L'origine de la Guerre de Trente Ans est à rechercher
dans un conflit d'abord purement allemand et religieux, qui dégénère
ensuite en une grande guerre européenne.
1618: la Défenestration de Prague marque le début
des hostilités.
Quatre phases définies par l'intervention de différentes
nations rythment le conflit:
1618-1625: phase allemande (siège de Haguenau par Mansfeld)
1625-1625: phase danoise
1629-1634: phase suédoise
1634-1648: phase française
1648: le traité de Westphalie met fin à cette
guerre en confirmant la Suède et la France dans leurs rôles
de grandes puissances européennes. Louis XIV gagne territorialement
les Trois Evêchés (Metz, Toul, Verdun) et la Haute Alsace
avec droit de surveillance sur la Décapole.
Les propriétés de l'élixir du Suédois sont connues en Alsace depuis 1622.
Aspects de la Guerre de Trente Ans
Vallée de la Bruche, Ban de la Roche, Pays de Salm
Arnold Kientzler, Denis Leypold, Marc Brignon
* *
*
La Guerre de Trente Ans, la Guerre des Suédois, 1618-1648...
Ces mots, ces dates se lisent souvent dans les manuels, résonnent
parfois à nos oreilles, mais sont toujours perçus comme une
calamité à laquelle on attribue inexorablement tous les maux.
On en connait les origines.
Le conflit - religieux - opposa dans un premier temps les Etats
protestants de Bohême à l'Empereur Frédéric
II dont le rétablissement du catholicisme constituait la grande
idée. De péripétie en péripétie, d'alliance
en alliance, les hostilités devinrent rapidement «européennes».
La brusque entrée en guerre en 1631 de la Suède - dont le
roi Gustave-Adolphe se révéla être un véritable
chef de guerre - et celle plus progressive de la France de Louis XIII et
de Richelieu accélèrera le processus militaire et en portera
les méfaits dans nos régions.
La Vallée de la Bruche, le Ban de la Roche et la principauté
de Salm furent touchés par la guerre, mais pas forcément
au même moment ni avec la même ampleur.
Restituer ces différences tel a été le but
poursuivi par le comité de l'Essor qui a confié le travail
à trois auteurs, chacun pour un secteur géographique bien
défini.
Compte tenu de la diversité des situations et surtout de
la qualité - très inégale - des documents disponibles,
il était évident que les trois études n'allaient pas
forcément se superposer ou se recouper.
L'Essor a pour habitude d'offrir à ses fidèles lecteurs
des données neuves, tirées d'archives souvent inexploitées
et peu connues.
C'est encore le cas ici.
Faits de guerre dans la vallée de la Bruche
(1632-1639)
Arnold Kientzler
I. Les prémices
C'est bien avant les années de guerre (la guerre a commencé
en 1618) que les populations de la vallée sont appelées à
subvenir à l'entretien de soldats. Ainsi pendant la première
semaine d'août 1627, les villages de Mollkirch, Muhlbach et Lauben
[Laubenheim]
sont sommés de fournir cinq sous par jour.
Jean Luck, le receveur impérial, précise qu'en cas de
non livraison, les soldats viendront chercher l'argent eux-mêmes...
(1).
La requête des habitants est déjà significative. Ayant
eu à entretenir en 1625 cinq soldats à Guirbaden pendant
quatre mois, ils estiment que cela leur paraît impossible:
ils
n'ont rien... la vie est chère... ont déjà souffert
de la faim avec femme et enfants ...(2).
La suite des événements prouvera cependant que les calamités
n'en sont qu'à leurs débuts.
Les premiers mois de l'année 1632, les garnisons impériales
et celles de leurs alliés, les Lorrains, stationnent en Alsace et
s'attaquent aux territoires dépendant de la ville protestante de
Strasbourg déjà prête à collaborer avec les
Suédois. Ainsi des mercenaires strasbourgeois doivent chasser des
bandes de Lorrains qui avaient attaqué Barr. Refoulés en
direction des Vosges, trois cents hommes se tinrent pendant onze jours
sur les confins, à Gallera (Colroy-la-Grande), Lysse
(Lusse) et Browonschier (Provenchères) avant de se diriger
sur S.Stell (St-Stail) où ils sont restés un certain
temps(3).
L'occupation violente des principales villes alsaciennes par les Suédois
(Benfeld, Obernai, Sélestat, Molsheim) provoqua au début
de 1633 des explosions de haine entre occupants et opprimés, ainsi
la révolte paysanne dans le Sundgau durement mâtée
par le fer.
C'est dans ce contexte particulier qu'il faut placer les événements
dramatiques dont la vallée de la Bruche allait être le théâtre
en juin 1633.
II. Les destructions de juin 1633
1. Haslach: l'abbaye
En mars, l'administrateur de l'Evêché installe une garnison
impériale au château de Guirbaden dont les défenses
sont renforcées (4). Dans le même
temps quatre-vingts impériaux occupent l'abbaye de Haslach pour
contrôler la vallée de la Bruche et les villages à
cause des cols d'accès(5). On
peut préciser que dès l'annonce de la prise d'Obernai par
les Suédois, les chanoines s'étaient prudemment
dispersés...(6).
Ce renforcement militaire n'empêcha nullement les garnisons suédoises
de Molsheim, Mutzig et Rosheim de rôder dans la vallée et
de menacer la population. Le même document précise qu'au mois
de mai une troupe se présente face à la collégiale.
Devant la résistance des occupants (?), elle finit par repartir
non sans avoir plongé le village de Niederhaslach dans les flammes.
Le 6 juin, les Suédois reviennent avec des pièces de
siège(7).
Les événements se précipitèrent alors. L'abbaye
fut canonnée pendant toute une journée, la garnison
faite prisonnière, l'église et les maisons canoniales incendiées.
En évoquant plus tard cette période, les chanoines parleront
d'un
temps où le chapitre d'haslach s'était mis sous la protection
des évêques de Strasbourg qui leur avaient envoyés
des troupes pour deffendre leur enclos et leurs biens contre l'incursion
des ennemis dont les forces ont néanmoins prévalu puisqu'en
l'année 1633 haslach a été saccagé et incendié...(8).
Malgré les détails, les événements du 6
juin semblent incomplets. De source suédoise, nous apprenons qu'en
réalité une importante révolte des paysans de la Vallée
de la Bruche et du Val de Villé fut à l'origine de ces destructions.
Une collusion entre les troupes impériales et les habitants fit
que les deux vallées se dressèrent avec violence contre l'occupant,
y ont fait des dégâts si bien que les Suédois sont
revenus, les ont battus et dispersés dit la chronique qui ajoute:
les
paysans ont attaqué avec force mais les soldats ont bien
riposté(9).
2. Schirmeck: château et bourg
C'est donc en répression à un soulèvement local
que l'abbaye de Haslach fut brûlée. Mais dans le même
temps ils [les Suédois] ont entièrement détruit
le château de Schirmeck et le bourg situé à ses
pieds(10).
II est certain que les troupes suédoises ont ainsi tenu à
dégager des passages importants comme le péage vers la Lorraine
(Schirmeck) et le débouché de la vallée de la Hasel
(Haslach). En même temps, Villé fut brûlé et
le col de Steige contrôlé comme le laisse entendre un autre
document suédois(11).
3. Un état dramatique
La répression ennemie avait été rapide, sans doute
très violente et la vallée ne s'en remettra qu'au bout de
nombreuses années. Douze mois plus tard, au début de juin
1634, un état statistique des villages dépendant du val de
Villé, du Bailliage de Schirmeck et du Ban de la Roche porte encore
la trace profonde des destructions opérées dans la vallée
de la Bruche et en donne tous les détails(12):
|
SCHIRMECK |
château brûlé; village incendié sauf neuf
maisons |
| URMATT |
brûlé en partie |
| NIEDERHASLACH |
abbaye ruinée et brûlée; village incendié |
| LUTZELHOUSE |
brûlé en partie |
| WISCHES |
brûlé |
| NETZENBACH |
brûlé |
Les destructions suédoises touchèrent donc principalement
les agglomérations situées dans la vallée même,
épargnant sans doute celles installées dans les vallons latéraux
(Russ, Oberhaslach, Barembach) ou sur les hauteurs (Heiligenberg, Grendelbruch).
Par contre, les établissements économiques eurent à
souffrir comme, par exemple, le moulin de Russ incendié en 1633
et toujours en ruines deux ans plus tard(13).
Comme toujours, des pillages accompagnent la violence, pillages en
règle (comme l'abbaye de Haslach), parfois plus localisés.
Ainsi Jean Pfetz et Adam Gemer, sujets du bailliage (sans autre précision)
cultivaient avant la guerre des biens à rente (Gultgüter)
appartenant à l'époque au bailli épiscopal Jean de
Giffen. Ils y ont renoncé depuis deux ans parce que les chevaux
avaient été emmenés par les soldats. La population
n'est pas épargnée loin s'en faut même si les témoignages
sont plus rares. Une plainte des communautés de Dinsheim, Still
et Heiligenberg datant de l'été 1633 évoque la
soldatesque ennemie qui, depuis longtemps est autour de nous. Les villageois
sont
chassés avec femme et enfants, le bétail et tout le foin
volé, les moissons perdues (15).
Vers la fin de l'année 1633, les Suédois sont donc maîtres
du terrain et installent progressivement une nouvelle administration après
s'être assurés des terres et de leurs revenus.
III. 1634: Pillages et reconstruction
1. Une nouvelle administration suédoise
Dès le 13 septembre 1933, le nouveau bailli de Molsheim, Samuel
Haugwart est chargé de faire rentrer les revenus des bailliages
de Schirmeck, Mutzig et de l'abbaye de Haslach entre autres pour l'entretien
des soldats à pied et à cheval et l'approvisionnement
des magasins militaires: tous les «fonctionnaires» locaux sont
réquisitionnés à cet effet, depuis l'écoutète,
les jurés, le garde des forêts...(16).
C'est sans doute à cette époque aussi que cessa l'administration
du bailli de l'évêque de Strasbourg à Schirmeck, Jean
de Giffen.
Au courant de l'année 1634, les forces suédoises commencent.
à répartir les terres conquises au profit de leurs alliés.
La ville de Strasbourg reçoit ainsi les riches terres du
Kochersberg(17),
la famille de Veldentz étant investie de la part de la couronne
de Suède de deux vallées que l'on dit en Allemand:
le Wyler et Brüschthal(18).
Le 6 juin (pour le bailliage de Schirmeck) et le 21 (pour la seigneurie
de Villé), les représentants de tous les villages durent
se rendre à Benfeld, forteresse tenue par les Suédois. C'est
là que la prestation de serment eut lieu devant les commissaires
des Veldentz (dont le bailli du Ban de la Roche Christian d'Unwürden)
mais également en présence de Frédéric-Richard
Mockel, résident de Suède en Alsace. Georges-Gustave de Veldentz
venant de décéder, son épouse Marie-Elisabeth reçut
l'hommage de ses nouveaux sujets à la place de son fils mineur Léopold-Louis,
à peine âgé de neuf ans(19).
Les deux actes notariés donnent le nom des représentants
des villages, dont une version en français pour le bailliage de
Schirmeck. II peut être intéressant de connaître les
«notables» locaux de l'époque qui y sont ainsi détaillés.
Bailliage de Schirmeck
(ABR E 5527 fol. 1-6v° et fol. 39-44)
|
| Version française |
Texte allemand |
| SCHIRMECK |
|
| Jean ledu Chastelain (écoutête) |
Hans ledu |
| Jean Gouth |
Hans Gueth |
| George Bechtel |
|
|
|
| RUSS (Roues) |
|
| Philip Claude |
Philips Clauss |
| Claude Fevre |
Claus Schmidt |
| Jean Taubenhawer |
Hans Daubenhauger |
| George Meusnier |
Georg Muller |
| Balthasar Fevre |
Balthasar Schmidt |
|
|
HASLACH (Haseloch)
Jacob Garçon |
|
|
|
URMATT (Ourmath)
Adam Lutz |
|
|
|
HEILIGENBERG (Saindtmont)
Jacob Berger |
Jacob Schäffer |
|
|
| STILL |
|
| George Droidt |
Georg Strackh |
| Michel Funck |
|
|
|
| DINSHEIM (Dingsheim) |
|
| Martin Meusnier |
Martin Muller |
Val de Villé
(ABR E 5527 fol. 10)
|
| .... |
|
| SAALES (Seel) |
COLROY (Galler) |
| Nicolas Schenck |
Munsch Matthis |
|
|
| BOURG (Neuburg) |
LA SALCEE (Saltze) |
| Jean Gair |
Munsch Clément |
|
|
| BRUCHE (Breusch) |
STAMPOUMONT |
| Nicolas Serbole |
Claude Jean Cola |
|
|
| RANRUPT (Rospach) |
... |
| Jean Schmidt |
|
| Mathieu Klein |
|
| Nicolas Schmidt |
|
2. Méfaits
Le changement de seigneur n'apporta évidemment aucune amélioration
au sort des habitants de la vallée. Bien au contraire, cette année
1634 semble en effet être caractérisée par des vols
et pillages continus et une insécurité sans cesse croissante
dans les campagnes. Ainsi, le 28 août, répondant sans doute
à un ordre du bailli suédois Christian d'Unwürden, le
greffier de la vallée (Thalschreiber) Jean-Conrad Rapolt
lui promet d'aider avec beaucoup de zèle l'écoutète
de Schirmeck afin de réagir à l'encontre des pillards
(strassenräuber)
et autres mauvais garçons, ceci avec le concours des habitants
de tout le bailliage(20).
La situation devient dramatique après la défaite des
Suédois à Nordlingen (5 septembre) lorsque des milliers d'Impériaux,
vainqueurs, déferlent en Alsace et que des «Croates pillards
inondent la campagne» (Rod. Reuss).
Deux témoignages locaux caractérisent bien cette période
de troubles.
L'aubergiste du Netzenbach (von Wych im Netzenbach), Nicolas
Gueth, avait refusé de servir du vin à un groupe de soldats
suédois dirigés par l'ancien écoutète de Still,
Jean Vogel, qui avait pris du service armé. Furieux de l'attitude
de notre cabaretier, celui-ci fut emmené de force par les mercenaires
qui voulurent le traîner jusqu'à Benfeld. Du côté
d'Urmatt, Nicolas Gueth réussit toutefois à leur
échapper(21)
mais craint maintenant que par représailles sa maison et son bien
ne soient réduits en cendres.
