Le cloître de Saint Pierre-le-Jeune

Un site, une église.

L'église Saint Pierre-le-Jeune s'élève à la place d'un cimetière utilisé à la fin de l'époque antique. En 1030, l'évêque de Strasbourg, Guillaume, y implante une collégiale, c'est à dire une église dotée d'un chapitre de chanoines. Ce chanoines forment une communauté de clercs chargés d'assumer quotidiennement l'office divin, d'animer une école et d'administrer les biens de l'église. Saint Pierre-le-Jeune devient le centre d'une paroisse et d'un quartier.
Autour du cloître s'élèvent des bâtiments qui abritaient les habitations des chanoines. Ceux-ci vivent en communauté, puis sans doute à partir du 13° siècle ils disposent chacun d'une maison. Ces maisons sont construites ou reconstruites autour de la place. Il n'en reste aujourd'hui plus rien.
Entre l'église et le canal du Faux Rempart se trouvait un cimetière avec un ossuaire qui s'élevait sur le mur d'enceinte. Le derniers vestiges disparurent en 1898 lors de la construction du théâtre de l'Univers, qui deviendra un cinéma et est aujourd'hui un immeuble d'habitation.

Les cloîtres à Strasbourg.

La ville accueille au long du Moyen-Âge un nombre important de maisons religieuses, dont les bâtiments accolés à l'église s'organisent autour d'une cour. Le terme de claustum _cloître_ définit cette cour fermée avec la galerie qui l'entoure et qui sert de couloir de distribution desservant les salles environnantes.
Les églises qui accueillent des chapitres de chanoines _des clercs séculiers vivant en principe en communauté_ avaient un tel dispositif sans doute dès leur fondation: la cathédrale, Saint Thomas, Saint Pierre-le-Vieux et-Saint Pierre-le-Jeune, ainsi que l'abbaye féminine de Saint Etienne. A partir du 13° siècle, les couvents des ordres mendiants adoptent ce plan: les Dominicains _futur Gymnase_, les Franciscains _sur l'actuelle place Kléber_ ainsi que les couvents féminins comme Sainte Madeleine.
Après le passage de la ville à la Réformation, le couvent de Sainte Madeleine reste le seul ouvert au culte catholique. Les bâtiments sont réaffectés de différentes manières; le 19° siècle et le début du 20° siècle voient disparaitre ces complexes. En 1866, le Gymnase est détruit par un incendie, puis en 1870 l'ancienne église des Dominicains ou Temple Neuf est détruite par le bombardement prussien; en 1904, l'orphelinat de la ville installé dans les bâtiments de Sainte Madeleine brûle également. A partir de 1912, la grande percée entre le gare et la place Kléber sacrifie le cloître de Saint Pierre-le-Vieux. Celui de Saint Jean est détruit par le bombardement allié du 25 septembre 1944. Quelques arcades subsistent au chevet de l'église Saint Thomas; d'autres ferment la cour du Lycée Jean Geiler, près de l'église Sainte Madeleine.
Seul le cloître de Saint Pierre-le-Jeune subsiste dans son intégralité.

Le cloître de Saint Pierre-le-Jeune

Jardin ouvert sur le ciel et entouré de galeries, le cloître de Saint Pierre-le-Jeune invite à la méditation depuis près d'un millénaire.
Datée du 11° siècle dans ses parties les plus anciennes, son histoire est marquée par une succession de remaniements, d'adaptations, de mises au goût du jour et de restaurations, dictées soit par les nécessités de l'heure, soit par une volonté de fidélité archéologique.
Construit par l'évêque Guillaume au 11° siècle (ou selon certains historiens dans les années 1160), il comporte trois galeries romanes à l'ouest, au sud et au nord. Avec la construction de nouveaux bâtiments canoniaux, la galerie orientale est reconstruite dans le style gothique au 14° siècle.
Au 18° siècle, après l'introduction du simultanéum, la galerie gothique affectée à la paroisse catholique est murée. Les trois galeries romanes sont en partie détruites et remplacées par des galeries de style baroque, avec des arcades en plein-cintre offrant une plus grande ouverture. Des colonnettes de l'ancien cloître sont en partie enfuies dans le jardin et serviront plus tard de modèles pour une reconstruction.
A la révolution (1793), les tombes se trouvant dans le cloître sont pillées et les bâtiments canoniaux surplombant le cloître sont sécularisés et vendus à des particuliers. Jusqu'à le deuxième guerre mondiale, ils abritent successivement une grande cave à vins et une fabrique de tissus. Dans les années 1995-2000, ils sont transformés en appartements.
texte de l'exposition à l'église (été 2006)

L'église protestante Saint Pierre le Jeune à Strasbourg

par

C. Czarnowsky
Architecte des Monuments Historiques
 

Extrait de l'Histoire de l'église

St. Pierre-le-Jeune est une fondation très ancienne. Dès le VII° siècle, il existait à l'emplacement de l'église actuelle une petite chapelle en bois. Celle-ci avait été construite par des moines irlandais qui avaient entrepris l'évangélisation de l'Alsace. Elle était dédiée à St. Colomban. Dans la chronique du Chapitre, elle est mentionnée comme église des petites gens et servait d'oratoire à la population rurale, qui s'était fixée, hors de l'enceinte de la ville, dans le quartier actuellement dit Faubourg de Pierre.
À la place de cette petite église, l'évêque Guillaume de Strasbourg commença, en 1031, la construction d'une église collégiale ainsi que des bâtiments du chapitre et d'un cloître. Le pape Léon IX consacra l'église et la dédia à Saint Pierre. Pour la distinguer de l'église St. Pierre déjà existante, on la nomma St. Pierre-le-Jeune. De cette époque nous sont conservés l'étage inférieur du clocher, une partie de la galerie du cloître et le mur extérieur du bas-côté Nord.
Au cours des sept siècles suivants, on exécuta de nouvelles constructions, des reconstructions et des annexes.
L'église du XI° siècle fut, dit-on, bientôt détruite, et on la remplaça vers 1180 par une nouvelle construction. De cette construction subsiste encore la sacristie et le mur Sud du choeur apposé à celle-ci.
En 1200-1210, le choeur Ouest fut surélevé pour servir de clocher. Son 3° étage fut construit en 1220. Son style est donc de l'époque dite «de transition». Le début de la construction du choeur actuel date de 1250, c'est-à-dire de l'époque du gothique primitif. Peu après, on entreprit un changement notable au bas-côté Nord en construisant des baies avec arcs brisés. Puis, vers 1275, on reconstruisit la nef et le transept et l'on obtint un agrandissement considérable de l'église par la construction d'un double bas-côté Sud.
Afin de conserver la galerie du cloître, le transept, au lieu d'être à sa place habituelle entre la nef et le choeur, se trouva reculé vers l'Ouest. C'est de la fin de cette période de construction que datent également le Grand Portail du bas-côté Sud et le merveilleux jubé. Les voûtes de la nef principale une fois terminées, on inaugura le monument, au début du XIV° siècle (1320). En 1360, maître Guillaume de Marbourg construisit la chapelle St. Jean (au pied du clocher côté Sud). À la fin de ce même siècle, on construisit la partie Est du cloître et la chapelle St. Nicolas sur le côté Ouest du cloître. La chapelle de la Sainte Trinité est une production élégante du style gothique tardif. L'auteur en est Hans Hammer qui a également construit la chaire à prêcher de la cathédrale. Au cours du XVI° siècle, on remplaça les balustrades en pierres de taille ajourées du jubé et du bas-côté Sud. Les boiseries et les stalles du choeur furent posées au XVIII° siècle. Pendant la Révolution, les sculptures du portail, dit d'Erwin de Steinbach, furent entre autres détruites. En 1793, l'église servit de grenier à foin.
L'église et la paroisse étaient devenues protestantes en 1524. En 1681, Louis XIV rendit le choeur au culte catholique, et il fut séparé de la nef principale par un mur, au droit de d'arc doubleau du jubé. En 1893, la paroisse catholique s'établit dans la nouvelle église, bâtie par la Ville de Strasbourg à côté du Palais de Justice. L'ancienne église St. Pierre-le-Jeune servit de nouveau entièrement au culte protestant. En 1897, on entreprit la remise en état de l'église. On démolit le mur qui séparait la nef du choeur et on enleva les tribunes en bois des bas-côtés. Le sol de l'église et les bancs furent remplacés. L'église s'éleva de nouveau dans son ancienne splendeur, grâce aux subventions de l'Etat et de la Ville. C'est à feu Monsieur Charles Schaefer, architecte en chef du gouvernement, Professeur à l'Ecole supérieure d'architecture à Carlsruhe, que l'on confia la direction des travaux. N'oublions pas de rappeler que feu Monsieur le pasteur Guillaume Horning a été le principal promoteur de la remise en état de l'église.
 
 

Description

L'extérieur de l'église

L'aspect extérieur de l'église permet facilement d'en reconnaître le plan et les différentes périodes de construction. Depuis la Place St. Pierre-le-Jeune, nous apercevons, comme partie dominante, le clocher; accolés au Sud de celui-ci, la chapelle St. Jean avec un pignon de forme particulière et le puits de St. Pierre. À l'Est, formant suite, la nef avec le transept Ouest; bâti devant elle, le double bas-côté Sud avec le portail d'Erwin, richement décoré et la chapelle de la Sainte Trinité. Le choeur très allongé fait suite à la nef. Nous y voyons, adossé à un contre-fort, un escalier à vis moderne, construit pour faciliter l'accès aux combles du choeur; sur le faîtage, un clocheton revêtu de cuivre a été reconstruit d'après des gravures anciennes. C'est encore l'ancienne porte, dite «de la croix», qui sert d'entrée au choeur. Ce dernier se termine par une chapelle, appelée de «l'Est» ou de «l'ange».
L'église est, comme la plupart des églises du moyen-âge, orientée, c'est-à-dire que le choeur se trouve à l'Est et le clocher à l'Ouest. Certains archéologues considèrent la partie inférieure du clocher comme ayant été un choeur Ouest, car il n'y a pas de porte sur l'extérieur. Nous voyons encore aujourd'hui les claveaux d'un arc, peut-être de l'ancien arc triomphal, dont l'ouverture est maintenant condamnée. Aux parements extérieurs du clocher se remarquent des pilastres réunis par des frises en arcades (frises lombardes). Les étages sont divisés par des bandeaux. Jusqu'au bandeau à la hauteur de la corniche de la nef, le clocher est encore en maçonnerie ancienne; à partir de ce bandeau, l'étage supérieur est de construction nouvelle, remplaçant la maçonnerie démolie par suite de son très mauvais état. Cette maçonnerie paraissait avoir été exécutée très rapidement, après un incendie ou un écroulement, avec d'anciennes pierres et des fragments d'architecture. C'est ainsi qu'à la dernière remise en état, on mit à jour des fragments d'architecture très intéressants qui donnèrent à l'architecte des indications précieuses lors de la reconstruction du 3e étage. Le style est celui de la transition. Les baies du beffroi sont jumelées, avec des colonnettes doubles; au-dessus d'elles, des ouvertures décorées de lobes de dessins différents. Les pignons de la toiture en bâtière ont des baies analogues. Au-dessous du chaperon de pignon, il y a également des frises en arcade. Le faîtage est couronné d'un clocheton revêtu de cuivre. L'accès du clocher est assuré par un escalier à vis placé entre celui-ci et la chapelle St. Jean.
Les fenêtres de la nef, du transept et du bas-côté Sud sont tripartites, c'est-à-dire qu'elles ont deux meneaux. Le dessin de la partie haute du fenestrage est composé: de trois rosaces: l'une à la partie supérieure, décorée de huit lobes, reposant sur deux rosaces à six lobes. Il est intéressant de noter que ce motif de fenêtre se répète 31 fois à l'église St. Pierre-le-Jeune.
Au tympan du portail du transept, dit du Christ, nous voyons le Christ en croix avec la Vierge et St. Jean de part et d'autre. St. Augustin, le patron des chanoines d'alors, est représenté dans le pignon au-dessus du portail; dans une niche du contrefort suivant du bas-côté, est placée la statue de Tauler, moine-prédicateur de Strasbourg.
À l'intersection des faîtages de la nef et du transept, il y a un autre clocheton. En dehors de sa valeur décorative, il est nécessaire au point de vue technique, en raison des noues arrondies de la couverture en tuiles. Les pignons du transept et celui entre la nef et le choeur se terminent par une croix en grès des Vosges. Les bras et la tige de celle du choeur sont décorés de crochets. Pendant le déblaiement des extrados des voûtes du bas-côté Sud, on a trouvé un certain nombre de fragments provenant des anciennes balustrades, suffisamment importants pour permettre de reconstituer leurs dessins géométriques. Au-dessus de la couverture on peut remarquer un système de contrefort composé de deux arcs boutants reposant sur un pilier intermédiaire, ce qui indique l'existence d'un double bas-côté.
Le grand portail dit d'Erwin a été ainsi dénommé, lorsqu'on eut constaté une certaine analogie, dans l'ensemble et dans le détail, avec les grands portails Ouest de la Cathédrale qui ont été dessinés et exécutés par Erwin de Steinbach. La décoration statuaire et sculpturale des niches etc... fut détruite pendant la Révolution, en 1793. Les traces subsistantes servirent de repère pour les modelages et la reconstitution des sculptures, exécutés sous la direction de feu M. Riedel, sculpteur-chef de l'Oeuvre Notre-Dame.
a) Les consoles des statues extérieures représentent les quatre sens; de gauche à droite
1) un aigle et ses petits regardent vers le soleil rayonnant: « La Vue».
2) un garçon mange une pomme: «Le Goût».
3) un homme écoute le son d'un cor: «L'Ouïe».
4) une femme est mordue par un chien: «Le Toucher»
b) Les consoles des ébrasements du porche, au nombre de six de chaque côté, représentent les douze mois de l'année. Aux quatre consoles à côté de la porte: quatre statuettes de femmes en train de vider des vases, représentant les quatre vents.
c) Les grandes statues extérieures sous baldaquin, contre les piliers portant les grands arcs, représentent les quatre âges. Côté gauche du portail: Samuel sur le bras d'Hannah et la fille de Jephté; côté droit: Gédéon et Hannah la prophétesse; à l'angle de droite, côté Sud: l'église chrétienne avec la croix et le calice; à l'angle de droite, côté Est: la synagogue avec les tables de la loi et une colombe.
d) Dans la rosace à sept lobes, au-dessus du portail, un St. Pierre assis  dans l'angle supérieur du gâble: la Sainte Trinité: «Dieu le Père montre aux hommes son fils crucifié, au-dessus d'eux, le Saint Esprit sous forme d'une colombe.»
e) Sous le porche du portail
à gauche: St. Pierre, St. Jean, St. Paul et les vierges sages;
à droite : Moïse, David, Salomon et les vierges folles. Dans les arcs au-dessus des baldaquins des vierges, se trouvent: dans le N° 1, les douze prophètes mineurs de l'ancien testament, dans le N° 3 les quatre grands prophètes de l'ancien testament avec des anges portant des trompettes. Les deux autres arcs sont décorés de feuillage.
f) La façade intérieure du portail.
Au trumeau : le Christ assis sur un trône sous un riche baldaquin, au-dessus d'une console représentant St. Jean-Baptiste. Le tympan est divisé horizontalement en quatre registres. Panneau supérieur : «Dieu le père bénissant», entouré des symboles des quatre Evangélistes. En-dessous: des anges comme desservants portant des encensoires; au-dessous de ceux-ci: «Le Christ crucifié», à sa droite, l'église chrétienne recueillant le sang de la blessure de la poitrine; à sa gauche, la synagogue. En outre, les écussons de St. Pierre et de la Ville de Strasbourg. Dans le registre inférieur : «La Sainte Cène».
Un escalier à vis placé à l'Est du portail permet l'accès des galeries du bas-côté Sud.

