'te schmeke pas, t'as qu'à..!» je vous laisse imaginer la suite.

Beaucoup d'autres verbes d'origine germanique ont été adoptés dans notre patois et sont souvent passés dans notre français actuel. En voici quelques-uns (j'ai mis un accent sur certain "à" dans les mots pour marquer un son qui n'existe ni en français ni en allemand - par contre en alsacien -, son intermédiaire entre le a et le è): hacker (piocher), schtroubler (travail mal fait), gràbler (creuser), ahàxer (ensorceler), pàttler (mendier - t'as encore été pàttler des bonbons), treppler (trépigner - quand la vache va vêler, elle treppelle) , schlàcker (sucer), kraouer (grimper), hleifer (traîner), schmerer (barbouiller), bikler (sarcler), se stàrner (se faire une bosse), hkeuper (cracher), schpretzer (asperger), houper (appeler en criant), vergonner (rouspéter méchamment), schlouker (avaler), hifler (buter les pommes de terre), ràtscher (bavarder), schtonpfer (bourrer), etc.
Beaucoup d'autres mots germaniques sont passés dans notre langue. En voici toute une liste qui n'est pas limitative et que je cite dans le désordre: î boha (un hêtre), lon kébli (le cuvelier), î herna (un frelon), î schnàck (un escargot), î stàck (un bâton), î spatz (un moineau), enne schlouk (une gorgée), lon firia (un boeuf rouge), î bouchkebl (un puisoir à purin), î vergonnà (mauvais rouspéteur), lè benne ou lon benné (parler du grenier), î ré (un talus), enne hacke (une pioche), enne biklatte (sarcloir), lon staye (une étable), lon htrain (de la paille), li spannhebl ou sperrattes (levier pour serrer la charge de foin), enne haxe (une sorcière), î pàttl (un mendiant), ouett (laid, ou aussi avare et gourmand - on dit d'un gourmand: C'a i ouett su son mousé), dicht et hot (gauche et droite en parlant aux boeufs), plont (nu), lè gerjonte (choucroute - du verbe allemand gären qui veut dire fermenter et le nom patois jonte qui signifie choux), î schnonk (moustique), lon ronhue (fumoir), î hoblebank (un établi), lon schàréschlif (le rémouleur), enne kaïs (une chèvre), enne scheit (coin métallique pour fendre le bois), î ràmesse (une serpette), enne kàmratte (chambrette), enne schnetze (une tranche de pomme ou de poire séchée), lî brontlais (pommes de terre cuites sous la cendre), lon tràck (de la saleté), î kàbr (hanneton), enne keib (une rosse), lè àbe (le pignon), lon pàretràck (du [sic] réglisse), tonterwàtt (juron: Donnerwetter), lon koklehof (un kougelhof), enne falle (un piège), li knepf (quenelles), î htock (souche), firobe (fin de travail), enne kbuck (poule couveuse), enne weck (petit pain au lait), enne schlonfkappe (bonnet de nuit), lè bouchtrie (petit récipient pour mettre la pierre à aiguiser la faux), lon tringeld (pourboire), faire des steckles (de mauvais tours), le kreschkind (l'enfant Jésus) qui désigne à la fois le Père Noël (lequel apporte des cadeaux le soir de Noël) et aussi le cadeau lui-même (mon parrain m'a apporté mon kreschkind)6.
On retrouve aussi l'influence germanique dans le fait de placer par exemple l'adjectif de couleur devant le nom, comme cette bonne femme qui avait mis son bleu tablier par dessus son noir moire jupon, ou cette autre qui offrait à ses hôtes des rouges betteraves.
De même, quand on parle de la pierre d'eau (l'évier), à Belmont on dit la Wasserstein, et quand il y a un courant d'air, on dit que ça tire!

On trouve également des mots qui ne viennent ni de l'allemand, ni du français, mais peut être du vieux français ou de langues anciennes aujourd'hui disparues. En voici quelques-uns: lo mali (pommier) vient directement du latin, mais pas son fruit lo kmà. De même que enne keuh (petite branche), î hmé (grosse branche - dans ces mots comme dans beaucoup d'autres, les "h" sont aspirés), enne kaille (un morceau), kouch-te! (tais-toi), ouèdieuf (pas grand'chose), î ouaré (un taureau), enne gagate (une oie), î mè (un jardin), î poiteu (trou), lon hadé (pâtre), lè cougée (le fouet), lon hpouon (goulot de la fontaine), hei, qui veut dire marcher (je n's'a pu hei), mais aussi venir (hei vère tonn), ou encore dans "hei mèque", (une invitation pressante). Inoueye, qui marque un éloignement (J'lai foutu inoueye), ràdier (poursuivre), la ràdiate (poursuite), î bouhon (buse), î tahon (blaireau), î bon (crapeau), enne montlate (belette), î gré (seau), erroueter (regarder), bouàler (pleurer), î bouàlà, enne bouàlatte, î terouan (fainéant), lè bronde et la braklatte (boue), brakler (tripoter dans la boue), derser (courir vite), lè heurse (tignasse), î heursou, enne heursouse (un ou une mal peigné), frâler (écraser, mais aussi s'affaisser - quand quelqu'un plie sous une charge, on dit: I frâle dessous), î fralou, enne fralouse (un ou une mal habillé), enne fralàye (glissement de terrain), lon ronàyî (regain), lon ouâ (manche de faux), î fian (taupe), lon schnondre, î schnondrou, enne schnondrouse (morve-eux-euse), traler, î tralà, enne tralatte (bavarder-eur-euse), lon tonyon (pâté pour les porcs). Remarquons encore que le patois comme "notre" français supprime souvent la préposition. On dit: j'ai mal la tête - j'ai froid les pieds!

Un dernier mot désignant un légume très important dans notre alimentation: le hahe (pommes de terre cuites à l'eau), qui n'est pas français mais qui vient de l'allemand alémanique (Hachdäpfel = Erd-äpfel = pommes de terre). Il y a du noir hahe et du blanc hahe.

Je voudrais terminer en citant quelques moqueries servant à narguer les villageois voisins:
de Solbach Solbet, lon cul lon bè
Les Solbach, le c... tout bas
l'éouille on cul
l'aiguille au c...
lon cu cousu
(s'entend)
de Fouday Foudà, mingeous d'làs
Fouday, mangeurs de rats
de Waldersbach Ouachdehpès, mingeous d'hkonlès
(préparation de pommes de terre)
Fritès évon dis anderviets
mangeurs d'orvets
de Bellefosse Belfoûses, mingeous d'vontes
mangeurs de galettes de pommes de terre
de Belmont Bemonts, mingeous d'timons
(timon de voiture de foin)

Je me souviens de ce que nous chantions autrefois, parodiant le cantique que nous avions appris au catéchisme:

«Que Dieu se montre à Solomont7
Et l'on verra tous les Bémonts
Abandonner la place »
René BERNARD
1. Exemple de ce qui se dit à Russ:
Salut tocnâ bog-nâ, j'viè ouâr si t'enn piè pas détocner bog-ner mi solet, si t'enn piè pas, j'ira ouâr enn ât tocnâ bog-nâ qui pora mié détocner bog-ner mi solet qué to! («Salut cordonnier, je viens te voir pour réparer mes chaussures, si ne peux pas, j'irais voir un autre cordonnier qui pourra mieux les réparer que toi !») Je tiens cet exemple de Monsieur Ernest Weber de Russ, que je remercie cordialement.
2. FISCHER (C), L'Alsace champêtre, Le parfais village, E. Santos Cie, 1907, p.55.
3. Dans certains villages (Belmont, Neuviller...), on dit an pour on.
4. À Neuviller, le u est généralement remplacé par i: le pècu (pâturage) vient le peki; î bû (boeuf) devient î bî. 8 se dit ou-ît [ndlr).
5. Ce qui était vrai dans ma jeunesse l'est beaucoup moins aujourd'hui. Les différences de langage entre les villages sont beaucoup moins marquées. Les jeunes gens sortent davantage de leurs villages et les enfants vont dans les collèges.
6. Je répète ce que j'ai souvent dit: le seul moyen de garder un souvenir du patois est de l'enregistrer.
7. Le Solomont est un lieu-dit situé sur le finage de Belmont.
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° 176 (septembre 1997)

Lon hkouron et lon ladermant. L'écureuil et le loir.
Tontt lon châ tomps Tout l'été
Lon p'tit hkouron Le petit écureuil
Rimpyi lon crû dî châne Remplit le creux d'un chêne
Evon di nehattes et dé fâne Avec des noisettes et de la faine
Vie l'inviè. Li bonquions Vint l'hiver. Les bûcherons
Compèrent lon bon Coupèrent le bois
Tontt ère frâlè Tout était écrasé
Masré, déhtaiyblè Sali, dispersé.
Pu ri di tont Plus rien du tout
Pou lon hkouron. Pour l'écureuil.
Il alla boualè sè grand'peine Il alla pleurer sa grand peine
Chi lon ladermant don son frène Chez le loir dans son frêne.
-«Ladermant -«Loir dormeur
Gros terouant Gros paresseux
Comment qu'te fé pou rî mingi Comment fais-tu pour ne rien manger
Depuis Noé jusqu'è l'évri Depuis Noël jusqu à l'avril?
J'te pairaî bî si te m'le d'hais Je te paierais bien si tu me disais
Comment qu'te fè?» Comment tu fais?»
-«Kouh-te bouala -«Tais-toi pleureur,
Li dit lon la. Lui dit le rat
Ça bî èhi C'est bien facile,
J'pus bî t'l'on dir Je peux bien te le dire.
J'ai mattè durant lon châ tomps J'ai mis durant l'été
Tont c' que j'tronvaî don mon bedon. Tout ce que je trouvais dans mon bedon.
Lè faim, lon fra, je n'li dontte mi La faim, le froid, je ne les crains pas
Gros malî, t'n'ais que faire comme mi. Gros malin, tu n'as qu'à faire comme moi.
Minge quand qu't ais èke tontt ce que t'pus Mange quand tu as quelque chose tout ce que tu peux,
C'na mi pedu.» Ce n'est pas perdu.»
  René BERNARD

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Approche d'une étude sur le patois de la Vallée de la Bruche


I fait frâ
Il fait froid
Frôme l'hech !
Ferme la porte !
Quèr do bô !
Cherche du bois !

Voilà huit mots patois bien vivants autrefois, agonisants ou disparus dans presque toutes les couches de la population de la vallée ; vous les entendrez peut-être prononcer, pour de bon, par quelques vieilles gens dépassant la septentaine.

II se peut aussi qu'un autochtone moins âgé, pour se singulariser, les reprend et fait montre, pour le plaisir, de sa connaissance du patois.

Mais il n'est pas question ici de faire une étude du patois, mais une étude sur le patois et son histoire depuis le milieu du 19° siècle. Bien des observations reposent sur des expériences personnelles et des contacts directs qu'il nous a été donné d'avoir avec les authentiques patoisants.

La question essentielle qu'il faut se poser est la suivante : pourquoi et jusqu'à quand le patois a-t-il survécu dans la vallée. Sa mort n'a pas été aussi prompte que le souhaitait en 1793 l'Abbé Grégoire, membre de la Convention. Il fit voter une loi concernant, dans l'hexagone, l'abolition pure et simple de tout parler patois.

Environ cent ans après l'Abbé Grégoire, sous Jules Ferry instituant l'école primaire obligatoire, les maîtres d'école reçurent pour mission de faire disparaître l'usage du patois. Ils sanctionnaient les élèves surpris, en dehors de la classe, à ne pas parler la langue "classique". N'examinons pas si ce procédé pédagogique était efficace ou non.

Au lieu de rester dans cet ordre d'idées, sur le plan national, il vaut mieux ne considérer que ce qui concerne le patois de notre vallée. Et voici pourquoi. Une exigence de l'histoire du dernier siècle et du siècle actuel établit une coupure, celle de 1871, qui entraîne, dans les cantons de Schirmeck et de Saales, une évolution toute particulière.

Avant 1870, en l'absence d'un enseignement primaire obligatoire, seuls quelques privilégiés avec l'aide de quelques intellectuels tels le pasteur Oberlin et un maître d'école itinérant, Scheidecker, si nos souvenirs sont exacts, profitaient de l'initiation à la langue classique, ce qu'on appelait le "bon" français.

D'autres, poussés par l'ambition de faire une carrière militaire ou administrative, ou appelés à des charges dans le commerce et dans l'industrie, perdaient plus ou moins l'usage du patois.

Mais le peuple composé de bûcherons, de sagards, de tisserands, d'ouvriers d'usine, de petits agriculteurs et commerçants, restait attaché au patois. Rien de moins surprenant et de plus naturel.

La distinction entre les différentes couches de la société de cette petite région francophone et patoisante est donc évidente. On vivait, à quelques exceptions près, comme dans un vase clos, entre le massif du Donon, de la Chatte-Pendue et du Champ du Feu. Il est tout aussi évident que ceux qui, pour des raisons indiquées plus haut, parlaient le français classique, revenaient, au contact avec les gens du peuple, à parler patois. Les uns et les autres se sentaient bien plus proches. Il n'y avait pas de barrière et l'on se comprenait mieux. Enfin il est tout aussi évident que, parmi les gens du peuple, il se trouvait des individus assez intelligents et clairvoyants pour reconnaître les avantages d'un usage correct du "bon" français.

Vint la coupure de 1871 qui ouvre une période qui durera jusqu'à 1918. Pendant toutes ces années la population des deux cantons devait se sentir affreusement seule. Mais il fallait vivre. Nous ignorons si quelque esprit averti, ou quelque historien, originaire de la vallée, s'est penché sur l'histoire de ces quatre décennies vécues par les autochtones.
Ce fut l'occupation allemande. Ce fut le régime de l'empereur allemand.

