Éléments de géologie de Wisches et environs.
Dans la vallée de le Bruche, le terrain de transition entre le
porphyre et le schiste est représenté par des schistes,
des
grauwackes et des poudingues.
De petits filons de minette traversent le schiste près de
Lutzelhouse et de Wisches. Dans la vallée de Haslach, on trouve
un schiste noir.
La grauwacke forme aux environs de Muhlbach et de Netzenbach des
couches épaisses que l'on exploite depuis peu pour le pavage de
la ville de
Strasbourg. Elle se compose de quartz, de feldspath et de paillettes de
mica
très clairsemées. Ces substances, qui ne sont autres
autre
les éléments du granit, sont très intimement
soudées,
de sorte que, si l'on ne prenait garde, la roche pourrait être
prise
pour une roche granitoïde très riche en quartz.
La même variété de roche se retrouve près
d'Urmatt, sur les deux côtés de la vallée. Aux
environs de Wisches, la grauwacke contient des fragments de schiste
corné noir qui provient sans doute d'un étage
inférieur.
Des vestiges indéterminables de madrépores ont
été quelquefois rencontrés dans les roches
arénacées de Lutzelhouse
et de Wisches.
Voici la direction des feuillets schisteux dans quelques points de la
vallée de la Bruche:
à 2 kilomètres au nord de Muhlbach
|
Est 20° N - Ouest 20° S
|
près de Wisches
|
Est 30° N - Ouest 30° S
|
à la scierie du vallon de Haslach
|
Est 30° N - Ouest 30° S
|
chemin de Lutzelhouse aux carrières
|
Est - Ouest
|
La direction se rapproche donc beaucoup des schistes du Val de
Villé, qui est Est 35° N - Ouest 35° S.
Un poudingue formé principalement de galets bien arrondis de
granit est développé aux environs de Russ.
Description géologique et
minéralogique de département du Bas-Rhin par M.A.
Daubée, Strasbourg (1852)
Histoire de Wisches
Pierre Juillot
À l'époque romaine, les routes reliant l'Alsace
à la Lorraine par la vallée de la Bruche étaient:
¹) la route partant de Langres jusqu'à
Strasbourg (Argentoratum) venait de Raon-l'Etape et suivait le
« chemin des Bannes »
jusqu'au col du Prayé , montait au Donon pour redescendre sur
Wisches.
Son existence à l'époque
gallo-romaine est attestée par une colonne milliaire (avec
inscription)
déterrée en 1869 au col Entre les deux Donon par le
docteur
Bedel de Schirmeck. Exposée un moment au
«temple-musée»,
elle a été perdue depuis. D'autres trouvailles romaines
ont
été faites à Heiligenberg (*).
²) «la
Via Salinatorum» ou Route du Sel ou Route
des
Sarmates.
En effet, deux voies sont connues sous ce nom au Moyen-Age. Une voie
dérivée de la route de Langres à Strasbourg
(rejointe près de Raon par une route venant de Metz) quittait
cette dernière près de Saint Blaise, se dirigeant vers le
Ban de Sapt et le col des Broques vers Saâles, le col de
Steige, le Champ du Feu, le Mont Sainte Odile et Obernai pour rejoindre
Strasbourg.
Un autre diverticulum partait du col de Steige vers Scherwiller
où il rejoignait la «route des Vosges».
À l'aube du moyen-âge, la rive gauche de la Bruche fait
partie de trois patrimoines distincts:
- le territoire de l'abbaye de Senones délimité
à l'est par le col Entre les deux Donon, la Goutte du Marteau et
le ruisseau de Framont (Wackenbach): il est connu par une
fausse
charte de 660 (confirmée en 948) et bien délimité
par un acte de 1328
- le district de l'évêché de Strasbourg
entre le ruisseau de Still, la crête et le Netzenbach qui
apparaît
comme «fief» de l'abbaye de Haslach fondée avant
826:
la charte de donation de l'empereur Louis le Pieux à
l'évêque
date de 816, mais elle remonte sans doute à l'époque
mérovingienne
- enfin, l'abbaye d'Andlau obtint à sa fondation (avant
l'an 880) un patrimoine non situé à sa proximité,
mais d'importantes forêts localisées au nord et au sud du
Donon. Ces biens touchaient à la Bruche, puisqu'ils englobaient
le secteur bien délimité entre le Wackenbach et le
Netzenbach.
Dans ce territoire appartenant à Andlau, aucun habitat n'est
encore
mentionné à cette époque.
Seul le ruisseau de Netzenbach, qui sera appelé au
moyen-âge
Wischbach,
apparaît
sous les noms WICHIA (816) et WICHAHE (1059).
La première
mention avec sa terminaison latine en IA est
particulièrement
précieuse, puisqu'elle se rapporte sans doute à un
établissement
gallo-romain (vicus) dont le lieu-dit encore connu au VII°
siècle
perpétuerait le souvenir la terminaison AHE, quant
à
elle, est déjà germanique.
Ce vicus installé quelque part sur l'emplacement du
futur
village de Wisches doit être mis en rapport avec la voie romaine
partant de Strasbourg et franchissant la crête au col Entre les
deux
Donon. C'est à Wisches que cette route romaine quitte le flanc
de
la rive gauche de la Bruche et «s'élève» vers
le Donon; le tracé de cette route antique est par ailleurs celui
qu'empruntent encore de nos jours la «Gosse Saint Antoine»
et le «Chemin des Vignes».
La présence de l'établissement gallo-romain à
Wisches peut s'expliquer par la nécessité d'une station
qui
procurait aux conducteurs un attelage d'appoint avant la dure
montée
vers le Donon comme cela s'est vérifié ailleurs pour
d'autres
routes romaines.
Plusieurs restes d'un pavage romain étaient encore connus au
début du XIX° siècle. Le professeur Curt Mundel, dans
son Guide des Vosges, raconte les avoir suivis en 1904
au-dessus
du cimetière de Wisches, en suivant le «Chemin des
Vignes»,
peut-être vers la basse du
Rond-Pré.
Cette voie se retouve à l'époque médiévale,
et plus tard, sous diverses dénominations: la Sente des
Bouteillers
en pays de langue française au début du XVI°
siècle,
son équivalent en allemand Bosselweg ou Bosslerweg
à la même époque, le Chemin des Botteliers
au
XVIII° siècle, enfin le chemin de Saint-Quirin (voie
de pèlerinage) au début du siècle dernier.
Il reste encore à mentionner -au moins au moyen-âge- la
présence à Wisches même d'un double péage:
celui
de l'évêque «der gross Zoll» et le
«petit
péage» des comtes de Salm avant que celui-ci ne soit
transféré
à Lafrimbolle.
C'est dans ce même contexte de passage transvosgien (mais
est-ce
vraiment le hasard?) qu'émerge la localité
médiévale
de Wisches. Nous sommes au début du XIII° siècle,
en 1213. Le duc de Lorraine, Thiébaut Ier est
en guerre avec l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen au
sujet de la possession de la ville de Rosheim. Il envoie son infanterie
en avant-garde dans la Vallée de la Bruche. Celle-ci, au lieu
d'attendre
le duc, s'aventure jusqu'à Rosheim où elle est surprise
par
un cuisant échec, dû principalement à l'ivresse
causée
par le bon vin des caves! Ce n'est qu'au cours du retour
précipité
que le «lieutenant» lorrain rencontre enfin Thiébaut
et son armée restés auprès de Wisches
(apud
Wicha).«Le duc à cette nouvelle rebrousse alors
chemin»
ajoute le chroniqueur Richer de Senones, quasi contemporain des faits.
Wisches constitue-t-il alors un point fortifié pour que
l'armée
lorraine s'y soit arrêtée? Est-ce plus simplement parce
que
l'étape appelée Wicha se trouve sur la
route
utilisée par Thiébaut de Lorraine venu peut être du
Donon? On ne sait pas. Toujours est-il que la première
mention
connue de la localité de Wisches apparaît en 1213.
Le territoire de Netzenbach-Wackenbach arriva aux mains de
l'évêque
sans doute vers 1226-1236 avec Guirbaden et l'héritage des
comtes
de Dabo également avoués de l'abbaye d'Andlau. Mais le
district
ne devint épiscopal que de manière très
incomplète,
l'abbesse d'Andlau y gardant des droits importants qui ne seront
cédés
à l'évêché qu'en 1539: de multiples taxes,
deux
tiers des forêts enfin le droit de justice incarné par
celui
de nommer l'écoutète.
Le souvenir de l'abbaye d'Andlau comme seigneur foncier restera
longtemps
incrusté dans la mémoire des habitants. Un lieu-dit
encore
en usage en 1685 le prouve: le terrier de Wisches-Hersbach de cette
année
signale ainsi près du vallon du Tommelsbach (du
côté
de Hersbach) «cinq acres de champs en friche sur la montagne
d'Andlau»
(am
Andlawer berg). Et puis, il y a cette silhouette étonnament
vivante d'un écoutète épiscopal de pure souche au
XVI° siècle: Jean Kubler (né, baptisé et
habitant
à Wisches). En 1579, il regarde derrière lui sa
carrière
écoulée - il a alors soixante-quatorze ans - et se plaint
du temps présent et du tumulte des guerres. Mais il regrette
avec
une certaine amertume l'époque heureuse de ses
prédécesseurs
nommés par l'abbesse d'Andlau qui «avec moins de peine
avaient de nombreux avantages en nature» et sans doute plus
de
prestige que lui au sein de la communauté.
Au début du XVI° siècle, il ne peut sans doute pas
encore être question de territoire propre à une
localité
mais uniquement de droits d'usage dans les forêts, de droits de
parcours
pour les troupeaux sur les chaumes et près des points d'eau, le
tout encore en commun. C'est dans cette optique qu'il faut comprendre
la
démarche des communautés de Wisches et de Schirmeck qui
se
sont «accomodées» le 17 juillet 1545
devant
le seigneur-évêque «au sujet de la
glandée,
coupes de bois et pasturages dans les forêts qu'ils [dont
ils]
jouissent par indivis». Plus tard, Schirmeck d'un
côté,
Wisches et Wackenbach de l'autre, arriveront en 1572 à
séparer
et aborner entièrement les deux territoires (appelés
maintenant
«bans»)
le long du Tommelsbach: c'est donc à cette date - et pour la
somme
de deux cents livres - que Wisches perd sa juridiction territoriale
qu'elle
avait réussi à maintenir depuis ses origines
jusqu'à
Wackenbach et le ruisseau de Framont.
Sur le plan spirituel, Lutzelhouse et Urmatt forment deux paroisses
en 1371: elles sont placées sous l'autorité de Haslach
plus
précisément du prévôt du chapitre qui en
tire
personnellement les revenus «die zwen kirchen Urmats und
Lutzelhusen
und iren zugehorden».
En fait cette situation remonte au
moins
au XIII° siècle, puisque les deux «ecclesia»,
Uormatten
et
Lutzelnhusen
apparaissent pour la première fois en 1290. Il s'agit donc bien
des deux seules paroisses existant sur le versant gauche de la Bruche
entre
les cours du Framont et de la Hasel et comprenant, comme c'est toujours
le cas, un certain nombre de «filiales».
Ainsi parmi les habitats cités lors de la vente de 1366, le
district paroissial de Lutzelhouse comprend deux autres lieux de culte
connus: par un texte tardif pour Wackenbach où une petite
chapelle
existe en 1603, par un édifice pour Wisches. En effet, la
chapelle
du cimetière - dont l'étude archéologique reste
encore
à faire -remonte dans ses plus anciennes parties
conservées
au moins au XIV° siècle.
Le patron Saint Antoine y est
attesté
pour 1666, mais en 1758 la nouvelle église fut
dédiée
à Saint Michel. A ce moment Lutzelhouse était devenue
annexe
de Wisches et devait le rester jusqu'en 1802.
Le plus célèbre Wischois passé à la
postérité
est François Joseph Drouot dit
Lamarche,
général de division de la République, dont le nom
Lamarche
est
inscrit sur l'Arc de Triomphe.
En 1794, la commune qui relevait du district de Benfeld demanda
à
être rattachée pour des raisons pratiques à celui
de
Senones. Cette modification administrative fut effectuée au
printemps
1795 et Wisches fut ainsi incorporée au département des
Vosges,
pour en être de nouveau détachée en 1871 par le
traité
de Francfort. Par ce traité, la région qui est
aujourd'hui constituée par les cantons de Schirmeck et de
Saâles fut annexée à l'empire allemand en
échange du Territoire de Belfort, qui lui faisait partie du
département du Haut-Rhin, et n'avait pu être annexé
car ses habitants s'étaient battus comme des lions.
La chapelle à l'entrée de Hersbach a
été construite par la famille J.A. Douvier, exploitante
des carrières de porphyre J.A. Douvier en souvenir de leur fils
Raymond Douvier, décédé accidentellement au cours
d'une partie de chasse le 23 septembre 1933.h)
Le blason de Wisches contient une croix de Saint Hubert; le saint
Patron
de Wisches est Saint Michel et l'ancienne église paroissiale est
dédiée à Saint Antoine de Padoue, appelé
à Wisches
«Saint
Antoine des cochons.» Ceci atteste du caractère
fortement
chrétien de Wisches. Selon certains auteurs, ce dernier
prendrait
son origine dans le rôle qu'aurait joué le ruisseau du
Netzenbach
comme barrière d'arrêt lors des grandes invasions des
VIII°
et IX° siècle. Cette théorie -dont la certification
ne
saurait aujourd'hui être faite avec un degré de confiance
suffisant- s'appuye sur la présence de symboles
non-chrétiens
dans l'héraldisme de villages voisins.
(*) Le texte dont je
m'inspire
fait mention de "trouvailles romaines faites à Wisches". Je n'ai
pas trouvé trace au Musée Archéologique de
Strasbourg,
ni dans les catalogues de ce dernier, de ces soi-disant "trouvailles
romaines".
mes sources:
Jean Braun, Cahiers Alsaciens d'Archéologie d'Art et
d'Histoire, XII, (1968) p.39
La communauté et la paroisse de Wisches sous l'Ancien
Régime,
Arnold Kientzler, l'Essor n° 150, Spécial Wisches
Hersbach,
mars 1991
Encyclopédie de l'Alsace, Editions PubliTotal
Le Baillage épiscopal de Schirmeck, Arnold Kientzler,
l'Essor
n° 84, septembre 1973
Le Ban de la Roche au temps des seigneurs de Rathsamhausen et
de
Veldenz,
Denis Leypold, Librairie Oberlin (1989)
h)
Claude
Jérôme, l'Essor 150 (mars 1995)
Rapide survol historique et chronologique
IIIème siècle Saint-Antoine
dit l'Égyptien est appelé alors le père des
moines. Il est né en 251 à Quéman-el-Arous en
Haute Egypte et est mort en 356, âgé de 105 ans.
Il finira ses jours dans une grotte du mont Qolzum au bord de la mer
Rouge.
1070
Jocelyn, suite à une promesse faite à son
père, ramena les restes de saint Antoine d'Egypte en France, en
son village «La
Motte au Bois» (Saint-Antoine-l'Abbaye, aujourd'hui).
1088
Les Bénédictins de Montmajours sont
chargés de veiller aux reliques du saint,
tandis que «les Frères de l'Aumône » soignent
les malades atteints principalement du mal des ardents (appelé
aussi feu Saint-Antoine»), provoqué par une moisissure du
seigle (l'ergot du seigle)
1297 Cette vocation hospitalière se développe et
les
Frères de l'Aumône prennent le pas sur le Prieuré
Bénédictin
XIV° siècle La structure centralisée de
l'Ordre est
ébranlée par le Grand Schisme
XVI° siècle Les guerres de religion détruiront
une
grande partie des structures et bâtiments qui devront être
presque entièrement reconstruits.
XVII° siècle L'amélioration de la nourriture
et de
l'hygiène de vie, faisant disparaître les grandes
épidémies, fait perdre aux Antonins leur raison
d'être.
1775 L'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, appelé
aussi
ordre de Malte, absorbe les Antonins.
L'Echo des 3 Provinces n° 12, décembre
2006
Saint Antoine, dit l'Egyptien est appelé le père des
moines.
Antoine est issu d'une famille aisée.
Devenu orphelin à l'âge de 18 ans, il
vend ses biens et se retire dans un ermitage en quête de
perfection.
Antoine vécut une vie d'ermite et passa de nombreuses
années dans le désert afin de lutter contre les
démons qui
le persécutaient et lui faisaient endurer d'atroces souffrances.
Dès le début de sa vie ascétique, le
diable, jaloux de sa destinée, tente
d'éveiller sa convoitise et se manifeste
sous les traits multiples d'une femme,
d'un enfant ou ceux terrifiants de bêtes
féroces.
Saint Antoine triomphe de ces turpitudes diaboliques, de ces tentations
par le
jeûne et la prière et se réfugie dans
l'ascèse la plus sévère.