La chapelle de la Sainte Trinité

est construite en style gothique tardif. Son nom et l'année de la construction exécutée en 1491, sont attestés par l'inscription qui se trouve en-dessous de la corniche, à l'Est. Les épis de faîtage sont exécutés en plomb. À la suite, se trouve le choeur, datant du début de l'époque gothique. Les contreforts sont reliés par une arcature formant encadrement des fenêtres. Ces dernières sont jumelées avec un quatrilobe dans la partie du haut. Leurs formes et leur mouluration sont plus simples que celles de la nef et des bas-côtés. La porte d'entrée est dénommée «Portail de la croix» à cause de la croix qui se trouve dans le tympan. Les contreforts sont à deux retraits, dont l'un est décoré d'un fronton avec fleuron. Le choeur est presque de deux mètres moins haut que la nef. Les toitures de la nef, du transept et du choeur sont couvertes de tuiles plates.

La chapelle Est

au début du chevet, est une reconstitution complète en style gothique tardif. Elle est couronnée d'une balustrade ajourée.
Depuis la rue St. Pierre-le-Jeune, nous voyons la chapelle des Zorn, la chapelle St. Nicolas, le bras Nord du transept et la partie Ouest des bâtiments du chapitre.
Comme presque toutes les anciennes églises de Strasbourg, sauf la Cathédrale, l'église St. Pierre-le-Jeune est un édifice dont les parements extérieurs et intérieurs sont revêtus d'un enduit en mortier de chaux hydraulique; seules les parties architecturales telles que fenêtres, portes, arcs, bandeaux, corniches, etc. sont exécutées en pierre de taille. Pour animer les surfaces d'enduit, on les avait peintes au moyen-âge. La peinture actuelle des parements extérieur de l'église St. Pierre-le-Jeune a été reconstituée suivant les vestiges retrouvés. Cette restauration, en son temps, a été vivement critiquée par les hommes du métier, par la presse et par la population.

L'intérieur de l'église

L'entrée pour la visite de l'église se fait par la rue St. Pierre-le-Jeune. On arrive d'abord dans

La chapelle des Zorn (Z),

la prolongation vers l'Ouest du bas-côté Nord. Elle est couverte par deux travées de voûtes en ogives avec nervures et s'ouvre vers le transept.
Quatre épitaphes avec l'agneau pascal (Agnus Dei) sont encastrées dans le soubassement des murs, de même deux autres, rappelant le souvenir du trésorier royal Perrin et de sa femme, morts en 1724 et 1741, et du chanoine Pierre Schott (Humaniste du XV° siècle). Sur le côté Nord se trouve la pierre tombale, posée sur un socle en maçonnerie, d'un chantre du chapitre, Sledt, et de sa mère. Sur le côté Sud et semblable au précédent, le tombeau d'un chanoine posé dans une niche avec arc brisé.
Les nervures des voûtes reposent sur des consoles décorées de feuillage ou de personnages, entre autres des vierges avec une corne d'abondance, quelques têtes, l'évangéliste St. Jean avec l'aigle et le lion de St. Marc.
Les verrières présentent des motifs de feuillage colorés; dans les rosaces à huit lobes, des scènes bibliques.
Sur le remplissage des voûtes autour des clefs de voûte et aux retombées des nervures, sont peints des rinceaux avec feuillages. Les armoiries de la famille des Zorn sont également peintes à la partie haute des voûtes. Les clefs de voûte sont décorées de feuillages, sculptés et peints.
De l'autre côté d'une balustrade, on accède à

une autre travée du bas-côté nord.

Dans cette partie de l'édifice on peut remarquer: du XVIII° siècle: contre le mur Nord, une pierre commémorant la mémoire d'Anne, née Willemann et de Pierre Duconte, médecin royal mort en 1728, le monument du pasteur Théodore Horning (1845-1882), grâce auquel l'église a été conservée au culte protestant; appuyée contre un pilier principal, la pierre tombale, posée sur colonnettes, du chevalier strasbourgeois Adam Zorn de Plobsheim et de son épouse.

bras nord du transept:

Dans cette partie de l'édifice, on peut remarquer à côte de la porte un bénitier sur colonette, à la suite, au mur nord, des peintures murales représentant: l'évêque Erhard, St. Jean-Baptiste, St. Colomban, St. Pierre, Judith portant la tête d'Holopherne et entrant à Béthulie. Encastré dans le mur, une pierre commémorative du doyen du chapitre Jean Calmet mort en 1750. D'autres peintures murales représentent deux anges, des armoiries de familles alliées à celle des barons de Mullenheim, l'une des familles les plus anciennes, les plus puissantes et les plus nobles d'Alsace. Elle a donné douze Chanoines au chapitre St. Pierre-le-Jeune et quarante-deux Stettmeister à la Ville de Strasbourg.
Deux travées de voûtes recouvrent le transept. Les nervures reposent sur des consoles. Les clefs de voûtes sont décorées de feuillage. Sur le côté Est on peut signaler: un autel moderne en pierre de taille avec des peintures murales représentant la Sainte Trinité, une croix, des Saints de la Bible et de l'Eglise. Les verrières des fenêtres du côté Ouest sont en grisaille avec des écussons coloriés. Celles du côté Nord ont des médaillons coloriés représentant les dix commandements; celles du côté Est ont des ornements de couleur.

bas-côté nord.

Il y a lieu de signaler sur le côté Nord les peintures murales représentant: 1) un ange saluant la Vierge, 2) une tête de Christ, 3) un ange avec la balance des anges et du diable, 4) le crucifiement, 5) le combat de l'ange avec le dragon à deux têtes, 6) des scènes de la vie du Christ et de la Passion. Au soubassement du mur, une inscription humaniste (1584) à la mémoire du chanoine Wolf (écusson avec animal). Le tombeau du Strasbourgeois Swarber, dont la dalle avec inscriptions repose sur un socle en maçonnerie devant une niche; celle-ci est décorée de peintures murales avec inscriptions.
Au mur Est, les peintures murales représentent: la Vierge, l'enfant Jésus, deux anges et Dieu le Père. À côté du jubé, une console décorée de trois têtes supporte les nervures et les arcs de la voûte. Contre le mur, un autel moderne en pierre de taille, et dans la niche, au-dessus, la sculpture d'un Christ assis. À droite vers le jubé, une piscine du XIV° siècle présentant l'aspect d'une coupe supportée par un moine augustin. Le bas-côté Nord est couvert de trois travées de voûtes avec nervures. Ces dernières sont moulurées avec des gorges et se détachent des colonettes, sans consoles. Les clefs de voûtes sont décorées de feuillages et de statuettes; des têtes sont sculptées à la jonction des nervures. Les verrières des fenêtres sont en grisaille avec des médaillons coloriés représentant des scènes de l'ancien Testament.

La nef principale.

Les piliers de la nef sont en pierre de taille en forme d'octogones irréguliers. Ces piliers supportent des voûtes avec nervures. Ces dernières reposent sur des consoles; les clefs de voûtes sont décorées de feuillage.
À l'Est, se trouve le jubé du XIII° siècle. Ce jubé est constitué par six colonnettes isolées et six colonnettes adossées avec bases moulurées et chapiteaux décorés de feuillage, portant cinq travées de voûte avec nervures, dont la travée centrale est un peu plus longue. Dans cette dernière, la clef de voûte porte l'Agnus Dei. Les autres sont décorées de feuillage. Au-dessus des arcs et dans leurs écoinçons, des peintures du peintre Engelhardt (1620) représentent les Évangélistes et leurs symboles. Le jubé est couronné par une galerie dont la balustrade du XVI° siècle en pierre de taille est finement sculptée et ajourée. Au milieu du jubé sont placées les orgues, oeuvre de Silbermann (1707), transformées et agrandies au cours de la restauration. Devant le jubé, le nouvel autel en pierre de taille, avec un lutrin du XVIII° siècle. Les lustres en fer forgé suspendus dans les arcades et le grand lustre sont modernes, de même que la chaire à prêcher et les bancs. Il y a lieu de remarquer les peintures des montants de ces derniers.
Au pilier à, côté de la chaire à prêcher, quatre porte-écussons du XVIII° siècle avec les armoiries des membres du conseil presbytérial; en-dessous, les portraits à l'huile de quatre anciens pasteurs et des panneaux portant les noms des pasteurs depuis la Réforme. Au pilier en face de la chaire à prêcher un cadre avec la tête du Christ, sculpture en bois du XVII° siècle.
Dans les verrières sont représentés, sur le côté Sud: trois héros payens (Hector, Alexandre, César); trois héros juifs (Samson, David, un Macchabée) ; trois héros chrétiens (Clovis, Charlemagne, Rodolphe de Habsbourg). Sur le côté Nord: les héroïnes (Clélie, Vaturie, Cornélie) ; - (Mirjam, Déborah, Judith); - (Hélène, Cunégonde, Elisabeth).
Sur le mur Ouest, les peintures murales représentent au bas, des scènes de la vie du Christ; en haut, au-dessus de la galerie: 1) huit anges avec les huit béatitudes, 2) la barque de St. Pierre, Jésus et St. Pierre sur l'eau; de mauvais génies soufflent le vent.
Dans les verrières sont représentés: sur le côté Sud: Isaïe, Moïse, Jérémie; sur le côté Nord: Ezéchiel, Elie, Daniel.
La porte d'entrée du porche du clocher est un reste de l'ancien jubé Ouest. En-dessus, on remarque une console, vestige d'un oriel de l'époque romane. La galerie avec balustrade ajourée permet d'accéder du clocher aux combles des deux bas-côtés. Le porche est couvert d'une voûte avec nervures. Celles-ci reposent, dans les angles des murs, sur des consoles romanes. C'est ici que l'on voit l'arc en pierres de taille (peut-être l'arc triomphal) qui séparait le choeur Ouest de la grande nef. Sur les côtés Nord et Sud, étaient percées des portes en plein cintre, qui donnaient autrefois accès aux deux escaliers droits conduisant aux étages supérieurs du clocher. Pour des raisons de stabilité, elles ont été condamnées lors de la dernière restauration.

La chapelle Saint Jean

est un don de Conrad de Mullenheim qui la fit construire comme nouvelle sacristie. Elle est couverte de voûtes avec nervures. Sur les clefs de voûtes sont représentés St. Pierre et St. Paul. On explique la formation des niches dans les murs par l'emploi de contreforts dits intérieurs.

Bas-côté et transept sud.

La décoration picturale du mur Ouest nous montre: 1) une Pietà en style gothique tardif, à gauche la donatrice agenouillée; inscriptions sur banderoles. 2) Le baptême du Christ. Au-dessous: le triomphe du Christianisme, les nations cheminent vers la croix. On peut remarquer également: Une pierre commémorative de Jean Reis mort en 1729, conseiller municipal et membre du conseil des Treize de la ville. Dans les travées de voûte côté Ouest, une clef de voûte ornée d'une étoile, une autre ornée de l' Agnus Dei. Les nervures sont en partie portées par des colonnes isolées, rondes, dépourvues de chapiteaux. Les nervures sur le côté du mur extérieur, contrairement au bas-côté Nord, reposant sur des consoles sculptées. Les clefs de voûtes sont décorées de la même façon que celles du bas-côté Nord (feuillage et têtes). Contre le mur Sud, la pierre tombale du chevalier strasbourgeois de Vindecke (1354) repose sur des colonnettes devant une niche. Les peintures murales nous montrent la généalogie du Christ jusqu'à Adam.
Dans le transept, à gauche du portail, un Ecce Homo en style gothique tardif. Le Christ descend de la croix, deux anges lui mettent un manteau de pourpre. Le transept est couvert de deux travées de voûtes avec nervures, qui reposent sur des consoles. Les verrières des fenêtres du côté Ouest sont en grisaille avec des écussons coloriés; celles du côté Sud ont des médaillons représentant les quatre âges du monde.
Encastrée dans le mur du bas-côté, une pierre commémorative du conseiller municipal Jean Merckel, mort en 1737. À une certaine distance du mur, le tombeau avec socle en maçonnerie du chanoine Conrad de Mullenheim, trésorier de l'église, mort en 1364. À côté, se trouve un caveau, improprement appelé crypte, découvert par hasard au cours des fouilles faites pour trouver les fondations de l'ancienne église. Outre les fondations de l'église romane, on y voit un tombeau, exécuté en maçonnerie d'après la forme du corps, contenant les ossements du défunt.
Plus loin, au mur sud du bas-côté, nous pouvons lire l'épitaphe du prieur du chapitre, Nicolas de Kageneck, mort en 1364. À la rampe de l'escalier menant au portail d'Erwin, une colonnette est surmontée d'un coq (autrefois sur l'orgue), symbole de la vigilance. À sa gauche, le tombeau avec socle en maçonnerie du prieur du chapitre Goetze de Grostein, mort en 1376. Dans le sol devant la chapelle de la Sainte Trinité, est encastrée la pierre tombale de l'évêque Hetzillo mort en 1065, qui avait participé à la construction de la première église romane. Au mur Est, un bénitier et l'épitaphe du doyen Duconte mort en 1743. L'escalier moderne en pierre de taille avec une rampe en fer forgé nous mène à la tribune d'orgue. Sur un pilier près de l'escalier, une peinture représente St. Christophe. Les vitraux, de même que ceux du bas-côté Nord, sont en grisaille avec des médaillons, rectangulaires coloriés, qui représentent des scènes de l'ancien testament.