Jean Gueth, aubergiste à Schirmeck - sans doute un des hommes
les plus aisés du lieu - a connu une autre mésaventure. Au
début de la guerre, il avait mis prudemment son vin à l'abri
en en transportant plus de quatre-vingt cinq aimes (Ohmen) à...
Badonviller. Las, les troupes lorraines occupant la ville ont pris le
vin des caves dont le sien. Sa demande concerne évidemment le
remboursement de la marchandise perdue(22).
3. Une certaine constance
Toutefois ces temps d'incertitude, de pillages et de méfaits
divers se confondent avec une certaine impression de stabilité:
la vie de tous les jours semble pouvoir continuer. Au fond de la vallée,
c'est le Maistre Descolle de Saales, Claude Bazin qui se plaint
que la somme d'argent que tous les bourgeois devaient lui verser pour
sa pansion (sic) arrivait difficilement car la plus grande partie
des bourgeois n'ont [pas] fait leur devoir de payer. À force
d'attendre, il sera donc contraint de sortir dudit Salle pour aller
gagner sa vie ailleurs(23). Au delà
du cas personnel de notre maître, on constate néanmoins que
l'école continuait de fonctionner malgré les temps de guerre!
Une autre catégorie de personnes ne semble pas avoir souffert
outre mesure de la crise: ce sont les aubergistes de la vallée.
En feuilletant les comptes minutieux du bailli suédois André
Zölling, on constate non sans une certaine surprise que d'importantes
quantités de vin étaient régulièrement débitées.
Le tableau des consommations par auberge pour la période entre le
25 juillet 1634 et le 1er mars 1635 en fait foi(24):
| Lieu |
Aubergistes |
Quantités consommées |
| Schwartzbach |
Georges Sontag |
22 aimes de vin |
|
Nicolas Bechdof |
24 aimes de vin |
|
|
|
| Oberhaslach |
Anstett Erhart le jeune |
5 aimes de vin |
|
|
|
| Russ |
Antoine Flach |
14 aimes de vin |
|
|
|
| Schirmeck |
Jean Gueth |
51 aimes de vin |
|
Jean Idoux, écoutète |
53 aimes de vin |
|
Mathieu Gueth |
6 aimes de vin |
|
|
|
| Dinsheim |
Pierre Frantz |
3 aimes de vin |
|
Gall Riedinger |
6 aimes de vin |
|
Conrad Gaflom |
19 aimes de vin |
|
|
|
| Grendelbruch |
Jean Lien |
7 aimes de vin |
|
|
|
| Urmatt |
Christmann Anstett |
5 aimes de vin |
|
Nicolas Anthony |
6 aimes de vin |
|
|
|
| Still |
Jean Schefer |
6 aimes de vin |
C'est à Schirmeck et dans une moindre mesure à Schwartzbach
que le vin a surtout été consommé sans doute en premier
lieu par les soldats de passage. Ce signe de «prospérité»
est corroboré par le fait que pratiquement tous les cabaretiers
ont pu acquiter les taxes. Zölling note en effet que seul Nicolas
Bechdolt de Schwartzbach n'a rien pu payer, Pierre Frantz de Dinsheim
réglant la moitié de la taxe seulement.
Le texte nous apprend bien autre chose: parmi les neuf maisons restées
debout à Schirmeck (d'après l'état de juin 1634) figurent
au moins les trois auberges. Un autre type d'édifice a également
survécu: la maison curiale, dans laquelle un certain nombre de religieux
d'Altorf et des environs ont trouvé refuge pendant ces temps de
trouble.
D'autres religieux avaient pourtant déjà précédé
le mouvement. Ce fut le cas dès novembre 1632, lorsque les Chartreux
de Molsheim, fuyant les Suédois, s'étaient réfugiés
à Senones puis à Etival. Le souvenir de leur séjour
vosgien y était encore vivace à l'époque de dom
Calmet(25).
Un état de frais établi par le curé résidant
à Schirmeck, Dominique Baccon, nous renseigne sur ces nouveau hôtes.
Pendant une quinzaine de jours entre 1633 et 1634, la maison de cure a
servi de gîte au Père Bénédicte Begert et au
Frère Bernard qui, malades, étaient en route pour Raon-l'Etape
et l'abbaye de Haute-Seille. De même, le Père Simon Fiacrius
d'Altorf et Hermann Ross, chanoine de St-Léonard sont restés
pendant quinze mois à Schirmeck. Pour leur subsistance, le curé
de Schirmeck reçut de la farine, du blé et du vin en assez
grandes quantités qu'il chercha à Molsheim, St-Nabor et Boersch.
Dans le même temps, quatorze chevaux appartenant à l'abbaye
d'Altorf purent être mis en lieu sûr à Schirmeck pendant
près de trois mois (le foin et l'avoine nécessaires avaient
été achetés à Urmatt auprès des héritiers
Thiriot)(26).
La présence de ces chevaux est sans doute en rapport direct
avec les importants travaux effectués à la grange de la maison
curiale en mars 1634. La charpente de ce bâtiment fut en effet entièrement
refaite. De même, les écuries et la maison curiale elle-même
furent réparées(27).
Vers la fin de l'année 1634, d'autres indices de reconstruction
apparaissent dans les textes. Le 12 octobre 1634, un fonctionnaire suédois,
Jean Macrin, écrit à la comtesse palatine Marie-Elisabeth.
Après avoir constaté qu'à Schirmeck tout est ruiné
(28),
il a trouvé auprès des sujets une volonté certaine
de réparer et construire à nouveau (29).
Le 5 novembre, notre cabaretier Jean Gueth (celui qui avait voulu mettre
son vin en sûreté à Badonviller) se plaint qu'il a
besoin de l'argent manquant pour reconstruire sa maison détruite
par le feu et pour son ménage(30).
Le même mois, les écoutètes du bailliage écrivent
au résident suédois en Alsace que les habitants sont obligés
de vendre leurs lopins de terre pour remettre sur pied leurs masures,
hunes et autres maisonnettes ruinées(31).
Ces bonnes dispositions disparaissent malheureusement assez vite face
aux événements. Après la défaite suédoise
de Nordlingen, la suprématie militaire revient à présent
à la France dont les troupes pénètrent en Alsace et
soumettent les populations à des cantonnements rigoureux, voire
draconiens.
IV. La profonde désolation de 1635
L'année 1635 est sans doute la plus noire pour la Vallée,
celle qui paralyse, tue, extermine et appauvrit sans aucune distinction.
Les témoignages abondent dans ce sens.
1. Les cantonnements
À la demande du duc de Rohan, le régiment français
du colonel de Battily répartit ses mercenaires dans tous les villages
du bailliage: Schirmeck reçoit ainsi vingt soldats. Cette charge
particulièrement lourde pour une population affaiblie entraîne
une supplique - une de plus - à l'adresse de Marie-Elisabeth de
Veldentz.
Les pauvres sujets, soumis aux dévastations sont pour
lors épuisés, à bout et ruinés et ne peuvent
plus acquitter leurs taxes. Ils demandent la protection de leur seigneur
sinon
nos pauvres femmes et enfants vont mourir de faim. Ce document particulièrement
significatif date du 16 mars 1635(32). Il
est reprit presque mot pour mot le 5 avril de la même année
accentuant ainsi le côté dramatique du moment.
Cette extrême pauvreté s'explique également par
une paralysie économique prononcée. L'écoutète
Jean Idoux et le greffier Jean-Conrad Rapolt - tous les deux particulièrement
au contact de la vie quotidienne - expliquent à la comtesse palatine,
le 8 septembre 1635, que le péage de Schirmeck (qui avait sans doute
repris en 1634) n'a été perçu que jusqu'en mai 1635.
Depuis lors, il n'a plus rien donné parce que les voitures [des
marchands] sont bloquées (34).
2. Pillages et incidents
Le pillage des bandes armées a certes contribué à
cette paralysie. Il touche tous les secteurs de la vallée mais peut-être
plus particulièrement les environs de Saâles. Des troupes lorraines
s'étaient en effet installées dans les ruines du château
de Spitzemberg et, depuis leur repaire, dévastèrent le fond
de la vallée(35).
Saâles est ainsi touché de plein fouet. Une lettre du 22 septembre
1635 du fermier de Villé, Jacques Melfinger, à la comtesse décrit
assez bien la situation: ceux de Saales apportent tout leur bétail
ici [à Villé] et disent que leur village est rempli
de cavaliers lorrains qui ont pris toutes leurs récoltes. De
même, à Colroy-la-Grande (zu Grossen Collrei) et près
de la frontière, les gens sont terrorisés et craignent
pour leurs maisons et leur village. La dîme n'a pu être
levée à cause des lorrains maraudeurs du Val de Senones qui
font craindre qu'on ne puisse plus demeurer chez soi. Et Melfinger
d'ajouter: de ce fait, la terreur gagne tout le monde ici [à
Villé](35).
Le receveur de St-Blaise-la-Roche en prévision de l'arrivée
des troupes lorraines dans les environs voulut en passant par Albé
se rendre à Strasbourg pour obtenir une intervention. Melfinger
signale qu'en cours de chemin, des chenapans (Schnapauen) l'arrêtèrent
avec son domestique près de l'Ungersberg. Et de conclure, on
ne sait où il est(36).
Une aventure singulière était déjà arrivée
quelques mois auparavant à un autre habitant de St-Blaise, cette
fois dans le bas de la Vallée. Claudi, le forestier, avait été
chargé par la comtesse palatine d'aller à Haslach avec le
grand Louis pour une coupe de bois(38).
Mais il dut renoncer sur place à cause du grand danger des soldats
qui pillent et volent incessamment aux villages d'allentour de haslach.
C'est sur le chemin du retour que les deux hommes furent victimes des soldats.
Le récit - écrit en français et avec un certain pittoresque
- mérite d'être reproduit: Mesme à notre retour,
moi et le grand Louis, nous fusmes en danger d'estre tué, tellement
que n'eut été ma hardiesse et grand courage d'arracher la
carapine (sic) d'un des soldats qui estoient au nombre de cinq,
sans doute j'eusse été mort sur la place; tellement aussi
que le grand Louys fut battu par lesdits soldats, qu'il lui est impossible
de trouver à travailler. Nonobstant sa grand bravoure, le forestier
Claudi reconnaît quand même que sans l'assistance des bourgeois
de Viche, nous eussions tous deux demeurez morts sur la
place(38).
D'autres péripéties arrivées à des sujets
de la vallée sont mentionnées au hasard des documents. Ainsi
trois bourgeois de Russ - et non des moindres puisqu'avec Jean
Taugenhauer(39)
et Jacques Jeger, il y avait l'écoutète du
lieu Philippe Nicolas - avaient acheté quatre chevaux à un
habitant de Grendelbruch nommé Valentin Charton. Comme dans ces
temps de guerre, il valait mieux s'entourer de garanties, ils exprimèrent
leur satisfaction d'avoir acheté les bêtes à un bourgeois
plutôt qu'à un soldat. Las, les chevaux avaient été
volés à un habitant de Griesheim près de Molsheim!
Nos infortunés bourgeois s'adressèrent à leur seigneur
afin de pouvoir récupérer la somme versée avant de
rendre les chevaux(40). Comme c'est souvent
le cas, la réponse de la comtesse n'est pas connue...
3. La mortalité
Ces événements, tout en étant caractéristiques
pour l'époque restent très ponctuels. Ils ne doivent en aucun
cas faire oublier la grande misère de la vallée et surtout
une importante mortalité peut-être identique à celle
que l'on constatera au Ban de la Roche et au pays de Salm. Les chiffres
font ici défaut mais certaines allusions sont significatives.
Ainsi dans une lettre du 30 août 1635, les deux communautés
de Schirmeck et Russ mentionnent que les deux villages épuisés
ont vu mourir de faim une grande partie de leur population, les autres
habitants étant dans le plus grand
dénuement(41).
Une autre épreuve attend pourtant encore la vallée quelques
mois plus tard lorsque les 6 et 7 octobre 1635, les troupes lorraines et
impériales pillent le bourg de Schirmeck de fond en
comble(42).
On n'a guère de détails sur cette attaque. Seul le bailli
André Zölling mentionne que lors du sac des maisons, les impériaux
lui ont volé son manteau de voyage, ses bottes avec les éperons
qui
étaient neufs ainsi que son pistolet. Avec le cheval volé
lui aussi mais qu'il put récupérer - sans la selle toutefois
- il évalue son dommage à plus de cinquante
florins(43).
Cette situation - dramatique - est sans doute la mieux résumée
dans la plainte des écoutètes de la vallée au bailli
de Schirmeck, lettre datée probablement d'octobre 1635. Elle évoque
les pauvres sujets affligés par le feu, le vol et le pillage.
Leur misère est arrivée au point qu'aucun d'entre eux
ne peut plus secourir son proche dans sa grand détresse ne serait-ce
qu'avec un croûton de pain ou l'aider d'une autre
manière(44).
V. Dernières années de guerre: der «Schirmecker Diebolt»
La Vallée de la Bruche n'est évidemment pas la seule
atteinte. Le 11 février 1637, le magistrat de Strasbourg brosse
à l'intention du roi de France, Louis XIII, un tableau particulièrement
suggestif. Il note que tous les chemins fourmillent de soldats dont
les uns par malice (?), les autres faute de vivres rôdent et pillent
tout ce qu'ils rencontrent(45). Une
supplique analogue et de la même période, évoque la
situation des paysans à qui, après la perte de la moisson
passée n'est demeuré que la vie et leurs maisonnettes qu'ils
seront contraincts d'abandonner et enfin mourir de
faim(46).
Rançonnement et pillage trouvent une illustration paticulièrement
suggestive dans une affaire qui eut la vallée pour cadre et dont
les victimes furent deux bourgeois de Barr, Mathis Wolff, boucher et Jean
Degermann, aubergiste à l'enseigne du Brochet.
Vers la fin de l'année 1638, quatre voitures lourdement chargées
de vin et tirées par dix-sept chevaux sont en route pour Strasbourg.
À la hauteur d'Obernai, le convoi est intercepté par une
troupe de quatorze pillards lorrains qui avaient fait de la vallée
de la Bruche l'un de leurs repaires favoris, notamment à Rothau
où ils aiment séjourner(47).