Contentons-nous d'examiner le sort du patois durant ces quarante huit années. Fait important : dès 1871, le régime allemand procède à l'installation des écoles primaires. L'enseignement s'y fait sur la base de bi-linguisme. Les livres scolaires de l'époque le prouvent.
Tout enseignant dans chaque village doit nécessairement connaître les deux langues, le français et l'allemand.
II faut ajouter que le curé enseigne le catéchisme en français, prêche et fait prier en français jusqu'au départ des Allemands vaincus en 1918. A ce sujet, il serait intéressant de consulter, entre autres, les chroniques scolaires et paroissiales.

Que devient le patois pendant tout ce temps?
Les témoins irréfutables de cette époque ne vivent plus. Il importe donc de recueillir les témoignages auprès des parents, des grands-parents dans les familles où la tradition, la connaissance du passé sont restées vivantes.

Qu'on nous permette une courte digression. L'année 1980, a-t-on dit officiellement, sera l'année du patrimoine. Or, qu'on le veuille ou non, le patois fait partie du patrimoine de la vallée, sinon le mot patrimoine perdrait une partie de son sens.
Tous ceux qui, entre 1910 et 1918 ayant vécu dans un des villages des environs de Schirmeck et de Saales, ont eu l'occasion de parler le patois ou qui l'ont entendu parler, témoignent spontanément qu'il était bien vivant.
On le parlait dans la famille, dans la rue et à l'auberge. Il ne faut pourtant pas en déduire que le bon français était exclu. Loin de là. Mais dans l'intimité et dans la familiarité, le patois prévalait. Parlaient patois entre eux, ceux qui se connaissaient bien. Tout dépendait aussi des sujets de conversation.

Des ménagères, entre elles, échangeaient des propos sur leurs besognes et soucis quotidiens ou sur les derniers ragots circulant dans le village. Les hommes, surtout à l'auberge, débattaient sur la petite politique, sur la meilleure méthode d'engraisser un cochon, de soigner une vache, ou d'avoir une récolte abondante sur le champ de "kmottières" (pommes de terre). Les enfants dans la rue jouaient, riaient, se chamaillaient, en s'apostrophant en patois, bien entendu.

Pour un observateur ignorant le patois, la rue et l'auberge étaient les meilleurs endroits pour juger de la vitalité du patois, de la diversité des sons, parfois étranges, où il était difficile de distinguer les mots correspondants français. II vous suffisait de rencontrer un patoisant complaisant qui vous répétait quelques mots et expressions pour les traduire.

Notons toutefois que tous les habitants du village avaient conscience que le patois n'était qu'à eux. Dès qu'ils s'adressaient au curé, à l'instituteur et parfois aussi au maire ou à tout autre représentant de l'administration, ou à un étranger, c'était en français ou dans un allemand ou en alsacien plus ou moins correct, on s'en doute.
On aurait dit un pacte tacite.

II n'est pas exact d'affirmer que les patoisants établissaient des cloisons entre eux et les personnes venues d'ailleurs. Mais il n'est pas faux de penser que le patois était une arme pour cacher ce qui ne regardait pas les maîtres de l'heure, c'est-à-dire ceux de l'administration civile et militaire allemande.

Vint alors la coupure décisive des années 1918-1919. On s'imagine mal qu'on pouvait accueillir en patois les soldats français victorieux et les représentants de la nouvelle administration. On ne sentait pas non plus le besoin de se réfugier dans l'idiome du terroir pour écarter des intrus.
À ce moment, le patois commence à reculer. En même temps disparaissait dans les écoles primaires, l'enseignement de l'allemand. La contrainte d'autrefois n'existait plus. L'horizon s'élargit, on n'a plus l'impression de vivre en vase clos.

Les contacts entre les villages et entre tous ceux qui travaillent sur de nombreux chantiers créés après la guerre, exigent une langue qui refoule le patois. Mieux encore: il devient un sujet de risée, d'autant plus que la prononciation diffère souvent d'un village à l'autre. La peur du ridicule favorise l'emploi unique du "bon" français. Les journaux parisiens - vous pensez - pénètrent dans toutes les maisons. Un brave porteur, à la criée, vend "Le Matin" d'un bout à l'autre des agglomérations. C'est l'abandon progressif du patois. En même temps disparaissent une certaine sensibilité, une façon d'être et de penser particulières aux gens de la vallée. Cette évolution naturelle et spontanée trouve la meilleure alliée dans l'enseignement à l' école primaire tel que la III° République l'avait instauré 30 ans auparavant en Vieille France.

Voici, à ce sujet, une anecdote caractérisant, aux environs de 1920, face au patois, l'attitude des enseignants formés par la III° République. Un instituteur de la vallée, jugeant que les élèves sont, dans l'expression, moins spontanés en classe qu'au dehors où ils patoisent à l'aise et de tout leur soûl, a l'idée singulière mais juste au point de vue pédagogique, de faire raconter en patois une fable de La Fontaine inscrite au programme. Les doigts des écoliers jaillissent comme des fusées. Chacun brille de taire son numéro en patois. L'inspecteur à qui ce brave maître d'école rapporte cette expérience, n'a pas assez de mots pour la fustiger. L'abbé Grégoire, la Convention et leur thèse l'emportent.

À partir des années 1920 l'usage du patois commence à se perdre parmi les jeunes. Une des dernières et rares résurgences eut lieu en 1940-1944 sous l'occupation. Exemple : cet instituteur venu d'outre-Rhin, arbitrant mal un match de football, se voit cerné par ses potaches : Il o fô, il o fô, le mat' d'école. (Il est fou, le maître d'école).
Une dernière fois, le patois fut une arme.

De nos jours, le débat du patois est clos; s'en réjouissent tous ceux qui défendent la thèse que patoiser empêche de maîtriser correctement le français classique.
Voire, disent d'autres, le patois, tous les patois de France se rattachent à des dialectes dont voici les principaux : le picard, le champenois, le poitevin, le normand, celui de l'Ile-de-France et le lorrain dont le patois de la vallée présente une forme. Précisons que le patois est le parler local d'une région peu étendue et se trouve à un rang inférieur à celui du dialecte.

Tous ces dialectes, à travers les siècles, ont contribué à la formation de la langue française dont pour des motifs politiques et administratifs, le dialecte de l'Ile-de-France fut l'élément prépondérant.
Or, notre langue, même si elle subit quelques transformations, est fixée depuis le 17° siècle. Soulever, à la fin du 20° un problème concernant le patois semble donc aberrant.

C'est la conclusion qui s'impose à la fin de cette brève étude sur le patois.

Mais ce qu'on sait mal, c'est qu'il y a eu des études du patois. II a présenté et présente encore, à condition que l'on se hâte, une source de renseignements précieux. L'histoire de la langue française n'est pas uniquement celle qui étudie la langue d'une cour royale, d'un salon où se rencontrent les beaux esprits et les grands écrivains. Le peuple aussi a contribué à la formation et à l'enrichissement de l'idiome national.

Depuis la deuxième moitié du XIX° siècle, des chercheurs universitaires ont fait également dans notre patois, des découvertes surprenantes au point de vue phonétique, étymologique et sémantique. Somme toute, notre patois, à présent, appartient à l'histoire.
Donc il fait partie de notre patrimoine et mérite une étude.