Auréolé de sainteté par les miracles
qu'il accomplit, Antoine est appelé à
Alexandrie en 311 par les chrétiens persécutés
puis vers 338, afin de lutter contre le paganisme et
l'hérésie véhiculés
par les Ariens.
Tout au long de sa vie, il soigna de nombreux malades.
Le mal des ardents
Les reliques étaient parmi celles qui guérissaient
"le mal des ardents" ou feu Saint-Antoine qui envahissait
périodiquement
l'Europe entre le XI° et le XVII° siècle.
De tous les fléaux qui déciment les populations dans
toute l'Europe, ce mal est l'un des
plus meurtriers. Il
apparaît en Dauphiné vers 1090-1096.
Contractée par intoxication alimentaire, la maladie
présente deux aspects distincts :
l'un convulsivant, l'autre gangréneux.
Elle laisse des lésions irrémédiables,
les muscles se raidissent, les membres
se gangrènent, affligés de plaies purulentes et
nauséabondes, une mauvaise
irrigation du cerveau provoque chez le
malade un état hallucinatoire, proche de
la démence.
Face à ce mal terrifiant, la croyance en
la puissance miraculeuse d'un saint et
plus particulièrement en celle de saint
Antoine, demeure pour de nombreux
malades le seul recours. En 1596, la
faculté de médecine de Marbourg (Allemagne) attribue
l'origine du mal au
seigle ergoté (l'ergot est un champignon
parasite nommé Claviceps purpurea)
qui, absorbé, entraîne un empoisonnement du sang.
Le mal commençait par une tache noire
qui s'étendait rapidement, causant une
ardeur insupportable, desséchait la peau,
pourrissait les chairs et les muscles qui se
détachaient des parties osseuses et tombaient par lambeaux. Feu
dévorant, il
brûlait petit à petit et enfin consumait ses
victimes sans qu'on put apporter de soulagement à leurs
souffrances. Plusieurs
éprouvaient ses plus cruelles atteintes
dans l'espace d'une nuit; s'ils ne mourraient pas au bout de quelques
heures.
Écrit de Sigebert de Gembloux au
XIème siècle.
Les Antonins et le rétable d'Issenheim
Deux seigneurs guéris de ce mal fondèrent "les
Hospitaliers
de Saint Antoine" ou Antonins à la Motte Saint Didier
(Isère),
devenu Saint Antoine en Dauphiné.
Les Antonins jouissaient du privilège de
laisser aller leurs troupeaux sans payer de taxes.
Saint Antoine ermite est accompagné d'un petit cochon.
À partir du XV° siècle,
le porc et la sonnette, les flammes s'échappant d'un membre
malade,
le bâton en forme de "Tau" ou T, issu de la béquille des
estropiés
sont les attributs de Saint Antoine.
La commanderie des Antonins d'Issenheim
La maison d'Issenheim, qui dépendait de l'ordre des Antonins,
fut fondée dans les
premières années du XIV° siècle. De vocation
hospitalière, elle
accueillait et soignait les malades atteints du mal des ardents
ou feu de Saint Antoine, qui venaient se mettre sous la
protection du saint.
La nourriture saine et les soins apportés à Issenheim -
boissons ou
onguent à base de plantes calmantes, amputation des membres
gangrenés - assuraient la réputation de la commanderie.
Le retable participait certainement à cette thérapie en
offrant
aux fidèles l'exemple des souffrances du Christ et de Saint
Antoine.
Nous savons que les malades étaient conduits dans le choeur au
pied
du retable où, suivant les moments liturgiques, ils
vénéraient saint
Antoine (retable ouvert ou fermé), étaient
confrontés à
l'accomplissement de la Nouvelle Loi (Annonciation, Incarnation,
Résurrection), ou priaient devant le sacrifice du Christ
(retable fermé,
Crucifixion).
La «Roche solaire» de Wisches
Sur le flanc Est du Kohlberg, à 577 mètres d'altitude,
en pleine forêt communale de Wisches, loin de toute
habitation,
mais
à quelques mètres seulement d'un carrefour de chemins
carrossables,
la Roche Solaire a de quoi intriguer le passant.
La «Roche solaire» de Wisches
Les faits constatés.
Cet énorme bloc de grès vosgien a vaguement la forme
d'un parallélépipède rectangle de 6 mètres
de longueur, 2,5 mètres de largeur et 2,5 mètres de
hauteur.
Un bloc plus petit, disposé à cet effet contre l'un de
ses
flancs, sert de marche-pied et permet d'accéder plus facilement
sur le plateau de cette table naturelle. Son grand axe est
orienté
nord-sud et sa masse, compte-tenu de la densité du grès,
peut être estimée à environ
96
tonnes.
L'analyse d'un échantillon de matière rocheuse,
prélevée
par un habitant de Wisches et effectuée par l'un des services du
Centre National de la Recherche Scientifique de Strasbourg, a mis en
évidence
une faible radioactivité naturelle moins de 40 becquerels par kg
et comparable à celle des autres pierres naturelles comme le
granit - et une radio-activité artificielle à
l'état
de traces insignifiantes dues aux événements de
Tchernobyl
(URSS) en mai 19861).
Ce qui surprend le plus le promeneur, mises à part les
dimensions
de ce mégalithe, c'est le fait qu'il soit isolé,
solitaire.
Des fissures dûes à l'érosion soulignent la
disposition
des
différentes strates ou couches de sable cimenté qui le
composent.
Ceci prouve que la roche ne se trouve pas à sa place originelle
et qu'elle a subi un renversement. C'est le résultat d'un
éboulement
intervenu il y a très longtemps, probablement lors de la
dernière
période glaciaire, à la suite de la fragmentation du
front
de la côte gréseuse par le gel. Ce phénomène
naturel est bien connu des géologues qui parlent de gélifraction
ou de cryoclastie.
Les interprétations.
Au vu de ses dimensions, de sa situation, de son isolement, il n'est
pas à étonnant que la Roche Solaire ait
stimulé l'imagination populaire quant à un soit disant
pouvoir
surnaturel.
Un informateursnous a signalé que son grand-père,
artisan de profession et guérisseur à l'occasion, se
rendait
régulièrement sur les lieux afin de «se
ressourcer»,
de refaire le plein de «flux bénéfique». Sa
spécialité
était la guérison du «mal au foie».
D'après
notre interloculteur, de nombreux autres «sorciers»
fréquentaient
cette «source bénéfique».
Dans le même ordre d'idées, un ouvrage paru en 1983 et
recensant les lieux magiques et sacrés d'Alsace et des Vosges
parle de la Roche Solaire en ces termes: C'est en mesurant la
puissance
des rayonnements de cette pierre avec le géodynamètre que
le mystère s'épaissit . ... La roche, par sa fonction de
table de culte ou d'autel a capté les fluides spirituels lors de
cultes, comme les églises et chapelles s'imprègnent de la
foi et des prières des fidèles.
L'imprégnation positive et bénéfique de cette
roche suit les mêmes lois que le principe du
phénomène
des «pierres magiques» que possèdent certaines
personnes
et qui leur ouvrent les portes de la chance, du succès et de la
réussite. Ces «pierres magiques» ont
été
«imbibées» d'éléments positifs,
physiques
et psychiques. Elles agissent selon la loi psychologique de la
suggestion,
ce qui est indéniable, mais essentiellement par le positivisme
qu'elles
véhiculent.2)
Nous arrêtons là cet échantillon de charabia
pseudo-scientifique
qui s'étale sur trois pages et qui ne convainc
que les âmes prêtes à les accepter sans s'interroger
sur leur sérieux.
L'appellation.
L'énigme grandit si l'on essaie de trouver l'origine et le sens
de l'appellation de notre roche. Deux versions nous ont
été
fournies à ce jour.
La première veut qu'autrefois ce monument naturel fût
doté d'un système indiquant l'heure aux passants,
à
l'instar d'un cadran solaire. Il est vrai que le chemin qui passe
à
proximité était bien plus fréquenté
autrefois
que de nos jours, car il était utilisé pour se rendre en
Lorraine par le Col entre les Deux Donons, ou
en
revenir. D'ailleurs un lieu-dit situé à quelques
kilomètres
plus au nord du site qui nous intéresse se nomme Fontaine des
Carpes.
En effet, c'est là que les voyageurs, de retour de la
région
des étangs lorrains qui venaient d'être vidés,
ravigoraient
les poissons vivants qu'ils rapportaient en Alsace.
La seconde, bien moins poétique, mais plus vraisemblable, veut
que le qualificatif «solaire» soit plus prosaïquement
la déformation de l'adjectif «solitaire».
Le dépouillement du cadastre et de toutes les cartes anciennes
disponibles nous apprend que cette dénomination
est récente, et n'apparaît pour la première fois
sur
des
documents de l'Institut Géographique National qu'après la
Seconde Guerre Mondiale.
Nos convictions.
De multiples arrêts sur les lieux, des conversations
répétées
avec des spécialistes et
le résultat des analyses scientifiques nous ont amené
à
nous forger trois convictions:
- la Roche Solaire n'est ni magique, ni bénéfique, ni
surnaturelle, et ne présente aucun élément
mystérieux
ou inexplicable;
- sa dénomination a peu de chances d'être en rapport avec
le soleil, car son emplacement est quasiment toujours à l'ombre;
- l'intérêt qu'on lui porte et le rôle surnaturel
qu'on lui attribue sont d'origine plutôt récente.
Le phénomène de la sacralisation d'un
élément
naturel qui sort de l'ordinaire auquel nous assistons dans ce cas
précis
n'est pas nouveau. Ne lit-on pas dans l'Ancien Testament
déjà
: Ne va pas lever les yeux vers le ciel, regarder le soleil, la
lune
et les étoiles... et te laisser entraîner à te
prosterner
devant eux et à les servir? 3)
Le plus étonnant, dans toute cette histoire, est certainement
que cette croyance perdure, en Alsace, et en ce début
du
XXI° siècle.
Claude JÉRÔME
quelques modif. P Ju
L'Essor, revue des Anciens du Cours
Complémentaire
de Schirmeck, n° 152 (septembre 1991)
1) Résultat aimablement communiqués par
Madame E. Sistel que nous remercions
2) G. Altenbach et B. Legrais, Lieux magiques et
sacrés
d'Alsace et des Voges, (Les hauts lieux vibratoires de la
santé),
1983.
3) Deutéronome, chapitre IV, verset 15
Une fête antirabique à Wisches
ou
la naissance de la Confrérie Saint Hubert
Dans les dernières années, la rage a fait couler beaucoup
d'encre. Des procédés divers ont été
proposés
pour enrayer la terrible maladie mais, à notre connaissance, on
n'a pas envisagé celui auquel les habitants de Wisches et de
Netzenbach
recoururent en 1721: un voeu à saint Hubert.
Ils se réunirent dans l'église saint Michel de Wisches
et promirent de chômer, chaque année, le 3 novembre,
fête
de saint Hubert, et d'assister à une messe solennelle à
la
suite de laquelle on distribuerait du pain bénit. Pour bien
faire,
on anticipa cette célébration, pour la première
année,
au 21 mars. Mais lisons plutôt la relation que le curé
Jean-Jacques
BERTOUME nota sur la dernière page de son registre paroissial1:
"L'an Mil Sept Cent Vingt et un Le Vingt et unieme Jour du mois
de mars, sont convenüs Les habitants tant de la Communauté
de Vich que de celle du Netzenbach sur la montagne ou est situé
leur Eglise sous le titre du Bienheureux St Michaël arcange Leur
patron,
dans le dessein d'y éfectuer unanimement un veux qu'ils ont
promis
au Bien heureux St Humbert afin que par son intercession ils puissent
obtenir
de dieu la grace d'estre preservés, et tous ce qui Leur
appartient,
de La rage et de ses accidents; + Le quel veux estant juste et plein de
religion, et pour remedier a un malheur des-ia comencé, a
esté
receüe par Mre J.Jacques BERTOUME Leur pasteur Legitime comme
sensuit.
Promettent Les susdts habitans tant de la Communauté de Vich,
que
de celle du netzenbach entre Les Mains de Leur Curé, de garder
et
d'observer le troisieme jour du mois de novembre de chacques
années
aperpetuité en Lhonneur du grand st Hubert, de sabstenir de tous
traveaux pendant Ledt iour, dassister a La Messe Solemnelle qui se
chentera
en Leure dite Église par Leur Curé ou par un autre
constitué
de sa part, Laquelle messe sera à La Charge des deux dites
comuneautes.
L'on benira un pain qui se couppera en morceaux pour qu'il en soit fait
La distribution au peuple assistant a cette devotion, qui a esté
anticipé par Le zel desdtes Comuneautes qui ont demandes une
messe
Solemnelle, qui a este Chenté par Mre J.Jacques BERTOUME Leur
Susdit
pasteur a Lhonneur du St invocqué par eux, en laquelle Les
paroissiens
et tous autres ont estes a Loffrende, et ont exigé ensuite que
cette
pratique soit continüé et observé par Leurs
Successeurs,
comme elle a (este ?) 2
institué
pieusement et commencé par eux a Lhonneur ( ....) 2Bien
heureux grand St Humbert".
Pourtant. de son vivant, saint Hubert aurait sans doute
été
le premier surpris de savoir que des Bruchois se placeraient sous sa
protection
pour éviter la rage! En effet, l'Histoire ne le met pas plus en
relation avec cette maladie qu'avec la chasse: c'est la Légende
qui s'en charge.
Hubert3 était
évêque
de Tongres-Maestricht-Liège, et mourut en 727. Les miracles
survenus
à son tombeau eurent pour conséquence, en 743, de faire
élever
ses reliques: c'était l'équivalent d'une canonisation.
Carloman,
maire du palais, contribua lui-même à les porter devant
l'autel
des Saints Apôtres de Liège. Mais les restes de saint
Hubert
ne restèrent pas là où on les avait placés.
En 825, Liège les céda partiellement au monastère
d'Andage, dans les Ardennes. Les moines finirent par se convaincre
qu'ils
possédaient le saint entier.
Or, les Ardennes pays giboyeux, comptaient énormément
de chasseurs parmi leurs habitants. Le saint des Ardennes devint donc
le
saint des chasseurs avant d'être présenté comme un
chasseur lui-même.
Tout le monde connais la célèbre légende: jeune
seigneur passionné de chasse, Hubert se lance dans la
forêt
le jour même de Noël avec sa meute et ses piqueurs. II est
sur
le point de forcer un cerf quand celui-ci se retourne et lui fait
front.
Entre les bois de la superbe bête apparaît un crucifix,
pendant
qu'une voix céleste reproche à Hubert de délaisser
Dieu. Et le chasseur se convertit...
L'hagiographe qui au XV° siècle ou un peu avant, a
rédigé
ce récit manquait un peu d'imagination: il s'est contenté
de réutiliser pour saint Hubert la légende de saint
Eustache,
l'un des célèbres "Quatorze Saints Auxiliateurs"4.
Mais cela, les dévots du Moyen-Age et des siècles
suivants
s'en souciaient peu. C'est peut-être parce que leur
patron
avait une réputation de chasseur que les moines de saint Hubert
au XV° siècle, élevaient des chiens de chasse pour
l'Allemagne.
En tout cas, s'il est une maladie que l'on craint pour sa meute,
pour
son bétail ou pour soi-même dans une région riche
en gibier, c'est bien la rage. Rien d'étonnant, alors, si saint
Hubert s'est retrouvé un jour guérisseur de cette maladie
et spécialiste de la prévention antirabique, aussi bien
pour
les bêtes que pour les gens. Ainsi se développèrent
un certain nombre de pratiques.
Celle de la "taille" remonterait à 950. Elle
consistait
à faire au front de la personne mordue une incision qu'on
mettait
ensuite en contact avec un morceau de l'étole de saint Hubert.
Cette
coutume était appelée à une longue vie et à
un certain succès, puisqu'en mai 1811 on enregistra le record de
trois cent trente tailles. Il est à espérer que certaines
n'étaient que préventives, car on s'effraie de penser que
trois cent trente personnes pourraient avoir été mordues
en un mois! Précisons que la taille devait être suivie
d'une
neuvaine de prières.
On avait aussi des "clés de saint Hubert", pour
cautériser
les plaies des animaux suspects ou, préventivement, pour signer
les chiens au front. Enfin, on faisait usage d'un pain bénit
spécial,
destiné lui aussi à prévenir les effets de la
rage.
C'est lui que nous retrouvons à Wisches. Il faut dire qu'on
distribuait
aussi du pain bénit en relation avec d'autres saints. Encore
aujourd'hui,
les gens de La Robertsau connaissent le pain bénit de saint
Fiacre,
offert par les jardiniers le jour où on fête leur patron.
Et pour rester au XVIII° siècle, Diderot nous apprend, dans
l'article "Pain béni" de l'Encyclopédie, parue une
vingtaine
d'années après le voeu de Wisches, qu'il s'en distribuait
tous les dimanches dans des paroisses nombreuses: "On sait qu'il y
a
dans le royaume plus de quarante mille paroisses où l'on
distribue
du pain béni, quelquefois même à deux grand'messes
en un jour, sans compter ceux des confréries, ceux des
différents
corps des arts et du négoce". Et le philosophe de lancer une
vigoureuse attaque contre cette pratique si répandue... Mais
revenons
à
saint Hubert.
