Le cloître de Saint Pierre-le-Jeune
Un site, une église.
L'église Saint Pierre-le-Jeune s'élève
à la place d'un cimetière utilisé à la
fin de l'époque antique. En 1030, l'évêque de
Strasbourg, Guillaume, y
implante une collégiale, c'est à dire une église
dotée d'un chapitre de
chanoines. Ce chanoines forment une communauté de clercs
chargés d'assumer
quotidiennement l'office divin, d'animer une école et
d'administrer les biens de
l'église. Saint Pierre-le-Jeune devient le centre d'une paroisse
et d'un
quartier.
Autour du cloître s'élèvent des bâtiments qui
abritaient les habitations des
chanoines. Ceux-ci vivent en communauté, puis sans doute
à partir du 13° siècle
ils disposent chacun d'une maison. Ces maisons sont construites ou
reconstruites
autour de la place. Il n'en reste aujourd'hui plus rien.
Entre l'église et le canal du Faux Rempart se trouvait un
cimetière avec un
ossuaire qui s'élevait sur le mur d'enceinte. Le derniers
vestiges disparurent
en 1898 lors de la construction du théâtre de l'Univers,
qui deviendra un cinéma
et est aujourd'hui un immeuble d'habitation.
Les cloîtres à Strasbourg.
La ville accueille au long du Moyen-Âge un nombre important de
maisons
religieuses, dont les bâtiments accolés à
l'église s'organisent autour d'une
cour. Le terme de claustum
_cloître_ définit cette cour fermée avec la galerie
qui l'entoure et qui sert de couloir de distribution desservant les
salles
environnantes.
Les églises qui accueillent des chapitres de chanoines
_des clercs séculiers
vivant en principe en communauté_ avaient un tel dispositif sans
doute dès leur
fondation: la cathédrale, Saint Thomas, Saint Pierre-le-Vieux
et-Saint
Pierre-le-Jeune, ainsi que l'abbaye féminine de Saint Etienne. A
partir du
13° siècle, les couvents des ordres mendiants adoptent ce
plan: les
Dominicains _futur Gymnase_, les Franciscains _sur l'actuelle place
Kléber_ ainsi
que les couvents féminins comme Sainte Madeleine.
Après le passage de la ville à la Réformation, le
couvent de Sainte Madeleine
reste le seul ouvert au culte catholique. Les bâtiments sont
réaffectés de
différentes manières; le 19° siècle et le
début du 20° siècle voient disparaitre
ces complexes. En 1866, le Gymnase est détruit par un incendie,
puis en 1870
l'ancienne église des Dominicains ou Temple Neuf est
détruite par le
bombardement prussien; en 1904, l'orphelinat de la ville
installé dans les
bâtiments de Sainte Madeleine brûle également.
A partir de 1912, la grande percée entre le gare et la place
Kléber sacrifie
le cloître de Saint Pierre-le-Vieux. Celui de Saint Jean est
détruit par le
bombardement allié du 25 septembre 1944. Quelques arcades
subsistent au chevet
de l'église Saint Thomas; d'autres ferment la cour du
Lycée Jean Geiler, près de
l'église Sainte Madeleine.
Seul le cloître de Saint Pierre-le-Jeune subsiste dans son
intégralité.
Le cloître de Saint Pierre-le-Jeune
Jardin ouvert sur le ciel et entouré de galeries, le
cloître de Saint Pierre-le-Jeune
invite à la méditation depuis près d'un
millénaire.
Datée du 11° siècle dans ses parties les plus
anciennes, son histoire est
marquée par une succession de remaniements, d'adaptations, de
mises au goût du
jour et de restaurations, dictées soit par les
nécessités de l'heure, soit par
une volonté de fidélité archéologique.
Construit par l'évêque Guillaume au 11° siècle
(ou selon certains historiens
dans les années 1160), il comporte trois galeries romanes
à l'ouest, au sud et au
nord. Avec la construction de nouveaux bâtiments canoniaux, la
galerie orientale
est reconstruite dans le style gothique au 14° siècle.
Au 18° siècle, après
l'introduction du simultanéum, la galerie gothique
affectée à la paroisse
catholique est murée. Les trois galeries romanes sont en partie
détruites et
remplacées par des galeries de style baroque, avec des arcades
en plein-cintre
offrant une plus grande ouverture.
Des colonnettes de l'ancien cloître sont en partie enfuies dans
le jardin et
serviront plus tard de modèles pour une reconstruction.
A la révolution (1793), les tombes se trouvant dans le
cloître sont pillées et
les
bâtiments canoniaux surplombant le cloître sont
sécularisés et vendus à des
particuliers. Jusqu'à le deuxième guerre mondiale, ils
abritent successivement une grande cave à vins et une fabrique
de tissus. Dans les années 1995-2000, ils sont transformés
en appartements.
texte de l'exposition à l'église (été 2006)
L'église protestante Saint Pierre le Jeune à Strasbourg
par
C. Czarnowsky
Architecte des Monuments Historiques
Extrait de l'Histoire de l'église
St. Pierre-le-Jeune est une fondation très ancienne. Dès
le VII° siècle, il existait à l'emplacement de l'église
actuelle une petite chapelle en bois. Celle-ci avait été
construite par des moines irlandais qui avaient entrepris l'évangélisation
de l'Alsace. Elle était dédiée à St. Colomban.
Dans la chronique du Chapitre, elle est mentionnée comme église
des petites gens et servait d'oratoire à la population rurale, qui
s'était fixée, hors de l'enceinte de la ville, dans le quartier
actuellement dit Faubourg de Pierre.
À la place de cette petite église, l'évêque
Guillaume de Strasbourg commença, en 1031, la construction d'une
église collégiale ainsi que des bâtiments du chapitre
et d'un cloître. Le pape Léon IX consacra l'église
et la dédia à Saint Pierre. Pour la distinguer de l'église
St. Pierre déjà existante, on la nomma St. Pierre-le-Jeune.
De cette époque nous sont conservés l'étage inférieur
du clocher, une partie de la galerie du cloître et le mur extérieur
du bas-côté Nord.
Au cours des sept siècles suivants, on exécuta de nouvelles
constructions, des reconstructions et des annexes.
L'église du XI° siècle fut, dit-on, bientôt
détruite, et on la remplaça vers 1180 par une nouvelle construction.
De cette construction subsiste encore la sacristie et le mur Sud du choeur
apposé à celle-ci.
En 1200-1210, le choeur Ouest fut surélevé pour servir
de clocher. Son 3° étage fut construit en 1220. Son style est
donc de l'époque dite «de transition». Le début
de la construction du choeur actuel date de 1250, c'est-à-dire de
l'époque du gothique primitif. Peu après, on entreprit un
changement notable au bas-côté Nord en construisant des baies
avec arcs brisés. Puis, vers 1275, on reconstruisit la nef et le
transept et l'on obtint un agrandissement considérable de l'église
par la construction d'un double bas-côté Sud.
Afin de conserver la galerie du cloître, le transept, au lieu
d'être à sa place habituelle entre la nef et le choeur, se
trouva reculé vers l'Ouest. C'est de la fin de cette période
de construction que datent également le Grand Portail du bas-côté
Sud et le merveilleux jubé. Les voûtes de la nef principale
une fois terminées, on inaugura le monument, au début du
XIV° siècle (1320). En 1360, maître Guillaume de Marbourg
construisit la chapelle St. Jean (au pied du clocher côté
Sud). À la fin de ce même siècle, on construisit la
partie Est du cloître et la chapelle St. Nicolas sur le côté
Ouest du cloître. La chapelle de la Sainte Trinité est une
production élégante du style gothique tardif. L'auteur en
est Hans Hammer qui a également construit la chaire à prêcher
de la cathédrale. Au cours du XVI° siècle, on remplaça
les balustrades en pierres de taille ajourées du jubé et
du bas-côté Sud. Les boiseries et les stalles du choeur furent
posées au XVIII° siècle. Pendant la Révolution,
les sculptures du portail, dit d'Erwin de Steinbach, furent entre autres
détruites. En 1793, l'église servit de grenier à foin.
L'église et la paroisse étaient devenues protestantes
en 1524. En 1681, Louis XIV rendit le choeur au culte catholique, et il
fut séparé de la nef principale par un mur, au droit de d'arc
doubleau du jubé. En 1893, la paroisse catholique s'établit
dans la nouvelle église, bâtie par la Ville de Strasbourg
à côté du Palais de Justice. L'ancienne église
St. Pierre-le-Jeune servit de nouveau entièrement au culte protestant.
En 1897, on entreprit la remise en état de l'église. On démolit
le mur qui séparait la nef du choeur et on enleva les tribunes en
bois des bas-côtés. Le sol de l'église et les bancs
furent remplacés. L'église s'éleva de nouveau dans
son ancienne splendeur, grâce aux subventions de l'Etat et de la
Ville. C'est à feu Monsieur Charles Schaefer, architecte en chef
du gouvernement, Professeur à l'Ecole supérieure d'architecture
à Carlsruhe, que l'on confia la direction des travaux. N'oublions
pas de rappeler que feu Monsieur le pasteur Guillaume Horning a été
le principal promoteur de la remise en état de l'église.
Description
L'extérieur de l'église
L'aspect extérieur de l'église permet facilement d'en
reconnaître le plan et les différentes périodes de
construction. Depuis la Place St. Pierre-le-Jeune, nous apercevons, comme
partie dominante, le clocher; accolés au Sud de celui-ci, la chapelle
St. Jean avec un pignon de forme particulière et le puits de St.
Pierre. À l'Est, formant suite, la nef avec le transept Ouest; bâti
devant elle, le double bas-côté Sud avec le portail d'Erwin,
richement décoré et la chapelle de la Sainte Trinité.
Le choeur très allongé fait suite à la nef. Nous y
voyons, adossé à un contre-fort, un escalier à vis
moderne, construit pour faciliter l'accès aux combles du choeur;
sur le faîtage, un clocheton revêtu de cuivre a été
reconstruit d'après des gravures anciennes. C'est encore l'ancienne
porte, dite «de la croix», qui sert d'entrée au choeur.
Ce dernier se termine par une chapelle, appelée de «l'Est»
ou de «l'ange».
L'église est, comme la plupart des églises du moyen-âge,
orientée, c'est-à-dire que le choeur se trouve à l'Est
et le clocher à l'Ouest. Certains archéologues considèrent
la partie inférieure du clocher comme ayant été un
choeur Ouest, car il n'y a pas de porte sur l'extérieur. Nous voyons
encore aujourd'hui les claveaux d'un arc, peut-être de l'ancien arc
triomphal, dont l'ouverture est maintenant condamnée. Aux parements
extérieurs du clocher se remarquent des pilastres réunis
par des frises en arcades (frises lombardes). Les étages sont divisés
par des bandeaux. Jusqu'au bandeau à la hauteur de la corniche de
la nef, le clocher est encore en maçonnerie ancienne; à partir
de ce bandeau, l'étage supérieur est de construction nouvelle,
remplaçant la maçonnerie démolie par suite de son
très mauvais état. Cette maçonnerie paraissait avoir
été exécutée très rapidement, après
un incendie ou un écroulement, avec d'anciennes pierres et des fragments
d'architecture. C'est ainsi qu'à la dernière remise en état,
on mit à jour des fragments d'architecture très intéressants
qui donnèrent à l'architecte des indications précieuses
lors de la reconstruction du 3e étage. Le style est celui de la
transition. Les baies du beffroi sont jumelées, avec des colonnettes
doubles; au-dessus d'elles, des ouvertures décorées de lobes
de dessins différents. Les pignons de la toiture en bâtière
ont des baies analogues. Au-dessous du chaperon de pignon, il y a également
des frises en arcade. Le faîtage est couronné d'un clocheton
revêtu de cuivre. L'accès du clocher est assuré par
un escalier à vis placé entre celui-ci et la chapelle St.
Jean.
Les fenêtres de la nef, du transept et du bas-côté
Sud sont tripartites, c'est-à-dire qu'elles ont deux meneaux. Le
dessin de la partie haute du fenestrage est composé: de trois rosaces:
l'une à la partie supérieure, décorée de huit
lobes, reposant sur deux rosaces à six lobes. Il est intéressant
de noter que ce motif de fenêtre se répète 31 fois
à l'église St. Pierre-le-Jeune.
Au tympan du portail du transept, dit du Christ, nous voyons le Christ
en croix avec la Vierge et St. Jean de part et d'autre. St. Augustin, le
patron des chanoines d'alors, est représenté dans le pignon
au-dessus du portail; dans une niche du contrefort suivant du bas-côté,
est placée la statue de Tauler, moine-prédicateur de Strasbourg.
À l'intersection des faîtages de la nef et du transept,
il y a un autre clocheton. En dehors de sa valeur décorative, il
est nécessaire au point de vue technique, en raison des noues arrondies
de la couverture en tuiles. Les pignons du transept et celui entre la nef
et le choeur se terminent par une croix en grès des Vosges. Les
bras et la tige de celle du choeur sont décorés de crochets.
Pendant le déblaiement des extrados des voûtes du bas-côté
Sud, on a trouvé un certain nombre de fragments provenant des anciennes
balustrades, suffisamment importants pour permettre de reconstituer leurs
dessins géométriques. Au-dessus de la couverture on peut
remarquer un système de contrefort composé de deux arcs boutants
reposant sur un pilier intermédiaire, ce qui indique l'existence
d'un double bas-côté.
Le grand portail dit d'Erwin a été ainsi dénommé,
lorsqu'on eut constaté une certaine analogie, dans l'ensemble et
dans le détail, avec les grands portails Ouest de la Cathédrale
qui ont été dessinés et exécutés par
Erwin de Steinbach. La décoration statuaire et sculpturale des niches
etc... fut détruite pendant la Révolution, en 1793. Les traces
subsistantes servirent de repère pour les modelages et la reconstitution
des sculptures, exécutés sous la direction de feu M. Riedel,
sculpteur-chef de l'Oeuvre Notre-Dame.
a) Les consoles des statues extérieures représentent
les quatre sens; de gauche à droite
1) un aigle et ses petits regardent vers le soleil rayonnant: «
La Vue».
2) un garçon mange une pomme: «Le Goût».
3) un homme écoute le son d'un cor: «L'Ouïe».
4) une femme est mordue par un chien: «Le Toucher»
b) Les consoles des ébrasements du porche, au nombre
de six de chaque côté, représentent les douze mois
de l'année. Aux quatre consoles à côté de la
porte: quatre statuettes de femmes en train de vider des vases, représentant
les quatre vents.
c) Les grandes statues extérieures sous baldaquin, contre
les piliers portant les grands arcs, représentent les quatre âges.