La chapelle de la Sainte Trinité

est entièrement exécutée en pierre de taille et couverte d'une voûte, dont les nervures forment en plan des étoiles. Les clefs de voûtes sont décorées de sculptures, l'une représentant la Ste. Vierge et l'enfant Jésus, l'autre l'Agnus Dei; à l'intersection des nervures, des petites têtes. Les surfaces des voûtes sont décorées de peintures, fleurs, étoiles et têtes. Les nervures viennent s'appuyer, à gauche sur deux têtes d'anges, à droite sur Satan se cachant derrière un écusson.
Sur le côté Nord, dans une niche, est placée la statue assise de l'empereur Henri le Pieux. Devant les trumeaux, sous des baldaquins, les statues debout de St. Pierre, du Christ, de la Ste. Vierge, de St. Athanase et de St. Materne, les deux derniers des évangélisateurs de l'Alsace. Dans les verrières, sont représentés des anges avec les instruments de la Passion. Sur le linteau de la porte, au côté Nord, sont sculptées les armoiries de Hans Hammer, le constructeur de la chapelle. Au milieu de la chapelle, une cuve baptismale de l'époque gothique tardive avec un couvercle moderne. Devant la cuve, au sol, la pierre tombale du donateur, le chanoine de Kirchberg. Le sol en carrelage a été refait suivant un modèle ancien.

Le choeur.

La partie inférieure du jubé et de la tribune d'orgue permet la communication entre la nef et le choeur. Dans la paroi en-dessous, sont percées trois fenêtres et deux portes dont la partie supérieure en ogive est occupée par des motifs géométriques ajourés. Sur le côté Nord, on peut voir la pierre commémorative la plus ancienne de l'église relatant une donation faite par Walter et Werner de Geudertheim (1263). Le jubé a été élargi vers l'Est par une tribune en bois; cet agrandissement a été provoqué par la pose de l'orgue et afin de trouver de la place pour les chanteurs. Le plafond en bois est décoré de solives apparentes et de rinceaux peints. Les consoles sculptées, au-dessus des colonnes en bois, proviennent des tribunes démolies des bas-côtés.
Fixées à la balustrade en bois, deux portraits à l'huile exécutés par l'artiste strasbourgeois Hornecker représentant: 1) Capito, réformateur de Strasbourg, mort en 1541, premier pasteur à St. Pierre-le-Jeune depuis 1524; 2) Maurice Ueberheu, prieur du chapitre, mort en 1608.
Le choeur est couvert de voûtes avec nervures. Ces dernières reposent sur des consoles. Aux angles du chevet, les nervures reposent sur des colonnettes engagées, dont les chapiteaux sont ornés de sculptures variées. Les clefs de voûte sont ornées, comme celles du bas-côté Nord, de feuillage et de têtes. Les lustres avec pendeloques en verre sont anciens, les bancs et le sol du choeur sont modernes.
Le soubassement des murs des côtés Est, Nord-est et Sud-est et en partie au Nord et Sud est recouvert d'une belle boiserie du XVIII° siècle. Dans les grands panneaux, sont sculptés des emblêmes sacerdotaux et des fleurs, et, sur l'entablement de la boiserie, des amours, des guirlandes et des vases; le devant des stalles et la petite chaire sont de style empire. Celui de la grande chaire à prêcher posée contre le mur Nord appartient au XVIII° siècle. Les surfaces de la boiserie, des stalles et de la chaire à prêcher sont peintes dans un ton bleuâtre, les moulures et les sculptures sont argentées. - Au-dessus du linteau d'une porte à droite de la chaire à prêcher, un tableau à l'huile représente la Sainte Cène; dans une niche, est placée la statue de St. Étienne; dans un panneau de la boiserie, un tableau représente le sacrifice d'Isaac.
Au mur Sud, on peut remarquer: une épitaphe du XV° siècle; un Christ assis, bénissant St. Pierre et St. Paul placés à ses côtés; en-dessous, la tête du Christ, symbole de Ste. Véronique; comme peinture murale: St. Christophe porte l'enfant Jésus à travers un fleuve. Au-dessus du linteau de porte, un tableau représentant la distribution des clefs; dans la niche, la statue de St. Jean-Baptiste avec l'agneau; dans un panneau de la boiserie, un tableau «Le Crucifié».
La grande allée du choeur est exécutée en dalles de grès des Vosges. La décoration représente le chemin de la vie qui mène au Paradis; sur les côtés, ceux du vice avec les symboles du péché; devant l'autel, le Paradis. Les contours des dessins ont été ciselés dans la pierre et les ciselures ont été remplies de plomb coulé et frappé.
L'autel en pierre de taille et les peintures du retable sont modernes, à l'exception du panneau central: Un «Christ mort», de l'école de Durer 1518. Au-dessus des appuis des fenêtres, il y a, dans une frise peinte, des panneaux avec des versets du Crédo.
Les verrières représentent: à l'Est: l'histoire de la vie du Christ dans des médaillons; de part et d'autre, les apôtres sous de grands baldaquins, et, au-dessus, des panneaux à dessins colorés. - Au Sud, elles sont décorées de dessins géométriques richement colorés, et au Nord, par des rinceaux avec feuillages en couleurs vives.
Comme les orgues sont visibles sur leurs deux faces, on a complété le buffet d'une deuxième façade vers le choeur, avec flûtes en étain ciselées.

La chapelle de l'est ou de l'Ange

est réunie au choeur par un arc en plein cintre; à l'ébrasement de l'arc, sont représentées en peinture: à droite la justice, à gauche la modération. Dans la chapelle à gauche, on remarque une petite table en pierre de taille, dite crédence. Aux soubassements des murs, sont peints, entre autres, les armoiries des villes, autrefois «Villes libres d'Empire» en Alsace. Un ange isolé est placé au milieu de la chapelle; il porte dans les mains une coupe destinée à contenir l'eau baptismale. Le corps de l'ange est taillé dans un bloc de pierre, les ailes sont exécutées en bois de chêne. Le sol en carrelage vernissé a été refait suivant un ancien modèle.
Les vitraux modernes s'inspirant du style gothique tardif représentent: à gauche, la Sainte Cène, en-dessous, l'entrée du Christ à Jérusalem; au centre, l'empereur Auguste, fondateur de la Ville de Strasbourg; au-dessus, l'empereur Constantin; à droite, le crucifiement et la résurrection. La chapelle est couverte d'une voûte dite plate. Il n'y a pas de maçonnerie entre les nervures; sur ces dernières, sont posées des dalles verticales ajourées avec des dessins géométriques, qui portent un plafond à compartiments en dalles de pierre de taille. Cette construction est très intéressante et donne un bel effet perspectif. À la clef de voûte, un ange porte les armoiries de la Ville de Strasbourg.

Le cloître.

On y accède du bas-côté Nord par une porte. Ce cloître se trouve, comme dans la plupart des cas, au Nord de l'église. C'est le cloître le plus ancien de ce côté des Alpes (1031). Trois de ses galeries (Sud, Ouest et Nord) sont adossées à d'autres bâtiments et recouverts d'une toiture en tuiles avec chevrons apparents. La galerie Est est recouverte de voûtes avec nervures et est surmontée d'un bâtiment du chapitre. Sur trois côtés, les façades de la galerie sont construites en arcades avec colonnettes rondes qui alternent à plusieurs reprises avec des colonnettes carrées. Il y a lieu de remarquer spécialement sur le côté Ouest une colonnette à faisceau, composée de quatre colonnettes avec bases attiques et chapiteaux en forme de têtes d'hommes. La façade Est est percée de quatre fenêtres en plein cintre qui sont divisées en quatre parties, avec des réseaux dans la partie haute. La margelle et les colonnes du puits sont modernes, mais à l'intérieur du puits, on remarque encore l'ancienne maçonnerie. Les murs intérieurs des galeries du cloître sont décorés de peintures. Le long des murs on voit des épitaphes : au mur Ouest, du chanoine Blochholz (1451); de Jeanne Doyen, née Bouget (1719), du chanoine Joseph Doyen (1745). Au mur Nord : du Prieur du chapitre Molitor (1609) ; du doyen de Lavalle (1724); du doyen du chapitre Martin-Volmar Keller (I541); au mur Sud: de Jean Tout, vicaire du chapitre; de Louis Sturm et Anne de Endingen (1516), avec des armoiries ; de Dorothée de Gunter, épouse de Jean-Baptiste de Klinglin (1692); du prieur du chapitre de Regemorte (1769). Sur le sol de la galerie du cloître, des tombes de différentes époques. Sur la façade Est des bâtiments du chapitre, on voit encore des traces d'anciennes peintures.

La chapelle Saint Nicolas

est accessible par la galerie Ouest du cloître. Elle est couverte de voûtes avec voussures. Une clef de voûte est ornée d'une sculpture représentant Saint Pierre. Devant la chapelle, qui date du XIV° siècle, se trouve la pierre tombale du donateur de celle-ci.

Observations générales

Les peintures murales, soit décoratives, soit représentant des personnages, sont pour la plupart anciennes. Elles ont été mises à jour après enlèvement du badigeonnage et des enduits et ont ensuite été renouées. Les verrières de toutes les fenêtres sont modernes, c'est-à-dire dessinées et exécutées par la Maison Ott Frères à Strasbourg. Dans ces vitraux, l'architecte a essayé de caractériser tous les procédés et toutes les méthodes employés par les peintres-verriers depuis le début jusqu'à la fin de l'époque gothique, et l'ensemble nous permet ainsi d'étudier le développement de la peinture sur verre. Nous voyons: 1) des vitraux en grisaille dont les détails sont composés de motifs géométriques ou de rinceaux avec feuillages, peints sur verre blanc au moyen de couleur noire spéciale avant leur cuisson; 2) des vitraux avec ornements géométriques ou rinceaux colorés; 3) des vitraux en grisaille avec de petits panneaux ou écussons colorés; 4) des vitraux colorés composés de médaillons (ronds ou en formes géométriques); 5) des vitraux avec des panneaux de scènes composées de petits personnages, ou de grands personnages avec socles et baldaquins, dont la partie haute avec ornements colorés; 6) des verrières de l'époque gothique tardive.

Conclusions.

Bien que très riche en vieilles églises et autres monuments importants du moyen-âge, nous ne trouvons nulle part en Alsace une église collégiale aussi complète que l'église protestante St. Pierre-le-Jeune à Strasbourg.

Bibliographie: M. le Pasteur Guillaume HORNING, différentes publications concernant l'église et son histoire.
Oberbaurat C. SCHAEFER, Die Jung-St. Peterkirche in Strassburg. Ein Beitrag zur Baugeschichte des Mittelalters. (plan).


 

Tableau des principales dates de la construction de l'Eglise

 
VII° siècle  Construction d'une chapelle en bois.
1031 L'Evêque Guillaume de Strasbourg commence la construction d'une église avec la galerie du cloître.
1180 Reconstruction de l'église.
1200-1210 Le choeur Ouest est complété comme clocher.
1220 Construction du 3e étage du clocher.
vers 1250 Commencement de la construction du choeur.
1260 Modification au bas-côté Nord par l'agrandissement des fenêtres.
vers 1275 Commencement de la construction de la nef, du transept, du bas-côté Sud et de la chapelle dite des Zorn.
fin XIII° siècle Construction du Portail d'Erwin et du jubé.
1320 Consécration de l'église.
1360 Construction de la chapelle St. Jean par le maître Guillaume de Marbourg, fondation de Conrad de Mullenheim.
fin XIV° siècle Construction de la chapelle St. Nicolas, fondation d'un seigneur de Kageneck, ainsi que de l'aile Est du cloître.
1491 Construction de la chapelle de la Sainte Trinité par Hans Hammer, fondation d'un chanoine de Kirchberg.
XVI° siècle Pose de balustrades sur le jubé et sur les bas-côtés Sud.
1620 Peintures du jubé, par l'artiste Engelhardt.
1707 Construction des Orgues par Silbermann.
XVIII° siècle Pose des boiseries, des stalles et de la chaire à prêcher dans le choeur.
fin XVIII° siècle Démolition des sculptures du portail d'Erwin.
1848 L'église est classée parmi les Monuments Historiques.
1897 Commencement des derniers travaux de restauration.
1968 Début d'une nouvelle restauration.