On ne l'honorait pas seulement à Andange, devenu
Saint-Hubert-Ardennes,
évidemment. Des confréries se créèrent un
peu
partout. comme à Urville en 1679 5.
La démarche des habitants de Wisches et de Netzenbach n'a donc
rien
de surprenant.
D'après notre texte, il ne s'agit pas seulement de se
protéger
contre la rage mais aussi d'y remédier. Sans doute beaucoup de
gens
ou d'animaux avaient-ils été mordus pendant l'hiver
1720-1721,
ce qui expliquerait le voeu, bien sûr, mais surtout
l'anticipation
de la cérémonie au 21 mars: le 3 novembre était
encore
loin, il fallait s'assurer les bonnes grâces du saint le plus
vite
possible!
On peut remarquer que seuls sont concernés les gens de
Wisches
et de Netzenbach alors que à l'époque, la paroisse
comportait
encore Muhlbach et Lutzelhouse. L'église de ce dernier village
avait
d'ailleurs été centre de la paroisse avant de devenir
annexe
de celle de Wisches au XVIII°siècle6.
On voit que Netzenbach n'a pas attendu 1976 pour agir de concert avec
Wisches!7
Ce qui parait curieux, c'est la mention de l'église saint
Michel
"sur
la montagne". L'église romane du Haut de Wisches qui
correspondrait
à cette situation a de tout temps été
consacrée
à saint Antoine. L'église saint Michel ne s'est-elle pas
toujours trouvée à son emplacement actuel? Car elle ne
semble
vraiment pas se trouver "sur la montagne"... Nous sommes incapables de
répondre.
Toujours est-il que le document de 1721 nous séduit parce
qu'il
nous donne l'origine d'une coutume toujours vivace. Aujourd'hui encore,
à Wisches on célèbre solennellement la saint
Hubert.
La grand-messe prend un éclat particulier. Un couple offre le
pain
bénit - en l'occurence des kougelhofs - qu'on distribue
à
l'assistance et qu'on porte à domicile aux personnes
âgées
ou malades. Et bien sûr, on désigne le couple qui assumera
la fourniture du pain bénit l'année suivante.
Oui, Wisches fête la saint Hubert, mais ne sait plus pourquoi.
C'est tout de même une belle fidélité à la
tradition
que de conserver, au bout de deux siècles et demi, une coutume
dont
on a oublié le sens...
En 1721, Pasteur n'était pas né, on ne gazait pas les
terriers, on n'empoisonnait pas les renards: on ne voyait pas d'autre
secours
contre la rage que celui du saint spécialiste. Et c'est pour
cela
qu'à Wisches, cette année encore, on a mangé du
kougelhopf
après la messe de saint Hubert!
Gérard et Marie-Thérèse FISCHER
L'Essor, revue des Anciens du Cours
Complémentaire
de Schirmeck, n° ?
1) Archives Départementales du
Bas-Rhin,
E 276. Tome 1.
2) Fragment illisible
3) La plupart des renseignements sur
saint Hubert et son culte son tirés de "Vies des saints et
des
bienheureux selon l'ordre du calendrier avec l'historique des
fêtes"
RR.PP. Baudot et Chaussin, O.S.B. Tome X I, pp 102-106
4) Les Quatorze Auxiliateurs sont les
saintes Catherine, Barbe, Marguerite, et les saints Erasme, Eustache,
Guy,
Gilles, Blaise, Denis, Acacius, Pantatéon. Cyriaque, Georges et
Christophe. Chacun a ses spécialités: tout le monde
connais
celle de saint Christophe! Saint Eustache, pour sa part, protège
du feu de l'Enfer. Cf. Robert Guidat: "Guide iconographique
à
travers l'Alsace".
5) Voir "Ils sont nos
aïeux..."
du chanoine André Laurent. pp. 174-179.
6) Voir le "Handbuch der
elsässischen
Kirchen im Mittelalter", du chanoine Médard Barth.
Règlement et statuts de la dévotion à
St Hubert
À lire à Vêpres après Magnificat, le jour de
la solemnité de St Hubert
Règlements et statuts de la dévotion à St
Hubert,
établis en la paroisse de Wisch le 21 Mars 1721
Art. I. L'an 1721, le 21 Mars, les habitants de Wisch et
de Netzenbach, assemblés en présence de Mr le
curé Barthomé dans l'ancienne église de St Antoine
ont fait voeu de garder à perpétuité la fête
de St Hubert afin d'obtenir par son intercession la grâce
d'être
préservés et tout ce qui leur appartient, de la rage et
de
ses accidents, lequel voeu est bien réfléchi et plein de
religion, ayant été solennellement fait et
déclaré,
en conséquence des malheurs et accidents arrivés dans
ladite
paroisse, qui causèrent de grands troubles et inquiétudes
dans l'esprit des paroissiens.
Art. II. On présentera un pain qui sera bénit
à la messe solennelle pour ensuite être distribué
aux
assistants. Tous les confrères iront à l'offrande; cet
usage
sera exécuté et continué par leurs successeurs, en
foi de quoi ils ont tous signé pour la validité de leurs
promesses et engagements.
Art. III. Ceux qui désireront se faire inscrire dans
la Confrérie de St Hubert seront tenus de garder inviolablement
les règles et statuts que ladite Confrérie propose.
Art. IV. Ceux qui ne seront pas reconnus pour être de
bonnes moeurs et de bonne conduite seront refusés.
Art. V. Le jour que l'on se fera inscrire et recevoir dans
ladite
Confrérie, on sera obligé de se confesser et de
communier,
afin d'ôter tous les obstacles qui nous éloignent de la
grâce
de Dieu.
Art. VI. Les quatre dimanches du quartier de St Hubert sont
les deuxième dimanches de Janvier, Mars, Mai et Août. Les
confrères doivent y aller à l'offrande comme en la
fête
de St Hubert. Ces cinq jours, on fait la procession avant la messe.
Art. VII. Les confrères et consoeurs qui accompagnent
le Tr. Saint Sacrement, étant dans la maison du malade, diront
pour
lui un Pater, un Ave et un
Gloria Patri et ceux qui
seront en état d'assister le malade de quelque aumône,
selon
leur faculté, seront invités de le faire.
Art. VIII. Dès qu'un confrère ou consoeur sera
décédé, les confrères seront avertis de s'y
trouver, et on choisira parmi eux quatre pour porter le mort en
l'église,
le jour de la sépulture. Ils assisteront à l'enterrement,
au service de ce jour et à celui qui sera recommandé pour
le confrère défunt, ce dont les confrères ne
pourront
se dispenser sans motif légitime.
Art. IX Les lendemain de la grande fête, on chantera une
messe solennelle pour tous les défunts confrères et
consoeurs,
et les bienfaiteurs de la confrérie. Les confrères et
consoeurs
doivent y assister.
Art. IX. On exhorte tous les confrères et consoeurs en
général d'approcher des sacrements les jours de
fête
de la Confrérie, d'édifier par leur piété,
par leur conduite, tous les fidèles de la paroisse et ceux du
voisinage;
que ce ne soit point par un esprit de vanité ni de
présomption,
mais par un esprit de religion, en vue d'obtenir les grâces et
les
miséricordes du Seigneur qui daigne répandre sur tous les
confrères ses influences célestes, pour participer aux
indulgences
qui y sont attachées; que dans cette association, nous ne
cherchions
que de plaire à Dieu; que nous vivions les uns et les autres
avec
une telle charité et une telle union, qu'elle nous devienne
à
jamais méritoire pour la Gloire de Dieu et pour le salut de nous
tous.
Ainsi soit-il,
Le voeu de célébrer la fête de St Hubert a
été
prononcé le 21 mars 1721.
La Confrérie a été établie le 3 janvier
1770 .
Les Membres de la Confrérie de Saint Hubert
1951-1964 Abbé César
Strohmeyer
| |
Madame et Monsieur |
| 1951 |
Vincent Carbonnel |
| 1952 |
Prosper Charlier |
| 1953 |
Germain Charton |
| 1954 |
Henri Ganier |
| 1955 |
Joseph Huck |
| 1956 |
Louis Jérôme |
| 1957 |
Camille Juillot |
| 1958 |
Joseph L'Hôte |
| 1959 |
Jacques Luiz |
| 1960 |
Paul Moser |
| 1961 |
Ernest Rodeghiero |
| 1962 |
Augustin Seel |
| 1963 |
Emile Weber |
| 1964 |
Joseph Paclet |
1964-1984 Abbé Jacques Piguenet
1965-novembre 1984 (décédé le 27/08/1992)
| |
Madame et Monsieur |
| 1965 |
Ferdinand Wurster |
| 1966 |
François Paclet |
| 1967 |
Pierre Jaeg |
| 1968 |
Bernard Richard |
| 1969 |
Paul Maurer |
| 1970 |
Charles Wietrich |
| 1971 |
Henri Melot |
| 1972 |
François Bouillon |
| 1973 |
Albert Weber |
| 1974 |
Maurice Maréchal |
| 1975 |
Fernand Fourché |
| 1976 |
Ernest Hietter |
| 1977 |
Jules Ferry |
| 1978 |
Jean Moser |
| 1979 |
Hubert Mehl |
| 1980 |
Roger Stouvenel |
| 1981 |
Léon Baret |
| 1982 |
Hubert L'Hôte |
| 1983 |
Louis Quéro |
| 1984 |
André Rodeghiero |
1985-1987 Abbé
Jean
Georges Bergantz
| |
Madame et Monsieur |
| 1985 |
Roland Claude |
| 1986 |
Hubert Trappler |
| 1987 |
Jean Soudière |
1988-1991 Abbé
A.
Adler
| |
Madame et Monsieur |
| 1988 |
Richard Munsch |
| 1989 |
Robert Guy |
| 1990 |
Joseph Hochstetter |
| 1991 |
Ernest Ohrel |
1992-1999 Abbé
Jean
Georges Bergantz
| |
Madame et Monsieur |
| 1992 |
André Ostwald |
| 1993 |
Claude Ferry |
| 1994 |
Carlos Leitao |
| 1995 |
Jacky Schmittenknecht |
| 1996 |
Armando Da Silva Naschimento |
| 1997 |
Bernard Dieffenbronn |
| 1998 |
Jean Ruffenach |
| 1999 |
Georges Alard |
2000 -> Abbé
Miroslaw
Kula
| |
Madame et Monsieur |
| 2000 |
Alain Hubert |
| 2001 |
Ewald Roos |
| 2002 |
Guy Vaney |
L'orgue Stiehr de l'église Saint Michel
de Wisches
1859
L'église St Michel de Wisches fut construite en deux phases:
la tour, érigée en 1830, coûta 42 000 F; la nef et
le coeur furent ajoutés entre 1836 et 1837 pour un montant de 65
000 F. L'église revint donc à 107 000 F.
C'est en 1857 que le conseil municipal envisagea l'installation d'un
orgue dans l'église. La construction de la tribune fut
confiée
à l'architecte Grijolot de Saint Dié pour la somme de
1900
F. Parallèlement, les Frères Stiehr travaillèrent
sur le projet de construction de l'orgue dont ils fournirent un
mémoire
d'un montant de 10 180 F.
L'instrument fut livré en août 1859, comme en atteste
l'inscription suivante apposée par le facteur sur le ré
grave
de la contrebasse de 16' : "STIEHR Xavier à Seltz 1859 ".
En 1870, à la suite d'une visite de Jeanpierre, facteur d'orgues
à Rambervillers, le conseil municipal engagea par une
délibération
une somme de 3 000 F pour réparer l'orgue. La guerre de 1870
retarda
quelque peu cette réparation qui, en réalité,
consistait
en un agrandissement de l'instrument. C'est en 1873 que les travaux
furent
réalisés pour une somme de 10 100 F par Jacquot,
successeur
et gendre de Jeanpierre.
Le mérite de ce facteur fut d'agrandir l'orgue sans pour autant
dénaturer son caractère romantique voulu par Xavier
Stiehr.
Sur le plan historique, il s'agit là des seuls travaux qu'a
réalisés
le facteur d'orgues vosgien sur un instrument alsacien. On peut
remarquer
que la pédale qui comptait à l'origine 18 marches fut
portée
à 30, mais qu'elle est restée à ce jour à
18.
Le projet actuel de restauration prévoit de construire
définitivement
une pédale à 30 notes.
Les travaux d'entretien de 1873 à nos jours n'ont pas
été
à la hauteur de la qualité de l'instrument. Il semble
bien
que l'intérêt porté par les responsables municipaux
ou religieux fut pour le moins modeste, et ce, à partir de 1938.
Jusqu'à cette date, on trouve trace de correspondances,
délibérations
et devis afférents à l'entretien de l'orgue.
1968 marque un tournant dans son utilisation. L'achat d'un orgue
électronique
installé dans le choeur, pour permettre au curé de
l'époque
de diriger sa chorale, amenait la fin de l'utilisation du grand orgue
qui,
à défaut d'un entretien minimum, devenait
définitivement
muet. Le simple remplacement du ventilateur aurait permis de lui
conserver
sa voix.
Composition de l'orgue
I Le buffet
Ce magnifique buffet en chêne massif date de 1859. Il est
composé
de 4 tourelles de grand orgue et de 2 tourelles pour le positif de dos.
II Sommiers - Soufflerie - Transmission
Deux réservoirs à plis superposés sont
situés
derrière l'orgue. Les sommiers sont de Stiehr pour le positif de
dos, le grand orgue et la pédale. La transmission est de type
"mécanique
suspendue". Les machines Barker ont été installées
par Jacquot derrière les claviers avec des soufflets verticaux.
III La console
Elle s'ouvre sur 3 claviers de 54 notes chacun. Les tirants de jeux
sont de section carrée, les pommeaux sont ronds et recouverts de
porcelaines. Le banc est dimensionné pour un pédalier de
30 notes, mais en réalité, les jeux de pédale ne
s'étendent
que sur 18 notes.
IV La tuyauterie
L'orgue Stiehr de Wisches se compose de 39 jeux.
A Le positif de dos: 54 notes
| MONTRE 8' |
BOURDON 8' |
FLÛTE 8' |
| SALICIONAL 8' |
DULCIANA 4' |
FLÛTE 4' |
| FLAGEOLET 2' |
CROMORNE 8' |
HAUTBOIS 8' |
B Le grand orgue: 54 notes
| MONTRE 8' |
PRESTANT 4' |
CORNET 5 Rangs |
| FLÛTE MAJEURE 8' |
BOURDON 16' |
BOURDON 8' |
| GAMBE 8' |
SALICIONAL 8' |
FUGARA 4' |
| FLÛTE à cheminée 4' |
DOUBLETTE 2' |
FOURNITURE 4' |
| TROMPETTE 8' |
CLAIRON 4' |
|
On trouve actuellement: BASSE : 24 notes - DESSUS: 30 notes
C Récit: 54 notes
| FLÛTE harmonique 8' |
FLÛTE octaviante 4' |
GAMBE 8' |
| VOIX céleste 8' |
CLARINETTE 8' |
VOIX humaine 8' |
Jeu divisé en basse et dessus: BASSE: 24 notes - DESSUS: 30
notes
D Pédale: 18 notes
| CONTREBASSE 16' |
SOUBASSE 16' |
FLÛTE 8' |
| CONTRE BASSON 16' |
TROMPETTE 8' |
CLAIRON 4' |
| GAMBE 8' |
|
|
Le diapason est à 440 Hertz.
L'Action menée par la municipalité, avec l'aide de la
Direction Régionale des Affaires culturelles, aboutissait le 2
avril
1997 au classement de l'orgue Stiehr de Wisches à l'inventaire
des
monuments historiques. Cette première étape permettait
d'envisager
sa restauration.
La création de l'AROW (Association pour la Restauration des
Orgues de Wisches ) mobilisait la population, offrant ainsi à
cette
association, reconnue d'utilité publique, la possibilité
de participer à environ 50% de la part communale.
Le budget prévisionnel est de 2 180 000 F T.T.C. En novembre
2000, le marché de restauration a été
attribué
à Nicolas Toussaint, facteur d'orgues à Nantes. Celui-ci,
avec l'aide de M. Christian Lutz, technicien conseil, s'est
engagé
à livrer l'instrument restauré en octobre 2002.
L'orgue Stiehr de Wisches, témoin du savoir-faire d'une
époque
ayant marqué la facture d'orgues alsacienne, va renaître.
Il retrouvera sa voix et redeviendra l'un des plus beaux fleurons du
patrimoine
culturel et cultuel de la Vallée de la Bruche.
