Huitpucelles ou Vipucelle?

Eh oui! Ce sont des questions qu'on se pose parfois dans la région....
Commençons donc par VIPUCELLE. Dom Calmet, un des derniers Abbés de Senones (1728 - 1757) écrit dans sa célèbre histoire de l'abbaye de Senones, que VIPUCELLE vient du latin Vicpodis cella, c'est-à-dire cella: cellule, prieuré, chapelle - (resté dans Celles- sur-Plaine) de Vicpode.
Mais qui était donc ce Vicpode? Si vous avez la curiosité et le plaisir de faire un petit tour à Senones (capitale de la Principauté de Salm jusqu'à la Révolution française), vous trouverez dans l'église paroissiale sur une stèle, à côté du monument de Dom Calmet, la liste des Abbés de Senones. Vicpode y figure à la 12e place. Ce serait donc le 12e Abbé (chef du monastère des bénédictins de Senones et du bénédictin, curé de Vipucelle) qui aurait donné son nom à VIPUCELLE (La Broque ou Labroque n'apparaît que quelques siècles plus tard. L'église de La Broque est à Vipucelle, le Breuil de Vipucelle s'étend jusqu'au coeur de La Broque - la rue de la Liberté).
Et le prieuré? me direz-vous! Le Larousse nous dit que c'était des fermes trop éloignées de l'abbaye - de Senones à Vipucelle, il y a une, trentaine de kilomètres - pour pouvoir être régies par l'économe de l'abbaye. L'Abbé y envoyait un religieux chargé de la ferme et de la chapelle (ou prieuré) attenant à la ferme. Voilà sans doute ce que fit Vicpode entre les années 800 et 825.
L'Abbé de Senones resta le chef de ce prieuré plus tard devenu paroisse, jusqu'à la Révolution.
C'était l'explication historique. L'explication philologique Vicpodiscella donnant VIPUCELLE est claire, les éléments essentiels du nom latin se retrouvent dans Vipucelle. Et alors Huitpucelles ? Eh bien! OBERLIN écrit à la fin du 18e siècle qu'on a dit pendant quelques années: Huitpucelles.... Quelques personnes d'un certain âge vous diront qu'autrefois huit pucelles vivaient dans une maison retirée de la localité, d'où le nom Huitpucelles qui, mal prononcé, aurait donné Vipucelle. A vous de conclure....
Maintenant VIPUCELLE, premier village fondé dans la région, n'est plus qu'un quartier de LA BROQUE ou LABROQUE, ce qui nous amène à la deuxième question que nous verrons, si vous le voulez bien, la prochaine fois.
J.P.R

L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° 38 (avril 1955)

Labroque ou Labroque?

La dernière fois nous avons vu que Vipucelles vient de Vicpodiscella et non de Huitpucelles comme certains le prétendent.
Aujourd'hui, nous allons essayer de montrer qu'il faut écrire La Broque en deux mots. Vous plairait-il maintenant que vous savez écrire ce mot, de connaître le sens de Broque? Cette fois nous nous engageons sur une pente dangereuse. Masson dans sa thèse sur la vallée de la Bruche affirme que le mot est d'origine celtique. Celtique serait aussi le nom Bruche (voir Dauzat, revue d'onomastique). Or, le mot breuil est lui aussi celtique (le breuil de Vipucelle) . Ces trois mots ont-ils une origine commune? Ont-ils en commun une idée d'eau, d'endroit marécageux? Vous remarquerez, en passant que ce sont tous des mots qui commencent par Br et non labr (oque).
Il n'est pas possible de répondre à cette question pour le moment, en tout cas une chose est certaine, vous l'avez constatez, on écrit La Broque en deux mots. Tant pis pour ceux qui, (pour convenance personnelle) préfèraient l'écrire en un seul.
Ph. et Aug.

L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° 39 (septembre 1955)

Histoire de la Principauté de Salm

Pierre Juillot


Adaptation d'un article paru dans les n° 40 (décembre 1955) et 41 (avril 1956) de L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck

traduction anglaise par Fred Craven

February, 2002

De 640(?) à 1190

On ne peut donner que peu de renseignements sur la région avant le VII° siècle. On sait seulement que tout le versant des Vosges occidentales avait été colonisé par des Francs.

Vers 640 arriva dans la région de Senones un moine, nommé Gondelbert. Il y fonda un monastère qui fut le premier de la région. L'abbaye d'Étival date de 663, celle de Saint-Dié de 669, et celle de Moyenmoutier -par Saint Hydulphe- de 671.