Ernest Lenhardt

L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck , (1979)


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Patois et météorologie

Marc Brignon

Je signale, avant d'entrer dans le vif du sujet, que ma transcription des patois - plus que du patois - cités est une transcription phonétique simplifiée. Néanmoins quelques précisions sont indispensables pour apprécier cette dernière:
- la voyelle å, propre au patois du Ban de Plaine, équivaut à un son compris entre a et o,
- la semi-consonne w se prononce comme dans «week-end»,
- la consonne hh correspond à un son spécifique aux patois romans des Pays du Donon et peut se comparer au ch allemand.
- y se prononce toujours ill - comme dans «pied» - et non i - comme dans «Luvigny»,
- g devant les voyelles e ou i ne se prononce jamais j, mais toujours g,
- h est très expiré et n'est jamais muet; on le rencontre encore dans la prononciation locale de personnes d'un certain âge avec les mots «hêtre», «hache» ou le prénom «Henri»,
- l'accent circonflexe sur une voyelle indique son allongement.

Les patois des Pays du Donon rendaient compte, sous forme de dictons ou de sentences particulières, de croyances météorologiques plus ou moins spécifiques1). Ces croyances qui sont actuellement de plus en plus abandonnées - se fondaient, pour la majorité d'entre elles, sur une vision magique de l'univers et non sur une interprétation positiviste du réel. Mais même si elles mêlaient prévision et superstition, elles n'en demeurent pas moins précieuses au dialectologue, à l'ethnologue ou, plus simplement, au lecteur amoureux de sa région.

La pluie et le beau temps

Les signes de pluie

L'observation des phénomènes et des êtres de la nature permettait d'annoncer la pluie si fréquente dans les Pays du Donon et à l'honneur dans les dictons météorologiques.

La couleur du ciel

De la couleur du ciel dépendait le temps à venir comme le disaient d'une façon imagée les villageois de Grandfontaine ou de Wisches:
rouch lo so
fè haill lo pousso;
rouch lo mètinng
fé haill lo molinng
Rouge le soir
Fait marcher la poussière;
Rouge le matin
Fait marcher le moulin.

Tandis que la poussière symbolisait le beau temps, le moulin correspondait à la pluie, à cette eau qui permettait à cette usine de mieux fonctionner.

Ce célèbre quatrain connaissait de nombreuses variantes. Ainsi à Wackenbach et à Fréconrupt:
rouj lo métî
fé hâill lo molî;
rouj lo so
fè håill lo pousso.
Rouge le matin
Fait marcher le moulin;
Rouge le soir
Fait marcher la poussière.

À Diespach,
rouch lo så
fè lvé lo pousså;
rouch lo mètî
fè morchi lo molî
Rouge le soir
Fait lever la poussière;
Rouge le matin
Fait marcher le moulin.2)

Et à Ménil:
rouj lo so
fe hâyi lo pousso;
rouj lo métî
fe hâyi lo molî.
Rouge le soir
Fait marcher la poussière;
Rouge le matin
Fait marcher le moulin

Au Vermont, on ne parlait ni de moulin, ni de poussière et on se contentait de dire:
Le matin, quand le ciel est rouge, c'est pour la pluie et, le soir, c'est pour le beau temps.

Raon-sur-Plaine avait, quant à lui, une variante assez originale, d'autant plus originale qu'elle était en français:
Lueur du soir
Fait sécher les trottoirs;
Lueur du matin
Fait tourner les moulins.

Les nuages

À Celles, au début du siècle, d'un nuage qui barrait l'horizon en prenant depuis la Halte ou depuis le Coquin et qui affectait une forme particulière3), on disait:
vol lo makabrê, je von èwôr lè pyou!
Voilà le makabrê, nous allons avoir la pluie!
Si les gens nés après la Première Guerre avaient oublié le terme désignant ce nuage, ils savaient encore reconnaître ce dernier comme un indicateur de mauvais temps4). À Allarmont, un ancien sagard me le confirmait en affirmant:
je sè ke kantt lo so ou lo mètinng n'yè i nuâch koeu kreuhh lè bèss, so sinn de pyou.
Je sais quand le soir ou le matin, il y a un nuage qui traverse la basse, c'est signe de pluie.

À Moussey - village industriel où l'on a vite perdu le patois - si les nuages montent vers le Lac de la Maix, c'est pour la pluie et s'ils en descendent, c'est pour le beau temps.

Les vents

Partout, le vent qui venait de l'un des villages voisins5) était précurseur de pluie.

À Diespach, par exemple,
så lo vân d'sâssur ké èmånn lè pyô.
C'est le vent de Saulxures qui amène la pluie.

Les villages agricoles du Val de Senones, eux, redoutaient «la bise de Sâales» à laquelle ils assignaient une durée d'action précédant la venue de la pluie.

À Vieux-Moulin
lè buhh dé sâl dûr ô pu trâ jo.
La bise de Sâales dure au plus trois jours.

Au Vermont, on précisait:
lè buhh de sâl, trâ jo è s'o lè pyo.
La bise de Sâales, trois jours et c'est la pluie.

À Ménil, où «la bise de Sâales» était baptisée, d'une façon péjorative, «la sotte bise»:
kan lè sott bihh vin hâ hè s'o siny' de chanjman d'ton.
Quand la sotte bise vient là-haut, c'est signe de changement de temps.

Le vent et la bise étaient parfois de connivence pour apporter la pluie.
À Vieux-Moulin, lorsque les nuages se déplaçaient sous la poussée de ceux-ci, on disait:
von po dssu,
buhh po dzo,
pyo lo jo.
Vent par dessus,
Bise par dessous,
Pluie le jour.

Diespach avait une variante:
vån dssu
bihh dèzo,
lè pyô pou lo jo. 
Vent dessus,
Bise dessous,
La pluie pour le jour.

À Neuviller, où l'on définissait pourtant la bise en patois
lè bihh, sa i palou6) de chwâ.
La bise, c'est un écorcheur de cheval
on récitait deux dictons en français:
S'il pleut par la bise,
Il pleut jusqu'à la chemise.

S'il pleut par la bise,
Il pleut à sa guise.

L'arc-en-ciel7)

À Bellefosse,
l'arkinssyèl lo métî
so dè pyou pou l'éprè midi.
L'arc-en-ciel le matin,
C'est de la pluie pour l'après-midi.

À Neuviller, la menace de pluie était formulée en français et dépendait d'une autre période de la journée:
Arc-en-ciel vers la nuit,
Pluie ou vent pour minuit.

À Diespach, l'arc-en-ciel pouvait annoncer un lendemain ensoleillé:
arkanssyèl lo så,
siny' dé bwån tån.
Arc-en-ciel le soir,
Signe de beau temps.
ce que disaient aussi les anciens du Puid et du Vermont.

Les minéraux

À Neuviller,
li pyèrr mouyon, sa pou lé pyo
Les pierres mouillent, c'est pour la pluie
ce que confirmaient tous les habitants des Pays du Donon.

