Glossographie des Patois de L'Alsace
Eugène Fallot
Revue d'Alsace (1885)
Introduction
Au siècle dernier, J.-D. Schoepflin, s'occupant de la langue
parlée en Alsace avant l'occupation romaine, dit que le celte,
ce qui n'est pas contesté, était la langue des
populations;
que dans le cours des siècles cette langue subit fatalement deux
transformations profondes à la suite de la domination romaine
d'abord et en second lieu à la suite des invasions teutones; que
malgré ces invasions la langue celtique ne s'éteignit pas
complètement et que du contact forcé avec les dialectes
romain et tudesque naquit le patois roman qui est en usage dans
certaines
parties de l'Alsace, dans la Lorraine et la Franche-Comté.
Schoepflin reconnaît implicitement que de l'amalgame successif
des trois langues qui se disputèrent, pendant de longs
siècles, leur existence sur la rive gauche du Rhin, naquit
également le
patois tudesque qui est encore aujourd'hui la langue populaire de la
Haute et de la Basse-Alsace.
Traitant spécialement du patois roman, Schoepflin dit: qu'il
s'est mis en rapport1 avec des personnes
versées dans la connaissance de cet idiome ainsi que des langues
latine et allemande, et que de cette étude est sortie la courte
liste de mots sans parenté réelle ou apparente avec le
latin ni avec l'allemand, liste qu'il met sous les yeux du lecteur dans
l'espoir que d'autres historiens se livreront à de semblables
recherches sur les différents dialectes usités en
d'autres provinces. Il ajoute que déjà de son temps,
Otfrid,le moine
de Wissembourg, a exprimé le même sentiment à
propos
des poésies theotiscoe du IX° siècle, qu'il
désigne même sous le nom de poésies
françaises2 dans sa
préface dédicatoire à Liutbert, archevêque
de Mayence.
Ainsi, pour Schoepflin, les mots qui, dans le patois roman, n'ont
aucune parenté, réelle ou apparente, avec le latin ni
l'allemand,
sont les vestiges, plus ou moins altérés, de la langue
celtique des bords du Rhin, de la Lorraine et de la
Franche-Comté ou de l'ancienne Gaule Belgique et
séquanaise.
Plus loin, Schoepflin réfute l'opinion émise par
un assez grand nombre d'auteurs que la première langue
parlée en Alsace dérivait du tudesque3.
Schoepflin n'admet pas non plus que la langue grecque soit
entrée pour une part quelconque dans la formation de notre
dialecte roman. La raison qu'il en donne est que jamais nos celtes du
Rhin n'ont été en contact avec la colonie qui a
fondé Marseille. Nous ne nous arrêterons pas aux autres
preuves qu'il fournit à l'appui de cette thèse, notre but
consistant simplement à constater que selon lui, le patois roman
n'a d'autre origine que la langue celtique primitive et les emprunts
successifs qu'il dut faire au patois romain et
à l'idiome tudesque des envahisseurs.
Du sillon ouvert par le père de notre histoire d'Alsace,
découlent naturellement les propositions suivantes:
- dégager du patois roman les mots qui, en
réalité ou en apparence, n'ont rien de commun avec le
latin ni l'allemand;
- dégager du même patois les mots qui, en
réalité ou en apparence, dérivent du latin;
- dégager de ce patois les mots qui, en
réalité ou en apparence, dérivent de l'allemand;
- et enfin, dégager du patois tudesque de l'Alsace les mots
qui, en réalité ou en apparence, n'ont rien de commun
avec l'allemand.
C'est la méthode que Schoepflin a adoptée dans son Idioticum
rudimentaire, qu'il convient de reproduire ici comme point de
départ des recherches que les folkloristes alsaciens se
proposent de faire sur le terrain qui vient d'être
délimité.
Idioticum linguoe romano-barbaroe, vulgo Patois, quoe in Alsatia
viget, scu specimen vocum, quoe nec cum Latinismo, nec cum Teutonismo,
commune quid habent.
| Romano-Barbare |
Latine |
Gallice |
| Ailombrate |
Hirundo |
Hirondelle |
| Aiquiaiase |
Pica |
Pic |
| Aïtschégeon |
Blatta |
Teigne |
| Baibaine |
Cucurbita |
Citrouille |
| Baichatte |
Puella |
Fille |
| Bâne |
Coecus |
Aveugle |
| Baniquiait |
Strabo |
Louche |
| Bât |
Bufo |
Crapeau |
| Beuné |
Fons |
Fontaine |
| Biasson |
Pirum silvestre |
Poire sauvage |
| Boérre |
Anas |
Canard |
| Breuya |
Fraus in ludo |
Tricherie au jeu |
| Câle |
Calantica |
Bonnet de femme |
| Chiasai |
Animo linqui |
S'évanouir |
| Chioëchai |
Flare |
Souffler |
| Chyelle |
Debilis |
Faible |
| Coincoërre |
Scarabeus |
Hanneton |
| Combe |
Vallis |
Vallée |
| Creuchon |
Furfur |
Son |
| Dscherainne |
Gallina |
Poule |
| Dschenâi |
Magus |
Sorcier |
| Eplüe |
Scintilla |
Etincelle |
| Eqyeupai |
Spuere |
Cracher |
| Eqysse |
Sipho |
Seringue |
| Fuate |
Pinus |
Pin |
| Geainyai |
Mentiri |
Mentir |
| Goëné |
Tunica foeminea |
Juppe de femme |
| Grélon |
Ruga |
Ride |
| Gruate |
Jecur |
Foye |
| Kervoigié |
Sutor |
Cordonnier |
| Lavon |
Tabula lignea |
Planche |
| Mésé |
Leprosus |
Lepreux |
| Nonnai |
Merendare |
Gouter |
| Qyaisse |
Lebes |
Poèle |
| Qyeudre |
Corylus |
Noisetier |
| Qyeuniat |
Spurius |
Bâtard |
| Qyeutschi |
Hortus |
Jardin |
| Raigaitsche |
Tenax |
Tenace |
| Sevré |
Frons |
Front |
| Taichyate |
Pessulus |
Loquet |
| Téfion |
Cimex |
Punaise |
| Trâce |
Bilix |
Coutis |
| Voeteusse |
Favilla |
Cendre chaude |
Après Schoepflin en 1751, vint Butenschoen qui fournit
à l'annuaire du Haut-Rhin de l'an XIII (1804-1805) une liste
de cinquante-sept mots patois en regard desquels il donne les mots
celtiques,
latins, allemands et français. Voilà à peu
près
tout ce que nous possédons en fait de recherches du genre de
celles que Schoepflin recommandait relativement à notre patois
roman de l'Alsace. Il va de soi que nous faisons abstraction des livres
d'Oberlin concernant le patois du Ban-de-La-Roche, de Fallot,
concernant
le patois de la principauté de Montbéliard et qui tous
deux
engagent la question dans des voies différentes de celle que
Schoepflin
préconisait.
Le classement ou la division que nous adoptons implique sans
doute une visée étymologique générale.
Mais nous devons faire remarquer que le système est
imposé
par le plan que nous avons cru devoir suivre et qui a été
tracé par Schloepflin. En le respectant strictement, nous nous
plaçons au contraire sur un terrain étranger aux
études
de la linguistique proprement dite, aux discussions des
étymologistes,
aux essais généraux ou particuliers de philologie, ainsi
qu'au domaine des grammairiens. Nous faisons simplement acte d'hommes
de bonne volonté qui ont peut-être le tort de penser
qu'une
méthode rationnelle est toujours la meilleure à suivre
lorsqu'on a le désir d'arriver à un résultat
scientifique,
si petit qu'il puisse être.
Or, toutes les informations qui vont suivre ont été
puisées aux sources vivantes de nos modernes populations de la
campagne. Elles sont loin d'offrir un ensemble aussi complet que nous
l'aurions désiré. Mais, fidèles à la maxime
qu'il ne faut pas remettre au lendemain ce que l'on peut faire la
veille, nous les livrons à l'appréciation du lecteur,
sauf à les enrichir ultérieurement et à les
rectifier, s'il y a lieu,
dans la mesure de l'appui que l'on voudra bien nous donner et que nous
sollicitons
de toutes les personnes qui prennent de l'intérêt à
l'histoire de leur pays.