Plaquette de l'AROW
L'orgue historique Stiehr-Jaquot de l' église Saint-Michel
de Wisches
Le souffle retrouvé après 35 années de silence
L'orgue Stiehr Frères de 1859
L'histoire de l'orgue de Wisches est, à l'instar de celle de
l'église
paroissiale Saint Michel, assez singulière. La construction de
l'édifice
religieux abritant l'instrument s'est échelonnée sur une
période
de 10 ans, de 1830 à 1840, ceci sans compter les importantes
modifications
ultérieures à 1840. Un premier instrument fut mis en
place
par les frères Stiehr en 1859, puis, à peine quatorze ans
plus
tard, un agrandissement conséquent fut réalisé par
Théodore
Jaquot de Rambervillers.
Dès 1841, la commune s'était préoccupée de
la
construction d'un instrument. Deux courriers des facteurs d'orgues
Georges
Wegmann de Strasbourg et Jean-Nicolas Jeanpierre attestent de ce projet
avorté.
C'est en 1857 que le conseil municipal décida officiellement en
séance
du 8 novembre, de «passer traité avec un facteur pour
la
fourniture d'un orgue dans l'église de Wisches pour une somme
approximative
de 10 000 f».
La municipalité s'adressa aux frères Stiehr de Seltz.
Nous
ne pouvons dire si d'autres facteurs furent contactés à
la
même période.
Cinq mois plus tard, le 8 avril 1858, les frères Stiehr
écrivirent un courrier au maire: «c'est avec bien du
plaisir que j'ai reçu votre lettre, annonçant
l'approbation du traité pour l'orgue de l'autorité
supérieure»
Les frères Stiehr venaient de proposer un devis pour la
construction d'un orgue à deux claviers et pédalier de 18
notes de 30 jeux.
La municipalité engagea ensuite M. Grijolot, architecte à
Saint
Dié, pour faire le plan et le devis d'une tribune qui fut
construite
en 1859 pour la somme de 1900 francs.
Toujours en 1859, les frères Stiehr présentèrent
leur
mémoire sur lequel il fut spécifié qu'un jeu avait
été
ajouté au «Manual» (Grand Orgue) pour une
plus
value de 180 francs.
L'orgue fut livré dans les délais prévus le 17
septembre
1859. Ce même jour, lors de la réception des travaux,
l'orgue
fut examiné par les experts Dubois de Schirmeck, Liehrmann
d'Illkirch
- Graffenstaden et Eblé de Muhlbach, ce dernier ayant
été
choisi par M.M. Stiehr eux-mêmes.
Le travail réalisé par les facteurs d'orgues de Seltz a
donné
lieu à des propos élogieux. Les experts
formulèrent en
fin de leur expertise de l'instrument des «Observations
particulières»: «Il faut constater pour
l'honneur de M. M. Stiehr, qui ont justifié une fois de plus la
renommée qu'ils ont justement acquise par leurs efforts, que
tous les jeux sans moindre observation, forment une réussite
heureuse, et qu'en rendant un hommage particulier pour les gambes et
les flûtes
(souligné dans le texte), l'on est porté comme
beaucoup
d'autres juges à leur attribuer un mérite unique pour ces
jeux.»
Signalons enfin que la construction de l'orgue de Wisches s'est
situé dans l'âge d'or de la maison Stiehr Frères,
juste après l'érection des rands chefs d'oeuvre à
trois claviers de Bischoffsheim (1848), Barr (1852), Riquewihr (1853)
et un an avant l'instrument de Saint Etienne de Rosheim (1860).
Les travaux d'agrandissement réalisés par
Théodore Jaquot en 1873
Il est difficile de trouver des raisons permettant de comprendre ce qui
a
poussé la municipalité à agrandir l'instrument si
tôt
après sa mise en service, et surtout, en s'adressant à un
autre
facteur d'orgue.
Onze ans plus tard, alors que les Stiehr oeuvraient toujours en Alsace,
la
commune de Wisches contacta Jean-Nicolas Jeanpierre. Celui-ci
n'était pas un inconnu dans la vallée de la Bruche. C'est
lui qui avait réalisé
l'orgue neuf de Russ en 1858 et c'est peut-être parce qu'on lui
avait
refusé le travail en 1859 à Wisches que maintenant on
voulait
faire appel à lui.
Jeanpierre rédigea le 15 septembre 1869 un projet de
restauration et
d'agrandissement de l'orgue Stiehr.
La guerre de 1870, déclarée le 19 juillet, empêcha
de
donner suite à l'affaire. Ce n'est ensuite qu'au début de
1873,
alors que Wisch faisait désormais partie du Reich
allemand
dans le département de Basse Alsace, que Jeanpierre fut
contacté
comme en témoigne une lettre de M. Christophe, qui était
à
cette époque l'organiste de la paroisse: «Je vous
attends
dans les premiers jours de Mars et soyez sans inquiétude pour
les
choses dont vous aurez besoin (... ) A propos de la douane dont vous
m'avez
déjà parlé, je crois que vous ne paierez rien si
votre
ouvrage n'est point complètement achevé.»
Les travaux furent rapidement exécutés comme en atteste
l'extrait
de compte rendu de la séance du conseil municipal du 22 avril
1873:
«Séance du 22 avril 1873
(...) Les travaux de Jean Pierre, facteur d'orgues à
Rambervillers n'ayant pas été mis à
exécution par suite des événements (...) le
conseil municipal a consenti à ce
que les réparations avec l'agrandissement de l'orgue soient
exécutés et a voté au budget de 1873 la somme de
10 100 francs (...) Aujourd'hui tous les travaux sont
terminés.»
L'instrument, dont le projet initial date de 1869, coûta donc en
tout
10 100 francs; 7100 francs pour le rajout du récit expressif
(machine
Barker incluse) et 3000 francs pour les réparations,
transformations et mise au ton moderne de l'orgue.
Sur le devis réalisé par Jeanpierre en 1869 figure un cor
anglais
qui fut remplacé par un basson.
Il est fortement à supposer que le récit expressif et sa
tuyauterie,
terminés, attendirent un peu plus de trois ans dans l'atelier de
Rambervillers
avant leur transfert à Wisches.
Le choix de la municipalité de donner du travail en 1873
à un
facteur d'orgues français pourra être perçu comme
un
choix politico-culturel. En revanche, le magnifique ouvrage
réalisé par Théodore Jaquot a permis
l'agrandissement de l'instrument tout en respectant le travail
effectué par les frères Stiehr. La
composition originale de l'orgue fut conservée pour sauvegarder
autant
que possible l'authenticité historique. Le positif et la
pédale
ne furent pas modifiés dans leur composition et c'est uniquement
dans
le Grand Orgue que l'on peut trouver quelques tuyaux de Jaquot. Les
tuyaux
de basse du clairon 4' de Stiehr (24 notes) furent en effet
échangés
contre ceux de basse du basson 8' dans le récit (24 notes).
Le rajout d'un récit expressif par Jaquot s'insère de
manière
originale dans l'histoire de l'orgue en Alsace. Wisches reste en effet
à
ce jour l'unique instrument réalisé en Alsace par ce
facteur
d'orgues vosgien.
De la fin du XIX° siècle à l'abandon de
l'instrument en 1968
La première trace d'une intervention sur l'instrument date de
1881
lorsque le curé Wernert adressa une lettre à Jaquot: «Wisches
le 3 mai 1881
Monsieur Jacquot à Rambervillers,
La bonne saison étant arrivée, voudriez-vous venir
à Wisches pour accorder nos orgues qui en ont bien besoin. Votre
présence est d'autant plus nécessaire que le nouvel
organiste, alsacien d'origine, ne sait pas tous les jeux de notre
orgue, mais est capable de les apprendre facilement sur vos indications
(...)»
L'entretien de l'instrument semble avoir été
effectué régulièrement par Jaquot jusqu'à
la fin du siècle. Puis le suivi de l'instrument semble avoir
été décousu, la municipalité faisant appel
à différents facteurs d'orgue.
Le 8 mai 1896, Louis Mockers répara l'instrument pour un montant
de
700 marks qui lui furent payés par Auguste Ganier,
trésorier de la fabrique. En 1909, c'est Aloïse Lorentz, de
Souffelweyersheim qui
intervint sur l'instrument pour un montant de 600 marks.
Puis on trouve à nouveau une intervention de Louis Mockers de
Seltz
en 1911 pour un montant de 480 marks. Les tuyaux de Montre du positif
et
du Grand Orgue furent réquisitionnés comme partout
ailleurs en Alsace par les autorités allemandes en 1917 pour un
poids total de 169,5 kg, évalués à cette
époque à 1067,87
marks.
La municipalité décida de réinstaller une
façade neuve en 1925, elle engagea l'entreprise E.A. Roethinger
(au détriment de Kriess, concurrent) pour l'installation d'une
façade en étain 87% pour la somme de 7850 francs.
La commune de Wisches engagea ensuite un procès contre
l'état allemand en 1926 pour l'indemnisation des cloches et
tuyaux réquisitionnés, procès qui aboutit à
un dédommagement de 25 000 francs.
En 1928, l'état de l'instrument se dégrada de
manière inquiétante tant et si bien que la
municipalité, envisageant des réparations, contacta
Roethinger et Rickenbach pour rédiger des devis. Ces devis,
heureusement jamais mis en oeuvre, auraient davantage conduit à
une reconstruction qu'à une restauration, ceci en
procédant à une pneumatisation de l'instrument et
à d'importants
changements de jeux. Rickenbach fut le seul à proposer dans un
de
ses trois devis une restauration dans l'état mais avec
déplacement
de l'instrument vers l'arrière de la tribune afin de donner
davantage
de place à la chorale.
La dernière trace retrouvée d'une intervention sur
l'instrument date de 1938. L'entreprise François Kriess fils, de
Molsheim effectua un travail dont on ne connaît pas la teneur
pour une somme de 7 939 francs.
On ne sait plus rien de l'entretien de l'orgue de 1938 à 1968,
date
à laquelle il a cessé d'être joué.
Les années 90 devaient annoncer la renaissance de
l'instrument
La création, le 28 mars 1996, de l'Association pour la
Restauration de l'Orgue de Wisches (A.R.O.W.) a permis une
avancée considérable du projet de restauration.
La première récompense des démarches
effectuées par l'association et la municipalité intervint
le 2 avril 1997, lorsque
l'instrument fut classé à l'inventaire des monuments
historiques.
Le 8 juin 1998, la commune de Wisches s'engageait à participer
à
hauteur de 35% du coût du financement du projet de restauration
(la
part de l'état étant de 40% et celle du Conseil
Général
du Bas-Rhin de 25%) Parallèlement, la collecte de fonds
réalisée
par l'A.R.O.W. permit de financer la moitié de la part
communale.
Le marché public fut attribué en novembre 2000 à
la
manufacture d'orgues de Nicolas Toussaint de Nantes pour un montant de
249.705
euros.
La réception des travaux se déroula le 11 avril 2003 avec
la
contribution de Michel Chapuis, membre de la Commission
Supérieure des Monuments Historiques auprès du
Ministère de la Culture.
Enfin, l'inauguration se fit en grandes pompes le 18 mai 2003. Une
messe
de bénédiction de l'orgue, présidée par Mgr
Doré,
archevêque de Strasbourg, fut célébrée le
matin.
L'après-midi, Daniel Roth titulaire de l'orgue de St Sulpice
à
Paris, donna un excellent concert inaugural.
Le splendide orgue Stiehr-Jaquot de Wisches a retrouvé sa voix
tout
en renouant avec ses fonctions cultuelles et culturelles.
Cet instrument qui fut réalisé par un facteur d'orgues
alsacien
et agrandi par un artisan vosgien est bien à l'image de la
vallée
de la Bruche, se trouvant au confluent de l'Alsace et des Vosges.
Thierry HASSLER
Essor n°198 juin 2003
Bibliographie
M. Barth, Elsass, «Das Land der Orgeln», Archives
de l'Eglise
d'Alsace 1965-66.
P. Meyer-Siat, «Stiehr-Mockers», Archives de
l'Eglise d'Alsace,
Strasbourg 1972.
Thierry Hassler, «L'orgue de Wisches»,
mémoire de
maîtrise de musicologie soutenu le 12 octobre 1990 à
l'Université des Sciences Humaines Strasbourg.
Les graffitis sur l'orgue de Wisches

|
L'orgue comporte un grand nombre
de graffitis tracés par les jeunes gens de Wisches qui
l'actionnaient
manuellement avant son automatisation.
J'y ai bien entendu sélectionné le graffiti
ci-contre, tracé
Juillot
Camille
26 6 1927
|
Les orgues et l'organiste...
En ces temps heureux où le trois claviers-pédalier de
Wisches a retrouvé sa voix, nous avons retrouvé traces
d'un
musicien de jadis qui tint cet orgue pendant plus de trente ans. Tout
aussi
fidèle fut son collègue de Hersbach, monsieur Ernest
Lenhardt.
Souhaitons à l'instrument restauré de Wisches des
organistes de cette constance.
Pierre Hutt
WISCHES - Nécrologie - C'était dimanche
dernier après-midi
qu'une foule nombreuse et sympathique a accompagné à sa
dernière
demeure à Rosheim, M. M. Nonnenmacher, instituteur en retraite
depuis
un an et âgé de 66 ans. C'est en septembre 1927 que M.
Nonnenmacher
a quitté Wisches où il a exercé les fonctions de
directeur
d'école et d'organiste pendant plus de 30 années. La
fatigue
des cordes vocales, suivie d'une extinction de voir avait
décidé
M. Nonnenmacher à se retirer dans sa propriété
à
Rosheim pour jouir d'une retraite bien méritée.
Tous ceux qui ont connu M. Nonnenmacher ont admiré sa franchise
et
sa droiture. D'une courtoisie sans pareille, il a réservé
bon
accueil à tous ceux qui l'ont approché.
Beaucoup de ses collègues de la Haute-Vallée de la Bruche
regrettent
de n'avoir pu assister à ses obsèques, étant
retenus
à Schirmeck pour la réception de M. Poincaré.
Nous exprimons à la famille éprouvée nos plus
sincères
condoléances.
Courrier de la Bruche 27 octobre 1928
HERSBACH - Concert - Le Dimanche de Pâques restera un
jour mémorable dans les annales de Hersbach. Pour la
première fois,
depuis son origine, la Société Chorale a donné un
concert.
La population l'avait honorée de sa présence nombreuse.
D'autre
part la société, si jeune encore, avait émis
toutes
ses forces pour mériter par ses représentations la digne
sympathie
que lui apportait l'auditoire.
Le programme variait agréablement et tout assistant pouvait se
rendre
compte de la valeur individuelle et générale de la
société.
Les quatre choeurs, sous la direction minutieuse de M. Lenhardt,
instituteur,
furent exécutés avec goût et exactitude.
Courrier de la Bruche 03 mai 1924
WISCHES - Conseil municipal, Séance du 13 mars 1928 -
Le Conseil
décide l'installation d'une soufflerie électrique
à
l'orgue de Wisches par la maison E. A. Roethinger de Strasbourg et
prévoit
à cet effet un crédit de 5.000 frs.
Courrier de la Bruche 24 mars 1928
François Joseph Drouot, dit Lamarche
| François Joseph Drouot, dit Lamarche |
|
baptisé le 14 juillet 1733 à Wisches.
Général d'armée, commandeur de la Légion
d'Honneur.
Entré en service comme dragon au régiment de Frise (4
janvier 1751),
sous officier (1758),
sous lieutenant en second dans le régiment Camp Fort Dragon
(1 janvier 1760),
lieutenant en 1er au dit régiment (14 mars 1761),
capitaine en second au dit régiment (13 septembre 1761),
capitaine commandant les volontaires étranger de Wecronser (1
février 1762),
capitaine commandant dans la Légion de Conflant (6 septembre
1771),
capitaine commandant dans le Régiment du colonel
général
des Hussards (9 septembre 1783) :
"De par le Roy, Sa Majesté ordonne au sieur Joseph Drouot
de la Marche, capitaine commandant d'une compagnie dans le
régiment
de hussars de conflans de quitter ledit régiment et de passer
incessamment
à la charge de capitaine commandant de la compagnie
générale
du régiment du colonel général; hussards
créé
par son ordonnance du 31 juillet 1783 pour y servir dorénavant,
en ladite qualité. Mande et ordonne, Sa Majesté, à
tous qu'il appartiendra de la recevoir et faire connoitre en la dite
qualité,
fait à Versailles le 9 septembre 1783, signé Louis, et
Maréchal
de Ségur"),
Major au régiment de Conflans Hussards (15 février 1784),
lieutenant colonel au régiment du colonel général
des Hussards (1 mars 1784),
général des Hussards (1 mars 1784),
colonel au dit régiment des Hussards (25 juillet 1791),
maréchal de camp (16 octobre 1792),
général de division (8 mars 1793),
lettre de commandant comme général en chef d'armée
(11 avril 1793), suspendu arbitrairement (30 juillet 1793).