À Allarmont, les anciens schlitteurs du début du siècle lorsqu'ils sentaient les cailloux des «schlittoirs»8 devenir plus glissants sous leurs brodequins, disaient la même chose, mais d'une manière plus poétique:
vol li kèyô ke souon: lo ton vyoeu chinjyeu, j'von owôr d'l'âtt ton.
Voilà les cailloux qui suent: le temps veut changer, nous allons avoir de l'autre temps.

Les végétaux

Au Vermont, quand les branches de sapin descendaient ou si les feuilles des légumes du jardin tombaient, c'était signe de pluie.

Les animaux
L'observation de certains animaux permettait de prévoir la pluie.
C'était le cas des limaces.
À Diespach,
li lèmsu så pou lè pyo. Les limaces, c'est pour la pluie.

Au Vermont et à Gemainfaing, on était moins catégorique: si elles traînaient de la terre, c'était pour la pluie. Si elles traînaient du foin, c'était pour le beau temps. À Moussey, on donnait une interprétation voisine: si les limaces laissent seulement de la bave derrière elles, c'est pour la pluie, mais si c'est des frinngyon (« aiguilles9) de sapin») c'est pour le beau temps.

Aux orvets était dévolue une fonction similaire.
À Celles, on disait:
vol i bèlvâ, je von èwâr dé pyou.
Voilà un orvet, nous allons avoir de la pluie.
Cet avis était partagé à Neuviller - où l'on parlait de bandervyè - et à Moussey. Au Vermont, la vue de ces reptiles n'était pas suffisante pour établir un pronostic, puisqu'il fallait les toucher. S'ils étaient froids, c'était signe pluie.

Dans le Ban de Plaine, au contraire, l'apparition d'un båndoeurvyè annonçait la chaleur.

Au Puid, les crapauds qui voyagent, c'est signe de pluie.

Certains animaux domestiques pouvaient aussi remplir le rôle d'indicateurs météorologiques. À Lusse, en 1877, on citait les poules:
Quand li hline se poïon, sa in sine qui vu piure10)
Quand les poules se peignent, c'est signe11) qu'il va pleuvoir.

et les chèvres:
Quand li cheuve levont lè quovvhe sa pou dé grale ou pou dé piovvhe.
Quand les chèvres lèvent la queue, c'est pour de la grêle ou pour de la pluie12)

Les cloches

L'intensité sonore des cloches des villages voisins était aussi un indicateur météorologique.
À Diespach,
sé ån ôill li kyoeuch dé pyènn, lè pyô å è loehh.
Si on entend les cloches de Plaine, la pluie est à la porte.

On dit la même chose dans le village voisin de Plaine, mais pour les cloches de Saulxures.

Pour les habitants de Ménil,
lè pyo vnôr kan on nôyôr li tyeuch do bann sè
la pluie venait si on entendait les cloches du Ban de Sapt.
Les habitants du Puid et du Vermont donnaient la même prévision, mais faisaient aussi référence aux cloches de Châtas. En revanche, à Gemainfaing, qui est dans le Ban de Sapt, les cloches de Châtas, c'était signe de beau temps.
À Moussey, les cloches de La Petite-Raon, c'est pour la pluie.
Le pouvoir des cloches était parfois laissé à des instruments tout aussi sonores, mais plus modernes et plus laïcs: les sirènes d'usines, les «gueulards». Les habitants de La Sciotte, hameau d'Allarmont, avait un truc infaillible pour prévoir la pluie. Lorsqu'ils entendaient la sirène du Moulin du Houx qui venait de Senones, donc de la vallée parallèle, ils s'exclamaient d'une voix inquiète:
so lo molinng do hou ke fyèvoeutt.
C'est le Moulin du Houx qui siffle.

Ce son étant apporté par le vent de la pluie, ils étaient sûrs que le lendemain serait pluvieux et qu'il fallait se dépêcher de rentrer le foin. Le «gueulard» des carrières de «chez Ramu», à Raon-L'Etape, avait la même valeur pour les mêmes habitants.

La pluie et le pèlerin

Si, en français, la pluie du matin ne retardait (ou n'arrêtait) pas le pèlerin, en patois elle ne l'effrayait pas.
À Ménil, on disait donc:
lè pyov do métî
n'èfrèill mi lo pèlèrî.
La pluie du matin
N'effraie pas le pèlerin.13)

À rapprocher du dicton de Vieux-Moulin:
lè pyo do métî
nèbâhh mi lo pèlrî.
 La pluie du matin
N'ébahit pas le pèlerin.
ou de Diespach qui se traduit comme celui du village précédent:
lè pyo do mètî
nèbob pa lo pèlrî.

Il faut enfin citer cette antique phrase de Vieux-Moulin qui faisait référence à un «pélérin»14) plus chanceux auquel s'offrait, non pas une journée pluvieuse, mais une journée radieuse:
rouj lo so, byan lo mèti, so lè jounèill do pèlrî.
Rouge le soir, blanc le matin, c'est la journée du pèlerin15).

Les saints et la pluie

Saint Médard et saint Barnabé


Les habitants des Pays du Donon avaient en patois l'équivalent de ce dicton français qui oppose depuis longtemps déjà saint Médard et saint Barnabé.

À Ménil:
si lè pyov chi è lè sin mèdâr,
i pyoeuvrè ko karantt jo pu târ;
è mwin ke lo barnabé
Il kâssoeuss16) lo né.
Si la pluie tombe à la Saint-Médard,
Il pleuvra encore quarante jours plus tard;
À moins que le Barnabé
Lui cassât le nez.

À Grandfontaine, pour les deux premiers vers, on a:
kan i pyou è lè sin mèdâr,
so pou karantt jo pi târ.
ou encore:
kan sè chè è lè sin mèdâr,
i éhè karantt jo pi târ17).

À Allarmont:
si lè pyou cheu è lè sin mèdâr,
i pyo èko karantt jo pi târ;
mè sin Barnabé
pyeu li kassé lo né.
Si la pluie tombe à la Saint-Médard,
Il pleut encore quarante jours plus tard;
Mais saint Barnabé
Peut lui casser le nez.

Fort heureusement pour le chercheur, certains villageois se souviennent aussi de phrases qui s'éloignent du modèle classique et qui témoignent d'une facture plus ancienne. À preuve, celle présentée par un ancien sagard d'Allarmont et sa mère quasi-centenaire:
sin Barnabé, fâm ki lâchyeuhh si borî!
saint Barnabé, il faut pas qu'il lâche ses tonneaux!

