Éléments de géologie de Wisches et environs.

Dans la vallée de le Bruche, le terrain de transition entre le porphyre et le schiste est représenté par des schistes, des grauwackes et des poudingues.
De petits filons de minette traversent le schiste près de Lutzelhouse et de Wisches. Dans la vallée de Haslach, on trouve un schiste noir.
La grauwacke forme aux environs de Muhlbach et de Netzenbach des couches épaisses que l'on exploite depuis peu pour le pavage de la ville de Strasbourg. Elle se compose de quartz, de feldspath et de paillettes de mica très clairsemées. Ces substances, qui ne sont autres autre les éléments du granit, sont très intimement soudées, de sorte que, si l'on ne prenait garde, la roche pourrait être prise pour une roche granitoïde très riche en quartz.
La même variété de roche se retrouve près d'Urmatt, sur les deux côtés de la vallée. Aux environs de Wisches, la grauwacke contient des fragments de schiste corné noir qui provient sans doute d'un étage inférieur.
Des vestiges indéterminables de madrépores ont été quelquefois rencontrés dans les roches arénacées de Lutzelhouse et de Wisches.

Voici la direction des feuillets schisteux dans quelques points de la vallée de la Bruche:
à 2 kilomètres au nord de Muhlbach
Est 20° N - Ouest 20° S
près de Wisches
Est 30° N - Ouest 30° S
à la scierie du vallon de Haslach
Est 30° N - Ouest 30° S
chemin de Lutzelhouse aux carrières
Est - Ouest

La direction se rapproche donc beaucoup des schistes du Val de Villé, qui est Est 35° N - Ouest 35° S.
Un poudingue formé principalement de galets bien arrondis de granit est développé aux environs de Russ.
Description géologique et minéralogique de département du Bas-Rhin par M.A. Daubée, Strasbourg (1852)


Histoire de Wisches

Pierre Juillot

À l'époque romaine, les routes reliant l'Alsace à la Lorraine par la vallée de la Bruche étaient:
¹) la route partant de Langres jusqu'à Strasbourg (Argentoratum) venait de Raon-l'Etape et suivait le « chemin des Bannes » jusqu'au col du Prayé , montait au Donon pour redescendre sur Wisches.
Son existence à l'époque gallo-romaine est attestée par une colonne milliaire (avec inscription) déterrée en 1869 au col Entre les deux Donon par le docteur Bedel de Schirmeck. Exposée un moment au «temple-musée», elle a été perdue depuis. D'autres trouvailles romaines ont été faites à Heiligenberg (*).
²) «la Via Salinatorum» ou Route du Sel ou Route des Sarmates.
En effet, deux voies sont connues sous ce nom au Moyen-Age. Une voie dérivée de la route de Langres à Strasbourg (rejointe près de Raon par une route venant de Metz) quittait cette dernière près de Saint Blaise, se dirigeant vers le Ban de Sapt et le col  des Broques vers Saâles, le col de Steige, le Champ du Feu, le Mont Sainte Odile et Obernai pour rejoindre Strasbourg.
Un autre diverticulum partait du col de Steige vers Scherwiller où il rejoignait la «route des Vosges».

À l'aube du moyen-âge, la rive gauche de la Bruche fait partie de trois patrimoines distincts:
- le territoire de l'abbaye de Senones délimité à l'est par le col Entre les deux Donon, la Goutte du Marteau et le ruisseau de Framont (Wackenbach): il est connu par une fausse charte de 660 (confirmée en 948) et bien délimité par un acte de 1328
- le district de l'évêché de Strasbourg entre le ruisseau de Still, la crête et le Netzenbach qui apparaît comme «fief» de l'abbaye de Haslach fondée avant 826: la charte de donation de l'empereur Louis le Pieux à l'évêque date de 816, mais elle remonte sans doute à l'époque mérovingienne
- enfin, l'abbaye d'Andlau obtint à sa fondation (avant l'an 880) un patrimoine non situé à sa proximité, mais d'importantes forêts localisées au nord et au sud du Donon. Ces biens touchaient à la Bruche, puisqu'ils englobaient le secteur bien délimité entre le Wackenbach et le Netzenbach. Dans ce territoire appartenant à Andlau, aucun habitat n'est encore mentionné à cette époque.

Seul le ruisseau de Netzenbach, qui sera appelé au moyen-âge Wischbach, apparaît sous les noms WICHIA (816) et WICHAHE (1059). La première mention avec sa terminaison latine en IA est particulièrement précieuse, puisqu'elle se rapporte sans doute à un établissement gallo-romain (vicus) dont le lieu-dit encore connu au VII° siècle perpétuerait le souvenir la terminaison AHE, quant à elle, est déjà germanique.

Ce vicus installé quelque part sur l'emplacement du futur village de Wisches doit être mis en rapport avec la voie romaine partant de Strasbourg et franchissant la crête au col Entre les deux Donon. C'est à Wisches que cette route romaine quitte le flanc de la rive gauche de la Bruche et «s'élève» vers le Donon; le tracé de cette route antique est par ailleurs celui qu'empruntent encore de nos jours la «Gosse Saint Antoine» et le «Chemin des Vignes».
La présence de l'établissement gallo-romain à Wisches peut s'expliquer par la nécessité d'une station qui procurait aux conducteurs un attelage d'appoint avant la dure montée vers le Donon comme cela s'est vérifié ailleurs pour d'autres routes romaines.
Plusieurs restes d'un pavage romain étaient encore connus au début du XIX° siècle. Le professeur Curt Mundel, dans son Guide des Vosges, raconte les avoir suivis en 1904 au-dessus du cimetière de Wisches, en suivant le «Chemin des Vignes», peut-être vers la basse du Rond-Pré. Cette voie se retouve à l'époque médiévale, et plus tard, sous diverses dénominations: la Sente des Bouteillers en pays de langue française au début du XVI° siècle, son équivalent en allemand Bosselweg ou Bosslerweg à la même époque, le Chemin des Botteliers au XVIII° siècle, enfin le chemin de Saint-Quirin (voie de pèlerinage) au début du siècle dernier.
Il reste encore à mentionner -au moins au moyen-âge- la présence à Wisches même d'un double péage: celui de l'évêque «der gross Zoll» et le «petit péage» des comtes de Salm avant que celui-ci ne soit transféré à Lafrimbolle.

C'est dans ce même contexte de passage transvosgien (mais est-ce vraiment le hasard?) qu'émerge la localité médiévale de Wisches. Nous sommes au début du XIII° siècle, en 1213. Le duc de Lorraine, Thiébaut Ier est en guerre avec l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen au sujet de la possession de la ville de Rosheim. Il envoie son infanterie en avant-garde dans la Vallée de la Bruche. Celle-ci, au lieu d'attendre le duc, s'aventure jusqu'à Rosheim où elle est surprise par un cuisant échec, dû principalement à l'ivresse causée par le bon vin des caves! Ce n'est qu'au cours du retour précipité que le «lieutenant» lorrain rencontre enfin Thiébaut et son armée restés auprès de Wisches (apud Wicha)Le duc à cette nouvelle rebrousse alors chemin» ajoute le chroniqueur Richer de Senones, quasi contemporain des faits.
Wisches constitue-t-il alors un point fortifié pour que l'armée lorraine s'y soit arrêtée? Est-ce plus simplement parce que l'étape appelée Wicha se trouve sur la route utilisée par Thiébaut de Lorraine venu peut être du Donon? On ne sait pas. Toujours est-il que la première mention connue de la localité de Wisches apparaît en 1213.
Le territoire de Netzenbach-Wackenbach arriva aux mains de l'évêque sans doute vers 1226-1236 avec Guirbaden et l'héritage des comtes de Dabo également avoués de l'abbaye d'Andlau. Mais le district ne devint épiscopal que de manière très incomplète, l'abbesse d'Andlau y gardant des droits importants qui ne seront cédés à l'évêché qu'en 1539: de multiples taxes, deux tiers des forêts enfin le droit de justice incarné par celui de nommer l'écoutète.
Le souvenir de l'abbaye d'Andlau comme seigneur foncier restera longtemps incrusté dans la mémoire des habitants. Un lieu-dit encore en usage en 1685 le prouve: le terrier de Wisches-Hersbach de cette année signale ainsi près du vallon du Tommelsbach (du côté de Hersbach) «cinq acres de champs en friche sur la montagne d'Andlau» (am Andlawer berg). Et puis, il y a cette silhouette étonnament vivante d'un écoutète épiscopal de pure souche au XVI° siècle: Jean Kubler (né, baptisé et habitant à Wisches). En 1579, il regarde derrière lui sa carrière écoulée - il a alors soixante-quatorze ans - et se plaint du temps présent et du tumulte des guerres. Mais il regrette avec une certaine amertume l'époque heureuse de ses prédécesseurs nommés par l'abbesse d'Andlau qui «avec moins de peine avaient de nombreux avantages en nature» et sans doute plus de prestige que lui au sein de la communauté.

Au début du XVI° siècle, il ne peut sans doute pas encore être question de territoire propre à une localité mais uniquement de droits d'usage dans les forêts, de droits de parcours pour les troupeaux sur les chaumes et près des points d'eau, le tout encore en commun. C'est dans cette optique qu'il faut comprendre la démarche des communautés de Wisches et de Schirmeck qui se sont «accomodées» le 17 juillet 1545 devant le seigneur-évêque «au sujet de la glandée, coupes de bois et pasturages dans les forêts qu'ils [dont ils] jouissent par indivis». Plus tard, Schirmeck d'un côté, Wisches et Wackenbach de l'autre, arriveront en 1572 à séparer et aborner entièrement les deux territoires (appelés maintenant «bans») le long du Tommelsbach: c'est donc à cette date - et pour la somme de deux cents livres - que Wisches perd sa juridiction territoriale qu'elle avait réussi à maintenir depuis ses origines jusqu'à Wackenbach et le ruisseau de Framont.

Sur le plan spirituel, Lutzelhouse et Urmatt forment deux paroisses en 1371: elles sont placées sous l'autorité de Haslach plus précisément du prévôt du chapitre qui en tire personnellement les revenus «die zwen kirchen Urmats und Lutzelhusen und iren zugehorden».
En fait cette situation remonte au moins au XIII° siècle, puisque les deux «ecclesia», Uormatten et Lutzelnhusen apparaissent pour la première fois en 1290. Il s'agit donc bien des deux seules paroisses existant sur le versant gauche de la Bruche entre les cours du Framont et de la Hasel et comprenant, comme c'est toujours le cas, un certain nombre de «filiales».
Ainsi parmi les habitats cités lors de la vente de 1366, le district paroissial de Lutzelhouse comprend deux autres lieux de culte connus: par un texte tardif pour Wackenbach où une petite chapelle existe en 1603, par un édifice pour Wisches. En effet, la chapelle du cimetière - dont l'étude archéologique reste encore à faire -remonte dans ses plus anciennes parties conservées au moins au XIV° siècle.

Le patron Saint Antoine y est attesté pour 1666, mais en 1758 la nouvelle église fut dédiée à Saint Michel. A ce moment Lutzelhouse était devenue annexe de Wisches et devait le rester jusqu'en 1802.

Le plus célèbre Wischois passé à la postérité est François Joseph Drouot dit Lamarche, général de division de la République, dont le nom Lamarche est inscrit sur l'Arc de Triomphe.

En 1794, la commune qui relevait du district de Benfeld demanda à être rattachée pour des raisons pratiques à celui de Senones. Cette modification administrative fut effectuée au printemps 1795 et Wisches fut ainsi incorporée au département des Vosges, pour en être de nouveau détachée en 1871 par le traité de Francfort. Par ce traité, la région qui est aujourd'hui constituée par les cantons de Schirmeck et de Saâles fut annexée à l'empire allemand en échange du Territoire de Belfort, qui lui faisait partie du département du Haut-Rhin, et n'avait pu être annexé car ses habitants s'étaient battus comme des lions.

La chapelle à l'entrée de Hersbach a été construite par la famille J.A. Douvier, exploitante des carrières de porphyre J.A. Douvier en souvenir de leur fils Raymond Douvier, décédé accidentellement au cours d'une partie de chasse le 23 septembre 1933.h)

Le blason de Wisches contient une croix de Saint Hubert; le saint Patron de Wisches est Saint Michel et l'ancienne église paroissiale est dédiée à Saint Antoine de Padoue, appelé à Wisches «Saint Antoine des cochons.» Ceci atteste du caractère fortement chrétien de Wisches. Selon certains auteurs, ce dernier prendrait son origine dans le rôle qu'aurait joué le ruisseau du Netzenbach comme barrière d'arrêt lors des grandes invasions des VIII° et IX° siècle. Cette théorie -dont la certification ne saurait aujourd'hui être faite avec un degré de confiance suffisant- s'appuye sur la présence de symboles non-chrétiens dans l'héraldisme de villages voisins.


(*) Le texte dont je m'inspire fait mention de "trouvailles romaines faites à Wisches". Je n'ai pas trouvé trace au Musée Archéologique de Strasbourg, ni dans les catalogues de ce dernier, de ces soi-disant "trouvailles romaines".
mes sources:
  • Jean Braun, Cahiers Alsaciens d'Archéologie d'Art et d'Histoire, XII, (1968) p.39
  • La communauté et la paroisse de Wisches sous l'Ancien Régime, Arnold Kientzler, l'Essor n° 150, Spécial Wisches Hersbach, mars 1991
  • Encyclopédie de l'Alsace, Editions PubliTotal
  • Le Baillage épiscopal de Schirmeck, Arnold Kientzler, l'Essor n° 84, septembre 1973
  • Le Ban de la Roche au temps des seigneurs de Rathsamhausen et de Veldenz, Denis Leypold, Librairie Oberlin (1989)
  • h)
  • Claude Jérôme, l'Essor 150 (mars 1995)


  • Rapide survol historique et chronologique

    IIIème siècle Saint-Antoine dit l'Égyptien est appelé alors le père des moines. Il est né en 251 à Quéman-el-Arous en Haute Egypte et est mort en 356, âgé de 105 ans. Il finira ses jours dans une grotte du mont Qolzum au bord de la mer Rouge.
    1070 Jocelyn, suite à une promesse faite à son père, ramena les restes de saint Antoine d'Egypte en France, en son village «La Motte au Bois» (Saint-Antoine-l'Abbaye, aujourd'hui).
    1088 Les Bénédictins de Montmajours sont chargés de veiller aux reliques du saint, tandis que «les Frères de l'Aumône » soignent les malades atteints principalement du mal des ardents (appelé aussi feu Saint-Antoine»), provoqué par une moisissure du seigle (l'ergot du seigle)
    1297 Cette vocation hospitalière se développe et les Frères de l'Aumône prennent le pas sur le Prieuré Bénédictin
    XIV° siècle La structure centralisée de l'Ordre est ébranlée par le Grand Schisme
    XVI° siècle Les guerres de religion détruiront une grande partie des structures et bâtiments qui devront être presque entièrement reconstruits.
    XVII° siècle L'amélioration de la nourriture et de l'hygiène de vie, faisant disparaître les grandes épidémies, fait perdre aux Antonins leur raison d'être.
    1775 L'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, appelé aussi ordre de Malte, absorbe les Antonins.
    L'Echo des 3 Provinces n° 12, décembre 2006

    Saint Antoine, dit l'Egyptien est appelé le père des moines. Antoine est issu d'une famille aisée. Devenu orphelin à l'âge de 18 ans, il vend ses biens et se retire dans un ermitage en quête de perfection.
    Antoine vécut une vie d'ermite et passa de nombreuses années dans le désert afin de lutter contre les démons qui le persécutaient et lui faisaient endurer d'atroces souffrances. Dès le début de sa vie ascétique, le diable, jaloux de sa destinée, tente d'éveiller sa convoitise et se manifeste sous les traits multiples d'une femme, d'un enfant ou ceux terrifiants de bêtes féroces. Saint Antoine triomphe de ces turpitudes diaboliques, de ces tentations par le jeûne et la prière et se réfugie dans l'ascèse la plus sévère.
    Auréolé de sainteté par les miracles qu'il accomplit, Antoine est appelé à Alexandrie en 311 par les chrétiens persécutés puis vers 338, afin de lutter contre le paganisme et l'hérésie véhiculés par les Ariens. Tout au long de sa vie, il soigna de nombreux malades.