Ce lieu n'est pas improvisé car à leur tête se trouve
un habitant de Schirmeck, Diebolt Hazard, fréquemment appelé
dans le texte der Schirmecker Diebolt. Les mauvais garçons
qui l'entourent ont pour noms Nicolas de Curry de la vallée de
Schirmeck (sans autre précision), Jean Frantz, boucher de St-Quirin,
un certain Pierre de Raon-sur-Plaine, Jean Jacques, hosenstricker(48)
de son métier et d'autres individus venus de Landau, Buswiller etc...
La déposition faite ultérieurement par les deux marchands
nous renseigne sur leurs péripéties(49).
Placé chacun sur un cheval, pieds et mains liés, ils durent
suivre la troupe (avec les chevaux) par des chemins peu habituels.
Vers minuit, le convoi s'arrêta dans une métairie près
de Grandfontaine où les infortunés promirent cent, voire
deux cents doublons(50) pour sauver leur
vie. Ce fut en pure perte puisque la troupe repartit toujours de métairie
en métairie, jusqu'à Baccarat (Baccarach). C'est là,
que Diebold Hazard, fit subit de mauvais traitements à Jean Degermann
frappant l'aubergiste avec une pelle en fer et un bâton sur
tout le corps, le visage et les oreilles si bien que le sang en coula.
Ces épisodes caractéristiques alimentent bien l'histoire
troublée de notre Vallée. Pourtant c'est durant cette même
année 1639, que la guerre s'acheva dans son ensemble avec la défaite
des troupes impériales même si, sur les frontières,
les incursions lorraines restaient encore fréquentes.
L'Alsace ne sera pourtant définitivement pacifié qu'en
1646. Mais au mois de décembre 1641, le bailliage de Schirmeck retrouva
une administration épiscopale. Les écoutètes de Schirmeck
(Jean Idoux), Still (Strack), Haslach (Els) et Russ (Daubenhauer) prêtèrent
à nouveau le serment au nouveau bailli de l'évêque
Georges-Charles Zoller(51).
Le témoin de cette scène fut le Conseiller épiscopal
Jean de Giffen, celui-là même qui était à la
tête du bailliage de Schirmeck avant le déclenchement de la
guerre, celle dite de Trente Ans...
Arnold KIENTZLER.
1) Archives départementales du Bas-Rhin
[ABR], 1 G 38, 65 b fol. 6r°.
2) id. 65a fol 5r°.
3) Archives municipales de 5trasbourg
[AMS] VI, 47. Rapport de Georg HOHDA au Magistrat de Strasbourg du 11 février
1632. A remarquer la transcription phonétique du nom de Provenchères.
4) AMS AA 1011 (2) fol. 8ro.
5) ABR G 1205.
6) ABR G 5233 n° 1 (liasse)
7) zwey halbe Carthaunen.
8) ABR G 5232 no 1 (liasse) fol. 7r°-
Mémoire de 1764.
9) Theatrum Europeum III, 1639,
p. 64-65.
10) ABR G 1205. in die Äsche
gelegt.
11) Bogislaff Philipp von Chemnitz,
Koniglichen
Schwedischen ln Teutschland geführten Kriegs, II, 1633, p. 127.
12) ABR E 5527, fol. 37r°-38r°
et fol. 45r°-46r°,
13) ABR E 5529, fol. 42r°.
14) id. fol. 41 r°.
15) ABR 1 G 38, 72.
16) AMS AA 1023 fol. 167.
17) R. Reuss, L'Alsace au XVII°
siècle, I, 1898, p. 79.
18) ABR E 5527 fol. 1 r°.
19) K. E. Boch, Des Steintal im
Elsass,1914, p. 60.
20) ABR E 5532 fol. 54.
21) da ich us forcht die flucht
genommen
22) ABR E 5532, fol. 15r°. L'aime
de vin (Ohmen) contenait environ 50 litres cf. A Hanauer, Etudes
économiques, II, 1879, p. 19.
23) id. fol. 116.
24) ABR E 5529 fol. 45r° - 48r°
25) dom CALMET, Histoire de l'abbaye
de Senones, Ed. F. DinagoI, 1879, p. 337.
26) ABR H 25 n° 5 (liasse) fol.
3.
27) id. fol. 4.
28) il faut à présent
nuancer cette affirmation.
29) ABR E 5531 fol. 136r°.
30) ABR E 5532 fol. 148 r°.
31) id. fol. 103 r°.
32) ABR E 5533 fol. 38
33) id. fol. 45.
34) id. fol. 146 r°.
35) J.B. Ellerbach, Der dreissigjährige
Krieg im Elsass, III, 1929 p. 147.
36) ABR E 5533 fol. 95r°.
37) il s'agissait de faire couper du
bois et l'acheminer à Strasbourg par flottage.
38) ABR E 5533 fol 80 (lettre du 11
août 1635).
39) dans doute Daubenhauer dont le
nom apparaît fréquemment à Russ après 1650.
40) ABR E 5533 fol. 144.
41) id. fol. 138 r°.
42) J.B. Ellerbach, ouv. cité,
III, p. 147.
43) ABR E 5529 fol. 59 r°.
44) ABR E 5533 fol. 161
45) AMS AA 1880 fol. 33
46) id. fol. 31
47) AMS VI, 47 (1) Lettre du Magistrat
de Barr à celui de Strasbourg du 20 décembre 1637
48) Métier qui consiste à
coudre les chausses en drap de laine ou de coton qui enveloppaient tout
le bas du corps masculin (en usage depuis le XV° s.) cf. C. Enlart,
Le Costume, 1910, p. 552 [Manuel d'archéologie française,
III]
49) AMS VI, 47 (1)
50) Monnaie espagnole, cf. F.J. Himly,
Dictionnaire
ancien alsacien-français (XIII°-XVIII°), 1983, p. 49
51) J.B. Ellerbach, ouv. cité,
III, p. 398
La guerre de Trente ans au Ban de la Roche
Denis Leypold
* *
*
I. - Guerre et destruction - 1633-1635
a) Le Ban de la Roche au début du XVII° siècle
Le Ban de la Roche était sorti du patrimoine familial des Rathsamhausen
zum Stein depuis 1584 pour devenir la propriété des comtes
palatins de Veldenz-Sponheim.
Sous l'influence de ses nouveaux maîtres, le développement
des activités minières et métallurgiques fit du pays
une place économique puissamment implantée dans la vallée
de la Bruche. Pour cela, les Veldenz avaient engagé des sommes très
importantes. Ils contrôlaient par ailleurs des exploitations minières
situées à Ranrupt et à Saâles dans la partie bruchoise
du bailliage de Villé. Toutes ces activités faisaient d'eux
de puissants industriels, dont le principal artisan fut George-Jean
de Veldenz, décédé en 1592(1).
La situation religieuse du pays connut, elle-aussi, un profond bouleversement
par l'introduction de la religion luthérienne après 1584.
Désormais, ce n'était plus au chapitre rural du Bruderberg
d'organiser la vie religieuse, mais à La Petite Pierre, d'où
vinrent les premiers pasteurs avant d'être remplacés au début
du XVII° siècle par d'autres originaires du pays de
Montbéliard(2).
La position du village de Rothau était fortement privilégiée
par rapport au reste de la seigneurie dans son rôle de capitale,
où se trouvait le château résidentiel, lequel servait
de centre administratif où logeaient les principaux fonctionnaires.
Le village abritait aussi le chef-lieu de paroisse ainsi qu'une concentration
importante de bâtiments industriels rattachés aux forges.
Le regroupement de ces diverses structures en firent la localité
sans doute la plus peuplée à une époque où
le peuplement paraît être parvenu à un sommet.
À cette époque, en effet, la population locale semble
bien avoir compté plus de 1200 habitants(3),
sans tenir compte du personnel minier étranger difficilement évaluable.
Cette population paraît essentiellement bruchoise et participe plus
ou moins activement aux travaux miniers.
Des routes d'importance inégale sont par ailleurs attestées
dont l'une, sans doute localement la plus fréquentée, empruntait
la vallée de la Rothaine par Rothau et La Haute-Goutte avant de
rejoindre le Col de la Rouge Croix dans les forêts d'Obernai (Rothlach).
Cette route permettait le franchissement du massif vosgien de la Lorraine,
par le Donon, à l'Alsace, par le massif du Champ du Feu(4).
Cet îlot fortement industrialisé et de surcroît
protestant dans une vallée catholique, ne pouvait manquer d'attirer
sur lui les regards inamicaux en période de crise.
b) Les dangers de la «protection» suédoise
>Avant que la vallée de la Bruche ne soit conquise par les troupes
du roi de Suède, le Ban de la Roche ne paraît pas avoir été
atteint par des destructions.
Les combats que se livrèrent dans la plaine d'Alsace les partisans
du roi du Danemark contre les troupes et les villes fidèles à
l'empereur (1624-1629), perturbèrent sans aucun doute la vie quotidienne
dans la vallée. Le Ban de la Roche parait cependant parvenir intact
en 1632, lorsque les troupes commandées par le général
suédois Horn pénétrèrent dans la vallée
de la Bruche. L'arrivée de l'armée protestante provoqua sans
doute un mouvement de sympathie bien compréhensible de la part des
comtes de Veldenz, eux-mêmes protestants, mais surtout parce que
des liens familiaux unissaient les Veldenz à la famille royale de
Suède.
Cette situation particulière fut sans doute à l'origine
de la cession des terres épiscopales de la Bruche et autrichiennes
de Villé au comte Georges Gustave de Veldenz en 1634(5).
Le sentiment de sécurité que pouvait éprouver Georges
Gustave fut cependant de courte durée; les événements
allaient montrer à l'évidence la grande vulnérabilité
du pays devant des forces bien entraînées. Or il semble que
le Ban de la Roche ait eu à souffrir d'une première invasion
sans doute au mois de juin 1633, ainsi qu'il apparaît dans un courrier
du 5 juillet où le Ban de la Roche est signalé comme étant
réoccupé par les forces protestantes mais complètement
ruiné(6).
Après cette première dévastation, une seconde,
provoquée par la garnison épiscopale du château de
Guirbaden allait définitivement rompre la tranquilité du
pays.
c) Les premières grandes destructions: août 1633
Vers le 10 août au soir, fut lancée depuis le Guirbaden
une première attaque menée par un détachement de 36
cavaliers(7). La rapidité et l'efficacité
de leur action paraît avoir provoqué des destructions importantes.
Comme le déplore le résident suédois Anthon Günther
Velstein à Obernai, les soldats anéantirent par le feu deux
métairies et de nombreuses maisons, pendant que les fonderies (de
Rothau) et de nombreux autres biens seigneuriaux(8)
furent détruits. Pendant une semaine, le Ban de la Roche fut soumis
à un pillage méthodique visant notamment à priver
les habitants des récoltes en les moissonnant et en les faisant
transporter vers le Guirbaden.
Cette mission fut commandée par le comte Herman Adolf de Salm,
gouverneur de Saverne, qui aurait ordonné l'enlèvement des
récoltes. L'opération a été facilitée
par les habitants de Schirmeck qui auraient, à cette occasion, acheté
50 serpes(9). Il était également
et spécialement ordonné à la garnison de brûler
les maisons des paysans qui furent envoyés en corvée devant
le Guirbaden lors du précédent siège. De ces paysans,
la garnison en possédait un relevé nominatif(10).
Mais il y a plus grave, car il apparaît que les soldats ne s'en
tinrent pas seulement aux ordres reçus; il poussèrent les
destructions en incendiant sans doute tous les villages du Ban de la Roche.
(«dass gantze thall eingeaschertt»!) Pendant ce temps-là
et pour plus de sécurité, craignant l'arrivée inopinée
d'un secours, la garnison établit ses quartiers pendant quatre jours
dans le comté de Salm à La Broque.
À l'origine de cette catastrophe, le résident suédois
Velstein évoque la responsabilité d'un habitant de Grendelbruch,
Valentin Charton («Valten Charto»), qui aurait guidé
le lieutenant de la garnison à travers le Ban de la Roche. Il dit
de lui qu'il doit être arrêté et conduit en prison à
Molsheim pour avoir été à la cause des maux les plus
graves.
Du côté suédois, la surprise est évidente
et ne permet pas de réagir à temps pour sauver le Ban de
la Roche. Anthon Günther Velstein projette bien de venir au secours
avec 50 soldats de la garnison suédoise du château de Franckenbourg
situé dans le Val de Villé; mais aucune initiative ne semble
se concrétiser. Le 13 août, Velstein informe le comte de Veldenz
de sa décision de faire, le lendemain soir, une diversion à
Grendelbruch avec 50 hommes armés de
mousquets(11).
Mais il se ravise aussitôt et renonce à cette opération
en raison des doutes qui l'assaillent au sujet des résultats de
l'expédition. Pourtant, des moyens suffisamment importants paraissent
avoir été réunis rapidement par les Suédois
pour permettre un nouveau siège du château de Guirbaden. Nul
doute qu'il s'agissait là d'une réponse à la destruction
du Ban de la Roche.
d) L'attaque du mois de septembre
Dès lors, les dangers parurent apparemment écartés,
car à peine quelques jours après l'annonce de la destruction
du Guirbaden, une nouvelle catastrophe s'abattit sur le pays. Venu une
fois de plus de Saverne, un détachement de 120 cavaliers épiscopaux
surprirent les villages endormis dans la nuit du 15 au 16 septembre vers
une heure du matin(12). Leur intervention
fut très violente car les soldats ne se contentèrent pas
seulement de pillages, ils s'en prirent notamment aux villageois «avec
le désir de tuer, de voler, de piller, de tyraniser, que cela fait
pitié...»(13). La description
qu'en donne Velstein est sans doute incomplète, mais elle permet
de se rendre compte de la brutalité avec laquelle se comportent
des soldats qui obéissent aux ordres et font leur métier.
Velstein donne en exemple le détail de l'une des scènes qui
lui fut rapporté: un villageois de Rothau, Nicolas Parmentier (Niclaus
Schneider) fut surpris chez lui par les mercenaires. Ceux-ci le forcèrent
à se mettre sur son lit et là le rouèrent de coups
jusqu'à ce qu'il mourut en se servant de leur mousquet comme d'une
matraque. Les soldats s'enquirent ensuite «froidement» de lui
ouvrir le ventre avec leur couteau(14).