Ou encore, ces deux vers caractérisés par beaucoup d'originalité et un peu de confusion, vers que j'ai entendus à Celles:
si sin mèdâr retross so pèné
yè... i sin ... ki vyin lu kâssè lo né ...
Si saint Médard retrousse son pan de chemise18),
Y a ... un ... saint qui vient lui casser le nez ..
 et qui remplaçait le banal distique célèbre dans le même village:
si lè pyeu chou è lè sin mèdâr,
so èko hheu sménn pi târ;
Si la pluie tombe à la Saint-Médard,
C'est encore six semaines plus tard;

À Diespach, l'originalités succédait à la banalité dans le même dicton:
sé sè cheu è lè sin mèdâr,
sè cheu kèråntt jå pi târ
è mwin ké sin Barnabé
né vnoeuss lo rèchté.
Si ça tombe à la Saint-Médard,
Ça tombe quarante jours plus tard19),
À moins que Saint-Barnabé
Ne vînt le racheter.

Les deux derniers vers du dicton de Diespach se retrouvaient à Belval avec une certaine variante:
sin Barnabé
ke rècheutt lo kowé.
Saint Barnabé
Qui rachète la couvée.

Saint Jean et son «pleuvain»

Le «pleuvain »20) était une période de pluie qui durait six semaines21) avant ou après la Saint-Jean d'été, comme l'attestaient les habitants de Vieux-Moulin et du Vermont:
so lo pyoeuvi dé sin jan: sinn vyin mi èvan, i vyin èpré.
C'est le  «pleuvain» de Saint-Jean: s'il ne vient pas avant, il vient après.
ou encore, d'une manière quasi-similaire, ceux de Grandfontaine et Fréconrupt:
lo pyovinng dé sin chan, si onn lè pa èvan, on lè èprè.
Le «pleuvain» de Saint-Jean, si on ne l'a pas avant, on l'a après.

À Diespach, on complétait cette phrase purement informative par un jugement aussi drôle que peu respectueux:
lo pyowî dè sin jån , si nå pu dèvån, i srè dèprè. sin jån, så i soulâr: i bwå tåho.
Lé « pleuvain» de la Saint-Jean, s'il n'est pas d'avant, il sera d'après. Saint Jean, c'est un soûlard: il boit toujours.

Pour en terminer avec les saints et leur fête, signalons ce conseil agricole de Vieux-Moulin, conseil qui mettait son auditeur en garde contre une pluie presque inévitable:
è lè sintt margeuritt, râkèill tè toeuss.
À la Sainte-Marguerite, ratisse ta meule de foin.

Les Rogations

Les processions des Rogations faisaient l'objet de plaisanteries météorologiques de la part des réformés de la région.
On se souvient ainsi à Diespach que les protestants du Ban de la Roche disaient:
tån ké fi katålik nån pa tu è lè ko lou lou, ån nèrâ pa d'bwån tån.
Tant que les catholiques n'ont pas été à la queue leu leu; on n'aurait pas du bon temps.

Ce même proverbe, en français, était employé à la fin du siècle dernier par les mennonites du Behé22) et les calvinistes des Hauts-Prés23), comme on me l'a confirmé au Harcholet24) et au Vermont.

Le tonnerre

Le tonnerre était associé, comme ailleurs, à des personnages surnaturels, tel le diable «qui battait sa femme» à Moussey ou qui s'amusait avec elle à Vieux-Moulin:
lo tinâr, so lo dyâp ké jou i gin/ill èvon sè fom.
Le tonnerre, c'est le diable qui joue aux quilles avec sa femme.
À Neuviller, on utilisait la même métaphore sans préciser le personnage surnaturel qui aurait pu être mis en scène:
i jouon i kîll hâ lâ.  Ils jouent aux quilles là-haut.

À Ménil, pas de référence au diable, mais à Dieu, puisque certains cultivateurs interpelaient leur interlocuteur en ces termes:
t'ôill? l'âtt, hâ lè, i roul di toné.
T'entends ? L'Autre25), là-haut, il roule des tonneaux.

Dans plusieurs endroits, toute référence directe ou indirecte (par le biais d'un pronom) à Dieu ou au diable ne se faisait pas. On se contentait d'utiliser un «ils» très impersonnel. C'était le cas à Grandfontaine:
i roulon li tonê, hâlè. Ils roulent les tonneaux, là-haut.
 ou à Plaine:
i rinpyon zyo toné. Ils remplissent leurs tonneaux.

Au Vermont, on parvenait même à insérer cette métaphore fantastique dans un contexte logique: quand il y avait des fêtes dans le coin et s'il y avait un orage la semaine d'avant, on disait qu'ils remplissaient des tonneaux dans le village où il y allait avoir la fête. Mais on ne faisait pas référence à Dieu ou au diable.

Dans la plupart des Pays du Donon, on pouvait se protéger du tonnerre26) en conservant chez soi des oeufs pondus le Vendredi saint27). Ainsi procédaient les anciens d'Allarmont:
lo vanrdi sin, on motôr inn yeu dessi lè chèmnê: s'ètôr pou lo tinâr. i dmourôr jinjkè lo vanrdi sin de l'ènê d'èpreu.
Le Vendredi saint, on mettait un oeuf dessus la cheminée: c'était pour le tonnerre. Il demeurait jusqu'à le Vendredi saint de l'année d'après.

La neige

Les signes de neige

Comme pour la pluie, la présence exceptionnelle de certains animaux annonçaient la neige. Ainsi, à Grandfontaine:
li râté prèvninn lè noch.  Les roitelets prévenaient la neige.
Les habitants du Ban de Plaine, qui prononçaient râtlé, donnaient la même règle.

À Neuviller, c'était sur un autre oiseau que l'on se repérait pour se préparer à la neige:
lo pissro di hâ bô28) a bè, sa pou lè nach.
Le bouvreuil est en bas, c'est pour la neige.

Dans le Ban de Plaine
ènn byånch måtlått, så pou dè nåch.
une belette blanche, c'est pour la neige.
À Moussey, la blanche motlott était aussi signe de neige.

Les premières neiges

Dans la vallée du Rabodeau, lorsque l'hiver arrivait et lorsque les premiers flocons de neige tombaient, on disait
a, vol li fyou d'soumissyon! Ah, voilà les «fleurs de soumission»!

Cette phrase était prononcée par les commis de ferme ou les aides des voituriers, des sagards et signifiait qu'il fallait se soumettre au maître, car il n'était pas bon de se retrouver sans travail en hiver.

À Saint-Quirin, une expression traduisait la venue précoce de la neige:
livêrr jètt so vé.  L'hiver jette son veau.

Les jours résumant une période

Un jour, une demi-journée ou la durée d'une messe pouvait correspondre, en la résumant, à une période future plus longue. Cela s'observait avec les fêtes de de la liturgie catholique.

Noël

On donnait, à Raon-lés-Leau, en 1889:
Vert Noël, blanc Pâques29).

À Grandfontaine et Saint-Quirin, avant de partir à la messe de minuit, on préparait dans une assiette douze quartiers d'oignon. Chaque quartier correspondait à un mois de la future année. En revenant de la messe, le contenu de l'assiette était examiné avec attention: si le quartier était devenu sec, c'était pour un mois sec, sinon c'était un mois mouillé30).

À Moussey et à Vieux-Moulin, on ne prenait pas d'oignon. Noël et les jours suivants résumaient le temps de la future année, chaque demi-journée correspondant à un mois31).