    Le mal des ardents

    Les reliques étaient parmi celles qui guérissaient "le mal des ardents" ou feu Saint-Antoine qui envahissait périodiquement l'Europe entre le XI° et le XVII° siècle. De tous les fléaux qui déciment les populations dans toute l'Europe, ce mal est l'un des plus meurtriers. Il apparaît en Dauphiné vers 1090-1096.
    Contractée par intoxication alimentaire, la maladie présente deux aspects distincts : l'un convulsivant, l'autre gangréneux. Elle laisse des lésions irrémédiables, les muscles se raidissent, les membres se gangrènent, affligés de plaies purulentes et nauséabondes, une mauvaise irrigation du cerveau provoque chez le malade un état hallucinatoire, proche de la démence.
    Face à ce mal terrifiant, la croyance en la puissance miraculeuse d'un saint et plus particulièrement en celle de saint Antoine, demeure pour de nombreux malades le seul recours. En 1596, la faculté de médecine de Marbourg (Allemagne) attribue l'origine du mal au seigle ergoté (l'ergot est un champignon parasite nommé Claviceps purpurea) qui, absorbé, entraîne un empoisonnement du sang.
    Le mal commençait par une tache noire qui s'étendait rapidement, causant une ardeur insupportable, desséchait la peau, pourrissait les chairs et les muscles qui se détachaient des parties osseuses et tombaient par lambeaux. Feu dévorant, il brûlait petit à petit et enfin consumait ses victimes sans qu'on put apporter de soulagement à leurs souffrances. Plusieurs éprouvaient ses plus cruelles atteintes dans l'espace d'une nuit; s'ils ne mourraient pas au bout de quelques heures. Écrit de Sigebert de Gembloux au XIème siècle.

    Les Antonins et le rétable d'Issenheim

    Deux seigneurs guéris de ce mal fondèrent "les Hospitaliers de Saint Antoine" ou Antonins à la Motte Saint Didier (Isère), devenu Saint Antoine en Dauphiné. Les Antonins jouissaient du privilège de laisser aller leurs troupeaux sans payer de taxes. Saint Antoine ermite est accompagné d'un petit cochon. À partir du XV° siècle, le porc et la sonnette, les flammes s'échappant d'un membre malade, le bâton en forme de "Tau" ou T, issu de la béquille des estropiés sont les attributs de Saint Antoine.

    La commanderie des Antonins d'Issenheim
    La maison d'Issenheim, qui dépendait de l'ordre des Antonins, fut fondée dans les premières années du XIV° siècle. De vocation hospitalière, elle accueillait et soignait les malades atteints du mal des ardents ou feu de Saint Antoine, qui venaient se mettre sous la protection du saint. La nourriture saine et les soins apportés à Issenheim - boissons ou onguent à base de plantes calmantes, amputation des membres gangrenés - assuraient la réputation de la commanderie. Le retable participait certainement à cette thérapie en offrant aux fidèles l'exemple des souffrances du Christ et de Saint Antoine. Nous savons que les malades étaient conduits dans le choeur au pied du retable où, suivant les moments liturgiques, ils vénéraient saint Antoine (retable ouvert ou fermé), étaient confrontés à l'accomplissement de la Nouvelle Loi (Annonciation, Incarnation, Résurrection), ou priaient devant le sacrifice du Christ (retable fermé, Crucifixion).


    juillot@in2p3.fr  Pierre JUILLOT
    I.P.H.C Strasbourg 

    La «Roche solaire» de Wisches

    Sur le flanc Est du Kohlberg, à 577 mètres d'altitude, en pleine forêt communale de Wisches,  loin de toute habitation, mais à quelques mètres seulement d'un carrefour de chemins carrossables, la Roche Solaire a de quoi intriguer le passant.

    Photo Pju
    La «Roche solaire» de Wisches


    Les faits constatés.

    Cet énorme bloc de grès vosgien a vaguement la forme d'un parallélépipède rectangle de 6 mètres de longueur, 2,5 mètres de largeur et 2,5 mètres de hauteur. Un bloc plus petit, disposé à cet effet contre l'un de ses flancs, sert de marche-pied et permet d'accéder plus facilement sur le plateau de cette table naturelle. Son grand axe est orienté nord-sud et sa masse, compte-tenu de la densité du grès, peut être estimée à environ 96 tonnes.
    L'analyse d'un échantillon de matière rocheuse, prélevée par un habitant de Wisches et effectuée par l'un des services du Centre National de la Recherche Scientifique de Strasbourg, a mis en évidence une faible radioactivité naturelle moins de 40 becquerels par kg et comparable à celle des autres pierres naturelles comme le granit - et une radio-activité artificielle à l'état de traces insignifiantes dues aux événements de Tchernobyl (URSS) en mai 19861).
    Ce qui surprend le plus le promeneur, mises à part les dimensions de ce mégalithe, c'est le fait qu'il soit isolé, solitaire. Des fissures dûes à l'érosion soulignent la disposition des différentes strates ou couches de sable cimenté qui le composent. Ceci prouve que la roche ne se trouve pas à sa place originelle et qu'elle a subi un renversement. C'est le résultat d'un éboulement intervenu il y a très longtemps, probablement lors de la dernière période glaciaire, à la suite de la fragmentation du front de la côte gréseuse par le gel. Ce phénomène naturel est bien connu des géologues qui parlent de gélifraction ou de cryoclastie.

    Les interprétations.

    Au vu de ses dimensions, de sa situation, de son isolement, il n'est pas à étonnant que la Roche Solaire ait stimulé l'imagination populaire quant à un soit disant pouvoir surnaturel.
    Un informateursnous a signalé que son grand-père, artisan de profession et guérisseur à l'occasion, se rendait régulièrement sur les lieux afin de «se ressourcer», de refaire le plein de «flux bénéfique». Sa spécialité était la guérison du «mal au foie». D'après notre interloculteur, de nombreux autres «sorciers» fréquentaient cette «source bénéfique».
    Dans le même ordre d'idées, un ouvrage paru en 1983 et recensant les lieux magiques et sacrés d'Alsace et des Vosges parle de la Roche Solaire en ces termes: C'est en mesurant la puissance des rayonnements de cette pierre avec le géodynamètre que le mystère s'épaissit . ... La roche, par sa fonction de table de culte ou d'autel a capté les fluides spirituels lors de cultes, comme les églises et chapelles s'imprègnent de la foi et des prières des fidèles.
    L'imprégnation positive et bénéfique de cette roche suit les mêmes lois que le principe du phénomène des «pierres magiques» que possèdent certaines personnes et qui leur ouvrent les portes de la chance, du succès et de la réussite. Ces «pierres magiques» ont été «imbibées» d'éléments positifs, physiques et psychiques. Elles agissent selon la loi psychologique de la suggestion, ce qui est indéniable, mais essentiellement par le positivisme qu'elles véhiculent.2)
    Nous arrêtons là cet échantillon de charabia pseudo-scientifique qui s'étale sur trois pages et qui ne convainc que les âmes prêtes à les accepter sans s'interroger sur leur sérieux.
    L'appellation.
    L'énigme grandit si l'on essaie de trouver l'origine et le sens de l'appellation de notre roche. Deux versions nous ont été fournies à ce jour.
    La première veut qu'autrefois ce monument naturel fût doté d'un système indiquant l'heure aux passants, à l'instar d'un cadran solaire. Il est vrai que le chemin qui passe à proximité était bien plus fréquenté autrefois que de nos jours, car il était utilisé pour se rendre en Lorraine par le Col entre les Deux Donons, ou en revenir. D'ailleurs un lieu-dit situé à quelques kilomètres plus au nord du site qui nous intéresse se nomme Fontaine des Carpes. En effet, c'est là que les voyageurs, de retour de la région des étangs lorrains qui venaient d'être vidés, ravigoraient les poissons vivants qu'ils rapportaient en Alsace.
    La seconde, bien moins poétique, mais plus vraisemblable, veut que le qualificatif «solaire» soit plus prosaïquement la déformation de l'adjectif «solitaire».
    Le dépouillement du cadastre et de toutes les cartes anciennes disponibles nous apprend que cette dénomination est récente, et n'apparaît pour la première fois sur des documents de l'Institut Géographique National qu'après la Seconde Guerre Mondiale.
    Nos convictions.
    De multiples arrêts sur les lieux, des conversations répétées avec des spécialistes et le résultat des analyses scientifiques nous ont amené à nous forger trois convictions:
    - la Roche Solaire n'est ni magique, ni bénéfique, ni surnaturelle, et ne présente aucun élément mystérieux ou inexplicable;
    - sa dénomination a peu de chances d'être en rapport avec le soleil, car son emplacement est quasiment toujours à l'ombre;
    - l'intérêt qu'on lui porte et le rôle surnaturel qu'on lui attribue sont d'origine plutôt récente.
    Le phénomène de la sacralisation d'un élément naturel qui sort de l'ordinaire auquel nous assistons dans ce cas précis n'est pas nouveau. Ne lit-on pas dans l'Ancien Testament déjà : Ne va pas lever les yeux vers le ciel, regarder le soleil, la lune et les étoiles... et te laisser entraîner à te prosterner devant eux et à les servir? 3)
    Le plus étonnant, dans toute cette histoire, est certainement que cette croyance perdure, en Alsace, et en ce début du XXI° siècle.

    Claude JÉRÔME
     quelques modif. P Ju
    L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° 152 (septembre 1991)

    1) Résultat aimablement communiqués par Madame E. Sistel que nous remercions
    2) G. Altenbach et B. Legrais, Lieux magiques et sacrés d'Alsace et des Voges, (Les hauts lieux vibratoires de la santé), 1983.
    3) Deutéronome, chapitre IV, verset 15

    Une fête antirabique à Wisches


    ou

    la naissance de la Confrérie Saint Hubert

    Dans les dernières années, la rage a fait couler beaucoup d'encre. Des procédés divers ont été proposés pour enrayer la terrible maladie mais, à notre connaissance, on n'a pas envisagé celui auquel les habitants de Wisches et de Netzenbach recoururent en 1721: un voeu à saint Hubert.

    Ils se réunirent dans l'église saint Michel de Wisches et promirent de chômer, chaque année, le 3 novembre, fête de saint Hubert, et d'assister à une messe solennelle à la suite de laquelle on distribuerait du pain bénit. Pour bien faire, on anticipa cette célébration, pour la première année, au 21 mars. Mais lisons plutôt la relation que le curé Jean-Jacques BERTOUME nota sur la dernière page de son registre paroissial1:
    "L'an Mil Sept Cent Vingt et un Le Vingt et unieme Jour du mois de mars, sont convenüs Les habitants tant de la Communauté de Vich que de celle du Netzenbach sur la montagne ou est situé leur Eglise sous le titre du Bienheureux St Michaël arcange Leur patron, dans le dessein d'y éfectuer unanimement un veux qu'ils ont promis au Bien heureux St Humbert afin que par son intercession ils puissent obtenir de dieu la grace d'estre preservés, et tous ce qui Leur appartient, de La rage et de ses accidents; + Le quel veux estant juste et plein de religion, et pour remedier a un malheur des-ia comencé, a esté receüe par Mre J.Jacques BERTOUME Leur pasteur Legitime comme sensuit. Promettent Les susdts habitans tant de la Communauté de Vich, que de celle du netzenbach entre Les Mains de Leur Curé, de garder et d'observer le troisieme jour du mois de novembre de chacques années aperpetuité en Lhonneur du grand st Hubert, de sabstenir de tous traveaux pendant Ledt iour, dassister a La Messe Solemnelle qui se chentera en Leure dite Église par Leur Curé ou par un autre constitué de sa part, Laquelle messe sera à La Charge des deux dites comuneautes. L'on benira un pain qui se couppera en morceaux pour qu'il en soit fait La distribution au peuple assistant a cette devotion, qui a esté anticipé par Le zel desdtes Comuneautes qui ont demandes une messe Solemnelle, qui a este Chenté par Mre J.Jacques BERTOUME Leur Susdit pasteur a Lhonneur du St invocqué par eux, en laquelle Les paroissiens et tous autres ont estes a Loffrende, et ont exigé ensuite que cette pratique soit continüé et observé par Leurs Successeurs, comme elle a (este ?)  institué pieusement et commencé par eux a Lhonneur ( ....) 2Bien heureux grand St Humbert".

    Pourtant. de son vivant, saint Hubert aurait sans doute été le premier surpris de savoir que des Bruchois se placeraient sous sa protection pour éviter la rage! En effet, l'Histoire ne le met pas plus en relation avec cette maladie qu'avec la chasse: c'est la Légende qui s'en charge.

    Hubert3 était évêque de Tongres-Maestricht-Liège, et mourut en 727. Les miracles survenus à son tombeau eurent pour conséquence, en 743, de faire élever ses reliques: c'était l'équivalent d'une canonisation. Carloman, maire du palais, contribua lui-même à les porter devant l'autel des Saints Apôtres de Liège. Mais les restes de saint Hubert ne restèrent pas là où on les avait placés. En 825, Liège les céda partiellement au monastère d'Andage, dans les Ardennes. Les moines finirent par se convaincre qu'ils possédaient le saint entier.

    Or, les Ardennes pays giboyeux, comptaient énormément de chasseurs parmi leurs habitants. Le saint des Ardennes devint donc le saint des chasseurs avant d'être présenté comme un chasseur lui-même.

    Tout le monde connais la célèbre légende: jeune seigneur passionné de chasse, Hubert se lance dans la forêt le jour même de Noël avec sa meute et ses piqueurs. II est sur le point de forcer un cerf quand celui-ci se retourne et lui fait front. Entre les bois de la superbe bête apparaît un crucifix, pendant qu'une voix céleste reproche à Hubert de délaisser Dieu. Et le chasseur se convertit...

    L'hagiographe qui au XV° siècle ou un peu avant, a rédigé ce récit manquait un peu d'imagination: il s'est contenté de réutiliser pour saint Hubert la légende de saint Eustache, l'un des célèbres "Quatorze Saints Auxiliateurs"4. Mais cela, les dévots du Moyen-Age et des siècles suivants s'en souciaient peu. C'est peut-être parce que leur patron avait une réputation de chasseur que les moines de saint Hubert au XV° siècle, élevaient des chiens de chasse pour l'Allemagne.

    En tout cas, s'il est une maladie que l'on craint pour sa meute, pour son bétail ou pour soi-même dans une région riche en gibier, c'est bien la rage. Rien d'étonnant, alors, si saint Hubert s'est retrouvé un jour guérisseur de cette maladie et spécialiste de la prévention antirabique, aussi bien pour les bêtes que pour les gens. Ainsi se développèrent un certain nombre de pratiques.

    Celle de la "taille" remonterait à 950. Elle consistait à faire au front de la personne mordue une incision qu'on mettait ensuite en contact avec un morceau de l'étole de saint Hubert. Cette coutume était appelée à une longue vie et à un certain succès, puisqu'en mai 1811 on enregistra le record de trois cent trente tailles. Il est à espérer que certaines n'étaient que préventives, car on s'effraie de penser que trois cent trente personnes pourraient avoir été mordues en un mois! Précisons que la taille devait être suivie d'une neuvaine de prières.

    On avait aussi des "clés de saint Hubert", pour cautériser les plaies des animaux suspects ou, préventivement, pour signer les chiens au front. Enfin, on faisait usage d'un pain bénit spécial, destiné lui aussi à prévenir les effets de la rage. C'est lui que nous retrouvons à Wisches. Il faut dire qu'on distribuait aussi du pain bénit en relation avec d'autres saints. Encore aujourd'hui, les gens de La Robertsau connaissent le pain bénit de saint Fiacre, offert par les jardiniers le jour où on fête leur patron. Et pour rester au XVIII° siècle, Diderot nous apprend, dans l'article "Pain béni" de l'Encyclopédie, parue une vingtaine d'années après le voeu de Wisches, qu'il s'en distribuait tous les dimanches dans des paroisses nombreuses: "On sait qu'il y a dans le royaume plus de quarante mille paroisses où l'on distribue du pain béni, quelquefois même à deux grand'messes en un jour, sans compter ceux des confréries, ceux des différents corps des arts et du négoce". Et le philosophe de lancer une vigoureuse attaque contre cette pratique si répandue... Mais revenons à saint Hubert.