Un certain nombre de personnes furent prises en otage contre d'importantes
sommes d'argent. Pour la remise en liberté du maître mineur
de la seigneurie, Hanss Hoss(15), les soldats
exigèrent une rançon de 100 Reichstaler. Ils exigèrent
encore 120 Reichstaler pour la libération du cabaretier de Rothau,
Langen Daniels, et de ses deux enfants; 60 Reichstaler pour Dimanche Forrain
de Neuviller. D'autres villageois, dont les noms sont inconnus, subirent
le même sort avec des demandes de rançon s'élevant
à 40,60 Reichstaler et plus.
L'expédition des soldats se limita cependant à la vallée
de la Rothaine avec le pillage des localités de Neuviller, Wildersbach
et Rothau. Tous les bestiaux trouvés dans les fermes furent emmenés,
laissant les «sujets encore plus misérables». Les mercenaires
paraissent avoir rapidement délaissé le Ban de la Roche non
sans avoir annoncé qu'ils reviendraient pour emporter ce qui restait
et pour tout brûler.
Il parait évident que cette deuxième expédition,
menée sans rencontrer d'obstacles notoires, a porté un coup
fatal à la seigneurie.
e) Insécurité et retour au calme: 1634
L'annonce faite par les mercenaires, même s'ils ne revinrent
plus, ne tarda pas à s'accomplir; plusieurs témoignages rapportent
en effet le passage de nombreux soldats responsables de la dégradation
du pays.
Un courrier du mois de novembre 1633 présente qu'on ne peut
encore songer à résider au Ban de la Roche en raison des
fréquentes invasions de soldats lorrains et français(16).
La situation n'est pas différente en mai 1634. Le nouveau bailli
du Ban de la Roche, Christian de Unwürden, signale à la comtesse
Marie Elisabeth de Veldenz dans quelle mauvaise passe se trouve le Ban
de la Roche, surtout à cause de la présence dans la vallée
du commissaire impérial, Johann Rudolf Neuenstein. Bien qu'il soit
difficile de cerner avec plus de précision le rôle exact de
Neuenstein, il est clair qu'on lui reprocha d'avoir «ruiné
totalement le Ban de la Roche»(17).
C'est sans doute aussi pour cette raison qu'il fut jugé et exécuté
à Benfeld par les Suédois(18).
On apprend également que le maître-mineur, capturé
le 14 septembre 1633 par un détachement impérial, est toujours
au Ban de la Roche et qu'il envisage même, moyennant un minimum de
dépenses, de remettre sur pied les exploitations
métallurgiques(19).
Un projet d'une telle envergure n'étant réalisable qu'avec
un minimum de sécurité, faut-il en conclure à une
pause de longue durée? Plusieurs documents émanant de fonctionnaires
attachés au service des Veldenz et à l'administration suédoise
pourraient témoigner dans ce sens. II s'agit en effet de rapports,
d'enquêtes et d'informations concernant les situations économiques
particulières à la vallée de la Bruche et au Val de
Villé(20), de juillet à novembre
1634. Or ces documents appartiennent manifestement à une période
de paix - relative - qui est mise à profit pour faire le bilan de
la situation. Pour le Ban de la Roche, c'est l'heure des comptes.
Les informations relatives à une visite effectuée dans
la vallée de la Bruche par le conseiller Johann Macrin, le 12 et
13 octobre 1634, donnent quelques renseignements très généraux
sur la situation matérielle de la région alors qu'une phase
de reconstruction semble s'être amorcée. Il remarque ainsi
qu'à Schirmeck tout est ruiné au-delà de la mesure,
mais que la population se met à reconstruire. Sa réaction
n'est guère différente à Rothau où l'ampleur
des destructions lui fait écrire que tout y est ravagé, que
c'est une horreur à voir. Le château seigneurial parait également
ruiné. Macrin ajoute qu'on ne peut pas le réparer pour le
moment faute d'argent(21). Il admet cependant
que d'une manière générale, le Ban de la Roche parait
à nouveau dans un état satisfaisant, en ordre et
reconstruit(22).
f) La période française de 1634-1635
Après la victoire remportée le 10 septembre 1634 par
les Impériaux sur les Suédois, les troupes françaises
s'installèrent sur les positions suédoises alsaciennes, à
l'exception de Benfeld, conformément à un traité passé
entre les deux parties le 1° novembre 1634(23).
Des troupes au service de la France sont d'ores et déjà
signalées au mois de décembre 1634 dans les deux vallées
de Villé et de la Bruche. Quatre compagnies à cheval placées
sous les ordres du colonel et baron de Degenfeld prirent position dans
la vallée de la Bruche et au Ban de la Roche au courant du mois
de décembre(24). Placée dans
le contexte d'une région dévastée, leur présence
amena la comtesse de Veldenz à prier le duc de Rohan, commandant
les troupes françaises, à se retirer de la vallée
de la Bruche. Selon la comtesse, sa famille vivait essentiellement des
maigres revenus tirés de la vallée. Les cantonnements des
soldats et la suspension de la livraison des rentes représentaient
une menace supplémentaire pour la situation financière de
la famille. Mais il semble bien que Degenfeld quittât les lieux;
en fait foi un courrier de la comtesse en date du 29 décembre remerciant
le duc de Rohan pour son intervention(25).
L'une des dernières expéditions de soldats à être
relatées par les textes au Ban de la Roche, concerne une troupe
de 12 cavaliers de l'armée impériale. Cette troupe est d'abord
signalée à Villé vers le 16 février 1635 alors
que la région était sous contrôle français.
Après s'être enfoncé dans le Val de Villé par
Neuve-Eglise et Fouchy, les cavaliers pénétrèrent
le jour suivant dans la vallée de la Bruche sans doute par le Climont.
Après quoi, la troupe surpris le village de Fouday qui fut pillé
et repartit avec un troupeau de 25 têtes(26).
II est vraisemblable que d'autres scènes de ce genre se répétèrent,
mais la rareté de la documentation ne permet pas d'en savoir plus
pour les années suivantes. Par contre, nous sommes à nouveau
plus informés de la situation du Ban de la Roche après la
guerre de Trente ans; thème qui va constituer la seconde partie
de notre étude.
II. - Les conséquences
Jamais sans doute le Ban de la Roche ne connut dans son histoire de
crise aussi profonde et aussi brutale. Du point de vue économique,
en ruinant totalement les structures industrielles mises en place par l'investissement
de moyens financiers très lourds, la guerre a fait perdre à
la famille de Veldenz un capital très important. La fortune très
amoindrie des Veldenz ne fut en tout état de cause suffisante pour
relancer à la fin de la guerre les exploitations minières.
Celles-ci ne reprirent prudemment que vers 1670 sous l'impulsion d'initiatives
privées(27).
Sur le plan villageois, les incursions des soldats désorganisèrent
progressivement - ainsi que nous l'avons vu - le fragile équilibre
rural par des destructions et des pillages répétitifs. L'insécurité,
les prises d'otages, la ruine économique ont profondément
pesé sur la stabilité de la population. À la suite
de ces événements, l'importance numérique du peuplement
bascula de manière incontestable pour ne représenter à
la fin de la guerre qu'un nombre restreint d'individus. C'est ce dernier
point que nous allons développer.
a) Le peuplement en 1655
Par l'intermédiaire d'un document statistique dressé
par l'écoutète Hans Lipp en 1655, la population a été
évaluée avec précision à environ 200
personnes(28).
Ce très faible nombre d'habitants réparti dans huit communautés
offre un contraste saisissant par rapport au peuplement qu'il y avait vingt-cinq
années plus tôt. On peut en effet estimer à environ
1200 personnes la population villageoise du Ban de la Roche vers
1630(29).
En tenant compte de ces indications, les pertes démographiques
auraient été d'environ 1000 personnes. Ce constat se
rapproche de celui observé sur les terres du Grand Chapître
dans le Val de Villé en 1649, où les pertes ont été
évaluées à 1480 personnes sur
1692(30).
La population survivante au Ban de la Roche doit se situer entre 16 et
17 % de l'ancien peuplement alors que dans le Val de Villé elle
atteint 17 %.
Ces chiffres obtenus à partir de données rigoureuses
sont sans doute proche ils tendent à prouver un très important
dépeuplement dans ces deux régions des Vosges. À Schirmeck
par contre, la dépopulation paraît moins accusée mais
représente néanmoins les deux tiers en 1653. La ville
bénéficia en outre d'une plus grande attraction que
le Ban de la Roche, ce qui lui permit de se repeupler plus rapidement surtout
par l'apport de nombreux Lorrains(31). On
observe en effet que l'évolution démographique au Ban de
la Roche fut fortement dépendante de l'identité confessionnelle,
ce qui eut pour conséquence de freiner légèrement
le repeuplement. L'aspect confessionnel lui valut par contre l'assimilation
lente, mais continue de nombreux immigrés suisses de religion réformée,
sédentarisés surtout après 1680.
b) L'émigration
De nombreux Ban de la Rochois ont quitté leurs villages pour
des raisons de sécurité. Certains n'y retournèrent
plus et demeurèrent dans leur nouvelle patrie. Les Veldenz paraissent
s'être beaucoup intéressés à leur sort, notamment
dans le cas où l'un ou l'autre de ces émigrants aurait «oublié»
de régler ses droits seigneuriaux. Un document aujourd'hui perdu
signalait diverses régions où des sujets des comtes de Veldenz
se seraient établis, en «France», sur les terres de
l'évêché de Strasbourg, à Barr, dans le Val
de Villé, dans le comté de Hanau «et autre part»(32).
Cette énumération suppose un très large éclatement
d'une partie - restreinte - de la population partie à la recherche
d'un mieux-vivre. Mais c'est surtout vers la ville de Barr, propriété
de Strasbourg, qui se dirigent de nombreux habitants, fuyant notamment
devant les violences de la garnison de Guirbaden en août 1633. Nous
y retrouvons ainsi la trace du cordonnier de Rothau, David Jacob, lequel
fait baptiser son fils, assisté du parrain, Jean Dallion, aussi
de Rothau(33). La sécurité
offerte par la ville aux populations circonvoisines incita sans doute plusieurs
Ban de la Rochois à y élire domicile, en dépit des
problèmes linguistiques qui devaient surgir à l'issue de
ce choix. L'un deux, Didier Holweck de Rothau, fut l'objet dès 1636
d'une enquête administrative au sujet de sa situation juridique(34).
II fut bientôt rejoint, vers 1644, par son frère, Jean, qui
s'installa à Mittelbergheim chez un ancien sujet des comtes de Veldenz,
Blasius Bläss, lequel vivait là depuis déjà quarante-cinq
ans(35). De la famille Banzet, Christmann
s'établit à Barr vers 1644 à l'âge de 20 ans,
sans doute chez une parente, Anna Banzin, à Barr depuis 1621. Deux
membres de la famille Beurtrin de Neuviller, Barthel et David, choisirent
également de vivre à Barr où Barthel se marie avant
1655. L'émigration vers Barr demeura ponctuelle jusqu'à la
fin du siècle en continuant de s'alimenter dans les familles déjà
citées, auxquelles il faut encore ajouter les familles Grandmathis
et Marchal.
Sous couvert de la guerre, l'attrait de la ville peut ne pas mettre
en valeur l'un ou l'autre aspect des motifs réels ayant provoqué
l'émigration. Bien que Jean Holveck et Christmann Banzet affirment
avoir quitté le Ban de la Roche à cause des ravages de la
guerre et que pour cette raison ils ne veulent plus y habiter(36),
on découvre une seconde réalité: les liens familiaux.
L'extension familiale à Barr est un élément important
de l'émigration qui fut sans doute favorisé par l'éclatement
de la guerre, et qui simplifia grandement la venue de francophones dans
un univers germanique.
c) Le redressement du pays
Lorsque les protagonistes du conflit furent venus enfin à s'entendre
par la paix de Westphalie en 1648, on eut pu croire un moment le calme
revenu. Or on constate que la sécurité n'est pas à
la mesure des fêtes pour la paix qui furent célébrées
au Ban de la Roche en 1650(37); des troupes
lorraines et françaises «ravagent» encore le pays de
1649 à 1655(38). La précarité
de la paix et les menaces du «party bleu» ou lorrain, suscitèrent
en 1656 le regroupement des paysans de la haute vallée de la Bruche
en confédération, dans le seul but de s'opposer à
leur incursion. À cette remarquable initiative semble correspondre
la fin des périodes de destruction alternant avec les essais infructueux
de reconstruction; cette fois, une nouvelle et longue phase de reconstruction
semble l'emporter.
Les premières années de l'après guerre de Trente
ans voient dans le redressement du Ban de la Roche l'oeuvre de la population
survivante. Aucune aide extérieure n'y est attestée, pas
plus d'ailleurs que l'installation d'une population étrangère
originaire du pays de Montbéliard ou de Lorraine(39).
La seigneurie paraît présenter selon les villages des
aspects de la guerre plus ou moins marqués. En 1655, Rothau n'est
habité que par deux familles récemment installées
après plusieurs années d'abandon. Les autres villages qui
formaient des habitats de vingt à plus de trente chaumières,
regroupent des petites unités de sept à douze feux(40).
L'état des finages n'est guère meilleur. Le faible nombre
d'agriculteurs explique une réduction importante de l'espace agricole
utilisé. Pour l'ensemble du Ban de la Roche, les propriétés
personnelles rassemblent en 1669 environ 1367 acres de terres cultivées
ou non(41). De cette importante surface,
seulement 53 % des terres sont cultivées. Rien là de bien
étonnant, cela signifie simplement que la population s'est attribuée
les terrains délaissés par les anciens propriétaires
qui disparurent au cours de la guerre. La population n'utilise en fait
que les terrains correspondant à ses besoins.
Un fait surprenant est représenté par la faculté
étonnante des paysans à pouvoir refaire à «plein»
leurs étables, alors qu'il vient de se passer plus de vingt ans
de guerre accompagnée de pillages sempiternels. En 1655, les fermes
paraissent en effet donner asile à de nombreux animaux, un peu comme
si la guerre s'était arrêtée aux portes des villages.
On y trouve, selon la richesse et la situation des paysans, selon qu'il
s'agit d'une veuve ou d'un nouvel habitant, des chevaux, des poulains,
des chèvres, des poules, des vaches, des veaux, des boeufs, des
taureaux, des cochons et des abeilles(42).