Le monastère se développa rapidement et devint un des plus importants de la région, si bien qu'en 661, Childeric II, roi d'Austrasie accorda une vaste étendue de terrain pour les besoins de cette abbaye. Ce territoire avait la forme d'un quadrilatère. Il était séparé de l'Alsace, au Nord par le ruisseau qui coule du Donon (goutte du Marteau), à l'Est, par la Bruche, et délimité au Sud par «la Via Salinatorum» ou route des Sarmates, qui longe les ruisseaux qui passent au-dessus de Chatas et de Ménil. A l'Ouest la limite s'étendait de la vallée du Rabodeau à la rivière de la Plaine.

Après 23 années de labeur, Gondelbert mourait à Moyenvic (?). Son souvenir est resté dans la mémoire des habitants du Comté, principalement à La Broque, où Saint Gondelbert est représenté sur un vitrail de l'église paroissiale.

L'Abbaye de Senones prospéra par la suite, puisque, à la nomination d'Angelramme comme septième abbé de Senones (770-791), elle comptait 200 religieux.

Le douxième abbé de Senones, Vicpode, fonda vers 810, un prieuré qui, par la suite prit le nom de Vipucelle (Vicpodis cella). En effet, par groupe de cinq ou six, des profès éprouvés s'en allaient former des communautés miniatures sous la direction d'un supérieur en liaison étroite avec l'abbaye. Sur place ils érigeaient eux-mêmes chapelle et bâtiments conventuels. Ces petites unités monastiques reçurent le nom de «celles».

En 1090 Antoine ler fut nommé à la tête de l'abbaye de Senones par Hémiran, évêque de Metz, chef temporel du monastère. C'est sous son gouvernement qu'apparaissent les seigneurs de Salm (nom d'une petite ville du Luxembourg belge qui existe encore aujourd'hui sur la rivière de Salm.)

Ces Seigneurs avaient été appelés par l'évêque de Metz afin de défendre l'abbaye contre ses ennemis (l'empereur d'Allemagne, entre autres). Ils furent nommés voués et à cette époque ils ne possédaient encore aucun territoire dans la région, mais avaient le droit de percevoir une partie des impôts sur les terres de l'abbaye.

Le premier de ceux qui nous occupent, Hermann, épousa Agnès de Langstein, (depuis Pierre Percée) et séjourna dans ce château qui fut considéré comme le berceau de la maison de Salm. Son fils, Henri Ier de Salm eut deux enfants dont l'aîné Henri II hérita de la vouerie de Senones et bâtit (1190) sur le territoire de l'abbaye, le château de Salm (commune de La Broque) dont il reste encore quelques ruines aujourd'hui.

De 1190 à 1623

Ce Henri II vint au titre de simple locataire, payant redevance annuelle à l'abbaye, à raison de 2 sols strasbourgeois par an. (Le comte et son épouse Judith de Lorraine moururent à Senones et furent inhumés en 1244 sous l'église).

Son fils, Henri III, a laissé un déplorable souvenir, bien que n'ayant vécu longtemps. Dom Calmet relate qu'à la suite d'une grave maladie, on le crut mort et il fut enterré. La nuit qui suivit son enterrement, on entendit de grands cris provenant de son tombeau et, le lendemain, on ouvrit son cercueil; on le trouva mort, mais renversé dans sa bière, ce qui fit dire qu'il avait été enterré vivant. Il était en perpétuelle discorde avec les abbés de Senones et particulièrement avec l'abbé Vidric qui venait de remettre de l'ordre dans les biens de l'abbaye.

Henri III fit même arrêter des gentilshommes de l'abbaye. Les moines en guise de protestation, quittèrent Senones et demandèrent l'arbitrage des évêques de Metz et de Toul qui rétablirent la paix.

Ferry I, frère de Henri III, lui succèda vers 1240. Son premier acte fut de chasser, de son château, son père âgé de 90 ans. Il ne traita pas mieux les abbés de Senones. Heureusement pour eux ... il mourut très jeune, en 1248.

Son successeur fut Henri IV, comte de Ribeaupierre, qui se fit un malin plaisir à accabler d'impôts, les habitants du pays. Ce fut sous son règne que l'on découvrit du minerai de fer à Framont, non loin de Grandfontaine. Ce comte fit construire des forges comme si le terrain lui appartenait, d'où de nouvelles querelles avec le propriétaire du sol, l'abbé de Senones, qui fit intervenir l'évêque de Metz. Les mines furent détruites en 1260, mais réédifiées l'année suivante.