    On ne l'honorait pas seulement à Andange, devenu Saint-Hubert-Ardennes, évidemment. Des confréries se créèrent un peu partout. comme à Urville en 1679 5. La démarche des habitants de Wisches et de Netzenbach n'a donc rien de surprenant.

    D'après notre texte, il ne s'agit pas seulement de se protéger contre la rage mais aussi d'y remédier. Sans doute beaucoup de gens ou d'animaux avaient-ils été mordus pendant l'hiver 1720-1721, ce qui expliquerait le voeu, bien sûr, mais surtout l'anticipation de la cérémonie au 21 mars: le 3 novembre était encore loin, il fallait s'assurer les bonnes grâces du saint le plus vite possible!

    On peut remarquer que seuls sont concernés les gens de Wisches et de Netzenbach alors que à l'époque, la paroisse comportait encore Muhlbach et Lutzelhouse. L'église de ce dernier village avait d'ailleurs été centre de la paroisse avant de devenir annexe de celle de Wisches au XVIII°siècle6. On voit que Netzenbach n'a pas attendu 1976 pour agir de concert avec Wisches!7

    Ce qui parait curieux, c'est la mention de l'église saint Michel "sur la montagne". L'église romane du Haut de Wisches qui correspondrait à cette situation a de tout temps été consacrée à saint Antoine. L'église saint Michel ne s'est-elle pas toujours trouvée à son emplacement actuel? Car elle ne semble vraiment pas se trouver "sur la montagne"... Nous sommes incapables de répondre.

    Toujours est-il que le document de 1721 nous séduit parce qu'il nous donne l'origine d'une coutume toujours vivace. Aujourd'hui encore, à Wisches on célèbre solennellement la saint Hubert. La grand-messe prend un éclat particulier. Un couple offre le pain bénit - en l'occurence des kougelhofs  - qu'on distribue à l'assistance et qu'on porte à domicile aux personnes âgées ou malades. Et bien sûr, on désigne le couple qui assumera la fourniture du pain bénit l'année suivante.

    Oui, Wisches fête la saint Hubert, mais ne sait plus pourquoi. C'est tout de même une belle fidélité à la tradition que de conserver, au bout de deux siècles et demi, une coutume dont on a oublié le sens...

    En 1721, Pasteur n'était pas né, on ne gazait pas les terriers, on n'empoisonnait pas les renards: on ne voyait pas d'autre secours contre la rage que celui du saint spécialiste. Et c'est pour cela qu'à Wisches, cette année encore, on a mangé du kougelhopf après la messe de saint Hubert!
     

    Gérard et Marie-Thérèse FISCHER

    L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° ?
    1) Archives Départementales du Bas-Rhin, E 276. Tome 1.

    2) Fragment illisible
    3) La plupart des renseignements sur saint Hubert et son culte son tirés de "Vies des saints et des bienheureux selon l'ordre du calendrier avec l'historique des fêtes" RR.PP. Baudot et Chaussin, O.S.B. Tome X I, pp 102-106
    4) Les Quatorze Auxiliateurs sont les saintes Catherine, Barbe, Marguerite, et les saints Erasme, Eustache, Guy, Gilles, Blaise, Denis, Acacius, Pantatéon. Cyriaque, Georges et Christophe. Chacun a ses spécialités: tout le monde connais celle de saint Christophe! Saint Eustache, pour sa part, protège du feu de l'Enfer. Cf. Robert Guidat: "Guide iconographique à travers l'Alsace".
    5) Voir "Ils sont nos aïeux..." du chanoine André Laurent. pp. 174-179.
    6) Voir le "Handbuch der elsässischen Kirchen im Mittelalter", du chanoine Médard Barth.

    Règlement et statuts de la dévotion à St Hubert

    À lire à Vêpres après Magnificat, le jour de la solemnité de St Hubert

    Règlements et statuts de la dévotion à St Hubert,

    établis en la paroisse de Wisch le 21 Mars 1721

    Art. I. L'an 1721, le 21 Mars, les habitants de Wisch et de Netzenbach, assemblés en présence de Mr le curé Barthomé dans l'ancienne église de St Antoine ont fait voeu de garder à perpétuité la fête de St Hubert afin d'obtenir par son intercession la grâce d'être préservés et tout ce qui leur appartient, de la rage et de ses accidents, lequel voeu est bien réfléchi et plein de religion, ayant été solennellement fait et déclaré, en conséquence des malheurs et accidents arrivés dans ladite paroisse, qui causèrent de grands troubles et inquiétudes dans l'esprit des paroissiens.
    Art. II. On présentera un pain qui sera bénit à la messe solennelle pour ensuite être distribué aux assistants. Tous les confrères iront à l'offrande; cet usage sera exécuté et continué par leurs successeurs, en foi de quoi ils ont tous signé pour la validité de leurs promesses et engagements.
    Art. III. Ceux qui désireront se faire inscrire dans la Confrérie de St Hubert seront tenus de garder inviolablement les règles et statuts que ladite Confrérie propose.
    Art. IV. Ceux qui ne seront pas reconnus pour être de bonnes moeurs et de bonne conduite seront refusés.
    Art. V. Le jour que l'on se fera inscrire et recevoir dans ladite Confrérie, on sera obligé de se confesser et de communier, afin d'ôter tous les obstacles qui nous éloignent de la grâce de Dieu.
    Art. VI. Les quatre dimanches du quartier de St Hubert sont les deuxième dimanches de Janvier, Mars, Mai et Août. Les confrères doivent y aller à l'offrande comme en la fête de St Hubert. Ces cinq jours, on fait la procession avant la messe.
    Art. VII. Les confrères et consoeurs qui accompagnent le Tr. Saint Sacrement, étant dans la maison du malade, diront pour lui un Pater, un Ave et un Gloria Patri et ceux qui seront en état d'assister le malade de quelque aumône, selon leur faculté, seront invités de le faire.
    Art. VIII. Dès qu'un confrère ou consoeur sera décédé, les confrères seront avertis de s'y trouver, et on choisira parmi eux quatre pour porter le mort en l'église, le jour de la sépulture. Ils assisteront à l'enterrement, au service de ce jour et à celui qui sera recommandé pour le confrère défunt, ce dont les confrères ne pourront se dispenser sans motif légitime.
    Art. IX Les lendemain de la grande fête, on chantera une messe solennelle pour tous les défunts confrères et consoeurs, et les bienfaiteurs de la confrérie. Les confrères et consoeurs doivent y assister.
    Art. IX. On exhorte tous les confrères et consoeurs en général d'approcher des sacrements les jours de fête de la Confrérie, d'édifier par leur piété, par leur conduite, tous les fidèles de la paroisse et ceux du voisinage; que ce ne soit point par un esprit de vanité ni de présomption, mais par un esprit de religion, en vue d'obtenir les grâces et les miséricordes du Seigneur qui daigne répandre sur tous les confrères ses influences célestes, pour participer aux indulgences qui y sont attachées; que dans cette association, nous ne cherchions que de plaire à Dieu; que nous vivions les uns et les autres avec une telle charité et une telle union, qu'elle nous devienne à jamais méritoire pour la Gloire de Dieu et pour le salut de nous tous.

    Ainsi soit-il,

    Le voeu de célébrer la fête de St Hubert a été prononcé le 21 mars 1721.
    La Confrérie a été établie le 3 janvier 1770 .


    Les Membres de la Confrérie de Saint Hubert

    1951-1964  Abbé César Strohmeyer
      Madame et Monsieur
    1951 Vincent Carbonnel
    1952 Prosper Charlier
    1953 Germain Charton
    1954 Henri Ganier
    1955 Joseph Huck
    1956 Louis Jérôme
    1957 Camille Juillot
    1958 Joseph L'Hôte
    1959 Jacques Luiz
    1960 Paul Moser
    1961 Ernest Rodeghiero
    1962 Augustin Seel
    1963 Emile Weber
    1964 Joseph Paclet


    1964-1984 Abbé Jacques Piguenet 1965-novembre 1984 (décédé le 27/08/1992)
      Madame et Monsieur
    1965 Ferdinand Wurster
    1966 François Paclet
    1967 Pierre Jaeg
    1968 Bernard Richard
    1969 Paul Maurer
    1970 Charles Wietrich
    1971 Henri Melot
    1972 François Bouillon
    1973 Albert Weber
    1974 Maurice Maréchal
    1975 Fernand Fourché
    1976 Ernest Hietter
    1977 Jules Ferry
    1978 Jean Moser
    1979 Hubert Mehl
    1980 Roger Stouvenel
    1981 Léon Baret
    1982 Hubert L'Hôte
    1983 Louis Quéro
    1984 André Rodeghiero


    1985-1987  Abbé Jean Georges Bergantz
      Madame et Monsieur
    1985 Roland Claude
    1986 Hubert Trappler
    1987 Jean Soudière


    1988-1991  Abbé A. Adler
      Madame et Monsieur
    1988 Richard Munsch
    1989 Robert Guy
    1990 Joseph Hochstetter
    1991 Ernest Ohrel


    1992-1999  Abbé Jean Georges Bergantz
      Madame et Monsieur
    1992 André Ostwald
    1993 Claude Ferry
    1994 Carlos Leitao
    1995 Jacky Schmittenknecht
    1996 Armando Da Silva Naschimento
    1997 Bernard Dieffenbronn
    1998 Jean Ruffenach
    1999 Georges Alard


    2000 ->  Abbé Miroslaw Kula
      Madame et Monsieur
    2000 Alain Hubert
    2001 Ewald Roos
    2002 Guy Vaney

    juillot@in2p3.fr  Pierre JUILLOT
    I.P.H.C Strasbourg 

    L'orgue Stiehr de l'église Saint Michel de Wisches
    1859

    L'église St Michel de Wisches fut construite en deux phases: la tour, érigée en 1830, coûta 42 000 F; la nef et le coeur furent ajoutés entre 1836 et 1837 pour un montant de 65 000 F. L'église revint donc à 107 000 F.
    C'est en 1857 que le conseil municipal envisagea l'installation d'un orgue dans l'église. La construction de la tribune fut confiée à l'architecte Grijolot de Saint Dié pour la somme de 1900 F. Parallèlement, les Frères Stiehr travaillèrent sur le projet de construction de l'orgue dont ils fournirent un mémoire d'un montant de 10 180 F.
    L'instrument fut livré en août 1859, comme en atteste l'inscription suivante apposée par le facteur sur le ré grave de la contrebasse de 16' : "STIEHR Xavier à Seltz 1859 ".
    En 1870, à la suite d'une visite de Jeanpierre, facteur d'orgues à Rambervillers, le conseil municipal engagea par une délibération une somme de 3 000 F pour réparer l'orgue. La guerre de 1870 retarda quelque peu cette réparation qui, en réalité, consistait en un agrandissement de l'instrument. C'est en 1873 que les travaux furent réalisés pour une somme de 10 100 F par Jacquot, successeur et gendre de Jeanpierre.
    Le mérite de ce facteur fut d'agrandir l'orgue sans pour autant dénaturer son caractère romantique voulu par Xavier Stiehr. Sur le plan historique, il s'agit là des seuls travaux qu'a réalisés le facteur d'orgues vosgien sur un instrument alsacien. On peut remarquer que la pédale qui comptait à l'origine 18 marches fut portée à 30, mais qu'elle est restée à ce jour à 18.
    Le projet actuel de restauration prévoit de construire définitivement une pédale à 30 notes.
    Les travaux d'entretien de 1873 à nos jours n'ont pas été à la hauteur de la qualité de l'instrument. Il semble bien que l'intérêt porté par les responsables municipaux ou religieux fut pour le moins modeste, et ce, à partir de 1938. Jusqu'à cette date, on trouve trace de correspondances, délibérations et devis afférents à l'entretien de l'orgue.
    1968 marque un tournant dans son utilisation. L'achat d'un orgue électronique installé dans le choeur, pour permettre au curé de l'époque de diriger sa chorale, amenait la fin de l'utilisation du grand orgue qui, à défaut d'un entretien minimum, devenait définitivement muet. Le simple remplacement du ventilateur aurait permis de lui conserver sa voix.

    Composition de l'orgue

    I Le buffet

    Ce magnifique buffet en chêne massif date de 1859. Il est composé de 4 tourelles de grand orgue et de 2 tourelles pour le positif de dos.

    II Sommiers - Soufflerie - Transmission

    Deux réservoirs à plis superposés sont situés derrière l'orgue. Les sommiers sont de Stiehr pour le positif de dos, le grand orgue et la pédale. La transmission est de type "mécanique suspendue". Les machines Barker ont été installées par Jacquot derrière les claviers avec des soufflets verticaux.

    III La console

    Elle s'ouvre sur 3 claviers de 54 notes chacun. Les tirants de jeux sont de section carrée, les pommeaux sont ronds et recouverts de porcelaines. Le banc est dimensionné pour un pédalier de 30 notes, mais en réalité, les jeux de pédale ne s'étendent que sur 18 notes.

    IV La tuyauterie


    L'orgue Stiehr de Wisches se compose de 39 jeux.

    A Le positif de dos: 54 notes
    MONTRE 8' BOURDON 8' FLÛTE 8'
    SALICIONAL 8' DULCIANA 4' FLÛTE 4'
    FLAGEOLET 2' CROMORNE 8' HAUTBOIS 8'

    B Le grand orgue: 54 notes
    MONTRE 8' PRESTANT 4' CORNET 5 Rangs
    FLÛTE MAJEURE 8' BOURDON 16' BOURDON 8'
    GAMBE 8'  SALICIONAL 8' FUGARA 4'
    FLÛTE à cheminée 4' DOUBLETTE 2' FOURNITURE 4'
    TROMPETTE 8' CLAIRON 4'
    On trouve actuellement: BASSE : 24 notes - DESSUS: 30 notes

    C Récit: 54 notes
    FLÛTE harmonique 8' FLÛTE octaviante 4' GAMBE 8'
    VOIX céleste 8' CLARINETTE 8'  VOIX humaine 8'
    Jeu divisé en basse et dessus: BASSE: 24 notes - DESSUS: 30 notes

    D Pédale: 18 notes
    CONTREBASSE 16' SOUBASSE 16' FLÛTE 8'
    CONTRE BASSON 16' TROMPETTE 8' CLAIRON 4'
    GAMBE 8'

    Le diapason est à 440 Hertz.

    L'Action menée par la municipalité, avec l'aide de la Direction Régionale des Affaires culturelles, aboutissait le 2 avril 1997 au classement de l'orgue Stiehr de Wisches à l'inventaire des monuments historiques. Cette première étape permettait d'envisager sa restauration.
    La création de l'AROW (Association pour la Restauration des Orgues de Wisches ) mobilisait la population, offrant ainsi à cette association, reconnue d'utilité publique, la possibilité de participer à environ 50% de la part communale.
    Le budget prévisionnel est de 2 180 000 F T.T.C. En novembre 2000, le marché de restauration a été attribué à Nicolas Toussaint, facteur d'orgues à Nantes. Celui-ci, avec l'aide de M. Christian Lutz, technicien conseil, s'est engagé à livrer l'instrument restauré en octobre 2002.
    L'orgue Stiehr de Wisches, témoin du savoir-faire d'une époque ayant marqué la facture d'orgues alsacienne, va renaître. Il retrouvera sa voix et redeviendra l'un des plus beaux fleurons du patrimoine culturel et cultuel de la Vallée de la Bruche.