Un témoignage apporté dans le cadre d'une requête relative
aux droits de pâturage sur le Champ-au-Feu, semble devoir affirmer
qu'avant 1653, les villageois de Belmont et de Bellefosse ne détenaient
aucun bétail(43). Cette indication
est très douteuse car comment expliquer que deux ans plus tard les
mêmes villages totalisent soixante et un bovidés! On constate
cependant que trente et un sont encore en bas âge puisqu'ils sont
considérés comme étant des veaux («Kelber»).
À Fouday, où un pillage fait perdre vingt-cinq bestiaux en
1635, on dénombre toujours en 1655, dix-neuf bovidés pour
une population plus réduite.
La jeunesse des bovidés est un fait incontestable aussi valable
pour les autres animaux de ferme. L'acquisition de ce cheptel paraît
pour plus de la moitié appartenir à une date relativement
récente, ce qui tend à démontrer par ailleurs le rapide
redressement de la paysannerie dès l'apparition des premiers beaux
jours de paix.
On aura remarqué l'attribution au patronyme germanique
de son doublet français (Nicolas Parmentier pour Niclaus Schneider).
Il est un fait maintenant établi que les populations de la haute
vallée étaient à cette époque d'expression
romane, d'où une germanisation presque systématique des patronymes:
Alhellig =Toussain, Wagner = Charlier, à Schirmeck,
Lang Hierig = Grangeorges, Benoist = Bernard, au Ban de la Roche,
Monsch = Demange, à Urmatt,
Maurer = Masson à Hersbach.
Resté à l'écart de l'extension de la guerre pendant
une décennie, le Ban de la Roche, au même titre que les régions
voisines, n'a pas échappé à son emprise. Nous avons
vu dans les conséquences immédiates du développement
de la guerre, l'implacable cycle des pillages et des destructions, provoquant
la misère et la fuite.
Si la population paraît directement menacée par les soldats,
elle ne semble pas devoir faire l'objet de massacres ni de maladies épidémiques,
de tout cela les archives n'en font pas mention. Or la dépopulation
a été effrayante au Ban de la Roche comme dans le Val de
Villé. II semble que l'effondrement démographique se soit
situé entre 1635 et 1640, sous les effets conjugués d'une
crise de subsistance et de très probables développements
de foyers de maladie comme la dysenterie(44).
Le redressement économique paraît déjà amorcé
dès la fin de cette période en même temps qu'une légère
reprise démographique. Un signe que la paix se fait durable est
représenté par le nombre relativement important des animaux
de ferme recensés en 1655. La vie reprend ses droits et les villageois
se réorganisent, recultivent le sol et au besoin portent le mousquet
jusqu'à Schirmeck pour interdire le passage aux troupes
pillardes(45).
Mieux connus sous l'appellation de «guerre des Suédois»,
les événements de la guerre de Trente ans ont laissé
dans le souvenir des populations du Ban de la Roche des traces profondes.
De là les nombreuses interprétations que l'on connaît,
mais qui, nous venons de le voir, sont parfois à peine exagérées.
Denis Leypold
1) Boch K. E, Das Steintal im Elsass,
Strassburg, Trübner, 1914, p. 56-57.
2) Boch K. E, Das Steintal im Elsass,
Strassburg, Trübner, 1914, p. 178.
3) Le taux décennal d'accroissement
de la population du Ban de la Roche a été de 14% de 1489
à 1578; maintenu à cette hauteur, la population serait passée
de 860 à plus de 1200 habitants vers 1630.
4) Cette route est appelée dans
les textes du XVII° siècle «Neuweyler
weg» en 1645 (ABR, 2J 20C), ou encore «Landstrass»
en 1619 (ABR 2J 13).
5) ABR, C 323, 12: «Prise
de possession des vallées de Preusche et Villé par George
Gustave de Veldence par une cession de la couronne de Suède, le
6 juin 1634».
6) ABR. E 5530
7) ABR, E 5530; lettre écrite
d'Obernai le 11 août 1633.
8) ABR, E 5530; lettre écrite
d'Obernai le 11 août 1633: «...so dem gemeinen wesen zum
besten...».
9) ABR, E 5530; lettre écrite
d'Obernai le 11 août 1633: «...Gestalt dan die Schirmecker
Underthanen die erdte ein zu machen schon 50 sichell gekauffet,... ».
10) ABR, E 5530; lettre écrite
d'Obernai le 11 août 1633: «...auch der selben bawren so
vor Gierbaden geschantzet/: der Nahmen alle consigniret: / ihre hauser
ein zu äschern... »..
11) ABR, E 5530; lettre écrite
d'Obernai le 11 août 1633: «...habe ich auch meines herm
Underthanen so auf 50 Mann bewehret morgendt zue abendts bey Bar mit Ihren
gewehren im geheim beschieden lassen»..
12) ABR E 5530, fol. 415.
13) ABR E 5530, fol. 415: «mitt
morden, rauben und plindern, tirannisiert das es mehr zu erbarnen aus umbstendlich
zuerzehlen».
14) ABR E 5530, fol. 415. sans doute
pour s'assurer que leur victime n'ait pas avalé son argent.
15) ABR, C 323, 12; Hanns Hoss avait
été nommé directeur des mines en 1633.
16) Boch K.E., ouvrage cité,
note 1; p. 133: «Im Steinthall ist noch zur Zeit nicht zu wohnen,
wegen des streifenden Lothringer un Frantzösischen Volcks».
17) ABR, E 5531 ; «Im Steinthal
ist noch ein übeler zustand auch wegen des Newensteinischen anhanget
unsicher...».
18) Boch K. E., ouvrage cité,
note 1; p. 133.
19) ABR. E 5531: «so zu leben
und kosten zu verhälten damitt den werck algemehlig wider uff die
fusse zubringen».
20) ABR. E 5530 et E 5531
21) ABR, E 5531, fol. 136.
22) ABR, E 5531, fol. 136. «der
landschaw im Steinthal ist wider zu recht bracht und gebawt».
23) Dollinger P., (sous la direction
de), Histoire de l'Alsace, Toulouse, Privat, 1970, P. 275.
24) ABR, E 5531, fol. 163; lettre de
Marie Elisabeth de Veldenz du 24.12.1634.
25) ABR, E 5531, fol. 168; lettre du
29.12.1634.
26) ABR, E 5533. fol. 9; lettre de
Jacob Melfinger du 16.2.1635: « das dorff Urbach geblündert
und uff die 25 stückh rindt vieh hinweg getrieben».
27)Leypold D., La vie à Schirmeck
sous l'Ancien Régime, In Schirmeck au coeur de la vallée
de la Bruche, ville de Schirmeck, 1985, p. 61. Les exploitants étaient
Christophe et Nicolas Marchal, originaires de Grandfontaine.
28)Lutz R., La population du Ban
de la Roche au lendemain de la guerre de Trente ans., R.A. t. 100,
1961, p. 30-47.
29)Leypold D., Le Ban de la Roche
de 1489 à 1630, Diplôme des Hautes Etudes de la Pratique
Sociale, Université des Sciences Humaines de Strasbourg, 1986, p.
55.
30) Lapointe L., Avril 1649 - Premier
Printemps de paix dans le Val de Villé, Annuaire de la Société
d'Histoire du Val de Villé, n° 9 (1984), p. 148.
31)Leypold D., ouvrage cité,
note 27, p. 67-69.
32) ABR, C 323, 12.
33) ABR, registre paroissial 3E 21.
21 (Barr), 1633. n° 43.
34) ABR, E 5528; lettre du 3.12.1636.
35) Archives Municipales de Strasbourg,
VI 51, 23; «...wie nicht weniger erst vor 45 jahren Blasius Bläss
welche sich beede allhier heüsslich nidergelassen».
36) AMS, VI 51, 23 (1644); «wie
Ellend und jämerlich, dass gantze Steinthal in denen verschiedenen
jarren ist verderbt und ruinirt werden, .... alda nicht mehr zu wohnen»
37) ABR, C. 323, 12.
38) ABR, C. 323, 12. «Les
dégats et ravages causés parles troupes françaises
et lorraines de 1649 à 1655».
39) II est néanmoins probable
qu'avant la guerre de Trente ans le Ban de la Roche ait été
sollicité par un certain nombre d'«étrangers»;
mais les hypothèses concernant une émigration suivant la
fin de la guerre sont tout à fait contestées par les registres
paroissiaux (1639-1675: 3E 414, 1, aux ABR).
40) ABR, 2J 14 (1655).
41) ABR, 2J 15 (1669).
42) ABR, 2J 14.
43) ABR, 2J 20b; copie en langue française
(1653): «que malgré que pendant les deux dernières
années ils n'ont pas joui de leur droit, attendu qu'il n'avaient
pas de bestiaux».
44) La dysenterie est signalée
au Ban de la Roche dans les registres paroissiaux par les mentions «mort
du flux de sang», en 1666 et sans doute aussi en 1675 où il
est question lors de plusieurs décès d'une «maladie»
infectieuse (ABR, 3E 414, 1, décès). La dysenterie réapparait
en 1676 pendant les désordres de la guerre de Hollande (ABR, 3E
414, 2, décès).
45) ABR. 8E 448, CC1, Cahier 2 bis
(1654)
Le Pays de Salm et les guerres de Lorraine
Marc Brignon
Le Pays de Salm connait, à la fin du XVI° siècle
et dans les trois premières décennies du siècle suivant,
une prospérité notable, une prospérité qui
est:
- démographique. La progression démographique
est régulière et, entre 1564 et 1634, la population salmoise
augmente d'un tiers environ. Dans le Val de Senones, par exemple, les ménages
des villages de Moussey, La Petite Raon, Belval et Vieux Moulin passent
- respectivement - de 23 à 38, de 31 à 44, de 26 à
41 et de 21 à 30(1);
- économique. L'essor économique est encouragé
et favorisé par les seigneurs de Salm qui permettent la construction
(indicateur de bonne santé démographique et agricole(2))
de plusieurs moulins banaux. Senones (le Houx) et Belval ont le leur en
1574, Luvigny et Vexaincourt en 1576, Poutay et La Broque vers 1578-1579,
Moussey a le sien en 1598 et Raon-sur-Plaine en 1604(3).
Parallèlement, les forêts sont davantage et mieux exploitées
puisque, dans les vingt premières années du XVll°, les
Vals d'Allarmont(4) et de Senones s'enrichissent
d'une bonne quinzaine de «Scyes» - c'est-à-dire de scieries
- seigneuriales (5).
Cette double prospérité prend fin avec les guerres
de Lorraine qui s'inscrivent dans le contexte, plus général,
de ce que l'on va appeler «la Guerre de Trente Ans» où
la Terre de Salm, la Lorraine et l'Europe Germanique s'opposent à
la France et à ses alliés.
I. L'attente mortelle: 1629-1635
La Guerre de Trente Ans ne s'installe réellement dans le Pays
de Salm qu'en 1635, mais ses contrecoups sont déjà ressentis
par les habitants de ce dernier à la fin de la décennie précédente:
la peste, la proximité des Suédois et la nécessité
de contribuer financièrement à la défense du pays
sont des maux difficilement supportables pour les Salmois.
1. La peste
La peste - plus souvent appelée, à l'époque, «contagion»
ou
«maladie
contagieuse» - qui a touché notre contrée en
1610-1611(6)
revient dans celle-ci à la fin des années vingt et surtout
au début des années
trente(7).
Même si elle est citée régulièrement dans
les documents contemporains, elle demeure aussi sporadique - entre 1629
et 1635 - qu'elle l'était une vingtaine d'années auparavant.
Un des premiers Salmois qui a le douteux privilège d'en mourir en
1629 est Didier Mougeon de Moussey(8), locataire
de la scierie de Juvépont(9).
Elle poursuit ses méfaits en automne 1631 dans les baraques
de charbonniers construites aux environs de Prayé. Deux de ces manoeuvres
- d'origine germanique, comme la majorité d'entre eux - qui fabriquent
du charbon de bois pour les forges de Framont décèdent en
effet dans «l'ordon (10) de
Corbeille», comme le fait «En l'ordon de Rullepierre
la fille de Chrestien Houdelat»(11).
L'année 1632 voit la fin de ce drame dont est victime la communauté
des charbonniers: «une partie d'iceux [de ceux-ci] ou sont
mort de contagion ou s'en sont allés»(12).
Elle gagne, en 1633, les villages du Val d'Allarmont(4)
- surtout ceux de Vexaincourt et de Luvigny - empêchant le comptable
du Comte de Salm d'aller toucher les loyers des «usines»
(scieries, moulins, fours ...) amodiées à des particuliers
de ce Val. Une fois de plus, la peste semble liée au bois et à
l'industrie de celui-ci puisqu'elle frappe, cette même année,
Pierron La Hière de Vexaincourt, Thirion Mougenot de Luvigny et
la veuve de Pierre Lours de Raon-sur-Plaine locataires - respectivement
- des «scyes» des Chaumes(13),
de Chauderoche et du Cerf. En 1634, l'amodiateur de la «Scye Goutte
Guiot» - Jean de la Roche, de Raon-sur-Plaine - et celui de «la
Scye de Levegny» - Nicolas Benay, maire de Luvigny - subissent
le même sort(14).
En décembre 1635, après la venue des armées ennemies,
la peste est généralisée dans le Pays de Salm: un
acte du 20 janvier 1636 traduit cette soudaine extension par l'expression
«La mortalité qui regnoit»(15).
2. La Broque, frontière menacée
a) Les fortifications de 1633
Mandaté par le Comte de Salm, le «Sieur d'Arbois»
fait, en 1632, le voyage de Nancy au Pays de Salm «pour recognoistre
les lieux les plus co(n)venables a y f(air)e retranchement pour la deffence,
pour les foulles et courses de Gens de Guerre»(16).
Un des «lieux les plus convenables» est naturellement
le village de La Broque, ce bourg-frontière entre l'Allemagne et
le Pays de Salm où, dès 1633 - année de la destruction
de Schirmeck -, le même d'Arbois va diriger le travail de fortification.
L'ouvrage est terminé pour 1634 car, en septembre de la même
année, le comptable du Comte règle à Anne Mercier,
hôtelière à La Broque, la somme de 342 francs «pour
despence faicte en son logis par le sieur darbois pendant le temps quit
faisoit travailler aux fortz dudit Comté pour fermer les passages
et empescher lentrée des Suédois audit
Comté»(17).