Les comtes de Salm s'entendirent donc plutôt mal avec les abbés de Senones. Cela s'explique facilement car les abbés défendaient leurs biens que les comtes s'efforçaient de leur enlever par la force. Henri IV de Salm continuant dans cette voie, livra une guerre sans merci à l'abbaye. Il vola le bétail, une partie du mobilier ce qui obligea les moines à se sauver dans l'abbaye voisine, celle de Moyenmoutier qui ne dépendait plus de ce comte; le monastère fut même occupé militairement. Les abbés prièrent l'évêque de Toul de les aider. Il excommunièrent le comte tout en envoyant des troupes contre lui. Le comte céda et les abbés retournèrent dans leur monastère (1262).

Puis, tout redevint calme jusqu'en 1284, sous l'abbé Simon, qui accepta que les biens du monastère, 80.000 arpents de forêts, devinrent la propriété des comtes, qui ne possédaient alors que 2.000 arpents de terre.

C'est Henri V qui obtint de l'abbé Simon des avantages aussi considérables, sans utiliser la force. Ce Comte fut le premier qui aima les lettres et les arts. Il est à noter que vers le commencement du XIIIe siècle, l'influence de la langue francaise était si grande que certains nobles vont jusqu'à traduire leurs noms en francais, les baillis de Hunolstein prennent le nom de Haneaupierre, et les comtes de Salm s'appellent comtes de Saumes. (On voit dans leurs armes 2 saumons, qu'on retrouve maintenant encore dans les armoiries de Senones et de La Broque).

Jusqu'à présent l'histoire du monastère nous avait été contée par un moine de Senones nommé Richer. Ce dernier disparu, nous ne savons plus rien jusqu'en 1328, quand Simon I comte de Salm veut faire construire le château-fort au Puid, à 7 kilomètres de l'abbaye. Les moines s'y opposèrent avec la dernière rigueur. Puis, plus rien; l'abbaye en 1420 ne compte plus que 6 religieux.... la puissance des comtes allait croissant.

En 1482 se produit un fait divers, comme nous l'appellerions aujourd'hui, une certaine Idatte, femme Colin Paternostre, de Ménil, fut brûlée pour magie et sorcellerie....

A l'abbaye en 1501, Jean de Borville, abbé de Senones, obtint certaines prérogatives épiscopales à savoir: l'usage des ornements pontificaux et le droit de conférer la tonsure et les quatre ordres mineurs.

Une catastrophe survint la nuit du lundi de Quasimodo 1534 entre dix heures et onze heures, alors que les religieux étaient endormis du premier sommeil, le feu s'empara de toute l'abbaye, faisant fondre les cloches, brûlant certaines maisons du voisinage. L'abbé Thirion fut obligé d'emprunter 200 francs monnaie de Lorraine pour bâtir l'église et le monastère.

Puis nous trouvons à nouveau des renseignements grâce aux querelles qui recommencèrent entre le comte et l'abbé. En 1556, l'abbé Padoux, originaire de Rambervillers se voit lui et ses moines, traités sans aucun ménagement par le comte Philippe Othon, qui avait embrassé la religion luthérienne en 1540. Les soldats du comte s'attribuèrent toutes sortes de droits, frappant d'amendes les sujets de l'abbaye, afin de créer des incidents qui amèneraient les abbés à reconnaitre la souveraineté du comte.

L'abbé Padoux s'adressa au duc de Lorraine, Charles III, qui donne tort au comte, celui-ci en appelle à son maître, l'empereur d'Allemagne, qui ne répond pas. Vers 1550, les comtes prirent la décision de ne plus payer les redevances de location (2 sols strasbourgeois par an) et ainsi manifestèrent leur droit de propriété.

Après la mort de cet abbé, le comte résolut de frapper un grand coup avant que le nouvel abbé, Claude Raville, ne préparât sa réponse. Une nouvelle fois l'abbaye fut occupée par les troupes. L'abbé s'adressa à l'empereur qui le renvoya devant le bailli de Haguenau.... L'abbé se fâcha, outrageant le comte qui exigea la soumission des moines: ce qui fut fait à une condition: que les comtes fussent les seuls seigneurs du temporel, c'est-à-dire de tous les biens situés dans le Val de Senones et autour du château de Salm.

Le 29 septembre 1571, Jean Comte de Salm, Maréchal de Lorraine, Gouverneur de Nancy, Baron de Niviers, de Fénétrange et de Brandebourg... et Frédéric, Comte Sauvage du Rhin et de Salm, baron de Fénétrange, firent rassembler dans l'abbaye la plupart des habitants des villages et bourgs de Vipucelle, Albet, Les Quevelles, Fréconrupt, Vaquenoux, Grandfontaine, Framont, Plaine, Champenay, Diespach, Poutay, Saulxures, Senones, Ménil, Moussey, Chatas, La Petite-Raon, Saint-Jean, Belval, Vermont, Le Puid, Le Saulcy, et leur demandèrent s'ils voulaient les accepter comme leurs seigneurs régaliens et leurs souverains et leur prêter serment d'obéissance (les habitants continuant de bénéficier de tous leurs droits). Les habitants acceptèrent, levèrent la main et prêtèrent serment d'obéissance et de fidélité aux dits comtes.

Ni l'abbé ni les moines n'assistèrent à cette cérémonie. Bien au contraire, ils continuèrent à se pourvoir auprès de l'empereur Maximilien II, qui ordonna aux comtes de rendre ce qu'ils avaient pris. Les comtes refusèrent et force fut aux deux partis de venir à une transaction. L'abbé continua à assurer la justice foncière dans les territoires qui dépendaient de lui, les comtes jouirent seuls des tailles et péages, eurent le droit d'établir des fours et moulins banaux; ils auront seuls la propriété des forges de Framont, les scieries du Val de Celles et d'Allarmont...

Une nouvelle transaction eut lieu le 4 octobre 1574. L'abbé obtint la juridiction sur les religieux de l'abbaye, il pouvait comme précédemment choisir huit bonshommes (dont l'"aerantour" le "cuit", le "lavendier", le "corkesier" les deux "paxours" et les deux "charpeintiers"; il aurait ses bangards (resté en patois sous la forme ban-ouet). Le bangard, le garde du ban c'est, je n'ai pas à vous l'apprendre, le garde-champêtre.

Nous avons vu que deux comtes, Jean IX, comte de Salm et Frédéric, comte Sauvage du Rhin, possédaient comme propriété commune la terre de Salm. En 1598, cette terre fut partagée entre eux deux tout en restant indivise.

Frédéric obtint la moitié de Badonviller , chef-lieu du comté, la moitié du village de Celles, du château et du village de Pierre-Percée, Pexonne, Vexaincourt et Allarmont, une partie de Luviguy, Albet, Grandfontaine et Vacquenoux, la moitié du bourg de La Broque, du château de Salm et ses dépendances: Diespach, Champenay et Plaine, le Puid, le Vermont, Saulcy et Le Mont; la moitié du bourg de Senones, le Ménil, Saint-Stail et Grandrupt.

Le rhingrave Frédéric mourut en 1608 et son fils, Philippe-Othon, hérita de son lot. Il avait abandonné la foi catholique quand la religion réformée avait fait son apparition dans le comté, mais l'empereur accepta de le faire prince de l'empire s'il l'abjurait, ce qu'il fit le 8 janvier 1623. Ainsi une partie du comté de Salm fut érigée en Principauté et l'autre resta comté.

Ce dernier qui comprenait entre autres la moitié de Senones, de La Broque, du château de Salm, Vipucelle, Fréconrupt et les Quevelles, Saulxures, Bénaville et Moussey, échu en 1600 à la mort du comte Jean, à sa nièce Christine de Salm qui avait épousé, en 1597, Francois de Lorraine, comte de Vaudémont, fils du duc Charles III de Lorraine, ce qui fit que ce territoire, le comté, appartenait à la Maison de Lorraine.

Aussi ne serez-vous pas surpris en faisant une visite à l'église de La Broque de trouver sous la chaire une pierre tombale avec cette inscription: Jean-Henry Francois, natif de Strasbourg, âgé de 2 ans, fils de Messire Henry Hersen, cher Seigneur de Bissbach, ci-devant lieutenant au régiment de Navarre... 1719, La Brocen - Lorraine. (Vipucelle et son église étaient lorrains).

De 1623 à 1751.