Côté gauche du portail: Samuel sur le bras d'Hannah et la
fille de Jephté; côté droit: Gédéon et
Hannah la prophétesse; à l'angle de droite, côté
Sud: l'église chrétienne avec la croix et le calice; à
l'angle de droite, côté Est: la synagogue avec les tables
de la loi et une colombe.
d) Dans la rosace à sept lobes, au-dessus du portail,
un St. Pierre assis dans l'angle supérieur du gâble:
la Sainte Trinité: «Dieu le Père montre aux hommes
son fils crucifié, au-dessus d'eux, le Saint Esprit sous forme d'une
colombe.»
e) Sous le porche du portail
à gauche: St. Pierre, St. Jean, St. Paul et les vierges sages;
à droite : Moïse, David, Salomon et les vierges folles.
Dans les arcs au-dessus des baldaquins des vierges, se trouvent: dans le
N° 1, les douze prophètes mineurs de l'ancien testament, dans
le N° 3 les quatre grands prophètes de l'ancien testament avec
des anges portant des trompettes. Les deux autres arcs sont décorés
de feuillage.
f) La façade intérieure du portail.
Au trumeau : le Christ assis sur un trône sous un riche baldaquin,
au-dessus d'une console représentant St. Jean-Baptiste. Le tympan
est divisé horizontalement en quatre registres. Panneau supérieur
: «Dieu le père bénissant», entouré des
symboles des quatre Evangélistes. En-dessous: des anges comme desservants
portant des encensoires; au-dessous de ceux-ci: «Le Christ crucifié»,
à sa droite, l'église chrétienne recueillant le sang
de la blessure de la poitrine; à sa gauche, la synagogue. En outre,
les écussons de St. Pierre et de la Ville de Strasbourg. Dans le
registre inférieur : «La Sainte Cène».
Un escalier à vis placé à l'Est du portail permet
l'accès des galeries du bas-côté Sud.
La chapelle de la Sainte Trinité
est construite en style
gothique tardif. Son nom et l'année de la construction exécutée
en 1491, sont attestés par l'inscription qui se trouve en-dessous
de la corniche, à l'Est. Les épis de faîtage sont exécutés
en plomb. À la suite, se trouve le choeur, datant du début
de l'époque gothique. Les contreforts sont reliés par une
arcature formant encadrement des fenêtres. Ces dernières sont
jumelées avec un quatrilobe dans la partie du haut. Leurs formes
et leur mouluration sont plus simples que celles de la nef et des bas-côtés.
La porte d'entrée est dénommée «Portail de la
croix» à cause de la croix qui se trouve dans le tympan. Les
contreforts sont à deux retraits, dont l'un est décoré
d'un fronton avec fleuron. Le choeur est presque de deux mètres
moins haut que la nef. Les toitures de la nef, du transept et du choeur
sont couvertes de tuiles plates.
La chapelle Est
au début du chevet, est une reconstitution
complète en style gothique tardif. Elle est couronnée d'une
balustrade ajourée.
Depuis la rue St. Pierre-le-Jeune, nous voyons la chapelle des Zorn,
la chapelle St. Nicolas, le bras Nord du transept et la partie Ouest des
bâtiments du chapitre.
Comme presque toutes les anciennes églises de Strasbourg, sauf
la Cathédrale, l'église St. Pierre-le-Jeune est un édifice
dont les parements extérieurs et intérieurs sont revêtus
d'un enduit en mortier de chaux hydraulique; seules les parties architecturales
telles que fenêtres, portes, arcs, bandeaux, corniches, etc. sont
exécutées en pierre de taille. Pour animer les surfaces d'enduit,
on les avait peintes au moyen-âge. La peinture actuelle des parements
extérieur de l'église St. Pierre-le-Jeune a été
reconstituée suivant les vestiges retrouvés. Cette restauration,
en son temps, a été vivement critiquée par les hommes
du métier, par la presse et par la population.
L'intérieur de l'église
L'entrée pour la visite de l'église se fait par la rue
St. Pierre-le-Jeune. On arrive d'abord dans
La chapelle des Zorn (Z),
la prolongation vers l'Ouest du bas-côté Nord. Elle est couverte
par deux travées de voûtes en ogives avec nervures et s'ouvre
vers le transept.
Quatre épitaphes avec l'agneau pascal (Agnus Dei) sont encastrées
dans le soubassement des murs, de même deux autres, rappelant le
souvenir du trésorier royal Perrin et de sa femme, morts en 1724
et 1741, et du chanoine Pierre Schott (Humaniste du XV° siècle).
Sur le côté Nord se trouve la pierre tombale, posée
sur un socle en maçonnerie, d'un chantre du chapitre, Sledt, et
de sa mère. Sur le côté Sud et semblable au précédent,
le tombeau d'un chanoine posé dans une niche avec arc brisé.
Les nervures des voûtes reposent sur des consoles décorées
de feuillage ou de personnages, entre autres des vierges avec une corne
d'abondance, quelques têtes, l'évangéliste St. Jean
avec l'aigle et le lion de St. Marc.
Les verrières présentent des motifs de feuillage colorés;
dans les rosaces à huit lobes, des scènes bibliques.
Sur le remplissage des voûtes autour des clefs de voûte
et aux retombées des nervures, sont peints des rinceaux avec feuillages.
Les armoiries de la famille des Zorn sont également peintes à
la partie haute des voûtes. Les clefs de voûte sont décorées
de feuillages, sculptés et peints.
De l'autre côté d'une balustrade, on accède à
une autre travée du bas-côté nord.
Dans cette partie de l'édifice on peut remarquer: du XVIII°
siècle: contre le mur Nord, une pierre commémorant la mémoire
d'Anne, née Willemann et de Pierre Duconte, médecin royal
mort en 1728, le monument du pasteur Théodore Horning (1845-1882),
grâce auquel l'église a été conservée
au culte protestant; appuyée contre un pilier principal, la pierre
tombale, posée sur colonnettes, du chevalier strasbourgeois Adam
Zorn de Plobsheim et de son épouse.
bras nord du transept:
Dans cette partie de l'édifice, on peut remarquer à côte
de la porte un bénitier sur colonette, à la suite, au mur
nord, des peintures murales représentant: l'évêque
Erhard, St. Jean-Baptiste, St. Colomban, St. Pierre, Judith portant la
tête d'Holopherne et entrant à Béthulie. Encastré
dans le mur, une pierre commémorative du doyen du chapitre Jean
Calmet mort en 1750. D'autres peintures murales représentent deux
anges, des armoiries de familles alliées à celle des barons
de Mullenheim, l'une des familles les plus anciennes, les plus puissantes
et les plus nobles d'Alsace. Elle a donné douze Chanoines au chapitre
St. Pierre-le-Jeune et quarante-deux Stettmeister à la Ville de
Strasbourg.
Deux travées de voûtes recouvrent le transept. Les nervures
reposent sur des consoles. Les clefs de voûtes sont décorées
de feuillage. Sur le côté Est on peut signaler: un autel moderne
en pierre de taille avec des peintures murales représentant la Sainte
Trinité, une croix, des Saints de la Bible et de l'Eglise. Les verrières
des fenêtres du côté Ouest sont en grisaille avec des
écussons coloriés. Celles du côté Nord ont des
médaillons coloriés représentant les dix commandements;
celles du côté Est ont des ornements de couleur.
bas-côté nord.
Il y a lieu de signaler sur le côté Nord les peintures murales
représentant: 1) un ange saluant la Vierge, 2) une tête de
Christ, 3) un ange avec la balance des anges et du diable, 4) le crucifiement,
5) le combat de l'ange avec le dragon à deux têtes, 6) des
scènes de la vie du Christ et de la Passion. Au soubassement du
mur, une inscription humaniste (1584) à la mémoire du chanoine
Wolf (écusson avec animal). Le tombeau du Strasbourgeois Swarber,
dont la dalle avec inscriptions repose sur un socle en maçonnerie
devant une niche; celle-ci est décorée de peintures murales
avec inscriptions.
Au mur Est, les peintures murales représentent: la Vierge, l'enfant
Jésus, deux anges et Dieu le Père. À côté
du jubé, une console décorée de trois têtes
supporte les nervures et les arcs de la voûte. Contre le mur, un
autel moderne en pierre de taille, et dans la niche, au-dessus, la sculpture
d'un Christ assis. À droite vers le jubé, une piscine du
XIV° siècle présentant l'aspect d'une coupe supportée
par un moine augustin. Le bas-côté Nord est couvert de trois
travées de voûtes avec nervures. Ces dernières sont
moulurées avec des gorges et se détachent des colonettes,
sans consoles. Les clefs de voûtes sont décorées de
feuillages et de statuettes; des têtes sont sculptées à
la jonction des nervures. Les verrières des fenêtres sont
en grisaille avec des médaillons coloriés représentant
des scènes de l'ancien Testament.
La nef principale.
Les piliers de la nef sont en pierre de taille en forme d'octogones irréguliers.
Ces piliers supportent des voûtes avec nervures. Ces dernières
reposent sur des consoles; les clefs de voûtes sont décorées
de feuillage.
À l'Est, se trouve le jubé du XIII° siècle.
Ce jubé est constitué par six colonnettes isolées
et six colonnettes adossées avec bases moulurées et chapiteaux
décorés de feuillage, portant cinq travées de voûte
avec nervures, dont la travée centrale est un peu plus longue. Dans
cette dernière, la clef de voûte porte l'Agnus Dei. Les autres
sont décorées de feuillage. Au-dessus des arcs et dans leurs
écoinçons, des peintures du peintre Engelhardt (1620) représentent
les Évangélistes et leurs symboles. Le jubé est couronné
par une galerie dont la balustrade du XVI° siècle en pierre
de taille est finement sculptée et ajourée. Au milieu du
jubé sont placées les orgues, oeuvre de Silbermann (1707),
transformées et agrandies au cours de la restauration. Devant le
jubé, le nouvel autel en pierre de taille, avec un lutrin du XVIII°
siècle. Les lustres en fer forgé suspendus dans les arcades
et le grand lustre sont modernes, de même que la chaire à
prêcher et les bancs. Il y a lieu de remarquer les peintures des
montants de ces derniers.
Au pilier à, côté de la chaire à prêcher,
quatre porte-écussons du XVIII° siècle avec les armoiries
des membres du conseil presbytérial; en-dessous, les portraits à
l'huile de quatre anciens pasteurs et des panneaux portant les noms des
pasteurs depuis la Réforme. Au pilier en face de la chaire à
prêcher un cadre avec la tête du Christ, sculpture en bois
du XVII° siècle.
Dans les verrières sont représentés, sur le côté
Sud: trois héros payens (Hector, Alexandre, César); trois
héros juifs (Samson, David, un Macchabée) ; trois héros
chrétiens (Clovis, Charlemagne, Rodolphe de Habsbourg). Sur le côté
Nord: les héroïnes (Clélie, Vaturie, Cornélie)
; - (Mirjam, Déborah, Judith); - (Hélène, Cunégonde,
Elisabeth).
Sur le mur Ouest, les peintures murales représentent au bas,
des scènes de la vie du Christ; en haut, au-dessus de la galerie:
1) huit anges avec les huit béatitudes, 2) la barque de St. Pierre,
Jésus et St. Pierre sur l'eau; de mauvais génies soufflent
le vent.
Dans les verrières sont représentés: sur le côté
Sud: Isaïe, Moïse, Jérémie; sur le côté
Nord: Ezéchiel, Elie, Daniel.
La porte d'entrée du porche du clocher est un reste de l'ancien
jubé Ouest. En-dessus, on remarque une console, vestige d'un oriel
de l'époque romane. La galerie avec balustrade ajourée permet
d'accéder du clocher aux combles des deux bas-côtés.
Le porche est couvert d'une voûte avec nervures. Celles-ci reposent,
dans les angles des murs, sur des consoles romanes. C'est ici que l'on
voit l'arc en pierres de taille (peut-être l'arc triomphal) qui séparait
le choeur Ouest de la grande nef. Sur les côtés Nord et Sud,
étaient percées des portes en plein cintre, qui donnaient
autrefois accès aux deux escaliers droits conduisant aux étages
supérieurs du clocher. Pour des raisons de stabilité, elles
ont été condamnées lors de la dernière restauration.
La chapelle Saint Jean
est un don de Conrad de Mullenheim qui la fit construire comme nouvelle
sacristie. Elle est couverte de voûtes avec nervures. Sur les clefs
de voûtes sont représentés St. Pierre et St. Paul.
On explique la formation des niches dans les murs par l'emploi de contreforts
dits intérieurs.
Bas-côté et transept sud.
La décoration picturale du mur Ouest nous montre: 1) une Pietà
en style gothique tardif, à gauche la donatrice agenouillée;
inscriptions sur banderoles. 2) Le baptême du Christ. Au-dessous:
le triomphe du Christianisme, les nations cheminent vers la croix. On peut
remarquer également: Une pierre commémorative de Jean Reis
mort en 1729, conseiller municipal et membre du conseil des Treize de la
ville. Dans les travées de voûte côté Ouest,
une clef de voûte ornée d'une étoile, une autre ornée
de l' Agnus Dei. Les nervures sont en partie portées par des colonnes
isolées, rondes, dépourvues de chapiteaux. Les nervures sur
le côté du mur extérieur, contrairement au bas-côté
Nord, reposant sur des consoles sculptées. Les clefs de voûtes
sont décorées de la même façon que celles du
bas-côté Nord (feuillage et têtes). Contre le mur Sud,
la pierre tombale du chevalier strasbourgeois de Vindecke (1354) repose
sur des colonnettes devant une niche. Les peintures murales nous montrent
la généalogie du Christ jusqu'à Adam.
Dans le transept, à gauche du portail, un Ecce Homo en style
gothique tardif. Le Christ descend de la croix, deux anges lui mettent
un manteau de pourpre. Le transept est couvert de deux travées de
voûtes avec nervures, qui reposent sur des consoles. Les verrières
des fenêtres du côté Ouest sont en grisaille avec des
écussons coloriés; celles du côté Sud ont des
médaillons représentant les quatre âges du monde.
Encastrée dans le mur du bas-côté, une pierre commémorative
du conseiller municipal Jean Merckel, mort en 1737. À une certaine
distance du mur, le tombeau avec socle en maçonnerie du chanoine
Conrad de Mullenheim, trésorier de l'église, mort en 1364.