Plaquette disponible à l'église
juillot@in2p3.fr  Retour Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg 

La Pfalz: coeur et symbole de la vieille République de Strasbourg

Roland Oberlé

Annuaire de la Société des Amis du Vieux Strasbourg,
II Strasbourg (1971) p.39

Plus rien ne rappelle au visiteur qui traverse de nos jours la place Gutenberg que nul endroit de Strasbourg n'est aussi chargé d'histoire puisqu'elle fut, du début du XIV° siècle jusqu'à la Révolution, le confluent de l'activité politique de la vieille République de Strasbourg. Le temps - et surtout les hommes - aidant, il ne reste plus qu'un seul témoin de ce passé prestigieux: l'actuelle Chambre de Commerce, le «Neubau». L'étranger qui, visitant Strasbourg vers 1600, se fût placé face à la Chambre de Commerce, eût aperçu, de droite à gauche, l'admirable petit Hôtel de la Monnaie, l'Hôtel de Ville ou Pfalz masquant en grande partie la Chancellerie, et enfin le «Neubau», ces trois édifices étant reliés entre eux par deux ponts en arc. Tel se présentait l'ensemble architectural qui abritait les rouages administratifs de Strasbourg. Dominant les autres édifices de ses pignons crénelés, la Pfalz était à la fois le plus ancien et le plus imposant des bâtiments de cette place Saint-Martin, qui deviendra place Gutenberg après avoir été place du Marché-aux-Herbes. C'est plus de quatre siècles d'histoire de notre cité que représente cet édifice.

I - L'origine du monument

L'affirmation d'une indépendance

Partie intégrante du Saint Empire Romain Germanique, la Ville de Strasbourg fut gouvernée jusqu'en 1262 par ses évêques. Toutes les décisions, tous les ordres de l'administration épiscopale émanaient de la Chancellerie de l'Evêque installée au Fronhof, le palais épiscopal situé à l'emplacement actuel du Palais Rohan. En fait, ce «palais» n'était rien d'autre qu'un groupe de maisons aux pignons crénelés qui formaient l'ensemble appelé «Bischöfliche Pfalz» ou «Fronhof» (1). Or, les Strasbourgeois, nobles ou roturiers, supportaient avec impatience la tutelle de leurs évêques et cherchaient activement le moyen de s'en défaire.
Débarrassés de cette tutelle par la victoire des milices bourgeoises à la bataille de Hausbergen (8 mars 1262), les Strasbourgeois établissent un régime qui est rapidement confisqué et monopolisé par la noblesse, au grand dam des artisans qui cherchent, en vain, à secouer ce nouveau joug. Deux grandes familles dominent et s'opposent dans les tumultueuses discussions que le «Fronhof» abrite encore: les Zorn et les Mullenheim. Encouragés par les familles nobles alliées, soutenus par de nombreux clients, les chefs des deux familles se livrent à une lutte de prestige qui dégénère souvent en rixes sanglantes.
Dans ces conditions, comment peut-on expliquer, en 1321, la construction de la Pfalz, édifice majestueux et coûteux dont la réalisation n'a pu se faire que grâce à la conjonction de toutes les énergies? L'hypothèse la plus vraisemblable et la plus raisonnable est que les membres du Magistrat commençaient à se sentir à l'étroit au «Fronhof», et que par ailleurs, pour une simple question de prestige, ils n'entendaient plus tenir leurs assises dans des locaux qui leur rappelaient la toute récente domination des Evêques.
Le chroniqueur Koenigshoffen, repris par Specklin, émet à ce sujet une hypothèse très séduisante - peut-être trop séduisante (2). À cette époque, un Zorn qui était Schultheis (prévôt), se plaignit de ce que le Fronhof fût beaucoup trop voisin de la curie de ses rivaux, les Mullenheim, laquelle se trouvait effectivement toute proche (à l'angle du quai au Sable et de la rue des Ecrivains), alors que la curie des Zorn, située à la Haute-Montée en était très éloignée. Cette situation avantageait les Mullenheim qui, en cas de disputes et de rixes recevaient des renforts beaucoup plus rapidement que leurs adversaires. Il semble qu'on fît droit aux récriminations des Zorn, et l'on se mit à la recherche d'un espace vierge, situé à mi-chemin entre les deux curies et où s'élèverait la nouvelle Pfalz. La place Saint-Martin répondait précisément à ces exigences: Specklin précise même que l'emplacement choisi se situait à 1291 pieds (420 mètres) de chaque curie. Une seule restriction peut être apportée à cette explication si logique et qui semble encore corroborée par la présence de deux escaliers monumentaux au nouveau bâtiment, un pour chacune des deux familles; mais cette restriction est de taille: Closener, le plus ancien des chroniqueurs, ne fait pas mention de cette origine. Cependant, l'explication de Koenigshoffen est si séduisante, elle a rallié les suffrages de tant d'historiens du Vieux Strasbourg, que nous sommes tentés d'y adhérer malgré les réserves que l'absence de preuves historiques nous amène à formuler.

La place Saint-Martin en 1321

Comment se présentait la place Saint-Martin en 1321, date de la construction de la Pfalz? La place portait le nom du patron de l'église qui bordait l'actuelle place Gutenberg à l'emplacement approximatif de l'Hôtel du Commerce. D'après la tradition, les origines de l'église Saint-Martin se perdent dans la nuit des temps puisqu'elle attribue sa fondation à la reine Clotilde en 513. L'église fut reconstruite en 1253 et entourée d'un cimetière (3) qui devait occuper une grande partie de l'actuelle place Gutenberg. En 1266, le curé Ott y fit ériger une chapelle (4) dont on trouve d'ailleurs mention dans les archives à la date de 1422 (5). Plus tard, en 1372 pour les uns, 1375 pour les autres (6), elle fut reconstruite avec deux tours. Elle sera détruite en 1529 «afin que les pauvres gens aient du travail cet hiver et pour obtenir une place plus vaste» (7). Jusqu'à sa démolition les étals des pêcheurs étaient disposés à l'abri de ses murs. Quant à la chapelle du cimetière, elle survécut à l'église puisqu'elle fut donnée en location après 1529 (8).
C'est donc en bordure d'un cimetière que fut érigée la Pfalz, avec pour vis-à-vis, l'Église Saint-Martin.

II - L'édifice et ses tribulations

Description de la Pfalz

Contrairement à la Chancellerie dont nous possédons peu de représentations, l'iconographie de la Pfalz se révèle relativement importante. Le plan Morant de 1548 en donne une représentation forcément sommaire mais non dénuée d'intérêt car y est représentée la place Saint-Martin après la démolition de l'église mais avant la construction du «Neubau» (Chambre de Commerce). Plus d'un siècle plus tard, en 1682, une gravure de Schmuck nous montre l'ensemble Pfalz - Chancellerie - Neubau. Le plan-relief de 1725 surtout, s'avère un document précieux ainsi que la planche de Weiss de 1744. Enfin, peu avant sa démolition, un dessin représente l'une des façades du bâtiment avec son escalier monumental. À partir de ces représentations authentiques de la Pfalz, un certain nombre de dessins et gravures ont été exécutés postérieurement à la démolition: citons essentiellement Piton, Seyboth, Eissen, Schweitzer et Naeher. Quant à la maquette exposée au Musée Historique, elle a été réalisée suivant les dessins de Seyboth et Eissen.
Construite en 1321, la Pfalz est un magnifique exemple d'architecture gothique civile. Grâce aux documents s'y rapportant, la minutieuse description extérieure suivante a pu en être faite par Jacques Hatt (9) : « La Pfalz se compose:
1) d'un bâtiment carré qui présente les caractérisitques suivantes sur la façade principale donnant sur le Marché-aux-Grains, un pignon à redents percé de fenêtres tréflées (2-2-4), un escalier extérieur couvert, qui aboutit à un porche se composant de deux arcades en tiers-point et qu'encadrent (pour le spectateur) à gauche, une, à droite, deux croisées surmontées de gâbles, au rez-de-chaussée, une porte en tiers-point, deux portes en anse de panier géminées, à chaque angle une tourelle élancée surmontée d'un amortissement à boule et d'une girouette aux armes de la ville, de chaque côté, un pignon à redents.
2) d'un bâtiment oblong accolé au premier, donnant sur le Marché aux Poissons, qui a deux pignons à redents latéraux, une rangée de créneaux au haut de sa façade, percée de croisées simples et doubles et un escalier couvert s'enroulant extérieurement autour de son flanc droit.
On est donc, dès l'abord, frappé par le fait que la Pfalz se composait de deux corps de bâtiment accolés, ce qui pose le problème de l'édification simultanée ou successive des deux bâtiments. En fait, une construction simultanée paraît peu probable, et l'hypothèse qu'on peut raisonnablement formuler est que l'édifice principal a bien été construit en 1321 alors que le petit bâtiment bordant la Place Saint-Martin n'a été édifié que plus tard, le manque de place s'étant fait sentir. C'est d'ailleurs l'opinion de Piton (10) pour lequel «la façade opposée a subi plus tard de notables changements par suite de la construction d'un bâtiment qui fut ajouté et dont le style était d'une époque plus moderne. Ce bâtiment avait 8 mètres de large sur 22 mètres de long et correspondait au premier en hauteur, moins le pignon crénelé qui n'était pas si haut que le principal. L'escalier Mullenheim qui a dû perdre sa place primitive par la construction de cette annexe, fut placé à l'angle et reçut son ouverture du côté de la rue des Serruriers.»
Pour logique qu'elle paraisse, l'explication de Piton ne repose en fait sur aucun document et ne s'appuie que sur l'aspect des six fenêtres de style Renaissance qui ornent la partie arrière de la façade latérale du petit bâtiment. Mais Piton ne semble tenir aucun compte des multiples remaniements que la Pfalz subit à la fin du XVI° siècle et, en définitive, il convient d'être extrêmement prudent en ce qui concerne les affirmations de l'auteur du «Strasbourg Illustré».
Par ailleurs, il est certain que le petit bâtiment n'avait, à son origine, que peu de ressemblance avec l'image que nous en donnent les gravures et dessins du XVIII° siècle. Certains documents, en effet, laissent supposer que ce bâtiment annexe avait primitivement la forme d'une équerre dont la petite branche aurait empiété sur la placé Saint-Martin. Nous revenons ici à la chapelle érigée dans le cimetière de l'église. Un document daté de 1422 (11) nous apprend que cette chapelle fut rapidement annexée par le Magistrat qui la surbâtit pour y installer ce qui devait être une salle de réunion. Deux hypothèses se présentent à nous, compte tenu de l'exiguïté de la place Saint-Martin. La chapelle dont l'existence est irréfutable, devait se trouver en bordure du cimetière, à droite de la place pour un observateur se trouvant face à l'actuelle statue de Gutenberg. Il n'est donc pas impossible de penser que la Pfalz a été érigée tout contre le flanc droit de cette chapelle. Par ailleurs, les documents d'archives ne font aucune mention de la démolition de cette dernière. C'est donc que, d'une manière ou d'une autre, elle a dû être intégrée dans l'ensemble architectural de la Pfalz. C'est peut-être l'explication du mot «üsstoss» que nous trouvons dans la chronique strasbourgeoise de Büheler (12).
En fait, la deuxième hypothèse est beaucoup plus plausible et l'examen des documents la transforme en une quasi-certitude: les quatre grandes fenêtres ogivales qu'on aperçoit sur deux des façades du petit bâtiment font songer à des fenêtres d'église ou de chapelle gothique. Or des documents datés de 1393, 1395 et 1422 nous apprennent que le Magistrat a fait construire une salle de séance pour le Petit Sénat au-dessus de la chapelle, à la grande indignation des Evêques et du Grand Chapître qui en était propriétaire et qui voyait d'un mauvais oeil des réunions de caractère profane se tenir au-dessus d'un lieu de culte où la messe était dite quotidiennement (13). Les constructeurs de la Pfalz l'avaient donc presque certainement intégré à leur oeuvre, en l'ornant d'un pignon identique à celui du bâtiment principal, et en y accolant un escalier. La partie avant du petit bâtiment serait donc la plus ancienne de tout l'édifice, puisqu'elle date du XIII° siècle.
Par ailleurs, les deux escaliers couverts qui desservent chacun un côté du monument, ont déjà fait couler beaucoup d'encre. Les chroniqueurs, repris par de nombreux historiens du Vieux Strasbourg, sont catégoriques. Ces deux escaliers auraient été construits, nous l'avons vu, pour éviter que les Zorn et les Miillenheim ne se rencontrassent avant de pénétrer dans la salle des séances. C'est pourquoi, l'escalier donnant sur la Place Saint-Martin aurait été réservé aux Mullenheim, celui donnant sur la Monnaie aux Zorn. Les deux escaliers n'ont d'ailleurs aucune ressemblance, l'un, celui des «Zorn» était visiblement prévu dès l'origine puisqu'il était construit sur une avancée qui abritait le corps de garde, et il est nettement de style gothique. L'autre semble avoir été surajouté et accolé à la façade.
Il reste à poser le problème des dimensions de la Pfalz qui sont très difficiles à fixer même en tenant compte du fait que le plan-relief est à l'échelle (1/600°). Avec beaucoup d'assurance, Piton nous indique ces dimensions: le grand bâtiment aurait eu 26 mètres de longueur 16 mètres de largeur et 26 mètres de hauteur; le petit, 22 mètres de longueur et 8 mètres de largeur. Si, comme nous l'avons déjà dit, les affirmations de Piton doivent toujours être considérées avec la plus grande réserve, les dimensions qu'il nous indique n'ont cependant rien d'invraisemblable. En effet, à partir du plan daté de 1669, on peut du moins calculer la longueur du petit bâtiment qui est d'environ 23 mètres 50, ce qui se rapproche fort des mesures indiquées par l'auteur de «Strasbourg Illustré».