1) Adhibui barbarae hujus linguae vulgaris peritos,
quibus latinae quoque et germanicae usus est, atque cum illis
receptarum rerum vocabula examinavi, quibus excussis erratum est
"Idiotici Romano-Barbari specimen breve", quod lectori, ceu vocum
singularium, nulli linguae notarum, in fine proponimus. Alsat.
illust., tome 1. pag 92.
2) Hujus enim linguae Theotiscoe, quant etiam
franciscam appellat, barbaries, ut est "inculta et indisciplinabilis",
etc. Lot. cit. nota 4.
3) Verum hac de re peculiari "Excursu" differendi
nobis dabitur occasio; ubi, ad quam gentem nomen Celtarum olim proprie
atque primario pertinisse videatur, investigaturi sumus. (Loc.
cit., pag, 94.)
Première partie: Idiome tudesque
Je pense qu'il n'est pas médiocrement important, dans
un travail tel que celui qui nous occupe, d'écrire les mots
collectionnés et les exemples qui les accompagnent pour en
préciser le sens, de manière que les personnes au courant
de nos divers idiomes, ainsi que celles qui ne sont pas encore
familiarisées avec ces idiomes, puissent, sans éprouver
trop de difficultés, les lire à première vue.
Je me suis en conséquence appliqué à rendre mon
écriture aussi conforme que possible à la prononciation
locale sans qu'il soit nécessaire de longues et multiples
explications, qui loin d'en faciliter la lecture, ne serviraient
qu'à embarrasser et à éloigner les personnes qui
s'intéressent aux travaux de ce genre.
Il me suffira de faire remarquer que:
- l'à accentué doit se prononcer comme l'a
français;
- l'a non accentué comme l'a allemand;
- l'â avec un accent circonflexe comme deux a
consécutifs en allemand;
- l'ä avec un tréma comme l'ae
allemand ou l'ai en français;
- l'ô avec l'accent circonflexe comme deux o
consécutifs en allemand;
- l'u comme l'u allemand, c'est-à-dire ou;
- l'ü avec un tréma comme l'u
français;
- l'e à la fin d'un mot, comme l'a
français légèrement prononcé.
Dans certaines localités du Sundgau et dans une partie de la
Suisse allemande et du haut-duché de Bade, le ch au
commencement d'un mot se prononce avec un son guttural que les
Français parviennent difficilement à bien rendre, mais
qui est encore en usage dans la langue espagnole et dans toutes les
langues des peuples orientaux y compris les Grecs. Ce son guttural,
très usité encore dans le patois vosgien qui a beaucoup
conservé du langage celte, tend peu à peu à se
perdre dans le Haut-Rhin, et à être remplacé par la
consonne simple k ou par k suivi d'un h
aspiré.
Louis Roesch
A
Âse. - S'emploie dans la Basse-Alsace avec la
préposition von, signifie: de soi-même. Das
geht von âse; cela va du soi-même. Es isch von
âge e so kumme; cela est venu ainsi tout seul. Pourrait venir
du latin a se.
Âïse. - Clou, furoncle; en allemand Blutgeschwür.
Wenn ihr diè Àise nit üssdrucke, so kemme noch
andere dernàwe; si vous n'exprimez pas le pus de ce
furoncle, il en poussera d'autres à côté.
Agle. - Glumellules de l'orge, du seigle, du froment;
en allemand Speltze. Es isch mer en Agle tins Aug kù;
il m'est entré une glumelle dans l'oeil.
Âmôle. - Tache de naissance, signe, grain
de beauté; en allemand Muttermal. Das Kind hat en
Amble im Gsicht, me sàit si Mueter heig e Glùst g'ha no
rothem Wi; cette enfant a une tache à la figure, on dit que
sa mère a eu une envie de vin rouge.
Allegelte. - (Basse-Alsace) à chaque instant, à
tout bout de champ. Er kùmmt allegelte züe mer laufe.
II vient à chaque instant courir chez moi.
Âne. - Désigne le lieu oùt l'on va.
Ânàïme, ànàiwe,
ànàïmis, ànàïwes. - Se dit
aussi «enaïme, enaitve, enaimis, enaiwis, enaiwes,
suivant les localités.» Quelque part Er isch
ànaiwes ane gange; il est allé quelque part.
Âne. - De l'autre côté, àne iwere,
en face Âne an der Bach; de l'autre côté de
la rivière. Quand on dit de quelqu'un dans la Haute-Alsace: Er
isch von àne iwere; cela veut dire qu'il est de l'autre
côté du Rhin ou Badois.
Anke. - Veut dire beurre frais dans la Haute-Alsace et en
Suisse, tandis que dans la Basse-Alsace ce mot signifie beurre fondu.
Chromet siessen Anke! (Hebel); achetez-moi du beurre frais!
Ankeschüm. - Dépôt du beurre fondu
Ankeschnitte. - Tartine de beurre (Haute-Alsace)
Ankeschmirr. - Même signification (Basse-Alsace).
Anplarre. - (Strasbourg), regarder quelqu'un fixement. Er
hat mich angeplarrt als wenn er mich noch nie gsehn het; il m'a
regardé comme s'il ne m'avait jamais vu.
Anklotze. - Même signification.
Arantze et Anrantze. - Aborder quelqu'un en lui
parlant brusquement. Der growe Kàrl hat mi âgrantzt;
ce grossier personnage m'a brusquement interpellé.
Âtte, Âtti. - Père, vieux allemand Atta,
en langage enfantin Tàtte, en allemand israélite Ette,
en roumain Tàtoul, en Suisse Atti.
Druf wo der Aetti si Tüback gschnitzelt het (Hebei); puis,
quand le père eût fini de couper son tabac.
Aschkriechle, Aschkriesle. - Espèce de sorbe (pyrus
torminalis).
Aschkriechler, Aschkriesler. - Se dit de certains vins d'Alsace
qui après quelques années de conserve prennent le
goût de la sorbe. Der Elfer, der Vierredrissiger, der
Sexevierziger un
der fünfesechziger sin àschkriesler worde; les vins de
1811, de 1834, de 1846 et de 1865 sont devenus aschkriesler,
c'est-à-dire ont pris le goût de la sorbe.
Ammet. - (Sundgau), autrefois naguère. Er isch ammet
züe is ku; il venait autrefois nous voir.
B
Balge. - (Haute-Alsace, bords du Rhin), gronder.
D'bése Rinder thüet me balge; on gronde les enfants
méchants.
Bànaïche. - Dompter, faire obéir, maintenir
(Haute-Alsace). Der bése Büà isch nit
z'bànaïche; il n'est pas possible de maîtriser ce
méchant garçon, Allemand bändigen
Bark. - Cochon châtré, diminutif Bàrkle.
Bàrtze. - Faire un travail pénible qui vous force
à respirer bruyamment (Haute-Alsace). Am Holzspalte
bàrtze; s'échiner à fendre du bois. Bärtze
(Basse-Alsace).
Baschge. - (Bords du Rhin), mesurer ses forces en luttant.
Alle Suntig zôwe baschge d'Büewe mit enander im Grassgarte;
tous les dimanches après midi, les garçons luttent
ensemble dans le verger.
Batte. - Être utile, servir à quelque chose. Es
nutzt and batt nix; tout cela ne sert absolument à
rien.
Bause, Bàïse. - Fouiller, fureter par
curiosité dans le but de dérober. D'Säck,
d'Schüblade üsbause; fouiller dans les poches, fureter
dans les tiroirs (Haute-Alsace)
Béeler. - Nom que les enfants donnent à
une noix plus grosse que les autres qui leur sert de boule, et dans
laquelle ils coulent du plomb fondu pour la rendre plus lourde.
Béetsch. - Nom que les enfants donnent an jeu à
la première noix du rang et qu'ils placent ordinairement debout.
Mit em Béeler uf der Béetsch spicke. Lancer en visant
la noix qui sert de boule sur celle qui est la première dans le
rang.
Bets. - Calotte (Lorraine allemande)
Bige, ufbige. - Un tas rangé. Holzbige;
bûcher, ranger en tas.