    Plaquette de l'AROW

    L'orgue historique Stiehr-Jaquot de l' église Saint-Michel de Wisches

    Le souffle retrouvé après 35 années de silence

    L'orgue Stiehr Frères de 1859

    L'histoire de l'orgue de Wisches est, à l'instar de celle de l'église paroissiale Saint Michel, assez singulière. La construction de l'édifice religieux abritant l'instrument s'est échelonnée sur une période de 10 ans, de 1830 à 1840, ceci sans compter les importantes modifications ultérieures à 1840. Un premier instrument fut mis en place par les frères Stiehr en 1859, puis, à peine quatorze ans plus tard, un agrandissement conséquent fut réalisé par Théodore Jaquot de Rambervillers.
    Dès 1841, la commune s'était préoccupée de la construction d'un instrument. Deux courriers des facteurs d'orgues Georges Wegmann de Strasbourg et Jean-Nicolas Jeanpierre attestent de ce projet avorté.
    C'est en 1857 que le conseil municipal décida officiellement en séance du 8 novembre, de «passer traité avec un facteur pour la fourniture d'un orgue dans l'église de Wisches pour une somme approximative de 10 000 f».
    La municipalité s'adressa aux frères Stiehr de Seltz. Nous ne pouvons dire si d'autres facteurs furent contactés à la même période.
    Cinq mois plus tard, le 8 avril 1858, les frères Stiehr écrivirent un courrier au maire: «c'est avec bien du plaisir que j'ai reçu votre lettre, annonçant l'approbation du traité pour l'orgue de l'autorité supérieure»
    Les frères Stiehr venaient de proposer un devis pour la construction d'un orgue à deux claviers et pédalier de 18 notes de 30 jeux.
    La municipalité engagea ensuite M. Grijolot, architecte à Saint Dié, pour faire le plan et le devis d'une tribune qui fut construite en 1859 pour la somme de 1900 francs.
    Toujours en 1859, les frères Stiehr présentèrent leur mémoire sur lequel il fut spécifié qu'un jeu avait été ajouté au «Manual» (Grand Orgue) pour une plus value de 180 francs.
    L'orgue fut livré dans les délais prévus le 17 septembre 1859. Ce même jour, lors de la réception des travaux, l'orgue fut examiné par les experts Dubois de Schirmeck, Liehrmann d'Illkirch - Graffenstaden et Eblé de Muhlbach, ce dernier ayant été choisi par M.M. Stiehr eux-mêmes.
    Le travail réalisé par les facteurs d'orgues de Seltz a donné lieu à des propos élogieux. Les experts formulèrent en fin de leur expertise de l'instrument des «Observations particulières»: «Il faut constater pour l'honneur de M. M. Stiehr, qui ont justifié une fois de plus la renommée qu'ils ont justement acquise par leurs efforts, que tous les jeux sans moindre observation, forment une réussite heureuse, et qu'en rendant un hommage particulier pour les gambes et les flûtes (souligné dans le texte), l'on est porté comme beaucoup d'autres juges à leur attribuer un mérite unique pour ces jeux.»
    Signalons enfin que la construction de l'orgue de Wisches s'est situé dans l'âge d'or de la maison Stiehr Frères, juste après l'érection des rands chefs d'oeuvre à trois claviers de Bischoffsheim (1848), Barr (1852), Riquewihr (1853) et un an avant l'instrument de Saint Etienne de Rosheim (1860).

    Les travaux d'agrandissement réalisés par Théodore Jaquot en 1873

    Il est difficile de trouver des raisons permettant de comprendre ce qui a poussé la municipalité à agrandir l'instrument si tôt après sa mise en service, et surtout, en s'adressant à un autre facteur d'orgue.
    Onze ans plus tard, alors que les Stiehr oeuvraient toujours en Alsace, la commune de Wisches contacta Jean-Nicolas Jeanpierre. Celui-ci n'était pas un inconnu dans la vallée de la Bruche. C'est lui qui avait réalisé l'orgue neuf de Russ en 1858 et c'est peut-être parce qu'on lui avait refusé le travail en 1859 à Wisches que maintenant on voulait faire appel à lui.
    Jeanpierre rédigea le 15 septembre 1869 un projet de restauration et d'agrandissement de l'orgue Stiehr.
    La guerre de 1870, déclarée le 19 juillet, empêcha de donner suite à l'affaire. Ce n'est ensuite qu'au début de 1873, alors que Wisch faisait désormais partie du Reich allemand dans le département de Basse Alsace, que Jeanpierre fut contacté comme en témoigne une lettre de M. Christophe, qui était à cette époque l'organiste de la paroisse: «Je vous attends dans les premiers jours de Mars et soyez sans inquiétude pour les choses dont vous aurez besoin (... ) A propos de la douane dont vous m'avez déjà parlé, je crois que vous ne paierez rien si votre ouvrage n'est point complètement achevé.»
    Les travaux furent rapidement exécutés comme en atteste l'extrait de compte rendu de la séance du conseil municipal du 22 avril 1873:
    «Séance du 22 avril 1873
    (...) Les travaux de Jean Pierre, facteur d'orgues à Rambervillers n'ayant pas été mis à exécution par suite des événements (...) le conseil municipal a consenti à ce que les réparations avec l'agrandissement de l'orgue soient exécutés et a voté au budget de 1873 la somme de 10 100 francs (...) Aujourd'hui tous les travaux sont terminés.»
    L'instrument, dont le projet initial date de 1869, coûta donc en tout 10 100 francs; 7100 francs pour le rajout du récit expressif (machine Barker incluse) et 3000 francs pour les réparations, transformations et mise au ton moderne de l'orgue.
    Sur le devis réalisé par Jeanpierre en 1869 figure un cor anglais qui fut remplacé par un basson.
    Il est fortement à supposer que le récit expressif et sa tuyauterie, terminés, attendirent un peu plus de trois ans dans l'atelier de Rambervillers avant leur transfert à Wisches.
    Le choix de la municipalité de donner du travail en 1873 à un facteur d'orgues français pourra être perçu comme un choix politico-culturel. En revanche, le magnifique ouvrage réalisé par Théodore Jaquot a permis l'agrandissement de l'instrument tout en respectant le travail effectué par les frères Stiehr. La composition originale de l'orgue fut conservée pour sauvegarder autant que possible l'authenticité historique. Le positif et la pédale ne furent pas modifiés dans leur composition et c'est uniquement dans le Grand Orgue que l'on peut trouver quelques tuyaux de Jaquot. Les tuyaux de basse du clairon 4' de Stiehr (24 notes) furent en effet échangés contre ceux de basse du basson 8' dans le récit (24 notes).
    Le rajout d'un récit expressif par Jaquot s'insère de manière originale dans l'histoire de l'orgue en Alsace. Wisches reste en effet à ce jour l'unique instrument réalisé en Alsace par ce facteur d'orgues vosgien.

    De la fin du XIX° siècle à l'abandon de l'instrument en 1968

    La première trace d'une intervention sur l'instrument date de 1881 lorsque le curé Wernert adressa une lettre à Jaquot: «Wisches le 3 mai 1881

    Monsieur Jacquot à Rambervillers,
    La bonne saison étant arrivée, voudriez-vous venir à Wisches pour accorder nos orgues qui en ont bien besoin. Votre présence est d'autant plus nécessaire que le nouvel organiste, alsacien d'origine, ne sait pas tous les jeux de notre orgue, mais est capable de les apprendre facilement sur vos indications (...)»
    L'entretien de l'instrument semble avoir été effectué régulièrement par Jaquot jusqu'à la fin du siècle. Puis le suivi de l'instrument semble avoir été décousu, la municipalité faisant appel à différents facteurs d'orgue.
    Le 8 mai 1896, Louis Mockers répara l'instrument pour un montant de 700 marks qui lui furent payés par Auguste Ganier, trésorier de la fabrique. En 1909, c'est Aloïse Lorentz, de Souffelweyersheim qui intervint sur l'instrument pour un montant de 600 marks.
    Puis on trouve à nouveau une intervention de Louis Mockers de Seltz en 1911 pour un montant de 480 marks. Les tuyaux de Montre du positif et du Grand Orgue furent réquisitionnés comme partout ailleurs en Alsace par les autorités allemandes en 1917 pour un poids total de 169,5 kg, évalués à cette époque à 1067,87 marks.
    La municipalité décida de réinstaller une façade neuve en 1925, elle engagea l'entreprise E.A. Roethinger (au détriment de Kriess, concurrent) pour l'installation d'une façade en étain 87% pour la somme de 7850 francs.
    La commune de Wisches engagea ensuite un procès contre l'état allemand en 1926 pour l'indemnisation des cloches et tuyaux réquisitionnés, procès qui aboutit à un dédommagement de 25 000 francs.
    En 1928, l'état de l'instrument se dégrada de manière inquiétante tant et si bien que la municipalité, envisageant des réparations, contacta Roethinger et Rickenbach pour rédiger des devis. Ces devis, heureusement jamais mis en oeuvre, auraient davantage conduit à une reconstruction qu'à une restauration, ceci en procédant à une pneumatisation de l'instrument et à d'importants changements de jeux. Rickenbach fut le seul à proposer dans un de ses trois devis une restauration dans l'état mais avec déplacement de l'instrument vers l'arrière de la tribune afin de donner davantage de place à la chorale.
    La dernière trace retrouvée d'une intervention sur l'instrument date de 1938. L'entreprise François Kriess fils, de Molsheim effectua un travail dont on ne connaît pas la teneur pour une somme de 7 939 francs.
    On ne sait plus rien de l'entretien de l'orgue de 1938 à 1968, date à laquelle il a cessé d'être joué.

    Les années 90 devaient annoncer la renaissance de l'instrument

    La création, le 28 mars 1996, de l'Association pour la Restauration de l'Orgue de Wisches (A.R.O.W.) a permis une avancée considérable du projet de restauration.
    La première récompense des démarches effectuées par l'association et la municipalité intervint le 2 avril 1997, lorsque l'instrument fut classé à l'inventaire des monuments historiques. Le 8 juin 1998, la commune de Wisches s'engageait à participer à hauteur de 35% du coût du financement du projet de restauration (la part de l'état étant de 40% et celle du Conseil Général du Bas-Rhin de 25%) Parallèlement, la collecte de fonds réalisée par l'A.R.O.W. permit de financer la moitié de la part communale.
    Le marché public fut attribué en novembre 2000 à la manufacture d'orgues de Nicolas Toussaint de Nantes pour un montant de 249.705 euros.
    La réception des travaux se déroula le 11 avril 2003 avec la contribution de Michel Chapuis, membre de la Commission Supérieure des Monuments Historiques auprès du Ministère de la Culture.
    Enfin, l'inauguration se fit en grandes pompes le 18 mai 2003. Une messe de bénédiction de l'orgue, présidée par Mgr Doré, archevêque de Strasbourg, fut célébrée le matin. L'après-midi, Daniel Roth titulaire de l'orgue de St Sulpice à Paris, donna un excellent concert inaugural.
    Le splendide orgue Stiehr-Jaquot de Wisches a retrouvé sa voix tout en renouant avec ses fonctions cultuelles et culturelles.
    Cet instrument qui fut réalisé par un facteur d'orgues alsacien et agrandi par un artisan vosgien est bien à l'image de la vallée de la Bruche, se trouvant au confluent de l'Alsace et des Vosges.
    Thierry HASSLER

    Essor n°198 juin 2003

    Bibliographie
    M. Barth, Elsass, «Das Land der Orgeln», Archives de l'Eglise d'Alsace 1965-66.
    P. Meyer-Siat, «Stiehr-Mockers», Archives de l'Eglise d'Alsace, Strasbourg 1972.
    Thierry Hassler, «L'orgue de Wisches», mémoire de maîtrise de musicologie soutenu le 12 octobre 1990 à l'Université des Sciences Humaines Strasbourg.

    Les graffitis sur l'orgue de Wisches


    graffiti sur l'orgue
    L'orgue comporte un grand nombre de graffitis tracés par les jeunes gens de Wisches qui l'actionnaient manuellement avant son automatisation.

    J'y ai bien entendu sélectionné le graffiti ci-contre, tracé
    Juillot
    Camille
    26 6 1927



    Les orgues et l'organiste...

    En ces temps heureux où le trois claviers-pédalier de Wisches a retrouvé sa voix, nous avons retrouvé traces d'un musicien de jadis qui tint cet orgue pendant plus de trente ans. Tout aussi fidèle fut son collègue de Hersbach, monsieur Ernest Lenhardt.
    Souhaitons à l'instrument restauré de Wisches des organistes de cette constance.
    Pierre Hutt

    WISCHES - Nécrologie - C'était dimanche dernier après-midi qu'une foule nombreuse et sympathique a accompagné à sa dernière demeure à Rosheim, M. M. Nonnenmacher, instituteur en retraite depuis un an et âgé de 66 ans. C'est en septembre 1927 que M. Nonnenmacher a quitté Wisches où il a exercé les fonctions de directeur d'école et d'organiste pendant plus de 30 années. La fatigue des cordes vocales, suivie d'une extinction de voir avait décidé M. Nonnenmacher à se retirer dans sa propriété à Rosheim pour jouir d'une retraite bien méritée.
    Tous ceux qui ont connu M. Nonnenmacher ont admiré sa franchise et sa droiture. D'une courtoisie sans pareille, il a réservé bon accueil à tous ceux qui l'ont approché.
    Beaucoup de ses collègues de la Haute-Vallée de la Bruche regrettent de n'avoir pu assister à ses obsèques, étant retenus à Schirmeck pour la réception de M. Poincaré.
    Nous exprimons à la famille éprouvée nos plus sincères condoléances.

    Courrier de la Bruche 27 octobre 1928

    HERSBACH - Concert - Le Dimanche de Pâques restera un jour mémorable dans les annales de Hersbach. Pour la première fois, depuis son origine, la Société Chorale a donné un concert. La population l'avait honorée de sa présence nombreuse. D'autre part la société, si jeune encore, avait émis toutes ses forces pour mériter par ses représentations la digne sympathie que lui apportait l'auditoire.
    Le programme variait agréablement et tout assistant pouvait se rendre compte de la valeur individuelle et générale de la société. Les quatre choeurs, sous la direction minutieuse de M. Lenhardt, instituteur, furent exécutés avec goût et exactitude.

    Courrier de la Bruche 03 mai 1924

    WISCHES - Conseil municipal, Séance du 13 mars 1928 - Le Conseil décide l'installation d'une soufflerie électrique à l'orgue de Wisches par la maison E. A. Roethinger de Strasbourg et prévoit à cet effet un crédit de 5.000 frs.