À côté, se trouve un caveau, improprement appelé
crypte, découvert par hasard au cours des fouilles faites pour trouver
les fondations de l'ancienne église. Outre les fondations de l'église
romane, on y voit un tombeau, exécuté en maçonnerie
d'après la forme du corps, contenant les ossements du défunt.
Plus loin, au mur sud du bas-côté, nous pouvons lire l'épitaphe
du prieur du chapitre, Nicolas de Kageneck, mort en 1364. À la rampe
de l'escalier menant au portail d'Erwin, une colonnette est surmontée
d'un coq (autrefois sur l'orgue), symbole de la vigilance. À sa
gauche, le tombeau avec socle en maçonnerie du prieur du chapitre
Goetze de Grostein, mort en 1376. Dans le sol devant la chapelle de la
Sainte Trinité, est encastrée la pierre tombale de l'évêque
Hetzillo mort en 1065, qui avait participé à la construction
de la première église romane. Au mur Est, un bénitier
et l'épitaphe du doyen Duconte mort en 1743. L'escalier moderne
en pierre de taille avec une rampe en fer forgé nous mène
à la tribune d'orgue. Sur un pilier près de l'escalier, une
peinture représente St. Christophe. Les vitraux, de même que
ceux du bas-côté Nord, sont en grisaille avec des médaillons,
rectangulaires coloriés, qui représentent des scènes
de l'ancien testament.
La chapelle de la Sainte Trinité
est entièrement exécutée en pierre de taille et couverte
d'une voûte, dont les nervures forment en plan des étoiles.
Les clefs de voûtes sont décorées de sculptures, l'une
représentant la Ste. Vierge et l'enfant Jésus, l'autre l'Agnus
Dei; à l'intersection des nervures, des petites têtes. Les
surfaces des voûtes sont décorées de peintures, fleurs,
étoiles et têtes. Les nervures viennent s'appuyer, à
gauche sur deux têtes d'anges, à droite sur Satan se cachant
derrière un écusson.
Sur le côté Nord, dans une niche, est placée la
statue assise de l'empereur Henri le Pieux. Devant les trumeaux, sous des
baldaquins, les statues debout de St. Pierre, du Christ, de la Ste. Vierge,
de St. Athanase et de St. Materne, les deux derniers des évangélisateurs
de l'Alsace. Dans les verrières, sont représentés
des anges avec les instruments de la Passion. Sur le linteau de la porte,
au côté Nord, sont sculptées les armoiries de Hans
Hammer, le constructeur de la chapelle. Au milieu de la chapelle, une cuve
baptismale de l'époque gothique tardive avec un couvercle moderne.
Devant la cuve, au sol, la pierre tombale du donateur, le chanoine de Kirchberg.
Le sol en carrelage a été refait suivant un modèle
ancien.
Le choeur.
La partie inférieure du jubé et de la tribune d'orgue permet
la communication entre la nef et le choeur. Dans la paroi en-dessous, sont
percées trois fenêtres et deux portes dont la partie supérieure
en ogive est occupée par des motifs géométriques ajourés.
Sur le côté Nord, on peut voir la pierre commémorative
la plus ancienne de l'église relatant une donation faite par Walter
et Werner de Geudertheim (1263). Le jubé a été élargi
vers l'Est par une tribune en bois; cet agrandissement a été
provoqué par la pose de l'orgue et afin de trouver de la place pour
les chanteurs. Le plafond en bois est décoré de solives apparentes
et de rinceaux peints. Les consoles sculptées, au-dessus des colonnes
en bois, proviennent des tribunes démolies des bas-côtés.
Fixées à la balustrade en bois, deux portraits à
l'huile exécutés par l'artiste strasbourgeois Hornecker représentant:
1) Capito, réformateur de Strasbourg, mort en 1541, premier pasteur
à St. Pierre-le-Jeune depuis 1524; 2) Maurice Ueberheu, prieur du
chapitre, mort en 1608.
Le choeur est couvert de voûtes avec nervures. Ces dernières
reposent sur des consoles. Aux angles du chevet, les nervures reposent
sur des colonnettes engagées, dont les chapiteaux sont ornés
de sculptures variées. Les clefs de voûte sont ornées,
comme celles du bas-côté Nord, de feuillage et de têtes.
Les lustres avec pendeloques en verre sont anciens, les bancs et le sol
du choeur sont modernes.
Le soubassement des murs des côtés Est, Nord-est et Sud-est
et en partie au Nord et Sud est recouvert d'une belle boiserie du XVIII°
siècle. Dans les grands panneaux, sont sculptés des emblêmes
sacerdotaux et des fleurs, et, sur l'entablement de la boiserie, des amours,
des guirlandes et des vases; le devant des stalles et la petite chaire
sont de style empire. Celui de la grande chaire à prêcher
posée contre le mur Nord appartient au XVIII° siècle.
Les surfaces de la boiserie, des stalles et de la chaire à prêcher
sont peintes dans un ton bleuâtre, les moulures et les sculptures
sont argentées. - Au-dessus du linteau d'une porte à droite
de la chaire à prêcher, un tableau à l'huile représente
la Sainte Cène; dans une niche, est placée la statue de St.
Étienne; dans un panneau de la boiserie, un tableau représente
le sacrifice d'Isaac.
Au mur Sud, on peut remarquer: une épitaphe du XV° siècle;
un Christ assis, bénissant St. Pierre et St. Paul placés
à ses côtés; en-dessous, la tête du Christ, symbole
de Ste. Véronique; comme peinture murale: St. Christophe porte l'enfant
Jésus à travers un fleuve. Au-dessus du linteau de porte,
un tableau représentant la distribution des clefs; dans la niche,
la statue de St. Jean-Baptiste avec l'agneau; dans un panneau de la boiserie,
un tableau «Le Crucifié».
La grande allée du choeur est exécutée en dalles
de grès des Vosges. La décoration représente le chemin
de la vie qui mène au Paradis; sur les côtés, ceux
du vice avec les symboles du péché; devant l'autel, le Paradis.
Les contours des dessins ont été ciselés dans la pierre
et les ciselures ont été remplies de plomb coulé et
frappé.
L'autel en pierre de taille et les peintures du retable sont modernes,
à l'exception du panneau central: Un «Christ mort»,
de l'école de Durer 1518. Au-dessus des appuis des fenêtres,
il y a, dans une frise peinte, des panneaux avec des versets du Crédo.
Les verrières représentent: à l'Est: l'histoire
de la vie du Christ dans des médaillons; de part et d'autre, les
apôtres sous de grands baldaquins, et, au-dessus, des panneaux à
dessins colorés. - Au Sud, elles sont décorées de
dessins géométriques richement colorés, et au Nord,
par des rinceaux avec feuillages en couleurs vives.
Comme les orgues sont visibles sur leurs deux faces, on a complété
le buffet d'une deuxième façade vers le choeur, avec flûtes
en étain ciselées.
La chapelle de l'est ou de l'Ange
est réunie au choeur par un arc en plein cintre; à l'ébrasement
de l'arc, sont représentées en peinture: à droite
la justice, à gauche la modération. Dans la chapelle à
gauche, on remarque une petite table en pierre de taille, dite crédence.
Aux soubassements des murs, sont peints, entre autres, les armoiries des
villes, autrefois «Villes libres d'Empire» en Alsace. Un ange
isolé est placé au milieu de la chapelle; il porte dans les
mains une coupe destinée à contenir l'eau baptismale. Le
corps de l'ange est taillé dans un bloc de pierre, les ailes sont
exécutées en bois de chêne. Le sol en carrelage vernissé
a été refait suivant un ancien modèle.
Les vitraux modernes s'inspirant du style gothique tardif représentent:
à gauche, la Sainte Cène, en-dessous, l'entrée du
Christ à Jérusalem; au centre, l'empereur Auguste, fondateur
de la Ville de Strasbourg; au-dessus, l'empereur Constantin; à droite,
le crucifiement et la résurrection. La chapelle est couverte d'une
voûte dite plate. Il n'y a pas de maçonnerie entre les nervures;
sur ces dernières, sont posées des dalles verticales ajourées
avec des dessins géométriques, qui portent un plafond à
compartiments en dalles de pierre de taille. Cette construction est très
intéressante et donne un bel effet perspectif. À la clef
de voûte, un ange porte les armoiries de la Ville de Strasbourg.
Le cloître.
On y accède du bas-côté Nord par une porte. Ce cloître
se trouve, comme dans la plupart des cas, au Nord de l'église. C'est
le cloître le plus ancien de ce côté des Alpes (1031).
Trois de ses galeries (Sud, Ouest et Nord) sont adossées à
d'autres bâtiments et recouverts d'une toiture en tuiles avec chevrons
apparents. La galerie Est est recouverte de voûtes avec nervures
et est surmontée d'un bâtiment du chapitre. Sur trois côtés,
les façades de la galerie sont construites en arcades avec colonnettes
rondes qui alternent à plusieurs reprises avec des colonnettes carrées.
Il y a lieu de remarquer spécialement sur le côté Ouest
une colonnette à faisceau, composée de quatre colonnettes
avec bases attiques et chapiteaux en forme de têtes d'hommes. La
façade Est est percée de quatre fenêtres en plein cintre
qui sont divisées en quatre parties, avec des réseaux dans
la partie haute. La margelle et les colonnes du puits sont modernes, mais
à l'intérieur du puits, on remarque encore l'ancienne maçonnerie.
Les murs intérieurs des galeries du cloître sont décorés
de peintures. Le long des murs on voit des épitaphes : au mur Ouest,
du chanoine Blochholz (1451); de Jeanne Doyen, née Bouget (1719),
du chanoine Joseph Doyen (1745). Au mur Nord : du Prieur du chapitre Molitor
(1609) ; du doyen de Lavalle (1724); du doyen du chapitre Martin-Volmar
Keller (I541); au mur Sud: de Jean Tout, vicaire du chapitre; de Louis
Sturm et Anne de Endingen (1516), avec des armoiries ; de Dorothée
de Gunter, épouse de Jean-Baptiste de Klinglin (1692); du prieur
du chapitre de Regemorte (1769). Sur le sol de la galerie du cloître,
des tombes de différentes époques. Sur la façade Est
des bâtiments du chapitre, on voit encore des traces d'anciennes
peintures.
La chapelle Saint Nicolas
est accessible par la galerie Ouest du cloître. Elle est couverte
de voûtes avec voussures. Une clef de voûte est ornée
d'une sculpture représentant Saint Pierre. Devant la chapelle, qui
date du XIV° siècle, se trouve la pierre tombale du donateur
de celle-ci.
Observations générales
Les peintures murales, soit décoratives, soit représentant
des personnages, sont pour la plupart anciennes. Elles ont été
mises à jour après enlèvement du badigeonnage et des
enduits et ont ensuite été renouées. Les verrières
de toutes les fenêtres sont modernes, c'est-à-dire dessinées
et exécutées par la Maison Ott Frères à Strasbourg.
Dans ces vitraux, l'architecte a essayé de caractériser tous
les procédés et toutes les méthodes employés
par les peintres-verriers depuis le début jusqu'à la fin
de l'époque gothique, et l'ensemble nous permet ainsi d'étudier
le développement de la peinture sur verre. Nous voyons: 1) des vitraux
en grisaille dont les détails sont composés de motifs géométriques
ou de rinceaux avec feuillages, peints sur verre blanc au moyen de couleur
noire spéciale avant leur cuisson; 2) des vitraux avec ornements
géométriques ou rinceaux colorés; 3) des vitraux en
grisaille avec de petits panneaux ou écussons colorés; 4)
des vitraux colorés composés de médaillons (ronds
ou en formes géométriques); 5) des vitraux avec des panneaux
de scènes composées de petits personnages, ou de grands personnages
avec socles et baldaquins, dont la partie haute avec ornements colorés;
6) des verrières de l'époque gothique tardive.
Conclusions.
Bien que très riche en vieilles églises et autres monuments
importants du moyen-âge, nous ne trouvons nulle part en Alsace une
église collégiale aussi complète que l'église
protestante St. Pierre-le-Jeune à Strasbourg.
Bibliographie: M. le Pasteur Guillaume HORNING, différentes
publications concernant l'église et son histoire.
Oberbaurat C. SCHAEFER, Die Jung-St. Peterkirche in Strassburg. Ein
Beitrag zur Baugeschichte des Mittelalters. (plan).
| |
Tableau des principales dates de la construction de l'Eglise
|
| |
| VII° siècle |
Construction d'une chapelle en bois. |
| 1031 |
L'Evêque Guillaume de Strasbourg commence la construction d'une
église avec la galerie du cloître. |
| 1180 |
Reconstruction de l'église. |
| 1200-1210 |
Le choeur Ouest est complété comme clocher. |
| 1220 |
Construction du 3e étage du clocher. |
| vers 1250 |
Commencement de la construction du choeur. |
| 1260 |
Modification au bas-côté Nord par l'agrandissement des
fenêtres. |
| vers 1275 |
Commencement de la construction de la nef, du transept, du bas-côté
Sud et de la chapelle dite des Zorn. |
| fin XIII° siècle |
Construction du Portail d'Erwin et du jubé. |
| 1320 |
Consécration de l'église. |
| 1360 |
Construction de la chapelle St. Jean par le maître Guillaume
de Marbourg, fondation de Conrad de Mullenheim. |
| fin XIV° siècle |
Construction de la chapelle St. Nicolas, fondation d'un seigneur de
Kageneck, ainsi que de l'aile Est du cloître. |
| 1491 |
Construction de la chapelle de la Sainte Trinité par Hans Hammer,
fondation d'un chanoine de Kirchberg. |
| XVI° siècle |
Pose de balustrades sur le jubé et sur les bas-côtés
Sud. |
| 1620 |
Peintures du jubé, par l'artiste Engelhardt. |
| 1707 |
Construction des Orgues par Silbermann. |
| XVIII° siècle |
Pose des boiseries, des stalles et de la chaire à prêcher
dans le choeur. |
| fin XVIII° siècle |
Démolition des sculptures du portail d'Erwin. |
| 1848 |
L'église est classée parmi les Monuments Historiques. |
| 1897 |
Commencement des derniers travaux de restauration. |
| 1968 |
Début d'une nouvelle restauration. |
Plaquette disponible à l'église
La Pfalz: coeur et symbole de la vieille République
de Strasbourg
Roland Oberlé
Annuaire de la Société des Amis du Vieux Strasbourg,
II Strasbourg (1971) p.39
Plus rien ne rappelle au visiteur qui traverse de nos jours la place
Gutenberg que nul endroit de Strasbourg n'est aussi chargé d'histoire
puisqu'elle fut, du début du XIV° siècle jusqu'à
la Révolution, le confluent de l'activité politique de la
vieille République de Strasbourg. Le temps - et surtout les hommes
- aidant, il ne reste plus qu'un seul témoin de ce passé
prestigieux: l'actuelle Chambre de Commerce, le «Neubau». L'étranger
qui, visitant Strasbourg vers 1600, se fût placé face à
la Chambre de Commerce, eût aperçu, de droite à gauche,
l'admirable petit Hôtel de la Monnaie, l'Hôtel de Ville ou
Pfalz masquant en grande partie la Chancellerie, et enfin le «Neubau»,
ces trois édifices étant reliés entre eux par deux
ponts en arc. Tel se présentait l'ensemble architectural qui abritait
les rouages administratifs de Strasbourg. Dominant les autres édifices
de ses pignons crénelés, la Pfalz était à la
fois le plus ancien et le plus imposant des bâtiments de cette place
Saint-Martin, qui deviendra place Gutenberg après avoir été
place du Marché-aux-Herbes. C'est plus de quatre siècles
d'histoire de notre cité que représente cet édifice.