Le 14 nivose an II ne percevant pas sa pension, il écrit
au ministre de la guerre:
"Épinal le 14 nivose an II de la République une et
indivisible,
le général de division Lamarche, au citoyen ministre
de la guerre, je t'envoie cy joints, citoyen ministre, les
différens
brevets que j'ai recus signés des tirans, celui de colonel
manque,
je l'ai remis dans le tems au détaille du 4e régiment
d'hussard
que je commandois ayant esté nécessaire pour la revue du
commissaire des guerres. J'écris au quartier maître de ce
régiment et je le prie de te l'adresser directement. Ceux de
général
de brigade et de division sont de la République. Je pense que
tes
grandes et interessantes occupations ne te permettent pas de
régler
les pensions de retraite, j'ose cependant te prier de te rappeller d'un
sexagénaire qui est continuellement incommodé,
chargé
de famille et sans fortune, et de bien vouloir me faire obtenir ma
pension
de retraite ou en attendant une pension alimentaire, je t'ai
envoié
à cet effet mon état de service dans les premiers jours
du
mois d'aoust dernier, conformément à la demande que tu
m'en
a faite," signé Lamarche.
Le 26 nivose an III, les administrateurs du district d'Épinal
lui délivrent un certificat de non émigration:
"Nous administrateurs du District d'Épinal, attestons que
le citoyen Joseph Drouot connu sous le nom de Lamarche, ci devant
général
de division résidant à Épinal n'est pas compris
dans
la liste des parents d'émigrés déclarés
suspects
par la loi et qu'il n'a point été et n'est pas compris
sur
aucune liste d'émigrés déposées au
secrétariat
de l'administration de ce district et que ses biens n'ont point
été
et ne sont point en séquestre, Épinal, en séance
publique,
ce vingt six nivose an 3 de la République une et indivisible".
Brevet de retraire en date du 12 brumaire an IV.
Le 1er Thermidor an VII, le citoyen Drouot Lamarche, ci devant
général
de division, demande au ministre de
la guerre de faire convertir sa pension de retraite en réforme:
"Épinal le 1er Thermidor VII,
Joseph Drouot Lamarche, né à Viche, département
des Vosges le 14 juillet 1733, résidant à Épinal,
a commencé à servir le 4 janvier 1751, est parvenu au
grade
de général en chef des armées du nord et des
Ardennes
après avoir passé par tous les grades depuis celui de
simple
dragon. Un brevet du 12 Brumaire an IV lui accorde une retraite de 5
453
F. II en a été payé en papier, monnoye ou
assignats
jusqu'au 1er Messidor même année et depuis ce moment il
n'a
presque rien touché. Accablé d'infirmité,
criblé
de blessures, dénué de ressources, chargé de
famille,
écrasé sous le poids de la plus grande misère,
forcé
de recourir à l'humanité, au coeur bienfaisant et
généreux
de quelques citoyens honnêtes qui lui conservent leur estime, par
le souvenir du service qu'il a rendu à sa patrie, il prie le
citoyen
ministre de la guerre de faire convertir sa pension de retraite dont il
n'est pas payé, en réforme de son grade de
général
de division et de lui faire solder l'arriéré qui lui est
du. Dans l'état déplorable d'abandon et d'isolement ou se
trouve le soussigné, il a l'honneur d'observer au ministre de la
guerre que depuis sa retraite il s'est occupé d'acquérir
la connaissance des loix et que son âge et ses facultés
lui
permettent encore de désirer d'être employé au
conseil
de guerre ou de révision d'une division territoriale. Il s'en
rapporte
à cet égard à la décision du ministre et
l'assure
de son zèle ardent à servir la République à
la quelle il a toujours été et sera constamment
dévoué",
signé Joseph Drouot Lamarche.
Réintégré en qualité de
général
de division, comme chef de la 9ème demi-brigade de
vétérans
en activité par arrêté du consul (7 thermidor an
8).
De Paris, le 15 septembre 1807 la Maréchal Ney écrit
à Son Excellence Monsieur le Général Clarke,
ministre
de la guerre : "Excellence, le général Lamarche,
commandant
la 9 1/2 brigade de vétérans désire obtenir sa
retraite
que ses infirmités lui rendent nécessaire. Je
m'intéresse
bien vivement à ce brave général qui a servi avec
une rare distinction dans les premières campagnes. Je prie votre
Excellence de vouloir bien faire statuer d'une manière favorable
sur cette demande...".
Membre de la Légion d'honneur (an XII),
Commandant de la Légion d'honneur (26 prairial XII).
Il a fait les campagnes de 1758 et 1759 comme sous officier et celles
de 1760, 1761 et 1762 comme officier. Il a reçu le 19 septembre
1760 un coup de sabre à la main droite dans une affaire avec le
caporal de Scheider et le 30 août 1762 a reçu près
de Maum un coup de feu à travers la poitrine qui lui a
cassé
deux côtes et lui a offensé un poumon. A fait les
campagnes
de la République française de 1792 et 1793.
Il épouse Marie Madeleine Cheybler Martzloff. Dans un courrier
adressé
le 23 mai 1808, elle précise:"... je suis
séparé
de corps d'avec mon époux depuis 17 ans... J'ajoute que je suis
mère de 10 enfants que j'ai tous alaiter, nourrit et fait
éduquer,
il est vrai étant chez mes père et mère qui m'ont
huit ans avant leur mort donné par contrat pour 300 000 livres
de
biens consistant en 6 maisons à Strasbourg lesquelles ont
été
vendues depuis par mon époux...".
Le 6 août 1808, elle écrit de Paris : "Marie Madeleine
Cheybler Martzloff épouse séparée de corps de
François
Joseph Drouot de la Marche, général de la neuvième
division des vétérants en activité de service
à
Sarre libre, département du Bas Rhin, depuis 17 ans, à
Monsieur
L. Prevost, s(ous) inspecteur aux revues et chef de la 1er division du
Ministère de la Guerre.
Monsieur aussi sensible que reconnaissante de vos soins, bon
souvenir
et intérêts que vous témoignez par votre lettre du
1er de ce mois reçue le 2, à une veuve et à des
orphelins
qui en seront à jamais reconnaissants, je m'empresse de vous
transmettre
toute la satisfaction et le plaisir que nous aurons du report que nous
vous devrons. Je dois néanmoins vous observez que j'attends
depuis
six mois. Recevez, je vous prie, Monsieur, l'assurance de toute ma
gratitude
et des sentiments que vous m'inspirez. Paris le 6 août 1808. Mde
Delamarche, Née Martztoff, de Strasbourg. Adresse : maison de M.
l'abbé Carbonnier, chanoine à St Merry, cloître
Saint
Merry n°20 à Paris".
10 enfants survivants dont:
1. François Joseph Dagobert, né à Saint
Louis de Strasbourg le 22 décembre 1774 (François
Kayser
"capitaneum et militaris ordinatoris adjutorem in supra dicta legione -
legione nominata De Confland" pour Jean Pierre Martzloff Marie Barbe
Martzloff).
Hussard admis à la solde au IVe régiment alors
régiment
colonel général des Hussards (11 octobre 1788), sous
lieutenant
audit régiment (31 mai 1789), lieutenant au dit régiment
(17 juin 1792), capitaine (10 août 1792), prisonnier de guerre
(11
floréal II), rentré au corps (14 messidor an II), il est
alors capitaine des gardes du général en chef de Saint
Domingue.
Chevalier d'Empire par lettres patentes du 29 août 1810 avec
donation
sur le Trasimène d'une rente de 2000 francs le 19 mars 1808. Il
est capitaine de cavalerie en 1810. Chef d'escadron au 2e
régiment
de hussards en cantonnement à Wustermark et chevalier d'Empire.
Commandeur de la Légion d'Honneur. II fut blessé à
la jambe gauche par son étrier cassé d'un éclat
d'obus
à la bataille de Warwinder le 18 mars 1793. Il fait les
campagnes
suivantes
| années |
armées |
généraux en chef |
| 1792 |
La Fayette |
La Fayette |
| 1792 |
Dumouriez |
Dumouriez |
| 1792 |
des Ardennes |
Valence |
| 1793 |
des Ardennes |
Valence |
| 1793 |
du Nord |
Dampière, Custine, Lamarche, Pichegru |
| an II |
Nord et Sambre et Meuse |
Pichegru, Jourdan |
| ans III, IV, V |
Sambre et Meuse |
Jourdan |
| an VI |
Mayence |
Augereau, Joubert |
| an VII |
du Danube |
Jourdan |
| ans VIII, IX |
du Rhin |
Moreau |
| an XI |
du Hanovre |
Mortier |
| an XII |
idem |
Mortier, Bernadotte |
| an XIII |
idem |
Bernadotte |
Ancien colonel de cavalerie légère, il se retire
à
Strasbourg. Décédé à Sarrebourg le 18 mai
1814.
Il épouse Séraphine Françoise Hego ou Egot,
décédée
à Mantes le 30 août 1816, dont:
Marie Françoise Louise, née à Cambrai le 24
frimaire
an XI. Elle épouse à Marlenheim, le 8 décembre
1836
Jacob Charles Aristide Jean Baptiste Alexandre, né à
Strasbourg
le 15 mai 1782, veuf de Pauline Agnès Laurent, fils de Jacob
Aristide
Gabriel Alexandre, décédé à Strasbourg le
28
janvier 1811 et de Jeanne Madeleine Regimont,
décédée
à Marlenheim le 22 avril 1825.
Avant mariage elle eut probablement de lui
1. Caroline Françoise Drouot Lamarche, née
à
Marlenheim le 9 septembre 1826 - décédé à
Marlenheim
le 15 avril 1830;
2. Charles Jean Baptiste Aristide Gabriel Alexandre Drouot Lamarche,
né à Marlenheim le 13 mai 1828 ;
3. Gabriel Charles Louis Drouot Lamarche, né à Marlenheim
le 10 septembre 1829 ;
4. Louis Auguste Drouot Lamarche, né à Marlenheim le
21 juillet 1832 décédé à Marlenheim le 16
mars
1837.
2. Charles Antoine, baptisé à
Wisches
le 25 octobre 1777 (Jacques François Faul - Catherine Martzloff,
fille de Pierre et de Marie Madeleine Scheiblerin). Son père est
dit "centurion à la Légion de Conflan".
3. Marie Victoire Henrica,
décédée
à Wisches le 13 juin 1777. Son père est dit "de la
légion
équestre de conflan dite centurione".
4. Ne, épouse de Charles Joseph Soller,
né à Wisches - décédé le 4 avril
1833
à Schirmeck, créateur des papeteries Wisch.
Les forges de Framont en Principauté de Salm
sous
la famille Mus (1657-1757)
de
Philippe Roussel
Editions Christian, 14 rue Littré, 75006 Paris (2001)
Notes pages 176-180
Sources :
1) Cercle Généalogique d'Alsace n°9
et 16,
2) Dictionnaire Historique et Biographique de la
Révolution
et de l'Empire par le Docteur Robinet,
3) Noblesse:. 1er Empire et de la
Restauration
par Révérend: article Drouhot Lamarche,
5 Mémoires de Louis Philippe Tome 11, Edition
Plon,
6) Archives Administratives des, Armées,
Château
de Vincennes - Dossiers militaires de François Joseph Drouot.,la
Marche, général de division, et de son fils
François
Joseph Dagobert Drouot de la Marche,
7) Dictionnaire des familles françaises
anciennes
ou notables - Tome DES-DUG, page 250, Evreux 1915,
8) Registres paroissiaux, a) M. Jean Émile Tolle
LAMARCHE (François-Joseph DROUOT) dit
Maréchal de Camp en 1792
Général de division en 1793
Chevalier de l'Ordre Royal de Saint Louis
Commandant de la Légion d'Honneur en 1804
né à Wisches (paroisse de Lutzelhouse) le 14 juillet
1733
mort à Sarrebourg (Moselle) le 18 mai 1814
Fils de Joseph Drouot et de Marie Sponne; époux de Marie
Madeleine
Cheybler Martzhoff, dont il eut dix enfants
Dragon au régiment de Frieze, 4 janvier 1751
servit à l'armée d'Allemagne de 1757 à 1762
bas-officier, 9 mai 1757
lieutenant dans la compagnie franche du capitaine Cambefort, 1°
janvier
1760
blessé d'un coup de sabre à la main droite, 19 septembre
1760
lieutenant en pied, 14 mars 1761
capitaine en 2°, 3 septembre 1761
capitaine commandant aux dragons du corps de volontaires
étrangers
de Wurmser, 1° janvier 1762
blessé à la poitrine d'un coup de feu qui lui cassa 2
côtes
et lésa une partie des poumons au combat de Nauenheim, 30
août
1762
capitaine de hussards à la légion de Conflans, 6 novembre
1771
capitaine commandant au régiment Colonel général
des
hussards (devenu en 1791 5° hussards) 1° mars 1784
colonel commandant le 5° Régiment de Hussards, 25 juillet
1791
à l'armée du Nord, 1792
sous Dillon, 29 août 1792
maréchal de camp provisoire, 10 octobre 1792
sous Valence à l'armée des Ardennes en novembre 1792
servit à l'attaque du château de Namur, 1°
décembre
confirmé maréchal de camp par le conseil provisoire
exécutif,
3 février 1793
lieutenant général, 8 mars 1793
commande l'avant-garde du général Dumouriez en Belgique,
14 mars 1793
servit à Tirlemont, 15 mars 1793
à Neerwinden, 18 mars 1793
quitta le commandement de l'avant-garde et se rendit à Douai sur
l'ordre de Dumouriez, 23 mars 1793
commandant en chef l'armée des Ardennes à la place de
Valence,
mais subordonné à Dampierre, 11 avril 1793
servit au combat du 2 mai près de Valenciennes
confirmé dans son commandement de l'armée des Ardennes
par
le conseil provisoire exécutif, 24 avril 1793
nommé provisoirement par les représentants du peuple
Lequinio
et Cochon, commandant en chef de l'armée du Nord et des Ardennes
à la place de Dampierre, 8 mai 1793
évacua le camp de Famars, 23 mai
commandant une division sous Custine à l'armée du Nord,
27
mai
suspendu de ses fonctions par Levasseur, 28 juillet 1793, et
décrété
d'arrestation
mis en liberté, 11 août 1793; il est
réintégré
général de division
en retraite le 30 juillet 1793 après 42 ans et 6 mois de service
il se retire à Epinal
relevé de sa suspension et autorisé à prendre
sa retraite,
11 février 1795
commandant la 9° demi-brigade de vétérans, 2 novembre
1800
à la retraite, 17 octobre 1807
Le nom du général Lamarche est inscrit du
côté
Nord de l'Arc de Triomphe de l'Etoile:

Georges SIX : "Dictionnaire biographique des
généraux
et amiraux français de la Révolution et de l'Empire"
(1792-1814)
Dictionnaire de Biographie Alsacienne n°
1
Archives du Service Historique de l'Armée de
Terre
à Vincennes Six Sitzmann III, 32
Les Malins de Wisches
Je vais vous raconter une histoire, l'histoire de deux villages. Les
bêtes de Russ et les malins de Wisches.
Il y a déjà bien, bien longtemps. C'était au
début
qu'on parlait de l'hygiène, qu'il fallait se laver, se baigner.
Alors le préfet avait fait parvenir des circulaires dans les
mairies.
Le maire et ses conseillers devaient donner le bon exemple et aller se
baigner en public pour que les gens les voient. À Russ, quand le
maire a eu cette feuille-là, il a envoyé son conseil et
il
a dit: «Voilà, il faudrait quand même y
aller,
il faudrait aller se baigner». Il y en avait un qui ne voulait
pas,
il disait que la sage-femme les avait baignés en venant au monde
et les avait lavés pour le reste de la vie.
Mais enfin le maire a quand même réussi à les
convaincre.
Il a dit: «Dimanche prochain, après la petite
messe,
chacun prendra un essuie-mains et un bout de savon, et puis comme
ça
le village verra que l'on doit se baigner». Mais où? Eh
bien,
à la Bruche. Il n'y a pas d'autre ruisseau, ici. Alors le
dimanche
matin, ma foi, toute l'équipe y alla. Entre Steinbach et Russ,
Steinbach
est une annexe de Russ; là, la Bruche est assez calme. Et puis,
ma foi, quand ils y sont arrivés, il y en a un qui a mis son
petit
doigt dans l'eau. Bien sûr, c'était au mois de mai, mais
l'eau
n'était pas chaude. Il a dit: «Bon sang qué
pas chaud là...» Un autre a dit: «J'ai un
champ
de luzerne pas loin d'ici, tout près d'ici». «Un
champ de luzerne?». «On pourrait se baigner dans la
luzerne, y'a encore la rosée du matin. On serait quitte de se
noyer
et ça irait aussi». Le maire lui a dit: «T'as
une bonne idée».
Alors ma foi, ils ont été voir le champ de luzerne.
Puis
ils se sont déshabillés et ont fait semblant de nager
là-dedans.
Alors le maire a dit: «Quand je sifflerai, ce sera le
rassemblement».
Au bout d'un certain temps, quand il a pensé que ça
suffisait,
il a sifflé et ils se sont rassemblés. Alors le maire a
dit:
«Je dois vous compter pour voir s'il n'y en a pas un qui
manque».