La Chandeleur

À Diespach,
sé lo slå bèill lo mètî
dsu l'ôtèl lo tån dè måss,
lo lou s'èrtîr kå pou
hhé smènn dån sè deu.
Si le soleil donne le matin
sur l'autel le temps de la messe,
Le loup se retire encore pour
six semaines dans sa tanière32).

Les Rameaux

À Vieux-Moulin,
frâd pâm
châd pâk
 Rameaux froids
Chaudes Pâques.33)

Le Vendredi saint

Au début du siècle, à Diespach
si jål lè neutéill do vånrdi sin, il jålrè tått li neuteill d'l'ånéill, mè li jåléill, èl n'ferån pa d'tôr.
S'il gèle la nuitée du Vendredi saint, il gèlera toutes les nuitées de l'année, mais les gelées, elles ne feront pas de tort.34)

Les Rogations

À Vieux-Moulin, village catholique, les trois jours des Rogations étaient de précieux indicateurs météorologiques pour les futures grandes périodes agricoles de l'année: le temps du lundi était le temps de la fenaison, celui du mardi le temps de la moisson et celui du mercredi le temps des vendanges ou du regain.

La Fête-Dieu

À la Fête-Dieu, on plantait des branches de chaque côté du chemin que suivait la procession. Diespach, où ces branches s'appelaient trimâ, avait le dicton suivant:
sé fi trimâ chåssè è lè fêtt dyoeu, ån nèvè do byé tån pou fné è pou rèkolté lo sâl.
Si les trimâ séchaient à la FêteDieu, on avait du beau temps pour faner35) et pour récolter le seigle36).
Au Vermont, la Visitation, le 2 juillet, le temps, c'est pour six semaines.

Le vent de l'année

Les villages ne s'accordaient pas sur la fête qu'il fallait retenir pour prévoir le vent dominant qui soufflerait l'année durant.

À Diespach,
lo vån ké såf èprè lè måss dé min/neu månteur lo vån ké såfèyrè lo pu tått l'ånéill.
Le vent qui souffle après la messe de minuit montre le vent qui soufflera pour toute l'années37).

À Moussey, la nuit considérée pour le même sujet avait lieu une semaine plus tard: le vent qui souffle dans la nuit du 31 décembre au premier janvier sera le vent de l'année.
Enfin, selon les habitants de Grandfontaine, le vent qui souffle pendant la messe des Rameaux est celui qui dominera toute l'année.
C'était aussi à Grandfontaine que l'on disait d'une autre perturbation atmosphérique:
Si le premier orage vient d'un endroit, tous les autres viendront de là.

L'allongement des jours

L'allongement progressif des jours, juste après le solstice d'hiver, faisait l'objet d'un proverbe assez drôle que récitaient les vieilles personnes de Vieux-Moulin:
li jo règwozon
è lè sintt luss,
do sâ d'ènn puss,
è noué,
do sâ di vé;
è lè sintt intwénn,
do rpé di mwénn38.
Les jours grandissent
À la Sainte-Luce,
Du saut d'une puce39),
À Noël,
Du saut d'un veau40),
À la Saint-Antoine,
Du repas d'un moine.

À Belval, on donnait une variante des deux derniers vers:
è sintt antwênn
li jounèill rèlonjon di rpé di mwênn.
 À Saint-Antoine
Les journées rallongent du repas d'un moine.

Et à Celles, un charretier de la fin du siècle dernier faisait suivre le cinquième vers d'un vers supplémentaire:
è noué, lo sâ di vé
è lo vé sått si pyèss.
À Noël, le saut d'un veau
Et le veau saute sur place.

Divers

Pour terminer, un dicton que les apiculteurs des Pays du Donon répétaient à l'envi.
À Vieux-Moulin:
ounéill dé wip,
ounéill do myé.
Année de guêpes,
Année de miel 41).

À Neuviller, avec la même traduction:
onâill de wèss,
onâill de myè.

Et à Diespach,
ånéill dé wèss,
ånéill dé myè.

Le lecteur peut être décu par la brièveté de cette étude. Il faut déjà rappeler que de nombreux proverbes, météorologiques en patois ont disparu. Chacun peut le constater en comparant les monographies communales et les réponses aux enquêtes linguistiques du XIX° siècle42) d'une part et les témoignages des patoisants contemporains d'autre part.
Mais la brièveté de notre article n'est pas seulement due à cette perte irrémédiable de trésors dialectologiques. Elle s'explique aussi par ma volonté de ne donner que quelques aperçus de ce qui fera l'objet de deux ouvrages futurs43).
Quoi qu'il en soit, j'espère que le lecteur a pu retrouver cette mentalité des anciens qui valorisaient la Nature - en l'appréciant ou en la redoutant - sans jamais l'ignorer.

Marc Brignon
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° 178 (Mars 1998)