Les tribulations du monument

Malgré la pauvreté de nos sources, il apparaît donc nettement que la Pfalz ait été abondamment remaniée et ceci dès le XV° siècle. Mais c'est au XVI° siècle que le siège du gouvernement strasbourgeois subira ses plus profondes modifications. En 1501 l'un des pignons est ravalé et peint, et sur la façade, à gauche de l'escalier des «Zorn», les peintres ont restitué une fresque représentant Saint Christophe, ce qui prouve que, dès l'origine, la Pfalz était ornée de peintures qu'on raffraîchissait périodiquement. La même année, la salle de réunion des XV a été refaite et décorée de nouvelles armoiries (14). En 1529 intervient d'autre part la démolition de l'église Saint Martin agrandissant notablement la place. La Pfalz n'a pas non plus échappé aux incendies qui constituaient la plaie des villes anciennes: en 1548, lors d'un incendie très important qui détruisit une maison voisine, le feu se déclara dans la salle de séance du Petit Sénat, c'est-à-dire dans le petit bâtiment (15).
En 1556, les chroniqueurs nous signalent un incident des plus curieux: le Magistrat demanda la démolition des quatre tourelles d'angle sous prétexte que la Pfalz, flanquée de ses clochetons, avait une allure trop «cléricale» (kirchlich). Les Directeurs des bâtiments (Bauherren) étaient chargés de l'opération (16). On peut se demander pourquoi, après plus de deux siècles d'existence de la Pfalz, le Magistrat a brusquement été incommodé par la présence de ces tourelles. Les auteurs de «Strassburg und seine Bauten» pensent qu'il cédait ainsi à des pressions exercées par la hiérarchie protestante hostile à tout ce qui pouvait rappeler le catholicisme (17). Cette hypothèse, pour séduisante qu'elle soit, ne correspond pas à ce que nous savons du Magistrat de Strasbourg au XVI° siècle. En effet, ses membres, très soucieux d'éviter les empiétements du domaine religieux sur le domaine politique et peu désireux de faire de Strasbourg une seconde Genève, ont toujours nettement affirmé l'indépendance du gouvernement vis-à-vis du nouveau clergé et il est difficile d'admettre qu'en cette affaire ils se soient laissé forcer la main. Cette curieuse attitude n'est peut-être que la manifestation de leur sentiment séculaire d'indépendance qui pouvait parfois déboucher sur une attitude franchement anticléricale quel que fût le pouvoir religieux en question. Quoi qu'il en soit, les Bauherren durent s'opposer à cette destruction puisque les tourelles apparaissent intactes sur les documents postérieurs à 1556.
De 1588 à 1590, la Pfalz allait être le théâtre d'une intense activité qui devait modifier considérablement l'aspect du petit bâtiment. Ces bouleversements sont peut-être à mettre en rapport avec la présence du «Neubau» édifié en 1585 et dont la masse imposante ajoutait encore à l'incroyable densité des bâtiments existant sur la place Saint-Martin. Il est même vraisemblable, si nous retenons la théorie de la forme en équerre du petit bâtiment, que la branche latérale de cette équerre devait faire partiellement écran devant le Neubau. Toujours est-il que les chroniqueurs nous apprennent qu'une partie du petit bâtiment a été détruite et qu'il s'agissait d'une partie saillante. Cette démolition terminée, de profondes fondations furent creusées à l'arrière du petit bâtiment ramené dans l'alignement du grand. Cette nouvelle façade arrière fut ornée d'un pignon à redents identique à celui de la façade avant et, comme celui-ci, orné de peintures (18). Depuis ce grand bouleversement l'aspect général ne changea plus guère jusqu'en 1780 si l'on excepte quelques remaniements des fenêtres, surtout celles de la façade principale.

III - La Pfalz, centre politique, commercial et judiciaire

1. La disposition intérieure: bureaux et salles de séances.

Si nous possédons une documentation suffisante permettant une reconstitution assez fidèle de l'extérieur, en revanche l'aménagement intérieur de la Pfalz nous est totalement inconnu faute de plan. Une énumération même méthodique et minutieuse des salles de séances ne peut en aucun cas aboutir à l'élaboration d'un plan d'ensemble précis. L'énumération la plus ancienne nous est donnée par les «Fragments de diverses vieilles chroniques» qui relatent ce qui suit (19) : «Au premier étage il y avait:
1) la chambre des XIII décorée en 1562 lorsque l'empereur Ferdinand arriva à Strasbourg le 18 décembre. On y érigea le trône impérial avec un dais richement drapé en soie jaune, brodée avec l'aigle impérial.
2) La chambre des XV était décorée des armoiries de tous les Ammeister depuis 1332; elles étaient peintes sur parchemin avec les noms et les dates. Un grand vitrail peint représentait l'élection de l'Ammeister Brackenhoffer en 1636. Au-dessus de la place où siégeait l'Ammeister, étaient représentées, dans un grand vitrail les armoiries de la ville soutenues par deux figures de femmes. En face, au-dessus de la porte brillait en caractères d'or sur un écusson bleu cette inscription: «Audiatur et altera pars»; des emblèmes de la justice, un tableau représentant le dernier jugement, des vitraux portant les armes d'Ammeister.
3) La salle du Grand Conseil.
4) La salle du Petit Conseil dévastée par un incendie en 1548. »
Tout ce que l'on peut déduire de ces indications c'est que le chroniqueur a commencé son énumération par le grand bâtiment qui comprenait donc la chambre des XIII (affaires militaires et étrangères), des XV (finances, travaux publics, corporations) et la salle du Grand Conseil. Le petit bâtiment n'abritait que la salle du Petit Sénat. Les XIII furent transportés, probablement après 1566 à la Chancellerie qui fut considérablement agrandie à cette date, et où une salle leur fut réservée.
Ces renseignements par trop succincts sont heureusement étayés par une autre description, celle de Johann Friedrich von Uffenbach de Francfort, venu visiter Strasbourg en 1713 et qui nous a laissé son carnet de voyage (20). Accompagné du greffier de police, il visite d'abord le Neubau et la Chancellerie puis il pénètre dans la Pfalz par l'escalier des Mullenheim, donc par le petit bâtiment et fait la description suivante : «... La salle du Petit Sénat ne présente rien de remarquable. Juste à côté se trouvait la salle de réunion des XV qui était la plus remarquable de toutes. Elle avait une ancienne tapisserie mais elle était décorée avec de très belles peintures. Il y avait tout particulièrement une nature morte que Sébastien Stoskopf peignit en 1642, d'une façon si artistique, belle et consciencieuse, que je n'en ai jamais vu de pareille. C'est pour cette raison qu'on a fait faire pour cette peinture une plaque de verre et un très grand cadre artistiquement doré et orné de nombreuses armoiries. À côté de ce tableau se trouvaient trois autres vieilles peintures mais de moins bonne qualité, une scène de tribunal romain, dans l'un des coins un arbre généalogique avec de nombreuses armoiries des membres des XV, et, à côté, une autre belle peinture représentant la passion du Christ, que l'obscurité empêchait de voir correctement. De l'autre côté une représentation de la ville avec en dessous, le jugement de Salomon. De là nous allâmes dans la salle où le Grand Sénat se réunit, où il n'y avait rien de spécial à voir en dehors d'une représentation de la ville et de la cathédrale sur parchemin.» Comme on le voit, le visiteur ne fait pas mention de la salle de séances des XIII et il insiste tout particulièrement sur la salle des XV. Le tableau de Sébastien Stoskopf qu'il nous décrit avec tant d'admiration fut offert par le peintre aux XV pour s'attirer leurs bonnes grâces et leur soutien. En effet, l'artiste qui, à son arrivée à Strasbourg fut automatiquement inscrit à la tribu de l'Echasse, refusa d'exécuter le chef-d'oeuvre exigé par celle-ci pour lui accorder la maîtrise. Grâce à l'appui des XV, Stoskopf en fut dispensé et, reconnaissant, offrit au Magistrat d'autres natures mortes qui furent exposées à la Pfalz. L'oeuvre dont il est question fut détruite le 21 juillet 1789 lors du pillage par les révolutionnaires du nouvel Hôtel de Ville (21).
Une autre oeuvre d'art d'un genre très particulier ornait la salle des XIII: il s'agissait d'une fresque où une quarantaine de petits enfants nus jouaient avec des animaux ou des outils divers. Chaque groupe était accompagné d'un poème de Sébastien Brant (22).
Tel était donc le cadre dans lequel le Magistrat présidait aux destinées de Strasbourg. Ainsi en 1713 encore, la vieille Pfalz remplissait son office, malgré la concurrence du Neubau plus vaste et plus moderne. En fait, il semble bien que le transfert des organismes gouvernementaux de la Ville au Neubau se soit fait très progressivement et sans idée directrice évidente. C'est ainsi que Winckelmann (23) soutient que l'affectation du Neubau n'était pas encore fixée alors que la construction battait déjà son plein. Le souci majeur du Magistrat n'était pas en effet de remplacer la Pfalz, mais de donner à la place que bordaient des bâtiments si prestigieux, un aspect plus noble grâce à un autre édifice majestueux... Depuis la démolition de l'église Saint-Martin en 1529, de nombreuses plaintes avaient afflué concernant l'aspect rébarbatif du côté gauche de la place bordée par un débit d'hydromel (Methaus) et des «Schlosserhäuser» si délabrés qu'on en vint à craindre leur écroulement. Mais ce n'est qu'en 1579 que le Magistrat se pencha sérieusement sur le problème de l'embelllissement de la place. Il est intéressant de noter que durant tout le temps de sa construction et même après son achèvement, on ne parle jamais de la construction d'un «nouvel Hôtel de Ville» mais du «Neubau de la place Saint-Martin». Ce n'est que le 6 mai 1588 qu'on décida d'y aménager une salle pour le Grand Sénat et il est probable que ce choix fut déterminé par la visite d'une délégation zurichoise le 13 mai 1588. Les Zurichois y furent reçus en grande pompe. Le 7 mai de la même année avait eu lieu la première réunion du Grand Sénat (24).

2) Un centre commercial: marchés et boutiques

Si les étages de la Pfalz étaient voués aux activités politiques, en revanche au rez-de-chaussée triomphaient les activités commerciales. Toutes les arcades, tous les seuils de portes, les emplacements sous les escaliers étaient loués par la Ville à des commerçants aux activités variées (25). Les étalages des imprimeurs - libraires voisinaient avec ceux des enlumineurs d'images, des sculpteurs de statuettes en bois, des marchands de drap, des bouchers et des boulangers. Les bouchers furent obligés de quitter les lieux en 1570 pour la Grande Boucherie qui venait d'être construite (26). Quant aux boulangers, ils se singularisaient en y vendant, en, plus de leur pain, la viande des porcs qu'ils étaient autorisés à élever (27). Cette corporation donnait par ailleurs bien du tracas au Magistrat qui était assailli par eux de récriminations de toutes sortes, tant au sujet des emplacements réservés pour la vente et l'entrepôt (28), qu'au refus de payer le loyer pour les boutiques qu'ils occupaient (29). Les multiples activités de ce commerce de détail subsistèrent jusqu'en 1779, année où le Magistrat décida de dénoncer les contrats de bail des boutiques sises sous et contre la Pfalz (30).
Mais, l'activité commerciale ne se limitait pas au bâtiment même de la Pfalz. C'est ainsi que la place Saint-Martin fut, très tôt, le centre de marchés particulièrement animés. Cette place qui deviendra plus tard la place du Marché-aux-Herbes avant de devenir place Gutenberg, recevait quotidiennement, en effet, les éventaires des maraîchers sur la place proprement dite, et ceux des poissonniers en bordure de la place sur des banquettes de pierre. L'installation des maraîchers sur cette place n'était probablement. pas prévue, puisqu'en 1589 le Magistrat interdit aux jardiniers et paysans de tenir marché sur la place, comme ils en avaient quotidiennement pris l'habitude. Ils devaient transporter leurs éventaires près du poêle de la corporation de la Mauresse (31). Cette interdiction n'est sans doute pas sans rapport avec les grands travaux entrepris à la Pfalz cette année-là et avec un certain souci d'hygiène, car la décomposition des déchets végétaux devait empester la place. À ce sujet, le chroniqueur J. Trausch nous apprend que le 28 janvier 1666, des femmes ont balayé la place Saint-Martin «pour la première fois» pour éviter que l'affreuse odeur n'apportât des maladies en ville (32). Cette interdiction ne fut que temporaire puisque la ville entérina l'état de fait en dressant un plan de répartition des emplacements et en les louant. La place elle-même changea de dénomination et devint la place du Marché-aux-Herbes. Au XVIII° siècle, la ville interdit aux jardiniers de vendre leurs produits ailleurs qu'à la place Saint-Martin, au marché Gayot et au Vieux marché aux Vins. On peut donc aisément imaginer l'activité qui régnait aux environs immédiats de la Pfalz, la foule bigarrée des clients se mêlant aux badauds qui cherchaient, les jours de solennité, à apercevoir les membres du Magistrat en grande tenue, sans compter tous ceux qui étaient attirés par les exécutions publiques pratiquées sur la place située entre la Pfalz et la Monnaie.