Il a commencé à compter: «Moi et toi, un
deux,
trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix». «Ah
mais, qu'y dit, il en manque deux?». Il a recommencé: «Moi,
toi, un, deux, trois...» Il a encore une fois recommencé:
«Moi, toi, un, deux, trois, quatre, cinq... dix». «Bon
sang, qu'y dit, y'en a deux de noyés».
Alors un de Wisches qui passait par là, sur le chemin des
champs
et qui avait vu ce cirque, dit au maire: «Ton
système
de compte, moi et toi, un, ce n'est pas juste». «Eh
ben, dit l'autre, comment qu'y faut faire?» Y'avait une bouse de
vache toute fraîche sur le chemin des champs. L'autre a dit: «Que
chacun trempe son nez dans la bouse de vache. Après vous
compterez
les trous, et vous verrez, ce sera juste». «Tu
crois?»
«Oui». Eh ben, y'ont fait. Chacun a trempé le
nez dans la bouse (vous n'avez pas besoin de vous essayez le nez comme
ça en me lisant !). Alors, ma foi, le maire a compté les
trous: «Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit,
neuf,
dix, onze, douze». «C'est juste», qu'y dit.
Alors
quand celui de Wisches est rentré au village, il a
raconté
l'histoire et il a dit: «Les bêtes de Russ! »
Les "Russ", de leur côté, ont dit: «Les
"Wisches", ça c'est des malins!».
Rappelons que Wisches est situé à la frontière
linguistique. A l'entrée de cette commune une pancarte affichait
jusqu'en 1939: «Ici commence le pays de la
liberté».
L'Alsace Comptée. Mythes
et Récits
des Vallées Vosgiennes
Editions Gérard Klopp, Thionville Strasbourg (1986)
à présent, je ne peux pas ne pas donner la parole aux
gens de Russ:
de Dorothée
Longhi,
... étant de Russ, j'ai une autre version de l'histoire des
"bêtes de Russ" qui serait dûe, d'après ma grand
mère,
au fait que les animaux des gens de Russ étaient les plus beaux
de la vallée!
Une croix à Wisches
Environs de WISCHES
- Netzenbach - 1812 -
La plus émouvante des croix se trouve au bord de la route
nationale,
à la sortie de Wisches vers Lutzelhouse, 200 mètres
environ
après le pont sur le ruisseau, à gauche.
L'inscription, longue et détaillée, est en allemand1)
et s'effrite actuellement à certains endroits. Elle est d'un
style
maladroit et difficile à traduire si l'on veut lui conserver son
côté gauche et touchant. «En l'honneur de
l'amère
souffrance et mort de Jésus Christ ont fait faire la croix les
époux
bourgeois Joseph Gross et Marguerite Oberry de Muhlbach à cause
de leur fils Joseph Gross célibataire âgé de 19 ans
et ici à l'emplacement de la croix par plusieurs coups de
couteau
le 16 octobre 1811 a perdu sa vie et nous implorons chaque
chrétien
de prier pour son âme un Notre Père ô vous
chrétiens
tous ensemble contemple ce lieu près de Netzenbach ici j'ai
dû
laisser ma jeune vie la croix est érigée en l'an de
Christ
le 21 mars 1812».
La victime de ce malheureux fait divers était née le
24 février 1792 à Muhlbach sur Bruche. Son parrain
s'appelait
François Alex Luz (Lutz) fils unique de J. Michel Luz et Marie
Schaffet.
Sa marraine fut Anne Ursule Eigel, fille unique de Jacques Eigel et
Marie
Madeleine Wiant2).
«Le décès [du jeune homme] est
constaté
par procès-verbal d'Alexis Mayer officier de police en date du
13.
10. 1811 et par lui adressé à l'officier d'état
civil
qui a rédigé, sur ledit décès, le
présent
acte qu'il a signé»3).
Il
ne nous a pas été possible de retrouver ce
procès-verbal,
qui nous aurait éclairé davantage sur cet «accident».
Mais l'on comprendra peut-être mieux la douleur des parents quand
l'on saura qu'ils n'ont eu ce fils unique qu'au bout de seize
années
de mariage. En effet, Joseph, fils de Martin Gross (+) et de Marguerite
Eigel, de Muhlbach, a épousé le 20 mai 1776 à Russ
Marguerite Aubry, fille de Nicolas Aubry (+) et Marguerite
André,
de Russ.
La mère éplorée est décédée
le 14 octobre 1822 à Muhlbach, le père le 2 janvier 1828
au même lieu 4).
À la lecture des différents documents, nous pouvons
remarquer
une fois de plus l'extrême variabilité de l'orthographe
des
noms propres 5), surtout des noms de
famille;
ainsi celui de l'épouse s'écrit indifféremment,
selon
les actes, AUBRY, OBRY ou OBERRY.
L'Essor, revue des Anciens du Cours
Complémentaire
de Schirmeck, n° 90 (Noel 1975)
(1) Le ruisseau de Netzenbach
servait
longtemps de frontière administrative. Voir à ce sujet A.
Kientzler:
«Le Bailliage épiscopal
de Schirmeck»
Ce fait explique peut-être
la langue allemande employée dans l'inscription.
(2) Registre des naissances de 1792,
en latin, conservé à la mairie de MUHLBACH-SUR-BRUCHE et
aimablement communiqué par M. Lorber, secrétaire.
(3) Registre conservé à
la mairie de Lutzelhouse.
(4) ABR 4 E 306.
(5) NETZEPAR pour NETZENBACH.
Noms de ruisseaux et de scieries dans les environs
de Wisches
«Les scieries occupent, en
général,
des endroits très pittoresques et ne manquent pas
elles-mêmes
d'un certain charme poétique, avec leurs eaux qui grondent dans
des conduits, avec leurs roues éplorées, avec leurs toits
qui fument au milieu de la verdure. Elles sont toujours placées
près d'un torrent loin des villages et hameaux. [..]. On ne le
laisse
chômer ni les fêtes, ni les dimanches, ni le jour, ni la
nuit.
Deux hommes se relaient pour lui fournir sa proie. Son bruit monotone
se
mêle au grave murmure de l'onde sauvage, qui écume parmi
les
rochers, aux symphonies des bois, aux lamentables clameurs de
l'épervier,
de la buse et du mitan. Dès que l'ombre enveloppe les montagnes,
la lampe des scieries projette ses rayons à travers les rameaux,
comme un phare conducteur, comme une étoile propice
allumée
dans le désert pour les voyageurs égarés 1.
»
Cette courte et suggestive description date de l'année 1857.
Elle permet au lecteur de faire un retour en arrière de plus
d'un
siècle; il lui faut imaginer l'activité humaine intense
de la Vallée de la Bruche, celle de la vallée principale
mais aussi celle des petites vallées latérales
formées
par les affluents de la Bruche, de la Sarre et de la Moselle.
Tout concourait autrefois à rendre actifs nos vallons. On
utilisait
les chemins, les gués et les ponts pour circuler, rentrer le
foin
des prairies riveraines, sortir des forêts ce qu'on y trouvait:
la
chaux, la tourbe, la pierre mais surtout le bois de chauffage et de
construction.
Le véritable moteur de nos vallées restait toutefois
l'eau, l'irremplaçable force motrice de nos Vosges, abondante et
gratuite.
Au début du XIX° siècle, les grandes "fabriques"
textiles utilisaient principalement l'eau de la Bruche soit
directement,
soit au moyen d'un canal d'amenée. Mais bien auparavant
déjà,
l'homme s'était installé le long des ruisseaux et les
petits
établissements, mûs par la force hydraulique, tournaient
souvent
jour et nuit - comme le rappelait Alfred Michiels: il s'agissait des
papeteries,
des moulins à farine, à huile ou à chanvre, mais
surtout
des scieries.
Faire revivre l'espace d'un instant quelques unes de ces scieries de
vallées à la fois par le texte et la carte, tel est le
modeste
dessein de cette étude. Nous vous proposons celles
situées
le long du ruisseau du Netzenbach, ancienne et importante voie de
pénétration
en direction du massif vosgien.
Mais avant d'aborder ce sujet, il importe de refaire - pour
mémoire
- une petite leçon de géographie locale et
repérer,
pour mieux les connaître, les nombreux ruisseaux et ruisselets du
bassin du Netzenbach.
I. Les ruisseaux et leur noms dans le temps
A. La rivière du Netzenbach
La première mention de cette voie d'eau remonte à
l'année
816 2 sous le nom de UUICHIA 3
: c'est assurément un des premiers noms propres connus du bassin
de la Bruche. Le ruisseau est ainsi décrit dans un texte de
1650:
une
eau, appelée le Wichbach, tire son origine de deux
vallées
différentes, l'une s'appelant le grand, l'autre le petit
Wichbach
qui se rassemblent rapidement; ce ruisseau descend la vallée,
traverse
le petit village de Netzenbach et se jette dans la Bruche 4.
À partir du début du XVIII° siècle, le nom de
ces ruisseaux change. Le cours supérieur se dénomme Seyblochthal
en 1760 5. Dix années plus tard,
sa
source devient sur un plan ancien la source de la Corrière
du nom d'un canton forestier voisin qui avait fait l'objet de
contestations
entre l'Evêque de Strasbourg et la Communauté de Wisches.
Cette partie de son cours s'appelait également ruisseau de
la
Corrière 7; c'est
aujourd'hui le
Langenthal 8.
Le ruisseau semble prendre en aval le nom du premier de ses affluents
de la rive droite, la Grande Basse de Wisches 9.
Enfin, un nouveau glissement s'opère en 1858 avec la Grande
Basse
dit aussi de Netzembach 10 ou plus
simplement
ruisseau de Wisches 11. C'est
aujourd'hui
le Netzenbach.
B. Les affluents de la rive droite
a) La Grande Basse
Evoquée plus haut, elle semble avoir également
porté
à la fin du siècle dernier le nom de Basse du Ritre12.
C'est le Grossbachthal de la carte d'Etat-Major de 1882.
b) La Basse Schneider Le nom actuel est peut-être
récent;
en 1750, il est simplement mentionné un ruisseau flottable
qui
prend sa source au pied du Colbery [aujourd'hui Kohlberg]13
c) La Basse Sagard
Cette appellation, dont on ne connaît pas de formes anciennes,
est très évocatrice des activités
forestières
d'autrefois.
d) Le Schoenbruch
Le nom rappelle sans doute le souvenir d'un ancien village disparu
qui apparaît en 1366 lors de la vente de la Vallée de la
Bruche
14
mais est encore attesté en 1516
15.
Le village se serait aussi appelé
Schoenenbruch ou Schoenenbrunn
(?) 16. En 1750, le nom, sans doute
mal assimilé
par un greffier français, est devenu Chaimbruck 17
et même
Chanfenèque 18,
enfin - plus récemment - Schenbruck 19.
e) Le Tiefenbach
Le ruisseau du tiefenpach prend sa source au pied de la montagne
de la Cote brulée 20
[aujourd'hui
Gemery].
C. Les affluents de la rive gauche
a) La Basse des Corbeaux
Ce nom a subi bien des fluctuations. En 1750, apparaît celui
de Basse desgro 21 - mais
est-ce une
forme ancienne? Sur des documents plus récents, on lit Krappenthal
en 1882 22 et Krabbenthabächel
en 1901
23.
b) La Rudebasse
Ce nom est donné par la carte d'Etat-Major de 1882. On l'aurait
aussi prononcé Reebaes 24.
c) Le Petit Wisches
Il s'agit du principal affluent du Netzenbach: ce ruisseau est au
pied de la montagne nommé le hasensprung 25
dit le texte de 1750. En 1760, il est appelé Kleinwich 26
voire même, à la française, Clain Viche 27.
d) La Basse du Canal
Son nom apparaît déjà dans le Plan de finage de
Lutzelhouse de 1760.
e) La Basse du Chaudrion
Le Chaudrionbächel 28
rejoint
le Netzenbach à la hauteur de la carrière dite "La
Bergerie".
f) La Basse Claudon
En 1760 encore, il répondait au nom germanique ancien de Im
Küttelbach 30.
g) La Bassotte
Le terme actuel semble également récent. Le nom ancien,
Im
hoch lägert Thal 31, a
entièrement
disparu.
Après cette énumération, tournons à
présent
nos regards vers le fond de ces vallées pour aborder ensemble
l'étude
des scieries. Cinq établissements dont quatre sur le cours du
Netzenbach
montrent l'importance qu'avait ce ruisseau. Nous allons les passer en
revue
d'amont en aval.
II. Les scieries de la vallée du Netzenbach
A. La "scierie de Viche"
Elle était située sur le cours du Schoenbruch en un
endroit
non connu avec précision. Le texte de 1750 en parle en ces
termes
: le [ruisseau] de Chanfenèque 32fait
aller la scierie de Viche [située] à peu
près
dans son centre et qui appartient à la communauté de
Viche
33.
Elle n'est plus mentionnée dans le procès-verbal de 1858
et ses ruines ont déjà disparu sur la carte d'Etat-Major
de 1882.
B. La scierie du Pâquis
Au confluent du Schoenbruch et du Netzenbach, à la hauteur de
la borne nø 24 du Procès-Verbal de délimitation de
1857, se trouvait la scierie du Pâquis mieux connue par les
documents.
En 1750, elle n'a pas encore de nom spécifique, mais on
connaît
ses propriétaires. Elle appartient en effet à M.
Lamarche
et au Sieur Pierre Chardon son associé 35.
La famille Lamarche est sans doute installée depuis un certain
nombre
d'années dans ce lieu puisque, non loin de cet endroit, se
trouve
dès 1728 un étang de la Marche 36.
La même année, Joseph Drouot dit La Marche, bourgeois de
Wisches
- dit aussi Joseph La Marche 37 tout
court
apparaît comme entrepreneur des Exploitations des bois de
l'Evêché:
il passe des contrats pour faire flotter du bois par le Netzenbach et
la
Bruche jusqu'aux carrières de Soultz-les-Bains.
En 1846, la scierie du Pâquis, devenue communale entre temps,
est reconstruite 38 - en fait
modernisée.
Alimentée à la fois par les eaux du Schoenbruch et du
Netzenbach,
elle pouvait débiter en 1858 trente mille planches par an 39
: c'était la plus puissante des scieries du vallon du Netzenbach
40.
En 1882, elle apparaît sous le nom de Sägemühle
Tiffenbach,
de même qu'en 1901
41.
C. La scierie du Petit Wisches II
À 2000 mètres en contrebas du Pâquis, existe une
autre
scierie. Elle surgit dans les textes vers 1560 environ : c'est sans
doute
une des plus anciennes de tout le secteur. Elle fut reconstruite en
1848
43,
peut-être par Adolphe Mathieu de Strasbourg qui en était,
dix ans plus tard, le propriétaire en même temps que des
prés
aux alentours 44. À cette
époque,
elle pouvait débiter près de vingt mille planches par an.
Dans ces mêmes années, le cours du Netzenbach vit
s'élever
dans ce même secteur deux autres bâtiments 45
:
- la maison forestière du Petit Wisches construite entre 1845
et 1848,
- une nouvelle scierie (Petit Wisches I) installée en 1866 entre
les vallons du Petit Wisches et de la Basse du Canal.
D. La scierie communale du village
Elle était située près de Wisches sur un canal
de dérivation de la Netzembach 46 :
en 1858, sa puissance égalait celle de la scierie du Petit
Wisches
II que nous venons de décrire. Comme c'est parfois le cas
à
proximité des agglomérations, la scierie avait pris la
place
d'un établissement antérieur : un moulin à
farine
y est attesté en 1750 mais il existait à cet endroit depuis
un temps immémorial déjà selon l'expression de
Dominique Douvier, bourgeois de Wisches, qui l'occupait en 1773 48.
Pour être complet, on eut pu faire mention également des
quatre autres scieries installées sur la Bruche entre Wisches et
Russ mais nous aurions dépassé là le cadre de
cette
première approche.
Cette énumération nécessairement
sommaire a peut-être permis de jeter un regard nouveau sur un
aspect
trop peu connu de notre paysage rural, celui des petits centres
d'activités
qui ont joué un rôle non négligeable dans la vie
économique
de nos villages.
Pour en rester aux scieries - dont l'ESSOR avait commencé il
y a quelques années l'énumération 49
- il y aurait lieu de rassembler d'autres documents d'archives, ainsi
que
des témoignages oraux; bien des points restent en effet encore
dans
l'ombre: il serait intéressant d'aborder le problème de
la
technique des scieries d'antan, faire connaissance avec les familles de
scieurs - fermiers ou propriétaires - qui y ont vécu,
voir
dans quelles conditions ces établissements ont pu
disparaître.
Parallèlement à cette enquête, une étude
approfondie des noms de ruisseaux et lieux-dits en
général
serait du plus haut intérêt.
Ce dernier travail mériterait en fait d'être tenté
pour chacune des communes de la Vallée. C'est une tâche
difficile
mais qui rendrait d'éminents services à tous les
historiens
s'intéressant au passé de notre région.
Arnold KIENTZLER.