    Courrier de la Bruche 24 mars 1928

    juillot@in2p3.fr  Retour Pierre JUILLOT
    I.P.H.C Strasbourg 

    François Joseph Drouot, dit Lamarche

    François Joseph Drouot, dit Lamarche portrait

    baptisé le 14 juillet 1733 à Wisches.
    Général d'armée, commandeur de la Légion d'Honneur.
    Entré en service comme dragon au régiment de Frise (4 janvier 1751),
    sous officier (1758),
    sous lieutenant en second dans le régiment Camp Fort Dragon (1 janvier 1760),
    lieutenant en 1er au dit régiment (14 mars 1761),
    capitaine en second au dit régiment (13 septembre 1761),
    capitaine commandant les volontaires étranger de Wecronser (1 février 1762),
    capitaine commandant dans la Légion de Conflant (6 septembre 1771),
    capitaine commandant dans le Régiment du colonel général des Hussards (9 septembre 1783) :
    "De par le Roy, Sa Majesté ordonne au sieur Joseph Drouot de la Marche, capitaine commandant d'une compagnie dans le régiment de hussars de conflans de quitter ledit régiment et de passer incessamment à la charge de capitaine commandant de la compagnie générale du régiment du colonel général; hussards créé par son ordonnance du 31 juillet 1783 pour y servir dorénavant, en ladite qualité. Mande et ordonne, Sa Majesté, à tous qu'il appartiendra de la recevoir et faire connoitre en la dite qualité, fait à Versailles le 9 septembre 1783, signé Louis, et Maréchal de Ségur"),
    Major au régiment de Conflans Hussards (15 février 1784),
    lieutenant colonel au régiment du colonel général des Hussards (1 mars 1784),
    général des Hussards (1 mars 1784),
    colonel au dit régiment des Hussards (25 juillet 1791),
    maréchal de camp (16 octobre 1792),
    général de division (8 mars 1793),
    lettre de commandant comme général en chef d'armée (11 avril 1793), suspendu arbitrairement (30 juillet 1793).
    Le 14 nivose an  II ne percevant pas sa pension, il écrit au ministre de la guerre:
    "Épinal le 14 nivose an II de la République une et indivisible,
    le général de division Lamarche, au citoyen ministre de la guerre, je t'envoie cy joints, citoyen ministre, les différens brevets que j'ai recus signés des tirans, celui de colonel manque, je l'ai remis dans le tems au détaille du 4e régiment d'hussard que je commandois ayant esté nécessaire pour la revue du commissaire des guerres. J'écris au quartier maître de ce régiment et je le prie de te l'adresser directement. Ceux de général de brigade et de division sont de la République. Je pense que tes grandes et interessantes occupations ne te permettent pas de régler les pensions de retraite, j'ose cependant te prier de te rappeller d'un sexagénaire qui est continuellement incommodé, chargé de famille et sans fortune, et de bien vouloir me faire obtenir ma pension de retraite ou en attendant une pension alimentaire, je t'ai envoié à cet effet mon état de service dans les premiers jours du mois d'aoust dernier, conformément à la demande que tu m'en a faite," signé Lamarche.
    Le 26 nivose an III, les administrateurs du district d'Épinal lui délivrent un certificat de non émigration:
    "Nous administrateurs du District d'Épinal, attestons que le citoyen Joseph Drouot connu sous le nom de Lamarche, ci devant général de division résidant à Épinal n'est pas compris dans la liste des parents d'émigrés déclarés suspects par la loi et qu'il n'a point été et n'est pas compris sur aucune liste d'émigrés déposées au secrétariat de l'administration de ce district et que ses biens n'ont point été et ne sont point en séquestre, Épinal, en séance publique, ce vingt six nivose an 3 de la République une et indivisible".
    Brevet de retraire en date du 12 brumaire an IV.
    Le 1er Thermidor an VII, le citoyen Drouot Lamarche, ci devant général de division, demande au ministre de
    la guerre de faire convertir sa pension de retraite en réforme:
    "Épinal le 1er Thermidor VII,
    Joseph Drouot Lamarche, né à Viche, département des Vosges le 14 juillet 1733, résidant à Épinal, a commencé à servir le 4 janvier 1751, est parvenu au grade de général en chef des armées du nord et des Ardennes après avoir passé par tous les grades depuis celui de simple dragon. Un brevet du 12 Brumaire an IV lui accorde une retraite de 5 453 F. II en a été payé en papier, monnoye ou assignats jusqu'au 1er Messidor même année et depuis ce moment il n'a presque rien touché. Accablé d'infirmité, criblé de blessures, dénué de ressources, chargé de famille, écrasé sous le poids de la plus grande misère, forcé de recourir à  l'humanité, au coeur bienfaisant et généreux de quelques citoyens honnêtes qui lui conservent leur estime, par le souvenir du service qu'il a rendu à sa patrie, il prie le citoyen ministre de la guerre de faire convertir sa pension de retraite dont il n'est pas payé, en réforme de son grade de général de division et de lui faire solder l'arriéré qui lui est du. Dans l'état déplorable d'abandon et d'isolement ou se trouve le soussigné, il a l'honneur d'observer au ministre de la guerre que depuis sa retraite il s'est occupé d'acquérir la connaissance des loix et que son âge et ses facultés lui permettent encore de désirer d'être employé au conseil de guerre ou de révision d'une division territoriale. Il s'en rapporte à cet égard à la décision du ministre et l'assure de son zèle ardent à servir la République à la quelle il a toujours été et sera constamment dévoué", signé Joseph Drouot Lamarche.
    Réintégré en qualité de général de division, comme chef de la 9ème demi-brigade de vétérans en activité par arrêté du consul (7 thermidor an 8).
    De Paris, le 15 septembre 1807 la Maréchal Ney écrit à Son Excellence Monsieur le Général Clarke, ministre de la guerre : "Excellence, le général Lamarche, commandant la 9 1/2 brigade de vétérans désire obtenir sa retraite que ses infirmités lui rendent nécessaire. Je m'intéresse bien vivement à ce brave général qui a servi avec une rare distinction dans les premières campagnes. Je prie votre Excellence de vouloir bien faire statuer d'une manière favorable sur cette demande...".
    Membre de la Légion d'honneur (an XII),
    Commandant de la Légion d'honneur (26 prairial XII).
    Il a fait les campagnes de 1758 et 1759 comme sous officier et celles de 1760, 1761 et 1762 comme officier. Il a reçu le 19 septembre 1760 un coup de sabre à la main droite dans une affaire avec le caporal de Scheider et le 30 août 1762 a reçu près de Maum un coup de feu à travers la poitrine qui lui a cassé deux côtes et lui a offensé un poumon. A fait les campagnes de la République française de 1792 et 1793.
    Il épouse Marie Madeleine Cheybler Martzloff. Dans un courrier adressé le 23 mai 1808, elle précise:"... je suis séparé de corps d'avec mon époux depuis 17 ans... J'ajoute que je suis mère de 10 enfants que j'ai tous alaiter, nourrit et fait éduquer, il est vrai étant chez mes père et mère qui m'ont huit ans avant leur mort donné par contrat pour 300 000 livres de biens consistant en 6 maisons à Strasbourg lesquelles ont été vendues depuis par mon époux...".
    Le 6 août 1808, elle écrit de Paris : "Marie Madeleine Cheybler Martzloff épouse séparée de corps de François Joseph Drouot de la Marche, général de la neuvième division des vétérants en activité de service à Sarre libre, département du Bas Rhin, depuis 17 ans, à Monsieur L. Prevost, s(ous) inspecteur aux revues et chef de la 1er division du Ministère de la Guerre.
    Monsieur aussi sensible que reconnaissante de vos soins, bon souvenir et intérêts que vous témoignez par votre lettre du 1er de ce mois reçue le 2, à une veuve et à des orphelins qui en seront à jamais reconnaissants, je m'empresse de vous transmettre toute la satisfaction et le plaisir que nous aurons du report que nous vous devrons. Je dois néanmoins vous observez que j'attends depuis six mois. Recevez, je vous prie, Monsieur, l'assurance de toute ma gratitude et des sentiments que vous m'inspirez. Paris le 6 août 1808. Mde Delamarche, Née Martztoff, de Strasbourg. Adresse : maison de M. l'abbé Carbonnier, chanoine à St Merry, cloître Saint Merry n°20 à Paris".

    10 enfants survivants dont:
    1. François Joseph Dagobert, né à Saint Louis de Strasbourg le 22 décembre 1774  (François Kayser "capitaneum et militaris ordinatoris adjutorem in supra dicta legione - legione nominata De Confland" pour Jean Pierre Martzloff Marie Barbe Martzloff).
    Hussard admis à la solde au IVe régiment alors régiment colonel général des Hussards (11 octobre 1788), sous lieutenant audit régiment (31 mai 1789), lieutenant au dit régiment (17 juin 1792), capitaine (10 août 1792), prisonnier de guerre (11 floréal II), rentré au corps (14 messidor an II), il est alors capitaine des gardes du général en chef de Saint Domingue. Chevalier d'Empire par lettres patentes du 29 août 1810 avec donation sur le Trasimène d'une rente de 2000 francs le 19 mars 1808. Il est capitaine de cavalerie en 1810. Chef d'escadron au 2e régiment de hussards en cantonnement à Wustermark et chevalier d'Empire. Commandeur de la Légion d'Honneur. II fut blessé à la jambe gauche par son étrier cassé d'un éclat d'obus à la bataille de Warwinder le 18 mars 1793. Il fait les campagnes suivantes
     
    années armées   généraux en chef
    1792  La Fayette  La Fayette
    1792  Dumouriez  Dumouriez
    1792 des Ardennes Valence
    1793 des Ardennes Valence
    1793   du Nord Dampière, Custine, Lamarche, Pichegru
    an II Nord et Sambre et Meuse Pichegru, Jourdan
    ans III, IV, V Sambre et Meuse Jourdan
    an VI Mayence Augereau, Joubert
    an VII  du Danube  Jourdan
    ans VIII, IX du Rhin Moreau
    an XI du Hanovre Mortier
    an XII idem Mortier, Bernadotte
    an XIII idem Bernadotte

    Ancien colonel de cavalerie légère, il se retire à Strasbourg. Décédé à Sarrebourg le 18 mai 1814.
    Il épouse Séraphine Françoise Hego ou Egot, décédée à Mantes le 30 août 1816, dont:
    Marie Françoise Louise, née à Cambrai le 24 frimaire an XI. Elle épouse à Marlenheim, le 8 décembre 1836 Jacob Charles Aristide Jean Baptiste Alexandre, né à Strasbourg le 15 mai 1782, veuf de Pauline Agnès Laurent, fils de Jacob Aristide Gabriel Alexandre, décédé à Strasbourg le 28 janvier 1811 et de Jeanne Madeleine Regimont, décédée à Marlenheim le 22 avril 1825.
    Avant mariage elle eut probablement de lui

    1. Caroline Françoise Drouot Lamarche, née à Marlenheim le 9 septembre 1826 - décédé à Marlenheim le 15 avril 1830;
    2. Charles Jean Baptiste Aristide Gabriel Alexandre Drouot Lamarche, né à Marlenheim le 13 mai 1828 ;
    3. Gabriel Charles Louis Drouot Lamarche, né à Marlenheim le 10 septembre 1829 ;
    4. Louis Auguste Drouot Lamarche, né à Marlenheim le 21 juillet 1832 décédé à Marlenheim le 16 mars 1837.

    2. Charles Antoine, baptisé à Wisches le 25 octobre 1777 (Jacques François Faul - Catherine Martzloff, fille de Pierre et de Marie Madeleine Scheiblerin). Son père est dit "centurion à la Légion de Conflan".

    3. Marie Victoire Henrica, décédée à Wisches le 13 juin 1777. Son père est dit "de la légion équestre de conflan dite centurione".

    4. Ne, épouse de Charles Joseph Soller, né à Wisches - décédé le 4 avril 1833 à Schirmeck, créateur des papeteries Wisch.
    Les forges de Framont en Principauté de Salm sous la famille Mus (1657-1757)
    de Philippe Roussel
    Editions Christian, 14 rue Littré, 75006 Paris (2001)
    Notes pages 176-180

    Sources :
    1) Cercle Généalogique d'Alsace n°9 et 16,
    2) Dictionnaire Historique et Biographique de la Révolution et de l'Empire par le Docteur Robinet,
    3) Noblesse:. 1er Empire et de la Restauration par Révérend: article Drouhot Lamarche,
    5 Mémoires de Louis Philippe Tome 11, Edition Plon,
    6) Archives Administratives des, Armées, Château de Vincennes - Dossiers militaires de François Joseph Drouot.,la Marche, général de division, et de son fils François Joseph Dagobert Drouot de la Marche,
    7) Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables - Tome DES-DUG, page 250, Evreux 1915,
    8) Registres paroissiaux, a) M. Jean Émile Tolle

    LAMARCHE (François-Joseph DROUOT) dit

    Maréchal de Camp en 1792
    Général de division en 1793
    Chevalier de l'Ordre Royal de Saint Louis
    Commandant de la Légion d'Honneur en 1804
     

    né à Wisches (paroisse de Lutzelhouse) le 14 juillet 1733
    mort à Sarrebourg (Moselle) le 18 mai 1814
    Fils de Joseph Drouot et de Marie Sponne; époux de Marie Madeleine Cheybler Martzhoff, dont il eut dix enfants

  • Dragon au régiment de Frieze, 4 janvier 1751
  • servit à l'armée d'Allemagne de 1757 à 1762
  • bas-officier, 9 mai 1757
  • lieutenant dans la compagnie franche du capitaine Cambefort, 1° janvier 1760
  • blessé d'un coup de sabre à la main droite, 19 septembre 1760
  • lieutenant en pied, 14 mars 1761
  • capitaine en 2°, 3 septembre 1761
  • capitaine commandant aux dragons du corps de volontaires étrangers de Wurmser, 1° janvier 1762
  • blessé à la poitrine d'un coup de feu qui lui cassa 2 côtes et lésa une partie des poumons au combat de Nauenheim, 30 août 1762
  • capitaine de hussards à la légion de Conflans, 6 novembre 1771
  • capitaine commandant au régiment Colonel général des hussards (devenu en 1791 5° hussards) 1° mars 1784
  • colonel commandant le 5° Régiment de Hussards, 25 juillet 1791
  • à l'armée du Nord, 1792
  • sous Dillon, 29 août 1792
  • maréchal de camp provisoire, 10 octobre 1792
  • sous Valence à l'armée des Ardennes en novembre 1792
  • servit à l'attaque du château de Namur, 1° décembre
  • confirmé maréchal de camp par le conseil provisoire exécutif, 3 février 1793
  • lieutenant général, 8 mars 1793
  • commande l'avant-garde du général Dumouriez en Belgique, 14 mars 1793
  • servit à Tirlemont, 15 mars 1793
  • à Neerwinden, 18 mars 1793
  • quitta le commandement de l'avant-garde et se rendit à Douai sur l'ordre de Dumouriez, 23 mars 1793
  • commandant en chef l'armée des Ardennes à la place de Valence, mais subordonné à Dampierre, 11 avril 1793
  • servit au combat du 2 mai près de Valenciennes
  • confirmé dans son commandement de l'armée des Ardennes par le conseil provisoire exécutif, 24 avril 1793
  • nommé provisoirement par les représentants du peuple Lequinio et Cochon, commandant en chef de l'armée du Nord et des Ardennes à la place de Dampierre, 8 mai 1793
  • évacua le camp de Famars, 23 mai
  • commandant une division sous Custine à l'armée du Nord, 27 mai
  • suspendu de ses fonctions par Levasseur, 28 juillet 1793, et décrété d'arrestation
  • mis en liberté, 11 août 1793; il est réintégré général de division
  • en retraite le 30 juillet 1793 après 42 ans et 6 mois de service

  • il se retire à Epinal
  • relevé de sa suspension et autorisé à prendre sa retraite, 11 février 1795
  • commandant la 9° demi-brigade de vétérans, 2 novembre 1800
  • à la retraite, 17 octobre 1807

  • Le nom du général Lamarche est inscrit du côté Nord de l'Arc de Triomphe de l'Etoile:

    Le nom du Général Lamarche sur l'Arc de Triomphe

    Georges SIX : "Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français de la Révolution et de l'Empire" (1792-1814)
    Dictionnaire de Biographie Alsacienne n° 1
    Archives du Service Historique de l'Armée de Terre à Vincennes Six Sitzmann III, 32 

     
    juillot@in2p3.fr  Pierre JUILLOT
    I.P.H.C Strasbourg 

    Les Malins de Wisches

    Je vais vous raconter une histoire, l'histoire de deux villages. Les bêtes de Russ et les malins de Wisches.

    Il y a déjà bien, bien longtemps. C'était au début qu'on parlait de l'hygiène, qu'il fallait se laver, se baigner. Alors le préfet avait fait parvenir des circulaires dans les mairies. Le maire et ses conseillers devaient donner le bon exemple et aller se baigner en public pour que les gens les voient. À Russ, quand le maire a eu cette feuille-là, il a envoyé son conseil et il a dit: «Voilà, il faudrait quand même y aller, il faudrait aller se baigner». Il y en avait un qui ne voulait pas, il disait que la sage-femme les avait baignés en venant au monde et les avait lavés pour le reste de la vie.

    Mais enfin le maire a quand même réussi à les convaincre. Il a dit: «Dimanche prochain, après la petite messe, chacun prendra un essuie-mains et un bout de savon, et puis comme ça le village verra que l'on doit se baigner». Mais où? Eh bien, à la Bruche. Il n'y a pas d'autre ruisseau, ici. Alors le dimanche matin, ma foi, toute l'équipe y alla. Entre Steinbach et Russ, Steinbach est une annexe de Russ; là, la Bruche est assez calme. Et puis, ma foi, quand ils y sont arrivés, il y en a un qui a mis son petit doigt dans l'eau. Bien sûr, c'était au mois de mai, mais l'eau n'était pas chaude. Il a dit: «Bon sang qué pas chaud là...» Un autre a dit: «J'ai un champ de luzerne pas loin d'ici, tout près d'ici». «Un champ de luzerne?». «On pourrait se baigner dans la luzerne, y'a encore la rosée du matin. On serait quitte de se noyer et ça irait aussi». Le maire lui a dit: «T'as une bonne idée».

    Alors ma foi, ils ont été voir le champ de luzerne. Puis ils se sont déshabillés et ont fait semblant de nager là-dedans. Alors le maire a dit: «Quand je sifflerai, ce sera le rassemblement». Au bout d'un certain temps, quand il a pensé que ça suffisait, il a sifflé et ils se sont rassemblés. Alors le maire a dit: «Je dois vous compter pour voir s'il n'y en a pas un qui manque». Il a commencé à compter: «Moi et toi, un deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix». «Ah mais, qu'y dit, il en manque deux?». Il a recommencé: «Moi, toi, un, deux, trois...» Il a encore une fois recommencé: «Moi, toi, un, deux, trois, quatre, cinq... dix». «Bon sang, qu'y dit, y'en a deux de noyés».