Le fils du Prince de Salm, Louis, régna de 1634 à 1636; il fut tué à la bataille de Saint Omer, sans laisser de postérité. C'est son frère, Léopold-Philippe-Charles qui lui succéda. Il mourut en 1663. Son frère monta sur le trône. Quelques princes leur succédèrent encore, sans qu'il y ait rien d'important à signaler. L'abbaye n'était plus aussi florissante qu'elle l'avait été, la caisse se trouva même vide et l'abbé Vivien fut obligé d'emprunter 15 florins barrois pour réparer les bâtiments de l'abbaye. Il mourut en 1684 Sous son successeur, de nouvelles querelles éclatèrent de nouveau entre comtes et lui (l'abbé Alliot). Son successeur fut Mathieu Petitdidier, natif de Saint-Nicolas, qui fut nommé évêque et prit le titre de comte. Il fit des améliorations dans l'abbaye et augmenta le nombre des volumes de la bibliothèque!

Son successeur fut le célèbre Dom Calmet que tout le monde connaît. C'est lui qui écrivit entre autres l'histoire de l'abbaye de Senones qui nous renseigne si bien sur les événements passés à Senones.

De 1751 à 1793.

Le 21 décembre 1751 est une date très importante dans l'histoire de la Principauté et du comté de Salm. En effet, à cette date fut conclu un nouveau partage du territoire entre le prince Nicolas-Léopold de Salm-Salm et le roi Stanislas, duc de Lorraine qui avait hérité des droits des anciens ducs.

Aux termes de cet accord, le prince obtint, en toute propriété, la partie de l'ancien comté situé à gauche de la rivière de Plaine à savoir une trentaine de localités: Senones qui devait devenir la capitale, Ménil et Saint Maurice-les-Senones, Vieux-Moulin et les Frénot, Allarmont, Albet, La Broque, Grandfontaine, les forges de Framont, Fréconrupt, Vipucelles et Quevelles, Plaine, Champenay, Diespach, Saulxures, Bénaville et le Palais, La Petite-Raon, Paulay, Raon-sur-Plaine, Celles, Moussey, Belval, Saint-Stail, Grandrupt, Le Vermont, Vexaincourt, une population d'environ 10 000 habitants. Les recettes se montèrent, tout juste avant la Révolution à 350.000 livres, les dépenses à 235.000 dont une somme de 22.000 livres à l'Empire, c'était tout ce qui rattachait la principauté à l'Empire.

Dans la principauté on cultivait du seigle, du sarrasin, de l'orge, des pommes de terre et un peu de froment, du chanvre et du lin. On y trouvait des forêts de sapins et donc des scieries, il y avait des lièvres, des chevreuils et des perdrix; dans les rivières, des truites, des lottes et des ombres. Beaucoup d'arbres fruitiers, des cerisiers en quantité. Il y avait aussi des mines où travaillaient plus de 400 ouvriers.

Les princes se montrèrent très bons pour leurs enfants et personne n'eut plus à se plaindre comme dans les siècles passés.

En 1793 la situation de la principauté devint intenable et voici pourquoi: les princes ayant quitté la principauté pour aller habiter leur château d'Anhold en Westphalie (et actuellement leurs descendants y habitent encore). La situation alimentaire s'aggravait car les denrées provenant de France ne pouvaient plus pénétrer en territoire étranger, donc dans notre principauté. Les habitants de Senones s'adressèrent alors à la Convention qui refusa de livrer l'approvisionnement nécessaire et la seule solution qui s'offrit fut de demander le rattachement du pays à la France. La réunion à la France eut lieu le 17 mars 1793. Les religieux durent quitter l'abbaye qui fut vendue aux enchères et transformée en usine quelques années après.

juillot@in2p3.fr Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg

À La Broque en 1598

En consultant le Partage du Comté de Salm en 1598, nous trouvons la liste probablement complète des familles de La Broque. Comme chaque comte de Salm obtenait Ia moitié du village, le nombre des habitants fut partagé en deux parts presque égales. Au total, il se trouvait 45 familles.
Nous voudrions, grâce à cette liste de noms de famille, faire revivre le village en 1598. Ces noms peuvent se classer en deux groupes:
  1. le groupe des noms de famille qui proviennent d'une profession: Boulanger, Boucher, etc..
  2. le groupe des noms de famille qui proviennent des prénoms: Henry, Antoine.
Au début du moyen âge, les noms de famille n'existaient pas. Ce n'est en principe que sous Philippe-Auguste qu'ils firent leur apparition. La province ne suivit pas aussi rapidement Paris, et en ce qui concerne le Comté de Salm, et plus particulièrement La Broque, nous pensons qu'à la date qui nous intéresse les noms de famille ne désignent plus le métier ou le prénom de telle ou telle personne. En réalité, notre interprétation des noms de 1598 doit nous reporter à une date très antérieure, malheureusement, faute de documents, nous ne pouvons - provisoirement du moins - donner aucune précision. Autre remarque, ne cherchez pas à localiser ces gens dans telle rue ou telle gosse. C'est une simple fantaisie de notre part...
Si donc vous quittez l'Alsace à Schirmeck en passant le pont (?) sur la Bruche, vous tombez immédiatemet sur les commerçants du pays, et en premier sur Maurice le Bouchier (à cette date ce nom s'écrit encore avec un i, de même que boulangier, etc.). Dans la liste de 1598 ne figure qu'un Maurice et qu'un Bouchier. On en conclura donc que si on dit le Bouchier à ce seul Maurice ce n'est pas pour le distinguer d'un autre Maurice (puisqu'il n'y en a qu'un), mais pour l'appeler comme son père. Ce qui confirme la remarque faite précédemment, que les habitants ont depuis longtemps des noms de famille. Mais en principe ils ne possèdent qu'un seul prénom à cette date. (Voir Ia liste publiée plus loin). Vous dire ce que pouvait faire ce M. Bouchier toute la semaine, serait assez difficile. Chaque paysan tuant son porc (puo) au début de l'hiver, ce n'était sûrement que «cochonnade» pendant un certain nombre de semaines. Mais si nous en croyons M. C. I., en 1957, la Mélie va acheter du boeuf pour le pot-au-feu chaque samedi. Les vieilles habitudes sont extrêmement tenaces. Et peut-être bien que nos aïeux se payaient du boeuf... le dimanche. Mais alors, il faut un boucher. C'est Maurice!
Plus loin habite Colas Boulangier. Un seul boulanger suffisait évidement. Que faisait-il alors que les gens avaient un four ou que le Seigneur de Salm avait un four banal?... (On ne rencontre pas à ce moment l'autre nom du boulanger: le fournier).
Monsieur Jean Loilier va nous procurer l'huile nécessaire ; c'est lui sans doute qui possède la presse à huile. Si vous voulez vous rendre compte de Ia grandeur d'une telle presse, allez à Ranrupt - c'est M. E. R. qui nous le conseille dans le dernier «Essor», page 10.
Un boucher, un boulanger, un huilier, voilà notre ravitaillement assuré! Pensons donc à nous habiller, pardon à nous vêtir comme on disait. Messieurs Tisserant nous procureront de quoi affronter les rigueurs de l'hiver vosgien. Leurs pièces de drap nous les porterons chez le tailleur qui ne se nomme pas ainsi, car il y a des tailleurs, de pierres, d'images. Si dans le Midi de la France on dit taillandier, chez nous c'est le parementier, originairement celui qui fait les parements. En patois «perminté» est encore le tailleur. M. Parmentier s'occupe des vêtements, M. Courdonnier fera les chaussures, pour ces 45 familles.
Les autres artisans seront: M. Fayer (celui qui travaille le hétre: fagus) c'est-à-dire le menuisier. M. Roch Marchal, le maréchal-ferrand, qui est le meilleur ami de Jean Cherrier, le charrier, le charretier du village.
Quel est cet homme qui vient justement à notre rencontre? Ne serait-ce pas le colporteur, ou comme il s'appelait: le mercier ? (nom spécialisé en colporteur et non plus seulement marchand, au 16ème siècle). Il n'est pas le seul Mercier au village, on sait qu'autrefois il y avait de nombreux colporteurs dans nos régions. Vit encore une Sibille veuve de Georges Lemercier. Un autre personnage porte le nom de Crammer qui est vraiment un nom allemand ou alsacien, et qui signifie lui aussi colporteur. Quoi d'étonnant ! Ce colporteur alsacien se serait plu dans notre village et s'y serait fixé, mais comme notre ami est prénommé Mengeon - nom bien français, pardon broquois, - ce n'est pas lui qui s'installa à La Broque, mais un de ses ancêtres.
Restent en tant qu'artisans trois Séliox. Etaient-ils selliers? Je ne sais.
Deux personnes avaient reçu des sobriquets. Demenge Bailly s'appelait ainsi à cause de ses prétentions à se faire passer pour le bailli. Et Jean Bannerot devait avoir eu parmi ses ancêtres un «porteur de bannière seigneuriale!»
En conclusion nous constatons que sur 45 familles il se trouve 14 artisans, environ le tiers de la population. Le reste se composait sans doute de laboureurs, de hardiers, de bangards (banwè), etc.
N'oubliez pas ce fait, qu'il s'agit ici de 45 familles de La Broque et non de Vipucelle, qui comprenait avec Fréconrupt et Les Quevelles, 37 familles. Par conséquent, il s'y trouvait aussi un certain nombre d'artisans spécialisés dans d'autres métiers de sorte que La Broque - Vipucelle, se suffisait à lui-même sans aucun doute.
Sur 45 familles, 14 ont donc des noms de métiers, les 31 autres, des prénoms presqu'uniquement.
Blaise, écrit une fois Blaize - ce qui est plus correct - doit son nom à St Blaise patron des cardeurs, parce que les bourreaux l'avaient dépecé avec des peignes de fer; pourtant, en ce qui concerne la région, c'est du saint guérisseur des maux de gorge qu'il s'agit.
Le deuxième prénom Clans semble inexpliqué ; Claudin c'est Claude; Antoine, Crétien, François, George, Henry, Michiel, Pierron (Pierre), Mathieu n'ont pas besoin d'explication. Par contre Cunin est peut-être l'alsacien Koenig ou l'allemand kühn, Genin est le diminutif d'Eugène ; Gennesson celui de Jean ou plutôt l'altération de Jeannesson, Cristofle est l'ancienne graphie de Christophe, Lienard est la forme populaire de Léonard: saint très célèbre dans notre comté puisqu'avec Ste Barbe c'était le patron des mineurs (de Framont). Son souvenir s'est conservé dans le patois de la vallée qui appelle l'arc-en-ciel: la couronne de St Linard. Enfin Mathis, n'est rien d'autre que Mathieu en alsacien.
Ouvrons une parenthèse, pour noter que l'influence alsacienne est exceptionnellement faible dans ce village proche de Schirmeck où on parle encore l'alsacien à cette date. Si donc les noms de personnes -  comme les noms de lieux que nous avons vus l'an dernier - sont français, pourquoi et comment expliquera-t-on La Broque par Bruck - Brücke, même si dans la Vallée du Rabodeau, un «broque» signifie la pierre qui sert de pont au-dessus d'un ruisseau.
Pour revenir aux noms de personnes (il n'y en a plus que 4) permettez-nous de les mettre sur le même tas: ils sont trop difficiles à expliquer. Voyez un peu.
Que signifie donc Coichot, Armesson (ormesson, orme?), Le Gouette?- Et Claudon Ysard est-il un Xarte, c'est-à-dire un essart: terre défrichée par essartage (on y a enlevé les bois et les ronces)? Ysard: Xart, ça se ressemble bien!

