Le plus ancien automate actuellement conservé au monde est le coq de la première horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg.
Cette horloge, dite des Trois Rois, fut construite au milieu du XIV° siècle, entre 1352 et 1354, par un maître dont le nom ne nous est pas parvenu.
Si on suppose logiquement que son coq, qui la surmontait, a été fabriqué en 1354,
«D'après une légende non fondée, le constructeur de l'horloge des Trois Rois se serait nommé Jehan Boernave et aurait acquis ses connaissances chez les arabes sous le nom de Ben-Al-Benzar. D'après une autre légende, les autorités de la ville lui auraient fait crever les yeux, pour l'empêcher de construire une horloge semblable pour une municipalité concurrente 1). Or, il est certain que ces mêmes autorités avaient permis en 1398 à l'horloger Claudius Gutsh de Rotweil d'étudier à fond l'horloge des trois rois, afin de lui faciliter la construction d'une horloge astronomique à Villingen dans la Forêt-Noire, ce qui devrait suffire à rendre caduque cette légende.»2) 3)
Aujourd'hui, il ne subsiste, dans la cathédrale, que des traces de la première horloge astronomique, en face de l'horloge actuelle: un cerceau gravé dans le mur, qui doit correspondre à son cadran, et les corbeaux (supports) qui soutenaient des galeries, conduisant jadis de la porte de l'escalier, compris dans l'épaisseur de la maçonnerie de l'angle du transept, aux différents étages du mécanisme. 4)
On sait que ce coq a souffert des actions des iconoclastes dans les journées d'octobre 1529.

Ce coq, mesure un mètre en largeur et un peu plus en hauteur. Son corps est réalisé en bois dur, ses plumes en tôles de fer doré et sa crête en cuivre peint en rouge. Il contient un mécanisme en fer forgé, sans vis, qui lui permet, non seulement de soulever ses ailes, mais également de les écarter en même temps. 3)

Schéma du mécanisme intérieur du coq.
Schéma du mécanisme intérieur du coq.
Dessin A. et T. Ungerer
Ce coq a été copié sur d'autres horloges astronomiques de l'époque: Lyon, Prague, Heilbronn, Munich, Berne...
Mais aucun de ses concurents ne possédait cette dernière caractéristique, ce qui lui valut une grande célébrité qui classa la première horloge astronomique de Strasbourg comme une des sept merveilles du Saint Empire Romain Germanique.
Il remplit vaillament son rôle jusqu'à l'arrêt de cette première horloge vers le début du XVI° siècle.

Resté en excellent état de fonctionnement, Dasypodius, le constructeur de la deuxième horloge, le jugea digne d'intégrer son horloge, et notre coq reprit du service en 1574. L'horloge de Dasypodius, en raison principalement de l'usure du fer forgé de ses roues dentées et d'un entretien inadéquat, cessa de fonctionner en 1788.
Remplacé dans l'horloge actuelle par un successeur au magnifique plumage multicolore, lequel lui ressemble fortement, il se trouve à présent dans la salle d'horlogerie du musée des arts décoratifs au Palais Rohan, place du Château.
Le coq de l'horloge des trois rois
Le coq de l'horloge des trois Rois.
Photo P Ju

Seul rescapé de la première horloge, il témoigne avec les pièces restantes de l'horloge de Dasypodius du génie de nos prédécesseurs et mérite bien notre admiration, après ses trois siècles et demi de bons et loyaux services.
1) Ceci serait arrivé à Münster en Allemagne au milieu du XVI° siècle.
2) Henri Bach, Jean-Pierre Rieb, Robert Wilhelm, Les trois horloges astronomiques de la cathédrale de Strasbourg, Editions Ronald Hirlé (1992)
3) L'horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg, Henri Bach
4) La cathédrale de Strasbourg, Hans Reinhardt, Arthaud (1972)

La visite de l'empereur Charles IV au Mont Sainte Odile

Jacques Legros

Un des successeurs de l'empereur Rodolphe de Habsbourg à la tête du Saint-Empire, Charles IV exprima lui aussi, mais de façon étrange, sa piété pour la fondatrice du couvent. Il avait organisé la Décapole, association de dix cités impériales alsaciennes présidée par le Landvogt d'Haguenau.

C'est le 4 mai 1354 qu'il vint en visite à Hohenbourg. Il était alors le maître incontesté de l'empire et déjà ses rêves le portaient vers les rivages italiens ensoleillés. Il devait être couronné roi des Lombards l'année suivante, le 6 janvier 1355. En cette journée printanière de l'an 1354, ce fut une princesse, Agnès de Stauffenberg, qui l'accueillit au sommet de la montagne. Charles IV était accompagné de son chancelier, Jean, évêque d'Olmütz, de l'évêque de Strasbourg, Jean de Lichtenberg, et d'une suite très nombreuse. On devine sans peine le caractère impressionnant, théâtral même de cette rencontre, dont le ciseau d'un artiste allait fixer dans le marbre le moment le plus redouté.