I - L'origine du monument
L'affirmation d'une indépendance
Partie intégrante du Saint Empire Romain Germanique, la Ville
de Strasbourg fut gouvernée jusqu'en 1262 par ses évêques.
Toutes les décisions, tous les ordres de l'administration épiscopale
émanaient de la Chancellerie de l'Evêque installée
au Fronhof, le palais épiscopal situé à l'emplacement
actuel du Palais Rohan. En fait, ce «palais» n'était
rien d'autre qu'un groupe de maisons aux pignons crénelés
qui formaient l'ensemble appelé «Bischöfliche Pfalz»
ou «Fronhof» (1). Or, les Strasbourgeois,
nobles ou roturiers, supportaient avec impatience la tutelle de leurs évêques
et cherchaient activement le moyen de s'en défaire.
Débarrassés de cette tutelle par la victoire des milices
bourgeoises à la bataille de Hausbergen (8 mars 1262), les Strasbourgeois
établissent un régime qui est rapidement confisqué
et monopolisé par la noblesse, au grand dam des artisans qui cherchent,
en vain, à secouer ce nouveau joug. Deux grandes familles dominent
et s'opposent dans les tumultueuses discussions que le «Fronhof»
abrite encore: les Zorn et les Mullenheim. Encouragés par les familles
nobles alliées, soutenus par de nombreux clients, les chefs des
deux familles se livrent à une lutte de prestige qui dégénère
souvent en rixes sanglantes.
Dans ces conditions, comment peut-on expliquer, en 1321, la construction
de la Pfalz, édifice majestueux et coûteux dont la réalisation
n'a pu se faire que grâce à la conjonction de toutes les énergies?
L'hypothèse la plus vraisemblable et la plus raisonnable est que
les membres du Magistrat commençaient à se sentir à
l'étroit au «Fronhof», et que par ailleurs, pour une
simple question de prestige, ils n'entendaient plus tenir leurs assises
dans des locaux qui leur rappelaient la toute récente domination
des Evêques.
Le chroniqueur Koenigshoffen, repris par Specklin, émet à
ce sujet une hypothèse très séduisante - peut-être
trop séduisante (2). À cette
époque, un Zorn qui était Schultheis (prévôt),
se plaignit de ce que le Fronhof fût beaucoup trop voisin de la curie
de ses rivaux, les Mullenheim, laquelle se trouvait effectivement toute
proche (à l'angle du quai au Sable et de la rue des Ecrivains),
alors que la curie des Zorn, située à la Haute-Montée
en était très éloignée. Cette situation avantageait
les Mullenheim qui, en cas de disputes et de rixes recevaient des renforts
beaucoup plus rapidement que leurs adversaires. Il semble qu'on fît
droit aux récriminations des Zorn, et l'on se mit à la recherche
d'un espace vierge, situé à mi-chemin entre les deux curies
et où s'élèverait la nouvelle Pfalz. La place Saint-Martin
répondait précisément à ces exigences: Specklin
précise même que l'emplacement choisi se situait à
1291 pieds (420 mètres) de chaque curie. Une seule restriction peut
être apportée à cette explication si logique et qui
semble encore corroborée par la présence de deux escaliers
monumentaux au nouveau bâtiment, un pour chacune des deux familles;
mais cette restriction est de taille: Closener, le plus ancien des chroniqueurs,
ne fait pas mention de cette origine. Cependant, l'explication de Koenigshoffen
est si séduisante, elle a rallié les suffrages de tant d'historiens
du Vieux Strasbourg, que nous sommes tentés d'y adhérer malgré
les réserves que l'absence de preuves historiques nous amène
à formuler.
La place Saint-Martin en 1321
Comment se présentait la place Saint-Martin en 1321, date de
la construction de la Pfalz? La place portait le nom du patron de l'église
qui bordait l'actuelle place Gutenberg à l'emplacement approximatif
de l'Hôtel du Commerce. D'après la tradition, les origines
de l'église Saint-Martin se perdent dans la nuit des temps puisqu'elle
attribue sa fondation à la reine Clotilde en 513. L'église
fut reconstruite en 1253 et entourée d'un cimetière (3)
qui devait occuper une grande partie de l'actuelle place Gutenberg. En
1266, le curé Ott y fit ériger une chapelle (4)
dont on trouve d'ailleurs mention dans les archives à la date de
1422 (5). Plus tard, en 1372 pour les uns,
1375 pour les autres (6), elle fut reconstruite
avec deux tours. Elle sera détruite en 1529 «afin que les
pauvres gens aient du travail cet hiver et pour obtenir une place plus
vaste» (7). Jusqu'à sa démolition
les étals des pêcheurs étaient disposés à
l'abri de ses murs. Quant à la chapelle du cimetière, elle
survécut à l'église puisqu'elle fut donnée
en location après 1529 (8).
C'est donc en bordure d'un cimetière que fut érigée
la Pfalz, avec pour vis-à-vis, l'Église Saint-Martin.
II - L'édifice et ses tribulations
Description de la Pfalz
Contrairement à la Chancellerie dont nous possédons peu
de représentations, l'iconographie de la Pfalz se révèle
relativement importante. Le plan Morant de 1548 en donne une représentation
forcément sommaire mais non dénuée d'intérêt
car y est représentée la place Saint-Martin après
la démolition de l'église mais avant la construction du «Neubau»
(Chambre de Commerce). Plus d'un siècle plus tard, en 1682, une
gravure de Schmuck nous montre l'ensemble Pfalz - Chancellerie - Neubau.
Le plan-relief de 1725 surtout, s'avère un document précieux
ainsi que la planche de Weiss de 1744. Enfin, peu avant sa démolition,
un dessin représente l'une des façades du bâtiment
avec son escalier monumental. À partir de ces représentations
authentiques de la Pfalz, un certain nombre de dessins et gravures ont
été exécutés postérieurement à
la démolition: citons essentiellement Piton, Seyboth, Eissen, Schweitzer
et Naeher. Quant à la maquette exposée au Musée Historique,
elle a été réalisée suivant les dessins de
Seyboth et Eissen.
Construite en 1321, la Pfalz est un magnifique exemple d'architecture
gothique civile. Grâce aux documents s'y rapportant, la minutieuse
description extérieure suivante a pu en être faite par Jacques
Hatt (9) : « La Pfalz se compose:
1) d'un bâtiment carré qui présente les caractérisitques
suivantes sur la façade principale donnant sur le Marché-aux-Grains,
un pignon à redents percé de fenêtres tréflées
(2-2-4), un escalier extérieur couvert, qui aboutit à un
porche se composant de deux arcades en tiers-point et qu'encadrent (pour
le spectateur) à gauche, une, à droite, deux croisées
surmontées de gâbles, au rez-de-chaussée, une porte
en tiers-point, deux portes en anse de panier géminées, à
chaque angle une tourelle élancée surmontée d'un amortissement
à boule et d'une girouette aux armes de la ville, de chaque côté,
un pignon à redents.
2) d'un bâtiment oblong accolé au premier, donnant sur
le Marché aux Poissons, qui a deux pignons à redents latéraux,
une rangée de créneaux au haut de sa façade, percée
de croisées simples et doubles et un escalier couvert s'enroulant
extérieurement autour de son flanc droit.
On est donc, dès l'abord, frappé par le fait que la Pfalz
se composait de deux corps de bâtiment accolés, ce qui pose
le problème de l'édification simultanée ou successive
des deux bâtiments. En fait, une construction simultanée paraît
peu probable, et l'hypothèse qu'on peut raisonnablement formuler
est que l'édifice principal a bien été construit en
1321 alors que le petit bâtiment bordant la Place Saint-Martin n'a
été édifié que plus tard, le manque de place
s'étant fait sentir. C'est d'ailleurs l'opinion de Piton (10)
pour lequel «la façade opposée a subi plus tard de
notables changements par suite de la construction d'un bâtiment qui
fut ajouté et dont le style était d'une époque plus
moderne. Ce bâtiment avait 8 mètres de large sur 22 mètres
de long et correspondait au premier en hauteur, moins le pignon crénelé
qui n'était pas si haut que le principal. L'escalier Mullenheim
qui a dû perdre sa place primitive par la construction de cette annexe,
fut placé à l'angle et reçut son ouverture du côté
de la rue des Serruriers.»
Pour logique qu'elle paraisse, l'explication de Piton ne repose en
fait sur aucun document et ne s'appuie que sur l'aspect des six fenêtres
de style Renaissance qui ornent la partie arrière de la façade
latérale du petit bâtiment. Mais Piton ne semble tenir aucun
compte des multiples remaniements que la Pfalz subit à la fin du
XVI° siècle et, en définitive, il convient d'être
extrêmement prudent en ce qui concerne les affirmations de l'auteur
du «Strasbourg Illustré».
Par ailleurs, il est certain que le petit bâtiment n'avait, à
son origine, que peu de ressemblance avec l'image que nous en donnent les
gravures et dessins du XVIII° siècle. Certains documents, en
effet, laissent supposer que ce bâtiment annexe avait primitivement
la forme d'une équerre dont la petite branche aurait empiété
sur la placé Saint-Martin. Nous revenons ici à la chapelle
érigée dans le cimetière de l'église. Un document
daté de 1422 (11) nous apprend que
cette chapelle fut rapidement annexée par le Magistrat qui la surbâtit
pour y installer ce qui devait être une salle de réunion.
Deux hypothèses se présentent à nous, compte tenu
de l'exiguïté de la place Saint-Martin. La chapelle dont l'existence
est irréfutable, devait se trouver en bordure du cimetière,
à droite de la place pour un observateur se trouvant face à
l'actuelle statue de Gutenberg. Il n'est donc pas impossible de penser
que la Pfalz a été érigée tout contre le flanc
droit de cette chapelle. Par ailleurs, les documents d'archives ne font
aucune mention de la démolition de cette dernière. C'est
donc que, d'une manière ou d'une autre, elle a dû être
intégrée dans l'ensemble architectural de la Pfalz. C'est
peut-être l'explication du mot «üsstoss» que nous
trouvons dans la chronique strasbourgeoise de Büheler (12).
En fait, la deuxième hypothèse est beaucoup plus plausible
et l'examen des documents la transforme en une quasi-certitude: les quatre
grandes fenêtres ogivales qu'on aperçoit sur deux des façades
du petit bâtiment font songer à des fenêtres d'église
ou de chapelle gothique. Or des documents datés de 1393, 1395 et
1422 nous apprennent que le Magistrat a fait construire une salle de séance
pour le Petit Sénat au-dessus de la chapelle, à la grande
indignation des Evêques et du Grand Chapître qui en était
propriétaire et qui voyait d'un mauvais oeil des réunions
de caractère profane se tenir au-dessus d'un lieu de culte où
la messe était dite quotidiennement (13).
Les constructeurs de la Pfalz l'avaient donc presque certainement intégré
à leur oeuvre, en l'ornant d'un pignon identique à celui
du bâtiment principal, et en y accolant un escalier. La partie avant
du petit bâtiment serait donc la plus ancienne de tout l'édifice,
puisqu'elle date du XIII° siècle.
Par ailleurs, les deux escaliers couverts qui desservent chacun un
côté du monument, ont déjà fait couler beaucoup
d'encre. Les chroniqueurs, repris par de nombreux historiens du Vieux Strasbourg,
sont catégoriques. Ces deux escaliers auraient été
construits, nous l'avons vu, pour éviter que les Zorn et les Miillenheim
ne se rencontrassent avant de pénétrer dans la salle des
séances. C'est pourquoi, l'escalier donnant sur la Place Saint-Martin
aurait été réservé aux Mullenheim, celui donnant
sur la Monnaie aux Zorn. Les deux escaliers n'ont d'ailleurs aucune ressemblance,
l'un, celui des «Zorn» était visiblement prévu
dès l'origine puisqu'il était construit sur une avancée
qui abritait le corps de garde, et il est nettement de style gothique.
L'autre semble avoir été surajouté et accolé
à la façade.
Il reste à poser le problème des dimensions de la Pfalz
qui sont très difficiles à fixer même en tenant compte
du fait que le plan-relief est à l'échelle (1/600°).
Avec beaucoup d'assurance, Piton nous indique ces dimensions: le grand
bâtiment aurait eu 26 mètres de longueur 16 mètres
de largeur et 26 mètres de hauteur; le petit, 22 mètres de
longueur et 8 mètres de largeur. Si, comme nous l'avons déjà
dit, les affirmations de Piton doivent toujours être considérées
avec la plus grande réserve, les dimensions qu'il nous indique n'ont
cependant rien d'invraisemblable. En effet, à partir du plan daté
de 1669, on peut du moins calculer la longueur du petit bâtiment
qui est d'environ 23 mètres 50, ce qui se rapproche fort des mesures
indiquées par l'auteur de «Strasbourg Illustré».
Les tribulations du monument
Malgré la pauvreté de nos sources, il apparaît donc
nettement que la Pfalz ait été abondamment remaniée
et ceci dès le XV° siècle. Mais c'est au XVI° siècle
que le siège du gouvernement strasbourgeois subira ses plus profondes
modifications. En 1501 l'un des pignons est ravalé et peint, et
sur la façade, à gauche de l'escalier des «Zorn»,
les peintres ont restitué une fresque représentant Saint
Christophe, ce qui prouve que, dès l'origine, la Pfalz était
ornée de peintures qu'on raffraîchissait périodiquement.