Je tiens à remercier pour leur amical concours: madame Berthe Levert (née en 1898), d'Allarmont; madame Germaine Morel (1901-1996), de Gemainfaing; monsieur Louis Thomas (1902-1992), de Celles; madame Georgette Arnoux (née en 1911), de Raon-sur-Plaine.; monsieur Aimé Lemaire (né en 1912), de Gemainfaing; monsieur Paul Jeandel (né en 1913) et son épouse (née au Puid), du Vermont; monsieur Ferdinand Malaisé (né en 1913), de Neuviller; madame Lydie Lux (née en 1920), de Ménil; monsieur Armand Pruneau (né en 1920) et son épouse Rose, de Saint-Quirin; monsieur Jean Claudel (né en 1921, qui m'a raconté les récits de sa grand-tante née le 29 septembre 1861) et son épouse Yvonne, de Vieux-Moulin; monsieur Emile Herry (né en1922), d'Allarmont; monsieur Emile Lacquener (né en 1922) de Grandfontaine; monsieur René Levert (né en 1923) d'Allarmont  monsieur Paul Burckhart (né en 1924), de Bellefosse; monsieur Paul Holveck (né en 1925), de Plaine; monsieur Edmond Marchal (né en 1926), de Fréconrupt; ma mère, Marcelle Brignon (née en 1928), de Moussey; et quelques personnes ayant souhaité garder l'anonymat.
1. Sauvé, L.F. Folklore des Hautes Vosges. Nouvelle édition présentée par Gérard et Marie-Thérèse Fischer. Barembach: Jean-Pierre Gyss, 1984. Abrégé dans les notes en: Sauvé.
Richard, M. Traditions populaires, croyances superstitieuses, usages et coutumes de L'Ancienne Lorraine. Remiremont: Mougin, 1848. Deuxième édition. Abrégé en Richard.
2. Voir aussi le dicton que les Fischer citent pour le Ban de Plaine à la note 6 de la p.104 de Sauvé
Quand ç'à rouge lô sà,
ç'à pour fère lever lo poussà;
quand ç'à rouge lo mètî,
ç'à pour fère tornèr lo molî.
Quand c'est rouge le soir,
c'est pour faire lever la poussière (temps sec);
quand c'est rouge le matin,
c'est pour faire tourner le moulin (la pluie grossira les ruisseaux).
3. «Les montagnards vosgiens désignent, sous le nom de, «mèquèbré» une sorte de nuage qui, d'après eux, ressemble à une gigantesque branche de fougère. Ce nuage annonce ou la pluie, ou la neige, ou la gelée, suivant la direction qu'il prend et la saison où il se montre. Toutes les fois qu'on l'aperçoit, un changement de temps est proche. S'avance-t-il de l'ouest à l'est, il présage la pluie aussi sûrement que si elle tombait déjà. Galope-t-il du nord au sud, avant vingt-quatre heures on aura de la neige, ou une forte gelée, ou tout au moins du froid.» Sauvé, p. 93.
4. Ce n'est cependant pas - ou plus - le cas dans le Ban de Plaine ou à Neuviller.
5. À Raon-sur-Plaine, au village voisin on substituait une montagne: le Donon.
6. Litt. : «peleur».
7. L'arc-en-ciel était généralement personnifié et était donné comme féminin. À Celles, on m'a dit que l'arc-en-ciel, elle buvait dans un ruisseau et elle rebuvait dans la Plaine à l'autre place et à Moussey: si l'arc-en-ciel tombait dans le Lac de la Maix, elle rappelait de la pluie.
8. «chemins de schlitte», en français local.
9. ou «rameaux de sapin».
10. Comme je me contente de citer ici du patois écrit et non du patois transcrit d'une manière phonétique, je n'utilise pas les caractères gras italiques réservés au second.
11. Littéralement: «un signe».
12. Bibliothèque Municipale de Nancy, Manuscrit 343 (721), folio 329.
13. Sauvé, p. 93.
14. Prononciation vosgienne - et parfois lorraine - du mot «pèlerin». On parle aussi du «pélérinage» et d'une «pélérine».
15. J'utilise l'adjectif «antique» parce qu'Antoine Oudin, dans un ouvrage paru en 1640, et intitulé Curiosités françaises, pour servir de supplément aux dictionnaires, ou Recueil de plusieurs belles propriétés, avec une infinité de proverbes et quolibets, pour l'explication de toutes sortes de livres donne déjà un proverbe similaire: «Rouge au soir et blanc au matin, c'est la journée du pèlerin, le commun applique ce proverbe au temps, et je crois qu'il est mieux de l'entendre du vin». Cité par Lagane, R. Locutions et proverbes d'autrefois, Paris: Belin, 1983, p.169
16. Les patois ne connaissaient qu'un seul temps du subjonctif: l'imparfait.
17. Sauvé p. 109
18. Le témoin explicitait cette expression en français: pour pisser.
19. Sauvé, p. 109.
20. En français local.
21. À Saint-Quirin, le pyèvinn dé sinjan ne faisait que 30 jours.
22. Ferme au-dessus de Belval habitée par les nèyouz, c'est-à-dire les Neuhauser.
23. Ferme au-dessus de Quieux habitée par la famille Ropp.
24. Le proverbe était utilisé - d'après le témoin qui le tenait de ses grands parents - vers 1883.
25. En général, «l'Autre» désignait traditionnellement le Diable qu'on évitait ainsi de nommer directement puisqu'«évoquer» revenait au même, en l'occurrence, qu'«invoquer».
26. Au Mont, des bougies allumées remplissaient le même rôle de protection.
27. Sauvé, p. 79 et 80; ainsi que les notes 15 et 20 rédigées par G. et M.T. Fischer. Voir aussi Fischer, M.T.,Une vieille tradition: les oeufs du Vendredi-Saint, L'Essor n° 102, p.10-11.
28. Littéralement: «le pinson des hauts bois» (pinson d'Ardennes); «hauts» est pris dans le sens de «grands».
29. Monographie de la commune de Raon-les-Leau, 1889. Manuscrit de la Bibliothèque Municipale de Nancy.
30. Richard, p. 218 cite cette coutume en 1848, pour Vagney.
31. Sauvé, p. 224-225.
32. À La Broque Resthe donnait, en français
Si le soleil donne pendant la messe
Le loup rentre dans son gîte pour six semaines, Resthe, J. Le folklore vosgien l'Essor, avril 1959, n° 50, p. 10. Sauvé, p. 38 parlait, non pas de loup, mais d'ours. Resthe citait aussi, à propos de la même fête, un dicton connu à La Broque et valable par temps pluvieux:
«Chandelle goutteuse
Année heureuse».
33. Connu en français à Fréconrupt. Voir Sauvé p. 78. De même, le 29 avril 1877, Michel, instituteur à Lusse, donnait:
Frade pompe, chaude Paique;
Chaude Pompe, frade Paique.
 Froides Palmes, chaudes Pâques;
Chaudes Palmes, froides Pâques. 
Bibliothèque Municipale de Nancy; Manuscrit 343 (721).
34. Sauvé donne, p. 80, une prévision comparable - même si les nuits ne sont pas citées - mais bien moins optimiste: S'il gèle le vendredi saint, il gèlera chaque mois, et les couvées d'oiseaux ne réussiront pas dans année.
35. trimâ et ses variantes sont du genre masculin.
36. Martin, instituteur à Saint-Rémy, note au début du siècle une croyance comparable à celle-ci: «si les feuilles de ces branches se dessèchent dans le courant de la semaine, on rentrera le foin dans d'excellentes conditions, si elles restent vertes, on peut être sûr que la pluie entravera les travaux de la fenaison». Folklore de Saint-Rémy (Vosges) Croyances, coutumes, patois. Le Pays Lorrain, 20 juillet 1907, p. 316.
37. Richard note en 1848 que cette croyance était connue «À Labresse, au Tholy et dans quelques communes», p. 218.
38. Sauvé, p. 219, donne en français la référence à la Sainte-Luce et à la Saint-Antoine, et en patois celle à Noël. À Diespach, on ne connaît plus que les deux derniers vers patois. Pas plus que Sauvé, aucun témoin ne m'a cité, spontanément, dans ce proverbe, entre la Sainte-Luce et la Saint-Antoine du vers consacré aux Rois:
râ do boaïa d'in jâ Aux Rois d'un baillement d'un coq
 vers que l'on donne, en 1877, à Sâales. Bibliothèque Municipale de Nancy, Manuscrit 343 (721). À Ménil, le témoin se souvient - après que je l'ai proposée - de cette expression, mais propose, en patois: i râ do bâyô dî jâ.
39. À Neuviller, le témoin - pourtant patoisant - ne connaît plus que ces trois vers en français.
40. À Moussey, on ne connaît que ces cinq vers en français.
41. Sauvé, p. 123, donne une variante: Année de guêpes, année sèche et fertile.
42. Essentiellement rédigées par les instituteurs, ces mêmes instituteurs que l'on considère habituellement comme les destructeurs du patois!
43. L'un est pratiquement terminé. S'intitulant Parler, Croire et Rire dans les Pays du Donon, il s'attache, d'une façon dialectologique et ethnologique, à mettre en valeur, entre autres, les fêtes religieuses citées dans cet article.
juillot@in2p3.fr  Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg