L'horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg


Encyclopédie d'Alsace
1983

Introduction

Trois horloges astronomiques ont successivement embelli et enrichi le transept méridional de la Cathédrale et ont ainsi contribué à sa renommée et à celle de Strasbourg. Des touristes de tous les pays du monde viennent visiter l'horloge actuelle pour admirer le jeu subtil de ses automates et écouter le chant victorieux de son coq. Elle est admirée, soignée et visitée... mais elle n'est pas consultée. Tout le calendrier et tout ce qui concerne la marche du soleil, de la lune et des planètes nous est livré à domicile quotidiennellement, par la presse, la radio, la télévision et l'Internet.
Or, pour le Strasbourgeois du XIV° siècle, qui ne connaissait pas encore l'imprimerie, les lois du calendrier ecclésiastique pouvaient poser de sérieux problèmes. Pour lui, l'horloge astronomique de la Cathédrale était non seulement une oeuvre d'art qui était l'une des sept merveilles du Saint Empire Germanique, mais également une machine d'utilité publique dont il était fier. Le croyant, qui tenait à nommer son rejeton d'après le saint du jour, le médecin, qui pour opérer une saignée ou pour appliquer des ventouses, devait connaître la position du soleil et de la lune dans le zodiaque, le commerçant préoccupé par ses échéances... tout ce monde accourait à la cathédrale pour consulter l'horloge astronomique.
Bien sûr, à cette occasion on aimait prolonger sa visite pour admirer cette merveille et pour écouter le battement de son coeur. On attendait volontiers l'heure de midi, pour assister au défilé des trois mages devant la Sainte Famille, pendant que le coq chantait et que le carillon égrenait les notes d'un cantique. Mais le véritable but de la visite était souvent une vraie consultation.
À cette époque, la précision d'une horloge mécanique, fût-elle publique ou même astronomique, n'avait pas l'importance qu'elle a de nos jours. L'horloge des trois rois ne possédait même pas d'aiguille à minutes. De toute façon, le cadran solaire omniprésent, permettait les remises à l'heure et l'heure solaire, heure vraie locale, était alors l'heure officielle de la Ville libre de Strasbourg.

1. L'horloge des trois rois.

L'horloge des trois rois, la première horloge astronomique de la Cathédrale, fût construite entre 1352 et 1354 par un maître inconnu. D'après une légende non fondée, il se serait nommé Jehan Boernave et aurait acquis ses connaissances chez les arabes sous le nom de Ben-Al-Benzar. D'après une autre légende, les autorités de la ville lui auraient fait crever les yeux, pour l'empêcher de construire une horloge semblable pour une municipalité concurrente. Or, il est certain que ces mêmes autorités avaient permis en 1398 à l'horloger Claudius Gutsh de Rotweil d'étudier à fond l'horloge des trois rois, afin de lui faciliter la construction d'une horloge astronomique à Villingen dans la Forêt-Noire, ce qui devrait suffire à rendre caduque cette légende. Mais les légendes ont la vie dure et celle-ci réapparaîtra pour la deuxième horloge, qui aurait comporté des lions rugissants, dont le maître après cette cruelle opération aurait réussi à détraquer le mécanisme, mécanisme que personne ne serait plus arrivé à réparer par la suite (1).
L'horloge des trois rois était adossée au mur le plus épais et le plus ancien de la cathédrale, à peu près vis-à-vis de l'horloge actuelle. Ce mur d'une épaisseur de 3,50 mètres, qui avait résisté à tous les incendies, contient un escalier tournant intérieur très étroit qui mène au triforium. On ajouta alors deux portes qui, de cet escalier, débouchaient sur les galeries d'accès des étages supérieurs de l'horloge. On remarque aujourd'hui encore les six consoles qui supportaient ces galeries d'accès ainsi que les trous de scellement du buffet de l'horloge, ce qui nous permet de reconstituer sa silhouette. Cette silhouette et les quelques détails que nous laissa Dasypodius, le constructeur de la deuxième horloge, nous autorisent à nous l'imaginer.

Horloge des trois rois
L'horloge des trois Rois.
Nous savons que son buffet était en bois. Il comportait un soubassement de 4,10 mètres de largeur sur 4 mètres de hauteur, dont la façade était occupée par un calendrier. Ce calendrier devait avoir un diamètre de 2,80 mètres et faisait un tour par an d'un mouvement lent et continu. Il comportait sur 366 cartouches les quantièmes, les mois, les noms des saints et probablement des lettres dominicales sur lesquelles nous reviendrons avec l'horloge de Dasypodius. Les millésimes, les fêtes mobiles et diverses indications du comput ecclésiastique étaient visibles dans la fente d'un index vertical fixe, derrière lequel se trouvait un disque central sur lequel étaient peintes ces indications, précalculées pour une centaines d'années. Ce disque central était déplacé d'un pas à chaque nouvelle année. Au premier étage, le buffet avait encore une largeur de 2,90 mètres. Cet étage contenait le rouage de l'horloge.

Son mouvement régulateur possédait un échappement à foliot.

echappement foliot

Échappement à foliot. XIV°-XVII° siècles.
A: Roue de rencontre; B: Palettes; C: Verge; D: Foliot; E: Poids de règlage; F: Fil de suspension.
Dessin H. Bach

La roue de rencontre A de cet échappement possède un nombre impair de dents qui, au passage, butent alternativement contre les palettes B du foliot C. L'avance ou le retard de l'horloge fût réglé par déplacement des deux masses E suspendues au foliot. La précision de marche d'un tel échappement, dont la période propre dépendait fortement de la force motrice, était très médiocre. Car du fait du profil peu élaboré des dentures cette force motrice était très variable. Une avance ou un retard d'un quart d'heure par jour pouvait être considéré comme une précision excellente. Ce mécanisme était doté d'un rouage de sonnerie des heures. On peut supposer qu'il ressemblait à celui conservé au Musée du Château des Rohan.
La façade du premier étage était occupée par un cadran-astrolabe. Comme celui-ci sera traité ultérieurement, nous pouvons nous contenter de dire qu'il comportait la terre au centre, autour de laquelle tournait une araignée représentant le ciel étoilé, ainsi qu'une aiguille solaire et une aiguille lunaire. Ces mobiles tournaient devant un système de courbes fixes, représentant en projection stéréographique le firmament de Strasbourg avec son horizon, des lignes d'égale hauteur, les courbes des azimuts, les tropiques et l'équateur céleste. L'aiguille solaire indiquait l'heure locale sur un cadran de deux fois douze heures.

Au deuxième étage s'avançait un balcon en hémicycle au centre duquel trônait la Sainte Famille. Lorsque midi était sonné, les trois mages sortaient d'une porte latérale, défilaient devant la Sainte Vierge et l'enfant Jésus, en s'inclinant, et disparaissaient par la porte opposée, pendant qu'un carillon jouait un cantique; après quoi un coq battait des ailes, élevait la tête, abaissait sa queue et faisait entendre son chant victorieux.

Le coq
Ce coq, perché sur le sommet de l'horloge était si bien fait et si bien conservé, que Dasypodius le jugea digne de figurer sur son horloge, ce qui nous permet de le voir aujourd'hui encore au musée du château des Rohan, après des siècles de bons et loyaux services. Son corps est fait en bois dur, le cou est formé de trois manchettes également en bois, assemblées en haut par des charnières. Des plumes en tôle peinte recouvrent les interstices des parties mobiles. La crête est en cuivre repoussé. Deux tringles de tirée venant du rouage placé dans le couronnement du buffet, passaient chacune par une patte, pour aboutir au mécanisme intérieur entièrement réalisé en fer forgé.

mecanisme interieur
Schéma du mécanisme intérieur du coq.
Dessin A. et T. Ungerer
La première tringle actionnait les mouvements de la tête et de la queue. Elle tirait sur le levier a, qui pivotait autour d'un point fixe A, et soulevait la tête. Le levier h, sous la traction de la biellette i et du poids de la queue, pouvait alors se soulever et la queue s'abaisser. Sollicité par la bascule b, le levier d poussait la tringle e vers l'avant, ce qui faisait ouvrir le bec par le levier f et provoquait l'apparition de la langue, au bout du levier g. La deuxième tringle provoquait le soulèvement des ailes. A son extrémité est fixée la pièce I, qui tirait sur le levier n de chaque aile auquel elle est reliée par la biellette m.
Mais là ne s'arrête pas l'astuce de l'artiste. Lors du soulèvement de l'aile, ses plumes s'écartaient sous l'effet du levier p, qui pivote autour du point fixe P, sous l'impulsion de la tige o, attelée au support fixe n. C'est cet écartement des plumes maîtresses de chaque aile, qui a fortement contribué à la célébrité de cet automate et qui le distingue de tous ses concurrents. Ce détail est d'ailleurs particulièrement mis en valeur sur les gravures représentant l'horloge de Dasypodius.
mecanisme ailes
Mécanisme des ailes
Dessin A. et T. Ungerer
mouvement ailes
Schéma du mouvement des ailes. Coupe transversale.
Dessin A. et T. Ungerer
Reste à mentionner la peinture de l'Aderlassmann (l'homme aux saignées) au premier étage sur le côté opposé à la porte d'entrée et qui représentait un corps humain, sur lequel étaient désignés les membres et les signes zodiacaux qui les gouvernent. Un autre panneau, à l'étage en-dessous, donnait les explications nécessaires, en indiquant les aspects néfastes ou bénéfiques pour l'application des ventouses ou la pratique des saignées, opérations très en vogue à cette époque et qui étaient soumises à l'influence du soleil, de la lune et des planètes.

Vu le très mauvais profil des dentures en fer forgé de cette époque, les poids moteurs devaient être très lourds, ce qui favorisait une forte usure. Une première réparation fût faite en 1399. En 1450 on procédait encore à la réparation du coq: on peut donc admettre que l'horloge des trois rois était encore en fonction à cette époque. On pense qu'elle s'arrêta définitivement vers la fin du XV° ou le commencement du XVI° siècle. C'est vers 1531 qu'on décida de la remplacer.

2. L'horloge de Dasypodius

Les «pères fondateurs»

Après que fût fondée en 1538 la Schola Argentiniensis, qui devint en 1566 l'Académie et finalement en 1621 l'université de Strasbourg et après que son directeur-fondateur Jean Sturm, eût recruté un personnel d'élite, le magistrat trouva facilement sur place un savant apte à élaborer un projet d'horloge astronomique et à surveiller par la suite son exécution. Son choix se porta sur Chrétien Herlin, mathématicien érudit, qui s'assurait le concours de ses deux amis Nicolas Bruckner, théologien protestant et le docteur Michel Herr, tous deux habiles calculateurs férus d'astronomie et d'astrologie.
Dès que le plan général fût bien établi, on se mit en rapport avec le maître d'oeuvre de la Cathédrale, Bernard de Heidelberg, pour arrêter les dimensions de l'édifice de la future horloge. L'ensemble du projet issu de cette collaboration fut exécuté par la suite sans modification.
Entrepris en 1547, les travaux furent menés rapidement jusqu'à l'année suivante, lorsqu'entra en vigueur l'Intérim d' Augsbourg, qui rendit la cathédrale au culte catholique. Le magistrat et les savants engagés dans ce projet étant tous protestants, s'en désintéressèrent dès lors totalement. L'édifice de l'horloge était alors terminé jusqu'en-dessous du couronnement et l'escalier était presque achevé, ainsi que la cage en fer forgé du mécanisme principal et diverses roues dentées. Le safiha de l'astrolabe était tracé.
Tout resta ainsi bloqué pour plus de dix ans.

Lorsque, en 1558, la Cathédrale fût restituée aux protestants, Bruckner et Herr étant morts entre temps, Herlin était trop occupé pour pouvoir s'acquitter à lui seul des travaux; la mort le surprit le 21 octobre 1562. Son successeur dans la chaire de mathématiques fut Conrad Dasypodius (1532-1601), fils de l'humaniste suisse Pierre Raufuss et dénommé Dasypodius patte velue selon la coutume de l'époque. Il étudia le dossier horloge, hérité de son prédécesseur et se mit à la recherche de collaborateurs compétents. Il s'assura ainsi de la collaboration de son ami David Wolkenstein, savant et astronome, du célèbre mathématicien Oswald Schrenckenfuchs de Fribourg. L'exécution des mécanismes fut confiée à l'horloger suisse Isaac Habrecht (1544-1620) et à son frère Josias. Les travaux artistiques incombaient l'artiste-peintre suisse Tobie Stimmer (1539-1582).
Le contrat avec les Habrecht fût signé le 26 juillet 1571 et les deux frères s'engageaient livrer et à monter tous les mécanismes, très exactement énumérés par le contrat, pour le prix de 700 florins dans un délai de trois ans, délai qui fût scrupuleusement tenu. L'horloge pût être mise en marche le jour de la Saint-Jean en 1574. La garantie était de douze ans. Entre-temps, l'architecte de la cathédrale Jean-Thomas Ulberger avait achevé l'édifice de l'horloge par un couronnement en pierre de taille sur lequel il plaça sa propre statuette. (Edifice qui abrite aujourd'hui l'horloge de Schwilgué).

La structure de l'horloge

L'horloge était conçue de la façon suivante: en bas, un soubassement en pierre de taille revêtue de boiseries d'une largeur de 7,70 mètres sur 4,15 mètres de hauteur comporta en son milieu un calendrier flanqué de part et d'autre de tableaux d'éclipses. Au-dessus du calendrier fût prévu un carrousel des jours de semaine lui-même surmonté d'un cadran à minutes. Sur ce soubassement, une tour centrale de 3,10 mètres de large, également en pierre de taille s'élève jusqu'à 18 mètres au-dessus du pavement de l'église. Cette tour comportait du bas vers le haut, le cadran-astrolabe, le cadran de phases lunaires et les deux étages à automates. À gauche de cette tour centrale s'élève la tour des poids de 1,25 mètre de large sur 1,25 mètre de profondeur, qui constituait une chute utile de 11,50 mètres pour les différents poids moteurs. Sur cette tour était perché le coq de l'horloge des trois rois. À droite un escalier en colimaçon permet l'accès des différents étages. Afin que cette nouvelle horloge astronomique puisse donner également l'heure au public de la Place du Château, on décida de la compléter par un grand cadran extérieur sur la façade méridionale du transept.

cadran exterieur
Horloge de Dasypodius: le cadran extérieur de 1574.

Ce cadran fût exécuté sans tarder. Toutefois son globe lunaire ne fût ajouté que beaucoup plus tard. Nous revenons à présent sur les différentes parties de cette horloge pour en donner l'explication détaillée.

Le rouage principal

Ce rouage est conservé au Musée du Château des Rohan. Il était placé au premier étage et mesure 1,02 mètre × 2,05 mètres, hauteur 1,92 mètre, et comporte trois compartiments. Celui du milieu, le mouvement régulateur, était muni primitivement d'un échappement à foliot, tel que nous l'avons vu sur l'horloge des trois rois. Après que Huygens eut introduit l'emploi du balancier dans l'horlogerie, ces échappements, mauvais régulateurs, furent remplacés presque partout par l'échappement à verge.

echappement a verge
L'échappement à verge (XVII°-XIX° siècles)
A: roue de rencontre; B: palettes; C: verge; G: fourche; H: tige du pendule; I: suspension.

En 1732, l'horloger Jean-Jacques Straub-Haar procéda à cette transformation importante. Tous les rouages et axes sont en fer forgé. Le rouage de gauche sonnait les quatre quarts par l'intermédiaire des automates les quatre âges, et déclenchait l'ange au sablier. Celui de droite frappait les heures par la scène la mort et le Christ. En-dessous de ces rouages passait une transmission horizontale aboutissant à une transmission verticale qui communiqua le mouvement aux autres mécanismes, vers le haut et vers le bas.

schema général
Schéma général de l'horloge de Dasypodius.
Dessin H. Bach.

Le cadran-astrolabe

Le fait que l'horloge devait comporter comme pièce maîtresse un cadran-astrolabe géocentrique ne fut pas du goût de Dasypodius, admirateur de la théorie de Copernic. Or les travaux étaient déjà trop engagés pour permettre un changement. En signe de protestation, il fit copier par Tobie Stimmer un portait de Copernic et le fit placer bien en évidence sur la face avant de la tour des poids. Le cadran-astrolabe est en somme l'automatisation de l'astrolabe classique, l'instrument astronomique le plus parfait et le plus sophistiqué des anciens astronomes et qui fût inventé en Alexandrie dès le II° siècle. Pour comprendre cette pièce maîtresse de l'horloge, nous devons nous replonger dans l'astronomie géocentrique qui montre les mouvements apparents du soleil, de la lune et du ciel étoilé, tels qu'ils nous apparaissent vus de la terre, centre apparemment fixe de l'univers.

Le ciel nocturne nous apparaît comme une immense sphère étoilée, dont la terre est le centre immobile. Cette sphère étoilée semble animée d'un mouvement de rotation très régulier et lent autour d'un axe oblique qui passe par l'étoile polaire. Le sens de rotation est tel que les étoiles se lèvent à l'Est pour se coucher à l'Ouest. Les mêmes étoiles reviennent chaque nuit un peu plus tôt aux mêmes endroits, exactement après 23 heures, 56 minutes et 4,09 secondes, soit une journée sidérale, cependant que le soleil prend 24 heures pour faire un tour apparent, soit un retard de 4 minutes environ par jour sur les étoiles. Imaginons un instant un soleil, qui ne soit pas plus lumineux que la lune. Nous pourrions alors constater jour après jour son retard sur les étoiles qui l'environnent et nous pourrions constater finalement que ce retard atteindra un tour complet après 365 jours, 5 heures, 48 minutes et 48 secondes, une année tropique, période après laquelle le soleil se lèvera à nouveau avec la même étoile qu'au début de nos observations. Admettons en plus que le soleil laisse dans son mouvement de retard une trace rouge dans le ciel étoilé, nous verrions alors ce cercle rouge se fermer. Imaginons encore que le plan de l'équateur terrestre soit étendu jusqu'à la sphère étoilée et y laisse une trace verte, l'équateur céleste: nous constaterions alors que le cercle rouge, l'écliptique, trace annuelle laissée par le soleil, coupera ce cercle vert, l'équateur céleste, en deux points opposés du ciel étoilé et sous un angle de 23 degrés et demi environ.

L'illustration suivante montre ces deux cercles avec leurs points d'intersection.

astronomie geocentrique
L'astronomie géocentrique.
Dessin P. Ju d'après H. Bach.

Celui tourné vers nous est le point gamma, origine de toutes les coordonnées en longitude, données sur l'écliptique, aussi bien qu'en ascension droite sur l'équateur céleste. Les anciens avaient subdivisé l'écliptique, orbite solaire apparente annuelle, en douze signes zodiacaux, ce n'est donc pas par hasard que l'année comprend douze mois. Avec cette invention, le calendrier était né. Ces signes sont, en commençant au point gamma: le bélier, le taureau, les gémeaux, le cancer, le lion, la vierge, la balance, le scorpion, le sagittaire, le capricorne, le verseau et les poissons (2).

Lorsque le soleil se trouve au point gamma de sa trajectoire, le 21 mars, il nous contourne ce jour-là sur l'équateur céleste, c'est l'équinoxe du printemps. La durée du jour est alors égale à la durée de la nuit. Lorsque, trois mois plus tard, le 21 juin, commencement de l'été, le soleil entrera dans le signe du cancer; il nous contournera ce jour-là sur un cercle parallèle à l'équateur céleste, mais situé bien plus haut, le tropique du cancer. Ce sera la journée la plus longue de l'année et la nuit la plus courte. A midi, heure vraie, le soleil occupera alors la position la plus haute de l'année. Encore trois mois plus tard, arrivé au point vernal opposé, nouvelle équinoxe et commencement de l'automne, le soleil nous contournera ce jour-là à nouveau sur l'équateur céleste, donc il y aura à nouveau égalité entre le jour et la nuit. Vers Noël enfin, le 21 décembre, lorsque le soleil entrera dans le signe du Capricorne, nous aurons le jour le plus court et la nuit la plus longue, puisque le soleil nous contournera ce jour-là sur le tropique du Capricorne, sa trajectoire diurne la plus basse... pour nous, habitants de l'hémisphère boréale.

La lune, notre satellite naturel, nous contourne dans le même sens que les étoiles et le soleil, (c'est évident, puisque en réalité c'est la rotation diurne de la terre qui provoque ces mouvements apparents), mais elle perd un tour complet sur le soleil en un mois synodique de 29 jours, 12 heures, 44 minutes et 3 secondes. Comme c'est le soleil qui éclaire la lune, ce mouvement différentiel provoque les phases lunaires bien connues. Si la trajectoire de la lune autour de la terre évoluait dans le même plan que la trajectoire annuelle apparente du soleil autour de la terre (plan de l'écliptique), la lune passerait par l'ombre de la terre à chaque pleine lune et devant le soleil à chaque nouvelle lune. Nous aurions alors droit, chaque mois, à une éclipse lunaire suivie une quinzaine de jours après d'une éclipse solaire. Or ces deux trajectoires occupent deux plans qui se croisent sous un angle de cinq degrés environ et qui se coupent dans la ligne des noeuds

orbite lunaire
L'orbite lunaire.
Dessin H. Bach.

Ainsi les éclipses ne pourront avoir lieu que si le soleil et la pleine lune sont en opposition sur cette ligne (éclipse lunaire), ou lorsque le soleil et la nouvelle lune se trouvent en conjonction soit au noeud ascendant ou au noeud descendant. Ce qui complique encore les choses, c'est que cette ligne des noeuds est animée d'un mouvement de précession relativement rapide, qui lui fait faire le tour complet de l'écliptique en 6783 jours et 12 heures, soit environ 18213 années. Ainsi, puisque le cadran-astrolabe doit indiquer les éclipses, ce mouvement de précession de la ligne des noeuds ne peut pas y être négligé; contrairement à celui de la précession des équinoxes, qui a une période de quelque 26 000 ans(2).

Nous en venons ainsi au cadran-astrolabe. Tout ce que nous venons de voir en représentation sphérique dans l'espace, devra être projeté sur un plan, le plan du cadran. Pour ce faire, on utilise la projection stéréographique polaire, inventée depuis le deuxième siècle.

En voici le principe: soit A la sphère céleste renversée, avec en N son pôle Nord et en S son pôle Sud. Soit Z le zénith du lieu et Na, son opposé, le nadir. L'axe Z-Na est donc la verticale passant par le lieu considéré, par exemple la ville de Strasbourg. Le cercle E est l'équateur céleste et les cercles Kr et St sont les tropiques du cancer et du capricorne, trajectoire la plus élevée et plus basse du soleil. La verticale Z-Na de Strasbourg fait un angle de 48° 35' avec l'axe du monde N-S; c'est la latitude de Strasbourg. Parallèles à l'horizon sont tracés des cercles d'égale hauteur almicantarats de 10 en 10 degrés. Perpendiculairement à l'horizon et issus du zénith, sont tracés des cercles verticaux, donnant les azimuts de 10 en 10 degrés par rapport au méridien de Strasbourg. Supposons que cette sphère soit formée de cerceaux en fil de fer, soudés ensemble. Supposons cette sphère posée sur une planche à dessin, le pôle Nord en bas et qu'une lumière pointiforme (ampoule de lampe de poche) soit fixée au pôle Sud. Le tout étant dans l'obscurité, l'ampoule allumée, on verra sur la planche à dessin apparaître le tracé B, rabattu vers le bas dans l'illustration suivante.

firmant strasbourg
Projection stéréographique du firmament de Strasbourg.
Dessin H. Bach.
C'est la projection stéréographique polaire du firmament de Strasbourg, vue du pôle austral, avec sa ligne d'horizon, ses almicantarats et ses verticaux (4). L'horizon H y sépare la partie visible du ciel de la partie invisible, hachurée sur le dessin. Le tropique du capricorne forme le pourtour extérieur St du tracé, la trajectoire diurne la plus basse du soleil. Le cercle concentrique E représente l'équateur céleste, trajectoire diurne du soleil aux équinoxes et le cercle intérieur Kr est le tropique du cancer, sa trajectoire la plus élevée. On remarquera que l'angle diurne embrassé par le tropique du cancer est bien plus grand que celui embrassé par le tropique du capricorne.

Cette projection stéréographique polaire tournée de 90°, partie hachurée vers le bas, fournit le fond fixe, le safiha, du cadran-astrolabe classique.

cadran astrolabe
Projection stéréographique du firmament de Strasbourg.
Dessin H. Bach.

Devant ce fond fixe tourne dans le sens des aiguilles d'une montre, l'araignée qui représente en projection stéréographique le ciel étoilé avec le cercle de l'écliptique, tangent aux deux cercles concentriques des tropiques du safiha.
Sur l'écliptique sont projetés les douze signes du zodiaque. Devant cette araignée, qui fait un tour par jour sidéral, tourne dans le même sens l'aiguille solaire à raison de un tour par jour civil de 24 heures. Le point d'intersection de cette aiguille solaire avec l'écliptique (sur laquelle elle perd un tour par an) représente sur le safiha fixe la position momentanée du soleil dans le ciel de Strasbourg et ceci à tout moment du jour et à n'importe quelle saison; aussi bien en hauteur par rapport à l'horizon, qu'en direction par rapport au méridien de Strasbourg.
Ce point solaire parcourt au 21 mars et au 23 septembre l'équateur céleste, dont l'arc diurne est égal à l'arc nocturne et au 21 juin, respectivement au 21 décembre, les tropiques du cancer et du capricorne avec leurs angles diurnes extrêmes. Une aiguille lunaire tourne dans le même sens, en perdant un tour sur l'aiguille solaire en un mois synodique de 29 jours et demi. Ainsi lorsque l'aiguille lunaire est en conjonction avec l'aiguille solaire, c'est la nouvelle lune et à l'opposition c'est la pleine lune. En plus on voit les signes du zodiaque occupés par le soleil et la lune.
Une aiguille du dragon, dont la tête et la queue représentent respectivement le noeud ascendant et descendant de la lune, tourne dans le même sens, en dépassant l'araignée d'un tour en 18 et 2/3 années. Lorsque la pleine lune ou la nouvelle lune ont lieu en concordance avec l'aiguille du dragon, il y aura éclipse de lune dans le premier et éclipse de soleil dans le second cas.
Sur les vestiges du cadran-astrolabe de Dasypodius tels qu'ils sont visibles au musée, les principales étoiles fixes proches de l'écliptique étaient représentées sur l'araignée. En plus des coordonnées du ciel, le safiha montrait dans sa partie nocturne les courbes des heures inégales de l'ancien testament, ainsi que les douze maisons du ciel chers aux astrologues. Ces dernières étaient peintes alternativement en rose et en bleu-clair.
Malheureusement on crut devoir ajouter à son rouage en fer forgé, les aiguilles des planètes Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne, ce qui fut une grave erreur. Le mouvement apparent (vu de la terre) des planètes ne peut être représenté convenablement que par des rouages épicycliques, solution qui dépassait les possibilités de nos constructeurs (5).
Pour les aiguilles de Mercure et de Vénus, on se contenta de les rendre solidaires de l'aiguille solaire. L'aiguille de la planète Mars dépassait l'aiguille solaire d'un tour en 737,64 jours, celle de Jupiter perdait un tour en 4379 jours et celle de Saturne perdait un tour en 10 957 jours, toujours sur cette même aiguille solaire.

rouage astrolabe
Schéma du rouage de l'astrolabe.
Dessin H. Bach.

La discussion mathématique des rouages de cet astrolabe dépasserait le cadre de cet exposé(6).

Le calendrier

Le calendrier de l'horloge de Dasypodius nous reste conservé entièrement à la salle d'horlogerie du Musée. Il est formé d'une couronne circulaire d'un diamètre extérieur de 2,92 mètres et d'une largeur de 30 cm. Il est divisé en 366 secteurs journaliers, qui défilaient d'un mouvement lent et continu derrière la flèche d'une statue d'Appolo, qui indiquait ainsi pendant toute l'année le quantième du mois, avec sa lettre dominicale et les Saints du jour. Le 29 février fût sauté manuellement par l'horloger de service, lors des années communes. La lettre dominicale servait à situer les dimanches. Les sept premières lettres de l'alphabet étaient peintes sur les secteurs journaliers en commençant par le premier janvier et en les répétant jusqu'au 31 décembre. Ainsi si le premier dimanche d'une année commune tombait sur le 3 janvier, la lettre dominicale de cette année était la lettre C et tous les secteurs marqués d'un C étaient des dimanches. Le 29 février ne recevait pas de lettre dominicale, il fallait donc pour les années bissextiles indiquer deux lettres dominicales, la première pour les mois de janvier et février, la deuxième pour le reste de l'année.

Une deuxième couronne, intérieure à la première est divisée en 100 secteurs, correspondant à 100 années consécutives. Un seul secteur est visible derrière la fente d'une aiguille verticale fixe. Sur ce secteur on pouvait lire pour l'année en cours les indications suivantes: le millésime de l'ère chrétienne; le millésime depuis la création du monde; jour heure et minute de l'équinoxe du printemps; la date du dimanche quincagésime; la date de l'ascension; le premier avent; le nombre de jours et de semaines entre Noël et Quincagésime; idem entre Noël et Pâques ainsi que la ou les lettres dominicales pour l'année commune ou bissextile. Cette couronne centrale avançait automatiquement d'un pas dans la nuit du nouvel an et devait être repeinte tous les cent ans. C'est ce qui fût fait la dernière fois en 1669 pour les années 1670 à 1769. On peut constater sur cette dernière couronne séculaire qu'à cette époque l'équinoxe du printemps était encore fixée au 9 et au 10 mars, la réforme du calendrier décidée par le Pape Grégoire XIII en 1582 n'ayant en effet été acceptée par les protestants de la ville de Strasbourg que le 1° mai 1682. Les secteurs correspondant aux années bissextiles étaient peints en rouge sur cette couronne séculaire. Le centre du calendrier est occupé par un disque immobile, représentant une carte géographique de l'Alsace et des pays limitrophes.

Les tableaux des éclipses

De part et d'autre du calendrier étaient disposés deux tableaux, tableaux sur lesquels les éclipses solaires et lunaires étaient précalculées pour une trentaine d'années. Ils furent repeints pour la dernière fois pour les années 1670 à 1699 d'après les calculs du professeur Pierre Reichelt.

Les autres cadrans

Au-dessus du calendrier, sur un cadran divisé en quarts d'heures et en minutes, une aiguille à minutes faisait un tour par heure. Au-dessus de l'astrolabe, un autre cadran indiquait l'âge de la lune et montrait les phases lunaires suivant une méthode très en vogue sur les horloges anciennes: un axe sur lequel sont fixées deux nouvelles lunes opposées, fit un tour en 2 x 29,5 jours, derrière une tôle découpée et montrait ainsi les phases d'une façon assez primitive. Une aiguille solidaire de l'axe central indiquait l'âge de la lune sur le cercle extérieur divisé en deux fois 29,5 jours. Pour montrer la solution qu'il aurait préféré, Dasypodius fit ajouter un globe lunaire, moitié doré, moitié peint en noir sur le cadran extérieur déjà terminé.

Le carrousel des jours de semaine

Dans une niche prévue au-dessus du calendrier, défilaient les chars occupés par les sept divinités mythologiques qui régissent les jours de la semaine. Ces chars étaient disposés sur un grand plateau horizontal en bois, qui fit un tour par semaine d'un mouvement lent et continu. Le dimanche était représenté par Apollon assis dans un char tiré par deux chevaux blancs; lundi par la déesse Diane, le char étant tiré par un cerf; mardi par le dieu Mars, tiré par un cheval noir; mercredi par le dieu Mercure, tiré par deux léopards; jeudi par le dieu Jupiter, tiré par un dragon; vendredi par la déesse Vénus, tirée par deux colombes blanches; samedi par le dieu Saturne, dévorant un enfant, le char tiré par un dragon. Les chars de Diane, Mars, Mercure et Saturne étaient si bien conservés, qu'ils furent réemployés dans l'horloge actuelle. Les autres furent refaits d'après les croquis de Tobie Stimmer, qui nous restent.

La sonnerie des quarts

Sur l'encorbellement qui surplombait le cadran des phases lunaires était disposé un plateau circulaire horizontal; relié par une tringlerie de transmission à la roue première de la sonnerie des quarts. Ce plateau fit donc un quart de tour à chaque déclenchement de ce rouage. Sur ce plateau étaient disposées quatre statuettes en bois polychromé représentant les quatre âges de l'homme. Chacune pouvait pivoter autour de son axe central vertical. Un ressort de rappel ramenait la statuette dans sa position de repos. Au bas de chacune était fixé un petit levier dirigé vers l'extérieur, ces leviers étaient disposés à des hauteurs différentes. Celui de l'enfant était le plus élevé. Sur le parcours des statuettes quatre clous verticaux de différentes longueur pouvaient être accrochés par ces leviers. Au-dessus, huit timbales étaient suspendues en arc de cercle; les quatre premières étaient en bronze, les autres des imitations en bois. Ainsi, au premier quart le levier de l'enfant, levier le plus haut placé, accrochait le premier clou, le plus long, faisait faire à la statuette un quart de tour vers le public et dès la libération de son levier, celle-ci était ramenée brusquement dans sa position de repos par son ressort, en frappant un coup sur la première clochette avec sa balle métallique. Son levier passait ensuite librement au-dessus des autres clous, sans accrocher. De la même manière l'adolescent accrochait deux fois et frappait deux coups avec sa flèche sur les deux premières clochettes, le guerrier trois, avec sa massue et le vieillard quatre avec sa béquille. Le dispositif était tout à fait ingénieux quoique primitif et probablement assez bruyant.

La sonnerie des heures

Au-dessus de l'automate des quatre âges se trouvait une scène, où le Christ et la Mort semblaient se disputer la prérogative de sonner les coups des heures. Sur un plateau tournant horizontal étaient fixées les statuettes, le Christ à gauche et la Mort à droite, les deux face à face. Entre eux était suspendue la cloche des heures. Un ressort de rappel ramenait le plateau dans la position où la Mort touchait la clochette. À chaque coup des heures, le plateau était tiré vers la droite, ce qui bandait le ressort de rappel et fût ensuite relâché, ce qui le fit revenir brusquement vers la gauche. Tous les auteurs sont d'accord pour décrire la scène comme suit: le Christ se rapprochait lentement de la clochette et subitement la Mort bondissait pour y frapper le coup avec son os faisant reculer vivement le Christ, comme s'il était chassé par la Mort. Image peu rassurante pour le croyant et peu conforme à l'Evangile. Or il est certain que la Mort frappait l'heure, car elle tient un os métallique à la bonne hauteur et la statuette du Christ n'était nullement équipée pour le faire.
Une explication un peu plus satisfaisante pourrait être la suivante: dans l'oeuvre de Johannes Friese; Neue Vaterländische Geschichte der Stadt Strassburg, volume 1 page 225, on lit: Unmittelbar über denselben (die vier Alter) hängt die Stundenglocke, an welcher der Tod die Stunde schlägt, aber von dem Herrn Christus jedes mal wieder zurücke getrieben wird. ("Directement au-dessus d'eux (les quatre âges) est suspendue la cloche des heures, sur laquelle la mort sonne les heures en étant toutefois toujours refoulée par notre Seigneur Jésus Christ). Ainsi à l'origine la sonnerie se serait arrêtée, le plateau tiré vers la droite, ce que les horlogers nomment arrêt sur levée, laissant ainsi le dernier mot au rédempteur. Or ce réglage est évité en horlogerie parce qu'il en résulte un démarrage très difficile qui demanderait un poids moteur très lourd. On lit plus loin, page 223 de ce même volume: Dermalen ist es (das Uhrwerk) ganz auseinander gelegt, weilen es wieder einer neuen Ausbesserung bedarf welche unser berühmter Künstler, Herr Maybaum, übernehmen wird (1792). ("Actuellement elle (l'horloge) est entièrement démontée, pour avoir à nouveau besoin de réparation, réparation qu'assurera notre éminent artiste, Monsieur Maybaum"). On peut en conclure que Maybaum, pour décharger le rouage très fatigué, fit retomber le levier d'arrêt de la sonnerie des heures après la frappe du dernier coup et avant la nouvelle levée. Réglage normal, qui lui permettait d'alléger considérablement le poids moteur. On peut supposer que depuis cette réparation, le Christ n'avait plus le dernier mot.

Les deux génies

Le balcon, au-dessus du carrousel des jours de semaine portait deux génies en bois polychromé, qui flanquaient le cadran des minutes. Celui de gauche battait avec son sceptre la mesure des coups des heures, celui de droite tenait un sablier qu'il tournait d'un demi-tour à chaque heure. Le petit rouage en fer forgé du sablier était déclenché par la sonnerie du quatrième quart. Il existe encore au musée du château des Rohan.

Le carillon

Dans le couronnement de l'horloge étaient suspendus 10 timbres accordés dans le grave sur les notes do, ré, mi, fa, sol, la, si-bémol, si et dans l'octave supérieure do et ré. Le mécanisme pouvait recevoir six cylindres interchangeables, dont trois provenaient encore de la première horloge et furent transformés par Wolkenstein. Ce carillon jouait des airs correspondants aux différentes liturgies de l'année ecclésiastique:
1) Psaume 130, Aus Tiefer Not schrei ich zu dir.
2) Pour Noël, Ein Kindelein so liebelich ist uns geboren heute.
3) L'oraison dominicale, Unser Vater im Himmelreich.
4) Pour la Passion, O Mensch, bewein dein Sünden gross.
5) Pour la Pentecôte, Nun bitten wirden heiligen Geist.
6) Pour Pâques, Christ ist erstanden.

Le chant du coq

Comme nous le disions plus haut, le coq de l'horloge des trois rois était encore en si bon état que Dasypodius le réutilisa pour sa nouvelle horloge. Le mécanisme qui le mettait en mouvement est encore conservé au musée du Château des Rohan. Il se compose de deux rouages, actionnés par poids. L'un contient les cames et leviers pour le battement des ailes et le soulèvement de la tête par l'intermédiaire de fils de tirée, l'autre soulevait le soufflet du chant du coq et le laissait se refermer par saccades au moment opportun. (La description de ce coq a été donnée au chapitre de l'horloge des trois rois).

Les trois cadrans solaires

Les trois angles du pignon de la façade méridionale du transept sont ornés de trois cadrans solaires très intéressants à l'élaboration desquels David Wolkenstein avait étroitement contribué. Dans l'angle supérieur, c'est un cadran déclinant classique; sa déclinaison est de 28° environ. Celui de l'angle inférieur de droite, comporte dans l'espace limité par les deux hyperboles des solstices et la ligne de l'horizon une sorte de quadrillage constitué par deux faiseaux de droites convergentes. Il indique à une heure quelconque de la journée les heures écoulées depuis le lever du soleil. Orae ab ortu et celles qui s'écouleront jusqu'au coucher du soleil Orae ab occasu. En additionnant les deux indications, on trouve la durée du jour, et ceci même en l'absence de tout soleil et bien entendu à n'importe quelle saison.
Le cadran solaire de l'angle inférieur gauche comporte une série de verticales coupées par des branches d'hyperboles et indique à tout instant du jour l'azimut du soleil et sa hauteur au-dessus de l'horizon, indications déjà fournies par le cadran-astrolabe intérieur. Au-dessus des deux cadrans inférieurs sont gravées deux devises: celle de droite, empruntée à Ovide, Tempus edax rerum (Le temps qui dévore tout), celle de gauche, Veritas temporis filia (La vérité est fille du temps)(7).

Le globe céleste

Dasypodius avait hérité de son prédécesseur Herlin un globe terrestre. Il le transforma en globe céleste avec l'aide de son collaborateur David Wolkenstein, du peintre Tobie Stimmer et de l'horloger Isaac Habrecht. Après quoi il en dota son horloge astronomique en tant que don personnel pour son oeuvre exécutée à la gloire de Dieu. Ce globe, conservé au Musée du Château des Rohan a un diamètre de 86 centimètres et montre 48 constellations, totalisant 1 022 étoiles fixes. Il est monté sur un axe incliné faisant un tour par journée sidérale. Deux alidades le contournent, l'un pour le soleil, faisant un tour par 24 heures, l'autre pour la lune, perdant un tour sur le premier en un mois synodique, arrondi à 29,5 jours. L'écliptique est peinte directement sur le globe et ne tient pas compte de la précession des équinoxes. Les alidades solaire et lunaire comportent une longue fente, dont l'intersection avec l'écliptique indiquait à tout moment la position du soleil et de la lune moyenne dans le ciel de Strasbourg.
Toutefois pour la lune cette indication n'était précise qu'au moment du passage de celle-ci au noeud ascendant ou descendant, seules positions où la lune se trouve sur l'écliptique. L'axe du globe est logé dans un arc méridien sur lequel on peut encore relever la latitude des capitales et d'autres villes de certains pays. Cet arc est encastré dans une rampe horizontale, qui représente l'horizon de Strasbourg et sur laquelle est peint un calendrier zodiacal.

Le rouage astronomique placé sous le globe était primitivement couvert par un pélican s'ouvrant la poitrine pour nourrir ses jeunes (symbole de l'éternité). Ce pélican a disparu. Le rouage est en fer forgé et ne comporte aucune vis, tous les assemblages sont assurés par des clavettes. La vis sans fin y est toutefois utilisée à deux reprises comme élément d'engrenage, une fois à un filet à droite, l'autrefois à un filet à gauche. L'analyse mathématique de ce rouage différentiel dépasserait le cadre de cet exposé (6), sachons toutefois que l'erreur dans le mouvement de révolution sidérale du globe ne dépassait pas 1,72 seconde par an, résultat très honnête pour l'époque. Par contre le mois synodique de l'alidade lunaire fût moins bien résolu. Il fit un tour en 29,5 jours au lieu de 29,53 jours.

rouage globe
Schéma du rouage du globe.
Dessin H. Bach.

Lors d'une réparation, en avril 1953, nous avons découvert à l'intérieur de la sphère céleste deux parchemins et nous avons pu constater à cette occasion qu'elle est constituée de papiers et de chiffons de lin, encollés de colle de pâte et étendus sur une carcasse formée de cerceaux de bois. Les feuilles de papier étaient fournies par les 192 pages non encore reliées du Lobgesang Te Deum Laudamus du Docteur Martin Luther, 1541.
Dasypodius dit à ce sujet: Diese kugel hatt drey werck schuch in der weite / und wigt ein Centner / ist Künstlich auss tuch / pappeyr / leyen / kreyd und anderer matery also zu bereit /das kein würm oder anders schaden daran thun kan / sonder werhafftig sein und bleiben wirt /welches ich gehabt /und als ich dises astronomisch werk hab angefangen. meinen G.G.H. zu ehren und gefallen. ("Cette sphère a un diamètre de trois pieds et pèse un quintal, elle est faite artificiellement en étoffe, en papier, en chiffons de lin, en craie (plâtre) et autres matières, de telle sorte qu'aucune vermine ou autre ne puisse lui nuire, mais qu'elle restera telle que je l'avais lorsque j'ai commencé cette oeuvre astronomique en l'honneur de mon Seigneur et pour lui plaire").

Le premier parchemin est écrit par Hans Erstein, qui avait confectionné la sphère dans la Melwog am weissen thum.
Voici le contenu de son message:

Dey kugel ist gemach worden /von Meyr hans Ersten im Ior /1546 /und ist imselbigen Ior Der keysser /weyder dey protestiemder fürsten und / stett stende des Rich gezugen sy zu / kreigen an der thonog bey thonen werden / Im selben Ior ist das bolwerck in S. Johanss gartten gemach worden dar / zu das an steinstrasser tor gegressert / worden und ist der gedeck steg by der / johanser kloster ouch gemach worden / Es war ouch im selben Ior ein richer Herbst h. Martin herlin / was ammeister uff der kyrssner stub / und ist das bolwerck un der gants bu am Mezger thor uss gemach worden / und ist dey kogel in der Melwog am weyssen thum zu strassburg vum selbigen weger gemach worden / Als dy kugel ussgemach ist worden biss / in insetzung der stiff hab ich dy kugel /wiedruff gethon /im Ior 1549 den 16ierner /und das ingeby her uss gethon und den stiffingesetz do ist dyse Epistel dorin gelent worden von heynrich Zellen der das werck bescheben hatt / uff den 26 tag Ierners des iars 1549 im / selben dagen so dy kugel uff gestanden ist do / hatt sich das boptum uff gereigett gott geb /das es nitt lang were dan es ist grass / schelmerey uff erden gewesen /ich habe Ein Knaben verlast heyss conrath/ Erstein. Cette sphère a été exécutée par moi, Hans Ersten (Erstein) en l'année 1546, et cette même année l'empereur est allé porter la guerre aux princes et au cités protestataires de l'Empire, sur le Danube près de Donauwörth. La même année la fortification du jardin de Saint-Jean a été érigée; de plus, celle près de la porte de la rue des pierres a été agrandie, et, de même, exécuté le pont couvert près du couvent des Johannites. Il y eut un riche automne (vendange) cette année-là. M. Martin Herlin était ammestre au poêle de la Tribu des Pelletiers, et le rempart, de même que toute la construction à proximité de la tour des Bouchers ont été terminés, et la sphère a été parachevée par ce même (Hans Erstein) dans la Melwog près de la Tour blanche à Strasbourg.

Lorsque la sphère fut achevée, et prête à recevoir son axe, je l'ai ouverte à nouveau le 16 janvier 1549, j'en ai extrait les éléments intérieurs et j'ai introduit l'axe. C'est à ce moment que cette épître y a été déposée par Heinrich Zell, lequel a examiné l'ouvrage le 26° jour de janvier de l'an 1549. Ces mêmes jours, alors que la sphère fût ouverte, la papauté s'est soulevée: Dieu fasse que cela ne dure pas longtemps, car la méchanceté était répandue sur la terre.
J'ai laissé un jeune garçon qui s'appelle Conrath Erstein.


Le deuxième parchemin émane de Heinrich Zell, le cartographe auteur du globe géographique. Sa datation  (1549) est exprimée de seize manières différentes: (0) en l'an 5510 depuis la création du monde, en l'an 3853 depuis le déluge, en l'an 1549 depuis la naissance de Jésus Christ, en l'an 747 de l'Empire Occidental Romain, en la 30ème année de règne de l'empereur Charles Quint, en l'an 97 de l'empire Ottoman Turc, en la 31ème année du règne de Soleyman II le Magnifique, en l'an 339 de la Papauté, en l'an 16 du pontificat de Paul III, en l'an 1112 du royaume gaulois, en l'an 3 du règne de Henri II, en l'an 1172 du règne hispanique, en l'an 34 du règne du roi Charles V, en l'an 24 du règne de Ferdinand I roi de Bohême et de Hongrie, en l'an 650 du royaume d'Angleterre, en la 3° année du règne d'Eduard VI. En voici le texte:
Supra scripto tempore Corpus Globi huius ac Geographici perfetum / est mense Martio per... / cum Germanorum res turbulentissimae Germanorum / Libertas tota fore per Carolum V oppressa / Revivescente papatu adiuvante C. V. / Evangelio Christi Salvatoris nostri Ecclipsim patiente / non mediocrem / Rupto foedere schmalckadico / Captis a C.V. Duce electore Joanne Frederico Saxone / in pugna Landgravio autem Philippo Hassiae / totius Schmalckaldici foederis aut potius totius Germaniae / proditore Capto per deditionem / Hispanis sumas rerum per totam Germa / niam occupantibus / Adventante Filio Caroli V Sispaniarum Regis / in Germaniam / Apud Argentinenses (qua in civitate opus hocgeo /graphica confectum est / deficiente plane nobilitate / Aut ut Germanis loquar: Do der Adel an / der Stat dass mehrer theyl ist zu Schelmen /worden (und die Statt verraten und verkaufft / haben) und danarch seindt aus der Statt entwichen / Consule argentinensium Jacobo Meyer in / tribu Laniorum Lineamenta vero et quae ad geograpphiam / pertinent deduxit atque conscripsit / Heilrichus Cellius Agrippinas / anno aetatid sue 31 currente / eodem anno / Anno Mundi 5510 / Post diluvium 3853 / a dato Christo 1549 / Romani imperii occidentalis 747 / Carolo V imperatore imperii sui 30 / Imperii Orientalis et Turcici 97 / Soleymio imperante annis 31 / Papatus 339 / Paulo occupente sedem per anno 16 / Regni gallorum anno 1112 / Heilricho II imperante annis 3 / Hispanici regni 1172 / Carolo V imperante annis 34 / Ungarae Regno deficiente ad Turcicum regnum / Rege tamem suh Bohemico scilicet Ferdinando / Regni sui 24 / Angliae Regno 650 / Rege Edwardo imperante 3 atque puram Evange /lii Christi doctrinam amplectente.
Adresse: 1549 Erasmo a Limpergi / Epo. Argentinensi.

Comme dit plus haut, pour l'horloge des trois rois, le profil très primitif des dentures en fer forgé, engrènant dans des pignons à lanterne, exigeait des poids moteurs très lourds. D'autant plus que le mouvement actionnait directement outre le cadran-astrolabe, le calendrier, le globe céleste, le carrousel des jours de semaine, le cadran lunaire et un cadran extérieur. Ce qui exigeait de longues tringleries de transmission, qui étaient plus ou moins bien exécutées. L'entretien, sans lumière électrique laissait certainement à désirer. Il est donc tout à fait normal que, tout doucement, ce grand complexe de roues dentées, de leviers, de tringles et de tirages se noyait irrévocablement dans un état d'usure générale, dans la rouille et dans le cambouis. Un mécanisme après l'autre fut condamné et décroché pour soulager le coeur fatigué de l'horloge. À la fin de ces amputations successives seule l'aiguille solaire de l'astrolabe continuait à marquer l'heure. À certaines heures et jours de fête, on déclenchait à la main le carillon et le chant du coq. Enfin son coeur fatigué et usé cessa de battre définitivement au courant de l'année 1788.

Même après sa mort, la vieille horloge fut visitée et admirée. On parlait à voix basse pour se montrer différents détails. Le suisse de la Cathédrale expliqua que personne au monde ne serait capable de la résusciter. Moi je la ferai marcher, lorsque je serai grand, répondit, paraît-il, un jour un enfant âgé de neuf ans, qui était souvent parmi les visiteurs.
C'était le jeune Jean-Baptiste Schwilgué, le futur constructeur de l'horloge astronomique actuelle.

3. L'horloge de Jean-Baptiste Schwilgué: l'horloge actuelle

Jean-Baptiste Schwilgué: sa vie(8)

Jean-Baptiste Sosime Schwilgué a vu le jour, le 18 décembre 1776 à Strasbourg, dans une maison située au croisement de la rue Brûlée et de la rue de la Comédie. Il était le deuxième des quatre enfants de François Antoine et Jeanne, née Courteaux. Dès sa jeune enfance, lorsqu'il accompagna ses parents à la Cathédrale le dimanche, il fit connaissance avec l'horloge astronomique, dont presque tous les rouages étaient arrêtés depuis des années et que, d'après les dires du suisse, personne au monde ne pourrait plus remettre en état de marche. Aussi souvent que possible, le jeune garçon était en admiration devant ce monument du génie humain et ceci jusqu'en 1785, année où son père, devenu veuf, s'installa à Sélestat.

Jean-Baptiste fréquenta alors l'école primaire de Sélestat et à partir de 1781 le collège de cette ville, qui malheureusement devait fermer ses portes en 1791 par suite de la Révolution. Il fit preuve très tôt d'un don étonnant pour la mécanique, de sorte que ses parents le mirent en apprentissage chez un horloger de la ville, qui s'occupait entre autres, de l'entretien des horloges de l'église Saint-Georges et de la Tour-Neuve, ce qui permit au jeune Schwilgué de se familiariser très tôt avec l'horlogerie d'édifice en plus de la pendulerie. À ses heures libres, il se lança en autodidacte dans l'étude des mathématiques et bientôt dans celle de la cosmographie. Lorsque son père, suspect, fut arrêté, sous la terreur, le jeune Jean-Baptiste s'engagea dans le corps sédentaire des canonniers de la ville pour faciliter sa libération, qui eut lieu en 1794.

Il se maria en avril 1796 avec la fille aînée du confiseur Charles Hihn, chez qui le jeune couple put habiter jusqu'en 1827 et où huit enfants naquirent. Schwilgué avait la chance d'avoir un beau-père aisé et certainement le logement gratuit. Il pût donc s'établir à son compte et bientôt employer deux ouvriers. Il se lança alors dans la fabrication d'horloges d'édifice et tard jusque dans la nuit, il se plongea dans l'étude d'ouvrages scientifiques, que son frère Charles-Antoine lui faisait parvenir de Paris. Il est certain que dès lors l'idée de construire un jour son horloge astronomique avait déjà pris forme et que la solution mécanique des différents mouvements solaires, lunaires et planétaires fût la préoccupation majeure de ses heures de loisir.
En 1807, l'horloger de la ville étant décédé, Schwilgué, âgé alors de 30 ans, postula sa succession, fût agréé et toucha un appointement annuel de 300 francs. Cette charge l'obligea à monter chaque jour aux horloges des deux tours de la ville, à donner quelques centaines de tours de manivelle pour le remontage des poids moteurs et à procéder à la remise à l'heure nessécitée par les indications d'un cadran solaire. Finalement, Schwilgué occupa dans son atelier jusqu'à huit ouvriers.

À cette époque les poids et mesures variaient d'une province à l'autre, ce qui compliquait le commerce et n'avantageait que les fraudeurs. En 1790, furent enfin définis des étalons de poids, de longueur et de contenu avec leurs multiples et sous-multiples suivant le système décimal. Schwilgué, après une longue et méticuleuse étude avait établi la concordance entre tous ces arpents, boisseaux, pintes et toises et avait présenté son travail à l' administration locale, qui l'apprécia à tel point que, par la suite, il fût nommé vérificateur des poids et mesures de l'arrondissement de Sélestat dès janvier 1808, avec bien entendu des appointements en conséquence. En plus, dès cette même année, il fit des remplacements lorsque le professeur de mathématiques du collège était souffrant, ce qui arrivait de plus en plus souvent. En 1813, après le décès de ce professeur, Schwilgué fût nommé régent titulaire à titre provisoire et en janvier 1816 à titre définitif. Par la suite, en 1818, la commission de l'Instruction Publique de Paris lui décerna le diplôme de bachelier ès Sciences. Ainsi ses revenus fixes, en plus des bénéfices de son horlogerie et grâce à ces trois fonctions publiques étaient montés à 2 300 francs par an. Schwilgué était ce qu'on nomme un bûcheur.

En plus de sa tâche quotidienne et de ses charges officielles, il travaillait jusque dans la nuit pour parfaire ses connaissances et rechercher les solutions mécaniques aux problèmes que lui posait l'oeuvre de sa vie, sa future horloge astronomique. Le problème le plus ardu et qui à priori parût insoluble, consistait à inventer un comput ecclésiastique automatique, qui détermine dans la nuit du nouvel an toutes les fêtes mobiles de l'année et qui les mette en place sur le calendrier automatique de son horloge.
Le calcul automatique de la date de Pâques n'avait jamais été résolu sur aucune horloge astronomique. Schwilgué, qui à cette époque de sa vie ne dormait jamais plus de cinq heures par nuit, en trouva la solution au petit matin du 6 décembre 1815, solution que nous verrons en détail dans un chapître suivant. Dès début 1816, il conçut en l'espace de six semaines un prototype de dimensions 20 × 15 × 10 cm, qu'il fignola entre 1816 et 1821 et qui fut le premier comput ecclésiastique automatique et perpétuel du monde .

En 1931 j'ai eu l'honneur de tenir dans mes mains cette petite merveille, et de pouvoir apprécier sa beauté, sa précision et son fonctionnement parfait. Ce chef-d'oeuvre de l'horlogerie astronomique était alors la propriété d'un particulier et Alfred Ungerer fit maintes démarches pour qu'il soit acquis par un musée de Strasbourg, mais en vain. Malheureusement ce bijou mécanique a disparu lors de la dernière libération(9). Bien d'autres appareils scientifiques furent élaborés à cette époque, toujours dans le but de préparer la construction de son horloge astronomique. C'est certainement à cette époque qu'il inventa et construisit sa machine à cycloïdes, qui lui permit plus tard l'élaboration d'outils de fraisage précis pour la taille de dentures cycloïdales.
En 1821, Schwilgué, encouragé par ses amis, essaya de présenter son petit modèle de comput à l'Académie des Sciences. Or il n'eut pas l'honneur d'être reçu par cette haute assemblée. Mais le roi Louis XVIII, ayant eu vent de cette vaine tentative, le reçut le lendemain, s'en fit expliquer le fonctionnement et combla Schwilgué d'éloges et d'encouragements.
Ainsi le petit horloger alsacien, indigne d'être reçu par l'Académie des Sciences, eut la satisfaction d'avoir reçu les félicitations de sa Majesté le Roi de France, ce qui fit faire un grand pas à sa réputation locale et contribua certainement à lui assurer plus tard la confiance des magistrats de la Ville de Strasbourg lors de ses offres de service concernant l'horloge de la cathédrale.

Dans l'immédiat, ce succès lui valut la commande d'une nouvelle horloge pour l'église Saint-Georges de Sélestat pour le prix de 12 600 francs. Après avoir, en sa qualité de vérificateur des poids et mesures, eu l'occasion de faire la connaissance d'Aloïse Quintnez, fabricant de balances à Strasbourg et après avoir apporté diverses améliorations à cette fabrication, Schwilgué construisit également des balances à partir de l'année 1822. Mais, dès 1825, il commença à prendre ses dispositions pour pouvoir quitter Sélestat et pour s'établir à Strasbourg, toujours avec l'intention de s'approcher du but qu'il s'était fixé, la construction de son horloge.

Il se démit de ses fonctions qui le liaient à Sélestat et engagea des pourparlers avec Frédéric Rolle, le successeur d'Aloïse Quintnez, pourparlers qui aboutirent à une association entre les deux constructeurs. En janvier 1827, libéré de ses fonctions antérieures, il quitta Sélestat, déménagea ses machines, ses archives et sa bibliothèque et prit la direction technique des ateliers Rolle par un contrat pour dix ans. Il fabriqua donc des horloges et des balances et en profita pour former un noyau d'ouvriers très qualifiés. Parmi ses collaborateurs, il convient de citer Albert Ungerer, un fils de pasteur de la vallée de la Bruche, qui fût plus tard son contre-maître, ainsi que son frère Théodore, collaborateurs, qui prirent plus tard la succession des Ets Schwilgué (1858).
Ainsi qu'il l'avait pressenti, Schwilgué, dont la réputation n'était plus à faire, grâce aussi à la présentation de son comput à sa Majesté le Roi, fût bientôt contacté par le Maire de Strasbourg, M. Kentzinger, en vue de la restauration de l'horloge de Dasypodius et de l'adaptation du comput ecclésiastique à celle-ci. Il fit un rapport dans lequel il exprima son étonnement concernant l'état vétuste et délabré de ces mécaniques et insista sur la conception grossière des rouages, comparativement à ce qu'il s'était proposé de réaliser.
Or à cette époque la municipalité de Strasbourg n'avait pas le désir et peut être non plus les moyens de s'offrir une nouvelle horloge. Elle n'envisagea donc que la réparation de l'ancienne existante. Schwilgué fit alors trois propositions:
1) remise en état de l'ancienne horloge, proposition qu'il déconseilla formellement.
2) sa modernisation, proposition qu'il déconseilla également.
3) fourniture d'une horloge astronomique neuve. Or, cette proposition, comme déjà dit, dépassait de beaucoup les possibilités de la ville de cette époque. Ce n'est qu'en 1836 que Schwilgué fut à nouveau sollicité pour fournir un rapport chiffré. Il constata alors qu'entre temps certains rouages de l'ancienne horloge avaient été démontés et que d'autres avaient même partiellement disparu. Il n'envisagea donc que la solution du remplacement complet de l'horloge, mais dût consentir à réutiliser l'édifice existant. Il ressort d'un texte que Schwilgué avait proposé un édifice en marbre noir, avec décorations en bronze et statues et marbre blan.

Ce n'est qu'à l'âge de 61 ans, le 28 mai 1838, après plus de dix années de transactions, que Schwilgué eut en main la commande ferme pour procéder à la restauration de l'ancienne horloge dans un délai de trois ans, pour une somme de 32 400 francs avec une garantie de bon fonctionnement de dix ans. Tout travail supplémentaire devant être soumis à l'approbation préalable du Préfet. Or, Schwilgué, qui avait depuis longtemps élaboré tous les sous-ensembles de son horloge, prenait le risque énorme de ne pas tenir compte du cahier des charges, sauf pour l'utilisation obligatoire de l'édifice existant. Je pense qu'il faut déplorer cette clause du cahier des charges, car pendant plus de 30 ans que j'ai eu l'honneur de contribuer à l'entretien et aux réparations de l'horloge astronomique de la cathédrale, les seuls accrocs survenus dans son fonctionnement et surtout dans celui de son calendrier, étaient dûs au fait que des rouages très compliqués aux fonctions étroitement liées, ont dû être logés séparément; reliés par des tringleries, des fils de tirée et des renvois plus ou moins compliqués. Schwilgué et son équipe mirent quatre ans à construire ce chef-d'oeuvre et l'horloge fût officiellement mise en service le 31 décembre 1842 quelques minutes avant minuit. Au lieu de 36 mois, on en avait mis 51 à la finir, et la facture de 69 236 francs 25 centimes dépassait le devis (32 400 francs) de plus de 100%. Or, les experts, qui avaient réceptionné l'horloge furent à ce point satisfaits, que le conseil municipal, dans sa séance du 7 février 1844 n'accepta non seulement cette facture, mais vota une prime supplémentaire de 20 000 francs pour récompenser le travail personnel de l'horloger alsacien, qui à l'âge de 66 ans avait créé ce chef-d'oeuvre qui fit et fait encore l'admiration de visiteurs de tous les pays du monde.

Pour réaliser son horloge astronomique, Schwilgué fut obligé de construire et souvent d'inventer certaines machines, sans pouvoir s'inspirer d'un modèle existant. Ainsi la taille de dentures cycloïdales, grâce auxquelles les engrenages de notre horloge astronomique ne présentent aucune usure après plus de cent ans de fonctionnement et tournent silencieusement, comme dans un film muet, taille tout en étant connue théoriquement, ne pouvait pas être exécuté d'une façon satisfaisante lorsque Schwilgué inventa et construisit sa Machine à Cycloïdes, machine déjà nommée et conservée au Musée du Château des Rohan.

À ce sujet on peut lire dans l'ouvrage de Grossmann Horlogerie Théorique au tome 1, page 192: «Dans l'engrenage cycloïdal à flancs réciproques, chaque dent a un profil mixte, formé d'un flanc intérieur droit et à épicycloïde extérieure. Le flanc droit étant engendré par le roulement intérieur d'un cercle de roulement de diamètre moitié à son cercle primitif, dans le cercle primitif et l'épicycloïde extérieure étant engendrée par le cercle de roulement de la roue conjuguée, roulant à l'extérieur du cercle primitif, ce dernier ayant un diamètre moitié du cercle primitif de la roue conjuguée».

l'epicycloide
l'hypocycloide
l'hypocycloide droite
Les trois courbes cycloïdes. (22)

Ainsi les deux dentures sont faites spécialement l'une pour l'autre.

denture_cycloidale
La denture cycloïdale selon Grossman.
Engenage à profil mixte à flanc droit intérieur et à épicycloïde extérieure.
Dessin H. Bach.

Or, dans le Traité d'horlogerie de Moinet, 2° volume, page 244, on apprend à ce même sujet: Des artistes pénétrés de l'utilité de la théorie, ont déjà tenté, dans ces derniers temps, de composer un outil ou machine propre à donner régulièrement à l'excédent des dents mobiles qui mènent, la courbe cycloïdale; la solution mécanique de ce problème ne nous a pas encore paru complète, mais, si on achève de perfectionner ce moyen d'une manière usuelle et applicable en très petit, nous ferons part à nos lecteurs en leur désignant nominativement ceux à qui le succès en sera dû. On peut donc dire, sans risque d'erreur, que Schwilgué a dû inventer de toutes pièces son système de taille cycloïdal.

la machine à cycloïde
La machine à cycloïde
Dessin H. Bach.

La machine à cycloïdes comporte deux axes verticaux A et B, dont la distance peut être réglée au 1/10° de mm près et ceci jusqu'à un maximum de 300 mm. L'axe A porte le support sur lequel est fixée une bande de tôle de laiton H, futur gabarit de l'outil de taille. L'axe B porte une petite fraise-disque G, montée sur un chariot, réglable par une vis micro-métrique D. Le rapport de pivotement entre les deux axes A et B est imposé par les engrenages interchangeables, montés en C. Rapport qui pour chaque cas est déterminé suivant les cercles de roulement imposés par la denture(10). La fraise-disque qui était actionnée par une mince courroie venant du haut, découpa alors dans la bande de tôle de laiton, le négatif de la dent à réaliser. Négatif dans lequel l'outilleur ajusta l'outil de coupe avant son traitement thermique. Les dentures en laiton et en bronze furent taillées sur la machine à fendre les roues, construite de toutes pièces par Schwilgué. À l'aide des bandes précalculées et d'une denture à vis sans fin de 1.000 dents, cette machine peut tailler n'importe quel nombre de dents jusqu'à un maximum de 1.000 dents, y compris tous les nombres premiers, détail tout à fait remarquable. Elle peut également fraiser des pignons coniques et des dentures héliocoïdales. Toutefois le profil de ces dernières n'est pas théoriquement exact (11). Si cette machine plus que centenaire est encore utilisée de nos jours pour des tailles spéciaux dans les ateliers des Ets Ungerer, actionnée par un moteur électrique, il faut se rappeler que du temps de Schwilgué elle était actionnée par la force humaine, ainsi que, bien entendu, toutes les autres machines de cet atelier(12).
Pour la taille des pignons cycloïdaux en acier, Schwilgué avait construit la machine à raboter, qui utilisa ce même genre d'outils, machine dont il ne reste rien. Bien entendu Schwilgué construisit lui-même tous les tours, y compris un tour vertical pour l'usinage très précis des grands cercles métalliques du calendrier (diamètre du calendrier 2,73 mètres). Le plateau horizontal de ce tour-carrousel était en chêne et fut retouché avant chaque usage. De petits tours spéciaux servaient à la confection des vis. Une machine à graver spéciale était destinée aux gravures d'échelles rectilignes. Les gravures circulaires étaient exécutées sur la machine à fendre les roues, qui est dotée de tous les accessoires nécessaires pour ce travail.
Maître Schwilgué conçut même une machine à présculpter les statuettes en bois, lorsqu'il s'aperçut un jour que les artistes-sculpteurs mettaient trop de temps à livrer leurs produits. Elle était conçue sur le principe du pentographe et ébaucha les statuettes directement d'après les maquettes modelées. Qu'on s'imagine cette machine sans utilisation du moteur électrique... Tout cet arsenal de machines-outils, sauf la machine à cycloïdes et la machine à fendre les roues est passé à la ferraille. Quel gâchis regrettable!

L'horloge astronomique actuelle

Comme nous l'avons vu précédemment, Schwilgué était obligé de concevoir ses mécanismes de façon à pouvoir les loger dans l'édifice existant de l'horloge de Dasypodius. L'horloge conçue entièrement à son idée aurait été plus compacte et l'ancienne horloge conservée dans son état primitif aurait pu rester comme témoin éloquent de l'horlogerie astronomique médiévale. Heureusement les pièces maîtresses de cette dernière nous sont restées conservées au musée.

Voici la disposition des différents mécanismes et automates, tels que le visiteur placé devant l'horloge les découvre:
Devant l'horloge, au centre, le globe céleste avec son cadran de l'heure sidérale. Derrière ce globe, le calendrier, avec au centre le cadran du mouvement apparent du soleil et de la lune avec indication du lever et coucher du soleil. Dans la vitrine de gauche, le comput ecclésiastique, dans celle de droite, les équations solaires et lunaires. Au-dessus du calendrier, le carrousel des jours de semaine. À hauteur de la galerie, au milieu, le cadran de l'heure officielle et de l'heure moyenne locale, flanqué à droite de l'ange au sablier et à gauche de l'ange qui frappe les premiers coups des quarts. Aux deux extrémités de la galerie on remarque les deux lions, qui sont entrés dans la légende.
Au premier étage, on aperçoit le planétaire et au-dessus de celui-ci le globe des phases lunaires. Au deuxième étage, l'automate des quatre âges et de la mort et au-dessus le défilé des douze apôtres. À gauche sur la tourelle des poids, est perché le coq. N'oublions pas le cadran extérieur au-dessus du portail méridional, cadran qui fait partie de l'horloge astronomique. Nous reparlerons de toutes ces parties de l'horloge, dans les chapitres qui suivent.

Le mécanisme du mouvement horaire.

Ce rouage, nommé simplement mouvement en jargon horloger, est composé d'une part d'un mouvement régulateur à balancier à seconde compensé, actionné par un petit ressort à spirale et d'autre part d'un rouage moteur, déclenché par le premier et qui remonte ce ressort toutes les cinq secondes, tout en faisant avancer de cinq secondes les cadrans et certains autres mécanismes de l'horloge.
L'échappement est du type Graham, c'est-à-dire sans recul, mais modifié par Schwilgué afin que les faces de levée soient partagées entre les palettes de l'ancre et les dents de la roue d'échappement. Ceci, afin de rendre les pointes de ces dents moins vulnérables. La tige du balancier compensé est formée de cinq tringles en acier et de quatre en laiton; tringles, dont le coefficient de dilatation a été strictement contrôlé par Schwilgué à l'aide d'un pyromètre spécialement conçu par lui dans ce but. La roue d'échappement de trente dents fait un tour par minute et son axe porte une aiguille à seconde et un crochet O de douze dents sur lequel nous reviendrons.

rouage globe
Le rouage du mouvement et le moteur principal.

Le rouage moteur est à poids. Son axe P fait un tour par heure et actionne les deux tringles de transmission verticales G et G', ainsi que la came de déclenchement des sonneries non visible sur ce schéma. Cet axe est entraîné par l'intermédiaire d'un encliquetage de 60 dents, qui permet la remise à l'heure de l'horloge. Ainsi, par le système à remontoir d'égalité de cinq secondes, mentionné plus haut, l'échappement est actionné par la force très constante du petit ressort à spirale dont la détente n'est que de cinq secondes, force pratiquement indépendante des résistances qui sont à vaincre par le rouage moteur, résistances qui sont plus ou moins variables.

Ce dispositif très astucieux fonctionne de la façon suivante : le petit ressort à spirale se trouve intercalé entre les deux roues dentées parallèles et concentriques M du régulateur et l du rouage moteur. Le disque O de 12 dents solidaire de la roue d'échappement, soulève à la quatrième seconde le levier horizontal x, pour le laisser retomber de son propre poids à la cinquième seconde. La partie verticale X de ce même levier fait ainsi un petit mouvement vers la droite à la quatrième seconde pour revenir brusquement vers la gauche à la cinquième. Au terme de ce mouvement à droite la cheville triangulaire Y du levier Z tombe de sa position haute, dessinée, en sa position basse en X' et le bras de levier I libère ainsi le taquet d'arrêt R du rouage moteur, qui peut alors faire un demi-tour, avant que le rochet q soulève à nouveau le levier Z pour le raccrocher dans sa position haute.
Or, ce demi-tour du taquet d'arrêt R correspond exactement au remontage du ressort à spirale pour les cinq secondes suivantes et en même temps à la rotation de l'axe p de 1/720° de tour, ce qui équivaut à cinq secondes pour un mobile qui doit faire un tour par heure.
Les deux tringles de transmission verticales G et G' font donc un tour par heure par petits pas de cinq secondes. L'une partant vers le haut actionne directement le planétaire, le globe lunaire et le cadran extérieur; l'autre, partant vers le bas, actionne le cadran intérieur de l'heure officielle et de l'heure moyenne locale, le carrousel des jours de semaine, le rouage des mouvements apparents, le globe céleste et le mécanisme des équations. Le calendrier, le comput, les sonneries, les apôtres et le coq possèdent des rouages moteurs à poids individuels, qui ne sont que déclenchés par le mouvement et sur lesquels nous reviendrons en temps utile.

Les cadrans de l'heure officielle.

Au total, l'horloge possède trois cadrans de l'heure officielle: un petit cadran de contrôle et de remise à l'heure sur le rouage moteur même, le cadran de la galerie et le cadran extérieur. Les deux premiers possèdent chacun deux paires d'aiguilles, des aiguilles argentées indiquent l'heure officielle et des aiguilles dorées, retardant de 29 minutes sur les premières, donnent l'heure moyenne locale de Strasbourg. Afin de ne pas désavantager les visiteurs, qui bien souvent arrivent en retard, les sonneries et les automates sont réglés sur l'heure moyenne locale. Ainsi le jeu des automates se déroule à midi et demie, heure officielle (théoriquement à midi 29 minutes).
Lors de la réintroduction de l'heure d'été, on décida de déclencher les sonneries et les automates avec une demie heure de retard sur l'heure d'été. Bien entendu les rouages astronomiques restent réglés sur l'heure moyenne locale, indépendamment de ces changements horaires.

Le cadran extérieur de la façade méridionale comporte deux aiguilles. La plus grande indique l'heure sur un cercle de douze heures, l'autre, la petite, montre le jour de semaine et par sa queue la planète qui le régit. Ce cadran ne possède donc pas d'aiguille à minute et le visiteur, habitué à constater l'heure par un rapide regard sur les deux aiguilles traditionnelles, ne saisissant pas instantanément le rôle de la petite aiguille, passe le portail méridional en pensant encore une horloge arrêtée.
Pendant le jour, c'est-à-dire de 6h 10 à l8 h 10, le déclenchement des quatre âges et des sonneries des quarts se fait de la façon traditionnelle par la came de déclenchement déjà nommée, montée sur l'axe P du rouage moteur et la sonnerie du quatrième quart déclenche à son tour la sonnerie des heures.
Or, Schwilgué pour marquer symboliquement le repos nocturne des êtres humains, supprime la sonnerie des quarts et le jeu des quatre âges entre 18 h 10 et 6 h 10 du lendemain. Pendant ce temps, la Mort continue seule à sonner les heures et le déclenchement de cette sonnerie doit donc se faire directement par le mouvement.

Ce double déclenchement complique singulièrement le rouage moteur (figure précédente). La tringle de transmission, qui part vers le bas, porte une vis sans fin V qui actionne la roue H à raison de un tour par 24 heures. Sur l'axe de cette roue H se trouvent un rochet J ayant 12 dents sur la moitié nocturne de sa circonférence et une came U. Ces organes sont redessinés de profil à droite du schéma. Dans cette vue, le levier de déclenchement traditionnel des sonneries est dessiné en coupe. Par le jeu subtil de la came U, du ressort s et du levier T, ce dernier se place subitement sous le levier W le soir à 18 h 10 et l'empêchent de déclencher les quatre âges. Le déclenchement des sonneries des heures se fait alors par le levier j et par les douze dents du rochet J et ceci jusqu'au lendemain à 6 h 10 où le levier T reprend brusquement sa position dessinée et où le levier j est mis hors service.

Le rouage des sonneries des quarts

La sonnerie des quatre quarts se fait par doubles coups sur deux clochettes. Le premier coup est frappé par l'ange de gauche de la galerie, sur la clochette qu'il tient dans sa main gauche. Le deuxième est fictivement frappé par une statuette des quatre âges, comme nous le verrons plus loin, mais frappé en réalité sur une clochette située à l'arrière dans le couronnement de l'horloge.
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Le rouage de sonnerie des quarts et moteur du sablier.
Le schéma de ce rouage ne présente rien de bien spécial, sauf que son chaperon D et sa roue première font un tour en deux heures et que cet axe porte deux carnes E et E' qui soulèvent alternativement les leviers H et H' dessinés en pointillé, leviers dont le mouvement est transmis par deux fils de tirée à l'ange au sablier pour faire basculer son sablier, comme nous le verrons plus loin.
Le déclenchement du rouage de sonnerie des quarts ne se fait pas directement par le mouvement, comme dans les horloges habituelles, mais par le rouage des quatre âges au moment où la statuette du quart est en place sur la scène.

Le rouage des quatre âges

Ce mécanisme est un peu plus compliqué du fait qu'il est déclenché une première fois par le mouvement, pour mettre en place une statuette devant la clochette factice, qu'il déclenche ensuite à son tour la sonnerie des quarts, qui elle, après son fonctionnement, redéclenche à son tour une deuxième fois ce rouage des quatre âges pour ramener la statuette vers l'intérieur.
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Le rouage des statuettes des quatre âges.
Nous avons vu que le déclenchement de ce rouage ne se fait que de 6 h 10 à 18 h 10. Il se fait par la retombée du levier W, qui avait été soulevé progressivement par le tirage w pendant les dix dernières minutes du quart d'heure révolu. Le deuxième déclenchement par contre, s'opère par le fil de tirée x, qui, d'abord tiré progressivement par le rouage des quarts, est relâché brusquement à la retombée du levier d'arrêt P de ce dernier. À chaque fonctionnement du mécanisme des quatre âges, son chaperon G fait un huitième de tour au total. À cet effet il présente huit paires d'entailles distantes de 1/64° de tour entre elles. Après le premier déclenchement, pour la mise en place de la statuette, il ne fait donc que 1/64° de tour. Au deuxième, il fait les 7/64° de tour restants pour ramener la statuette à l'intérieur. Pendant ces deux fonctionnements, la tringle de transmission d partant vers le haut, fait d'abord un tour et ensuite sept tours complets.

Le carrousel des quatre âges

Il occupe le même emplacement qu'occupait celui de Dasypodius, mais cette fois-ci les mouvements des statuettes sont reproduits d'une façon beaucoup plus naturelle du fait que les jambes des personnages sont fixées au corps par des charnières et que ces jambes sont mises en mouvement par les leviers c et d dont les galets f se sont engagés en cours de route dans des chicanes h.
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Le carrousel des quatre âges.

La tringle de transmission d du rouage moteur aboutit à cet étage à la vis sans fin i qui engrène avec la couronne I pourvue de 32 galets r. Afin que l'avance des personnages se fasse d'une façon plus saccadée, cette vis sans fin i possède un filet à angle variable. Le fil de tirée K du deuxième coup des quarts qui aboutit comme déjà mentionné, à une vraie batterie de marteau dans le couronnement, actionne par le renvoi L le levier H. Ainsi la statuette mise en place soulève son bras droit et le laisse retomber à chaque deuxième coup par l'intermédiaire de son levier h, levier qui fait partie du carrousel.

Les statuettes des quatre âges sont en bois polychrome et représentent l'enfant, pour le premier quart et l'adolescent, le guerrier et le vieillard pour les trois autres. Elles ont été sculptées d'après des maquettes de l'artiste Philippe Gras.

Le rouage de la sonnerie des heures

C'est en somme le rouage classique de toutes les horloges d'édifices, sauf qu'il est déclenché le jour par le rouage des quatre quarts, et la nuit par le mouvement.
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Le rouage de la sonnerie des heures.
Le chaperon D qui fait deux tours par 24 heures comme de coutume, comporte ici un petit engrenage satellite e/E du rapport 1 à 2, qui provoque la rentrée de la cheville i à minuit, de sorte que celle-ci ne peut déclencher le rouage des apôtres qu'à midi et non à minuit. Comme déjà mentionné, le fil de tirée de cette sonnerie aboutit au marteau des heures situé dans le couronnement, mais en cours de route un déviation latérale aboutit au bras droit de la statue de la mort, qui simule les coups des heures sur une clochette factice.

Les rouages du défilé des apôtres et du chant du coq

Ce rouage est déclenché à midi et demie, heure officielle par la cheville i de la sonnerie des heures. Comme les fils de tirée entre ces deux mécanismes sont assez longs et sujet à des déréglages; Schwilgué a employé une astuce aussi ingénieuse que simple pour les éviter. Dans ce but, il fit décrire aux fils de tirée un chemin de va et vient si long que des petites différences resteront sans effet.
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Le rouage des apôtres.
Le fil de tirée n'agit pas directement sur le levier Q, mais sur une came à contrepoids N, qui par son bossage P soulève le levier d'arrêt E exactement à la hauteur nécessaire pour un déclenchement correct et ceci indépendamment d'un allongement éventuel de ce fil. A priori il s'agit d'un rouage moteur à poids classique qui s'arrête dès que sa roue C a fait un tour complet et ceci jusqu'au prochain déclenchement.
Or, pour provoquer les mouvements et produire le chant du coq, ce rouage comporte en plus les organes visibles sur l'illustration suivante.

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Détail des commandes du coq.

Pendant que la roue C fait un tour en tout et pour tout, la roue A en fait six. La roue C possède trois cames K qui par l'intermédiaire du levier W et du fil de tirée non dessiné actionne trois fois le mécanisme du chant du coq, soit au passage du quatrième, du huitième et du douzième apôtres. Avant chaque chant du coq, les trois galets R de la roue A soulèvent trois fois les ailes par le levier T et la came S de cette même roue soulève sa tête par le levier U. Or nous avons dit que cette roue fait six tours et ces mouvements ne doivent se produire que trois fois.
Dans ce but un système de débrayage, système actionné par la came M de la roue A, supprime le couplage y et Y' entre ces leviers et le levier de tirage Z au premier, troisième et cinquième tour de la roue A. Les statuettes des apôtres sont disposées sur un carrousel et chacune peut pivoter autour de son axe vertical. Au passage, un petit levier fait pivoter la statuette face au Christ et une bielle lui fait abaisser la tête, pendant que le Christ lui donne la bénédiction par un léger abaissement de son bras droit. Après le passage du dernier apôtre, un ensemble de cames fait exécuter au bras droit du Christ, bras articulé dans les deux plans, le signe de la croix, bénissant ainsi les visiteurs.

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Schéma du chant du coq.

Le mécanisme du chant du coq comporte un soufflet c, un contrepoids b et un système vocal i. La came d, actionnée par le secteur denté E, module le souffle de façon à reproduire un coco-ri-cooo très naturel lorsque le fil de tirée a est relâché par le levier W du rouage vu plus haut. La corde vocale g est formée d'une bandelette de parchemin tenue entre les deux coquilles en bois i. Le fonctionnement du mécanisme intérieur du coq est semblable à celui, déjà vu, du coq de l'horloge des trois rois.

L'ange au sablier

Chez Dasypodius, le sablier était fixé à un axe qui fit un demi tour à chaque heure révolue et toujours dans le même sens, rotation incompatible avec la petite main qui le tenait en son milieu. Ici, le sablier est tenu à deux mains par ses deux bouts et l'axe qui le supporte en son milieu fait un demi-tour, une fois à droite, l'autre fois à gauche.
rouage globe
Schéma de l'ange du sablier

Le mécanisme est logé dans la statuette de l'ange. Nous avions vu, lors de l'explication de la sonnerie des quarts, que les deux cames E et E' relâchent après chaque quatrième quart alternativement l'un des deux fils de tirée b' ou c'. À chaque fonctionnement, le segment denté A bascule, une fois à droite, l'autre fois à gauche, ce qui a pour effet de faire tourner le pignon a d'un demi tour, une fois à gauche, l'autre fois à droite.

Le carrousel des jours de semaine

Le carrousel des jours de semaine est disposé comme celui déjà vu de Dasypodius et utilise les mêmes chars. On y voit les chars d' Apollon et de Saturne. Après avoir vu en détail le fonctionnement du mouvement, des sonneries et des différents automates, il nous reste à voir celui des mécanismes astronomiques, moins remarqués des visiteurs, mais qui font de cette horloge, l'horloge astronomique la plus remarquable du monde(13).

Le calendrier perpétuel et son comput ecclésiastique

Sans vouloir tracer dans ces pages l'histoire du calendrier ou des calendriers, rappelons que pour faire concorder correctement et d'une façon durable l'année civile avec l'année tropique, année qui détermine les saisons, le calendrier Julien en vigueur depuis Jules César fût modifié en 1582 par le pape Grégoire XIII. Or, les protestants de la ville libre de Strasbourg ne l'adoptèrent qu'au 1° mai 1682, cependant que les catholiques strasbourgeois l'avaient déjà adopté le 28 novembre 1583.
Voici comme les savants du pape Grégoire XIII avaient fixé les lois de ce nouveau calendrier pour assurer sa concordance le plus longtemps possible. (En l'an 4317, il retardera d'un jour sur l'année tropique).
1) L'année commune comptera 365 jours.
2) Tous les quatre ans, soit aux années dont les deux derniers chiffres du millésime forment un chiffre divisible par quatre, l'année sera nommée bissextile et comptera alors 366 jours. Dans ce cas le mois de février aura 29 jours.
3) Les années séculaires ne seront pas bissextiles, sauf celles dont le millésime est un multiple de 400. (L'année 2000 a été bissextile, l'année 2100 ne le sera pas).
4) Le dimanche de Pâques sera fêté le premier dimanche qui suit la première pleine lune après l'équinoxe du printemps, équinoxe fixée au 21 mars. La pleine lune pascale est fixée au 14° jour après la nouvelle lune ecclésiastique(14) précédente.
5) Lorsque cette pleine lune pascale tombe sur un dimanche, Pâques sera reportée au dimanche suivant.
6) Dans le cas où Pâques ainsi déterminée concorde avec le Pessach des israélites, la fête sera reportée au dimanche après.

Nous verrons que les critères 1 à 5 seront rigoureusement respectés par le comput de Schwilgué, seul le sixième ne l'est pas, car il aurait demandé un deuxième comput pour déterminer la fête du Pessach.
Le calendrier perpétuel automatique de Schwilgué est matérialisé par une couronne en tôle peinte d'un diamètre extérieur de 2,73 m pour un diamètre intérieur de 2,31 m. Cette couronne est montée sur galets réglables afin de pouvoir tourner avec le moins de frottement possible. À l'arrière, le bord extérieur est garni de 368 chevilles, qui engrènent avec le pignon du rouage moteur. Chaque nuit, à minuit, ce rouage moteur est déclenché et fait avancer le calendrier d'un pas, soit de 1/368° de tour. À l'avant, la couronne en tôle peinte est divisée en 368 secteurs dont 365 respectivement 366, suivant le cas, correspondent aux jours de l'année en cours et sur lesquels sont inscrits les quantièmes des mois, les noms des saints et la lettre dominicale, déjà mentionnée et expliquée pour l'horloge de Dasypodius.

Les 31 + 28 jours des mois de janvier et février sont peints sur un secteur mobile, qui peut occuper deux positions.

rouage globe
Le secteur mobile du calendrier.
Dessin H. Bach.

En position basse, ce secteur mobile recouvre en bas le 29 février et libère en haut les trois secteurs marqués commencement de l'année commune. En position haute par contre, il recouvre en haut le mot commune et laisse apparaître en bas le 29 février. Dans le premier cas, le calendrier devra faire quatre pas dans la nuit du nouvel an pour arriver du 31 décembre au 1° janvier, dans le second cas il ne devra en faire que trois. Ainsi, au cours de l'année les 365 respectivement 366 jours, défilent sous la flèche d'une statue d'Apollon indiquant la date, le saint du jour et sa lettre dominicale, donc indirectement le jour de semaine. Comme nous l'avons vu plus haut, ce dernier est déjà indiqué par le carrousel des jours de semaine et par la petite aiguille du cadran extérieur.

Le rouage moteur doit donc faire avancer le calendrier d'un pas chaque nuit. Dans la nuit du nouvel an, il devra assurer l'avance de trois ou quatre pas, suivant que la nouvelle année sera bissextile ou commune et pendant cette avance devra se faire la levée du secteur mobile pour l'année bissextile ou sa descente pour l'année commune qui suit.

la machine à cycloïde
Schéma du rouage moteur du calendrier
Dessin H. Bach.

Dans l'illustration ci-dessus, la came x située au centre du calendrier déclenche chaque nuit, à minuit, le rouage moteur. Le taquet d'arrêt b est alors libéré jusqu'à ce que la roue A et son chaperon A' aient fait un demi tour, ce qui correspond à une avance du calendrier d'un pas. Or, dans la nuit du nouvel an, le talon m empêche le levier M' de retomber jusqu'à ce que le calendrier ait fait trois pas. Lorsque le petit loquet mobile m' allonge ce talon d'un pas supplémentaire, le calendrier fait quatre pas avant de s'arrêter. La position avancée ou effacée de ce loquet mobile m'est dictée par le mécanisme fixé sur l'arrière de la couronne du calendrier et tournant avec celle-ci.
Schéma de la roue séculaire
Schéma de la roue séculaire
Dessin H. Bach.
Quelques jours avant la Saint Sylvestre, l'étoile A rencontre le râteau fixe a, qui l'oblige à faire un demi tour au passage. Ce demi tour de l'étoile A correspond à 1/100° de tour de la roue séculaire C. Les dents de cette roue séculaire correspondent aux années bissextiles et escamotent le petit loquet m' derrière le talon m. Le calendrier avance alors de trois pas seulement. Les creux de la denture provoquent par contre la mise en place du loquet m' pour l'avance de quatre pas pour les trois années communes qui suivent. La dent qui correspond à l'année séculaire est montée sur un petit pignon satellite f et ne se met en place que tous les 400 ans. Reste à soulever le secteur mobile pour le début de l'année bissextile et à le laisser retomber pour l'année commune qui suit.

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Schéma du relevage du secteur mobile.

C'est le rôle du mécanisme, monté sur l'arrière du calendrier et pendant que celui-ci fait ses trois ou quatre pas dans la nuit du nouvel an, l'étoile G peut rencontrer le rateau fixe g qui lui fait faire un demi tour, ainsi qu'à l'axe de l'étoile K qui comporte une petite manivelle I, comme on le voit sur la vue en plan du bas. Cette manivelle relève ou abaisse le secteur mobile accroché à la petite biellette i. Or, l'étoile G ne rencontre le rateau 9 que lorsqu'elle n'est pas poussée de côté par le levier M, comme c'est le cas dans la vue du bas. La position de ce levier est commandée par la denture d'une deuxième roue séculaire, accolée à celle que nous avons vue plus haut. Mais les dents de cette roue séculaire ont une largeur qui correspond à deux années consécutives; car ce mécanisme doit fonctionner deux fois de suite, une fois avant l'année bissextile pour faire monter le secteur mobile, l'autre fois après cette année bissextile pour le faire redescendre. Pour cette roue également, la dent de l'année séculaire ne se met en place que tous les 400 ans. Ainsi le calendrier automatique de la Cathédrale est réglé une fois pour toutes.

Les fêtes mobiles
Reste à mettre en place sur ce calendrier les fêtes mobiles de l'année ecclésiastique. Ces fêtes sont de deux sortes: celles qui dépendent du dimanche de Pâques et les autres qui n'en dépendent pas, sur lesquelles nous reviendrons. Les fêtes liées au jour de Pâques sont peintes sur des lamelles noires fixées au cercle pascal, cercle qui est mobile dans certaines limites et qui est mis en place dans la nuit du nouvel an, par le comput ecclésiastique après que celui-ci ait déterminé la date de Pâques.

Ces fêtes mobiles sont: le Dimanche Septuagésime, Mercredi des Cendres à 17 jours de distance de celui-ci, Premier Quatre Temps à 24 jours, Dimanche de la Passion à 49 jours, Dimanche des Rameaux à 56 jours, Vendredi Saint à 61 jours, Dimanche de Pâques à 63 jours, Quasimodo à 70 jours, Ascension à 102 jours, Pentecôte à 112 jours, 2° Quatre Temps à 115 jours, la Trinité à 119 jours et Fête-Dieu à 123 jours de distance du Dimanche Septuagésime.

Le comput ecclésiastique indique: En haut au milieu, le millésime de l'année. En haut à gauche, le cycle solaire, c'est le rang de l'année dans une période répétitive de 28 ans après laquelle les jours de semaine retombent sur les mêmes dates. On obtient le cycle solaire de l'année en cours en ajoutant 9 unités au millésime et en divisant par 28. Le reste est le cycle solaire, sans reste, il est égal à 28.
En haut à droite, le nombre d'or ou cycle lunaire. C'est le rang de l'année dans une série répétitive de 19 années après lesquelles les phases lunaires retombent sur les mêmes dates. On l'obtient en ajoutant une unité au millésime et en divisant par 19. Ces deux cycles augmentent chaque année d'une unité pour recommencer par 1 après 28 respectivement 19 années.

Au milieu du comput et sans doute pour des raisons d'esthétique, Schwilgué a placé l'indiction romaine. Un cycle de 15 années, qui servait à la fixation des impôts romains et quelquefois à la datation d'une bulle pontificale. Elle n'a aucune valeur scientifique ou astronomique.
En bas, à gauche, le comput indique la ou les lettres dominicales sur un cadran portant la série de lettres A, AG, G, GF, F, FE, E, ED, D, DC, C, CB, B, BA. Comme nous l'avons vu pour l'horloge de Dasypodius, les lettres de A à G sont répétées sur les secteurs journaliers du calendrier du premier janvier au 31 décembre. Ainsi lorsque le premier dimanche de l'année tombe sur le 3 janvier, la lettre dominicale est C et toutes les lettres C de l'année commune seront des dimanches. Nous avons vu que le 29 février de l'année bissextile ne reçoit pas de lettre et que le comput indique alors deux lettres dominicales; la première pour les mois de janvier et février, la deuxième pour le reste de l'année. L'aiguille de ce cadran avance de deux pas d'une année commune à l'autre et de trois pas d'une année commune à l'année bissextile et de celle-ci à l'année commune qui suit: Par exemple: A, G, F, ED, C, B, etc.

Le cadran inférieur de droite indique l'épacte. L'épacte a été inventée par les mathématiciens du pape Grégoire XIII pour éviter le calcul fastidieux de la nouvelle lune ecclésiastique qui, elle, détermine la lune pascale. L'épacte est l'âge de la lune au premier janvier, soit le nombre de jours écoulés depuis la dernière nouvelle lune ecclésiastique(14) et le premier janvier. L'épacte est indiquée par un chiffre romain de I à XXX et évolue comme suit: en général, l'épacte augmente de 11 unités d'une année à l'autre, lorsqu'elle dépasse le chiffre 30, on en déduit 30 unités. Tous les 19 ans, lorsque le nombre d'or est égal à l, l'épacte doit augmenter d'une unité supplémentaire. Trois fois en quatre siècles, c'est-à-dire à chaque année séculaire non bissextile, l'épacte devra augmenter d'une unité en moins. Finalement 8 unités supplémentaires sont à ajouter dans un espace de 2 500 ans; d'abord une tous les 300 ans et finalement la dernière après 400 ans. Par exemple aux années 1800, 2100, 2400, 2700, 3000, 3300, 3600 et ensuite à l'année 4000, pour recommencer à l'an 4300.

Toutes ces unités s'ajoutent algébriquement. Par exemple pour l'année 1900, non bissextile, sans unité supplémentaire mais au nombre d'or égal à I, l'épacte augmentait de 11-1 + 1 = 11 unités et passait de XVIII à XXIX.
Il faut croire que tout ceci fut jugé trop simple aux yeux des spécialistes de Grégoire XIII, car ils trouvèrent une astuce supplémentaire, qui doit empêcher que la nouvelle lune ecclésiastique ne puisse tomber deux fois sur la même date dans un même cycle lunaire. Horrible faute d'esthétique, qui, paraît-il, peut se produire si la table des épactes contient les épactes XXIV et XXV. Si donc l'épacte est égale à XXV, elle entrera pour 24 dans le calcul de la date de Pâques si le nombre d'or est inférieur ou égal à 11, et pour 26 lorsque le nombre d'or est supérieur à 11.

Voici la solution mécanique de tous ces problèmes, solution inventée par Schwilgué et matérialisée dans son horloge.

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Schéma du comput: le mécanisme principal.

A chaque déclenchement provoqué par le calendrier qui fait ses trois ou quatre pas sans la nuit du nouvel an, la grande roue C, actionnée par un rouage-moteur à poids autonome, fait un tour complet, d'un mouvement lent et continu. Sur cette roue C se trouvent 3 chevilles v, v', et v". La cheville v est plus longue que les deux autres et elle est de ce fait la seule à atteindre la denture des roues V et X des cycles solaires et lunaires et les fait avancer d'un pas à chaque fois. Concentriquement à cette roue C est montée une roue séculaire H, qui avance d'un centième de tour par rapport à cette roue C à chaque fonctionnement du comput. Cette roue séculaire porte 25 dents, dont chacune correspond à deux années consécutives. Ainsi à chaque année bissextile et pour l'année commune qui la suit, la cheville v", montée sur le levier coudé h est en place et s'ajoute aux deux chevilles v et v'. Or, ces chevilles engrènent en passant avec la roue y des lettres dominicales et la font ainsi tourner de deux pas pour les années communes et de trois pour les années bissextiles et pour l'année commune qui suit La 25' dent H' de la roue séculaire H ne se met en place que tous les 400 ans, soit à chaque quatrième tour de la roue séculaire par rapport à la roue principale C. Ainsi la lettre dominicale continue à être déterminée automatiquement suivant les règles du calendrier.

Pour l'épacte, une roue Z de 30 dents doit être avancée de 11 dents, à chaque fois, plus ou moins les unités énoncées plus haut Dans ce but la roue C porte un rateau denté U de 10 dents, nombre minimum d'avances à réaliser. D'autre part, la roue séculaire H porte une rampe concentrique H" sur laquelle glisse le talon du levier coudé 5 pendant toute la durée du siècle, levier qui porte en 4 une cheville qui fait office de 11° dent du rateau U. À chaque siècle révolu, la position de la roue séculaire H est celle dessinée sur l'illustration du schéma principal du comput. Le talon du levier coudé 5 repose alors sur le loquet 6 qui, comme nous le verrons, peut occuper trois positions différentes: Dans la première position dessinée, le loquet 6 est à fleur de la rampe H" et l'épacte avancera de 11 pas. Dans sa position effacée, la cheville 4 prend la position 4', devient inefficace et l'épacte n'avancera que de 10 dents. Dans sa position de saillie, par contre, le loquet 6 place cette cheville en 4", de sorte qu'elle engrène déjà d'une dent en avance avec la roue Z et l'épacte avancera de 12 dents.

Reste à voir comment le loquet 6 est mis en position effacée, à fleur ou en saillie suivant les exigences du calendrier grégorien.

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Schéma du mécanisme central.

La roue séculaire H porte deux disques 8 et 9, qui à chaque révolution de cette roue H sont avancées d'un pas. Le disque 8 possède 6 dents et fait un tour en 2400 ans. Chaque dent correspond ainsi à une année séculaire bissextile et se présentera sous le talon gauche du fléau 7 tous les 400 ans. Le disque 9 fait un tour en 2500 ans et présente 8 dents espacées de 300 respectivement de 400 ans pour la dernière. Chaque dent correspond donc à l'une des 8 unités à ajouter dans un espace de 2500 ans.
Lorsque les deux talons sont dans un creux, (année séculaire commune et aucune unité supplémentaire), le taquet 6 se retire et la cheville 4' est inopérante. Si un seul talon de ce fléau est soulevé par une dent (année séculaire bissextile et pas d'unité supplémentaire ou année séculaire commune et une unité supplémentaire), le loquet 6 effleure la rampe H" et l'épacte avancera de 11 dents ainsi qu'elle le fait en général pendant toute la durée du siècle. Dans la position dessinée, année séculaire bissextile et une unité supplémentaire à ajouter, l'épacte avancera de 12 dents.

Toutes les 19 années, lorsque le nombre d'or est égal à 1, un levier coudé 2 met en place une cheville I, à gauche du rateau U de 10 dents, de sorte que l'épacte avance alors d'un minimum de 11 unités. Ainsi lorsque toutes ces unités additionnelles coïncident, il peut arriver que l'épacte soit augmentée de 13 unités d'une année à l'autre.

Reste à respecter la clause de l'épacte XXV. Sur la roue des épactes se trouve le limaçon des épactes z comportant 30 échelons, dont chacun correspond à une épacte et en même temps à une date de pleine lune pascale, entre le 21 mars et le l8 avril. Or, on remarquera que les échelons XXV et XXVI présentent le même rayon qui correspond au 17 avril. Un levier-surprise N a le même rayon que l'échelon XXIV. Normalement retiré derrière l'échelon XXIV par son ressort de rappel, ce levier peut apparaître sur l'échelon XXV pour lui attribuer le rayon de l'échelon XXIV qui correspond à la lune pascale du 18 avril.
Revenons à l'illustration 65, et nous constaterons que l'axe du nombre d'or X porte une came x, dont le grand rayon correspond aux nombres d'or 1 à 11 et le petit rayon à ceux qui sont supérieurs à 11. Sur ce schéma le limaçon des épactes z est dans la position qu'il occupe lorsque l'aiguille des épactes indique le chiffre XXV et lorsque la came x présente son petit rayon correspondant à un nombre d'or plus élevé que 11. Le levier N retiré sous l'échelon XXIV laisse alors à l'échelon XXV le rayon correspondant à son voisin XXVI et la lune pascale tombera sur le 17 avril. Lorsque, par contre, la came du nombre d'or présente son grand rayon, ce levier N, poussé par le levier vertical M, occupera l'échelon XXV et la lune pascale aura lieu le 18 avril seulement.

La date de Pâques
Nous en venons à la détermination automatique de la date de Pâques. Nous avons vu que chaque échelon du limaçon correspond à une date de lune pascale comprise entre le 21 mars et le 18 avril. L'axe de la roue y de lettre dominicale porte également un limaçon y, mais à sept échelons seulement, car pour les années bissextiles, à deux lettres dominicales, c'est bien entendu uniquement la deuxième qui détermine l'échelon, puisque Pâques est de toute façon fêtée après le 29 février. L'échelon le plus bas correspond à la lettre dominicale D, le plus haut de la lettre C.

Pendant que la grande roue C du comput fait lentement son tour complet dans le sens de la flèche et après qu'elle ait mis en place les colimaçons de la lettre dominicale et des épactes, le jeu compliqué des leviers de la partie supérieure, jeu dont l'explication des relations de cause à effet serait fastidieuse et compliquerait trop mon exposé, libère d'abord le grand rateau R qui bascule sous l'effet de son contre-poids 12 jusqu'à ce que son bras 14 tombe sur l'échelon correspondand à l'épacte. Par la suite le petit rateau r est libéré, bascule et son bras 13 tombe sur l'échelon de la lettre dominicale. Remarquons que le petit rateau des lettres dominicales porte en 17 un peigne à huit entailles dans chacune desquelles la cheville 19 pourra pénétrer pour ramener ce rateau de sept pas vers la droite, indépendamment de la position qu'il occupait après son basculement.

Si le grand râteau était doté d'une aiguille, celle-ci indiquerait dans sa position initiale de repos, avant basculement, sur une échelle fixe fictive, le 3 mai, date la plus tardive du dimanche de Pâques. Or chaque dent de ce râteau correspond à une date de Pâques de l'espace [21 mars - 3 mai]. Ce râteau porte 8 chevilles, espacées de sept jours, sur lesquelles nous reviendrons. Après son basculement et lorsque son bras 14 repose, par exemple, sur l'échelle de l'épacte XXII, cette aiguille indiquerait sur cette échelle fictive la date de la lune pascale du 22 mars, ainsi que nous pouvons le vérifier sur l'illustration du limaçon des épactes.

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Schéma du limaçon des épactes.

Lorsque le petit râteau a basculé et que son bras 13 est tombé sur l'échelon D du limaçon des lettres dominicales, le bec de son cliquet 23 indiquerait sur cette même échelle fixe fictive, une date marquée de la lettre dominicale D et tous les jours de cette échelle qui portent la lettre D seraient des dimanches. Or, nous avons dit que l'aiguille hypothétique du grand râteau indique le 22 mars, mais dans une année qui a D comme lettre dominicale, le 22 mars, qui porte la lettre D est un dimanche.
Ainsi toutes les chevilles 16, espacées de sept jours du grand râteau, dont l'une correspond justement à notre aiguille hypothétique de la lune pascale, correspondent à des lettres D de l'échelle, c'est-à-dire à des dimanches. Alors, lorsque, comme dit plus haut, la cheville 19 entre dans l'un des creux du peigne 17 du petit râteau et ramène celui-ci de sept pas vers la droite, son cliquet 28 au bec arrêté sur la lettre D, accroche une cheville qui s'y trouve déjà et la ramène du dimanche 22 mars au dimanche suivant 29 mars, ainsi que notre aiguille hypothétique, car si la lune pascale tombe sur un dimanche, Pâques doit être reporté sur le dimanche d'après. Dans un autre cas, le cliquet 23 fera d'abord un ou plusieurs pas à vide, avant de rencontrer une cheville, pour la ramener dans tous les cas sur la date du prochain dimanche. Ainsi la date de Pâques sera déterminée correctement pour n'importe quelle épacte et n'importe quelle lettre dominicale.

Reste à la mettre en place sur la couronne du calendrier, ainsi que toutes les fêtes mobiles qui en dépendent.

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Schéma de l'ensemble du comput et du calendrier.

Pendant le fonctionnement du rouage du comput, le cliquet l de l'illustration ci-dessus libère le secteur denté L du cercle pascal de sorte que celui-ci, dans cette position du calendrier, peut glisser vers le bas sous l'effet de son propre poids et atteindre sa position la plus basse, qui correspond au 3 mai, date la plus tardive du dimanche de Pâques.

Un peu avant l'arrêt du comput, le levier 33 déclenche le rouage moteur de repêchage, rouage autonome à poids, qui repêche alors dent par dent, c'est-à-dire jour par jour, le grand râteau de la date de Pâques qu'il occupa finalement, jusqu'à sa position initiale de repos du 3 mai déjà énoncée plus haut. Or, pendant qu'il repêche le grand râteau de la date de Pâques du 29 mars de notre exemple jusqu'à la position de repos du 3 mai, il repêche en même temps par son levier 37 et la biellette i le cercle pascal de sa position basse du 3 mai jusqu'à la date de Pâques du 29 mars. Alors le levier d'arrêt 33 retombe et tout revient au repos jusqu'à la prochaine nuit du nouvel an.

Nous avons vu que toutes les fêtes mobiles qui dépendent de Pâques sont peintes sur des lamelles fixées au cercle pascal et sont donc mises en place avec et en même temps que le jour de Pâques. Les fêtes mobiles indépendantes de Pâques par contre sont également peintes sur des lamelles noires, mais fixées à deux secteurs mobiles indépendants qui sont mis en place par deux mécanismes spéciaux. Ce sont: La Saint Arbogast (patron du Diocèse de Strasbourg), un dimanche du 18 au 24 juillet; le Troisème Quatre Temps, un mercredi du 15 au 21 spetembre; le premier dimanche d'Avent, entre le 27 novembre et le 3 décembre; et le quatrième Quatre Temps, un mercredi du 14 au 20 décembre. Ces fêtes mobiles avancent d'un jour d'une année commune à l'autre et de deux jours d'une année commune à l'année bissextile. Lorsqu'elles ont avancé de sept jours, elles retombent la huitième fois automatiquement d'une semaine en arrière. Ces mécanismes

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Schéma d'un mécanisme des fêtes indépendantes.

sont tous les deux fixés sur l'arrière de la couronne du calendrier et tournent avec celle-ci. Le secteur mobile O est doté de sept chevilles z. A chaque fois que le cliquet S rencontre les deux dents du rateau fixe S', le secteur est avancé de deux pas. Or, pour les années communes le loquet g, visible dans la vue en plan du bas, déplace le cliquet S latéralement, de sorte qu'il n'accroche plus que la seule dent qui présente une épaisseur double de celle de l'autre. Ce déplacement latéral du cliquet S s'opère en même temps que la mise en place du petit levier m' pour les années communes. Lorsque le secteur mobile O a fait sept pas, à son prochain fonctionnement, le levier E bute contre l'équerre O' et le taquet e laisse échapper le tenon o' de la roue 0. Entretemps le loquet Z est retiré hors de portée des chevilles z et la glissière 0 retombe de son propre poids dans sa position première.

Le cadran du mouvement apparent du soleil et de la lune

Ce cadran, d'un diamètre de 2,88 mètres occupe le centre du calendrier. Il comporte une aiguille solaire et une aiguille lunaire, qui montrent le mouvement apparent du soleil et de la lune autour de la terre, mouvement projeté sur le plan de l'équateur. L'heure indiquée par l'aiguille solaire sur le cadran de deux fois 12 heures est donc le temps apparent ou temps vrai local de Strasbourg.

Midi est en haut et minuit est en bas. Midi correspond exactement au passage du soleil vrai par le méridien de Strasbourg. Il suffirait donc de comparer l'heure indiquée par ce cadran avec l'heure d'un cadran solaire précis, pour tenir à l'heure exacte toutes les indications de l'horloge, y compris bien entendu le cadran de l'heure officielle. Dans ce but, Schwilgué a installé une ligne méridienne (cadran solaire qui indique le passage du soleil par le méridien), dans le chambranle de l'une des portes de la façade méridionale. Cette ligne méridienne est formée d'un fil d'acier vertical de 2,6 mm d'épaisseur et de 2,64 m de longueur. Lorsque le soleil passe par le méridien de la Cathédrale, le rayon solaire passant par le trou d'une tôle montée à l'extérieur, tombe sur la méridienne et indique très exactement le midi vrai. Comme les déclinaisons et les signes du zodiaque sont peints sur la règle supportant ce fil, le rayon solaire indique en plus la déclinaison du soleil et sa position dans le zodiaque. Cette méridienne est protégée par un volet monté sur charnières.

En plus du mouvement apparent de la lune, l'aiguille lunaire montre, comme nous le verrons, les phases ainsi que les éclipses. Deux aiguilles supplémentaires indépendantes des deux premières, indiquent le lever et le coucher du soleil, exprimés en temps vrai local de Strasbourg. Pour la minuterie de l'aiguille solaire,

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Schéma de la minuterie solaire.

la tringle de transmission a, venant du haut, fait un tour par heure. L'aiguille solaire As est montée sur le canon de la roue C, canon tournant librement sur la tringle centrale fixe V'. Le mouvement est transmis par l'intermédiaire de la petite transmission horizontale qui porte les pignons b' et c. Transmission montée sur un levier mobile Ra. Lorsque le levier reste fixe, la roue C fait un tour en

A × B × b' × C     90 × 360 ×  15 × 360              

_______________ = ______________________ = 24 heures,

a × b × B × c 45 × 15 × 360 × 30  
temps moyen du mouvement apparent du soleil autour de la terre.

Lorsque le fil de tirée tr élève ou abaisse le levier Ra, l'aiguille solaire avance ou retarde sur son mouvement moyen. Avec les roues dentées, données par l'illustration de la minuterie solaire, cette avance ou ce retard est de 1 degré pour 6 mm de montée ou de descente du fil de tirée tr (15). Il s'agit ici d'un mouvement différentiel qui s'ajoute, en accélération ou en retardement, au mouvement moyen de l'aiguille sans gêner en rien ce mouvement moyen. Nous verrons plus loin comment le mécanisme des équations solaires provoquera à distance les montées et descentes du levier Ra pour impliquer au mouvement moyen ces corrections.

Pour l'aiguille lunaire,

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Schéma de la minuterie lunaire.

les choses se compliquent singulièrement du fait que le mouvement lunaire est soumis à plusieurs anomalies et que l'orbite lunaire fait un angle variable avec le plan de l'équateur céleste. Ainsi le rouage de la minuterie lunaire est devenu trop volumineux pour y trouver place coaxialement avec la minuterie de l'aiguille solaire. Ce mécanisme est déporté vers le haut et un pignon intermédiaire p rapporte le mouvement résultant de la roue P sur la roue P' de l'aiguille lunaire. Ici également, la même tringle de transmission a, venant du haut, fait un tour par heure. Par l'intermédiaire des roues dentées A, g, G, H, h et s, la roue S du mouvement sidéral fait un tour en:

A × G × h × S    90 × 334 ×  65 × 300                  

_____________ = ____________________ = 23,93447 heures,

a × g × H × s 45 × 28 × 334 × 570  
soit une journée sidérale de 23 h, 56 mn, 4,092 s. Ainsi cette roue sidérale représente la rotation du ciel étoilé dans le plan de l'équateur céleste. Or la roue lunaire oblique L doit représenter la rotation de la lune sur son orbite, orbite qui, pour l'instant, est supposée être dans le plan de l'écliptique, qui fait un angle invariable de 23° avec l'équateur céleste. Pour l'instant également, le pignon central r est supposé immobile et la roue lunaire L doit perdre un tour sur la roue sidérale dans un mois sidérique de 27 j., 7 h., 43 mn, 4 s. Or pour que la roue lunaire L perde un tour sur la roue sidérale S, cette dernière fera:
I × j × k × L     181 ×  70 × 30 × 281                 

_____________ = ____________________ = 27,396386 tours,

i × J × K × l 44 × 179 × 33 × 15  
d'un jour sidéral chacun, ce qui équivaut à:

365,2422  

27,396386 × ________ = 27,321582 jours solaires moyens

366,2422  
ou 27 j, 7 h, 43 mn et 4,681 s, c'est-à-dire un mois sidérique.

Or, il s'agit maintenant de corriger ce mouvement moyen en lui appliquant les principales anomalies lunaires. Dans ce but, le pignon central r n'est pas immobile, mais engrène avec le secteur denté R du levier Y, remonté ou abaissé par le fil de tirée tr, commandé à distance par le mécanisme des équations lunaires que nous étudierons par la suite. Ici également, une montée ou une descente de 6 mm du fil de tirée implique une avance ou un retard de un degré à la roue lunaire L(15). Maintenant, ces anomalies étant respectées, un point de la roue oblique L représente dans l'espace le mouvement vrai de la lune sur son orbite supposée dans le plan de l'écliptique, pour l'instant. Or, l'orbite lunaire fait un angle de 5° avec l'écliptique, son inclinaison par rapport à l'équateur céleste varie donc entre 23+5 et 23-5 degrés. Il fallait donc que Schwilgué trouve une astuce pour tenir compte de cette variation d'inclinaison.

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Rouage de l'orbite lunaire.

Pour celà, la roue sidérale S tourne librement sur l'axe central fixe V et son canon est coupé en bout sous un angle de 23°. Entre cette face oblique et la roue lunaire L est intercalée une manchette dont les deux faces font un angle de 5° entre elles et qui est solidaire d'une roue dentée N . Le pignon m de l'axe central est fixe. Lorsque la roue sidérale S fait un tour avec ses roues satellites M, q, Q, T, u, U et n, la roue N fera:

m × q × t × u × n     29 × 114 × 13 ×  8 ×  8                  

___________________ = _________________________ = 0,00014669 tours

M × Q × T × U × N 23 × 50 × 72 × 82 × 98  

par rapport à cette roue sidérale. Comme l'année tropique comprend 366,2422 journées sidérales, cette manchette fera par an 0,00014669 × 366,2422 = 0,05372407 tours. Pour faire un tour complet, elle prendra donc :
    1                                  

___________ = 18,613631 années tropiques,

0,053724071  

ce qui correspond à la période de la précession des noeuds lunaires sur le plan de l'écliptique et fera varier l'inclinaison de l'orbite lunaire de 28+5 à 28-5 degrés pendant cette période et par rapport à l'équateur céleste. Un point de la roue oblique lunaire L représente maintenant dans l'espace le mouvement vrai de la lune sur son orbite à inclinaison variable. Reste à projeter le mouvement de ce point lunaire sur le plan de l'équateur céleste, qui est le plan du cadran. C'est le rôle de l'anse X', anse solidaire de la roue P et qui traverse la roue oblique au point lunaire (16). À présent, l'aiguille lunaire A1 indique sur ce cadran des mouvements apparents, le mouvement diurne de la lune autour de la terre, corrigé de ses principales anomalies et projeté sur le plan de l'équateur.

L'aiguille lunaire

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Schéma de l'aiguille lunaire.

a une longueur variable. Cette longueur est égale à celle de l'aiguille solaire lorsque la lune passe par la ligne des noeuds, c'est-à-dire si elle passe par le plan de l'orbite terrestre. Sa longueur est plus grande lorsque la lune a une déclinaison positive et plus courte, lorsqu'elle prend une déclinaison négative par rapport au plan de l'écliptique. La petite bille lunaire B1 ne passe donc réellement devant le disque solaire Ds que lorsque effectivement il y a éclipse solaire (que celle-ci soit visible à Strasbourg ou non). En plus, le prolongement arrière de l'aiguille solaire porte un petit disque Om équidistant du centre et qui représente l'ombre de la terre. Alors, lorsque la petite bille lunaire B1 passe derrière ce disque Om, et alors seulement, il y éclipse lunaire. Dans ce but, le disque central F' qui provoque l'allongement et le raccourcissement de l'aiguille lunaire doit faire un tour en 18 et 2/3 années par rapport au ciel étoilé, qui fait un tour par jour sidéral et qui n'est pas représenté sur ce cadran(17). Sur l'illustration de l'aiguille lmunaire, le petit pignon d'angle a fait un tour par heure et comme pour les deux aiguilles, la minuterie de la ligne des noeuds comporte deux pignons f et e sur une petite transmission, qui peut être levée ou abaissée par un fil de tirée tr".
Si le niveau de cette transmission était fixe, le disque F des noeuds lunaires, qui remplace le dragon du cadran-astrolabe ferait un tour en:

 A × D × e × F    90 × 327 × 48 ×  318                             

______________ = ______________________ = 23,930959 heures moyennes

a × d × E × f 45 × 14 × 382 × 78  

ou 0,9971233 jours solaires. Or le tour apparent du ciel étoilé autour de la terre supposée fixe, se fait en un jour sidéral de 0,99726958 jours solaires. Le disque F avance donc sur le ciel étoilé de 0,00014628 tours par jour solaire. Il lui faudra donc:
    1                    

__________ = 6836,0503 jours

0,00014628  


ou 18,7164 années tropiques pour gagner un tour sur le ciel étoilé. Comme le mouvement obtenu se rapporte au plan de l'écliptique, il faut pour assurer sa projection sur le plan de l'équateur céleste, le corriger en remontant ou en abaissant la transmission différentielle e-f de 6 mm par degré de correction du disque F exactement comme pour l'aiguille solaire.

Dans la vue de gauche de la même illustration 74, nous remarquons un petit pignon d'angle Z', solidaire de l'aiguille solaire en son centre et qui engrène avec le pignon d'angle Z de l'aiguille lunaire. Grâce à ces deux pignons et grâce au mouvement différentiel entre ces deux aiguilles, la petite bille lunaire, moitié argentée et moitié peinte en noir, montre les phases lunaires. Elle montre sa face noire quand elle est en conjonction et sa face argentée lorsqu'elle est en opposition avec l'étoile dorée de l'aiguille solaire, et bien entendu toute les positions intermédiaires.

Restent à voir les mécanismes ingénieux des équations solaires et lunaires, logés dans la vitrine de droite.

L'aiguille lunaire

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Schéma d'ensemble des équations.

Chaque équation est matérialisée par une courbe sinusoïdale, découpée dans le bord supérieur d'une rampe cylindrique qui fait un tour dans la période requise, de sorte qu'une barre horizontale posée sur ce bord occupe à tout instant la hauteur qui correspond à l'ordonnée momentanée de l'équation en question. Afin que cette barre, qui peut glisser entre deux rails verticaux, soit toujours en position horizontale et puisse porter l'équation suivante, chaque courbe est représentée deux fois de suite, de sorte que les pointes diamétralement opposées sur lesquelles repose la barre aient toujours même hauteur. Ce qui oblige à prévoir un temps de révolution double à la période de la courbe d'équation. On voit, sur l'iilustration du schéma d'ensemble des équations, à gauche, les deux équations solaires, au milieu les cinq équations lunaires et à droite celle de la ligne des noeuds. On remarquera que les courbes inférieures, qui ont à supporter et à déplacer les autres, sont toujours les moins prononcées. Le fil de tirée attaché à la dernière barre horizontale du dessus traduit en un mouvement vertical assez complexe la somme algébrique des différentes équations et la transmet à distance aux bras correcteurs Y, Ra ou ra, déjà vus, de la minuterie des temps apparents.

La première équation solaire est l'anomalie terrestre. Elle est causée par la forme elliptique de l'orbite terrestre. Son amplitude totale du minimum au maximum est de 23,04 mm, ce qui correspond, à raison de un degré pour 6 mm de variation de hauteur, à une correction de ± 1,92° de l'aiguille solaire. Sa période est l'année anomalistique(18) de 365,25968 jours moyens. Les deux courbes successives devront donc faire un tour en 730,51963 jours moyens. C'est la courbe inférieure dans l'illustration ci-dessous.

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Schéma des équations solaires.

Pour toutes les équations que nous verrons, l'actionnement se fera par une vis sans fin à un filet, faisant un tour par jour. Ainsi le cylindre inférieur D de l'anomalie terrestre fera un tour en:
A × B × c × D     40 × 87 ×  57 × 274                     

______________ = _____________________ = 730,51935 jours.

a × b × C × f 1 × 60 × 62 × 20  

La deuxième équation solaire transforme la longitude du soleil, mesurée sur l'écliptique en ascension droite exprimée sur l'équateur céleste. Différence d'amplitude totale 29,6 mm, soit ± 2,466° sur le cadran. Sa période est l'année tropique de 365,2422 jours. Temps requis pour un tour 730,4844 jours. Le cylindre G fait un tour en:

A × E × f × G     40 × 94 ×  52 × 269                    

______________ = _____________________ = 73730,4844 jours.

a × e × F × g 1 × 60 × 60 × 20  
Pour tenir compte de certaines irrégularités du mouvement de la terre sur son orbite, le pignon 9 qui engrène avec le cylindre G comporte une denture oblique.

Les cinq équations lunaires.

Nous en venons aux cinq équations lunaires.

rouage globe
Schéma des équations lunaires.

La première, dont l'amplitude est la plus grande, est l'anomalie lunaire. Amplitude totale 75,7 mm, soit ± 6,308° sur le cadran. Sa période est le mois anomalistique(19) de 27,55460 jours. Durée de rotation requise 55,1092 jours. Le cylindre D fait un tour en:
A' ×  b × c × D      40 × 29 ×  36 × 269                   

_______________ = _____________________ = 55,109105 jours.

a' × B × C × d 1 × 60 × 60 × 20  
La deuxième équation lunaire est l'évection, causée par l'attraction des planètes. Amplitude totale 16,1 mm, soit ± 1,34° sur le cadran. Sa période est un peu plus grande que le mois synodique, soit 31,8 jours. Donc temps requis 63,6jours. Le cylindre G fait un tour en:
A' × e × f × G      40 × 30 ×  31 × 239                   

_______________ = _____________________ = 63,6239 jours.

a' × E × F × g 1 × 137 × 51 × 20  
La troisième équation lunaire, la variation, est dûe à l'attraction du soleil. Son amplitude totale est de 7,4 mm, soit ± 0,616° sur le cadran. Sa période est le mois synodique(20) de 29,53059 jours. Temps requis, 59,061178 jours. Le cylindre J fait un tour en :
A' × h × i × J      40 × 13 ×  58 × 274                   

_______________ = _____________________ = 59,061178 jours.

a' × E × F × g 1 × 106 × 66 × 200  
La quatrième équation lunaire, l'équation annuelle, est due à l'excentricité de l'orbite terrestre. Sa période est l'année anomalistique de 365,25968 jours. Temps requis 730,5193 jours. Nous retrouvons donc les mêmes rapports d'engrenage, comme pour la première équation lunaire, qui ont abouti à un tour en 730,51935 jours.

La dernière équation lunaire, la réduction est dûe aux variations d'angle de l'orbite lunaire. Son amplitude totale est de 1,4 mm soit ± 0,116° sur le cadran. Sa période est le mois dragonitique(21) de 27,21222 jours. Temps de révolution requis 54,42441 jours. Le cylindre Q fait un tour en:

A' × n × p × Q      40 × 29 ×  40 × 258                   

_______________ = _____________________ = 54,4244 jours.

a' × N × P × q 1 × 117 × 94 × 20  
La projection du mouvement lunaire sur le plan de l'équateur, qui aurait demandé une équation en plus comme ce fut le cas pour le soleil, est déjà réalisée mécaniquement comme nous l'avons vu.

L'équation de la ligne des noeuds
La seule équation nécessaire pour projeter le mouvement de la ligne des noeuds sur le plan de l'équateur céleste, présente deux moitiés absolument identiques et il ne fut donc pas nécessaire de la faire figurer deux fois de suite sur le bord supérieur de ce cylindre. Son amplitude totale est de 29,6 mm, soit ± 2,466° sur le cadran. Sa période est celle de la précession des noeuds lunaires, soit environ 18 années 2/3. Le rouage conçu par Schwilgué produit un tour en:

40 × 138 ×  61 × 298                    

____________________ = 6798,2764 jours,

1 × 18 × 82 × 10  
soit 18,61 années

Le mécanisme des levers et couchers du soleil
Reste à voir, pour ce cadran, le mécanisme tout à fait autonome des levers et couchers du soleil.

rouage globe
Schéma des lever et coucher du soleil.

Il est actionné chaque nuit par le rouage moteur du calendrier, dont le pignon moteur de 8 dents fait 46 tours par an pour les 368 pas annuels du calendrier, comme nous l'avons vu précédemment. Le mouvement de ce pignon est transmis par la tringle a-b à la roue dentée C qui porte la came E sur laquelle repose le levier x. Cette roue fait donc en un an:
46× b × c     46× 24× 6                

__________ = _____________ = 1 tour par an.

B × C 46 × 136  
L'aiguille du lever, F, va de 3 h 50 le 21 juin à 7 h 54 le 21 décembre, en passant par 6 h le 21 mars et le 23 septembre. L'aiguille du coucher F va de 20 h 02 le 21 juin à 16 h 06 le 21 décembre en passant par 18 h le 21 mars et le 23 septembre, (heure vraie locale).

Le planétaire et le globe lunaire.

À, la place de l'astrolabe géocentrique, Schwilgué préféra doter son horloge d'un planétaire héliocentrique, montrant la gravitation des planètes, y compris la Terre, autour du soleil central. Bien entendu les orbites légèrement elliptiques de ces planètes y sont remplacées par des cercles, que chacune parcourt à vitesse constante en sa période de révolution tropique. Un cercle du zodiaque fixe d'un diamètre de 2,20 mètres représente l'écliptique, système de référence du planétaire. Le point vernal est situé à droite sur l'axe horizontal. Les signes du zodiaque se suivent dans le sens inverse d'une montre, sens dans lequel tournent également les aiguilles planétaires, dont les longueurs sont proportionnelles aux distances moyennes des planètes par rapport au soleil. Une petite boule lunaire contourne la sphère terrestre en un mois synodique.