La même année, la salle de réunion des XV a été
refaite et décorée de nouvelles armoiries
(14). En 1529 intervient d'autre part la démolition de
l'église Saint Martin agrandissant notablement la place. La Pfalz
n'a pas non plus échappé aux incendies qui constituaient
la plaie des villes anciennes: en 1548, lors d'un incendie très
important qui détruisit une maison voisine, le feu se déclara
dans la salle de séance du Petit Sénat, c'est-à-dire
dans le petit bâtiment (15).
En 1556, les chroniqueurs nous signalent un incident des plus curieux:
le Magistrat demanda la démolition des quatre tourelles d'angle
sous prétexte que la Pfalz, flanquée de ses clochetons, avait
une allure trop «cléricale» (kirchlich). Les Directeurs
des bâtiments (Bauherren) étaient chargés de l'opération
(16).
On peut se demander pourquoi, après plus de deux siècles
d'existence de la Pfalz, le Magistrat a brusquement été incommodé
par la présence de ces tourelles. Les auteurs de «Strassburg
und seine Bauten» pensent qu'il cédait ainsi à des
pressions exercées par la hiérarchie protestante hostile
à tout ce qui pouvait rappeler le catholicisme
(17).
Cette hypothèse, pour séduisante qu'elle soit, ne correspond
pas à ce que nous savons du Magistrat de Strasbourg au XVI°
siècle. En effet, ses membres, très soucieux d'éviter
les empiétements du domaine religieux sur le domaine politique et
peu désireux de faire de Strasbourg une seconde Genève, ont
toujours nettement affirmé l'indépendance du gouvernement
vis-à-vis du nouveau clergé et il est difficile d'admettre
qu'en cette affaire ils se soient laissé forcer la main. Cette curieuse
attitude n'est peut-être que la manifestation de leur sentiment séculaire
d'indépendance qui pouvait parfois déboucher sur une attitude
franchement anticléricale quel que fût le pouvoir religieux
en question. Quoi qu'il en soit, les Bauherren durent s'opposer à
cette destruction puisque les tourelles apparaissent intactes sur les documents
postérieurs à 1556.
De 1588 à 1590, la Pfalz allait être le théâtre
d'une intense activité qui devait modifier considérablement
l'aspect du petit bâtiment. Ces bouleversements sont peut-être
à mettre en rapport avec la présence du «Neubau»
édifié en 1585 et dont la masse imposante ajoutait encore
à l'incroyable densité des bâtiments existant sur la
place Saint-Martin. Il est même vraisemblable, si nous retenons la
théorie de la forme en équerre du petit bâtiment, que
la branche latérale de cette équerre devait faire partiellement
écran devant le Neubau. Toujours est-il que les chroniqueurs nous
apprennent qu'une partie du petit bâtiment a été détruite
et qu'il s'agissait d'une partie saillante. Cette démolition terminée,
de profondes fondations furent creusées à l'arrière
du petit bâtiment ramené dans l'alignement du grand. Cette
nouvelle façade arrière fut ornée d'un pignon à
redents identique à celui de la façade avant et, comme celui-ci,
orné de peintures (18). Depuis ce
grand bouleversement l'aspect général ne changea plus guère
jusqu'en 1780 si l'on excepte quelques remaniements des fenêtres,
surtout celles de la façade principale.
III - La Pfalz, centre politique, commercial et judiciaire
1. La disposition intérieure: bureaux et salles de séances.
Si nous possédons une documentation suffisante permettant une
reconstitution assez fidèle de l'extérieur, en revanche l'aménagement
intérieur de la Pfalz nous est totalement inconnu faute de plan.
Une énumération même méthodique et minutieuse
des salles de séances ne peut en aucun cas aboutir à l'élaboration
d'un plan d'ensemble précis. L'énumération la plus
ancienne nous est donnée par les «Fragments de diverses vieilles
chroniques» qui relatent ce qui suit (19)
: «Au premier étage il y avait:
1) la chambre des XIII décorée en 1562 lorsque l'empereur
Ferdinand arriva à Strasbourg le 18 décembre. On y érigea
le trône impérial avec un dais richement drapé en soie
jaune, brodée avec l'aigle impérial.
2) La chambre des XV était décorée des armoiries
de tous les Ammeister depuis 1332; elles étaient peintes sur parchemin
avec les noms et les dates. Un grand vitrail peint représentait
l'élection de l'Ammeister Brackenhoffer en 1636. Au-dessus de la
place où siégeait l'Ammeister, étaient représentées,
dans un grand vitrail les armoiries de la ville soutenues par deux figures
de femmes. En face, au-dessus de la porte brillait en caractères
d'or sur un écusson bleu cette inscription: «Audiatur et altera
pars»; des emblèmes de la justice, un tableau représentant
le dernier jugement, des vitraux portant les armes d'Ammeister.
3) La salle du Grand Conseil.
4) La salle du Petit Conseil dévastée par un incendie
en 1548. »
Tout ce que l'on peut déduire de ces indications c'est que le
chroniqueur a commencé son énumération par le grand
bâtiment qui comprenait donc la chambre des XIII (affaires militaires
et étrangères), des XV (finances, travaux publics, corporations)
et la salle du Grand Conseil. Le petit bâtiment n'abritait que la
salle du Petit Sénat. Les XIII furent transportés, probablement
après 1566 à la Chancellerie qui fut considérablement
agrandie à cette date, et où une salle leur fut réservée.
Ces renseignements par trop succincts sont heureusement étayés
par une autre description, celle de Johann Friedrich von Uffenbach de Francfort,
venu visiter Strasbourg en 1713 et qui nous a laissé son carnet
de voyage (20). Accompagné du greffier
de police, il visite d'abord le Neubau et la Chancellerie puis il pénètre
dans la Pfalz par l'escalier des Mullenheim, donc par le petit bâtiment
et fait la description suivante : «... La salle du Petit Sénat
ne présente rien de remarquable. Juste à côté
se trouvait la salle de réunion des XV qui était la plus
remarquable de toutes. Elle avait une ancienne tapisserie mais elle était
décorée avec de très belles peintures. Il y avait
tout particulièrement une nature morte que Sébastien Stoskopf
peignit en 1642, d'une façon si artistique, belle et consciencieuse,
que je n'en ai jamais vu de pareille. C'est pour cette raison qu'on a fait
faire pour cette peinture une plaque de verre et un très grand cadre
artistiquement doré et orné de nombreuses armoiries. À
côté de ce tableau se trouvaient trois autres vieilles peintures
mais de moins bonne qualité, une scène de tribunal romain,
dans l'un des coins un arbre généalogique avec de nombreuses
armoiries des membres des XV, et, à côté, une autre
belle peinture représentant la passion du Christ, que l'obscurité
empêchait de voir correctement. De l'autre côté une
représentation de la ville avec en dessous, le jugement de Salomon.
De là nous allâmes dans la salle où le Grand Sénat
se réunit, où il n'y avait rien de spécial à
voir en dehors d'une représentation de la ville et de la cathédrale
sur parchemin.» Comme on le voit, le visiteur ne fait pas mention
de la salle de séances des XIII et il insiste tout particulièrement
sur la salle des XV. Le tableau de Sébastien Stoskopf qu'il nous
décrit avec tant d'admiration fut offert par le peintre aux XV pour
s'attirer leurs bonnes grâces et leur soutien. En effet, l'artiste
qui, à son arrivée à Strasbourg fut automatiquement
inscrit à la tribu de l'Echasse, refusa d'exécuter le chef-d'oeuvre
exigé par celle-ci pour lui accorder la maîtrise. Grâce
à l'appui des XV, Stoskopf en fut dispensé et, reconnaissant,
offrit au Magistrat d'autres natures mortes qui furent exposées
à la Pfalz. L'oeuvre dont il est question fut détruite le
21 juillet 1789 lors du pillage par les révolutionnaires du nouvel
Hôtel de Ville (21).
Une autre oeuvre d'art d'un genre très particulier ornait la
salle des XIII: il s'agissait d'une fresque où une quarantaine de
petits enfants nus jouaient avec des animaux ou des outils divers. Chaque
groupe était accompagné d'un poème de Sébastien
Brant (22).
Tel était donc le cadre dans lequel le Magistrat présidait
aux destinées de Strasbourg. Ainsi en 1713 encore, la vieille Pfalz
remplissait son office, malgré la concurrence du Neubau plus vaste
et plus moderne. En fait, il semble bien que le transfert des organismes
gouvernementaux de la Ville au Neubau se soit fait très progressivement
et sans idée directrice évidente. C'est ainsi que Winckelmann
(23)
soutient que l'affectation du Neubau n'était pas encore fixée
alors que la construction battait déjà son plein. Le souci
majeur du Magistrat n'était pas en effet de remplacer la Pfalz,
mais de donner à la place que bordaient des bâtiments si prestigieux,
un aspect plus noble grâce à un autre édifice majestueux...
Depuis la démolition de l'église Saint-Martin en 1529, de
nombreuses plaintes avaient afflué concernant l'aspect rébarbatif
du côté gauche de la place bordée par un débit
d'hydromel (Methaus) et des «Schlosserhäuser» si délabrés
qu'on en vint à craindre leur écroulement. Mais ce n'est
qu'en 1579 que le Magistrat se pencha sérieusement sur le problème
de l'embelllissement de la place. Il est intéressant de noter que
durant tout le temps de sa construction et même après son
achèvement, on ne parle jamais de la construction d'un «nouvel
Hôtel de Ville» mais du «Neubau de la place Saint-Martin».
Ce n'est que le 6 mai 1588 qu'on décida d'y aménager une
salle pour le Grand Sénat et il est probable que ce choix fut déterminé
par la visite d'une délégation zurichoise le 13 mai 1588.
Les Zurichois y furent reçus en grande pompe. Le 7 mai de la même
année avait eu lieu la première réunion du Grand Sénat
(24).
2) Un centre commercial: marchés et boutiques
Si les étages de la Pfalz étaient voués aux activités
politiques, en revanche au rez-de-chaussée triomphaient les activités
commerciales. Toutes les arcades, tous les seuils de portes, les emplacements
sous les escaliers étaient loués par la Ville à des
commerçants aux activités variées (25).
Les étalages des imprimeurs - libraires voisinaient avec ceux des
enlumineurs d'images, des sculpteurs de statuettes en bois, des marchands
de drap, des bouchers et des boulangers. Les bouchers furent obligés
de quitter les lieux en 1570 pour la Grande Boucherie qui venait d'être
construite (26). Quant aux boulangers, ils
se singularisaient en y vendant, en, plus de leur pain, la viande des porcs
qu'ils étaient autorisés à élever (27).
Cette corporation donnait par ailleurs bien du tracas au Magistrat qui
était assailli par eux de récriminations de toutes sortes,
tant au sujet des emplacements réservés pour la vente et
l'entrepôt (28), qu'au refus de payer
le loyer pour les boutiques qu'ils occupaient (29).
Les multiples activités de ce commerce de détail subsistèrent
jusqu'en 1779, année où le Magistrat décida de dénoncer
les contrats de bail des boutiques sises sous et contre la Pfalz (30).
Mais, l'activité commerciale ne se limitait pas au bâtiment
même de la Pfalz. C'est ainsi que la place Saint-Martin fut, très
tôt, le centre de marchés particulièrement animés.
Cette place qui deviendra plus tard la place du Marché-aux-Herbes
avant de devenir place Gutenberg, recevait quotidiennement, en effet, les
éventaires des maraîchers sur la place proprement dite, et
ceux des poissonniers en bordure de la place sur des banquettes de pierre.
L'installation des maraîchers sur cette place n'était probablement.
pas prévue, puisqu'en 1589 le Magistrat interdit aux jardiniers
et paysans de tenir marché sur la place, comme ils en avaient quotidiennement
pris l'habitude. Ils devaient transporter leurs éventaires près
du poêle de la corporation de la Mauresse (31).
Cette interdiction n'est sans doute pas sans rapport avec les grands travaux
entrepris à la Pfalz cette année-là et avec un certain
souci d'hygiène, car la décomposition des déchets
végétaux devait empester la place. À ce sujet, le
chroniqueur J. Trausch nous apprend que le 28 janvier 1666, des femmes
ont balayé la place Saint-Martin «pour la première
fois» pour éviter que l'affreuse odeur n'apportât des
maladies en ville (32). Cette interdiction
ne fut que temporaire puisque la ville entérina l'état de
fait en dressant un plan de répartition des emplacements et en les
louant. La place elle-même changea de dénomination et devint
la place du Marché-aux-Herbes. Au XVIII° siècle, la ville
interdit aux jardiniers de vendre leurs produits ailleurs qu'à la
place Saint-Martin, au marché Gayot et au Vieux marché aux
Vins. On peut donc aisément imaginer l'activité qui régnait
aux environs immédiats de la Pfalz, la foule bigarrée des
clients se mêlant aux badauds qui cherchaient, les jours de solennité,
à apercevoir les membres du Magistrat en grande tenue, sans compter
tous ceux qui étaient attirés par les exécutions publiques
pratiquées sur la place située entre la Pfalz et la Monnaie.
3) Justice et châtiment
C'est en effet du haut de l'escalier des Zorn que tombaient les sentences
prononcées par le Magistrat. C'est ainsi que le 3 mars 1582, trois
femmes, probablement des infanticides, ont été conduites
à neuf heures à la Pfalz. Du haut de l'escalier on leur lut
l'acte d'accusation, puis elles furent conduites à la Schindbrücke
(Pont du Corbeau) d'où elles furent précipitées à
l'eau (33). En général, aucune
exécution capitale n'avait lieu à l'ombre de la Pfalz. Silbermann
signale cependant que d'horribles mutilations s'y opéraient. Les
criminels de moindre envergure étaient simplement exposés
soit sur le «Lasterstein» (pierre d'infamie), soit au «Halsîse»
(34).
Le «Lasterstein» se trouvait à droite de la façade
principale du petit Hôtel de la Monnaie où il demeura jusqu'en
1738, date de la démolition de celui-ci. Il fut alors transféré
devant la Pfalz à l'emplacement des «Halsîse»,
colliers de fer fixés au mur par une chaîne et qu'on passait
au cou du contrevenant. C'est aussi à cet endroit que le bourreau
de la Ville administrait les verges à des condamnés immobilisés
par un carcan de bois. Le goût des populations pour de semblables
spectacles semble avoir été très vif, puisque les
XIII constatent que les jours de marché coïncidant avec les
jours d'exécution, toute circulation dans l'axe Place d'Armes (Kléber)
- Pont du Corbeau était impossible; c'est d'ailleurs la raison pour
laquelle l'hôtel de la monnaie a été sacrifié
en 1738. C'est donc au détestable goût du sang de nos ancêtres
que nous devons de déplorer la disparition du ravissant Hôtel
de la Monnaie, comme ce sera, 42 ans plus tard, leur modernisme mal compris
qui amènera la destruction de la Pfalz.