L'Essor , revue des Anciens du
Cours
Complémentaire de Schirmeck, n° 123 (juin 1984)
1) Alfred MICHIELS - Théophile
SCHULER, Les bûcherons et les Schlitteurs des Vosges, Strasbourg,
1857 pp. 32- 33 (Réédition par les Ed. J.-P. Gyss avec
une
introduction de R. Weirich, 1981).
2) Donation de l'empereur Louis le
Pieux
en faveur de l'évêque de Strasbourg. Le document est
conservé
dans son original.
3) Cf. l'Essor n° 84 (septembre
1973) p . 2.
4) Archives départementales du
Bas-Rhin [ABR G 1163. Le texte original est en allemand.
5) Plan de finage de Wisches et
Netzenbach
de 1760 (Arch. comm. Wisches II 1).
6) ABR G 1980 (b) - "Plan d'une
Forêt
appellé la Corrierre autrement ditte forêt de la grande
Chaume
à l'Evéché de Strasbourg située entre les
forêts
de Viche, SL Quirin et autres du Bailliage de Moutzig".
7) Procès-verbal
d'aménagement
de la Forêt communale de Wisches, 1858 (p. 10) Aménagement
18581 (Archives de l'O.N.F., Schirmeck).
8) Carte d Etat-Major de 1882,
révisée
en 1957.
9) Aménagement 1858 p. 6.
10) id.
11) Procès-verbal de la
délimitation
générale amiable des bois de la commune de Wisches, 1857.
Tracé géométrique D, Titre ler
(Délimitation
18571 (Archives de l' O.N.F. Schirmeck).
12) Reichsland Elsass-Lothringen,
1901-1903,
11, p. 131 [REL].
13) ABR C 404 (6) p. 73 -
Mémoires
concernant les rivières et ruisseaux d'Alsace, leur origine,
leurs
noms, propriétés et usages. - A ne pas confondre avec le
lieu-dit Colbery situé au ban de Schirmeck.
14) Cf. l'Essor no 81
(juillet-août
1972) p. 2 : n° 84 (septembre 1973) pp. 3-4.
15) ABR G 1156 (10)
16) A. STRAUB, Les villages disparus
en Alsace, Strasbourg, 1887, p. 52.
17) ABR C 404 (6) p. 74.
18) Id. p. 73. Le chemin de la
Chauffeneck
apparaît dans l'Aménagement de 1858, p. 14.
19) Aménagement 1858, p. 14.
20) ABR C 404 (6) p. 74.
21) Id. p. 73.
22) Carte d'Etat-Major de 1882.
23) REL II, p. 131.
24) Id.
25) Actuellement lieu-dit "Sources
de la Hasel". Le terme allemand semble être une
déformation
pour Hasel sprung.
26) ABR C 561 (218) - Plan de finage
de Lutzelhouse de 1760.
27) ABR C 4 (6) pp. 72-73.
28) REL II p.131
29) Id
30) ABR C 561 (218).
31) Id.
32) C 404 (6) p. 73. - C'est à
proximité de cete scierie qu'était peut-être
situé
le village disparu de Schoenbruch. Cf. A. GATRIO, Das Breuschthal,
Rixheim,
1883, p. 207.
33) Cf. note 18.
34) Délimitation 1857, p. 13
; Tracé géométrique D, Titre 1er.
35) C 404 (6) p. 73. Chardon doit
sans
doute se lire Charton.
36) ABR G 2125 fol. 2r°.
37) G 1968. - C'est de cette famille
qu'est issu François-Joseph DROUOT dit Lamarche (1733-1814), le
général de la Revolution bien connu.
38) REL III, p. 1119.
39) Aménagement 1858, p. 11.
40) A la même époque,
les scieries situées sur la Bruche Ganier (en face de
Schwartzbach)
et Charton (à Russ) pouvaient débiter chacune trente-cinq
mille planches. Cf. Aménagement 1858, p.II.
41) REL III, p. 1119.
42) ABR G 1163 (b) fol :
3r°
- elle est mentionnée sous l'appellation zu der newen
Seegenmylen.
43) REL II, p. 525.
44) Délimitation 1857,
Tracé
géométrique E, Titre 1er.
45) REL II, p. 525.
46) Aménagement 1858, p. 11.
47) C 404 (6)
48) C 404 (17), fol. 48.
49) G. et M.-Th. FISCHER, Les
scieries
de Champenay au temps des Salm in Essor n° 106 (avril 1980), pp.
17-21.
Le hameau de Netzenbach et le différend
Wisches - Lutzelhouse
À la suite de l'article paru sous ce titre dans nos colonnes
le 19 janvier [1973] , M. Ch. Zinglé, maire de Lutzelhouse, nous
prie d'insérer les précisions suivantes:
«Le hameau du Netzenbach construit sur la rive gauche du
«Wischbach»
à l'entrée, du Netzenbach par la suite, faisait de tout
temps
partie du département du Bas-Rhin, alors que Wisches, construit
en contact, faisait partie jusqu'en 1870 du département des
Vosges.
En son temps, les enfants du Netzenbach fréquentaient
l'école
de Lutzelhouse, par la suite cette école fut tenue dans une
maison
de l'annexe, et pour une meilleure organisation de l'enseignement, les
enfants fréquentaient finalement les écoles de Wisches;
les
habitants allaient à l'église de Wisches et furent
enterrés
dans le cimetière St-Antoine. Il est par ailleurs exact que la
commune
de Lutzelhouse a participé financièrement à la
construction
de cette église et la constitution du cimetière, les
archives
conservées à Epinal en font foi.
Lutzelhouse payait des participations à Wisches, il y a eu de
nombreuses discussions à ce sujet dans le passé, mais la
séparation n'entrait pas en ligne de compte, aucun texte
légal
ne le prévoyait, les habitants de Netzenbach n'y pensaient pas.
Ces participations financières - normalement - doivent tenir
compte de l'évolution des conditions économiques,
fiscales,
légales qui changent les relations entre localités.
La loi Barangé et la «taxe locale» ont changé
les conditions d'antan. Lutzelhouse abandonna sans autre le
bénéfice
de la loi Barangé pour les enfants du Netzenbach à
Wisches
et la «taxe locale» du fait qu'il n'y avait pas de
commerces
alimentaires et autres au Netzenbach profitait d'une façon
continue
et établie à Wisches, d'une façon importante avec
ses 257 habitants selon recensement, pris comme base. Wisches
était
ainsi à l'attribution directe et non au «minimum
garanti»
comme ses conseillers le prétendaient, lors des
différentes
réunions. La démonstration en fut faite à la
sous-préfecture
de Molsheim. La moyenne des recettes des années 1965, 1966 et
1967
de la taxe locale fut prise comme base pour les attributions futures et
cette relation existe toujours. Elle fut également niée
par
Wisches alors que les textes légaux en font foi. Trois
sous-préfets
se sont suivis en peu de temps à Molsheim, l'arbitrage n'a pu se
faire, les dossiers n'ayant été examinés à
fond.
Lors de la dernière réunion à la
sous-préfecture
et à la suite de l'affirmation d'un conseiller du Netzenbach que
80% de ses habitants demandent leur rattachement à Wisches, il
fut
trouvé l'échappatoire du décret du 22 janvier
1959,
permettant le détachement d'une portion de commune, il fallait
pour
cela une pétition signée par au moins un tiers des
électeurs.
Cette liste comprenant 153 inscrits fut signée par 148
personnes,
il est à signaler que de nombreuses signatures sont
contestables.
À la suite de cette opération fut élu un conseil
syndical de cinq membres, un président. Ce conseil a
déposé
un dossier à la sous-préfecture de Molsheim avec ses
revendications,
remerciant par ailleurs Lutzelhouse pour tout ce qui a
été
investi dans l'annexe, demandant une surface très importante de
la forêt communale de Lutzelhouse, contrairement aux
règlements
en vigueur qui ont été confirmés par lettre du 25
mai 1972 de la préfecture du Bas- Rhin.
Une enquête de «commodo et incommodo » fut prescrite
à Lutzelhouse et à Wisches, à Lutzelhouse 580
personnes
se sont prononcées contre le projet, à Wisches 84
personnes
dont 75 habitants du Netzenbach, se sont prononcées pour, il y a
moins que 50 % des électeurs.
Lutzelhouse a fait des efforts d'investissement très importants
au Netzenbach qui ne sont d'ailleurs contestés par personne,
Lutzelhouse
a également fait ou participé à des travaux
importants
dans l'intérêt de la commune de Wisches et du Netzenbach,
bien au-delà du « dû» suivant certaines
règles
établies par l'administration des Eaux et Forêts:
a) Curage du ruisseau du Netzenbach: provenant en bonne partie
de la forêt communale de Wisches, torrent tumultueux en cas de
fonte
de neige intempestive ou gros orage, inondant les bas quartiers de
Wisches
et de Netzenbach, payé 100% par Lutzelhouse de 1948 à
1970
dépenses - sans être réévaluées -: 15
190 F
b) Réparation du conduit de la rue de la Forêt de
Wisches:
Lutzelhouse participe avec 50% alors que l'administration avait
fixé
5%, la participation de Lutzelhouse a été de 3 000 F au
lieu
de 300 F
c) Route du Roulé: coût total en 1961-62: 32 387
F: participation de Lutzelhouse: 12 150 F au lieu des 5% = 1 619 F,
ceci
pour soulager Wisches
d) Electrification de la route de la forêt à
Wisches, du Petit-Wisches et renforcement du Netzenbach:
Lutzelhouse
doit se prêter comme maître d'oeuvre pour conclure les
discussions
avec les particuliers, cette électrification dont le coût
se montait à 73 821 F est aujourd'hui largement
bénéfique
à Wisches
e) Constructions au Netzenbach: la commune de Wisches ne
disposant
pas de terrains de construction après 1945, les habitants de
Wisches
sont venus construire au Netzenbach, 60 % des nouvelles constructions
appartiennent
à des habitants de Wisches, la commune de Lutzelhouse ayant
payé
la viabilisation. Ainsi ont été équipées la
rue de la Gredenmatt, la rue de la Bassotte, la traversée du
Netzenbach
pour une somme non réévaluée de 135 350 F
f) Mur de soutènement du Netzenbach en 1972: 26
575
F.
Ceci ne représente qu'une partie des investissements
réalisés
pour l'annexe. Il est hors de doute que Lutzelhouse n'a pas
lésiné
pour en faire un «coquet hameau» et les torts ne sont pas
de
notre côté, ces investissements constituent sans doute une
très belle « dot».
Les habitants du Netzenbach veulent rallier Wisches, en
démocrates
nous respectons leur volonté, mais longtemps avant toute cette
procédure
en cours, la commission syndicale fut informée que l'annexe
n'avait
pas droit à une part de forêt, propriété
privée
de la commune de Lutzelhouse.
Aujourd'hui, on veut faire un procès d'intention à
Lutzelhouse.
Ayant depuis plus de 30 ans veillé à
l'épanouissement
de cette annexe, toutes les marques de sympathie et de respect ne
peuvent
m'empêcher de ressentir une amertume profonde. L'infiltration
constante
et la pénétration importante d'habitants de Wisches ont
provoqué
la fissure dans notre belle unité. Ces voisins ont
évidemment
hâte de retourner dans leur commune d'origine - c'est humain -
même
par l'annexion d'une part de la forêt, alors que Wisches en
possède
plus de 1.200 ha, c'est-à-dire plus que le double de celle de
Lutzelhouse
- ce serait apporter l'eau à la rivière.
J'ai recherché pendant mon long mandat à cultiver les
meilleures relations avec mes voisins, les gestes sont là pour
le
prouver, néanmoins, je n'ai pas le droit de léser les
intérêts
fondamentaux de ma commune.
La conclusion de l'affaire est encore lointaine, le dernier mot n'est
pas dit et des surprises sont toujours possibles, nous
défendrons
Lutzelhouse. «Clochemerle» n'a rien à voir dans
cette
lutte vitale pour notre commune. »
Dernières Nouvelles
d'Alsace (janvier 1973)
Histoire vraie arrivée à Wisches
Un saltimbanque traversant, il y a une quinzaine de jours, les villages
du Ban-de-la-Roche, avec un singe bien dressé, arriva à
Wisches
où il entra dans une auberge, demandant qu'on lui servît
à
manger et à boire. Il consomma pour la somme de 1,50 F, mais
quand
il dut payer, il n'avait pas assez d'argent en poche.
L'aubergiste ne voulut pas lui faire cadeau de quelques sous, demande
à garder le singe en gage et enferme celui-ci dans sa cave. Le
même
jour l'aubergiste cherche du vin dans sa cave, le singe le regarde
faire,
et après le départ de l'autre, ouvre le robinet d'un
immense
tonneau d'où s'écoule le vin pour une somme de deux cents
francs à peu près.
Quelque temps après, l'aubergiste retourne à la cave;
grande indignation et consternation en voyant le dégât
énorme.
Il tue le singe. À peine remonté voilà le
saltimbanque
qui revient avec ses trente sous et redemande son singe, son unique
gagne-pain.
Désolation du saltimbanque qui apprend ce qui lui était
arrivé. L'aubergiste lui offre deux cents francs de
dédommagement.
Le saltimbanque lui demande six cents francs.
Voilà donc huit cents francs de perte pour celui qui aurait
pu faire cadeau de quelques sous à un pauvre mendiant.
L'Alsace Comptée. Mythes
et Récits
des Vallées Vosgiennes
Editions Gérard Klopp, Thionville Strasbourg (1986)
La méridienne de Wisches est une des nombreuses
méridiennes installées au XIX° siècle pour le
réglage des horloges mécaniques. Elle est fixée
sur la face sud de l'école communale qui est à
proximité immédiate de la
mairie et du clocher de l'église paroissiale Saint Michel, sur
lequel est installée l'horloge du village.
Le réglage de celle-ci devait être facilité par
le
fait que ces deux horloges sont en communication visuelle l'une avec
l'autre.
D'après René
R.J. Rohr, la
méridienne de
Wisches est très probablement la seule de la vallée de la
Bruche encore en place sur un édifice non religieux.
Jean-Marie Holderbach
L'Essor n° 180, 1998, 14-17, 68° année
Dom Fréchard
Edmond Reeber
De nos jours, le Val de la Bruche ne se conçoit pas autrement
que sous l'aspect de ce long sillon transversal d'origine tectonique
qui coupe le massif vosgien en deux. Ce fossé qui permet de
passer, par le col de Saâles (556 m), de la plaine d'Alsace
à la vallée de la Meurthe est impensable sans l'axe
routier et ferroviaire Strasbourg-Saint-Dié.
La vallée forme une unité économique,
géographique et administrative évidente.
Mais tel ne fut pas le cas avant le 19° siècle. La partie
de la vallée entre Saâles et Schirmeck constituait un
« no man's land » que l'on évitait, le fond
étant singulièrement marécageux1)
. Toute la vie
des habitants de la région était orientée d'une
part vers le secteur d'Andlau, d'autre part vers celui de Senones. Les
communautés tournaient le dos à la Bruche. D'ailleurs,
les cartes d'époque ne mentionnent que deux axes routiers
transversaux : Schirmeck-Raon par le col du Donon et
Villé-Senones par le col de Saâles
(Via Salinatorum),
aucune route longitudinale entre Schirmeck et Saâles ; la voie
ferrée actuelle ne date que de 1929. Toute étude, quelle
qu'elle soit, de cette partie de la Vallée mentionnée, ne
peut se faire sans tenir compte de cette réalité.
Un des grands mérites du pasteur Oberlin a été,
en
plus de son oeuvre philantropique au Ban de la Roche, de «
désenclaver » cette partie de la Vallée, de
l'ouvrir vers son orientation naturelle: la plaine d'Alsace et
Strasbourg. La construction du Pont de Charité au sud de Rothau
a été la concrétisation de ce changement
d'orientation, que matérialisent les faits suivants :
-le parler de Natzwiller est très proche de celui de
Grendelbruch et d'Ottrott,
-les noms et les attaches familiales du Ban de la Roche se retrouvent
au Hohwald,
-les relations du Val de la Climontaine avec Villé sont plus
prononcées que vers Schirmeck,
-le patois du canton de Saâles est très proche de celui
des Vosges et ne présente que très peu de souches
linguistiques alsaciennes,
-certains liens traditionnels unissent encore aujourd'hui les
populations de part et d'autre de la Chatte Pendue de l'ancienne
Principauté de Salm. Ainsi, les habitants du Val de Framont
(Grandfontaine et Wackenbach) vont encore volontiers en
pèlerinage à Saint-Quirin plutôt qu'au proche
Niederhaslach (St-Florent). Le patron de Wackenbach est
St-Pierre-Fourrier de Mattaincourt.
Si J.-F. Oberlin est mondialement connu, et il le mérite, il
est un concitoyen et voisin non moins valeureux totalement tombé
dans l'oubli. Il ne venait pas de Strasbourg et ne jouissait pas de la
protection d'un Lezay-Marnésia.