    Alors un de Wisches qui passait par là, sur le chemin des champs et qui avait vu ce cirque, dit au maire: «Ton système de compte, moi et toi, un, ce n'est pas juste». «Eh ben, dit l'autre, comment qu'y faut faire?» Y'avait une bouse de vache toute fraîche sur le chemin des champs. L'autre a dit: «Que chacun trempe son nez dans la bouse de vache. Après vous compterez les trous, et vous verrez, ce sera juste». «Tu crois?» «Oui». Eh ben, y'ont fait. Chacun a trempé le nez dans la bouse (vous n'avez pas besoin de vous essayez le nez comme ça en me lisant !). Alors, ma foi, le maire a compté les trous: «Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze». «C'est juste», qu'y dit. Alors quand celui de Wisches est rentré au village, il a raconté l'histoire et il a dit: «Les bêtes de Russ! » Les "Russ", de leur côté, ont dit: «Les "Wisches", ça c'est des malins!».

    Rappelons que Wisches est situé à la frontière linguistique. A l'entrée de cette commune une pancarte affichait jusqu'en 1939: «Ici commence le pays de la liberté».


    L'Alsace Comptée. Mythes et Récits des Vallées Vosgiennes
    Editions Gérard Klopp, Thionville Strasbourg (1986)

    à présent, je ne peux pas ne pas donner la parole aux gens de Russ:

    de Dorothée Longhi,
    ... étant de Russ, j'ai une autre version de l'histoire des "bêtes de Russ" qui serait dûe, d'après ma grand mère, au fait que les animaux des gens de Russ étaient les plus beaux de la vallée!


    juillot@in2p3.fr Pierre JUILLOT
    I.P.H.C Strasbourg

    Une croix à Wisches

    Environs de WISCHES
    - Netzenbach - 1812 -
    La plus émouvante des croix se trouve au bord de la route nationale, à la sortie de Wisches vers Lutzelhouse, 200 mètres environ après le pont sur le ruisseau, à gauche.
    L'inscription, longue et détaillée, est en allemand1)  et s'effrite actuellement à certains endroits. Elle est d'un style maladroit et difficile à traduire si l'on veut lui conserver son côté gauche et touchant. «En l'honneur de l'amère souffrance et mort de Jésus Christ ont fait faire la croix les époux bourgeois Joseph Gross et Marguerite Oberry de Muhlbach à cause de leur fils Joseph Gross célibataire âgé de 19 ans et ici à l'emplacement de la croix par plusieurs coups de couteau le 16 octobre 1811 a perdu sa vie et nous implorons chaque chrétien de prier pour son âme un Notre Père ô vous chrétiens tous ensemble contemple ce lieu près de Netzenbach ici j'ai dû laisser ma jeune vie la croix est érigée en l'an de Christ le 21 mars 1812».
    La victime de ce malheureux fait divers était née le 24 février 1792 à Muhlbach sur Bruche. Son parrain s'appelait François Alex Luz (Lutz) fils unique de J. Michel Luz et Marie Schaffet. Sa marraine fut Anne Ursule Eigel, fille unique de Jacques Eigel et Marie Madeleine Wiant2).
    «Le décès [du jeune homme] est constaté par procès-verbal d'Alexis Mayer officier de police en date du 13. 10. 1811 et par lui adressé à l'officier d'état civil qui a rédigé, sur ledit décès, le présent acte qu'il a signé»3). Il ne nous a pas été possible de retrouver ce procès-verbal, qui nous aurait éclairé davantage sur cet «accident».
    Mais l'on comprendra peut-être mieux la douleur des parents quand l'on saura qu'ils n'ont eu ce fils unique qu'au bout de seize années de mariage. En effet, Joseph, fils de Martin Gross (+) et de Marguerite Eigel, de Muhlbach, a épousé le 20 mai 1776 à Russ Marguerite Aubry, fille de Nicolas Aubry (+) et Marguerite André, de Russ.
    La mère éplorée est décédée le 14 octobre 1822 à Muhlbach, le père le 2 janvier 1828 au même lieu 4).
    À la lecture des différents documents, nous pouvons remarquer une fois de plus l'extrême variabilité de l'orthographe des noms propres 5), surtout des noms de famille; ainsi celui de l'épouse s'écrit indifféremment, selon les actes, AUBRY, OBRY ou OBERRY.
    L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° 90 (Noel 1975)
    (1) Le ruisseau de Netzenbach servait longtemps de frontière administrative. Voir à ce sujet A. Kientzler: «Le Bailliage épiscopal de Schirmeck» Ce fait explique peut-être la langue allemande employée dans l'inscription.

    (2) Registre des naissances de 1792, en latin, conservé à la mairie de MUHLBACH-SUR-BRUCHE et aimablement communiqué par M. Lorber, secrétaire.
    (3) Registre conservé à la mairie de Lutzelhouse.
    (4) ABR 4 E 306.
    (5) NETZEPAR pour NETZENBACH.
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    I.P.H.C Strasbourg 

    Noms de ruisseaux et de scieries dans les environs de Wisches

    «Les scieries occupent, en général, des endroits très pittoresques et ne manquent pas elles-mêmes d'un certain charme poétique, avec leurs eaux qui grondent dans des conduits, avec leurs roues éplorées, avec leurs toits qui fument au milieu de la verdure. Elles sont toujours placées près d'un torrent loin des villages et hameaux. [..]. On ne le laisse chômer ni les fêtes, ni les dimanches, ni le jour, ni la nuit. Deux hommes se relaient pour lui fournir sa proie. Son bruit monotone se mêle au grave murmure de l'onde sauvage, qui écume parmi les rochers, aux symphonies des bois, aux lamentables clameurs de l'épervier, de la buse et du mitan. Dès que l'ombre enveloppe les montagnes, la lampe des scieries projette ses rayons à travers les rameaux, comme un phare conducteur, comme une étoile propice allumée dans le désert pour les voyageurs égarés 1. »

    Cette courte et suggestive description date de l'année 1857. Elle permet au lecteur de faire un retour en arrière de plus d'un siècle; il lui faut imaginer l'activité humaine intense de la Vallée de la Bruche, celle de la vallée principale mais aussi celle des petites vallées latérales formées par les affluents de la Bruche, de la Sarre et de la Moselle.
    Tout concourait autrefois à rendre actifs nos vallons. On utilisait les chemins, les gués et les ponts pour circuler, rentrer le foin des prairies riveraines, sortir des forêts ce qu'on y trouvait: la chaux, la tourbe, la pierre mais surtout le bois de chauffage et de construction.
    Le véritable moteur de nos vallées restait toutefois l'eau, l'irremplaçable force motrice de nos Vosges, abondante et gratuite.
    Au début du XIX° siècle, les grandes "fabriques" textiles utilisaient principalement l'eau de la Bruche soit directement, soit au moyen d'un canal d'amenée. Mais bien auparavant déjà, l'homme s'était installé le long des ruisseaux et les petits établissements, mûs par la force hydraulique, tournaient souvent jour et nuit - comme le rappelait Alfred Michiels: il s'agissait des papeteries, des moulins à farine, à huile ou à chanvre, mais surtout des scieries.

    Faire revivre l'espace d'un instant quelques unes de ces scieries de vallées à la fois par le texte et la carte, tel est le modeste dessein de cette étude. Nous vous proposons celles situées le long du ruisseau du Netzenbach, ancienne et importante voie de pénétration en direction du massif vosgien.
    Mais avant d'aborder ce sujet, il importe de refaire - pour mémoire - une petite leçon de géographie locale et repérer, pour mieux les connaître, les nombreux ruisseaux et ruisselets du bassin du Netzenbach.

    I. Les ruisseaux et leur noms dans le temps

    A. La rivière du Netzenbach


    La première mention de cette voie d'eau remonte à l'année 816 2 sous le nom de UUICHIA 3 : c'est assurément un des premiers noms propres connus du bassin de la Bruche. Le ruisseau est ainsi décrit dans un texte de 1650: une eau, appelée le Wichbach, tire son origine de deux vallées différentes, l'une s'appelant le grand, l'autre le petit Wichbach qui se rassemblent rapidement; ce ruisseau descend la vallée, traverse le petit village de Netzenbach et se jette dans la Bruche 4. À partir du début du XVIII° siècle, le nom de ces ruisseaux change. Le cours supérieur se dénomme Seyblochthal en 1760 5. Dix années plus tard, sa source devient sur un plan ancien la source de la Corrière du nom d'un canton forestier voisin qui avait fait l'objet de contestations entre l'Evêque de Strasbourg et la Communauté de Wisches. Cette partie de son cours s'appelait également ruisseau de la Corrière 7; c'est aujourd'hui le Langenthal 8.
    Le ruisseau semble prendre en aval le nom du premier de ses affluents de la rive droite, la Grande Basse de Wisches 9. Enfin, un nouveau glissement s'opère en 1858 avec la Grande Basse dit aussi de Netzembach 10 ou plus simplement ruisseau de Wisches 11. C'est aujourd'hui le Netzenbach.

    B. Les affluents de la rive droite


    a) La Grande Basse
    Evoquée plus haut, elle semble avoir également porté à la fin du siècle dernier le nom de Basse du Ritre12. C'est le Grossbachthal de la carte d'Etat-Major de 1882.
    b) La Basse Schneider Le nom actuel est peut-être récent; en 1750, il est simplement mentionné un ruisseau flottable qui prend sa source au pied du Colbery [aujourd'hui Kohlberg]13
     c) La Basse Sagard
    Cette appellation, dont on ne connaît pas de formes anciennes, est très évocatrice des activités forestières d'autrefois.
    d) Le Schoenbruch
    Le nom rappelle sans doute le souvenir d'un ancien village disparu qui apparaît en 1366 lors de la vente de la Vallée de la Bruche 14 mais est encore attesté en 1516 15. Le village se serait aussi appelé Schoenenbruch ou Schoenenbrunn (?) 16. En 1750, le nom, sans doute mal assimilé par un greffier français, est devenu Chaimbruck 17 et même Chanfenèque 18, enfin - plus récemment - Schenbruck 19.
    e) Le Tiefenbach
    Le ruisseau du tiefenpach prend sa source au pied de la montagne de la Cote brulée 20 [aujourd'hui Gemery].

    C. Les affluents de la rive gauche


    a) La Basse des Corbeaux
    Ce nom a subi bien des fluctuations. En 1750, apparaît celui de Basse desgro 21 - mais est-ce une forme ancienne? Sur des documents plus récents, on lit Krappenthal en 1882 22 et Krabbenthabächel en 1901 23.
    b) La Rudebasse
    Ce nom est donné par la carte d'Etat-Major de 1882. On l'aurait aussi prononcé Reebaes 24.
    c) Le Petit Wisches
    Il s'agit du principal affluent du Netzenbach: ce ruisseau est au pied de la montagne nommé le hasensprung 25 dit le texte de 1750. En 1760, il est appelé Kleinwich 26 voire même, à la française, Clain Viche 27.
    d) La Basse du Canal
    Son nom apparaît déjà dans le Plan de finage de Lutzelhouse de 1760.
    e) La Basse du Chaudrion
    Le Chaudrionbächel 28 rejoint le Netzenbach à la hauteur de la carrière dite "La Bergerie".
    f) La Basse Claudon
    En 1760 encore, il répondait au nom germanique ancien de Im Küttelbach 30.
    g) La Bassotte
    Le terme actuel semble également récent. Le nom ancien, Im hoch lägert Thal 31, a entièrement disparu.

    Après cette énumération, tournons à présent nos regards vers le fond de ces vallées pour aborder ensemble l'étude des scieries. Cinq établissements dont quatre sur le cours du Netzenbach montrent l'importance qu'avait ce ruisseau. Nous allons les passer en revue d'amont en aval.

    II. Les scieries de la vallée du Netzenbach

    A. La "scierie de Viche"

    Elle était située sur le cours du Schoenbruch en un endroit non connu avec précision. Le texte de 1750 en parle en ces termes : le [ruisseau] de Chanfenèque 32fait aller la scierie de Viche [située] à peu près dans son centre et qui appartient à la communauté de Viche 33. Elle n'est plus mentionnée dans le procès-verbal de 1858 et ses ruines ont déjà disparu sur la carte d'Etat-Major de 1882.

    B. La scierie du Pâquis


    Au confluent du Schoenbruch et du Netzenbach, à la hauteur de la borne nø 24 du Procès-Verbal de délimitation de 1857, se trouvait la scierie du Pâquis mieux connue par les documents.
    En 1750, elle n'a pas encore de nom spécifique, mais on connaît ses propriétaires. Elle appartient en effet à M. Lamarche et au Sieur Pierre Chardon son associé 35. La famille Lamarche est sans doute installée depuis un certain nombre d'années dans ce lieu puisque, non loin de cet endroit, se trouve dès 1728 un étang de la Marche 36. La même année, Joseph Drouot dit La Marche, bourgeois de Wisches - dit aussi Joseph La Marche 37 tout court apparaît comme entrepreneur des Exploitations des bois de l'Evêché: il passe des contrats pour faire flotter du bois par le Netzenbach et la Bruche jusqu'aux carrières de Soultz-les-Bains.
    En 1846, la scierie du Pâquis, devenue communale entre temps, est reconstruite 38 - en fait modernisée. Alimentée à la fois par les eaux du Schoenbruch et du Netzenbach, elle pouvait débiter en 1858 trente mille planches par an 39 : c'était la plus puissante des scieries du vallon du Netzenbach 40. En 1882, elle apparaît sous le nom de Sägemühle Tiffenbach, de même qu'en 1901 41.

    C. La scierie du Petit Wisches II

    À 2000 mètres en contrebas du Pâquis, existe une autre scierie. Elle surgit dans les textes vers 1560 environ : c'est sans doute une des plus anciennes de tout le secteur. Elle fut reconstruite en 1848 43, peut-être par Adolphe Mathieu de Strasbourg qui en était, dix ans plus tard, le propriétaire en même temps que des prés aux alentours 44. À cette époque, elle pouvait débiter près de vingt mille planches par an.
    Dans ces mêmes années, le cours du Netzenbach vit s'élever dans ce même secteur deux autres bâtiments 45 :
    - la maison forestière du Petit Wisches construite entre 1845 et 1848,
    - une nouvelle scierie (Petit Wisches I) installée en 1866 entre les vallons du Petit Wisches et de la Basse du Canal.

    D. La scierie communale du village


    Elle était située près de Wisches sur un canal de dérivation de la Netzembach 46 : en 1858, sa puissance égalait celle de la scierie du Petit Wisches II que nous venons de décrire. Comme c'est parfois le cas à proximité des agglomérations, la scierie avait pris la place d'un établissement antérieur : un moulin à farine y est attesté en 1750 mais il existait à cet endroit depuis un temps immémorial déjà selon l'expression de Dominique Douvier, bourgeois de Wisches, qui l'occupait en 1773 48.
    Pour être complet, on eut pu faire mention également des quatre autres scieries installées sur la Bruche entre Wisches et Russ mais nous aurions dépassé là le cadre de cette première approche.

    Cette énumération nécessairement sommaire a peut-être permis de jeter un regard nouveau sur un aspect trop peu connu de notre paysage rural, celui des petits centres d'activités qui ont joué un rôle non négligeable dans la vie économique de nos villages.
    Pour en rester aux scieries - dont l'ESSOR avait commencé il y a quelques années l'énumération 49 - il y aurait lieu de rassembler d'autres documents d'archives, ainsi que des témoignages oraux; bien des points restent en effet encore dans l'ombre: il serait intéressant d'aborder le problème de la technique des scieries d'antan, faire connaissance avec les familles de scieurs - fermiers ou propriétaires - qui y ont vécu, voir dans quelles conditions ces établissements ont pu disparaître.
    Parallèlement à cette enquête, une étude approfondie des noms de ruisseaux et lieux-dits en général serait du plus haut intérêt.
    Ce dernier travail mériterait en fait d'être tenté pour chacune des communes de la Vallée. C'est une tâche difficile mais qui rendrait d'éminents services à tous les historiens s'intéressant au passé de notre région.
    Arnold KIENTZLER.