Bien entendu, les interventions offensives des Suédois et la
réaction défensive de l'envoyé du Comte entraînent
la mort du commerce entre l'Alsace et le Pays de Salm et l'existence d'un
manque à gagner pour certains habitants de celui-ci comme, par exemple,
Jean Kieffer (ou Cuiffre) de Raon-sur-Plaine.
Locataire du droit de taxer marchandises et bétail passant par
le Col du Donon «au destroict des Montaignes dites les donnons»,
il signale au Comte de Salm, dans une «requeste» de
la fin de 1633, que «depuis le temps que les Suédois ont
occupéz les passages allant a Strasbourg et en Allemagne de l'alsace
Voire bruslés La Neufville Sur Barainbas dit Schurmeck entièrement
les passages sont estez bouchés et fermés à La Ruyne
des Lieux ou Les trafficques estoient permis et communs precedemment dou
Le Remonstrant receoit pour Le Jourdhuy Une ruyne totalle en ses
biens»(18).
Kieffer demande donc - et obtient après nombre de complications
administratives - une réduction des deux tiers de son loyer.
b) Un «scandal» à Vipucelle en 1634
Les fortifications ne rassurent pas outre mesure les populations de
La Broque et des villages voisins qui vont continuellement être,
dès lors, sur le qui-vive. Dans cette optique, un incident de 1634
- qui, en temps de paix, aurait été considéré
comme relevant du simple tapage nocturne - prend des dimensions exagérées
certes, mais proportionnées au climat d'angoisse dans lequel vivent
les habitants du Ban de Salm. Voyons cet incident que nous présente
le «livret des Haultes amendes»(19).
Deux individus du Ban de Salm - apparemment des jeunes gens de Fréconrupt
et Vipucelle - sont alors accusés «davoir tiré nuictamm[ent]
des coups de pistoletz sur des personnes qui faisoient gardes sur le pont
de la brocq(ue] acau(s)e des Suédois questoient es (20)
environs tellement que le scandal fut sy grand la plus grand parte du peuple
dudit lieu (21) se meit (22)
en fuitte vers le village dudit Vipucelle» (23).
Mais cette plaisanterie réussie ne suffit pas à calmer
l'humeur taquine de Jean Claudon et de Pierron
Mougenat - tels sont les noms de nos deux garnements! Ils font encore «une
grande espouvente parmy ledit village» en tirant trois autres
coups de pistolet, essaient de forcer la porte du logis de deux veuves
puis, la porte ouverte, l'une de ces deux veuves et terminent leur joyeuse
nuit en allant insulter la veuve «de Jean vivant m[ais]tre eschevin
audit Vipucelle».
Les deux mauvais plaisants sont, peu après, appelés à
comparaître devant le maire du Ban pour rendre des comptes et payer
une amende de vingt francs: seul Pierron Mougenat vient car «Jean
Claudon sauroit absenté dans les bois ne Voulant comparoistre
a lassigna[ti]on». En gagnant la forêt, Jean
Claudon fait vraiment figure de devancier: il y précède
- un an à l'avance - ses compatriotes!!!
3. Les «logements extraordinaires»
À la peur d'une venue hypothétique des Suédois
s'ajoute le désagrément de la présence bien réelle
des troupes alliées. Les Salmois - et spécialement ceux de
la partie lorraine de la Terre de Salm(24)-
doivent héberger et nourrir les soldats lorrains munis de«billetz»(25)
de logement.
Ainsi grevés, «tous les pauvres manans et habitans
du Comté de Salm» envoient, à la fin de 1633, une
supplique demandant à la Chambre des Comptes de Lorraine de diminuer
le taux des «redevances de cires, chappons et poulles dont ils
sont attenus a Son Altesse».
La raison alléguée par les suppliants est fort recevable:
«adcause
des Guerres continuelles, quy ont estez cy devant, et se p[rese]ntent[t]
encor p[rese]ntemen[t] par tout le duché de Lorraine, ils ont
receu(26) tels
Interests(27)et pertes en leurs
biens par les logem[en]s extraordinaires quil leur a esté obligatoire
de faire, quilz Se Voient reduictz a Une telle misere et pauvreté.
denuez de tous moyens q[ui]l leur est Impossible de pouvoir Satisfaire aux
redebvances»(28). De ce fait,
la Chambre accordera, le 8 novembre, la réduction souhaitée.
Préférant être bénéficiaires plutôt
que victimes de cette conjoncture, plusieurs jeunes Salmois choisissent
l'état militaire qui leur offre aussi, parfois, certains avantages.
«Pierre
filz de feu Pierre colin vivant dem(euran]t a Raon sur Plaine» doit
en être persuadé puisqu'en cette année 1633, après
avoir «engrossé» une fille du lieu, il «s'est
absenté et s'en allé aux
trouppes»(28).
II. Des débuts violents: 1635-1636
1. Le malheur des officiers du Comte de Salm: mars-juin 1635
Le début de l'année 1635 est encore relativement calme
pour la Terre de Salm(24) qui apparaît,
aux yeux de nos voisins lorrains et alsaciens comme un havre de paix que
l'on quitte à ses risques et périls. Une mention figurant
en tête d'un registre de gruerie (office des Eaux et Forêts
de l'époque) nous le fait constater: «Remonstre le comptable
qu'au mois de Mars de l'an 1635 son Controlleur auroit esté tué
sur le haut chemin pres de Charmes».
Cette mort brutale préfigure en vérité celle des
autres officiers forestiers du Comte de Salm: «quelques temps
apres et dans la suitte des miseres tous les forestiers morts hormis le
Chevaucheur des bois»(29). Ces
tragédies individuelles et successives seront à la base d'une
autre tragédie, générale et administrative: les forêts
du Pays de Salm ne seront plus surveillées pendant une trentaine
d'années.
Mais cette tranquillité est de courte durée, du moins
pour la Terre de Salm. Badonviller, capitale de cette dernière,
est investie et les troupes du «collonel degnenfelt»
y pénètrent en juin 1635. La maison du comptable - comme
toutes celles de la ville - est pillée: les soldats prennent l'or
et l'argent personnel de cet officier du Comte de Salm ainsi que «les
deniers quit avoit touché et receu de la recepte de l'an 1634 et
aussy (..) tous les grains tant en bled, seigle qu'avoine quit avoit ez(30)
greniers de lad[ie] Recepte» (31).
2. La venue de la Guerre au Pays de Salm: fin 1635
La chute de Badonviller ne précède celle du Pays de Salm
que de peu de mois. La seconde est relatée dans un certificat de
Nicolas de France(32) «Chevaucheur
des bois du Comté de Salm» autrement dit de celui qui
sera - selon la mention précitée du comptable- l'unique survivant
du corps des officiers de gruerie.
Le 23 octobre 1635, ce «forestier à cheval»
se rend chez tous les fermiers (locataires) des «scyes»
comtales pour toucher le loyer semestriel de celles-ci.
II repart les mains vides, les fermiers lui ayant «faict responce
quilz navoient moyen dy Satisfaire a Cau[s]e que Lesd[it]es Scyes navoient
rien faict po(u)r la pluspart d'aultant quilz avoients esté grandem(en)t
empesché par Les Soldatz qui leur avoient
prins(32).
Leurs bestailz qui servoients a mener Le bois sur Lesd(it)es Scyes et
prins(33) tout ce quilz leur avoients
trouvé, ne Leur restant au(tr)e Chose que Leurs ma(is)ons et ce
quilz avoient en fond».
Les autres habitants du Pays de Salm ne sont pas mieux lotis que ces
marchands de bois: chacun est victime du pillage des alliés - réquisitions
- ou de celui de l'ennemi. Toutefois ils ne savent pas que le pire reste
à venir! Laissons, à ce propos, la parole à Nicolas
De France: «environ deux mois apres ie me Serois derechefz acheminez
aux domicil desd[i]tz fermiers, Lesquelz estoient La plus grande partie
mort, et Les au[tr]es avoients abandonné Leurs maisons et Se retiréz
dedans Les bois a loccasion des courses des Soldatz (..) ny ayant eu aucun
moyen de tirer aucun paiem[en]t
d'Iceul»(34).
Les forêts se transforment, dès lors, en refuge pour les
Salmois: elles leur permettent d'échapper à la peste, devenue
générale et - peut-être - épidémique,
et aux soldats ennemis, Suédois en tête. Le même phénomène
d'exode vers les bois protecteurs se produira lors de la seconde occupation
de la Lorraine et du Pays de Salm par les Français. Ce passage extrait
de l'inventaire après décès des biens d'Antoine Receveur
et de Jeanne Parmentier de Vexaincourt inventaire daté du 11 mai
1675 - constitue un exemple probant de ce phénomène: «II
ne s'y faict aucun estat des habits dudit Receveur ny de lad[it]e Jeanne
sa Vefve(35) pour avoir esté
perdus au bois lors qu'ils y estoie[nt]
refugiés»(36).
3. Les destructions matérielles de 1636
De toutes les années de guerre, celle de 1636 est la plus pénible
pour le Pays de Salm. L'état des registres de minutes - pour cette
année - des tabellions(37) du Comté
de Salm, demeurant à Badonviller, reflète cette désolation:
celui de Claude Bricotte est très mal écrit par divers
clercs(38) et
celui de son collègue Lescamoussier est fort amoindri par rapport
aux années antérieures(39).
Ne trouvant plus personne dans les villages, la soldatesque ennemie
ou alliée s'en prend aux habitations et aux «usines»:
elle brûle Bénaville, Pierre-Percée (village et château)
et Luvigny(40). Ce dernier village n'est
pas incendié par les Suédois mais par les alliés!
Les responsables sont des soldats du Comte de Gallas, général
agissant au nom de l'Empereur et se battant avec le Duc de Lorraine: l'église
de Luvigny - comme tout le village et son moulin - «fust bruslée
par un party de larmee de Galace en lanné
1636»(41).
Ce Gallas laisse alors un si mauvais souvenir aux Salmois que ceux-ci
feront de sa venue en Lorraine - à l'instar des catastrophes naturelles
et épidémies - un repère chronologique utilisé
par la suite. Le 5 juin 1665, par exemple, l'un des plus vieux habitants
de Celles, Jean Didier Thirion, à qui le Grand Gruyer demande si
l'emplacement de la scierie Lajus est le même qu'avant les guerres,
y fait référence dans sa réponse: «il y a
environ 30 ans, un an et demy ou environ avant l'arrivée de Galas
en Lorraine que celle cy a esté bastie en la mesme place hors qu'elle
est un peu plus tournée vers le soleil
levant»(42).
Jean Malet, maire de Celles, confirme ces dires en employant le même
repère.
Certains villages ne subissent que des destructions ponctuelles, limitées
à quelques «usines»: les forges de Champenay,
la «moitresse» (métairie) de Grandfontaine, le
moulin de Moussey et la scierie du bas-Chavon au-dessus de ce dernier village,
la scierie du Cerf près de Raon-sur-Plaine(43)
et la ferme de la Neuve Maison près de Châtas(44).
III. Une économie de survie: 1637-1660
1. La forêt nourricière
À la fin des années trente, les habitants rescapés
regagnent leurs anciens villages. Mais parmi ces derniers, certains vont
rester désespérément vides pendant un quart de siècle:
ceux détruits en 1636 et plusieurs villages du Ban de Salm. Fréconrupt
et Les Quelles sont «absolument ruynés par les
guerres»(45)
et La Broque - dont le moulin est «tout
desrompu»(46)
-désertée ou presque. À la même époque,
vers 1639-1640, il ne «reste plus que deux habitans audit mousey».
Deux «habitans», c'est-à-dire deux ménages,
pour un village qui en comptait 38 en 1634!
Ne pouvant pas compter sur l'agriculture -activité dont le succès
est tout à fait, dans ces temps troublés, aléatoire-,
les survivants se tournent vers la forêt, qui les a abrités
auparavant, pour lui demander travail, argent et nourriture.
Une certaine réponse leur vient par la location, à un
prix dérisoire, de quatre scieries du Val d'Allarmont (4),
à un officier de Blamont. Pour se justifier, le gruyer affirme «n'avoir
peu(47) trouver personne à
qu'il y ait peu (47) admodier lesdittes
scyes à plus grand profict, et qui en ait offry d'avantage que laditte
somme, sinon ledit fermier, et que pour obvier aux ruines esquelles elles
allaient tomber faulte d'entretien, il estoit nécessaire de les
admodier à quel prix que ce soit; joinct qu'elle seroint sa cause
que le reste des subjects de la montagne auroint aucuns autre moyen de
prouveoir(48) à leurs
aliments»(49).
La menace du forestier n'existant plus ou pratiquement plus, les bûcherons
et autres manoeuvres se servent en bois:Philippe
Joliot, habitant de La Broque convoqué le 20 mai
1665 par le Grand Gruyer, reconnaît ainsi «quil avoit couppé
il y a environ 17 ans quelques
faugs(50)
et sapins» à la limite des bois
communaux(51).
La même licence se retrouve dans le domaine cynégétique:
«Le
malheur des dernieres guerres ayant réduit les peuples dans des
miseres si extremes quils avoient esté contraints de mettre en Usage
tous les moyens que la Nature et l'art leurs inspiroient pour pourvoir
a leurs substances, et éviter l'affreu désastre de perir
par la famine avoit porté quelqu'uns a chercher la Continuation
d'une Vie languissante dans l'exercice de la Chasse, mesme du Cerf, de
la Biche et de la Gelinotte, le prix de la Vente desquels leurs estoit
Un si grand Secours, qu'il eut paru y avoir de l'inhumanité a leur
faire subir les peines portées par les ordonnances a ce Sujet, Surtout
dans un temps ce funeste fléau sembloit avoir anéanty et
banny les Loix, mesme les plus Sacrées et les plus
inviolables.»(52).
Néanmoins, quelques (rares) habitants du Val de Senones, n'ayant
aucune prédisposition pour le travail du bois ou la chasse, préfèrent,
vers 1640, aller chercher de l'ouvrage en Alsace(53).