Il s'agit de Dom Fréchard, dernier
bénédictin de
Senones, ci-devant curé de Colroy, Ranrupt, Steige et St-Blaise,
fondateur de l'Institut des Frères de la Doctrine
Chrétienne de Nancy2).
Joseph Fréchard est né le 30 décembre 1765
à La Petite-Raon, dans la principauté de Salm, d'une
famille considérée. Le père était
régent d'école, un homme de foi et de piété
qui a transmis à son fils ses vertus et habitudes de travail. A
14 ans, Joseph, se sentant une vocation religieuse, entra chez les
Bénédictins de Senones. Il y fit de laborieuses
humanités et étudia la théologie à Moyen
Moutier. En 1789 il prend le froc de Bénédictin et fait
profession de la règle de St-Benoît entre les mains de Dom
Lombard, dernier abbé de Senones. Lorsque les biens du
clergé furent vendus, l'abbaye perdit les terres sises en France
3) et donc ses principaux revenus. En
1793, le 2 mars, la
principauté est rattachée à la France après
le blocus des grains d'importation. Les biens de l'abbaye sont
séquestrés et les religieux, refusant de
reconnaître la Constitution civile du clergé sont
déportés.
Dom Fréchard reçoit un passeport pour la Suisse. Mais
le pasteur ne peut pas abandonner ses brebis. Caché d'abord chez
ses parents, il quitte l'habit bénédictin et prend la
route qui le conduit à travers la montagne au
Val-de-Villé. On le trouve à Steige, Saâles
(Crovizier), au Climont, exerçant son ministère4) avec
tous les risques que cela comportait. La Terreur sévissait
jusqu'au fond des vallées. Euloge Schneider et ses consorts
parcouraient le pays pour y éteindre le fanatisme. Par les
sentiers et chemins les moins fréquentés, Dom
Fréchard, traqué, prit le chemin de la Suisse. A
Notre-Dame des Ermites (Einsiedeln), il rejoignit d'autres proscrits,
en attendant de pouvoir retourner en France.
Après la mort de Robespierre en 1795, Lanjuinais fit adopter par
la Convention le décret qui rendait les édifices
religieux à l'exercice du culte. Fréchard parti le
dernier rentra le premier, se présenta au cardinal De
Rohan-Guémené à Ettenheim qui lui accorda une
juridiction dans le diocèse de Strasbourg en qualité
d'administrateur légitime de la paroisse de Colroy-Ranrupt. Il
s'y rendit non sans avoir fait un crochet par La Petite-Raon chez sa
famille et par Senones, dont l'abbaye était dans un piteux
état.
Dans son nouveau secteur d'activité, il refuse de souscrire
l'acte de soumission aux lois de la République et signe les
actes officiels « Joseph Fréchard , prêtre
catholique, qui n'a jamais fait serment, ni soumission aux lois de la
République ». Mais le 25 septembre 1795 les Jacobins
obtinrent que la Convention rétablît les décrets
d'arrestation et de déportation édictés par la
Terreur. Fréchard, conscient de ce qui l'attendait,
décida de rester auprès de ses ouailles et
confrères réfractaires.
A Ranrupt, Colroy et Steige, avec une activité infatigable, de
jour et de nuit, à la dérobée dans une grange, une
cave, un réduit, il exerce son difficile ministère:
messes, confessions, catéchisme, sacrements. Simulant un fou, se
déguisant, il se rendait de cachette en cachette,
protégé et pris en charge par les paroissiens qu'il
maintenait dans les pratiques de la religion et les prémunissait
contre le schisme, indéfectiblement fidèle au
Saint-Siège. En 1797, les décrets du Directoire sont
rapportés et les proscrits rentrent: Henry à Colroy,
Saulcy à Steige. Mais la persécution reprit de plus
belle. Fréchard aux abois, trouve refuge à Nancy. Il
réapparaît au Val-de-Villé et dans sa paroisse. La
corruption, l'impiété ont fait des ravages. Le
missionnaire est persuadé que c'est auprès de la jeunesse
qu'il faut oeuvrer en priorité et pour cela, former des
instituteurs « religieux et savants ». Convaincu de la
nécessité de l'instruction religieuse, il réunit
les enfants pour leur « faire le catéchisme »,
à l'heure de la veillée (le loure), dans une cave ou un
grenier. Il s'assure l'aide de deux anciennes religieuses pour
instruire les filles: Marguerite Tonnerre à Steige et Marie
Colbe à Ranrupt. Après avoir échappé cent
fois aux poursuites et aux recherches de ses ennemis qui le traquaient
partout et qui se tenaient sans cesse à l'affût pour le
surprendre, il tomba entre leurs mains.
Voici les faits: c'était en 1799. Dom Fréchard est
appelé auprès d'un malade dans la maison Samuel à
Ranrupt. Des agents de la République cernent la maison et
frappent à la porte. Fréchard se précipite dans le
« cendrier »5). La fouille
ne donne rien. En quittant les
lieux, un agent s'écrie: « Voici des plumes, l'oiseau
n'est pas loin ». Il venait de découvrir la montre du
suspect devant le cendrier. A l'aide de fourches on le force à
quitter sa cachette; il préféra se rendre plutôt
que de mourir. Garrotté, ligoté, la corde au cou, il est
conduit sans ménagements à Bourg-Bruche sous les
huées d'une partie de la population. A Saâles il est
enfermé au corps de garde puis déféré en
prison à Saint-Dié ; il y instruit dans la foi les
codétenus. Grâce à la complicité du
médecin, il est hospitalisé et s'évade. Il revient
à son pays de mission, célèbre la messe
tantôt à « la Diablottée »,
tantôt au « Mont », au pied du sapin géant6),
sous la garde vigilante de volontaires. Mais les chrétiens amis
de Fréchard sont surpris et dénoncés. Sept d'entre
eux, de Steige, sont jugés, condamnés, puis
acquittés7).
Le 28 brumaire an IX, notre bénédictin signe la
déclaration suivante: « Je soussigné, prêtre
de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, voulant donner, par la
présente déclaration, une preuve authentique de ma
soumission au Gouvernement, sans vouloir déroger en rien aux
principes de ma religion, dont le Gouvernement lui-même me
garantit la pleine et entière liberté, je promets
d'être fidèle à la Constitution ».
Dorénavant, il pouvait exercer librement son apostolat dont le
domaine était réduit à Colroy-Ranrupt. Il restaura
les lieux du culte, remit en honneur les pratiques religieuses et les
bonnes moeurs, préoccupé de réparer les
méfaits des schismatiques. (P. Thirion) Il s'assura l'aide des
nièces de Soeur Marie Colbe pour l'instruction des enfants.
M. Henry installé curé à Colroy,
Fréchard était en surnombre. L'évêque de
Nancy8) le nomme administateur
à Raon-l'Etape, puis curé
à St-Rémy. Mais avec Dom Lombard et 99 autres moines, il
relève l'abbaye de Senones et reprend la vie cénobitique
dans toute sa rigueur. Il administre la Petite-Raon où il
prêche en patois !
En 1807, la communauté, non autorisée, est
dispersée. En avril 1808 Dom Fréchard est nommé
à Colroy avec Blancherupt et Saint-Blaise comme annexes; il y
retrouve ses anciens paroissiens pour lesquels il avait tant de fois
risqué sa vie. Ministère difficile du fait de
l'éloignement des trois localités, des mauvaises voies de
communication, de la rigueur de l'hiver, mais surtout de la situation
morale et religieuse laissée par l'ère de la
Révolution. Il réussit à faire restituer à
la cure les biens spoliés. Il prêcha par son exemple de
foi et de charité. Pour combattre l'immoralité et
l'indifférence religieuse, il déploya le même
zèle et la même ardeur que son voisin Oberlin, avec lequel
il avait des relations les plus correctes. Il remit en honneur le culte
de la Vierge, déploya un dévouement particulier pour la
catéchèse. Il ne ménagea pas ses fidèles,
vivant en ascète et pratiquant la charité vraie et
appliquée9). Soucieux de
l'instruction et de l'éducation
des enfants, données par des religieuses, il dirigeait
l'école10) et l'inspectait
journellement.
J. Fréchard savait que l'école vaut ce que vaut son
maître; il s'attache à former des enseignants à la
hauteur de leur tâche. Il forma d'abord des maîtresses pour
les jeunes filles. Les soeurs de Ranrupt (de la famille Colbe)
instruisaient les enfants au « Couvent » (maison Fort) et
soignaient malades, infirmes et vieillards après la classe.
Elles s'occupaient aussi des enfants en bas âge pendant que les
parents vaquaient aux travaux des champs. Les écoles maternelles
avaient vu le jour ! -Louise Scheppler en fit autant auprès
d'Oberlin. -Certaines des soeurs entrèrent en religion chez les
soeurs de la Divine Providence ou celles de St-Jean de Bassel. Le
couvent de Ranrupt prit de l'extension. Avec les filles qui se
préparaient à l'enseignement, il reçut aussi des
orphelines et des pensionnaires venant d'Alsace pour apprendre la
langue française.
En 1817, la communauté étant bien établie,
Fréchard se consacra à la formation de maîtres
chrétiens qui faisaient tant défaut. Des
congrégations de frères enseignants avaient vu le jour en
différents points du territoire. L'Est était en reste.
C'est le presbytère de Colroy qui fut le berceau des
Frères de la Doctrine Chrétienne. Dom Fréchard y
rassembla les jeunes gens intelligents, sages, pieux, les instruisit et
leur inculqua les rudiments de la pédagogie. Quand ils
étaient suffisamment à l'aise en français, calcul,
dessin et solfège, le Directeur les proposait aux communes qui
les accueillaient avec reconnaissance. L'école normale
était née.
N'ayant ni les moyens ni les soutiens pour agrandir les locaux
devenus trop exigus, il s'entendit avec l'abbé Mertian,
supérieur des Soeurs de la Providence de Ribeauvillé pour
lui céder cinq normaliens. L'Institut des Frères de la
Doctrine Chrétienne de Strasbourg devait naître de ce
noyau, Mertian étant assuré du soutien des
autorités civiles et religieuses. Trop à l'étroit
à Colroy, même au couvent de Ranrupt, le pasteur
zélé achète le couvent délaissé des
Capucins de Vézelise. Dom Fréchard y installe un premier
contingent de vingt novices fin 1821. Trois filles du couvent de
Ranrupt mirent les locaux en état. La nouvelle
congrégation (les Frères de la Divine Providence de
Nancy) est approuvée par ordonnance royale du 22 juillet 1822,
sous le règne de Louis XVIII (voir annexe). Notre valeureux
bénédictin en est le premier supérieur, se
professant indigne d'une telle charge.
Déchargé de la cure de Colroy, il se consacre avec
enthousiasme à l'oeuvre dont il rêvait depuis 20 ans. Les
études étaient sanctionnées par des brevets de
différents degrés :
1°: savoir lire, écrire et chiffrer pour donner des
leçons ;
2°: savoir l'orthographe, le calcul, la calligraphie, la pratique
de l'enseignement simultané;11)
3°: savoir pratiquer l'enseignement mutuel.12)
Les brevets sont délivrés au vu de la lettre
d'obédience du Supérieur. Afin de combattre
l'oisiveté, mère de tous les vices, il invite les futurs
instituteurs à rassembler les jeunes les soirées d'hiver
pour leur enseigner le calcul, l'écriture et des notions de
religion. C'est la naissance des « cours d'adultes ».
Avec une foi inébranlable en son entreprise, le
Supérieur réfute toutes les attaques et critiques qui
l'assaillent. La création d'une maîtrise concurrente ne le
décourage pas : elle n'a pas duré.
La révolution de 1830 porta un sérieux coup à
la Congrégation de Vézelise. Fort des enseignements de la
Terreur, Dom Fréchard voulut éviter à son
entreprise les affres de la persécution. Il rendit la
liberté aux congréganistes. Certains devinrent
prêtres, d'autres, laïcs, restèrent dans
l'enseignement. Le calme revenu, le vénérable
Supérieur n'eut plus le courage de reprendre la direction de la
congrégation malgré les insistances des anciens
Frères. Le couvent fut cédé aux frères
Baillard, précédemment au couvent de Mattaincourt et
à Ste-Odile. Fréchard fut nommé Supérieur
honoraire. Le siège de l'école passa de Vézelise
à Sion-Vaudémont. Fréchard vit son entreprise
prospérer avec satisfaction. Mais bientôt, les
frères Baillard gérèrent mal l'affaire et
s'endettèrent au point que l'évêque les
révoqua.
En 1847, la Congrégation forte de quarante six religieux
revint à Vézelise avec le frère Chrétien
comme Directeur Général. Dom Fréchard,
quatre-vingt trois ans, vivait dans cette communauté
reconstituée une paisible retraite, se rendant utile selon ses
moyens, tout en persévérant dans ses habitudes de la
règle de St-Benoît. Mais les forces l'abandonnèrent
et il s'endormit paisiblement le 24 juillet 1849.
Dom Fréchard a consacré toute sa longue vie au service
de son prochain. Certes, c'était sa vocation, son rôle.
Mais les conditions dans lesquelles il s'est dépensé, la
façon dont il s'est acquitté de sa mission et les oeuvres
qu'il a créées méritent qu'on le fasse
connaître et estimer. Ces quelques pages n'avaient pas d'autre
ambition.
Edmond Reeber
Saisons d'Alsace, Le Val de Bruche (1977)
Notes
1. Le nom de Bruche peut venir de ce fait
géographique; le mot
allemand « Bruch » désignant le marais; à
moins que ce ne soit l'autre signification de Bruch, brach, terrain
défriché pour être cultivé.
2. lnstitution-soeur de celle de Mertian à
Matzenheim.
3. La principauté de Salm était fief
de l'empire
d'Allemagne,
4. Dom Fréchard était le seul
prêtre catholique
resté dans cette contrée.
5. Une sorte de citerne en maçonnerie se
trouvant dans la cave
à l'aplomb de la cuisinière. Il a été
conservé dans la maison Samuel.
6. Ce sapin -plus de 6 m de circonférence
-devenu un vieillard
condamné, fut abattu il y a une vingtaine d'années.
7. Bonaparte venait de s'emparer du pouvoir.
8. Avec le consentement de Rome, certaines
paroisses, dont
Ranrupt-Colroy, sont détachées du diocèse de
Strasbourg et rattachées à celui de Nancy.
9. En 1810, avec ses paroissiens, Fréchard
secourut les
protestants de Belmont sinistrés par l'incendie de leur village.
10. Privilège légal à
l'époque.
11. Plusieurs sections à la fois. .
12. Les élèves dirigés par un
maître,
s'instruisent entre eux.
Bibliographie.
P. MARTON. -Notice biographique sur Dom Fréchard. Edit.
René Vagner, Nancy.
Le lecteur peut également se reporter à l'ouvrage de P.
Zind, Les nouvelles congrégations en France de 1800 à
1830, centre d'histoire du catholicisme français de
l'Université de Lyon, 1969, p. 143 et suivantes -(exemplaire
B.N,U. Strasbourg, E. 500 697, t. 1).
Annexe
Ordonnance royale du 22 juillet 1822.
En faveur des Frères de la
Doctrine chrétienne de Nancy
Louis par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre
A tous ceux qui ces présentes verront, salut
Vu les statuts
d'une institution charitable qui serait destinée à
desservir les écoles primaires des villes et des campagnes, des
départements de la Meurthe, ordonnance du 24 janvier 1818, qui
règle ce qui regarde l'instruction primaire dans tout le royaume
;
vu la loi du 10 mai 1806, le décret du 17 mars 1808 et nos
ordonnances concernant l'Université de France;
vu les
observations du conseil royal de l'instruction publique et
l'approbation donnée par le conseil aux statuts de la dite
association,
Notre conseil d'Etat entendu,
Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
Art. 1er. L'Association destinée à fournir des
maîtres aux écoles primaires dans les départements
de la Meurthe, de la Moselle et des Vosges, et désignée
sous le nom de Frères de la Doctrine chrétienne de Nancy,
est autorisée aux termes de notre ordonnance du 28 avril 1816,
comme association charitable en faveur de l'instruction primaire. Elle
se conformera aux lois et règlements relatifs à
l'enseignement public, notamment à notre susdite ordonnance du
29 février 1816.
Art. 2. Notre conseil royal de l'instruction publique en se
conformant
aux lois et règlements d'administration publique pourra recevoir
tous legs et donations qui seront faits en faveur de la dite
association et de ses écoles, à charge de faire jouir,
soit l'association générale, soit chacune des
écoles tenues par elle des dits legs et donations,
conformément aux intentions des donateurs et testateurs.
Art. 3. Notre Ministre Secrétaire d'Etat de
l'Intérieur
est chargé de l'exécution de la présente
ordonnance.
Donné en notre château de Saint-Cloud, le 17 juillet de
l'an de grâce mil huit cent vingt-deux et de notre règne
le huitième.
Signé: Louis
Par le Roi.
Le Ministre Secrétaire d'Etat au département de
l'Intérieur.
Signé: Corbière