Le XVIII° siècle, en effet, avec ses aspirations architecturales
nouvelles, va sonner le glas du prestigieux édifice dont la démolition
fut précédée - funeste présage - en 1738, par
celle de l'admirable Monnaie ornée de ses automates. Victime des
plans d'alignement de l'architecte Blondel qui désirait obtenir
une place plus vaste et plus géométriquement disposée,
la Pfalz était condamnée dès 1764 (35).
En guise d'oraison funèbre, Blondel écrit au Magistrat: «D'ailleurs
il (l'Hôtel de Ville) est mal distribué, peu solide, d'une
décoration gothique, sans proportion intérieure ni extérieure
et ne contient pas assez de terrain pour rassembler d'une manière
convenable toutes les pièces et les différents départements
utiles au Magistrat» (36). On voit
apparaître ici le souverain mépris de cet architecte héritier
des traditions classiques pour le Gothique. En 1766 déjà,
les plans d'un nouvel Hôtel de Ville sont prêts (37).
Cependant, si le transfert des rouages politiques et administratifs de
Strasbourg ne posait que peu de problèmes, le Neubau ayant pris,
ainsi que nous l'avons vu, progressivement la relève de la Pfalz
en ce domaine, en revanche le problème posé par le transfert
des archives qui se trouvaient dans le «Gewölb» du vieil
Hôtel de Ville, fit retarder la démolition jusqu'à
la foire de la Saint-Jean de l'année 1780 (38),
pour laquelle on espérait installer quelques éventaires sur
son emplacement (39). Pour entreposer ces
archives, on ne pouvait plus guère compter sur le bâtiment
de la Chancellerie, incendiée en 1686 et dont il ne subsistait plus
qu'un niveau en 1780. Il fallait donc trouver de la place au Neubau.
La Pfalz tomba finalement sous les pics des démolisseurs dans
les derniers mois de 1780. Certains éléments furent récupérés
et partiellement réemployés, le reste servit à niveler
son emplacement. Seule une communication sèche et laconique d'un
Directeur des Bâtiments indiquant, le 20 mars 1781, le prix de revient
du nivellement de «l'ancienne» Pfalz (40)
consacre la disparition de ce qui fut pendant plus de quatre siècles
le cerveau de la ville Libre Impériale puis Royale de Strasbourg.
La disparition de la Pfalz ne semble avoir soulevé que peu d'émotion
au sein du Magistrat épris de modernisme, ou parmi la population
indifférente. Il ne nous reste qu'à regretter que des considérations
urbanistiques qui n'ont d'ailleurs jamais été concrétisées
sur le terrain, nous aient privés de cet authentique joyau du gothique
civil, unique en Alsace et dont la perte fut irrémédiable.
Puissent les générations actuelles se persuader enfin que
pour résoudre les problèmes de logement, de circulation ou
de stationnement, la plus mauvaise solution consiste toujours à
s'attaquer au legs architectural et artistique des générations
passées.
Roland Oberlé, Annuaire de la Société des
Amis du Vieux Strasbourg, (1971)
NOTES
(1) Voir:
- Code historique et diplomatique Strasbourg 1843 T I
- Hermann: Notices historiques sur la ville de Strasbourg,
Strasbourg 1817, T I, p. 120.
- Seyboth Strasbourg historique et pittoresque,
Strasbourg 1894, p. 531.
(2) Voir: Koenigshoffen Chronik Edition
Schilter, 1898, p. 284, 53.
- Specklin Collectannées Strasbg., 1890, p. 190-191.
(3) Voir: Koenigshoffen Chronick, p.
284, 53.
Specklin Collectanées n° 1261. i
(4) Victor Hegel: Erinnerungswege durch
Alt-Strassburg: Strasbourg 1938. «En 1253, Saint-Martin fut reconstruit
et entouré d'un cimetière. Sur ce cimetière le curé
Ott fit ériger une chapelle en 1266. Le grand incendie de 1288 l'épargna.
De 1375 à 1381 une. nouvelle église à deux tours fit
pendant à la Pfalz.»
(5) A.M.S. série II 104a N°
6 : «Gebuwe der Stuben uf der Kapellen an der Pfaltz...»
(6) Voir V. Hegel : 1375-1381, Fragments
de diverses vieilles chroniques p. 130 N° 4.200 :1372.
(7) Annales de Sébastien Brant,
Strasbourg 1892, p. 263, n° 3532.
(8) Idem : «Après sa démolition
on a loué la chapelle dans le chemin de croix.»
(9) J. Hatt. Une ville du XV° Siècle
: Strasbourg, Strasbourg 1929, p. 75.
(10) Piton «Strasbourg illustré»,
Strasbourg 1855, Tome I, p. 155. I
(11) Voir Note N° 5.
(12) S. Büheler, Chronique Strasbourgeoise,
Strasbourg 1887, N° 575, p. 145. «Auch in diesem Jahr 1690, da
hat man die kleine Rathstube zum theil hinweg gebrochen, namlich den üsstoss
so daran gewesen und herab bis auf den Boden und das Fundament gar tief
ersucht...»
(13) Urkunden und Akten der Stadt
Strassburg, Strasbourg 1889, T 6:
- p. 407, Février 1383 : «Item auch haben
sy sunderlich ir cleine pfaltze stuben dorinne sy rihent über das
Plut gepauet auf Sant Martins capellen darunter man alle tage messe sprichet
daz ouch wider der stift ere und fryheit ist.»
- p. 590, 4 décembre 1395 : «...dass der
Rat die städtische Pfalz (Pfalzstuben) über einer «Kapelle
aufgebaut und die städtischen Magistraten wider seinen (des Bischofs)
Willen eingesetzt habe ».
N.B. : l'orthographe des textes originaux a été
conservée.
Le conflit entre l'évéché et le
Magistrat au sujet de cette chapelle prend fin en 1422 avec la renonciation
de l'évêque à sa propriété.
(14) J. Wencker, Chronique Strasbourgeoise,
Strasbourg 1892, N° 3333, p. 222. «Item, den dritten Gebel an
der Pfalzen soll man zurüsten und ouch üsstrichen, und soli man
S. Christoph wider molen an das Ort by dem halsissen. Plura von der Pfalzen
seübern und bessern. Wappen in der XVer Stub machen.»
(15) Fritsch: die Strassburger Chronik
des Johannes Stedel, Strasbourg 1934, p. 120 : «Hat die kleine Rathstube
schädlig gebrannt.»
(16) Wencker op. cit., N° 3622
: «Die Thürnlin an der Pfalzen hinweg zu brechen dass es nit
so kirchlisch sey. Erkannt die Bauherren und IIIer sollen gewalt haben,
kan mans hinweg thun, soll mans thun. »
(17) Strassburg und seine Bauten,
Strassburg 1894, p. 258 «Der Rath überliess die Entscheidung
über diesen thörichten vermuthlich von der übereifrigen,
protestantischen Geistlichkeit inspirirten Antrag den Bauherren.»
(18) Büheler, op. cit. N°
575 «Also hat man wieder aus dem Grund heraus und dem andern Gebel
gleich aufgebauen dem Fischmarkt zu, und denselbigen Gebel auch molen lassen.»
(19) Fragments de diverses vieilles
chroniques, Strasbourg 1901, p. 208 N° 4320.
(20) Das Strassburger Tagebuch des
Johann Friedrich von Uffenbaeh aus Frankfurt (1712-1714) dans: Elsass-Lothringisches
Jahrbuch, tome I 1922, p. 82. (La traduction ci-dessus n'est ni systématique,
ni littérale).
(21) Hans Haug: la peinture de Sébastien
Stoskopf dans la chambre des XV, dans «Trois siècles d'art
alsacien», Strasbourg 1948, p. 34 et 64. Hautemer Description historique
et topographique de la Ville de Strasbourg. Strasbourg 1785, p. 105-108,
cf. Exemplaire annoté par J. Hermann (Cabinet des Estampes, Strasbourg).
(22) D. Sebastiani Brant's Freiheitstafel
in der XIIIer Stuben zu Strassburg, dans : «Das Narrenschiff»,
édition présentée par Walther Strobel, Leipzig 1839.
(23) cf. «Zeitschrift für
die Geschichte des Oberrheins», 1893, T 8, p. 581. «Die Erbauer
des alten Strassburger Rathauses».
(24) Wencker, op. cit., N° 3112.
(25) A.M.S. VI 383 N° 2.
(26) «Fragments de diverses
vieilles chroniques», p. 208 N° 4320.
(27) Strassburger Zunft und Polizei
Verordnung des 14. und 15. Jahrhunderts de J. Brucker, Strassburg 1889,
p. 100 : «Wie die Baecker ihre Schweine unter der Pfalz verkaufen
sollen». Cf. Charte du 12. 9. 1412.
(28) A.M.S. III, 11-(17).
(29) A.M.S. III, 75-(28).
(30) Bauherren 1778-1779, p. 217a.
(31) Büheler op. cit. N°
573.
(32) Jacques Trausch, Chronique Strasbourg
189, p. 52, N° 2757 «Den 28. Januar haben die Weiber S. Martinsplatz
vor dem Rathaus zum ersten mal sauber gefigt, damit der üble Geruch
keine krankheit in der Stadt versachen möchte. »
(33) Silbermann «Localgeschichte
der Stadt Strassburg», Strassburg 1775.
(34) Idem. p. 117.
(35) A.M.S. VI 588 : Strasbourg en
X Cantons.
(36) A.M.S. AA 2087 (10-13) Précis
des réflexions préliminaires faites par M. Blondel Architecte
du Roi.
(37) A.M.S. VI 585, 3.
(38) Bauherren, 1780-1781, p. 83a
et AMS VI 582, 14. Lettre du 11 Mai 1780.
(39) A.M.S. VI 581, 14.
(40) Bauherren 1780-1781, p. 204a.
M, Ponsing, des Archives Municipales de Strasbourg, m'a été
d'une aide plus que précieuse pour ce travail. Qu'il veuille trouver
ici l'expression de toute ma gratitude.
Histoire du Neubau de Strasbourg
Le Neubau de Strasbourg, un véritable prototype immobilier
Le Neubau est en effet, pour ses «promoteurs», le
Magistrat
de Strasbourg, et pour ses architectes, une initiative audacieuse.
L'originalité de ce bâtiment réside dans son architecture
classique de la Renaissance qui tranchait avec l'architecture locale à
colombage et ceci jusqu'au XVII° siècle.
Au XV° siècle, l'Alsace montre peu d'enthousiasme pour la
welsche
manier, donc pour une architecture structurée par des motifs
antiques. Il s'agit là d'une exception pour l'époque. D'où
tous les débats autour de sa construction.
Peut-être, à Strasbourg, se méfie-t-on de trop
d'ostentations? En 1498, du haut de sa
chaire de la Cathédrale,
Geiler
von Kaisersberg avait d'ailleurs critiqué sévèrement
le luxe apparent de certaines demeures bourgeoises. Le prédicateur
trouvait que beaucoup ne construisaient pas seulement pour leur besoin
mais uniquement pour leur gloire.
Aussi, faut-il du courage au Magistrat, le pouvoir exécutif
de la République de Strasbourg, pour décider de la construction
de cet hôtel à la fois spectaculaire et onéreux, avec
des façades toutes réalisées en pierre de taille et
avec un ordonnancement «antiquisant».
À la fin du XVI° siècle, il fallait se rendre à
Bâle ou à Heidelberg pour trouver une architecture aussi révolutionnaire.
Le Neubau sera ainsi le premier édifice strasbourgeois construit
en pierre de taille.
À l'instar de tous les prototypes, il véhiculera à
la fois les ambitions architecturales et urbaines des membres du Magistrat
mais sera aussi le témoin des indécisions de ce même
Magistrat.
Le Neubau sera ainsi édifié à la rencontre des
deux principales artères de la cité médiévale:
d'une part, l'axe du commerce, qui part de l'Ancienne Douane: le port de
Strasbourg au Moyen-Âge, passe par la place du Marché aux
Poissons également dénommée place Saint-Martin. D'autre
part, l'axe principal de la ville, la Grand-Rue, qui débouche presque
à ses pieds, sur l'une des entrées de l'antique Argentorate,
la rue des Hallebardes.
Pour comprendre la richesse de ce bâtiment, il faut s'intéresser à son environnement immédiat
C'est donc à la croisée de ces artères, après
que le pouvoir épiscopal ait été évincé,
en 1262, que s'établira le centre politique de la République
de Strasbourg.
Au nord de l'actuelle place Gutenberg, on trouve l'Hôtel de
la Monnaie achevé en 1507, et la
Pfalz, l'Hôtel
de Ville, qui date de 1321, et derrière elle la Chancellerie.
Trois bâtiments qui ont en commun leur style architectural et
notamment leurs pignons à redents. Ces trois édifices, dont
les gravures nous prouvent qu'ils étaient à la fois imposants
et majestueux, seront les victimes de l'urbanisme pré-révolutionnaire
du XVIII° siècle. Enfin, on trouve l'église Saint-Martin
et le ... cimetière du même nom.
C'est, en partie, à la disparition de l'église Saint-Martin
que le Neubau devra sa construction... En effet, cet édifice religieux
particulièrement riche pour son architecture gothique et les oeuvres
d'art qui y étaient exposées, sera victime, entre 1524 et
1525, de la Réforme et entièrement saccagé.
Pendant plus de 50 ans, nous sommes toujours au XVI° siècle,
le Magistrat hésitera sur la vocation de cet espace sur lequel se
trouvent les ruines de l'ancienne église. Il est vrai que la Municipalité
de Strasbourg est fortement sollicitée pour participer financièrement
à la vie et aux efforts de guerre de l'Empire.
En 1555, la signature de la paix d'Ausbourg voit le début d'une
période de stabilité politique et économique. Le débat
sur la vocation de cet espace est dès lors relancé au sein
du Magistrat où une majorité de ses membres se prononce pour
la réalisation d'un édifice de prestige.
Mais, vous l'imaginez aisément, la perspective d'un coût
élevé suscite de vives discussions ... d'autant que son affectation
définitive tardera à être précisée...
Véritable mécène de cette opération immobilière,
le Magistrat s'ouvre pour la première fois aux spéculations
artistiques nouvelles, soutenues d'ailleurs par une grande partie de la
bourgeoisie strasbourgeoise. Strasbourg se dotera ainsi, racontent les
historiens, d'un édifice «à l'aspect unique à
cette époque dans les pays de l'Empire germanique».
En fait, à la fois prototype et chef d'oeuvre, le Neubau introduit,
à Strasbourg, l'art nouveau de la renaissance italienne.
Une histoire à rebondissement
De 1582 à 1585, la construction du Neubau est une véritable
histoire à rebondissement. Le chantier prend un certain retard,
il faut près de deux ans pour que le rez-de-chaussée soit
achevé. D'autre part, la destination finale du bâtiment n'est
toujours pas connue: en 1584, on projette de ne pas construire le deuxième
étage, d'autant plus que certains vices de construction apparaissent
déjà. L'année suivante, en 1585, le Neubau est enfin
terminé.
Son rez-de-chaussée devient une véritable galerie commerciale
qui accueille boutiquiers et artisans et ceci jusqu'à la Révolution.
L'affectation définitive des salles des premier et deuxième
étages ne sera finalement décidée qu'en 1588 à
la suite de l'accueil d'une délégation zurichoise.
De fait, le Neubau sera, jusqu'en 1779, le «palais des congrès
de Strasbourg», lieu d'échanges entre les corporations et
les pouvoirs politiques ou judiciaires, lieu d'accueil des marchands habitués
des foires hanséatiques et rhénanes. Nous reviendrons dans
quelques instants sur l'histoire parfois tragique du Neubau. Auparavant,
essayez d'imaginer le bâtiment tel qu'il était à la
fin du XVI° siècle.
Roland Recht, dans son «Histoire de Strasbourg», précise
qu'il s'agit d'une «construction fort remarquable. Sa façade
présente une ordonnance monumentale où sont superposés
les trois ordres -toscan, ionique et corinthien- tandis que le rez-de-chaussée
est vouté sur croisées d'ogives». L'accès aux
étages du bâtiment se fait par un pont en pierres enjambant
l'actuelle rue des Serruriers depuis la Chancellerie qui sera démolie
en 1793 ou par un escalier à vis dans l'angle nord de la cour intérieure.
II sera démoli en 1889 et remplacé par deux escaliers intérieurs
que l'on peut emprunter aujourd'hui. Mais c'est surtout son aspect extérieur
qui confère au Neubau cet aspect majestueux...
Outre des sculptures sur le portail, le bâtiment est à
l'instar de tous les édifices municipaux de la place, peint à
la fresque. L'un des motifs de cette fresque a d'ailleurs été
reconstitué pour le 400° anniversaire de ce bâtiment,
en 1985. Jusqu'à la Révolution, ces fresques qui représentent
des allégories plus ou moins bibliques, conféreront un aspect
coloré au Neubau que l'on peut encore voir sur la Maison Kammerzell
ou sur l'horloge astronomique de la Cathédrale ou bien encore dans
certaines cités suisses.
Imposant, majestueux, inédit, le Neubau est vraisemblablement
le fruit d'un seul architecte, Hans Schoch, qui marqua, à Heidelberg,
à Strasbourg et dans plusieurs cités de l'Empire, son époque
grâce à son inspiration antiquisante ... Cependant, il est
difficile de savoir, aujourd'hui encore, si Hans Schoch fut le seul architecte
de ce bâtiment: on sait simplement que dès 1583, son oeuvre
fut critiquée notamment par une partie du Magistrat qui voyait en
lui un «papiste» et dans le style architectural qu'il prônait,
des formes et des reliefs que les protestants orthodoxes assimilaient ...
au catholicisme.
Après les tensions religieuses, les affrontements politiques!
Pendant deux siècles, le bâtiment servira d'annexe à
l'ancien Hôtel de Ville voisin. Ce n'est qu'après la démolition
de celui-ci, en 1781, que le Neubau prendra officiellement le nom et la
fonction d'Hôtel de Ville.
Mais le 20 juillet 1789, les strasbourgeois apprennent la prise de
la Bastille, se massent devant le Neubau, réclament la suppression
de l'octroi et de
l'accise
sur la viande et le pain, en lançant
de nombreuses pierres sur le bâtiment où se trouve réuni
le Magistrat, qui finalement accepte la revendication. Le lendemain, le
bruit court que le Magistrat serait revenu sur sa décision. La foule
saccage entièrement le Neubau. Le Magistrat quitte alors l'édifice
qui est, quelques années plus tard loué et vendu, en 1795,
à des particuliers.
La Révolution abolit les corporations et à Strasbourg,
le Corps des Marchands. Toutefois le vide institutionnel créé
par cette disparition ne tarde pas à se faire sentir, aussi la municipalité
autorise-t-elle, dès 1790, la constitution d'un «Comité
du Commerce», destiné à étudier la création
d'une Chambre de Commerce. Mais il faudra attendre plus de dix ans pour
que l'arrêt consulaire du 3 nivôse an XI (1802) crée
les Chambres de Commerce dans 22 villes françaises dont Strasbourg.
La seule ressource financière de la jeune Chambre de Commerce est,
à ce moment, l'entrepôt municipal implanté sur les
berges de l'Ill la «Douane». «L'Empire», écrit
Christian Lamboley, «donne à Strasbourg, un rôle de
plaque tournante à dimension européenne, même si ce
n'est que pour une courte période».
À partir de 1806, l'Alsace connaît un fort développement
économique, le blocus continental fait de Strasbourg le premier
port fluvial européen et la capitale commerciale du vin. Le bâtiment
sera acquis, en 1808, par l'Institution et portera dès lors le nom
de Chambre de Commerce. Cette situation de prospérité connaîtra
un coup d'arrêt d'abord en 1812 puis en 1814.
Avec la chute de l'Empire, le Rhin redevient frontière. La Chambre
de Commerce dont les revenus dépendent du commerce et de la navigation
pâtit de l'Union douanière allemande.
Outre la Chambre de Commerce, le Neubau abrite la Bourse de Commerce,
le Cercle du Commerce, véritable association professionnelle des
commerçants strasbourgeois et le Tribunal de Commerce. Avec peine,
en raison des difficultés économiques de la Restauration,
la Chambre de Commerce termine de rembourser l'achat de l'hôtel.
Le Second Empire voit un net redressement de la situation économique
dû notamment à la réalisation du chemin de fer Paris-Strasbourg,
en 1852. Le 11 mars 1868, la Chambre est autorisée par un décret
impérial à souscrire un emprunt qui permet d'adjoindre au
bâtiment une aile supplémentaire au Neubau.
1870, 1918, 1945, le Neubau échappera aux bombardements que connaît,
pendant ces trois conflits, Strasbourg, à l'exception des dégâts
occasionnés sur la façade par une bombe en août 1944.
Bâtiment de prestige, lieu d'âpres discussions, espace
en perpétuelle évolution, le Neubau n'est pas devenu un simple
monument historique. Ses nombreuses transformations, ses remises en cause
architecturales, les vicissitudes de l'histoire en ont finalement fait
un espace de rencontres et d'idées. Depuis les représentants
des corporations, qui tenaient tête au Magistrat, aux chefs d'entreprises,
élus de la Chambre de Commerce et d'Industrie, le Neubau a toujours
abrité les indispensables débats nécessaires au développement
économique de Strasbourg et de sa région. Imprégnés
de ces sédiments de l'histoire, la Chambre de Commerce et d'Industrie
poursuit cette mission.
Plaquette éditée par la CCI Strasbourg
& Bas-Rhin, pour la Journée du Patrimoine, septembre 2002
L'hôtel de Klinglin
Au cours des premières décennies du XVIII° siècle,
après le rattachement de Strasbourg à la France, les environs
de la rue Brûlée ont vu s'élever quelques grands hôtels
de style Régence tardive commandités par l'aristocratie et
le haut clergé. L'actuel hôtel du préfet de région,
mis en valeur par un bras de l'Ill, en est l'un des fleurons.
François Joseph de Klinglin, préteur royal
Le commanditaire de l'hôtel, François Joseph de Klinglin
(1686-1753), exerçait la charge de préteur royal. Représentant
du roi à Strasbourg et chef du Magistrat, ce singulier personnage,
épris de grandeur, avait su s'attirer faveurs et protections pour
assouvir ses goûts fastueux en dilapidant sans vergogne les deniers
publics.
Les fêtes éclatantes qu'il organisa en l'honneur de la
visite à Strasbourg du roi Louis XV en 1744, commémorées
par le fameux recueil de gravures de Weis, resteront dans les annales comme
le point culminant de sa splendeur.
Grand bâtisseur -on ne lui connaît pas moins de quatre
demeures dans la région-, François Joseph se préoccupa
d'être installé dans un nouvel hôtel au goût du
jour et conforme au prestige lié à sa fonction, l'une des
plus hautes de la Province.
Dès 1730, avant même d'avoir obtenu à bas prix
le terrain du Mauerhof, ancien chantier municipal, il demande les
premiers projets à Le Chevalier associé à Jean Queret
du Bois, puis, après leur départ de Strasbourg, à
Joseph Massol, tous architectes dans la mouvance de Robert de Cotte, Premier
architecte du roi, alors attelé au prestigieux chantier palatial
du cardinal Armand-Gaston de Rohan-Soubise.
Mécontent du projet de Massol, Klinglin s'adresse à l'architecte
de la Ville, le franconien Jean-Pierre Pflug (1679-1748). Faute de connaître
les plans de ses prédécesseurs, on admet que Pflug s'en est
inspiré, sans qu'il soit possible de démêler leurs
apports respectifs. On suppose toutefois que Joseph Massol a été
chargé ultérieurement d'édifier le majestueux portail
d'entrée rue Brûlée. Dans le chantier de son hôtel
strasbourgeois (1731-1736), François Joseph de Klinglin va donner
libre cours à ses exactions; il recourt à la main-d'oeuvre
municipale pour la construction et réussit le tour de force de vendre
l'hôtel prétorial à la Ville qui en avait supporté
les frais, à charge pour elle d'y loger le préteur!
Ces malversations scandaleuses, demeurées trop longtemps impunies,
finirent par ruiner son crédit jusqu'auprès de ses protecteurs
de la veille, au nombre desquels figurait le ministre de la Guerre, Voyer
d'Argenson; une vérification générale des comptes
de la Ville, destinée à faire la lumière sur les agissements
du préteur royal, aboutit à son arrestation le 25 février
1752. Incarcéré à la Citadelle de Strasbourg, François
Joseph de Klinglin y meurt à peine un an plus tard, échappant
ainsi à l'opprobre du procès. Ses biens seront confisqués
et vendus, et l'on prétend que tous ses portraits furent détruits
après sa disgrâce.
L'hôtel de la Préfecture
Comme le nouveau préteur royal n'avait pas jugé opportun
de s'installer dans des lieux trop empreints de la personnalité
de son prédécesseur, l'hôtel prétorial échoit
à l'Intendant, Jacques Pineau de Lucé, et devient hôtel
de l'Intendance d'Alsace jusqu'à la Révolution. De cette
époque date l'aile dite de l'Intendance ajoutée par Massol
au sud de la cour d'honneur (1758), tandis que la démolition de
l'extrémité du Grenier d'Abondance de la Ville en 1767 permettait
l'extension des jardins à l'est.
À la suite des États Généraux, l'Assemblée
constituante supprime les institutions d'Ancien Régime; en 1790
elle crée les Départements, dotés chacun d'un Conseil
général. Celui du Bas-Rhin trouvera naturellement son siège
dans l'ancienne Intendance.
Mais avec la réorganisation administrative centralisatrice issue
de la Constitution de l'An VIII et la création, par Bonaparte, du
Corps préfectoral le 28 pluviôse an VIII (17 février
1800), l'hôtel de Klinglin tourne une page de son histoire pour s'affirmer
prioritairement comme résidence des préfets du département
du Bas-Rhin. Jean Charles Joseph Laumond, nommé dès mars
1800, en inaugure la longue liste où se détache notamment
la personnalité d'Adrien de Lezay-Marnésia (1810-1814) auquel
on éleva une statue à proximité de l'hôtel en
mémoire de ses excellentes qualités d'administrateur et de
sa probité qui en font l'antithèse absolue d'un Klinglin.
Le nom du préfet Louis Sers, quant à lui, est associé
au développement des voies d'eau et de chemin de fer, tandis que
l'érudit Stanislas Migneret (1855) créa, en ces lieux mêmes,
la Société pour la Conservation des Monuments Historiques
d'Alsace.
Entre 1919 et 1939, puis de 1944 à nos jours, les préfets
du Bas-Rhin occupent à nouveau l'hôtel, avec des compétences
élargies à la région depuis 1964. La loi de décentralisation
de 1982, suivie de la construction d'un hôtel du Département
en 1990, a déterminé l'affectation exclusive de l'hôtel
aux services de l'État.
Le Statthalter-Palais, un «pied-à-terre impérial»
pour les Hohenzollern
Auparavant, la chute du Second Empire et l'annexion de l'Alsace-Lorraine
allaient infléchir les destinées de l'hôtel de Klinglin,
incendié le 20 septembre 1870 lors du siège de Strasbourg
par les Prussiens.
D'innombrables bâtiments publics ou privés, et plus particulièrement
la précieuse Bibliothèque du Temple Neuf, subirent le même
sort, traumatisant pour longtemps les Strasbourgeois. La volonté
d'effacer au plus tôt les traces des bombardements explique en partie
la fièvre bâtisseuse des nouveaux dirigeants du Reichsland.
Pour l'hôtel de Klinglin réduit à ses quatre murs,
décision fut prise d'intégrer sa reconstruction en bordure
du dispositif urbanistique de la Neue Stadt dont l'empereur Guillaume
I° de Hohenzollern entendait doter Strasbourg, promue au rang de capitale.
Sous la direction de deux Strasbourgeois, l'architecte de la Ville
Jean Geoffroy Conrath (1824-1892) et Edouard Roederer (1838-1899), l'hôtel,
démonté et reconstruit pierre par pierre, retrouve extérieurement
son aspect du XVIII° siècle, avec toutefois une toiture moins
élevée et un balcon central supplémentaire à
l'est.
Il a bénéficié d'une attention toute particulière,
Guillaume I° ayant formulé le souhait d'y disposer d'une résidence
personnelle lors de ses séjours à Strasbourg. L'ancien palais
épiscopal des Rohan lui paraissait certes plus digne de son rang,
mais la Ville s'était empressée d'y installer la Bibliothèque
en cours de reconstitution. On réserva donc une suite impériale
au premier étage de l'hôtel de Klinglin, l'étage noble
des palais baroques allemands, le reste de l'édifice étant
affecté à l'Oberpräsident Edouard von Moeller,
Président supérieur d'Alsace-Lorraine à partir de
1871.