3) Justice et châtiment

C'est en effet du haut de l'escalier des Zorn que tombaient les sentences prononcées par le Magistrat. C'est ainsi que le 3 mars 1582, trois femmes, probablement des infanticides, ont été conduites à neuf heures à la Pfalz. Du haut de l'escalier on leur lut l'acte d'accusation, puis elles furent conduites à la Schindbrücke (Pont du Corbeau) d'où elles furent précipitées à l'eau (33). En général, aucune exécution capitale n'avait lieu à l'ombre de la Pfalz. Silbermann signale cependant que d'horribles mutilations s'y opéraient. Les criminels de moindre envergure étaient simplement exposés soit sur le «Lasterstein» (pierre d'infamie), soit au «Halsîse» (34). Le «Lasterstein» se trouvait à droite de la façade principale du petit Hôtel de la Monnaie où il demeura jusqu'en 1738, date de la démolition de celui-ci. Il fut alors transféré devant la Pfalz à l'emplacement des «Halsîse», colliers de fer fixés au mur par une chaîne et qu'on passait au cou du contrevenant. C'est aussi à cet endroit que le bourreau de la Ville administrait les verges à des condamnés immobilisés par un carcan de bois. Le goût des populations pour de semblables spectacles semble avoir été très vif, puisque les XIII constatent que les jours de marché coïncidant avec les jours d'exécution, toute circulation dans l'axe Place d'Armes (Kléber) - Pont du Corbeau était impossible; c'est d'ailleurs la raison pour laquelle l'hôtel de la monnaie a été sacrifié en 1738. C'est donc au détestable goût du sang de nos ancêtres que nous devons de déplorer la disparition du ravissant Hôtel de la Monnaie, comme ce sera, 42 ans plus tard, leur modernisme mal compris qui amènera la destruction de la Pfalz.
Le XVIII° siècle, en effet, avec ses aspirations architecturales nouvelles, va sonner le glas du prestigieux édifice dont la démolition fut précédée - funeste présage - en 1738, par celle de l'admirable Monnaie ornée de ses automates. Victime des plans d'alignement de l'architecte Blondel qui désirait obtenir une place plus vaste et plus géométriquement disposée, la Pfalz était condamnée dès 1764 (35). En guise d'oraison funèbre, Blondel écrit au Magistrat: «D'ailleurs il (l'Hôtel de Ville) est mal distribué, peu solide, d'une décoration gothique, sans proportion intérieure ni extérieure et ne contient pas assez de terrain pour rassembler d'une manière convenable toutes les pièces et les différents départements utiles au Magistrat» (36). On voit apparaître ici le souverain mépris de cet architecte héritier des traditions classiques pour le Gothique. En 1766 déjà, les plans d'un nouvel Hôtel de Ville sont prêts (37). Cependant, si le transfert des rouages politiques et administratifs de Strasbourg ne posait que peu de problèmes, le Neubau ayant pris, ainsi que nous l'avons vu, progressivement la relève de la Pfalz en ce domaine, en revanche le problème posé par le transfert des archives qui se trouvaient dans le «Gewölb» du vieil Hôtel de Ville, fit retarder la démolition jusqu'à la foire de la Saint-Jean de l'année 1780 (38), pour laquelle on espérait installer quelques éventaires sur son emplacement (39). Pour entreposer ces archives, on ne pouvait plus guère compter sur le bâtiment de la Chancellerie, incendiée en 1686 et dont il ne subsistait plus qu'un niveau en 1780. Il fallait donc trouver de la place au Neubau.
La Pfalz tomba finalement sous les pics des démolisseurs dans les derniers mois de 1780. Certains éléments furent récupérés et partiellement réemployés, le reste servit à niveler son emplacement. Seule une communication sèche et laconique d'un Directeur des Bâtiments indiquant, le 20 mars 1781, le prix de revient du nivellement de «l'ancienne» Pfalz (40) consacre la disparition de ce qui fut pendant plus de quatre siècles le cerveau de la ville Libre Impériale puis Royale de Strasbourg. La disparition de la Pfalz ne semble avoir soulevé que peu d'émotion au sein du Magistrat épris de modernisme, ou parmi la population indifférente. Il ne nous reste qu'à regretter que des considérations urbanistiques qui n'ont d'ailleurs jamais été concrétisées sur le terrain, nous aient privés de cet authentique joyau du gothique civil, unique en Alsace et dont la perte fut irrémédiable. Puissent les générations actuelles se persuader enfin que pour résoudre les problèmes de logement, de circulation ou de stationnement, la plus mauvaise solution consiste toujours à s'attaquer au legs architectural et artistique des générations passées.
Roland Oberlé, Annuaire de la Société des Amis du Vieux Strasbourg, (1971)

NOTES
(1) Voir:
- Code historique et diplomatique Strasbourg 1843 T I
- Hermann: Notices historiques sur la ville de Strasbourg, Strasbourg 1817, T I, p. 120.
- Seyboth  Strasbourg historique et pittoresque, Strasbourg 1894, p. 531.
(2) Voir: Koenigshoffen Chronik Edition Schilter, 1898, p. 284, 53.
- Specklin Collectannées Strasbg., 1890, p. 190-191.
(3) Voir: Koenigshoffen Chronick, p. 284, 53.
Specklin Collectanées n° 1261. i
(4) Victor Hegel: Erinnerungswege durch Alt-Strassburg: Strasbourg 1938. «En 1253, Saint-Martin fut reconstruit et entouré d'un cimetière. Sur ce cimetière le curé Ott fit ériger une chapelle en 1266. Le grand incendie de 1288 l'épargna. De 1375 à 1381 une. nouvelle église à deux tours fit pendant à la Pfalz.»
(5) A.M.S. série II 104a N° 6 : «Gebuwe der Stuben uf der Kapellen an der Pfaltz...»
(6) Voir V. Hegel : 1375-1381, Fragments de diverses vieilles chroniques p. 130 N° 4.200 :1372.
(7) Annales de Sébastien Brant, Strasbourg 1892, p. 263, n° 3532.
(8) Idem : «Après sa démolition on a loué la chapelle dans le chemin de croix.»
(9) J. Hatt. Une ville du XV° Siècle : Strasbourg, Strasbourg 1929, p. 75.
(10) Piton «Strasbourg illustré», Strasbourg 1855, Tome I, p. 155. I
(11) Voir Note N° 5.
(12) S. Büheler, Chronique Strasbourgeoise, Strasbourg 1887, N° 575, p. 145. «Auch in diesem Jahr 1690, da hat man die kleine Rathstube zum theil hinweg gebrochen, namlich den üsstoss so daran gewesen und herab bis auf den Boden und das Fundament gar tief ersucht...»
(13) Urkunden und Akten der Stadt Strassburg, Strasbourg 1889, T 6:
- p. 407, Février 1383 : «Item auch haben sy sunderlich ir cleine pfaltze stuben dorinne sy rihent über das Plut gepauet auf Sant Martins capellen darunter man alle tage messe sprichet daz ouch wider der stift ere und fryheit ist.»
- p. 590, 4 décembre 1395 : «...dass der Rat die städtische Pfalz (Pfalzstuben) über einer «Kapelle aufgebaut und die städtischen Magistraten wider seinen (des Bischofs) Willen eingesetzt habe ».
N.B. : l'orthographe des textes originaux a été conservée.
Le conflit entre l'évéché et le Magistrat au sujet de cette chapelle prend fin en 1422 avec la renonciation de l'évêque à sa propriété.
(14) J. Wencker, Chronique Strasbourgeoise, Strasbourg 1892, N° 3333, p. 222. «Item, den dritten Gebel an der Pfalzen soll man zurüsten und ouch üsstrichen, und soli man S. Christoph wider molen an das Ort by dem halsissen. Plura von der Pfalzen seübern und bessern. Wappen in der XVer Stub machen.»
(15) Fritsch: die Strassburger Chronik des Johannes Stedel, Strasbourg 1934, p. 120 : «Hat die kleine Rathstube schädlig gebrannt.»
(16) Wencker op. cit., N° 3622 : «Die Thürnlin an der Pfalzen hinweg zu brechen dass es nit so kirchlisch sey. Erkannt die Bauherren und IIIer sollen gewalt haben, kan mans hinweg thun, soll mans thun. »
(17) Strassburg und seine Bauten, Strassburg 1894, p. 258 «Der Rath überliess die Entscheidung über diesen thörichten vermuthlich von der übereifrigen, protestantischen Geistlichkeit inspirirten Antrag den Bauherren.»
(18) Büheler, op. cit. N° 575 «Also hat man wieder aus dem Grund heraus und dem andern Gebel gleich aufgebauen dem Fischmarkt zu, und denselbigen Gebel auch molen lassen.»
(19) Fragments de diverses vieilles chroniques, Strasbourg 1901, p. 208 N° 4320.
(20) Das Strassburger Tagebuch des Johann Friedrich von Uffenbaeh aus Frankfurt (1712-1714) dans: Elsass-Lothringisches Jahrbuch, tome I 1922, p. 82. (La traduction ci-dessus n'est ni systématique, ni littérale).
(21) Hans Haug: la peinture de Sébastien Stoskopf dans la chambre des XV, dans «Trois siècles d'art alsacien», Strasbourg 1948, p. 34 et 64. Hautemer Description historique et topographique de la Ville de Strasbourg. Strasbourg 1785, p. 105-108, cf. Exemplaire annoté par J. Hermann (Cabinet des Estampes, Strasbourg).
(22) D. Sebastiani Brant's Freiheitstafel in der XIIIer Stuben zu Strassburg, dans : «Das Narrenschiff», édition présentée par Walther Strobel, Leipzig 1839.
(23) cf. «Zeitschrift für die Geschichte des Oberrheins», 1893, T 8, p. 581. «Die Erbauer des alten Strassburger Rathauses».
(24) Wencker, op. cit., N° 3112.
(25) A.M.S. VI 383 N° 2.
(26) «Fragments de diverses vieilles chroniques», p. 208 N° 4320.
(27) Strassburger Zunft und Polizei Verordnung des 14. und 15. Jahrhunderts de J. Brucker, Strassburg 1889, p. 100 : «Wie die Baecker ihre Schweine unter der Pfalz verkaufen sollen». Cf. Charte du 12. 9. 1412.
(28) A.M.S. III, 11-(17).
(29) A.M.S. III, 75-(28).
(30) Bauherren 1778-1779, p. 217a.
(31) Büheler op. cit. N° 573.
(32) Jacques Trausch, Chronique Strasbourg 189, p. 52, N° 2757 «Den 28. Januar haben die Weiber S. Martinsplatz vor dem Rathaus zum ersten mal sauber gefigt, damit der üble Geruch keine krankheit in der Stadt versachen möchte. »
(33) Silbermann «Localgeschichte der Stadt Strassburg», Strassburg 1775.
(34) Idem. p. 117.
(35) A.M.S. VI 588 : Strasbourg en X Cantons.
(36) A.M.S. AA 2087 (10-13) Précis des réflexions préliminaires faites par M. Blondel Architecte du Roi.
(37) A.M.S. VI 585, 3.
(38) Bauherren, 1780-1781, p. 83a et AMS VI 582, 14. Lettre du 11 Mai 1780.
(39) A.M.S. VI 581, 14.
(40) Bauherren 1780-1781, p. 204a.

M, Ponsing, des Archives Municipales de Strasbourg, m'a été d'une aide plus que précieuse pour ce travail. Qu'il veuille trouver ici l'expression de toute ma gratitude.


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Histoire du Neubau de Strasbourg

Le Neubau de Strasbourg, un véritable prototype immobilier

Le Neubau est en effet, pour ses «promoteurs», le Magistrat de Strasbourg, et pour ses architectes, une initiative audacieuse.
L'originalité de ce bâtiment réside dans son architecture classique de la Renaissance qui tranchait avec l'architecture locale à colombage et ceci jusqu'au XVII° siècle.

Au XV° siècle, l'Alsace montre peu d'enthousiasme pour la welsche manier, donc pour une architecture structurée par des motifs antiques. Il s'agit là d'une exception pour l'époque. D'où tous les débats autour de sa construction.
Peut-être, à Strasbourg, se méfie-t-on de trop d'ostentations? En 1498, du haut de sa chaire de la Cathédrale, Geiler von Kaisersberg avait d'ailleurs critiqué sévèrement le luxe apparent de certaines demeures bourgeoises. Le prédicateur trouvait que beaucoup ne construisaient pas seulement pour leur besoin mais uniquement pour leur gloire.
Aussi, faut-il du courage au Magistrat, le pouvoir exécutif de la République de Strasbourg, pour décider de la construction de cet hôtel à la fois spectaculaire et onéreux, avec des façades toutes réalisées en pierre de taille et avec un ordonnancement «antiquisant».

À la fin du XVI° siècle, il fallait se rendre à Bâle ou à Heidelberg pour trouver une architecture aussi révolutionnaire.
Le Neubau sera ainsi le premier édifice strasbourgeois construit en pierre de taille.
À l'instar de tous les prototypes, il véhiculera à la fois les ambitions architecturales et urbaines des membres du Magistrat mais sera aussi le témoin des indécisions de ce même Magistrat.

Le Neubau sera ainsi édifié à la rencontre des deux principales artères de la cité médiévale: d'une part, l'axe du commerce, qui part de l'Ancienne Douane: le port de Strasbourg au Moyen-Âge, passe par la place du Marché aux Poissons également dénommée place Saint-Martin. D'autre part, l'axe principal de la ville, la Grand-Rue, qui débouche presque à ses pieds, sur l'une des entrées de l'antique Argentorate, la rue des Hallebardes.

Pour comprendre la richesse de ce bâtiment, il faut s'intéresser à son environnement immédiat

C'est donc à la croisée de ces artères, après que le pouvoir épiscopal ait été évincé, en 1262, que s'établira le centre politique de la République de Strasbourg.
Au nord de l'actuelle place Gutenberg, on trouve l'Hôtel de la Monnaie achevé en 1507, et la Pfalz, l'Hôtel de Ville, qui date de 1321, et derrière elle la Chancellerie.
Trois bâtiments qui ont en commun leur style architectural et notamment leurs pignons à redents. Ces trois édifices, dont les gravures nous prouvent qu'ils étaient à la fois imposants et majestueux, seront les victimes de l'urbanisme pré-révolutionnaire du XVIII° siècle. Enfin, on trouve l'église Saint-Martin et le ... cimetière du même nom.
C'est, en partie, à la disparition de l'église Saint-Martin que le Neubau devra sa construction... En effet, cet édifice religieux particulièrement riche pour son architecture gothique et les oeuvres d'art qui y étaient exposées, sera victime, entre 1524 et 1525, de la Réforme et entièrement saccagé.
Pendant plus de 50 ans, nous sommes toujours au XVI° siècle, le Magistrat hésitera sur la vocation de cet espace sur lequel se trouvent les ruines de l'ancienne église. Il est vrai que la Municipalité de Strasbourg est fortement sollicitée pour participer financièrement à la vie et aux efforts de guerre de l'Empire.

En 1555, la signature de la paix d'Ausbourg voit le début d'une période de stabilité politique et économique. Le débat sur la vocation de cet espace est dès lors relancé au sein du Magistrat où une majorité de ses membres se prononce pour la réalisation d'un édifice de prestige.
Mais, vous l'imaginez aisément, la perspective d'un coût élevé suscite de vives discussions ... d'autant que son affectation définitive tardera à être précisée...
Véritable mécène de cette opération immobilière, le Magistrat s'ouvre pour la première fois aux spéculations artistiques nouvelles, soutenues d'ailleurs par une grande partie de la bourgeoisie strasbourgeoise. Strasbourg se dotera ainsi, racontent les historiens, d'un édifice «à l'aspect unique à cette époque dans les pays de l'Empire germanique».
En fait, à la fois prototype et chef d'oeuvre, le Neubau introduit, à Strasbourg, l'art nouveau de la renaissance italienne.

Une histoire à rebondissement


De 1582 à 1585, la construction du Neubau est une véritable histoire à rebondissement. Le chantier prend un certain retard, il faut près de deux ans pour que le rez-de-chaussée soit achevé. D'autre part, la destination finale du bâtiment n'est toujours pas connue: en 1584, on projette de ne pas construire le deuxième étage, d'autant plus que certains vices de construction apparaissent déjà. L'année suivante, en 1585, le Neubau est enfin terminé.
Son rez-de-chaussée devient une véritable galerie commerciale qui accueille boutiquiers et artisans et ceci jusqu'à la Révolution. L'affectation définitive des salles des premier et deuxième étages ne sera finalement décidée qu'en 1588 à la suite de l'accueil d'une délégation zurichoise.
De fait, le Neubau sera, jusqu'en 1779, le «palais des congrès de Strasbourg», lieu d'échanges entre les corporations et les pouvoirs politiques ou judiciaires, lieu d'accueil des marchands habitués des foires hanséatiques et rhénanes. Nous reviendrons dans quelques instants sur l'histoire parfois tragique du Neubau. Auparavant, essayez d'imaginer le bâtiment tel qu'il était à la fin du XVI° siècle.

Roland Recht, dans son «Histoire de Strasbourg», précise qu'il s'agit d'une «construction fort remarquable. Sa façade présente une ordonnance monumentale où sont superposés les trois ordres -toscan, ionique et corinthien- tandis que le rez-de-chaussée est vouté sur croisées d'ogives». L'accès aux étages du bâtiment se fait par un pont en pierres enjambant l'actuelle rue des Serruriers depuis la Chancellerie qui sera démolie en 1793 ou par un escalier à vis dans l'angle nord de la cour intérieure. II sera démoli en 1889 et remplacé par deux escaliers intérieurs que l'on peut emprunter aujourd'hui. Mais c'est surtout son aspect extérieur qui confère au Neubau cet aspect majestueux...

Outre des sculptures sur le portail, le bâtiment est à l'instar de tous les édifices municipaux de la place, peint à la fresque. L'un des motifs de cette fresque a d'ailleurs été reconstitué pour le 400° anniversaire de ce bâtiment, en 1985. Jusqu'à la Révolution, ces fresques qui représentent des allégories plus ou moins bibliques, conféreront un aspect coloré au Neubau que l'on peut encore voir sur la Maison Kammerzell ou sur l'horloge astronomique de la Cathédrale ou bien encore dans certaines cités suisses.

Imposant, majestueux, inédit, le Neubau est vraisemblablement le fruit d'un seul architecte, Hans Schoch, qui marqua, à Heidelberg, à Strasbourg et dans plusieurs cités de l'Empire, son époque grâce à son inspiration antiquisante ... Cependant, il est difficile de savoir, aujourd'hui encore, si Hans Schoch fut le seul architecte de ce bâtiment: on sait simplement que dès 1583, son oeuvre fut critiquée notamment par une partie du Magistrat qui voyait en lui un «papiste» et dans le style architectural qu'il prônait, des formes et des reliefs que les protestants orthodoxes assimilaient ... au catholicisme.

Après les tensions religieuses, les affrontements politiques!

Pendant deux siècles, le bâtiment servira d'annexe à l'ancien Hôtel de Ville voisin. Ce n'est qu'après la démolition de celui-ci, en 1781, que le Neubau prendra officiellement le nom et la fonction d'Hôtel de Ville.
Mais le 20 juillet 1789, les strasbourgeois apprennent la prise de la Bastille, se massent devant le Neubau, réclament la suppression de l'octroi et de l'accise sur la viande et le pain, en lançant de nombreuses pierres sur le bâtiment où se trouve réuni le Magistrat, qui finalement accepte la revendication. Le lendemain, le bruit court que le Magistrat serait revenu sur sa décision. La foule saccage entièrement le Neubau. Le Magistrat quitte alors l'édifice qui est, quelques années plus tard loué et vendu, en 1795, à des particuliers.
La Révolution abolit les corporations et à Strasbourg, le Corps des Marchands. Toutefois le vide institutionnel créé par cette disparition ne tarde pas à se faire sentir, aussi la municipalité autorise-t-elle, dès 1790, la constitution d'un «Comité du Commerce», destiné à étudier la création d'une Chambre de Commerce. Mais il faudra attendre plus de dix ans pour que l'arrêt consulaire du 3 nivôse an XI (1802) crée les Chambres de Commerce dans 22 villes françaises dont Strasbourg. La seule ressource financière de la jeune Chambre de Commerce est, à ce moment, l'entrepôt municipal implanté sur les berges de l'Ill la «Douane». «L'Empire», écrit Christian Lamboley, «donne à Strasbourg, un rôle de plaque tournante à dimension européenne, même si ce n'est que pour une courte période».
À partir de 1806, l'Alsace connaît un fort développement économique, le blocus continental fait de Strasbourg le premier port fluvial européen et la capitale commerciale du vin. Le bâtiment sera acquis, en 1808, par l'Institution et portera dès lors le nom de Chambre de Commerce. Cette situation de prospérité connaîtra un coup d'arrêt d'abord en 1812 puis en 1814.
Avec la chute de l'Empire, le Rhin redevient frontière. La Chambre de Commerce dont les revenus dépendent du commerce et de la navigation pâtit de l'Union douanière allemande.
Outre la Chambre de Commerce, le Neubau abrite la Bourse de Commerce, le Cercle du Commerce, véritable association professionnelle des commerçants strasbourgeois et le Tribunal de Commerce. Avec peine, en raison des difficultés économiques de la Restauration, la Chambre de Commerce termine de rembourser l'achat de l'hôtel.
Le Second Empire voit un net redressement de la situation économique dû notamment à la réalisation du chemin de fer Paris-Strasbourg, en 1852. Le 11 mars 1868, la Chambre est autorisée par un décret impérial à souscrire un emprunt qui permet d'adjoindre au bâtiment une aile supplémentaire au Neubau.
1870, 1918, 1945, le Neubau échappera aux bombardements que connaît, pendant ces trois conflits, Strasbourg, à l'exception des dégâts occasionnés sur la façade par une bombe en août 1944.

Bâtiment de prestige, lieu d'âpres discussions, espace en perpétuelle évolution, le Neubau n'est pas devenu un simple monument historique. Ses nombreuses transformations, ses remises en cause architecturales, les vicissitudes de l'histoire en ont finalement fait un espace de rencontres et d'idées. Depuis les représentants des corporations, qui tenaient tête au Magistrat, aux chefs d'entreprises, élus de la Chambre de Commerce et d'Industrie, le Neubau a toujours abrité les indispensables débats nécessaires au développement économique de Strasbourg et de sa région. Imprégnés de ces sédiments de l'histoire, la Chambre de Commerce et d'Industrie poursuit cette mission.


Plaquette éditée par la CCI Strasbourg & Bas-Rhin, pour la Journée du Patrimoine, septembre 2002
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L'hôtel de Klinglin

Au cours des premières décennies du XVIII° siècle, après le rattachement de Strasbourg à la France, les environs de la rue Brûlée ont vu s'élever quelques grands hôtels de style Régence tardive commandités par l'aristocratie et le haut clergé. L'actuel hôtel du préfet de région, mis en valeur par un bras de l'Ill, en est l'un des fleurons.

François Joseph de Klinglin, préteur royal

Le commanditaire de l'hôtel, François Joseph de Klinglin (1686-1753), exerçait la charge de préteur royal. Représentant du roi à Strasbourg et chef du Magistrat, ce singulier personnage, épris de grandeur, avait su s'attirer faveurs et protections pour assouvir ses goûts fastueux en dilapidant sans vergogne les deniers publics.
Les fêtes éclatantes qu'il organisa en l'honneur de la visite à Strasbourg du roi Louis XV en 1744, commémorées par le fameux recueil de gravures de Weis, resteront dans les annales comme le point culminant de sa splendeur.
Grand bâtisseur -on ne lui connaît pas moins de quatre demeures dans la région-, François Joseph se préoccupa d'être installé dans un nouvel hôtel au goût du jour et conforme au prestige lié à sa fonction, l'une des plus hautes de la Province.
Dès 1730, avant même d'avoir obtenu à bas prix le terrain du Mauerhof, ancien chantier municipal, il demande les premiers projets à Le Chevalier associé à Jean Queret du Bois, puis, après leur départ de Strasbourg, à Joseph Massol, tous architectes dans la mouvance de Robert de Cotte, Premier architecte du roi, alors attelé au prestigieux chantier palatial du cardinal Armand-Gaston de Rohan-Soubise.
Mécontent du projet de Massol, Klinglin s'adresse à l'architecte de la Ville, le franconien Jean-Pierre Pflug (1679-1748). Faute de connaître les plans de ses prédécesseurs, on admet que Pflug s'en est inspiré, sans qu'il soit possible de démêler leurs apports respectifs. On suppose toutefois que Joseph Massol a été chargé ultérieurement d'édifier le majestueux portail d'entrée rue Brûlée. Dans le chantier de son hôtel strasbourgeois (1731-1736), François Joseph de Klinglin va donner libre cours à ses exactions; il recourt à la main-d'oeuvre municipale pour la construction et réussit le tour de force de vendre l'hôtel prétorial à la Ville qui en avait supporté les frais, à charge pour elle d'y loger le préteur!
Ces malversations scandaleuses, demeurées trop longtemps impunies, finirent par ruiner son crédit jusqu'auprès de ses protecteurs de la veille, au nombre desquels figurait le ministre de la Guerre, Voyer d'Argenson; une vérification générale des comptes de la Ville, destinée à faire la lumière sur les agissements du préteur royal, aboutit à son arrestation le 25 février 1752. Incarcéré à la Citadelle de Strasbourg, François Joseph de Klinglin y meurt à peine un an plus tard, échappant ainsi à l'opprobre du procès. Ses biens seront confisqués et vendus, et l'on prétend que tous ses portraits furent détruits après sa disgrâce.

L'hôtel de la Préfecture

Comme le nouveau préteur royal n'avait pas jugé opportun de s'installer dans des lieux trop empreints de la personnalité de son prédécesseur, l'hôtel prétorial échoit à l'Intendant, Jacques Pineau de Lucé, et devient hôtel de l'Intendance d'Alsace jusqu'à la Révolution. De cette époque date l'aile dite de l'Intendance ajoutée par Massol au sud de la cour d'honneur (1758), tandis que la démolition de l'extrémité du Grenier d'Abondance de la Ville en 1767 permettait l'extension des jardins à l'est.
À la suite des États Généraux, l'Assemblée constituante supprime les institutions d'Ancien Régime; en 1790 elle crée les Départements, dotés chacun d'un Conseil général. Celui du Bas-Rhin trouvera naturellement son siège dans l'ancienne Intendance.
Mais avec la réorganisation administrative centralisatrice issue de la Constitution de l'An VIII et la création, par Bonaparte, du Corps préfectoral le 28 pluviôse an VIII (17 février 1800), l'hôtel de Klinglin tourne une page de son histoire pour s'affirmer prioritairement comme résidence des préfets du département du Bas-Rhin. Jean Charles Joseph Laumond, nommé dès mars 1800, en inaugure la longue liste où se détache notamment la personnalité d'Adrien de Lezay-Marnésia (1810-1814) auquel on éleva une statue à proximité de l'hôtel en mémoire de ses excellentes qualités d'administrateur et de sa probité qui en font l'antithèse absolue d'un Klinglin.
Le nom du préfet Louis Sers, quant à lui, est associé au développement des voies d'eau et de chemin de fer, tandis que l'érudit Stanislas Migneret (1855) créa, en ces lieux mêmes, la Société pour la Conservation des Monuments Historiques d'Alsace.
Entre 1919 et 1939, puis de 1944 à nos jours, les préfets du Bas-Rhin occupent à nouveau l'hôtel, avec des compétences élargies à la région depuis 1964. La loi de décentralisation de 1982, suivie de la construction d'un hôtel du Département en 1990, a déterminé l'affectation exclusive de l'hôtel aux services de l'État.

Le Statthalter-Palais, un «pied-à-terre impérial» pour les Hohenzollern

Auparavant, la chute du Second Empire et l'annexion de l'Alsace-Lorraine allaient infléchir les destinées de l'hôtel de Klinglin, incendié le 20 septembre 1870 lors du siège de Strasbourg par les Prussiens.
D'innombrables bâtiments publics ou privés, et plus particulièrement la précieuse Bibliothèque du Temple Neuf, subirent le même sort, traumatisant pour longtemps les Strasbourgeois. La volonté d'effacer au plus tôt les traces des bombardements explique en partie la fièvre bâtisseuse des nouveaux dirigeants du Reichsland. Pour l'hôtel de Klinglin réduit à ses quatre murs, décision fut prise d'intégrer sa reconstruction en bordure du dispositif urbanistique de la Neue Stadt dont l'empereur Guillaume I° de Hohenzollern entendait doter Strasbourg, promue au rang de capitale.
Sous la direction de deux Strasbourgeois, l'architecte de la Ville Jean Geoffroy Conrath (1824-1892) et Edouard Roederer (1838-1899), l'hôtel, démonté et reconstruit pierre par pierre, retrouve extérieurement son aspect du XVIII° siècle, avec toutefois une toiture moins élevée et un balcon central supplémentaire à l'est.
Il a bénéficié d'une attention toute particulière, Guillaume I° ayant formulé le souhait d'y disposer d'une résidence personnelle lors de ses séjours à Strasbourg. L'ancien palais épiscopal des Rohan lui paraissait certes plus digne de son rang, mais la Ville s'était empressée d'y installer la Bibliothèque en cours de reconstitution. On réserva donc une suite impériale au premier étage de l'hôtel de Klinglin, l'étage noble des palais baroques allemands, le reste de l'édifice étant affecté à l'Oberpräsident Edouard von Moeller, Président supérieur d'Alsace-Lorraine à partir de 1871.
Après le vote de la loi du 4 juillet 1879 qui transfère le siège de l'administration centrale du Land de Berlin à Strasbourg, l'hôtel de Klinglin devient la résidence des Statthalter, gouverneurs désormais spécialement chargés de l'Alsace-Lorraine et représentants de l'empereur. La plupart étaient issus de la noblesse comme le prince Clovis de Hohenlohe-Schillingsfürst ou son cousin, le prince Hermann de Hohenlohe-Langenbourg, oncle de l'impératrice Augusta de Saxe-Weimar. La Suédoise Stéphanie Hamilton, épouse très francophile du comte de Wedel, laissa le meilleur souvenir à Strasbourg où elle souhaita même reposer après sa mort.
Les travaux d'aménagement intérieur se prolongèrent jusqu'en 1877, date de la première visite impériale à Strasbourg; les membres de la suite de Guillaume I°, quant à eux, logeaient à l'hôtel de Paris. Ces dispositions restèrent en vigueur jusqu'à l'achèvement du palais impérial -actuel palais du Rhin- inauguré par Guillaume II en 1889, soit un an après la disparition de Guillaume I° et de son fils Frédéric III. Mais on sait que ce bâtiment, conjugaison majeure de l'éclectisme architectural ambiant et du manifeste politique, déplut unanimement aux trois empereurs Hohenzollern qui lui préférèrent souvent les ors baroques du «palais» du Statthalter. Par la suite, l'hôtel n'a pas fait l'objet de modifications notables si ce n'est, en 1941, après l'installation du Gauleiter national-socialiste Robert Wagner, l'ajout d'une aile au nord de la cour d'honneur, en pendant à celle de l'Intendance.

Un hôtel de la Régence strasbourgeoise

Dans la tradition de l'hôtel parisien entre cour et jardin, l'hôtel de Klinglin, prolongé d'une courte terrasse surplombant un bras de l'Ill, évoque aussi l'implantation du palais épiscopal strasbourgeois des Rohan (1731-1742). La chapelle de ce même édifice a peut-être inspiré la grande conque rocaille de l'imposant portail d'entrée rue Brûlée pour lequel le sculpteur Laurent Leprince réalisa deux lions en 1747, refaits à l'identique vers 1950. À l'est du corps de logis, le parterre se déployait jusqu'à l'eau avant d'être amputé par l'aménagement du quai en 1808.
Sur la façade principale entièrement revêtue de grès rose, les frontons cintrés des deux avant-corps latéraux alternent avec un fronton triangulaire au centre: son cartouche, désormais aveugle, devait présenter à l'origine les armoiries d'alliance du préteur de Klinglin et de son épouse, née Séguin de Hons.
Comparée à celle de l'austère hôtel de Hanau-Lichtenberg dans la même rue (1731-1736), cette élévation révèle un décor subtil où les ferronneries de Sigismond Falckenhauer s'harmonisent aux motifs rocaille des allèges de fenêtres et aux gracieux parapets festonnés et sommés de vases qui alternent avec les lucarnes.
La confrontation de cette façade avec un dessin anonyme de l'hôtel exécuté vers 1760 nous révèle une reconstruction assez respectueuse du bâtiment. On regrette surtout la disparition, dès le Second Empire, de deux bustes sur console d'une facture plus débridée, oeuvre peut-être du sculpteur Jean Auguste Nahl qui avait été au service du prêteur et du cardinal de Rohan.
Plus confidentielle, la façade sur cour forme écrin par la gracieuse incurvation de son plan, un unicum en Alsace; Klinglin le courtisan devait avoir en tête certains modèles parisiens comme l'hôtel Amelot de Gournay (1710) signé de Germain Boffrand, ce propagateur d'un style rocaille bien propre à le séduire.
Répondant à l'arrondi de la cour d'honneur, les deux ailes courbes enchâssent l'avant-corps central de grès rose au fronton cintré, sculpté d'emblèmes; par analogie avec le palais des Rohan, on peut avancer que le cartouche central portait les armes de France aux trois fleurs de lys sommées de la couronne royale.
Ici, les parapets festonnés de la toiture s'égaient encore d'une alternance de vases et de putti personnifiant les quatre Saisons.
Ces inflexions d'un baroque germanisant liées aux origines de l'architecte sont absentes des hôtels du Grand Doyen de La Tour d'Auvergne (actuel archevêché), de celui du maréchal du Bourg, beau-frère de Klinglin, et même de l'hôtel élevé pour le comte Régnier III de Hanau, tous contemporains.

Le décor intérieur: un néo-rococo inspiré

Bien que les intérieurs aient brûlé, on a pu reconstituer plus ou moins la distribution d'origine de l'hôtel grâce à l'inventaire des biens du préteur établi en 1753. François-Joseph de Klinglin logeait au rez-de-chaussée, son épouse à l'étage desservi par un escalier latéral majestueux à trois volées; des pièces de réception complétaient chaque niveau.
On n'a conservé de ces dispositions que le volume du vestibule d'entrée et l'escalier d'honneur, réduit à deux volées et intégrant un garde-corps en ferronnerie réalisé par Falckenhauer.
L'agencement a peu varié depuis 1877 la somptuosité de certaines pièces d'apparat du premier étage rappelle leur impérial destinataire, Guillaume I°. Personnellement impliqué dans les aménagements, il avait préconisé pour ses «appartements réservés» un style «rococo amélioré», traduit par un décor néo-baroque de plafonds et lambris stuqués à fonds blancs rehaussés d'or, mais expurgé des extravagantes asymétries de la rocaille.
Ce style, en harmonie avec l'architecture de l'hôtel, et d'ailleurs inspiré de certains intérieurs aristocratiques strasbourgeois du XVIII° siècle, n'était pas sans évoquer aussi l'âge d'or du règne de Frédéric II le Grand, l'une des figures emblématiques de la dynastie prussienne.
Précédée d'un vestibule d'honneur, la suite impériale se composait d'un grand salon d'apparat et d'une salle à manger complétés au sud d'un cabinet de travail, de chambres et de commodités. L'appartement du Statthalter, plus modeste, occupait le reste de l'étage au nord.
Antichambre axiale, salon d'audience (bureau du préfet) et billard se partageaient l'enfilade du rez-de chaussée sur jardin avec l'immense salle des Fêtes (salle Louise Weiss). Cette pièce, où se sont longtemps tenues les séances plénières du Conseil Général du Bas-Rhin, est encore rehaussée d'une tribune d'orchestre aux balcons galbés, rutilants de dorures et de ferronneries.
Au sud, deux portraits en pied -le couple impérial?- encadraient la cheminée; ces tableaux ont été remplacés par des portes lors de l'adjonction d'une salle à manger, projetée par l'architecte Maximilian Metzenthin en 1894 (salle Gustave Doré); sur ses lambris de chêne, des armoiries sculptées honorent la Maison de Saxe et le prince royal de Prusse, Frédéric III.
Malgré les hautes fonctions de ses occupants, le Statthalterpalast se voulait hôtel résidentiel et non manifeste politique comme le sera le palais impérial: en témoignent les nombreux dessus de portes peints de putti, de vases de fleurs ou de natures mortes, les paysages romantiques, les personnages mythologiques en médaillon, et jusqu'à deux châteaux forts haut-rhinois bien identifiables, un thème récurrent, également développé dans les deux Ministères de la Kaiserplatz (place de la République).
Mais dans l'un des salons impériaux, quatre vues pittoresques du «Vieux Strasbourg» sont peut-être là pour signifier discrètement que le bombardement de la ville en 1870 était loin d'en avoir détruit tout le patrimoine architectural et que la capitale du Reichsland avait désormais partie liée avec le II° Reich allemand.
On connaît le détail du mobilier vendu aux enchères après le décès du préteur: certaines pièces n'auraient pas déparé les somptueux appartements du cardinal de Rohan qui compta d'ailleurs au nombre des acquéreurs, ainsi que la Ville de Strasbourg, soucieuse d'éviter une dispersion totale. Après la reconstruction du palais, supervisée par l'Office du Maréchal de la Cour à Berlin, Guillaume I° l'aménagea en prélevant près de trois cents meubles au château des Rohan de Saverne, à quoi s'ajoutèrent des éléments mobiliers et décoratifs provenant du pavillon d'honneur des princes allemands à l'Exposition Universelle de Vienne, en 1873.
Une série d'impressionnants lustres en bronze de cette époque voisine encore avec l'ameublement actuel, issu des collections du Mobilier National, ancien Garde-Meuble de la Couronne, chargé de décorer les grandes résidences publiques.
À leur manière, ces traces d'une histoire multiple illustrent les mutations de l'ancienne folie prétoriale qui s'est durablement imposée comme le siège officiel des plus hautes institutions gouvernementales successives de l'Alsace depuis le milieu du XVIII° siècle.
Plaquette réalisée à l'initiative de Philippe  Marland, Préfet de la Région Alsace, Préfet du Bas-Rhin, août 2000
juillot@in2p3.fr  Retour Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg 

Hôtel GAYOT - de DEUX-PONTS
Résidence du gouverneur militaire de Strasbourg

Historique

L'Hôtel du Gouverneur est le dernier des grands hôtels princiers construits à Strasbourg au XVIII° siècle dans le style Régence. Il a son entrée rue Brûlée et son jardin à la française sur la place Broglie. Ses promoteurs en sont les deux frères Gayot dont l'aîné, François-Marie, est Préteur royal c'est-à-dire représentant du roi auprès du Magistrat de Strasbourg. L'hôtel est construit en 1754-1755 par le maître-maçon Georges Muller, vraisemblablement sur les plans de l'architecte Joseph Massol.

En 1770, François-Marie Gayot, nommé intendant général des armées du roi, quitte Strasbourg et s'établit à Versailles. II vend son hôtel au duc Christian IV de Deux-Ponts, qui l'achète pour ses deux neveux, Charles-Auguste et Maximilien-Joseph.

Le prince Maximilien-Joseph de Deux-Ponts, comte palatin, est colonel-propriétaire du régiment d'Alsace, au service de la France. En 1780, il a l'entière propriété de l'hôtel de la rue Brûlée, qu'il fait magnifiquement décorer. Le caractère aimable et jovial du «prince Max» ainsi que sa connaissance approfondie du dialecte alsacien lui valent une grande popularité parmi les Strasbourgeois et les soldats. II quitte cependant la France du fait de la Révolution et sera nommé roi de Bavière en 1806. Son fils aîné, Louis (I°) Charles, grand-père du célèbre Louis II de Bavière, est né dans cet hôtel en 1786; il succèdera à Maximilien-Joseph sur le trône en 1825.

Après l'émigration de la famille de Deux-Ponts, le séquestre est mis sur l'hôtel en 1792. C'est à cette date que le général de Beauharnais y séjourne, en qualité de commandant de l'Armée du Rhin. Puis l'hôtel connaît des utilisations plus ou moins heureuses: en 1794, il reçoit le nom officiel de Maison de l'Egalité et abrite un estaminet (débit de boisson). Sous le Directoire (1795-1799), un cirque, un théâtre d'automates et des baraques foraines auraient été dressés dans la cour.
Sur intervention du général Moulin, l'hôtel devient la résidence du gouverneur militaire de Strasbourg et ne cessera de l'être de 1804 jusqu'à nos jours, excepté durant les périodes d'annexion allemande. De 1872 à 1918, il est occupé par le général commandant le XV° corps d'armée allemand.

Description

Par ses proportions et la disposition de ses éléments architecturaux (chaînage, pilastres, etc...), l'Hôtel Gayot - de Deux-Ponts appartient au style Régence mais avec une nette tendance au dépouillement, comme le montrent la sobriété des lignes et l'absence quasi totale d'ornementations ou de sculptures sur les façades.

Côté cour

L'entrée, avec un portail en demi-ellipse, est encadrée par les ailes des communs à un étage, aux murs crépis sur lesquels se détachent les encadrements des fenêtres en grès des Vosges.

Le corps de logis central, à un étage sur rez-de-chaussée, rejoint les communs par deux courtes ailes en retour. Un ressaut légèrement saillant occupe l'axe de la façade en pierre de taille; trois portes-fenêtres cintrées s'ouvrent au rez-de-chaussée avec des lignes de refend (servant à accuser ou simuler le tracé des joints de maçonnerie). Séparé par un bandeau de pierre, l'étage est également percé de trois fenêtres en plein cintre, encadrées par des pilastres et surmontées, au centre, d'une tête de Minerve.

Intérieur

Le péristyle, autour duquel s'articule les deux ailes, abrite un magnifique salon à l'italienne, très lumineux, conçu sur deux niveaux, avec mezzanine. La superbe cage d'escalier sur colonnes, aux belles rampes de ferronnerie, est attribuée à Pierre Patte, ami des frères Gayot et architecte en titre du prince de Deux-Ponts.

C'est vers 1785 que le peintre Joseph Melling achève la fresque de la voûte du péristyle. Elle représente peut-être, dans un style assez courant à cette époque, «l'apothéose de Maximilien» accueilli par l'ensemble des dieux de l'Olympe.

Au rez-de-chaussée, à droite, les salons sont occupés aujourd'hui par les bureaux du général gouverneur militaire de Strasbourg. Cet officier général, en plus de ses fonctions de commandant de la brigade du génie et de délégué militaire départemental, est commandant d'armes de la garnison de Strasbourg. Il coordonne les activités militaires et assure un lien étroit entre les armées et les représentants de la nation en Alsace.

Côté jardin

À l'exception des fenêtres latérales, la disposition est la même que côté cour. Actuellement, il ne subsiste que l'aile gauche. L'aile droite, endommagée lors de l'incendie du théâtre de la Comédie en 1800, n'est pas réparée et sera détruite dans le premier quart du XIX° siècle.
Des avant-corps peu saillants rythment l'ordonnancement de la façade de l'aile gauche. Un balcon avec rambarde en fer forgé repose sur quatre puissantes consoles. Au sommet du corps de bâtiment central, un bandeau orné d'ondulations surplombe la corniche du toit et adoucit son aspect.
Brochure distribuée aux visiteurs lors de la Journée du Patrimoine (2002)
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I.P.H.C Strasbourg