LES PRENOMS

Et maintenant, si vous n'êtes pas trop fatigués des efforts que vous venez de fournir, jetons un dernier coup d'oeil sur les prénoms. Nous verrons ainsi quels étaient les prénoms à la mode, à cette époque où les saints patrons étaient choisis intentionnellement (on n'appelait pas toujours le garçon comrne son père ou la fille comme sa mère)!
Sur 45 prénoms il y a sept Jean. Quoi d'étonnant ! Il en est encore de même actuellement, mais on ne sait pas si c'était St Jean ou St Jean-Baptiste leur patron.
Sept Claude: St Claude était un voisin puisqu'il fut évêque de Besançon au 7e siècle.
Huit Nicolas (ou mieux 4 Colas et 4 Claus (Lorrain?) St Nicolas devint célèbre à partir du moment où un croisé apporta une relique du Saint et qu'il fit élever l'église de St Nicolas-de-Port.
Six Dominique (sous la forme lorraine Demenge, GrandDemenge, Mengenot, Mengeon). St Dominique fondateur des frères prêcheurs était avec St François très vénéré.
Au total, 28 prénoms sur 45. Ce qui indique bien les préférences de nos ancêtres. A l'exception de Nicolas, qu'on ne trouve plus actuellement qu'au féminin: Colette, les goûts de ces braves gens ne se différencient pas des nôtres.