Après le vote de la loi du 4 juillet 1879 qui transfère
le siège de l'administration centrale du Land de Berlin à
Strasbourg, l'hôtel de Klinglin devient la résidence des Statthalter,
gouverneurs désormais spécialement chargés de l'Alsace-Lorraine
et représentants de l'empereur. La plupart étaient issus
de la noblesse comme le prince Clovis de Hohenlohe-Schillingsfürst
ou son cousin, le prince Hermann de Hohenlohe-Langenbourg, oncle de l'impératrice
Augusta de Saxe-Weimar. La Suédoise Stéphanie Hamilton, épouse
très francophile du comte de Wedel, laissa le meilleur souvenir
à Strasbourg où elle souhaita même reposer après
sa mort.
Les travaux d'aménagement intérieur se prolongèrent
jusqu'en 1877, date de la première visite impériale à
Strasbourg; les membres de la suite de Guillaume I°, quant à
eux, logeaient à l'hôtel de Paris. Ces dispositions restèrent
en vigueur jusqu'à l'achèvement du palais impérial
-actuel palais du Rhin- inauguré par Guillaume II en 1889, soit
un an après la disparition de Guillaume I° et de son fils Frédéric
III. Mais on sait que ce bâtiment, conjugaison majeure de l'éclectisme
architectural ambiant et du manifeste politique, déplut unanimement
aux trois empereurs Hohenzollern qui lui préférèrent
souvent les ors baroques du «palais» du Statthalter.
Par la suite, l'hôtel n'a pas fait l'objet de modifications notables
si ce n'est, en 1941, après l'installation du Gauleiter national-socialiste
Robert Wagner, l'ajout d'une aile au nord de la cour d'honneur, en pendant
à celle de l'Intendance.
Un hôtel de la Régence strasbourgeoise
Dans la tradition de l'hôtel parisien entre cour et jardin, l'hôtel
de Klinglin, prolongé d'une courte terrasse surplombant un bras
de l'Ill, évoque aussi l'implantation du palais épiscopal
strasbourgeois des Rohan (1731-1742). La chapelle de ce même édifice
a peut-être inspiré la grande conque rocaille de l'imposant
portail d'entrée rue Brûlée pour lequel le sculpteur
Laurent Leprince réalisa deux lions en 1747, refaits à l'identique
vers 1950. À l'est du corps de logis, le parterre se déployait
jusqu'à l'eau avant d'être amputé par l'aménagement
du quai en 1808.
Sur la façade principale entièrement revêtue de
grès rose, les frontons cintrés des deux avant-corps latéraux
alternent avec un fronton triangulaire au centre: son cartouche, désormais
aveugle, devait présenter à l'origine les armoiries d'alliance
du préteur de Klinglin et de son épouse, née Séguin
de Hons.
Comparée à celle de l'austère hôtel de Hanau-Lichtenberg
dans la même rue (1731-1736), cette élévation révèle
un décor subtil où les ferronneries de Sigismond Falckenhauer
s'harmonisent aux motifs rocaille des allèges de fenêtres
et aux gracieux parapets festonnés et sommés de vases qui
alternent avec les lucarnes.
La confrontation de cette façade avec un dessin anonyme de l'hôtel
exécuté vers 1760 nous révèle une reconstruction
assez respectueuse du bâtiment. On regrette surtout la disparition,
dès le Second Empire, de deux bustes sur console d'une facture plus
débridée, oeuvre peut-être du sculpteur Jean Auguste
Nahl qui avait été au service du prêteur et du cardinal
de Rohan.
Plus confidentielle, la façade sur cour forme écrin par
la gracieuse incurvation de son plan, un unicum en Alsace; Klinglin
le courtisan devait avoir en tête certains modèles parisiens
comme l'hôtel Amelot de Gournay (1710) signé de Germain Boffrand,
ce propagateur d'un style rocaille bien propre à le séduire.
Répondant à l'arrondi de la cour d'honneur, les deux
ailes courbes enchâssent l'avant-corps central de grès rose
au fronton cintré, sculpté d'emblèmes; par analogie
avec le palais des Rohan, on peut avancer que le cartouche central portait
les armes de France aux trois fleurs de lys sommées de la couronne
royale.
Ici, les parapets festonnés de la toiture s'égaient encore
d'une alternance de vases et de putti personnifiant les quatre Saisons.
Ces inflexions d'un baroque germanisant liées aux origines de
l'architecte sont absentes des hôtels du Grand Doyen de La Tour d'Auvergne
(actuel archevêché), de celui du maréchal du Bourg,
beau-frère de Klinglin, et même de l'hôtel élevé
pour le comte Régnier III de Hanau, tous contemporains.
Le décor intérieur: un néo-rococo inspiré
Bien que les intérieurs aient brûlé, on a pu reconstituer
plus ou moins la distribution d'origine de l'hôtel grâce à
l'inventaire des biens du préteur établi en 1753. François-Joseph
de Klinglin logeait au rez-de-chaussée, son épouse à
l'étage desservi par un escalier latéral majestueux à
trois volées; des pièces de réception complétaient
chaque niveau.
On n'a conservé de ces dispositions que le volume du vestibule
d'entrée et l'escalier d'honneur, réduit à deux volées
et intégrant un garde-corps en ferronnerie réalisé
par Falckenhauer.
L'agencement a peu varié depuis 1877 la somptuosité de
certaines pièces d'apparat du premier étage rappelle leur
impérial destinataire, Guillaume I°. Personnellement impliqué
dans les aménagements, il avait préconisé pour ses
«appartements réservés» un style «rococo
amélioré», traduit par un décor néo-baroque
de plafonds et lambris stuqués à fonds blancs rehaussés
d'or, mais expurgé des extravagantes asymétries de la rocaille.
Ce style, en harmonie avec l'architecture de l'hôtel, et d'ailleurs
inspiré de certains intérieurs aristocratiques strasbourgeois
du XVIII° siècle, n'était pas sans évoquer aussi
l'âge d'or du règne de Frédéric II le Grand,
l'une des figures emblématiques de la dynastie prussienne.
Précédée d'un vestibule d'honneur, la suite impériale
se composait d'un grand salon d'apparat et d'une salle à manger
complétés au sud d'un cabinet de travail, de chambres et
de commodités. L'appartement du Statthalter, plus modeste,
occupait le reste de l'étage au nord.
Antichambre axiale, salon d'audience (bureau du préfet) et billard
se partageaient l'enfilade du rez-de chaussée sur jardin avec l'immense
salle des Fêtes (salle Louise Weiss). Cette pièce, où
se sont longtemps tenues les séances plénières du
Conseil Général du Bas-Rhin, est encore rehaussée
d'une tribune d'orchestre aux balcons galbés, rutilants de dorures
et de ferronneries.
Au sud, deux portraits en pied -le couple impérial?- encadraient
la cheminée; ces tableaux ont été remplacés
par des portes lors de l'adjonction d'une salle à manger, projetée
par l'architecte Maximilian Metzenthin en 1894 (salle Gustave Doré);
sur ses lambris de chêne, des armoiries sculptées honorent
la Maison de Saxe et le prince royal de Prusse, Frédéric
III.
Malgré les hautes fonctions de ses occupants, le Statthalterpalast
se voulait hôtel résidentiel et non manifeste politique comme
le sera le palais impérial: en témoignent les nombreux dessus
de portes peints de putti, de vases de fleurs ou de natures mortes, les
paysages romantiques, les personnages mythologiques en médaillon,
et jusqu'à deux châteaux forts haut-rhinois bien identifiables,
un thème récurrent, également développé
dans les deux Ministères de la Kaiserplatz (place de la République).
Mais dans l'un des salons impériaux, quatre vues pittoresques
du «Vieux Strasbourg» sont peut-être là pour signifier
discrètement que le bombardement de la ville en 1870 était
loin d'en avoir détruit tout le patrimoine architectural et que
la capitale du Reichsland avait désormais partie liée avec
le II° Reich allemand.
On connaît le détail du mobilier vendu aux enchères
après le décès du préteur: certaines pièces
n'auraient pas déparé les somptueux appartements du cardinal
de Rohan qui compta d'ailleurs au nombre des acquéreurs, ainsi que
la Ville de Strasbourg, soucieuse d'éviter une dispersion totale.
Après la reconstruction du palais, supervisée par l'Office
du Maréchal de la Cour à Berlin, Guillaume I° l'aménagea
en prélevant près de trois cents meubles au château
des Rohan de Saverne, à quoi s'ajoutèrent des éléments
mobiliers et décoratifs provenant du pavillon d'honneur des princes
allemands à l'Exposition Universelle de Vienne, en 1873.
Une série d'impressionnants lustres en bronze de cette époque
voisine encore avec l'ameublement actuel, issu des collections du Mobilier
National, ancien Garde-Meuble de la Couronne, chargé de décorer
les grandes résidences publiques.
À leur manière, ces traces d'une histoire multiple illustrent
les mutations de l'ancienne folie prétoriale qui s'est durablement
imposée comme le siège officiel des plus hautes institutions
gouvernementales successives de l'Alsace depuis le milieu du XVIII°
siècle.
Plaquette réalisée à
l'initiative de Philippe Marland, Préfet de la Région
Alsace, Préfet du Bas-Rhin, août 2000
Hôtel GAYOT - de DEUX-PONTS
Résidence du gouverneur militaire de Strasbourg
Historique
L'Hôtel du Gouverneur est le dernier des grands hôtels
princiers construits à Strasbourg au XVIII° siècle dans
le style Régence. Il a son entrée rue Brûlée
et son jardin à la française sur la place Broglie. Ses promoteurs
en sont les deux frères Gayot dont l'aîné, François-Marie,
est Préteur royal c'est-à-dire représentant du roi
auprès du Magistrat de Strasbourg. L'hôtel est construit en
1754-1755 par le maître-maçon Georges Muller, vraisemblablement
sur les plans de l'architecte Joseph Massol.
En 1770, François-Marie Gayot, nommé intendant général
des armées du roi, quitte Strasbourg et s'établit à
Versailles. II vend son hôtel au duc Christian IV de Deux-Ponts,
qui l'achète pour ses deux neveux, Charles-Auguste et Maximilien-Joseph.
Le prince Maximilien-Joseph de Deux-Ponts,
comte palatin, est colonel-propriétaire du
régiment d'Alsace, au service de la France. En 1780, il a l'entière
propriété de l'hôtel de la rue Brûlée,
qu'il fait magnifiquement décorer. Le caractère aimable et
jovial du «prince Max» ainsi que sa connaissance approfondie
du dialecte alsacien lui valent une grande popularité parmi les
Strasbourgeois et les soldats. II quitte cependant la France du fait de
la Révolution et sera nommé roi de Bavière en 1806.
Son fils aîné, Louis (I°) Charles, grand-père du
célèbre Louis II de Bavière, est né dans cet
hôtel en 1786; il succèdera à Maximilien-Joseph sur
le trône en 1825.
Après l'émigration de la famille de Deux-Ponts, le séquestre
est mis sur l'hôtel en 1792. C'est à cette date que le général
de Beauharnais y séjourne, en qualité de commandant de l'Armée
du Rhin. Puis l'hôtel connaît des utilisations plus ou moins
heureuses: en 1794, il reçoit le nom officiel de Maison de l'Egalité
et abrite un estaminet (débit de boisson). Sous le Directoire (1795-1799),
un cirque, un théâtre d'automates et des baraques foraines
auraient été dressés dans la cour.
Sur intervention du général Moulin, l'hôtel devient
la résidence du gouverneur militaire de Strasbourg et ne cessera
de l'être de 1804 jusqu'à nos jours, excepté durant
les périodes d'annexion allemande. De 1872 à 1918, il est
occupé par le général commandant le XV° corps
d'armée allemand.
Description
Par ses proportions et la disposition de ses éléments
architecturaux (chaînage, pilastres, etc...), l'Hôtel Gayot
- de Deux-Ponts appartient au style Régence mais avec une nette
tendance au dépouillement, comme le montrent la sobriété
des lignes et l'absence quasi totale d'ornementations ou de sculptures
sur les façades.
Côté cour
L'entrée, avec un portail en demi-ellipse, est encadrée
par les ailes des communs à un étage, aux murs crépis
sur lesquels se détachent les encadrements des fenêtres en
grès des Vosges.
Le corps de logis central, à un étage sur rez-de-chaussée,
rejoint les communs par deux courtes ailes en retour. Un ressaut légèrement
saillant occupe l'axe de la façade en pierre de taille; trois portes-fenêtres
cintrées s'ouvrent au rez-de-chaussée avec des lignes de refend
(servant à accuser ou simuler le tracé des joints de maçonnerie).
Séparé par un bandeau de pierre, l'étage est également
percé de trois fenêtres en plein cintre, encadrées
par des pilastres et surmontées, au centre, d'une tête de
Minerve.
Intérieur
Le péristyle, autour duquel s'articule les deux ailes, abrite
un magnifique salon à l'italienne, très lumineux, conçu
sur deux niveaux, avec mezzanine. La superbe cage d'escalier sur colonnes,
aux belles rampes de ferronnerie, est attribuée à Pierre
Patte, ami des frères Gayot et architecte en titre du prince de
Deux-Ponts.
C'est vers 1785 que le peintre Joseph Melling achève la fresque
de la voûte du péristyle. Elle représente peut-être,
dans un style assez courant à cette époque, «l'apothéose
de Maximilien» accueilli par l'ensemble des dieux de l'Olympe.
Au rez-de-chaussée, à droite, les salons sont occupés
aujourd'hui par les bureaux du général gouverneur militaire
de Strasbourg. Cet officier général, en plus de ses fonctions
de commandant de la brigade du génie et de délégué
militaire départemental, est commandant d'armes de la garnison de
Strasbourg. Il coordonne les activités militaires et assure un lien
étroit entre les armées et les représentants de la
nation en Alsace.
Côté jardin
À l'exception des fenêtres latérales, la disposition
est la même que côté cour. Actuellement, il ne subsiste
que l'aile gauche. L'aile droite, endommagée lors de l'incendie
du théâtre de la Comédie en 1800, n'est pas réparée
et sera détruite dans le premier quart du XIX° siècle.
Des avant-corps peu saillants rythment l'ordonnancement de la façade
de l'aile gauche. Un balcon avec rambarde en fer forgé repose sur
quatre puissantes consoles. Au sommet du corps de bâtiment central,
un bandeau orné d'ondulations surplombe la corniche du toit et adoucit
son aspect.
Brochure distribuée aux visiteurs lors de la
Journée du Patrimoine (2002)