L'empereur Charles IV était un personnage mystérieux, auréolé du prestige que donnait alors la culture et une destinée chevaleresque. Son père, Jean de Bohême, Jean l'Aveugle, mort en 1346 à la bataille de Crécy, avait été l'un des princes les plus passionnés d'aventures de son temps. Lui-même était le représentant de la Maison de Luxembourg.
Enfin, il avait été élevé à la cour de France, le roi de France Charles IV le Bel ayant épousé sa tante, la soeur de son père. Il pouvait se glorifier d'une parfaite éducation européenne et parlait cinq langues avec aisance.
«Il était, écrit l'historien florentin Villani, d'une taille moyenne et un peu contrefait, de telle manière que la tête et le cou se portaient en avant. Il avait le visage large, les yeux grands, les joues saillantes et épaisses, la barbe noire, le front chauve. Ses vêtements étaient faits de bon drap. Lorsqu'on lui adressait un discours, une harangue, il avait coutume de rompre en petits morceaux des baguettes d'osier, promenant alternativement ses regards d'un assistant à l'autre, sans jamais les fixer sur l'orateur, dont cependant il ne perdait pas une parole.»

En arrivant à Hohenbourg, il écouta sans lever les yeux les mots de bienvenue que lui adressait Agnès de Stauffenberg, car son esprit était déjà en partie mobilisé par la scène qui allait suivre.
Jusqu'à cette date et en dépit des malheurs qui s'étaient abattus sur ce lieu sacré, le tombeau d'Odile était resté intact.
Or, chaque fois que Charles IV passait dans une localité où le culte d'un saint se manifestait par l'intermédiaire de reliques, il se faisait remettre solennellement quelques parcelles de ces dernières. Il les conservait en son église métropolitaine (Saint-Vit), à Prague où il avait sa résidence. Il avait déjà visité Haslach, Andlau, Erstein; on lui avait «offert» des restes de saints et de fondateurs: de Saint Lazare à Andlau, de Saint Urbain à Erstein.
Son dessein concernant Hohenbourg était connu dans le petit royaume odilien. Pour tous, c'était presque une profanation. Mais comment ne pas acquiescer au désir d'un empereur qui habituellement observait avec scrupule les lois de l'Eglise, lisait la Bible avec compétence et avait même composé plusieurs commentaires sur les Livres Saints...

Le cortège s'ébranla et toute l'assemblée se trouva réunie près du tombeau. En présence de l'évêque de Strasbourg, et en dépit de l'effroi des moniales, Charles IV fit procéder à l'ouverture de cette demeure de pierre où Odile reposait depuis l'an 720. On trouva le squelette entier. Des mains du prélat qui l'accompagnait, le souverain reçut avec le plus profond respect, l'avant-bras droit de la sainte dépouille.
Selon Hugues Peltre, on distribua quelques parcelles aux assistants et ceci expliquerait la présence des reliques de sainte Odile dans divers lieux de pèlerinage. Le couvercle fut remis en place sous les yeux de l'empereur.

Revenu à Sélestat, où il devait séjourner, celui-ci prit connaissance d'une requête qui émanait de Hohenbourg. On lui demandait humblement de dresser acte de ce qui s'était passé et d'interdire, de façon absolue, que l'on touchât désormais aux reliques. Charles IV accepta et l'évêque de Strasbourg publia un édit d'excommunication pour toute personne qui ouvrirait à nouveau la tombe.

Au cours de sa visite en Alsace, l'empereur, sans dévoiler sa pensée, avait observé les couvents avec acuité. Les effets du relâchement disciplinaire, qui se manifestait un peu partout, ne lui avaient pas échappé. Dès son retour à Prague, il écrivit à l'évêque de Strasbourg, Jean de Lichtenberg. Il lui conseilla d'intervenir à Hohenbourg, à Niedermunster, à Andlau, à Erstein, afin de ramener la ferveur. Il estimait que les moniales quittaient avec trop de facilité, leur couvent pour fréquenter les cours des nobles et des princes.


Jacques Legros, Le Mont Sainte Odile Editions Alsatia, 1974
Marie Thérèse Fischer, Treize siècles d'histoire au Mont St Odile, Editions du Signe

Bref historique

La Cathédrale de Strasbourg a été bâtie à l'emplacement où était situé le camp romain. L'antique Argentoratum s'est transformée très vite en Strateburg la ville des routes où tant de générations de bâtisseurs ont réussi dans un élan créateur, sans cesse renouvelé, à porter le symbole de la croisée des chemins de l'Europe jusqu'au sommet d'une flèche de 142 mètres.
La première mention d'un évêque de Strasbourg du nom de Saint Amand est datée de 346. Des fragments de tuiles estampillées sont découverts au XVIII° siècle et portent la mention «Arboastis eps. ficet".
Wernher, l'un des fondateurs de la dynastie des Habsbourg, devient évêque de Strasbourg en 1001. Le terrible incendie ravageant Notre-Dame en 1007 amena l'évêque Wernher à reconstruire en 1015 une cathédrale charpentée, dont les dimensions devaient atteindre celles de la cathédrale actuelle.
De nombreux incendies (1136, 1150, 1176) ravagent ensuite la basilique de Wernher, à tel point, qu'une reconstruction quasi totale de celle-ci s'impose.
La construction du transept et du choeur fait apparaître des influences diverses, des rivalités et des changements parfois brusques. Ici l'art roman tardif est confronté avec l'art gothique qui l'emportera finalement sur l'art roman traditionnel. Le pilier des anges, appelé également pilier du jugement dernier, unique en son genre par son expression, témoigne du génie des bâtisseurs de cathédrales.
De nombreux maîtres se sont succédé à Strasbourg, pour travailler sous l'égide de cette institution appelée Oeuvre Notre-Dame qui a son siège dans un bâtiment situé de l'autre côté de la place du château, côté sud de la cathédrale. Une Oeuvre dont l'activité est restée indissolublement liée depuis le Moyen-Age jusqu'à nos jours, à la restauration, à la construction et à l'embellissement de l'édifice, grâce aux dons, aux legs, aux biens qu'elle a su réunir.
Nous lui devons toutes les grandes réalisations et notamment celle de la nef de 1235 à 1275, modèle du genre de l'art gothique. Sa largeur est de 16 mètres et sa hauteur de 32 mètres en quelque sorte déterminées d'avance, puisqu'elles respectent la disposition des anciennes fondations de la basilique de Wernher.
La première pierre pour la construction de la façade occidentale est posée le 25 mai 1277 par Conrad de Lichtenberg dont le tombeau se trouve dans la chapelle Saint Jean. En 1286, le premier magistrat de la Ville de Strasbourg devient le gestionnaire des biens de l'Oeuvre Notre-Dame et cette situation se poursuivra jusqu'à ce jour.
Les travaux de restauration entrepris par l'Oeuvre Notre-Dame à la cathédrale sont subventionnés par la Ville de Strasbourg, ce qui est un cas unique en France. En 1318, à la mort d'Erwin von Steinbach, son fils reprend la direction du chantier. La Chapelle Sainte Catherine est érigée vers 1340. La partie centrale supérieure du massif occidental notamment le beffroi, sont attribués à Michel de Fribourg en 1384, qui serait également l'auteur de la tour de croisée couronnant le transept.
En 1399, le magistrat de la Ville, fait appel à Ulrich d'Ensingen, auteur d'un projet de tour gigantesque à la Cathédrale d'Ulm. C'est à lui que seront confiés les travaux de l'octogone de la tour, le projet de 2 flèches ayant été définitivement abandonné. Hans Hammer construira en 1485 une chaire finement ciselée, tandis qu'en 1488 sera édifiée, du côté Sud, la salle du Trésor .
En 1495, le début de la Chapelle Saint Martin, appelée aujourd'hui Chapelle Saint Laurent, véritable joyau de l'art flamboyant, enrichira l'architecture de la Cathédrale. Dans l'année 1547 où seront achevées les nouvelles voûtes de la Chapelle Sainte Catherine, commenceront les travaux de mise en place de l'horloge astronomique, qui attire chaque année, des milliers de curieux. Le Jubé séparant le chceur de la nef sera démoli en 1682.
Nous devons à Joseph Massol, la construction en 1744 de la sacristie de la Cathédrale. En 1759 la tour de croisée dont la forme rappelait une mître d'évêque, disparaîtra. Du côté nord et du côté sud des maisonnettes abritant des boutiques de toutes sortes, seront déposées et remplacées par des arcatures qui constituent un cas unique de l'architecture néo-gothique en France (J.-L. Goetz). En 1844 d'importants travaux seront entrepris au niveau du choeur par Gustave Klotz, qui en 1874 édifiera avec l'accord de Viollet-le-Duc, une tour néo-romane à la croisée du transept.
La Ville de Strasbourg, le Service d'Architecture de l'Oeuvre Notre-Dame ensemble avec le Service des Monuments Historiques, poursuivent sans trêve, les travaux de restauration de l'insigne édifice en grès rose que tant de bâtisseurs de cathédrales, de générations d'artisans, de tailleurs de pierre, de sculpteurs, de maçons, de forgerons, de charpentiers, de menuisiers et de maîtres verriers, ont édifié de leurs mains, dans un même élan de foi.
J.R Haeusser
Architecte en chef de l'Oeuvre Notre-Dame

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