Bigger. - Un bidet. Essigbigger mauvaise rosse maigre
avec laquelle voyageaient autrefois Ies marchands de vinaigre ambulants
Bilgere, Bildere, Zahnbilgere. Les gencives.
Bingges. - Petit garçon malingre. Schillebingges;
qui est malingre et louche à la fois.
Bücker. - (Haute-Alsace), à Bucker gàh
donner in coup sur la tête avec le doigt majeur replié.
Bisi. - Chat, diminutif Bisele, petit chat. Unser
Bisi hat ù Mus g'fange; notre chat a pris une souris.
Büffel. - Veste, sarreau en peau, vêtement des
guerriers gaulois, surtout habit à pans avec poches
(Haute-Alsace).
Frau gieb mer mi Suntigbüffel; femme donne-moi ma veste de
dimanche.
Bittig. - Cuve à vendange de la contenance d'environ deux
hectolitres. Mer hàn acht Bittig gmacht en unsrer Ràve;
nos vignes nous ont donné huit cuves de raisin. Analogie avec
l'allemand Bütte.
Bitzele. - Un peu, en roumain boutzintel. Lach a
bützele; riez un peu. A bützele Brod; une
bouchée de pain Analogie avec l'allemand Bischen, une
bouchée.
Biwelà. - Bouton, éruption cutanée. Er
hat s'Gsicht ganz voll Biwelà; il a la figure remplie de
boutons. Se dit à Strasbourg Pfutze, et vers
Sarreguemines Pütte.
Blàje. - Bouder (Haute-Alsace).
Blàji. - Boudeur (Haute-Alsace)
Blàtz. - Pièce que l'on met sur les habits
déchirés, par extension croûte, eczéma,
éruption cutanée.
Blàtze. - Rapiécer, raccommoder; de là verblàtzt,
qui est rapiécé.
Blôd. - Blouse (Haute-Alsace et bords du Rhin).
Am Wartig trage d'Bürslitt e Blod; les paysans portent
la blouse pendant la semaine. Le mot s'est conservé dans le
patois
des environs de Belfort et des Vosges avec la même signification.
Blôn. - Place. Uf dem Blôn wagst nit; Il ne
pousse rien sur cette place. Stàffisblôn
(Strasbourg), place Saint-Etienne.
Bludd. - Nu (Haute-Alsace). Die Hàidekinder
thien halb bludd umenander laufe; les petits tziganes courent
demi-nus. En strasbourgeois naggicht, de l'allemand nackt.
Blumpe. - Tomber maladroitement, aweblumpe même
signification. Analogie avec l'allemand plump, lourd, grossier
et avec le français plomb.
Blügse. - Tromper, frustrer (Haute-Alsace).
Bluntze. - Boudin (bords du Rhin, Suisse), Hebel.
Bôle. - Lancer. Verbôle; lancer sur
un but (Haute et Basse-Alsace). Mir hànn e mit Stài
verbôlt; mous lui avons lancé des pierres. Analogie
avec le grec ballesti, jeter.
Bôlauge. - Se dit des yeux qui sortent de la tête.
Bolli. - Sorte d'anneau ou bourrelet fortement ouaté dont
on entoure la tête des enfants pour les empêcher de se
faire du mal en tombant. Wenn das Kind kàï Bolli hat,
so hàt s'i, wo's gfalle isch, der Kopf verschlage; si cet
enfant n'avait pas eu son bourrelet, Il se serait cassé la
tête en tombant.
Bôse. - Une botte de paille de seigle
Bôse. - Verbe. Der Wàise bôse; battre
l'extrémité des gerbes, les ébaucher avant de les
étaler pour les battre.
Bôsge. - Commettre une méchanceté (Haute- et
Basse-Alsace, Suisse, bords du Rhin). Müeterli was het er
bôsget? (Hebel); petite mère, quelle
méchanceté a-t-il commise?
Bossel. - Domestique pour faire le gros ouvrage. Er
isch der Bossel im Hüss; on l'emploie dans la maison à
faire le gros ouvrage.
Bossle. - Action de faire les travaux grossiers du ménage.
Bràgle. - Griller. Bràgelte Hàrdepfel;
des pommes de terre grillées (Haute- et Basse-Alsace, Suisse).
Brànte. - Tonne étroite et allongée dans
laquelle on transporte le lait, soit à dos, soit sur une voiture
à deux roues, spéciale aux laitiers de la Haute-Alsace et
de la Suisse. On appelle par extension Brànte une
tabatière en écorce de bouleau ou de cerisier, ayant la
même forme que cette tonne.
Brentz.-- Eau-de-vie, goutte (Haute-Alsace, Suisse, bords du
Rhin). Trinke mer e Schlückli Brentz! (Hebel); allons
prendre une goutte.
Brésele.- Brésemle dans certaines parties
du Sundgau, Bréesel à Strasbourg. Une miette, un
fétu, un rien. Der Vater weiss kein Bréesel dervon;
le père n'en sait mèche. I ha kei Brésemle vo
dàr Tarte gàsse; je n'ai pas mangé une miette
de ce gâteau
Briegge. - Gémir en pleurant (Suisse et bords du
Haut-Rhin). S'Kàtierli het briegget un bàttet im
verissene Bàtbuech (Hebel); cependant la Catherine pleurait
en gémissant et lisait dans son livre de prières
déchiré.
Bryt. - (Strasbourg), jeune Tille. Bürebryt; jeune
domestique du la campagne des environs de Strasbourg. Brydel,
diminutif de Bryt.
Bruttle. - Grommeler, gronder à demi-voix, parler outre
les dents. Er tüet nix als brutlle de ganze Täui
(Strasbourg); il ne fait que grommeler du matin au soir.
Bschiêse. - Être abondant, qui rend bien. Dies
Jôhr bschiest d'Arn güàt (Haute- et Basse-Alsace)
; la moisson rend bien cette année. Er mag schaffe wie n'er
will, s'bschièst em nit; il a beau travailler, son travail
ne fructifie pas.
Bschisse. - Tricher. Wer im Spiel bschisst, isch kai
ehrliger Mann; celui qui triche au jeu est un malhonnête
homme.
Bschisser. - Tricheur.
Bübse. - Vesser (Basse-Alsace).
Bübser.- Une vesse (Basse-Alsace).
Bübbe. - (Sundgau), faire ses besoins. Hôsehbübber;
qui fait dans ses culottes, se dit d'un poltron.
Bübber. - (Sundgau), le fessier.
Bugse. - Les pantalons (Lorraine allemande). D'Bugse
schuttle; secouer, mettre bas ses culottes.
Busper. - Alerte, gaillard, accorte, à la mine
éveillée. E busper Màïdle (Hebel);
une jeune fille à la mine éveillée.
Bumbel. - Bosse, paquet, d'où Bumbelsack, bagate
(la), poches que les femmes de la campagne s'attachaient entre la robe
et le jupon.
Hopsà Lisele, lüpf der Füess
|
Allons Lisette, lève ton pied
|
Kumm mer wàn ge tânze.
|
Viens, nous allons danser
|
Stoss di Brod in Bumbelsack
|
Fourre ton pain dans la bagate |
Un ich mïs in Ranse!
|
Et moi le mien dans le ventre
|
Büddel. - (Strasbourg), une rouleuse, une femme de mauvaise
vie.
C
Chôr. - Canaille, au pluriel Chorres, même
signification.
Lumpechôr, Lumpeghôr. - Canaille vagabonde. S'zièht
e Wisch Lumpechôr im Land umme; un tas
de vagabonds parcourent le pays.
Chumlig, gchumlig. -Qui est commode. Der Ofe isch chumlig,
me kâ drin broie un bache; ce fourneau est commode, il peut
servir à rôtir et cuire la pâtisserie.
D
Dàne. - De l'autre côté. I bie bïm
Nochber dàne gsieh; j'ai été chez le voisin
d'en face.
Dachtel. - (Strasbourg), une giffle. Uff diss het er em e
Paar Dachtle gän; sur ce, il lui administra une paire de
giffles.
Dàïsem. - Le levain. In Matzedàïg
isch kài Dàïsem; Dans la pâte des azymes
on ne met pas de levain.
Dàlwe et verdàlwe. - Creuser, fouiner,
enfouir (Haute-Alsace). Delwe (Basse-Alsace). Fait au participe
passé verdulwe. Der Gitzhalz hat si Gàld
verdulwe; cet avare a enfoui son argent. Analogie avec le latin talpa,
taupe.
Dàmpes. - (Haute- et Basse-Alsace), une cuite, une
pointe, un plumet, diminutif Dàmpesle. Allen Owe hat
der Michel si Dàmpesle; tous les soirs Michel a sa petite
cuite.
Dàntsche. - (Haute-Alsace), digue en bois ou en
maçonnerie. On dit encore à Mulhouse: Uffs
Dollfüesse Dàntsche pour désigner un
établissement de la maison Dollfus, situé prés
d'une ancienne digue.
Dàtsche. - Battre, frapper avec la main plate. De
bése Kinder s' Fidle dàtsche; corriger les enfants
méchants en les frappant de la main plate sur le
derrière.
Dàtscher. - Un battoir de lavandière. S'Blunder
dàtsche; se servir du battoir en lavant le linge. Abdàtsche
(Basse-Alsace), décamper.
Déble, Dewle, Débles, Dewles. - (Haute-Alsace),
férule. D'Schüelmeister derfe de Kinder nimme Dewles
gà wie vor Zitte; il n'est plus permis aux instituteurs de
donner, comme autrefois, des férules à leurs
élèves.
Deck. - (Lorraine allemande), souvent. Er kummt deck zu uns;
il vient souvent nous voir.
Deffle et verdeffle. - (Haute- et Basse-Alsace), donner
une série de gifles, flanquer une roulée. Denne soll
ich awwer verdeffelt hân! (Strasbourg); quelle sacrée
raclée je lui ai f.... !
Dipfe et Dipfi. - (Haute-Alsace), casserole en fer. Unser
Keche het e güete Brodis im Dipfe; notre cuisinière a
un bon rôti dans la casserole.
Dipfele. - (Haute-Alsace), un point. Me brücht mer nit
die Dipfele uf d'i mache; il n'est pas nécessaire de me
mettre les points sur les i. Dupfe signifie un gros point,
comme celui que l'on fait avec le bout du doigt trempé dans
l'encre.
Dïttele.-Petite niaise (Haute- et Basse-Alsace). Du
dummes Dittele! Oh la petite niaise.
Düttle. - Grande niaise. Damme Dütte; grande
sotte.
Dirmlig. - (Haute-Alsace), qui a le vertige. Se dit à
Strasbourg Dïrmeltich. Wenn ich vom Minster n'abschau
so wir d's mer ganz dirmeltich; quand je regarde en bas de la
cathédrale je prends le vertige.
Doggele (s'). - S'Doggelemànle, s'Duggelmànle
(Haute-Alsace), le cauchemar, latin incubus. Gnome qui, suivant
la légende, se pose sur la poitrine des dormeurs pour les
étouffer. Er hat die Nacht s' Duggelemànle ghà;
il a eu le cauchemar cette nuit. Dans la Basse-Alsace ou dit s'
Rätzel et encore s' Erdmànnel.
Dolder (der). - (Haute-Alsace), la cime d'un arbre, se dit dans
la Basse-Alsace Doller, par extension, la tête. - Schlag
em eis uf der Dolder; donne lui un coup sur la tète.
Analogie avec l'allemand Dolde, ombelle.
Dolge. - Une tache d'encre sur un cahier ou sur un livre
(Haute-Alsace), Dolges (Basse-Alsace). Gib acht dass de
kàï Dolde uf di nei Büech machsch; faits attention
de ne pas faire de tache d'encre sur ton livre neuf.
Dosche. - Crapaud (Suisse et bords du Rhin). Breite Dosche
hüete dert e bzeichnete Chörper (Hebei); de larges
crapauds veillent là sur un corps maudit.
Dôtsch. - (Haute- et Basse-Alsace), lourdaud, maladroit. A
dummer, en àifàliger Dôtsch; un homme
bête, maladroit, idiot. Dans la Basse-Alsace, on désigne
par le même mot une espèce de galette ou d'omelette.
Driwlière. - Tourmenter, embêter (Haute- et
Basse-Alsace). Er hat mi lang gnüàg driwelièrt,
biss i ihm s'
Jôwort gàh hei; il m'a assez longtemps
tourmenté
avant que je ne lui dise oui. Analogie avec le latin tribulare.
Drôle. - (Haute-Alsace), rouler; awe-drôle,
rouler de haut en bas S' Bett awe-drôle; rouler en bas du
lit. Se dit aussi dréele et awe-dréele
dans certaines localités de la Haute-Alsace.
Düelte. - (Haute-Alsace), conduite souterraine pour
écouler les eaux, égoût, rigole de drainage.
Duàle. - (Basse-Alsace), même signification.
Dôle. - (Haute-Alsace et Lorraine allemande), même
signification. S' geht e Dôle unterm Isebahn durch; il
passe une conduite d'eau sous la voie ferrée.
Duble et Duwle. - Un liard (Haute-Alsace et bords du Rhin), Duwwel
(Basse-Alsace). Un so hàn se gspielt von ere Duble bis
züenere Lüdor (Hebel): et ainsi ils jouèrent
depuis un liard jusqu'à un louis.
Dublefuxer et Duwlefuxer. - (Haute-Alsace), un
lâdre, un grippe-sou. Der alte Duwlefuxer hat mehr ass e
Million
Vermége; ce vieux grippe-sou a plus d'un million de fortune.
Se dit à Strasbourg Makimmispitzer, qui taille le cumin
en pointe, et encore dans certaines localités de la Haute-Alsace,
Linzespalter, fendeur de lentilles, qui pousse l'économie
à
l'excès.
Dummle (sich). - Se dépêcher. Dummel di, sunst
kemme mer z'spoth; dépêche-toi, sinon nous arriverons
en retard.
Dunder. - Pots-dunder! sacrebleu! Analogie avec
l'allemand Donner, tonnerre. Dundersnett, gentille
à ravir.
Es isch so flinck on dundersnett (Hebel); elle est si leste et
si gentille.
Durâne. Partout. Der Mann isch jetzt durane gsieh!
Mais cet homme a voyagé partout!
Düsse (sich). - Se faire petit pour ne pas être vu
(Haute-Alsace et bords du Rhin). Jo düss di numme wie de witt
(Hebel); oui, tu as beau te faire petit pour te cacher.
Düssele. - (Haute- et Basse-Alsace, bords du Rhin), marcher
sans faire de bruit. Was düsselet in de Hürste, was
rüehret si im Laub? (Hebel); qui est-ce qui marche là
doucement dans les buissons, qui est-ce qui remue dans les feuilles?
Düsselig. - En se glissant, en ne faisant pas de bruit.
Düssele-mislès spiele. - Jouer à la souris
qui se cache, au collin-maillard.
Düddle. - (Basse-Alsace), qui vous corne dans les oreilles,
qui vous vient à l'esprit. Mir düddelt nix e
so (Arnold, Pfingstmontag); à moi il ne vient rien
de pareil à l'esprit.
E
Ebber. - (Haute-Alsace), quelqu'un, se dit jemmet dans
la BasseAlsace.
Ebbes et ebs. - Quelque chose (Haute- et Basse-Alsace).
Allemand etwas.
Àcht, echt, àchterst, echterst. - (Suivant les
localités), peut-être, par hasard. Bin ich echt blind?
(Strasbourg); suis-je par hasard aveugle? Het er mi echterst gseh?
(Hebel); m'aurait-il vu par hasard?
Egerte, Aegerte, agerte. - Qui est en jachère
(Haute-Alsace et haut duché de Bade). Der Aegerte Uehli
(Hebel); Ulrich de la ferme de la jachère.
Egelàse. - Lézard (Haute-Alsace), se dit
Ejelàse. - vers Colmar
Ejedàsle. vers Schlestadt
Heliäser. - En Lorraine allemande. En vieil allemand egedassa,
en patois roman l'édjèze, et à Strasbourg
Jungfer Sarrah. Bi uns git's zweierlei Egelàse,
griène
uf em Fàld, un graue uf de n'alte Müre; nous avons en
Alsace deux sortes de lézards, le vert dans les champs et le
gris dans les vieux murs.
Ergle. - Baquet (aux environs de Colmar). Hol mer en Ergle
voll Wasser am Brunne; cherche-moi un baquet d'eau à la
fontaine.
F
Fàrn. - L'an passé (Haute-Alsace). Fàrn
isch fast kài Sinter gsih; l'an passé il n'y a
presque pas eu d'hiver.
Fàndrig. - Quelquefois fàrndrig, de l'an
passé. Wo isch der fàrndrig Schnee? où sont
les neiges d'antan?
Fàttig. - Aile (Haute-Alsace).
Fetti. - Idem (Basse-Alsace).
Flettwisch. - Idem (aux environs de Seltz).
Ferderst (d's). - Devant, en tête. Dàr wo si
Sach am beste ghah, derf d'ferderst sitze; celui qui sait le mieux
sa leçon osera se mettre à la tête du banc.
Fechtel et Fochtel. - Eventail, Windfechtel, Windfochtel.
En allemand Fächer.
Fetzle. - Blaguer quelqu'un. Dü brüchsch
nième z'fetzle, s'gitt no gschèidere as dû; tu
n'as besoin
de blaguer personne, il y en a de plus malins que toi.
Fetzel et Fetzler. - Blagueur.
Fidle. - (Haute-Alsace), le bas du dos.
Figgedewis. - (Haute-Alsace), un malin, un demi-savant. Les
paysans de la Haute-Alsace appellent ainsi un homme qui est plus malin,
qui a plus d'instruction que le vulgaire. A Strasbourg on dit s'isch
e Kautz, c'est un malin. On dit encore d'une personne qui
prétend trancher toutes les questions: s'isch e
Pfiffiküs, c'est un madré. Allemand pfiffig,
madré.
Finke. - Babouches (Strasbourg).
Firwàre. - (Haute-Alsace), courtillière. En
allemand Maulwurfsgrille. D' Firwàre mache im
Frièjjohr grôse Schade in de Gàrte; les
courtillières font au printemps beaucoup de dégâts
dans les jardins.
Fisigugges. - (Suisse), même signification que
Figgedewis (Moschenrosch, 1577, Strafschriften). Ce mot,
ainsi que le mot Pfiffikus, est peut-être une
altération du mot latin physicus, médecin,
magicien.
Fitzer. - Faquin (Haute-Alsace). D' Fitzer üs der
Stadt kemme in Dörfer uf d' Kilwe; les faquins de la ville
viennent à la fête des villages.
Fitze. - (Haute-Alsace), fouetter. D' béese Kinder
fitzt me mit der Rüàde; on donne la verge aux petits
enfants méchants.
Fleckling. - (Haute-Alsace), un madrier. Us e nu Eichbaum
Fleckling sàge; scier un tronc de chêne en madriers.
Fotzle. - Des loques, des guenilles.
Fotzlig. - Qui tombe en loques.
Fotzel. - Un homme déguenillé.
Füre (geh). - S'avancer. Gesch mer hinterem Tisch
füre! Veux-tu bien sortir de derrière la table!
Füerig. - Drôle, drolatique, à Strasbourg füerich.
Dess isch mer emol à füeriche Gschicht; c'est pour
le coup une bien drôle d'histoire.
Fuggere et verfuggere. - Droguer, bazarder, dissiper
Der Fülànzer bat si ganz Vermége verfuggert;.
ce fainéant a dissipé toute sa fortune.
G
Gàder. - Tendons qui se trouvent, dans la viande bouillie
et qu'on ne peut mâcher; (Haute-Alsace) gàdrig,
viande qui renferme de ces tendons.
Gâger. - Un jars. allemand Gänserich, se dit Gâgi
dans le Sundgau et Gunzer dans la Lorraine allemande. On dit
d'un petit garçon dont la chemise sort par le derrière
des culottes: Der Gâger lauft em nô; le jars court
après lui. Er hàngt der Gâgi üse;
même signification.
Gàï. - Ce mot a double signification suivant qu'il
est précédé de la préposition in ou
auf. Ufs Gàï geh, l'action d'aller à
la campagne pour acheter des bêtes destinées à la
boucherie. In's Gàï geh, aller sur les
brisées d'un autre, pour courtiser une fille, pour contrecarrer
un marché. Der Metzger geht ufs Gàï; le
boucher s'en va aux achats. I hâ welle das Hüss kaufe,
awer s'isch mer e Jüd ins Gàï ghuh; j'ai voulu
acheter cette maison, mais un juif est venu contrecarrer mon
marché. Analogie avec l'allemand Gau, canton,
contrée.
Gaïtsche. - Barbotter dans l'eau en la faisant sortir du
vase qui la contient; par extension, habler, parler à tort et
à travers (Haute-Alsace)
Gaïtscher. - (Haute-Alsace), hableur. Wer
erléest mi vo dàm verflüechte Gaïtscher?
Qui me délivrera de ce maudit bavard.
Gàll (awer). - N'est-ce pas? au pluriel gàllet
awer? (Haute-Alsace). A Strasbourg, gell et gellet awer?
Galtz. - Cochon châtré (Haute-Alsace).
Galtzen. - Châtrer (Haute-Alsace); gältzen
(Basse-Alsace); allemand, geilen.
Galtzer. - Chàtreur (Haute-Alsace); Gältzer
(Basse-Alsace) ; allemand, Geiler.
Gàtzi. - (Haute-Alsace et Suisse allemande), poche
en cuivre, bois ou fer blanc pour puiser l'eau.
Gàse. - Donner la becquetée aux petits oiseaux. Hasch
dï Amsle scho gàst? As-tu déjà
donné la becquetée à ton jeune merle? A Strasbourg
gäse.
Gàbel. - Pignon d'une maison, se dit aussi Gàwel;
dans la Basse-Alsace Gäwel; en allemand Giebel.
Ganfe. - Voler, dérober; n'est usité que dans les
localités où il y a des juifs.
Ganfer. - Voleur; idem
Gattig. - Elégant de forme et de tournure (Haute-Alsace,
Suisse, duché de Bade). E gattig Màidle (Hebel);
une jeune fille bien tournée, qui a des manières.
Analogie avec l'allemand Gattung, genre.
Géere. - Giron, allemand Schoss. D'
Müeter nimmt ihr Kind in d' Géere; la mère prend
son enfant
dans le giron, sur les genoux.
Gelges. - Ce qui pend au nez d'un enfant qui oublie de se
moucher (Haute-Alsace), se dit aussi Gelger dans certaines
localités, Golger et Golges dans d'autres.
Geller. - Cri éclatant et involontaire (Basse-Alsace).
E Geller üslôn (Strasbourg); pousser le cri en
question
à la suite d'une frayeur ou d'une forte émotion.
Gette et Gedde. - (Haute-Alsace) parrain; Pfetter
dans la BasseAlsace; en allemand Gevatter ou Pathe; en
Suisse Götti.
Gotte et Godde. - (Haute-Alsace), marraine; à
Strasbourg Göddel. Mi Gette un mi Gotte sin scho lang
gstôrwe; mon parrain et ma marraine sont morts depuis
longtemps.
Geïtze. - (Haute-Alsace), la fourche d'une charrue.
Ghäb. - Qui est étanche, qui ferme
hermétiquement (Basse-Alsace). Me spiert à Durchzug,
d' Fenster sin nit ghäb züe; on sent un courant d'air,
les fenêtres sont mal fermées.
Gigse. - Pousser un cri aigü, strident, d'où le
substantif Gegyx. Kinder, ihr versprànge nier d'Ohre
mit eierem Gegyx! Enfants, vous me cassez les oreilles avec vos
cris éclatants! Gigse, faire semblant de piquer un
enfant en approchant de sa poitrine le doigt ou un objet aigü pour
l'exciter à rire.
Gittig et Giddig. - (Haute-Alsace), gittig
àsse, gittig trinke; manger, boire gloutonnement.
Gitzi. - Chèvre (Basse-Alsace).
Gitzele. - Chevreau (Basse-Alsace).
Glessà. - Une redingote, une anglaise (Hante-Alsace). Hittiges
Tags trage d' Bürebüàwe Glessà wie d' Herre
üss der Stadt; aujourd'hui les jeunes paysans portent
redingote comme
les messieurs de la ville.
Glicker. - Pluriel; billes en pierre, en porcelaine, en marbre
ou agate (Haute-Alsace); au singulier Glucker.
Dicker
|
Hasch Glicker
|
Gib mer o dervô
|
Mir wànn mitnander awe lô.
(Mulhouse.)
|
Un écolier en rencontre un autre et lui dit; Dis-donc mon gros,
as-tu des billes, donne m'en, nous voulons jouer ensemble à la
choquette. Se dit Stunze à Colmar, Gstunze dans
la Basse-Alsace, et Stinzer ou Stinzler dans certaines
localités.
Glüre. - Loucher (Strasbourg).
Glüri. - Loucheur idem
Gosche. - Gueule, grouin, museau (Haute-Alsace). Schlah em
àïs uf d'Gosche; tape-lui sur la gueule.
Grattel, Graddel. - Fierté insolante et
déplacée (Basse-Alsace, surtout Strasbourg). Was han
die für e Graddel, mer thät meine se wärre
Millionäre; comme ces gens sont d'une tierté insolente,
on dirait qu'ils sont millionnaires.
Gspraddel mache. - Faire des embarras, de l'esbrouffe
(BasseAlsace). Do gitt sich's erst e Käs, un macht e
wüedis Gspraddel (Pfingstmontag); c'est alors qu'elle se
donne des airs et fait des embarras insensés.
Gribse. - Chiper, en allemand stibitzen.
Grumse. - Geindre, grogner, redire (Haute- et Basse-Alsace,
bords du Rhin). Grums un hül so lang de witt, i châ der
nit helfe (Hebel); tu as beau pleurer et te tourmenter, je ne puis
t'aider. Er mag mache was er will, so hat si Frau allewîl
z'grumse; il peut faire n'importe quoi, sa femme trouvera toujours
à redire.
Grüssele, Grüsselbeere (Haute-Alsace) Gressettle
(Lorraine allemande). - Groseilles, en allemand Stachelbeere.
Grüsibài. - (Haute-Alsace), terme de boucherie, os
d'articulation que les cuisinières recherchent pour obtenir un
bon
potage.
Gspriggelt. - Tacheté, moucheté, bigaré. D'
W'achtleeier sin gspriggelt; les oufs de caille sont
tachetés. Analogie avec l'allemand gesprenkelt.
Gufe. - Une épingle, allemand Spingel.
Gufebigsle. - Êtui à aiguilles. Bigsle, de
l'allemand Büchse, boîte.
Güggle. - Regarder par une petite ouverture, par un trou,
une fente, à la dérobée; en allemand gucken.
Was güggelet in de Huste? (Hebel); qui me regarde à
travers les buissons?
Gugges et guggis. - Allemand israélite. Er
isch z'gugges gange; il s'est ruiné.
Guggernill. - (Haute-Alsace), aux enfants gourmands qui
demandent ce qu'on aura à dîner, la mère
répond: Guggernill im Hàfele ou bien Guggernill
mit Kràbswàdel; un met inconnu avec des queues
d'écrevisses.
Gumbist. - Des choux confits (Haute- et Basse-Alsace). Gumbistäpfel,
des pommes confites dans la choucroute, régal des enfants dans
la Haute-Alsace.
Gumsle. - Fille de mauvaise vie. Soldategumsle
(Strasbourg), fille qui roule avec les soldats.
Guttere. - Bonbonne ou tourrie pour contenir des acides, de
l'eau-de-vie, etc. (Haute-Alsace). A Guttere voll Kirschwasser;
une bonbonne de kirsch.
Gitterle. - Diminutif de Guttere. Une fiole de
pharmacie.
Guggel, Güggel. - (Haute-Alsace), un coq.
Gühl. - (Suisse, duché de Bade), idem
(A suivre.)
Essais d'interprétation celtiques
Etude sur le sens du mot «Bälchä»
Depuis longtemps on a cherché à interpréter
de différentes manières le mot Bälchä,
dénomination alémanique de plusieurs hautes montagnes
de nos contrées, sans que le résultat ait
été
satisfaisant.
L'une de ces explications basée en partie sur le celto-breton et
concluant au sens de Lieu-de-Bel (lieu consacré au dieu Bel), a
paru à plusieurs personnes le dernier mot qui ait pu être
dit là-dessus.
Cependant l'auteur de ces lignes, étudiant depuis de longues
années les dialectes celtes-armoricains, pense que le breton
offre quelque chose de plus rationnel pour l'éclaircissement de
cette question intéressant particulièrement notre pays.
Le grand dictionnaire breton-français de Le Gonidec, revu par le
vicomte Th. Hersart de la Villemarqué, membre de l'Institut,
imprimé à Saint-Brieuc chez Ludovic Prud'homme en 1850,
dit : Balc'h, adjectif et substantif masculin, signifie Fier,
Altier, Hautain, Orgueilleux; c'est un nom de famille fort commun en
Bretagne. Balc'hder, substantif, signifie Fierté,
Hauteur, Orgueil.
Le vocabulaire français-breton et breton-français de Le
Gonidec, revu par A. E. Troude, colonel en retraite, premier adjoint de
la ville de Brest, imprimé à Saint-Brieuc, chez Ludovic
Prud'homme, en 1860, dit : Fier signifie Balc'h ; Balc'h
signifie hier, Altier.
Le nouveau dictionnaire pratique français-breton de A-.E.
Troude, imprimé à Brest chez J.-B. et A. Lefournier, en
1869, corrobore à l'article Fier les énoncés des
livres précédents.
Enfin, le nouveau dictionnaire pratique breton-français de A. E.
Troude, imprimé à Brest chez J.-B. et A. Lefournier; en
1876, dit de plus : Balc'h, adjectif, signifie Escarpé,
en parlant d'une roche, d'une falaise.
De ces citations il ressort, que l'interprétation la plus simple
et par conséquent la plus naturelle est, que Dr
Bälchä veut dire Le Fier, Le Hautain, et vient de
l'expression Ar Balc'h, dénomination celtique
correspondant à l'appellation allemande Stolzenherg, qui
les deux ont été très justement données par
les populations à des hauteurs dont l'aspect hardi et dominant
les frappait de prime abord.
Encore de nos jours, à l'autre bout de la France,
1 200 000 personnes parlent la langue dans laquelle la phrase
« Entre ces monts, le fier qui est au milieu est le plus
beau », s'exprime ainsi : E-touez ar ar balc'h a zo er
c'hreiz e ma ar gaera.
Octobre 1882.
Une erreur étymologique
L'explication du sens de Bälchä par Bel-Lec'h
tombe du soi-même.
Dans la langue celte, toute appellation de lieu composée de deux
substantifs dont l'un est un nom propre, a celui-ci pour partie
terminale.
Cette règle étant l'un des principes fondamentaux et
constitutifs de cet idiôme, elle existe dans tous ses dialectes
et ne souffre aucune exception.
Donc pour écrire Lieu-de-Bel en celto-breton ou brézounek,
il faut mettre non pas Bel-Lec'h, mais Lec'h-Bel ou
mieux Lok-Bel, toutes les dénominations anciennes non
articulées où le mot Lieu se trouve avec un nom propre de
divinité, de personne ou de chose, ayant au lieu de Lec'h
une autre de ses formes qui est le terme Lok. Ces choses sont
prouvées surabondamment par la nomenclature géographique
de la Bretagne, comme on le voit par les exemples suivants:
Lok-Eginer, lieu d'Eguiner; Lok-Geltas, lieu de Gueltas;
Lok-Güenolé, lieu de Güenolé; Lok-Harn,
lieu de Harn; Lok-Krist, lieu de Christ; Lok-Malo, lieu
de Malo; Lok-Maria, lieu de Marie; Lok-Miné,
lieu de Miné; Lok-Ronan, lieu de Ronan; Lok-Tudi,
lieu de Tudi; Kér-Ahès, habitation d'Ahès;
Kér-Ana, habitation d'Anne; Kér-Odern,
habitation d'Odern; Plou-Armel, village d'Armel; Plou-Néventer,
village de Néventer; Pleu-Kadeuk, village de Kado;
Pont-Aven, pont de l'Aven; Pont-Divi, pont de David; Pont-Skorf,
pont du Skorf; Lan-Ternok, pays de Ternock; Lan-Huon,
pays de Huon; Aber-Bénoet, Hâvre de Benoît; Kastel-Odren,
château d'Odren; Méné-C'hom, montagne de
Côme; Pors-Pol, port de Paul; Poul-Dahut, baie de
Dahut; Roch-Derien, roche de Derien; Ros-Madelc,
colline de Madek; Ru-Stéfan, tertre d'Etienne; Tré-Gomar,
hameau de Gomar.
Pour rendre correctement en armoricain Lieu-de-Bel, en se
servant de Lec'h, il faut user d'une expression
articulée du genre de: Lés-an-Even, cour d'Even; Léz-ar-Drieu,
cour du Trieu, et dire Lec'h-an-Bel ou Lec'h-ar-Bel,
littéralement Lieu-du-Bel.
Ce qui a fait faire la grave faute de syntaxe, objet de la
présente réfutation, c'est l'aspect de l'une ou de
plusieurs des désinences de lieux et endroits dans lesquelles il
n'y a pas de nom propre, qui n'en sont pas elles-mêmes et
où Lec'h se trouve à la fin.
Exemples: Dour-lec'h, abreuvoir; Goué-lec'h,
désert; Kac'hlec'h, lieu d'aisance; Koen-lec'h,
cénacle; Kroaz-lec'h, place marquée naturellement
d'une croix sur le dos d'une bête de somme; Kroum-lec'h,
Cromlech ; Marc'hal-lec'h, place de marché; Mel-lec'h,
partie postérieure du crâne; Skourn-lec'h,
glacière; Staot-lec'h, lieu où l'on urine; Tan-lec'h,
phare; Trémen-lec'h, lieu de passage.
La preuve manifeste qu'il est absolument centre la nature même du
Breton de placer le nom propre en tête d'appellations de la
première espèce, c'est que dans la multitude de ces noms
topographiques il n'existe pas un seul cas de transposition.
Construire un tel nom dans la disposition retournée des mots,
c'est commettre un barbarisme colossal analogue â ceux qui
feraient
de Teufelsbrücke, Brücketeufels, de Michelfelden,
Feldenmichel et d'Odilienberg, Bergodilien.
Le germanisme Bel-Lec'h est une énormité qui
ferait sourire, non seulement les autorités en matière de
philologie celtique, mais même le dernier valet de ferme
bas-breton.
Comme complément de cet exposé j'y joins le tableau des
formes qu'a le mot Lieu dans les différents dialectes bretons.
Dialectes : Léonais, Leac'h; Cornouaillais, Lec'h;
Trégorrois, Lec'h; Vannetais, Lec'h et Leh;
Gallois, Lé; - Lok, dans la composition de noms
de
lieux.
Novembre 1882.
Interprétation par le breton armoricain du mot
«Bälchä», nom alémanique de plusieurs
hautes montagnes.
Balc'hhen, forme primordiale de ce nom, signifiant Mont-Fier,
par conséquent haut et escarpé. Elle est composée
de Balc'h, Fier, Hautain, Altier, qualification s'appliquant
aussi
aux montagnes, roches et falaises escarpées, et de la
terminaison
en, qui, ajoutée à certains adjectifs en forme des
noms, possédant en plus de la faculté qualifiante de
l'adjectif
qui est leur radical a le sens d'un substantif qui y est sous-entendu.
Balc'h, fier; Balc'hen, mont fier (montagne haute et
escarpée). Exemples : Güen, blanc, Güénen,
taie blanche sur un oeil (tache sur la prunelle); Koz, vieux, Kozen,
vieille femme (femme très âgée); Sec'h,
sec, Séc'hen, femme sèche (femme très
maigre); Névez, nouveau, Névézen,
champ neuf (terrain nouvellement cultivé); Glaz, vert, Glazen,
gazon, prairie (lieu vert); Kompez, égal, uni, Kompézen,
plaine unie (campagne plane); Izel, bas, Izélen,
vallée (lieu bas); Stank, bouché, Stanken,
vallée encaissée (combe); Hüel, haut, Hüélen,
tertre, colline, montagne (hauteur de terrain).
Balc'hen s'est conservé presqu'identique dans le dialecte
haut-allemand:
Der Belchen - Ar Baldhen.
Balon, première forme francisée de Balc'hen,
résultat de l'abandon par les Français du sou guttural c'h,
ch si difficile à prononcer pour eux, et de la
transformation en la nazale on de la terminaison dure en.
Ar Balc'hen - Le Ballon.
Bälchä, forme alémanique ayant
succédé à la celtique Balc'hen, et
produite par la modification de l'a en ä et par
l'abréviation de la syllabe finale en, devenue ä
dans la bouche des populations, abréviation qu'elle fait aussi
subir à l'orthographe haut-allemande de tous les noms de lieux
terminés par le son en.
Exemple : Belchen, Bälchä; Fülleren,
Fïlar ; Franken, Frangkä; Ueberkümen,
Iïvärkhïmä; Largitzen, Largïzä; Mülhausen,
Mïlhüüsä; Reiningen, Renigä; Tiefenmatten,
Tiäfämatä.
Ar Balc'hen - Dr Bälchä.
Bèlon, deuxième forme française, où
le son a est devenu le son è, ayant suivi
l'évolution qui s'était effectuée du
côté alleman : Ar Balc'hen, le Balon; Dr
Bälchä, le Bèlon.
Balc'h, deuxième forme celtique, qui est le qualificatif
Balc'h pris substantivement comme nom propre, cas identique
à celui de l'exemple du nom de montagne: Dr Blauä,
Le Bleu; Ar Balc'h, Le Fier
Ce qui prouve que l'emploi de l'adjectif Balc'h comme
substantif nom propre est tout à fait normal, c'est que le nom Ar
Balc'h, Le Fier est très répandu en Bretagne. De
plus, ce mot est encore la racine des trois ci-après.
Bälchä, Balgä, verbe alémanique
signifiant gronder avec autorité et gronder avec fierté
ou hauteur, mot plus ou moins en usage des deux côtés du
Rhin depuis Liesthal jusqu'à Bodelsheim et du versant Ouest de
la Forêt-Noire au versant Est des Vosges.
Balg, substantif vieux-allemand qui veut dire colère.
Balga, verbe de la même langue, être en
colère.
Bälch, deuxième forme alémanique, ayant
remplacé la celtique Balch; elle est peu usitée.
Ar Balc'h - Dr Bälch
Il est certain que la solution que je propose ne satisfera nullement
les amis du romantique; il leur en coûterait trop de
dépouilller les cîmes en question de l'auréole
quasi olympienne dont ils se plaisent à les couronner, pour
accepter des conclusions qui, bien que rigoureusement logiques, sont
trop simples et trop naturelles pour eux; mais leur obstination vient
se briser contre la faute grammaticale sur laquelle repose leur
illusion volontaire. Heureusement que de nos jours les assertions non
fondées les plus enthousiastes ne reçoivent plus
d'accueil de la part des personnes animées de l'amour du vrai,
qui se tiennent sur leurs gardes contre l'entraînement par le
merveilleux ou l'extraordinaire. En somme, on ne peut servir utilement
la science dans, les recherches de cette espèce, qu'au moyen des
connaissances linguistiques nécessaires guidées par le
bon sens.
Donc les appellations de montagnes Dr Bälchä et Le
Balon signifient Le Mont-Fier, et voici rendu son véritable
sen, au nom antique du majestueux Balc'hen, du populaire sommet
des
Voaségo1, dont les flancs
alimentent
depuis les siècles, d'un côté le Dour2 et de l'autre, par son Louc'h3 admirable, la rivière qui en porte
le nom.4
17 novembre 1882.
1) Voaségo (Vosego, Vosges), de Voas,
Ruisseau par Voasek. Abondant en ruisseaux, qui pris
substantivement a pour pluriel Voaségo. - Ar
Voaségo. -- Les (monts) abondants en ruisseaux.
2) La Thur, de Dour, eau, cours d'eau,
rivière.
3) Louc'h, lac.
4) La Lauch.
Origine du nom de la ville de Montbéliard
Montbéliard, qu'on nomme en allemand Mömpelgard,
s'appelait aux temps romains Castrum Biliardoe, Castrum
Bilicardoe et Mons Beliardoe, formes latinisées de Ménébéligard
(Mont de la cour du maître), désignant l'habitation du
chef de la contrée chez les habitants de race celte.