Voici les données techniques de ce planétaire:
j, 12 h, 44 mn, 3 s
Planète Longueur de l'aiguille Temps de révolution tropique admis
Mercure 110 mm 87 jours, 23 heures, 14 minutes, 35,7 secondes
Vénus
190 mm 24 jours, 16 heures, 41 minutes, 25,6 secondes
Terre 320 mm 365 jours, 5 heures, 48 minutes, 48 secondes
Mars 490 mm 686 jours, 22 heures, 18 minutes, 43,5 secondes
Jupiter 740 mm 4330 jours, 14 heures, 14 minutes, 21,1 secondes
Saturne 1020 mm 10746 jours, 22 heures, 29 minutes, 56 secondes
Lune 60 mm révolution synodique 29 j, 12 h, 44 mn, 3 s


rouage globe
Schéma du planétaire.

La planète Uranus ne fût pas ajoutée, parce que la longueur de son aiguille aurait dépassé la place disponible. Le rouage du planétaire se trouve directement au-dessus du rouage moteur de l'horloge et contient également celui de la sphère des phases lunaires placée au-dessus du planétaire. Les sept axes creux concentriques des aiguilles planétaires tournent autour d'une tige centrale fixe. Le troisième en partant du centre est celui de la terre. Le pignon d'angle A' faisant un tour par heure, cet axe fait un tour en:

B × C × D        156 × 188 ×  169                   

______________ = _____________________ = 8765,8133 heures,

b × c × d 9 × 10 × 10  
soit 365,2422 jours.
Cet axe porte, en plus de sa roue motrice D, six autres roues dentées, k, M, p, r, G et E, servant à actionner les autres aiguilles planétaires.
Ainsi l'aiguille de la planète Mercure fait un tour en:
g × H                   44 × 134         
365,2422 × ________ = 365,2422 × __________ = 87,968469 jours,
G × h 240 × 102  
ou 87 j, 23 h, 14 mn, 35,74 s.

Pour Vénus, nous obtenons ainsi:

e × F                    17 × 221         
365,2422 × ________   = 365,2422 × __________ = 224,69543 jours,
E × f 197 × 31  
ou 224 j, 16 h, 41 mn, 25,55 s.
Et pour la planète Mars, un tour en:
m × N                    95 × 213         
365,2422 × ________   = 365,2422 × __________ = 686,92967 jours,
M × n 203 × 53  
ou 686 j, 22 h, 18 mn, 43,48 s.
Jupiter fera un tour en:
p × Q                    157 × 2323         
365,2422 × ________   = 365,2422 × __________ = 4330,92967 jours,
P × q 96 × 32  
4330j, 14 h, 14 mn, 21,07 s.
et Saturne fera son tour en:

R × s                  161 × 212       
365,2422 × ________ × = 365, 2422 × __________ = 10746,937
r × S 58 × 20  
10746j, 22 h, 29 mn, 55,5 s.

Nous avons vu qu'une petite sphère lunaire tourne autour de la sphère terrestre en un mois synodique. Dans ce but l'aiguille terrestre est élargie sous forme d'un disque noir qui recouvre la roue dentée J. La sphère terrestre est supportée par un axe traversant ce disque et portant à l'arrière un pignon j et à l'avant la petite aiguille lunaire. Pendant que le disque 9 fait un tour en 365,2422 jours, la roue J fait:

k × l      83× 14           
1 × ________ × ________ = 0,04859485 tours.
K × L 122 × 96  

La roue dentée J aura donc un retard sur le disque 9 de 1- 0.04859485 = 0,95140515 tours en 365,2422 jours. Le rapport du couple J/j, étant de 13/1, l'aiguille lunaire fera 0,95140515 × 13 = 12,368267 tours en 365,2422 jours, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre donc un tour en:

 365,2422                
_________ = 29,53059 jours,
12,368267  
soit 29 j, 12h, 44 mn et 2,967 s.
La sphère lunaire, placée au-dessus du planétaire a un diamètre de 40 cm, elle est moitié dorée, moitié peinte en noir. Son axe penche de 40° vers l'avant et un panneau à ouverture circulaire l'embrasse en cachant sa moitié arrière. Le rouage lunaire est incorporé au rouage planétaire et le tout forme un ensemble harmonieux et bien équilibré. Pendant que le pignon d'angle A' fait un tour par heure, la sphère lunaire le fait en:
B' × T × U × V'   108 × 116 ×  137 × 52            

______________ = _____________________ = 708,73413 heures,

b × t × u × g 9 × 12 × 22 × 53  
ou 29j, 12 h, 44 mn, 2,88 s.

J'ai pu constater que le public, bien souvent, ne comprend rien du tout à ce planétaire. Lorsque le soleil, suivant le calendrier doit occuper le signe du bélier, l'aiguille terrestre montre le signe de la balance et bien peu de visiteurs semblent pouvoir se placer en pensée sur la petite sphère terrestre pour viser le soleil, derrière lequel ils découvriraient, toujours en pensée, le signe du bélier. Personnellement, j'ai toujours regretté que Maître Schwilgué n'ait pas conçu un planétaire géocentrique, ce qui, bien entendu, aurait demandé des mouvements épicycliques très compliqués que certains anciens artistes ont exécutés avec plus ou moins de succès (5). Je le regrette d'autant plus que je suis certain que conçu par Schwilgué, un tel cadran planétaire aurait été un chef-d' oeuvre digne du génie de l'inventeur du comput ecclésiastique.

Le globe céleste

Déjà la deuxième horloge astronomique de notre cathédrale possédait un globe céleste très décoratif, or ce globe, comme tous ses semblables sur d'autres horloges, ne respectait pas la précession des équinoxes, qui exige que le point vernal prenne un tour d'avance en quelque 26 000 ans sur les constellations d'étoiles.
Or Schwilgué, le "Prince des Horlogers", ne pouvait pas se permettre cette petite négligence pratiquement insignifiante. Noblesse oblige; ainsi le point vernal du globe de Schwilgué et son opposé font un tour exact par jour sidéral et c'est le globe avec ses constellations d'étoiles qui prend ce petit retard, qui depuis sa mise en marche a atteint 1,92 degrés d'angle, soit 14,1 mm sur le périmètre du globe. Aucun visiteur ne peut le constater, le globe n'étant pas accessible au public.
rouage globe
Schéma du globe céleste.

Ce globe céleste a un diamètre de 842 mm et matérialise le mouvement apparent du ciel étoilé autour de la terre, centre apparemment fixe de l'univers. La sphère est montée sur l'axe OO' qui tourne dans les paliers du colure U'. Un deuxième colure ou grand-cercle coupe le premier aux deux pôles célestes et sous un angle droit. Deux grands-cercles Eq et Ec sont supportés par ces colures, le premier Eq, perpendiculaire à l'axe du monde, représente l'équateur céleste. Le deuxième Ec, perpendiculaire à l'axe OO' matérialise le plan de l' éclipique. Ces deux grands-cercles se coupent au point équinoxial du printemps gamma ou point vernal V, et à son opposé, le point équinoxial de l'automne. Une rampe horizontale, L, supportée par quatre pieds en fonte, représente l'horizon de Strasbourg et porte l'arc vertical M qui matérialise le méridien de notre ville, arc qui supporte les deux paliers de l'axe du monde. L'axe du monde fait un angle de 48°35' avec le plan horizontal, angle qui correspond à notre latitude.

Le colure des solstices U', le grand-cercle Eq de l'équateur et celui Ec de l'écliptique portent des graduations angulaires qui permettent de définir à tout instant les coordonnées momentanées des étoiles. L'origine de ces graduations est le point gamma pour l'écliptique et pour l'équateur. Celles du colure U' partent de l'équateur. Le méridien M et la rampe L portent également des graduations qui partent respectivement de l'horizon et des directions Est et Ouest. Sur la rampe de l'horizon sont mentionnées les coordonnées des villes de Strasbourg et de Paris.
Le globe montre plus de 5.000 étoiles de la première à la sixième grandeur, ainsi que les contours des constellations avec leurs noms. Le rouage du globe doit reproduire deux mouvements : un tour complet du colure U' autour de l'axe du monde en un jour sidéral et un tour complet du globe autour de l'axe OO' en 260 siècles environ et en sens inverse du premier. Dans ce but, le colure U' est supporté par deux bouts d'axes, logés dans l'arc méridien. Le bout d'axe supérieur porte l'aiguille d'un cadran de l'heure sidérale, car l'heure sidérale, heure locale, est par définition l'angle horaire du point vernal pour le lieu donné. L'axe inférieur porte le pignon d'angle H'. Concentriquement à cet axe, l'arc méridien M porte un pignon q qui lui est solidaire, donc fixe, et sur lequel nous reviendrons. Le pignon d'angle A, fait un tour par heure de temps moyen. La roue B de l'engrenage différentiel fait donc en 24 heures:

a × b          45× 18                     
24 × _____ × = 24 × _______ = 1 tour par 24 heures.
A × B 72 × 270  

Mais pour chaque tour de cette roue B, la roue C fera:
B × c      270 × 18      270          1         

_____ = _______ = ____ = 1 + ___ de tour,

b × C 18× 269 269 269  

ainsi que la roue D qui lui est solidaire. Donc la roue E, pour un tour de la roue B, donc en un jour moyen, fait:
1       D × e         1     100 × 18                        

1 + ___ × _____ = 1 + ___ × ________ = 1,00273791 tours par jour

269 d×E 269 26× 94  
ce qui fait en une année tropique de 365,2422 jours: 365,2422 × 1,00273791 = 366,2422 tours de la voûte céleste. D'après les dernières vérifications, suivant les données les plus récentes, l'erreur de ce rouage différentiel remarquable reste dans les limites d'une seconde en quelque 160 années.

Le mouvement de la précession des équinoxes est obtenu par un train de 12 roues dentées tournant autour du pignon fixe q déjà nommé, dans lequel engrène la roue N de 36 dents et qui aboutit à la roue R de 128 dents de l'axe 0-0'. Ce train de 16 roues réalise le rapport:
36 × 12 × 12 × 12 × 12 ×12 ×12 ×12               1  

____________________________________________ = _______ 

81 × 84 × 94 × 96 × 108 × 115 × 126 × 128 9534420  
et provoque un tour de l'axe OO' dans le sens inverse en 9534420 jours sidéraux ou 9534320 × 365,2422 = 9508386,9 jours 366,2422 moyens ou 26633,1 années tropiques.
La dernière roue de ce train d'engrenages a 128 dents. Dans les 140 ans de fonctionnement de l'horloge, elle a tourné de 0,68 dents. On se demande s'il valait la peine de les tailler toutes et Maître Schwilgué s'est certainement posé la même question, mais il les a tout de même taillées.

Henri Bach
Durant plus trente ans, j'ai eu l'honneur de contribuer à l'entretien de notre horloge astronomique et l'étude de ce chef-d'oeuvre m'a profondément marqué. À chaque fin d'année, j'ai passé des heures à vérifier le fonctionnement de ces mécanismes mystérieux qui, durant toute l'année, étaient figés dans une immobilité totale et qui, la nuit venue, devaient jouer leur rôle sans défaillance. Après un déclenchement d'essai de toutes les fonctions du calendrier, du comput et après la remise à l'état primitif de tous les organes, je rentrais toujours profondément impressionné par la beauté du mécanisme qui suscite la naissance d'une nouvelle année. Naissance qui se fera dans le silence de notre Cathédrale à minuit, heure locale de Strasbourg, pendant que dehors explosent les fusées, et pendant que la grande majorité des humains danse et chante dans un vacarme infernal pour tuer le temps. Alors que pour beaucoup d'entre eux se met en place sur le calendrier de la Cathédrale leur dernière année de vie et que l'aiguille à secondes du régulateur, au premier étage a déjà commencé leur compte à rebours final.
Je remercie Monsieur Jean Boutry, d'avoir eu la gentillesse de me permettre l'utilisation des schémas et de certaines figures et planches du livre d'Alfred et de Théodore Ungerer: L'horloge Astronomique de la Cathédrale de Strasbourg, ainsi que Monsieur Paul Thuet, qui a bien voulu mettre à ma disposition sa remarquable biographie de Jean-Baptiste Schwilgué.

Je me suis permis d'adapter ce travail au XXI° siècle, sans bien évidemment dénaturer, ni trahir son sens. Je n'ai gardé que les figures de dessin des pièces mécaniques et n'ai pas conservé les photographies qui y sont contenues, vu qu'une majorité d'entre elles sont à présent visibles sur différents sites web. En revanche, j'ai rajouté des titres et sous-titres que je pense utiles à la lecture de ce remarquable travail.
Ce n'est qu'une fois mon travail de digitisation terminé que j'ai découvert le livre de

Henri Bach, Jean-Pierre Rieb, Robert Wilhelm Les trois horloges astronomiques de la cathédrale de Strasbourg, Editions Ronald Hirlé (1992)

1) Ces deux lions sont des sculptures en bois massif et leur rôle, purement décoratif est de tenir les emblêmes de la ville de Strasbourg.

2) Sous l'effet de la précession des équinoxes, les signes du zodiaque de notre calendrier, signes auxquels sont liées les saisons, ont pris une certaine avance sur les constellations d'étoiles qui leur ont donné leurs noms. Nous reviendrons sur la question dans le chapitre du globe céleste de l'horloge actuelle.

3) Si le cadran-astrolabe était relativement fréquent sur les pendules anciennes et les horloges astronomiques des cathédrales, il n'est plus que très rarement employé de nos jours comme cadran monumental. L'Alsace en possède un seul, celui que la Maison Hörz d'Ulm construit en 1904 pour la tour du Musée de Haguenau, où il était placé beaucoup trop haut pour être visible. Ce cadran-astrolabe, d'un diamètre de 2,76 mètres, fut déplacé en 1958 sur les insistances de l'auteur et se trouve à présent dans la façade de l'ancienne bibliothèque de Haguenau. Un deuxième cadran-astrolabe monumental devait prendre place au Mont Sainte Odile, sur la suggestion de l'auteur, alors ingénieur de la Maison Ungerer, et le directeur, Monseigneur Ruch, avait déjà donné un accord verbal, lorsqu'il mourut quelques jours plus tard. Le projet fût abandonné par son successeur.
Outre un cadran-astrolabe de 5 mètres à l'hôtel de ville d'Oslo et un autre de 1,06 mètres pour l'aérogare d'Orly-Ouest, l'auteur a pu calculer les rouages et tracer le sahifa d'un cadran-astrolabe d'un mètre de diamètre pour le hall d'accueil du Centre Administratif de la ville de Strasbourg (1976).
La Maison Ungerer construisit en outre des horloges de parquet cadran-astrolabe conçues par l'auteur.

4) Dans la projection stéréographique polaire, les cercles restent des cercles et ils se coupent en projection sous le même angle que dans l'espace. Les cercles qui passent par l'oeil de l'observateur deviennent des droites.

5) Ce problème fut par contre résolu avec succès et par rapport à un zodiaque fixe sur l'horloge d'Oronce Fine à la bibliothèque Sainte Geneviève à Paris (XVI°), sur celle de Philippe Imser au Musée Technique de Vienne (1555) et sur les deux horloges de Baldewein à l'Astronomisch - Physikalisches Kabinett à Kassel (1560-61) et au Mathematisch - Physikalischen Salon à Dresde, pour ne citer que les plus importantes.

6) Voir à ce sujet l'article de l'auteur dans la bibliographie.

7) L'auteur a trouvé cette dernière devise tellement opportune et si pertinente pour notre époque et pour notre Alsace, qu'il l'a reprise et écrite sur la grande roue tournante du cadran astrolabe du Centre Administratif de Strasbourg.

8) Ce texte est entièrement tiré de la remarquable biographie de la plume de Mr. Thuet, que son auteur a eu la gentillesse de mettre à la disposition de l'auteur.

9) Mon ami et ancien collègue Fritz Klinghammer, professeur à l'école d'ingénieurs de Rabat a reconstruit de toutes pièces un petit modèle du comput de Schwilgué.

10) La description détaillée de ce procédé de taille, avec un exemple numérique est donnée dans le texte de l'auteur Aus der Werkstatt des Meisters der Strasburger Münsteruhr.

11) Les dentures coniques et les dentures héliocoïdales théoriquement justes ne peuvent être obtenues que par génération.

12) Le moteur électrique n'apparaît à Strasbourg que vers les années 1900. En 1895 fût construite la premi ère centrale électrique, rue de Molsheim, d'une puissance de 750 P.S.

13) Le danois Jens Olsen, grand admirateur de Schwilgué, construisit dans les années 1950 son horloge astronomique à Copenhague, horloge qui, dans un buffet vitré moderne, en acier inoxydable, réalise toutes les fonctions astronomiques de l'horloge de Strasbourg.

14) Le mois synodique a 29,5 jours. Or, pour la détermination de la nouvelle lune ecclésiastique ne peuvent être pris en considération que des jours entiers. Conventionnellement, on compte alternativement 29 et 30 jours, les lunaisons de 29 jours étant celles qui contiennent les dates suivantes: 5 février, 5 avril, 3 juin, 1er août, 29 septembre et 27 novembre. Cela revient à compter ces jours pour deux fois dans une suite de lunaisons fixée uniformément à 30 jours. Pour les années bissextiles, le 29 février n'est pas compté, mais la lunaison qui le comprend est augmentée d'un jour.

15) Voir à ce sujet l'analyse de l'auteur dans Das Zifferblatte der wahren Sonnen- und Mondzeit der Strassburger Münsteruhr.

16) Antide Janvier a également employé cette astuce dans ses pendules astronomiques.

17) Le cadran de l'heure vraie est en somme un astrolabe sans safiha, sans araignée et sans aiguille du dragon, mais reproduisant le vrai mouvement du soleil et de la lune avec ses principales anomalies.

18) L'année anomalistique est le temps écoulé entre deux passages de la terre par son périgée.

19) Le mois anomalistique est le temps écoulé entre deux passages de la lune par son périgée.

20) Le mois synodique est le temps écoulé entre deux nouvelles lunes moyennes.

21) Le mois dragonitique est le temps écoulé entre deux passages de la lune par son noeud ascendant.

22)

L'épicycloïde
 x = (A+a) cos(phi)- a cos(A+a)/(a) phi y=(A+a) sin- a sin(A+a)/(a) phi
L'hypocycloïde
x = (A-a) cos(phi)- a cos(A-a)/(a) phi y=(A+a) sin(phi)- a sin(A-a)/(a) phi
L'hypocycloïde droite
a = A/2.