    L'Essor , revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° 123 (juin 1984)


    1) Alfred MICHIELS - Théophile SCHULER, Les bûcherons et les Schlitteurs des Vosges, Strasbourg, 1857 pp. 32- 33 (Réédition par les Ed. J.-P. Gyss avec une introduction de R. Weirich, 1981).
    2) Donation de l'empereur Louis le Pieux en faveur de l'évêque de Strasbourg. Le document est conservé dans son original.
    3) Cf. l'Essor n° 84 (septembre 1973) p . 2.
    4) Archives départementales du Bas-Rhin [ABR G 1163. Le texte original est en allemand.
    5) Plan de finage de Wisches et Netzenbach de 1760 (Arch. comm. Wisches II 1).
    6) ABR G 1980 (b) - "Plan d'une Forêt appellé la Corrierre autrement ditte forêt de la grande Chaume à l'Evéché de Strasbourg située entre les forêts de Viche, SL Quirin et autres du Bailliage de Moutzig".
    7) Procès-verbal d'aménagement de la Forêt communale de Wisches, 1858 (p. 10) Aménagement 18581 (Archives de l'O.N.F., Schirmeck).
    8) Carte d Etat-Major de 1882, révisée en 1957.
    9) Aménagement 1858 p. 6.
    10) id.
    11) Procès-verbal de la délimitation générale amiable des bois de la commune de Wisches, 1857. Tracé géométrique D, Titre ler (Délimitation 18571 (Archives de l' O.N.F. Schirmeck).
    12) Reichsland Elsass-Lothringen, 1901-1903, 11, p. 131 [REL].
    13) ABR C 404 (6) p. 73 - Mémoires concernant les rivières et ruisseaux d'Alsace, leur origine, leurs noms, propriétés et usages. - A ne pas confondre avec le lieu-dit Colbery situé au ban de Schirmeck.
    14) Cf. l'Essor no 81 (juillet-août 1972) p. 2 : n° 84 (septembre 1973) pp. 3-4.
    15) ABR G 1156 (10)
    16) A. STRAUB, Les villages disparus en Alsace, Strasbourg, 1887, p. 52.
    17) ABR C 404 (6) p. 74.
    18) Id. p. 73. Le chemin de la Chauffeneck apparaît dans l'Aménagement de 1858, p. 14.
    19) Aménagement 1858, p. 14.
    20) ABR C 404 (6) p. 74.
    21) Id. p. 73.
    22) Carte d'Etat-Major de 1882.
    23) REL II, p. 131.
    24) Id.
    25) Actuellement lieu-dit "Sources de la Hasel". Le terme allemand semble être une déformation pour Hasel sprung.
    26) ABR C 561 (218) - Plan de finage de Lutzelhouse de 1760.
    27) ABR C 4 (6) pp. 72-73.
    28) REL II p.131
    29) Id
    30) ABR C 561 (218).
    31) Id.
    32) C 404 (6) p. 73. - C'est à proximité de cete scierie qu'était peut-être situé le village disparu de Schoenbruch. Cf. A. GATRIO, Das Breuschthal, Rixheim, 1883, p. 207.
    33) Cf. note 18.
    34) Délimitation 1857, p. 13 ; Tracé géométrique D, Titre 1er.
    35) C 404 (6) p. 73. Chardon doit sans doute se lire Charton.
    36) ABR G 2125 fol. 2r°.
    37) G 1968. - C'est de cette famille qu'est issu François-Joseph DROUOT dit Lamarche (1733-1814), le général de la Revolution bien connu.
    38) REL III, p. 1119.
    39) Aménagement 1858, p. 11.
    40) A la même époque, les scieries situées sur la Bruche Ganier (en face de Schwartzbach) et Charton (à Russ) pouvaient débiter chacune trente-cinq mille planches. Cf. Aménagement 1858, p.II.
    41) REL III, p. 1119.
    42)  ABR G 1163 (b) fol : 3r° - elle est mentionnée sous l'appellation  zu der newen Seegenmylen.
    43) REL II, p. 525.
    44) Délimitation 1857, Tracé géométrique E, Titre 1er.
    45) REL II, p. 525.
    46) Aménagement 1858, p. 11.
    47) C 404 (6)
    48) C 404 (17), fol. 48.
    49) G. et M.-Th. FISCHER, Les scieries de Champenay au temps des Salm in Essor n° 106 (avril 1980), pp. 17-21.
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    Le hameau de Netzenbach et le différend Wisches - Lutzelhouse

    À la suite de l'article paru sous ce titre dans nos colonnes le 19 janvier [1973] , M. Ch. Zinglé, maire de Lutzelhouse, nous prie d'insérer les précisions suivantes:
    «Le hameau du Netzenbach construit sur la rive gauche du «Wischbach» à l'entrée, du Netzenbach par la suite, faisait de tout temps partie du département du Bas-Rhin, alors que Wisches, construit en contact, faisait partie jusqu'en 1870 du département des Vosges.
    En son temps, les enfants du Netzenbach fréquentaient l'école de Lutzelhouse, par la suite cette école fut tenue dans une maison de l'annexe, et pour une meilleure organisation de l'enseignement, les enfants fréquentaient finalement les écoles de Wisches; les habitants allaient à l'église de Wisches et furent enterrés dans le cimetière St-Antoine. Il est par ailleurs exact que la commune de Lutzelhouse a participé financièrement à la construction de cette église et la constitution du cimetière, les archives conservées à Epinal en font foi.
    Lutzelhouse payait des participations à Wisches, il y a eu de nombreuses discussions à ce sujet dans le passé, mais la séparation n'entrait pas en ligne de compte, aucun texte légal ne le prévoyait, les habitants de Netzenbach n'y pensaient pas.
    Ces participations financières - normalement - doivent tenir compte de l'évolution des conditions économiques, fiscales, légales qui changent les relations entre localités.
    La loi Barangé et la «taxe locale» ont changé les conditions d'antan. Lutzelhouse abandonna sans autre le bénéfice de la loi Barangé pour les enfants du Netzenbach à Wisches et la «taxe locale» du fait qu'il n'y avait pas de commerces alimentaires et autres au Netzenbach profitait d'une façon continue et établie à Wisches, d'une façon importante avec ses 257 habitants selon recensement, pris comme base. Wisches était ainsi à l'attribution directe et non au «minimum garanti» comme ses conseillers le prétendaient, lors des différentes réunions. La démonstration en fut faite à la sous-préfecture de Molsheim. La moyenne des recettes des années 1965, 1966 et 1967 de la taxe locale fut prise comme base pour les attributions futures et cette relation existe toujours. Elle fut également niée par Wisches alors que les textes légaux en font foi. Trois sous-préfets se sont suivis en peu de temps à Molsheim, l'arbitrage n'a pu se faire, les dossiers n'ayant été examinés à fond.
    Lors de la dernière réunion à la sous-préfecture et à la suite de l'affirmation d'un conseiller du Netzenbach que 80% de ses habitants demandent leur rattachement à Wisches, il fut trouvé l'échappatoire du décret du 22 janvier 1959, permettant le détachement d'une portion de commune, il fallait pour cela une pétition signée par au moins un tiers des électeurs. Cette liste comprenant 153 inscrits fut signée par 148 personnes, il est à signaler que de nombreuses signatures sont contestables.
    À la suite de cette opération fut élu un conseil syndical de cinq membres, un président. Ce conseil a déposé un dossier à la sous-préfecture de Molsheim avec ses revendications, remerciant par ailleurs Lutzelhouse pour tout ce qui a été investi dans l'annexe, demandant une surface très importante de la forêt communale de Lutzelhouse, contrairement aux règlements en vigueur qui ont été confirmés par lettre du 25 mai 1972 de la préfecture du Bas- Rhin.
    Une enquête de «commodo et incommodo » fut prescrite à Lutzelhouse et à Wisches, à Lutzelhouse 580 personnes se sont prononcées contre le projet, à Wisches 84 personnes dont 75 habitants du Netzenbach, se sont prononcées pour, il y a moins que 50 % des électeurs.
    Lutzelhouse a fait des efforts d'investissement très importants au Netzenbach qui ne sont d'ailleurs contestés par personne, Lutzelhouse a également fait ou participé à des travaux importants dans l'intérêt de la commune de Wisches et du Netzenbach, bien au-delà du « dû» suivant certaines règles établies par l'administration des Eaux et Forêts:
    a) Curage du ruisseau du Netzenbach: provenant en bonne partie de la forêt communale de Wisches, torrent tumultueux en cas de fonte de neige intempestive ou gros orage, inondant les bas quartiers de Wisches et de Netzenbach, payé 100% par Lutzelhouse de 1948 à 1970 dépenses - sans être réévaluées -: 15 190 F
    b) Réparation du conduit de la rue de la Forêt de Wisches: Lutzelhouse participe avec 50% alors que l'administration avait fixé 5%, la participation de Lutzelhouse a été de 3 000 F au lieu de 300 F
     c) Route du Roulé: coût total en 1961-62: 32 387 F: participation de Lutzelhouse: 12 150 F au lieu des 5% = 1 619 F, ceci pour soulager Wisches
     d) Electrification de la route de la forêt à Wisches, du Petit-Wisches et renforcement du Netzenbach: Lutzelhouse doit se prêter comme maître d'oeuvre pour conclure les discussions avec les particuliers, cette électrification dont le coût se montait à 73 821 F est aujourd'hui largement bénéfique à Wisches
    e) Constructions au Netzenbach: la commune de Wisches ne disposant pas de terrains de construction après 1945, les habitants de Wisches sont venus construire au Netzenbach, 60 % des nouvelles constructions appartiennent à des habitants de Wisches, la commune de Lutzelhouse ayant payé la viabilisation. Ainsi ont été équipées la rue de la Gredenmatt, la rue de la Bassotte, la traversée du Netzenbach pour une somme non réévaluée de 135 350 F
     f) Mur de soutènement du Netzenbach en 1972: 26 575 F.
    Ceci ne représente qu'une partie des investissements réalisés pour l'annexe. Il est hors de doute que Lutzelhouse n'a pas lésiné pour en faire un «coquet hameau» et les torts ne sont pas de notre côté, ces investissements constituent sans doute une très belle « dot».
    Les habitants du Netzenbach veulent rallier Wisches, en démocrates nous respectons leur volonté, mais longtemps avant toute cette procédure en cours, la commission syndicale fut informée que l'annexe n'avait pas droit à une part de forêt, propriété privée de la commune de Lutzelhouse.
    Aujourd'hui, on veut faire un procès d'intention à Lutzelhouse. Ayant depuis plus de 30 ans veillé à l'épanouissement de cette annexe, toutes les marques de sympathie et de respect ne peuvent m'empêcher de ressentir une amertume profonde. L'infiltration constante et la pénétration importante d'habitants de Wisches ont provoqué la fissure dans notre belle unité. Ces voisins ont évidemment hâte de retourner dans leur commune d'origine - c'est humain - même par l'annexion d'une part de la forêt, alors que Wisches en possède plus de 1.200 ha, c'est-à-dire plus que le double de celle de Lutzelhouse - ce serait apporter l'eau à la rivière.
    J'ai recherché pendant mon long mandat à cultiver les meilleures relations avec mes voisins, les gestes sont là pour le prouver, néanmoins, je n'ai pas le droit de léser les intérêts fondamentaux de ma commune.
    La conclusion de l'affaire est encore lointaine, le dernier mot n'est pas dit et des surprises sont toujours possibles, nous défendrons Lutzelhouse. «Clochemerle» n'a rien à voir dans cette lutte vitale pour notre commune. »
    Dernières Nouvelles d'Alsace (janvier 1973)

    Histoire vraie arrivée à Wisches

    Un saltimbanque traversant, il y a une quinzaine de jours, les villages du Ban-de-la-Roche, avec un singe bien dressé, arriva à Wisches où il entra dans une auberge, demandant qu'on lui servît à manger et à boire. Il consomma pour la somme de 1,50 F, mais quand il dut payer, il n'avait pas assez d'argent en poche.
    L'aubergiste ne voulut pas lui faire cadeau de quelques sous, demande à garder le singe en gage et enferme celui-ci dans sa cave. Le même jour l'aubergiste cherche du vin dans sa cave, le singe le regarde faire, et après le départ de l'autre, ouvre le robinet d'un immense tonneau d'où s'écoule le vin pour une somme de deux cents francs à peu près.
    Quelque temps après, l'aubergiste retourne à la cave; grande indignation et consternation en voyant le dégât énorme. Il tue le singe. À peine remonté voilà le saltimbanque qui revient avec ses trente sous et redemande son singe, son unique gagne-pain.
    Désolation du saltimbanque qui apprend ce qui lui était arrivé. L'aubergiste lui offre deux cents francs de dédommagement. Le saltimbanque lui demande six cents francs.
    Voilà donc huit cents francs de perte pour celui qui aurait pu faire cadeau de quelques sous à un pauvre mendiant.
    L'Alsace Comptée. Mythes et Récits des Vallées Vosgiennes
    Editions Gérard Klopp, Thionville Strasbourg (1986)


    La méridienne de Wisches.

    La méridienne de Wisches est une des nombreuses méridiennes installées au XIX° siècle pour le réglage des horloges mécaniques. Elle est fixée sur la face sud de l'école communale qui est à proximité immédiate de la mairie et du clocher de l'église paroissiale Saint Michel, sur lequel est installée l'horloge du village.
    la méridienne de Wisches (photo P Ju)

    Le réglage de celle-ci devait être facilité par le fait que ces deux horloges sont en communication visuelle l'une avec l'autre. D'après René R.J. Rohr, la méridienne de Wisches est très probablement la seule de la vallée de la Bruche encore en place sur un édifice non religieux.


    Jean-Marie Holderbach
    L'Essor n° 180, 1998, 14-17, 68° année

    Dom Fréchard

    Edmond Reeber

    De nos jours, le Val de la Bruche ne se conçoit pas autrement que sous l'aspect de ce long sillon transversal d'origine tectonique qui coupe le massif vosgien en deux. Ce fossé qui permet de passer, par le col de Saâles (556 m), de la plaine d'Alsace à la vallée de la Meurthe est impensable sans l'axe routier et ferroviaire Strasbourg-Saint-Dié. La vallée forme une unité économique, géographique et administrative évidente.

    Mais tel ne fut pas le cas avant le 19° siècle. La partie de la vallée entre Saâles et Schirmeck constituait un « no man's land » que l'on évitait, le fond étant singulièrement marécageux1) . Toute la vie des habitants de la région était orientée d'une part vers le secteur d'Andlau, d'autre part vers celui de Senones. Les communautés tournaient le dos à la Bruche. D'ailleurs, les cartes d'époque ne mentionnent que deux axes routiers transversaux : Schirmeck-Raon par le col du Donon et Villé-Senones par le col de Saâles (Via Salinatorum), aucune route longitudinale entre Schirmeck et Saâles ; la voie ferrée actuelle ne date que de 1929. Toute étude, quelle qu'elle soit, de cette partie de la Vallée mentionnée, ne peut se faire sans tenir compte de cette réalité.

    Un des grands mérites du pasteur Oberlin a été, en plus de son oeuvre philantropique au Ban de la Roche, de « désenclaver » cette partie de la Vallée, de l'ouvrir vers son orientation naturelle: la plaine d'Alsace et Strasbourg. La construction du Pont de Charité au sud de Rothau a été la concrétisation de ce changement d'orientation, que matérialisent les faits suivants :
    -le parler de Natzwiller est très proche de celui de Grendelbruch et d'Ottrott,
    -les noms et les attaches familiales du Ban de la Roche se retrouvent au Hohwald,
    -les relations du Val de la Climontaine avec Villé sont plus prononcées que vers Schirmeck,
    -le patois du canton de Saâles est très proche de celui des Vosges et ne présente que très peu de souches linguistiques alsaciennes,
    -certains liens traditionnels unissent encore aujourd'hui les populations de part et d'autre de la Chatte Pendue de l'ancienne Principauté de Salm. Ainsi, les habitants du Val de Framont (Grandfontaine et Wackenbach) vont encore volontiers en pèlerinage à Saint-Quirin plutôt qu'au proche Niederhaslach (St-Florent). Le patron de Wackenbach est St-Pierre-Fourrier de Mattaincourt.