Cette appellation se décompose ainsi:
Méné, mont, autrement Ménez.
Béli, maître, de Bel ou Baal des
langues sémitiques et qui ont le même sens; de Béli
est venu bailli.
Gard, cour; encore en usage dans le gaël irlandais et dans
celui d'Ecosse; Gard se retrouve dans le Gaard des
Scandinaves, dans le Garten et le Gaartä des
dialectes germains et dans le Garz des Gallois et des Bretons
français. Dans les idiômes celtiques, Gard et ses
variantes Garz et Garc'h signifient à la fois
haie, clos, cour, courtil et jardin, tandis
que Gaard n'a plus que le sens de cour chez les Suédois,
les
Islandais et les Danois, et Garten chez les Allemands plus que
celui
de jardin, mot qui lui-même est le dérivé
français de Gard.
19 février 1883.
Un nom mulhousien
Un Pierre Benner apparaissant déjà comme
acquittant des contributions, dans le registre de prestations de 1405,
le plus vieux de la république de Mulhouse; la famille
patricienne des Benner est l'une des plus anciennes de cette
ville.
La date du commencement de son existence dans cette cité, et la
notion du lieu d'où elle y est venue, sont perdues dans un
passé lointain et son nom fait exception parmi ceux des vieilles
souches du pays, lesquels appartiennent pour la plupart à divers
dialectes allemands ou sont de provenance latine.
Ce nom isolé, porté par une seule lignée et ne
disant absolument rien dans aucun des idiômes usités dans
notre contrée et dans celles d'alentour, se trouve avoir un sens
en armoricain, langue dans laquelle il signifie tailleur de pierres.
(Le Gonidec revu par De la Villemarqué.) Dans un dictionnaire
breton-français-latin de Jean Lagadeuc, manuscrit de 1464,
conservé à la bibliothèque nationale de Paris,
fonds Lancelot, n° 160, Bener a en plus le sens de sculpteur.1
Le nom Benner est donc d'origine celtique, et le dialecte qui
l'a engendré n'ayant plus été parlé lors
des
croisades, quand les noms de familles se formèrent que dans la
presqu'île d'Armor, il est évident qu'il est venu de
là en Alsace, apporté, peut-être, par un soldat
breton qui, faisant partie de l'une de ces bandes des siècles
reculés vaguant entre l'Océan et le Rhin se mettant au
service des seigneurs et des villes, se serait fixé dans la
nôtre.
Par des coïncidences singulières on a vu de notre temps
génie de la peinture et de la sculpture prospérer chez
plusieurs membres de la famille en question, dont l'un perfectionna son
talent sous la direction d'un peintre distingué, M. Pils de
Douarnenez, un
maître breton.
24 février 1883.
1 Ben, taille de la pierre, sculpture; de
Ben, pierre en hébreu. - Bena, tailler la pierre,
sculpter. - Bener, tailleur de pierres, sculpteur. - Benerez,
taille des pierres, sculpture. Tailleuse de pierres, femme qui
sculpte.
Dans tous les cas par un sujet dont un ascendant exerça l'une
des professions désignées par Bener.
Eugène Fallot, Revue d'Alsace (1885)
de Rémy Viredaz, Genève
remy.viredaz@bluewin.ch
le 20 Août 2006
Je lis avec plaisir la liste de mots de patois alsacien roman
d'Eugène
Fallot que vous avez mise en ligne sous
http://cern.ch/juillot/glossographie.html
C'est un patois extrêmement proche du franc-comtois (que je
connais un peu
par l'étude et le glossaire de Maurice Grammont) et du jurassien
suisse, on
reconnaît beaucoup de mots de ces patois, ou d'autres mots
suisse-romands,
ou encore latins.
Ainsi, ailombrate (serait en français alombrette)
est l'une des nombreuses
formes prises par le latin hirundo (hirondelle, aronde) dans les patois
français (voyez le Französisches Etymologisches
Wörterbuch au mot hirundo).
Aiquiaiase "pie" doit être une faute de copie pour
aiquiaisse, qui serait
en français "acasse", c'est-à-dire le mot agace 'pie'
avec un c comme dans
jacasser.
Breuya est sûrement apparenté à
"embrouille", "brouiller".
Chyelle, en jurassien çhoueçhaîe, est la forme
prise par le latin flebilis, qui
a pris la place de debilis en bas latin et donné le
français faible (le
français a perdu le premier l, mais pas le jurassien et
l'alsacien)
Chyelle, en jurassien çhaîle, est la forme
prise par le latin flebilis, qui
a pris la place de debilis en bas latin et donné le
français faible (le
français a perdu le premier l, mais pas le jurassien et
l'alsacien)
Choëchai, en jurassien çhoueçhaîe
(deux syllabes), est la forme locale du
mot souffler (avec la même transformation du "fl" que dans le mot
chyelle
ci-dessus, et déformation du s initial sous l'influence du
çh - comme par
exemple dans le mot français chercher, vieux français
cercher, anglais
search).
Nonnai est le repas que l'on prend à "none", latin
nona = la neuvième heure,
anglais noon (avec un changement de sens en anglais)
yeudre est exactement le mot latin corulus (écrit
aussi corylus), vieux
français coudre, qu'on a aussi dans le nom de famille
Descoeudres.
Qyeutchi, jurassien quèrtîe, est la forme
locale de quartier.
Dscherainne est une déformation de gallina, vieux
français geline, poule
(l'évolution normale aurait donné dschelïnne, je
suppose)
Eqyeupai doit avoir la même étymologie que
l'espagnol escupir, c'est-à-dire
le latin conspuere (un composé de spuere), bas latin cospere,
changé en
scopere (une étymologie pas évidente, découverte
ou du moins citée par
Grammont, encore lui).
Eplüe 'étincelle' correspond au vaudois
èpèlûva, dont je ne connais pas
l'étymologie personnellement, mais je pense qu'elle est connue
des
spécialistes (voir le Glossaire des patois de la Suisse
romande).
Goëné, jupe, doit venir du vieux
français goune, qui a donné l'anglais gown.
Bas latin gunna, vêtement de cuir, d'origine
étrangère mais incertaine.
Dans Kervoigié, on reconnaît
l'équivalent des mots romands qui ont donné les
noms de famille Crevoisier, Courvoisier; du vieux français
courvois "cuir de
Cordoue" (espagnol cordobés 'de Cordoue').
Je m'arrête là car j'ai du travail et la plupart des
autres mots sont moins
évidents.
Bien sûr en 1715, la linguistique en tant que science
n'existait pas encore
et Schoepflin ne pouvait donc pas disposer des bases nécessaires
à une étude
étymologique. Apparemment, il ne connaissait pas non plus les
dialectes
extérieurs à l'Alsace mais je crois bien que personne
à l'époque n'avait eu
l'idée d'enquêter sur les patois.
Remarque: dans les phrases Idioticum linguoe romano-barbaroe,
vulgo Patois,
quoe in Alsatia viget, scu specimen vocum, quoe nec cum Latinismo, nec
cum
Teutonismo, commune quid habent et Hujus enim linguae
Theotiscoe, quant
etiam franciscam appellat, barbaries, ut est "inculta et
indisciplinabilis,
il faut lire linguae etc. (tous les oe de ces phrases
sont en réalité
des ae - effectivement certaines polices typographiques ont des
æ qui
ressemblent beaucoup à des oe); au lieu de quant etiam
dans la seconde
phrase il faut lire quam etiam.
Comment suis-je tombé sur cette page? À cause du mot
holzspalte - je
cherchais sur google le singulier exact du mot allemand qui est au
datif
pluriel Spälten - finalement je l'ai trouvé dans un
dictionnaire de
l'allemand de Suisse (ça existe), sur du bon vieux papier...
de Al Sturza, Montreal, Qc, CANADA
sturzavdb@sympatico.ca
le 26 Août 2006
Le mot Goené, premier de la 13eme ligne à partir
du bas de votre commentaire sur la Glossologie des patois d'Alsace
de Fallot,
fait également penser au mot gynécée
et donc au grec gyne... femme etc...