2. Des armées onéreuses
a) Une abbaye charitable
Le 13 avril 1643, «Dom Henri Toupette procureur(54)
de la maison conventuelle de Senonne» fait grâce - devant
notaire - à trois habitants de Moussey, d'une dette de plus de cinquante
francs «dont la Communaulté dud[it] Moussey (..) est demeurée
attenue et obligée envers laditte Maison, pour cause de Vin et autres
nécessités à elle fournie pendant les logements des Gens de
Guerres»(55).
Cette remise de dette nous amène à formuler trois remarques:
- les débiteurs - Jean Zabé, Didier Estienne
et Maurice de Metz - sont les chefs des ménages qui constituent
toute la communauté de Moussey. Trop pauvres pour abreuver et nourrir
les envahisseurs, ils ont dû solliciter les religieux de l'abbaye
pour le prêt des denrées exigées. Trop pauvres pour
rembourser, ils s'engagent à payer en bois de chauffage: «pour
Satisfaction desdits Cinq[uan]te frans, ils doibvent façonner et
delivrer la quantité de Vingt huit cordes de bois dans le mois de
Juillet». La transaction commerciale est ainsi réduite
à un simple troc
- l'abbaye va jouer, tout au long des guerres de Lorraine,
les rôles de fournisseur et de banquier. Ce dernier rôle est
à l'origine d'une des plaintes transcrites le 2 janvier 1704 - de
l'Abbé et des religieux de Senones: «Pendant la guerre
dernière, et la chereté des grain, les A[bbé] et R[eligieux]
ont pretés de largent a Constitution a plusieurs habitant de la
Principauté, lesquels refusent depuis la paix de payer les Interests.
Sans que lesdicts A[bbé] et R[eligieux] puissent en avoir Justice,
parceque les officiers de la Principauté refusent de leur
rendre»(56).
Même si cette plainte n'est relative qu'à la seconde occupation
française, nous pouvons supposer - à la lueur de l'histoire
de 1643 - que l'on a dû procéder de la même façon
lors de la première occupation
- l'expression «Gens de Guerre» est ici,
comme dans la plupart des actes contemporains, très énigmatique.
Peut-elle correspondre aux troupes suédoises qu'un habitant de Badonviller
dit: «logées dans les montagnes
voisines»(57)
pendant l'hiver 1643-1644 et que le receveur de Saint-Dié et Raon
l'Étape situe - à la même période - dans cette
dernière ville et sa voisine, La
Neuville(58)?
b) Les contributions «pour la Subsistance des garnisons»
de Lorraine
Dès la fin des années quarante et au cours de la décennie
suivante, la Lorraine, Salm et l'Alsace doivent contribuer à «la
Subsistance des garnisons» de Bitche, Hombourg, Landstuhl et
Epelbronn(59).
Le Comté et la principauté de Salm ont à verser
100 rixdales pour le quartier d'octobre, de novembre et décembre
1648, ce qui est largement supérieur à ce que donnent les
lieux voisins:
| Mairie de Salle, Bourg et Bruges |
7 Risdales |
| Val de Viller |
50 Risdales |
| La Neufve ville en Barambas |
8 Risdales |
| Colroy la Roche et Ranru |
8 Risdales |
| Le Ban La Roche |
8 Risdales |
Ces contributions ne sont pas régulièrement exigées
puisqu'en 1649 et 1651, les lieux précités ne sont pas inscrits
sur les listes. En 1650, après intervention de la Princesse de Salm,
la Terre de Salm est dispensée des dites contributions, mais pas
ses voisines qui paient les même sommes qu'en 1648, sauf pour le
«Val
de Viller» qui passe, pour sa quote-part, à 45 rixdales.
Le «quartier d'hiver» de janvier 1655 voit reparaître
le «Comté de Salm», mais disparaître la
Principauté du même nom, Schirmeck et le Ban de la Roche.
En outre, les francs - signe des temps - y remplacent les rixdales: le
Comté de Salm en est pour 2.400 francs, le Val de Viller pour 3.000,
Colroy-la-Roche et Ranrupt pour 900 et les «Mairies de Salles,
Bourg, et Bruges» pour 600(60).
Le compte pour le quartier de juillet, août et septembre 1655
donne plus de précisions sur la répartition des contributions
entre les diverses parties du Comté de Salm: le Val de Senones doit
vingt-huit rixdales, le village de Celles et celui de Saulxures cinq rixdales
chacun, le Ban de Salm seulement un demi rixdale (le comptable tient sans
doute compte de l'état exceptionnel de misère dudit Ban)
et le village de Raon-sur-Plaine deux rixdales et demi.
Les malheureux contribuables du Comté de Salm peuvent respirer
à la fin de 1655: le comptable chargé de faire rentrer les
deniers «en auroit esté empesché par les Trouppes
françaises venues en quartier dhiver en Lorraine au mois de décembre
Cinquante Cinq (..), de sorte que pendant les Mois de Janvier, fevrier
et Mars suivants Il en auroit tiré fort peu».
Les habitants du Val de Senones doivent toutefois, pendant les années
où ils sont francs de contributions pour les garnisons précitées,
supporter les quartiers d'hiver du capitaine Henry qui loge «en
l'abbaye de Senonne» en 1649, 1650 et 1654(61).
Tous ces tributs successifs transforment de nombreux Salmois en débiteurs.
La Princesse de Salm s'en émeut et édicte, le 23 juin 1648,
une ordonnance destinée à protéger ces derniers contre
leurs créanciers(62). En vérité,
cette ordonnance - qui ne défend pas les sujets du Comté
(Partie lorraine) - n'apportera guère d'amélioration à
l'état très misérable de nos ancêtres(63):
la situation des années soixante est une sinistre illustration de
ce constat d'échec.
IV. L'accalmie: 1661-1669
La décennie qui sépare les deux occupations françaises
est une ère de calme, sur le plan militaire, mais d'intense activité
sur le plan comptable: les seigneurs de Salm font inventorier leurs biens
terres et hommes - pour en connaître la valeur économique.
1. Les terres et «usines»
a) Bois, scieries et forges
Si à certains (rares) endroits les habitants - du Ban de Salm,
de Vieux Moulin et de la Petite Raon - ont éclairci les bois communaux
sans que les arbres soient marqués, à d'autres, au contraire
- et c'est la majorité - les sapins sont étouffés
par des hêtres, «des faugs de deux et trois pieds de diamètre».
La hêtraie-sapinière a tendance à se métamorphoser
en simple hêtraie au-dessus de Raon-sur-Plaine - à la basse
de Rozières, à la Crache et à Corbeille et dans la
vallée de Ravines(64).
Les bois des «héritages» - autrement dit
des particuliers - ne se distinguent plus de ceux appartenant au domaine
seigneurial. Ici et là, les sujets du Prince coupent des arbres
dans les bois communaux réservés aux habitants du Comté
(et vice versa), comme le constate le 11 juin 1665 le Grand gruyer du Comté
de Salm: les principautois du Ban de Plaine se servent dans la montagne
du Rulla - bien comtal - et ce avec la bénédiction de Demenge
Hanzo, forestier du Comte, qui «ne les auroit pas empesche d'y
coupper pensant luy mesme qu'elle leur appartenoit»! La veille
déjà, le même problème, mettant en scène
les habitants du Vermont et ceux de Saint-Stail(64),
s'était posé. Enfin, la forêt a gagné sur les
chaumes qui ne seront relouées qu'en 1663(65).
Plusieurs scieries sont ruinées et «supprimées
depuis les guerres»: celles (l'ancienne et la nouvelle) des chaumes,
celles de Belval (une seule scierie va remplacer les deux existant avant-guerre),
celle de la goutte de la Maix et celle au-dessus du Chavon. La «scie
du Cerf» - au-dessus de Raon-sur-Plaine - est reconstruite en
1658(66).
Les forges de Framont n'ont rien à envier aux précédentes
scieries: point de charbon, peu de minerai et quasiment pas d'ouvriers
en mai 1665. A la même époque, la minière, au-dessus
de Grandfontaine, est anéantie et ce depuis une trentaine d'années,
«quasi des le commencement des guerres de
Lorraine»(67).
L'ardoisière de la Crache(68),
au-dessus de Raon-sur-Plaine est «inutile (...) et toute remplie
ne se pouvant qu'avec de grands frais restablir et se remettre en mesme
estat qu'elle estoit»(69).
b) Les biens agricoles
Le Ban de Salm n'est pas plus séduisant - pour d'éventuels
agriculteurs - en 1663 qu'il ne l'était en 1639-1640: «Le
Moulin dudit Ban (..) a esté abandonné depuis dix ans et
ça a cause du malheur des guerres et du peu de monde qui estoit
audit lieu». De même, «l'ancien battang soub le
moulin», et les deux «moitresses de Salm»
n'ont pas survécu aux hostilités(70).
Dans le reste du Pays de Salm, la situation est moins catastrophique,
mais des fermes isolées et bâties près de la forêt,
il ne demeure que les vestiges: la «Cense Pierrot Drouot»
et la «Cense Pierron La Hière» au-dessus respectivement
- de Raon-sur-Plaine et Vexaincourt n'ont laissé que quelques pierres
envahies par la végétation(71).
La plupart des champs et prés sont - selon un document de 1665 -
«en
friche et plein de hayes», «plein de broussailles»
ou, comme le champ «de Coméchamp» qui domine
Vexaincourt, remplis de «genevres»(72)
soit, en bon français, de genévriers.
D'autres «usines» n'offrent plus au passant que
des débris: le chaufour de La Petite-Raon(73)
et le «bastang a esmoudre» d'Estienne Cochet de
Raon-sur-Plaine(74).
2. Les hommes
a) Misère démographique et primauté d'une économie
sylvicole
* Les «paisseaux» des Bans de Salm et de Plaine
S'il était dressé un martyrologe salmois de la Guerre
de Trente Ans, la première place reviendrait, sans conteste, au
Ban de Salm et ce n'est pas l'auteur de la «Déclaration
et liste des lieux dependans du comté de Salm»(75)
qui lui enlèverait ce méchant privilège!
Cette déclaration - que nous utiliserons dans toute cette partie
démographique et le tableau comparatif joint -, datée du
30 juin 1661, ne pèche pas par optimisme si nous en croyons le passage
consacré à la région de La Broque, passage que nous
citons in extenso:
«Ban de Salm
Le Ban de Salm pour la part de S.A.(76)
consistoit cy devant en Trois villages appelés freconrup, les Quevelles
Vipucelle Et en la moitié de la Broque, Les deux premiers ont été
absolument ruynés par les guerres, mais depuis peu Un habitant de
la Neufville en Barambas, aiant faict rebastir Une maison aud(ic]tes Quevelles,
Il y a logé deux Pauvres manouvriers.
Vipucelle:
II y a audict Village deux Subiects manouvriers et qui ne gaignent
leurs Vies qua faire des paixeaux et les conduire Sur la Ripviere qui va
en Allemagne(77).
La Broque:
Son Altesse a deux subiects audit lieu tres pauvres et y arrivés
depuis peu».
Le dépeuplement de La Broque - comme celui des autres villages
du Pays de Salm - ne prend sa valeur que si nous comparons (ce que nous
faisons dans le tableau joint) la déclaration de 1661 à un
recensement opéré en 1634 par l'abbaye de Senones(78).
Ce dernier inscrit «98 feux» pour La Broque, mais deux
précisions sont indispensables avant de se livrer à un quelconque
rapprochement statistique:- les termes «feux», «sujets»
(«subiects»), «habitants» sont, dans
les textes du XVII° siècle, synonymes et doivent être
traduits - comme nous l'avons noté ci-devant - par le vocable moderne
de «ménages»;
- le chiffre de 1634 concerne le village dans son intégralité
(les sujets du Comte et ceux du Prince) et celui de 1661 dans sa
moitié(79).
| |
|
NOMBRE DE MÉNAGES DANS DES VILLAGES DU COMTÉ DE
SALM AVANT ET APRÈS LA GUERRE DE TRENTE ANS
|
|
Village |
année 1634 |
année 1661 |
| Ban de Salm |
Vipucelle |
23 |
2 |
|
Fréconrupt |
13 |
0 |
|
Les Quelles |
12 |
« 2 pauvres manouvriers» |
|
|
|
|
| Ban de Plaine |
Saulxures |
72 |
10 |
|
Bénaville |
3 |
0 |
|
|
|
|
| Val de Senones |
Moussey |
38 |
4 |
|
La Petite-Craon |
44 |
10 |
|
Belval |
41 |
9 |
|
VIieux-Moulin |
30 |
7 |
|
|
|
|
| Autres |
Saint Stail |
44 |
3 |
|
Chatas (Salm) |
15 |
7 |
Sources:
- Archives de la Bibliothèque municipale de Saint-Dié,
manuscrit 80, X, pour les chiffres de 1634 (N.B. Les fractions qui suivent
les chiffres dans l'original ne sont pas - pour des raisons méthodologiques
- recopiées)
- Archives Départementales de Meurthe-et-Moselle, BJ. 2077
pour les chiffres de 1661.
Compte-tenu de ces précisions, l'information de 1661 est absolument
stupéfiante: la nouvelle population de la partie comtale de La Broque
n'est plus qu'au vingt-quatrième (approximativement) de l'ancienne!
En outre - et ceci est plus grave -, les nouveaux venus n'ont choisi
d'habiter La Broque que pour des raisons professionnelles: les forêts
environnantes fournissent les sapins dans lesquels ils façonneront
des «paisseaux» - des échalas(80)
- de vigne.
Attirés, puis animés, par l'appât du gain, ils
ne s'embarrassent pas de scrupules excessifs en choisissant les arbres
nécessaires à leur métier.
Ce n'est que quatre ans plus tard, lors de sa visite de mai-juin 1665,
que le Grand Gruyer du Comte de Salm remarque que les bois communaux de
La Broque «écumés» par ces habitants sont
assez clairs. Interrogés, les coupables refusent comme les forestiers
le leur avaient demandé auparavant - de verser un tiers du profit
de la vente des «paisseaux»(81),
en échange des arbres utilisés. L'explication de ce refus
tient plus de chantage que de la justification: «cette participation
faicte il ne leur resteroit rien et causeroit que les subiects qui y sont
retourné depuis la St George derniere Seulement et ceux qui y sont
desia venus de l'Evesché de Strasbourg et quelques uns qui sont
encor prests d'y venir sur l'espérance de ce petit gain s'en retourneroient
et S'en dégousteroient alléchez de l'offre qui est faict
p[rese]ntement par l'Evesque dud[ic]t Strasbourg d'affranchir six ans ceux
qui S'y Siront habituer Sur Ses terres, et ainsy Seroit Sad[icte] a[ltesse]
privee (..) de ses subiects qui restent en fort petit nombre dans led[ic]t
Ban de Salms»(82).