    Si J.-F. Oberlin est mondialement connu, et il le mérite, il est un concitoyen et voisin non moins valeureux totalement tombé dans l'oubli. Il ne venait pas de Strasbourg et ne jouissait pas de la protection d'un Lezay-Marnésia. Il s'agit de Dom Fréchard, dernier bénédictin de Senones, ci-devant curé de Colroy, Ranrupt, Steige et St-Blaise, fondateur de l'Institut des Frères de la Doctrine Chrétienne de Nancy2).
    Joseph Fréchard est né le 30 décembre 1765 à La Petite-Raon, dans la principauté de Salm, d'une famille considérée. Le père était régent d'école, un homme de foi et de piété qui a transmis à son fils ses vertus et habitudes de travail. A 14 ans, Joseph, se sentant une vocation religieuse, entra chez les Bénédictins de Senones. Il y fit de laborieuses humanités et étudia la théologie à Moyen Moutier. En 1789 il prend le froc de Bénédictin et fait profession de la règle de St-Benoît entre les mains de Dom Lombard, dernier abbé de Senones. Lorsque les biens du clergé furent vendus, l'abbaye perdit les terres sises en France 3) et donc ses principaux revenus. En 1793, le 2 mars, la principauté est rattachée à la France après le blocus des grains d'importation. Les biens de l'abbaye sont séquestrés et les religieux, refusant de reconnaître la Constitution civile du clergé sont déportés.

    Dom Fréchard reçoit un passeport pour la Suisse. Mais le pasteur ne peut pas abandonner ses brebis. Caché d'abord chez ses parents, il quitte l'habit bénédictin et prend la route qui le conduit à travers la montagne au Val-de-Villé. On le trouve à Steige, Saâles (Crovizier), au Climont, exerçant son ministère4) avec tous les risques que cela comportait. La Terreur sévissait jusqu'au fond des vallées. Euloge Schneider et ses consorts parcouraient le pays pour y éteindre le fanatisme. Par les sentiers et chemins les moins fréquentés, Dom Fréchard, traqué, prit le chemin de la Suisse. A Notre-Dame des Ermites (Einsiedeln), il rejoignit d'autres proscrits, en attendant de pouvoir retourner en France.
    Après la mort de Robespierre en 1795, Lanjuinais fit adopter par la Convention le décret qui rendait les édifices religieux à l'exercice du culte. Fréchard parti le dernier rentra le premier, se présenta au cardinal De Rohan-Guémené à Ettenheim qui lui accorda une juridiction dans le diocèse de Strasbourg en qualité d'administrateur légitime de la paroisse de Colroy-Ranrupt. Il s'y rendit non sans avoir fait un crochet par La Petite-Raon chez sa famille et par Senones, dont l'abbaye était dans un piteux état.

    Dans son nouveau secteur d'activité, il refuse de souscrire l'acte de soumission aux lois de la République et signe les actes officiels « Joseph Fréchard , prêtre catholique, qui n'a jamais fait serment, ni soumission aux lois de la République ». Mais le 25 septembre 1795 les Jacobins obtinrent que la Convention rétablît les décrets d'arrestation et de déportation édictés par la Terreur. Fréchard, conscient de ce qui l'attendait, décida de rester auprès de ses ouailles et confrères réfractaires.
    A Ranrupt, Colroy et Steige, avec une activité infatigable, de jour et de nuit, à la dérobée dans une grange, une cave, un réduit, il exerce son difficile ministère: messes, confessions, catéchisme, sacrements. Simulant un fou, se déguisant, il se rendait de cachette en cachette, protégé et pris en charge par les paroissiens qu'il maintenait dans les pratiques de la religion et les prémunissait contre le schisme, indéfectiblement fidèle au Saint-Siège. En 1797, les décrets du Directoire sont rapportés et les proscrits rentrent: Henry à Colroy, Saulcy à Steige. Mais la persécution reprit de plus belle. Fréchard aux abois, trouve refuge à Nancy. Il réapparaît au Val-de-Villé et dans sa paroisse. La corruption, l'impiété ont fait des ravages. Le missionnaire est persuadé que c'est auprès de la jeunesse qu'il faut oeuvrer en priorité et pour cela, former des instituteurs « religieux et savants ». Convaincu de la nécessité de l'instruction religieuse, il réunit les enfants pour leur « faire le catéchisme », à l'heure de la veillée (le loure), dans une cave ou un grenier. Il s'assure l'aide de deux anciennes religieuses pour instruire les filles: Marguerite Tonnerre à Steige et Marie Colbe à Ranrupt. Après avoir échappé cent fois aux poursuites et aux recherches de ses ennemis qui le traquaient partout et qui se tenaient sans cesse à l'affût pour le surprendre, il tomba entre leurs mains.

    Voici les faits: c'était en 1799. Dom Fréchard est appelé auprès d'un malade dans la maison Samuel à Ranrupt. Des agents de la République cernent la maison et frappent à la porte. Fréchard se précipite dans le « cendrier »5). La fouille ne donne rien. En quittant les lieux, un agent s'écrie: « Voici des plumes, l'oiseau n'est pas loin ». Il venait de découvrir la montre du suspect devant le cendrier. A l'aide de fourches on le force à quitter sa cachette; il préféra se rendre plutôt que de mourir. Garrotté, ligoté, la corde au cou, il est conduit sans ménagements à Bourg-Bruche sous les huées d'une partie de la population. A Saâles il est enfermé au corps de garde puis déféré en prison à Saint-Dié ; il y instruit dans la foi les codétenus. Grâce à la complicité du médecin, il est hospitalisé et s'évade. Il revient à son pays de mission, célèbre la messe tantôt à « la Diablottée », tantôt au « Mont », au pied du sapin géant6), sous la garde vigilante de volontaires. Mais les chrétiens amis de Fréchard sont surpris et dénoncés. Sept d'entre eux, de Steige, sont jugés, condamnés, puis acquittés7).

    Le 28 brumaire an IX, notre bénédictin signe la déclaration suivante: « Je soussigné, prêtre de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, voulant donner, par la présente déclaration, une preuve authentique de ma soumission au Gouvernement, sans vouloir déroger en rien aux principes de ma religion, dont le Gouvernement lui-même me garantit la pleine et entière liberté, je promets d'être fidèle à la Constitution ». Dorénavant, il pouvait exercer librement son apostolat dont le domaine était réduit à Colroy-Ranrupt. Il restaura les lieux du culte, remit en honneur les pratiques religieuses et les bonnes moeurs, préoccupé de réparer les méfaits des schismatiques. (P. Thirion) Il s'assura l'aide des nièces de Soeur Marie Colbe pour l'instruction des enfants.

    M. Henry installé curé à Colroy, Fréchard était en surnombre. L'évêque de Nancy8) le nomme administateur à Raon-l'Etape, puis curé à St-Rémy. Mais avec Dom Lombard et 99 autres moines, il relève l'abbaye de Senones et reprend la vie cénobitique dans toute sa rigueur. Il administre la Petite-Raon où il prêche en patois !

    En 1807, la communauté, non autorisée, est dispersée. En avril 1808 Dom Fréchard est nommé à Colroy avec Blancherupt et Saint-Blaise comme annexes; il y retrouve ses anciens paroissiens pour lesquels il avait tant de fois risqué sa vie. Ministère difficile du fait de l'éloignement des trois localités, des mauvaises voies de communication, de la rigueur de l'hiver, mais surtout de la situation morale et religieuse laissée par l'ère de la Révolution. Il réussit à faire restituer à la cure les biens spoliés. Il prêcha par son exemple de foi et de charité. Pour combattre l'immoralité et l'indifférence religieuse, il déploya le même zèle et la même ardeur que son voisin Oberlin, avec lequel il avait des relations les plus correctes. Il remit en honneur le culte de la Vierge, déploya un dévouement particulier pour la catéchèse. Il ne ménagea pas ses fidèles, vivant en ascète et pratiquant la charité vraie et appliquée9). Soucieux de l'instruction et de l'éducation des enfants, données par des religieuses, il dirigeait l'école10) et l'inspectait journellement.

    J. Fréchard savait que l'école vaut ce que vaut son maître; il s'attache à former des enseignants à la hauteur de leur tâche. Il forma d'abord des maîtresses pour les jeunes filles. Les soeurs de Ranrupt (de la famille Colbe) instruisaient les enfants au « Couvent » (maison Fort) et soignaient malades, infirmes et vieillards après la classe. Elles s'occupaient aussi des enfants en bas âge pendant que les parents vaquaient aux travaux des champs. Les écoles maternelles avaient vu le jour ! -Louise Scheppler en fit autant auprès d'Oberlin. -Certaines des soeurs entrèrent en religion chez les soeurs de la Divine Providence ou celles de St-Jean de Bassel. Le couvent de Ranrupt prit de l'extension. Avec les filles qui se préparaient à l'enseignement, il reçut aussi des orphelines et des pensionnaires venant d'Alsace pour apprendre la langue française.

    En 1817, la communauté étant bien établie, Fréchard se consacra à la formation de maîtres chrétiens qui faisaient tant défaut. Des congrégations de frères enseignants avaient vu le jour en différents points du territoire. L'Est était en reste. C'est le presbytère de Colroy qui fut le berceau des Frères de la Doctrine Chrétienne. Dom Fréchard y rassembla les jeunes gens intelligents, sages, pieux, les instruisit et leur inculqua les rudiments de la pédagogie. Quand ils étaient suffisamment à l'aise en français, calcul, dessin et solfège, le Directeur les proposait aux communes qui les accueillaient avec reconnaissance. L'école normale était née.

    N'ayant ni les moyens ni les soutiens pour agrandir les locaux devenus trop exigus, il s'entendit avec l'abbé Mertian, supérieur des Soeurs de la Providence de Ribeauvillé pour lui céder cinq normaliens. L'Institut des Frères de la Doctrine Chrétienne de Strasbourg devait naître de ce noyau, Mertian étant assuré du soutien des autorités civiles et religieuses. Trop à l'étroit à Colroy, même au couvent de Ranrupt, le pasteur zélé achète le couvent délaissé des Capucins de Vézelise. Dom Fréchard y installe un premier contingent de vingt novices fin 1821. Trois filles du couvent de Ranrupt mirent les locaux en état. La nouvelle congrégation (les Frères de la Divine Providence de Nancy) est approuvée par ordonnance royale du 22 juillet 1822, sous le règne de Louis XVIII (voir annexe). Notre valeureux bénédictin en est le premier supérieur, se professant indigne d'une telle charge.

    Déchargé de la cure de Colroy, il se consacre avec enthousiasme à l'oeuvre dont il rêvait depuis 20 ans. Les études étaient sanctionnées par des brevets de différents degrés :
    1°: savoir lire, écrire et chiffrer pour donner des leçons ;
    2°: savoir l'orthographe, le calcul, la calligraphie, la pratique de l'enseignement simultané;11)
    3°: savoir pratiquer l'enseignement mutuel.12)

    Les brevets sont délivrés au vu de la lettre d'obédience du Supérieur. Afin de combattre l'oisiveté, mère de tous les vices, il invite les futurs instituteurs à rassembler les jeunes les soirées d'hiver pour leur enseigner le calcul, l'écriture et des notions de religion. C'est la naissance des « cours d'adultes ».

    Avec une foi inébranlable en son entreprise, le Supérieur réfute toutes les attaques et critiques qui l'assaillent. La création d'une maîtrise concurrente ne le décourage pas : elle n'a pas duré.

    La révolution de 1830 porta un sérieux coup à la Congrégation de Vézelise. Fort des enseignements de la Terreur, Dom Fréchard voulut éviter à son entreprise les affres de la persécution. Il rendit la liberté aux congréganistes. Certains devinrent prêtres, d'autres, laïcs, restèrent dans l'enseignement. Le calme revenu, le vénérable Supérieur n'eut plus le courage de reprendre la direction de la congrégation malgré les insistances des anciens Frères. Le couvent fut cédé aux frères Baillard, précédemment au couvent de Mattaincourt et à Ste-Odile. Fréchard fut nommé Supérieur honoraire. Le siège de l'école passa de Vézelise à Sion-Vaudémont. Fréchard vit son entreprise prospérer avec satisfaction. Mais bientôt, les frères Baillard gérèrent mal l'affaire et s'endettèrent au point que l'évêque les révoqua.

    En 1847, la Congrégation forte de quarante six religieux revint à Vézelise avec le frère Chrétien comme Directeur Général. Dom Fréchard, quatre-vingt trois ans, vivait dans cette communauté reconstituée une paisible retraite, se rendant utile selon ses moyens, tout en persévérant dans ses habitudes de la règle de St-Benoît. Mais les forces l'abandonnèrent et il s'endormit paisiblement le 24 juillet 1849.

    Dom Fréchard a consacré toute sa longue vie au service de son prochain. Certes, c'était sa vocation, son rôle. Mais les conditions dans lesquelles il s'est dépensé, la façon dont il s'est acquitté de sa mission et les oeuvres qu'il a créées méritent qu'on le fasse connaître et estimer. Ces quelques pages n'avaient pas d'autre ambition.

    Edmond Reeber
    Saisons d'Alsace, Le Val de Bruche (1977)

    Notes

    1. Le nom de Bruche peut venir de ce fait géographique; le mot allemand « Bruch » désignant le marais; à moins que ce ne soit l'autre signification de Bruch, brach, terrain défriché pour être cultivé.
    2. lnstitution-soeur de celle de Mertian à Matzenheim.
    3. La principauté de Salm était fief de l'empire d'Allemagne,
    4. Dom Fréchard était le seul prêtre catholique resté dans cette contrée.
    5. Une sorte de citerne en maçonnerie se trouvant dans la cave à l'aplomb de la cuisinière. Il a été conservé dans la maison Samuel.
    6. Ce sapin -plus de 6 m de circonférence -devenu un vieillard condamné, fut abattu il y a une vingtaine d'années.
    7. Bonaparte venait de s'emparer du pouvoir.
    8. Avec le consentement de Rome, certaines paroisses, dont Ranrupt-Colroy, sont détachées du diocèse de Strasbourg et rattachées à celui de Nancy.
    9. En 1810, avec ses paroissiens, Fréchard secourut les protestants de Belmont sinistrés par l'incendie de leur village.
    10. Privilège légal à l'époque.
    11. Plusieurs sections à la fois. .
    12. Les élèves dirigés par un maître, s'instruisent entre eux.

    Bibliographie.

    P. MARTON. -Notice biographique sur Dom Fréchard. Edit. René Vagner, Nancy.
    Le lecteur peut également se reporter à l'ouvrage de P. Zind, Les nouvelles congrégations en France de 1800 à 1830, centre d'histoire du catholicisme français de l'Université de Lyon, 1969, p. 143 et suivantes -(exemplaire B.N,U. Strasbourg, E. 500 697, t. 1).

    Annexe

    Ordonnance royale du 22 juillet 1822.
    En faveur des Frères de la Doctrine chrétienne de Nancy

    Louis par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre
    A tous ceux qui ces présentes verront, salut
    Vu les statuts d'une institution charitable qui serait destinée à desservir les écoles primaires des villes et des campagnes, des départements de la Meurthe, ordonnance du 24 janvier 1818, qui règle ce qui regarde l'instruction primaire dans tout le royaume ;
    vu la loi du 10 mai 1806, le décret du 17 mars 1808 et nos ordonnances concernant l'Université de France;
    vu les observations du conseil royal de l'instruction publique et l'approbation donnée par le conseil aux statuts de la dite association,
    Notre conseil d'Etat entendu,

    Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
    Art. 1er. L'Association destinée à fournir des maîtres aux écoles primaires dans les départements de la Meurthe, de la Moselle et des Vosges, et désignée sous le nom de Frères de la Doctrine chrétienne de Nancy, est autorisée aux termes de notre ordonnance du 28 avril 1816, comme association charitable en faveur de l'instruction primaire. Elle se conformera aux lois et règlements relatifs à l'enseignement public, notamment à notre susdite ordonnance du 29 février 1816.
    Art. 2. Notre conseil royal de l'instruction publique en se conformant aux lois et règlements d'administration publique pourra recevoir tous legs et donations qui seront faits en faveur de la dite association et de ses écoles, à charge de faire jouir, soit l'association générale, soit chacune des écoles tenues par elle des dits legs et donations, conformément aux intentions des donateurs et testateurs.
    Art. 3. Notre Ministre Secrétaire d'Etat de l'Intérieur est chargé de l'exécution de la présente ordonnance.
    Donné en notre château de Saint-Cloud, le 17 juillet de l'an de grâce mil huit cent vingt-deux et de notre règne le huitième.


    Signé: Louis
    Par le Roi.
    Le Ministre Secrétaire d'Etat au département de l'Intérieur.
    Signé: Corbière