Dans le ban voisin, celui de Plaine, le façonnage des «paisseaux»
a aussi la faveur des habitants: en 1661, sur les dix «sujets»
de Saulxures, quatre sont laboureurs et «les autres gaignent leurs
Vies a aller en Allemagne a la harque et aux Vendanges et a faire des paixeaux
et nourrir quelque bestails d'autruy»(83).
*Les «scyes» de la vallée de Celles et du Val
de Senones
Dans les reste du Pays de Salm, l'économie est subordonnée
surtout à la fourniture des scieries, des «scyes».
Les plus riches habitants possèdent des animaux de trait avec
lesquels ils labourent et «charroient des tronces et planches
sur les scyes». Ainsi, en 1661, à La Petite Raon, trois
habitants sur dix appartiennent à cette catégorie de laboureurs-voituriers,
à Vieux-Moulin deux sur sept, à Moussey quatre sur six, à
Celles (Comté) deux sur huit et à Raon-sur-Plaine deux (qui
sont en même temps amodiateurs de «scyes») sur
six.
Dans les villages traditionnellement agricoles, à la même
époque, les propriétaires de bêtes de trait se contentent
d'être des laboureurs: Saint Stail en possède un sur trois
habitants, Ménil (par moitié) quatre sur cinq et, à
Châtas (par moitié), les sept «subiects» «labourent
quelque peu et gaignent leur vie a nourrir du bestail» (83).
Tous les autres habitants (de la partie comtale) sont manoeuvres -
«manouvriers»
- souvent «tres pauvres» et, en général,
comme à Celles, «gagnent leurs Vies a abattre couper et
Cier des bois et planches»(83).
Outre ces bûcherons et sagards, la classe des «manouvriers»
comprend: un maréchal-ferrant à Celles (Comté), quelques
artisans à Senones et à Vieux-Moulin et deux «subiects»
de Belval qui «gaignent leurs Vies a mener du vin par baril».
b) Une nouvelle société
Dans les années soixante, l'ancienne population est presque
totalement éteinte et la transmission de la tradition orale et du
savoir-faire ancestral peut difficilement se faire. Le grand gruyer responsable
de la «Visitation g[e]n[er]ale des bois, Eaux et forests du Comté
de Salm» ne trouve plus, en 1665, assez de sujets se souvenant
des anciens abornements forestiers «po[u]r estre Jeunes et nés
la plus grande partie depuis lesd[ict]es guerres», même
s'il fait appel aux «quelques vieux qui restent en petit nombre»(84).
Cette quasi-solution de continuité va prendre encore plus d'importance
grâce au retour des descendants de l'ancienne population fugitive
et à l'immigration - dans la fin du XVII° siècle - de
Lorrains, de Français, de Suisses, d'Allemands et d'Italiens. La
reconstruction du Pays de Salm va attirer plusieurs maçons et charpentiers
tyroliens et italiens qui s'installent, dès 1661, dans la Vallée
de Celles.
C'est le cas de ces trois «Charpentiers natifs de Landerq
en Tirolle» qui demeurent à Celles et réparent,
en 1664, la maison du Comte de Salm à Badonviller(85)
ou de leur compatriote le maçon «Conrald Chrisman»
qui a loué le chaufour de Raon-sur-Plaine(86),
en 1665.
Bien entendu, tous ne s'installent pas dans cette contrée dévastée:
les prédécesseurs de Chrisman, «certains massons
italiens», locataires du Chaufour pour trois ans dès 1661,
quittent le pays l'année suivante «à cause de la
cherté des vivres»(87).
Le rajeunissement et l'hétérogénéité
de la population s'accompagnent (et sont parfois à l'origine) de
plusieurs mutations:
- les preuves écrites se substituent aux preuves orales dans
le domaine administratif: pieds-terriers et registres paroissiaux se multiplient,
- de nouvelles techniques apparaissent: l'exploitation des forêts
- si chère aux Salmois - est facilitée par le schlittage
et l'invention du chariot dans les scieries(88),
- la population a perdu l'agressivité qui la caractérisait
quelques décennies auparavant(89)
et n'est plus obsédée par les procès de sorcellerie
comme elle l'était avant les guerres.
Ces mutations des années soixante ne pourront hélas être
effectives que dès 1698: entre temps, la seconde occupation va,
de nouveau, paralyser une bonne part de l'activité du Pays de Salm.
Bien moins violente et très peu meurtrière, cette occupation
se traduira cependant par les inévitables «quartiers d'hiver»
(des armées de Turenne) qui conduisent presque, en février
1674, les habitants de Celles (Comté) «a la
mandicité»(90).
L'humour militaire des occupants ne perdra pas ses droits même
si Didier De La Levée du Val de Senones n'est pas à même
de l'apprécier après avoir été devalisé,
en l'an de gràce 1676, entre Raon l'Etape et Senones, par «un
party de françois»(90).
Les Français partis, le Pays de Salm ne connaîtra pas
tout de suite une paix absolue: les luttes d'influence entre le Prince
de Salm d'une part et l'abbaye de Senones soutenue plus ou moins par le
Comte de Salm placeront les Salmois dans une situation d'instabilité
fort désagréable...
Marc BRIGNON
1) Voir AD.M.M. (Archives Départementales
de Meurthe et Moselle), B. 9026 et Archives de la Bibliothèque municipale
de Saint-Dié, manuscrit 80, X.
2) Voir Marc BRIGNON - «Le
vieux moulin» -Bulletin municipal
de Moussey. 1979.
3) A.D.M.M., B. 9029; A.D.V. (Archives
Départementales des Vosges), 2H 4 et 2 H6 (communiqué par
Marie-Thérèse FISCHER); A.D.M.M. B 9041 et 9043.
4) Le Val d'Allarmont est composé
de Raon-sur-Plaine, Luvigny, Vexaincourt et Allarmont.
5) Voir Jean-Louis BOITHIAS et Marc
BRIGNON - Les scieries et les anciens sagards des Vosges - Créer,
Nonette, 1985, page 46.
6) Voir Marc BRIGNON - «La
sorcellerie dans le Pays de Salm aux XVI° et XVII° siècles»-
L'Essor, no 120, octobre 1983, pages 11 à 13.
7) Les seigneuries voisines ne sont
pas épargnées puisque leurs registres de comptabilité
rappellent la présence de ce mal:
- en 1630, à «Espinal, Charmes,
Chastel Sur Mozelle, Ramb[ervill]er et Villages circonvoisins»,
- en 1631, «en divers endroictz aux environs
de Saint diey»,
- de 1630 à 1632, à «Raon et lieux
voisins»,
- en 1633, à Lubine et au château de Spitzemberg
où meurt «de contagion (..) Ung nomme Nicolas Danozel leq[ue]l
y faisoit garde». A.D.M.M., B. 8745 et 8748.
8) A.D.M.M., B. 9112.
9) Voir Marc BRIGNON. «La scierie
de Juvépont». Bulletin municipal
de Moussey. 1981.
10) Ordon: canton forestier dont les
arbres sont réservés à la fabrication de charbon de
bois pour les forges de Framont et de Champenay.
11) A.D.M.M., B. 9113.
12) A.D.M.M., B. 9114.
13) Voir Marc BRIGNON. «La
scierie des chaumes». Bulle tin municipal de Moussey.1982.
14) A.D.M.M., B. 9115.
15) A.D.M.M., B. 9116.
16) A.D.M.M., B. 9069.
17) A.D.M.M., B. 9071.
18) A.D.M.M., B. 9070.
19) II s'agit d'un livret annuel dans
lequel «le comptable des Seigneurs de Salm consignait les manifestations
condamnables de petite envergure - coups, blasphèmes, insultes -
dont se rendaient coupables nos ancêtres». Marc BRIGNON,
article cité à la note (6).
20) Aux.
21) Donc La Broque.
22) Se mit.
23) A.D.M.M., B. 9071.
24) La Terre de Salm est composée
de ce que nous appellons aujourd'hui le Pays de Salm et de tout ce qui
a été donné à la France en 1751: Badonviller
et plusieurs villages voisins situés à droite de la rivière
de la Plaine (Vallée de Celles). Le Pays de Salm correspond à
l'ancienne et seconde Principauté qui vécut de 1751 à
1793.
25) Certains habitants de la Terre
de Salm, comme le maréchal-ferrant de Couvay, ne se gênent
pas pour donner leur avis sur les logements obligatoires de 1633: «Claude
miller marchal dudit lieu avoit dit que ceux qui avoient fait les billetz
pour des Soldatz pour loger que ce nestoient point en gens de bien et quilz
len avoient trop donné». Sa franchise ne rapporte à
Miller qu'une amende. A.D.M.M.. B. 9071.
26) reçu.
27) préjudices.
28) AD.M.M., B. 9070.
29) A.D.M.M., B. 9115.
30) Aux.
31) A.D.M.M., B. 9071. Pour sauver
leur vie, ce comptable et sa femme sont alors contraints, lui «de
se faire raser le poil et vestir un habit de cordelier et ladite dam[ois]elle
son espouse de prendre un habit de Soeure Grise». L'efficacité
du subterfuge prouve que l'ennemi lui-même respectait l'habit religieux.
32) A.D.M.M., B. 9116.
33) Pris.
34) Ceux-ci.
35) Veuve.
36) A.D.V., 3 C 229.
37) Ici ce terme désigne les
«notaires».
38) A.D.M.M., 3 E 64.
39) A.D.M.M., 3 E 74.
40) AD.M.M., BJ 2077.
41) A.D.M.M., B. 9074.
42) A.D.M.M., B. 891 n° 50.
43) A. D. M. M., B. 9117 et 9118.
44) Dom Augustin Calmet. Histoire
de l'Abbaye de Senones (Préfacée et annotée par
F. Dinago). Humbert, Saint-Dié, 1878-1880; page 337.
45) A.D.M.M., BJ 2077.
46) A.D.M.M.. B. 9072.
47) pu.
48) pourvoir.
49) A.D.M.M., B. 9116.
50) hêtres.
51) A.D.M.M., B. 891 n° 50.
52) A.D.V., 3 C 49. L'acte est du 21
novembre 1703, mais est autant valable pour la première occupation
que pour la seconde.
53) A.D.M.M., BJ 2077.
54) Religieux chargé des intérêts
matériels d'une maison religieuse.
55) A.D.M.M., 3 E 64.
56) A.D.M.M., B. 893 n° 3.
57) A.D.M.M., H. 1468, Abbaye de Saint-Sauveur,
acte du 7 juillet 1644. '
58) A.D.M.M., B. 8750; domaine, 1644.
59) A.D.M.M., BJ 4493.
60) Le rixdale vaut 6 francs et 6 gros,
c'est-à-dire 6 francs et demi.
61) A.D.M.M., E supplément 1386
(Badonviller Archives communales 40, [III].
62) A.D.V., 3 C 13.
63) Le 21 juillet 1653, un habitant
de Pexonne, en Principauté de Salm déclare ainsi aux officiers
de la Terre du même nom «que comme la multiplicité
des Charges ordinaires et Extraordinaires des gens de Guerres et quartiers
d'hyver qui arrivent Sucessivement d'année a au[tr]es dans ceste
désolée Terre de Salm, l'ont reduictz dans Une pauvreté
telle quit luy est du tout Impossible de pouvoir continuer les payem[ens]
de ses cottes esd[ites] Charges a l'advenir, II auroit a ces cau[s]es esté
contrainct de démettre de la bourgeoisie dud[it] pexonne comme il
fait, pour Se retirer a Raon la Tappe» A.D.V. 3 C 51.
II ressort de cette déclaration que les charges
de Raon l'Etape, ville voisine de la Terre de Salm, sont plus faibles (ou
inexistantes) que celles de cette dernière. Cette injustice sera
la cause de certains départs de Salmois vers d'autres seigneuries
plus accueillantes.
64) A.D.M.M., B. 891 n° 50.
65) A.D.M.M., B. 9075.
66) A.D.M.M., B. 9117 à 9119.
67) A.D.M.M., B. 891 n° 50.
68) Voir Marc Brignon «L'ardoisière
de la Crâche» L'Essor, n° 130, mars 1986.
69) A.D.M.M., B. 891 n° 50. Année
1665.
70) A.D.M.M., B. 9075.
71) A.D.M.M., B. 9117 et 9075. Années
1661 et 1663.
72) A.D.M.M., B. 891 n° 50.
73) A.D.M.M., B. 9117. Année
1661.
74) A.D.M.M., B. 9077. Année
1662.
75) A.D.M.M., BJ. 2077.
76) Son Altesse le Comte de Salm qui
possède la partie lorraine du Pays de Salm.
77) La Bruche.
78) Archives de la Bibliothèque
municipale de Saint-Dié, manuscrit 80, X.
79) Cette division remonte à
l'année 1598, année du partage du Comté de Salm.
80) La plupart de patois lorrains ont
gardé des formes voisines de «paisseaux». Voir
la planche 633 de l'Atlas linguistique et ethnologique de la Lorraine
romane par Jean Lanher, Alain Litaize et Jean Richard - Paris, C.N.R.S.,
1979 (Tome II).
81) Ces paisseaux «se vendent
dix gros le cent a la brocque» à des «allemands
de Moutzig, Molsheim, et au[tr]es lieux des environs». Les «allemands»
en question sont, bien entendu, des viticulteurs alsaciens.
82) A.D.M.M., B. 891 n° 50.
83) A.D.M.M., BJ 2077. Année
1661.
84) A.D.M.M., B. 891 n° 50.
85) A.D.M.M., B. 9120.
86) A.D.M.M.. B. 9122.
87) A.D.M.M., B. 9119.
88) Voir l'ouvrage cité à
la note (5), pages 214-215.
89) Voir l'article cité à
la note (6), pages 14-15.
90) A.D.M.M., BJ. 2077.
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire
de Schirmeck, n° 134 (Mars 1987)
c'est mon ancêtre
Philippe Juillot, maître maçon, né en 1630 (mon
1024 Sosa Stradonitz)