100 ans après

Dans les archives de la commune de La Broque qui datent de 1688, nous trouvons des renseignements précieux sur la population du village, sur certaines coutumes paroissiales, enfin sur la langue française à cette époque.
La paroisse de La Broque ou mieux de Vipucelle, comprend aussi Framont, qui ne devait posséder qu'une chapelle juqu'à la fin du 18e siècle. On amenait les nouveau-nés à l'église de Vipucelle, en principe le lendemain de leur naissance, pour les y faire baptiser.
Malgré la différence de pays, le curé de «Schirmek» venait souvent suppléer celui de La Broque, appelé auprès des malades de sa grande paroisse. Les mariages entre gens des deux nations étaient rares car les formariages (mariages au dehors) n'étaient pas de règle.
Voici maintenant, à titre de curiosité, quelques extraits du registre des mariage et des décès des années comprises entre 1700 et 1717. Avant cette première date les actes sont encore en latin. Quant aux baptêmes, nous leur consacrerons un chapitre la prochaine fois.

Fiançailles.

« L'an 1704 le 5e du mois de janvier, Jacque Toussaint de la Paroisse de Raon l'estape, et Libaire Ganard de cette paroisse, ont estez fiancez et se sort promis mutuellement de se marier ensemble aussitôt que faire se pourra et au plus tard dans 40 jours, lesquelles promesses ont estez recües et benies par moy dom Joseph Thomas Prestre et Curé de la paroisse de Vipucelle en présence de Léopold Marquaire, maire à la broque pour la part du comté et de Joseph Balle Lieutenant parens, qui ont signez avec moy ».
Quelques réflexions à ce propos. Jacque Toussaint est originaire du Comté, sa fiancée s'appelle Libaire (Ste Libaire est patronne de la Paroisse de La Broque). On constatera que les fiançailles à cette époque avaient un caractère religieux et que les rompre était chose extrêmement grave. Il y avait deux maires à La Broque, celui qui représentait le Comte et celui de l'abbé de Senones.

Un mariage.

Il s'agit d'un gars de La Broque et d'une jeune fille de Schirmeck:
« L'an 1703 le 1er du mois de decembre après avoir publié cy devant trois bans au prône de la messe paroissiale le dimanche 18e du même mois et les autres ensuivants, entre Nicolas Brunier fils de Pierre Brunier et de Catherine Simon sez père et mère de cette paroisse, d'une part, et Anne Marie Hierosme et d'Anne Georges sez père et mère de la Paroisse de Schirmek d'autre part et semblable publication ayant esté faite dans ladite paroisse par le Sr de Beuvillon prêtre et curé du dit Lieu, comme il conste par son certificat du 1er décembre 1703 demeuré entre mes mains sans qu'il y ait eu aucune opposition n'y empêchement, le soussigné Dom Joseph Thomas relligieux bénédictin prestre et curé de la paroisse de Vipucelle et sez dépendances ay recü leur mutuel consentement de mariage et leur ai donné la bénédiction nuptiale avec la cérémonie prescrite par la Ste Eglise en présence du Sr Nicolas Marchal, presvot du Ban de Ia Forge résidant a La Broque et de Nicolas François Parisot regent d'escole audit lieu qui ont signez avec moy ».
Ainsi en 1703, il y avait déjà un «mâd'école» à La Broque.

Un mariage riche.

«L'an Mil sept cents quatorze le dix sept septembre après avoir publié un ban au prone de Ia messe paroissiale le dix septième dimanche d'après la pentecoste, Jean Gachotte domicilié dans la ville de St Diey Tabellion général en Loraine, gardenotte en la prevosté et office dudit St Die et procureur au Bailliage de la ditte ville, fils de defunt Jean Gachotte vivant marchand à Raon et d'Anne Aldric ses père et mère d'une part et Damoiselle Franceoise Mus fille du Sr George Mus directeur des forges de framon et de damoiselle Franceoise Thouvenin ses père et mère de cette paroisse d'autre part, je soussigné Nicolas Parmentier curé de Vipucelle en conséquence de deux bans dont la dispense a été accordée par le révérend père prieur de l'abbaye de Senonne vicaire général du district de la ditte abbaye de nulle diocèse, semblable ayant été accordée par Mr le grand vicaire a l'absence de Mgr le grand prevost de l'insigne Eglise de St Diey suivant les actes signes et scelles en bonne forme qui m'ont été présentes et qui sont restes entre mes mains, ay receu leur mutuel consentement de mariage et leurs ay donné la bénédiction nuptiale en presence de.... »
signé: Parmentier.

Un cas spécial.

« L'an 1715 le Quinzième de janvier après avoir cy devant publié trois bans aux prones de la messe paroissiale entre Louis B. fils du defunt Joseph B. et d'Anne Juliot de cette paroisse d'une part et Marguerite C. fille de George C. et de Catherine P. elle a été née a Vilderspach dans la loy Lutherienne quelle a abjuré à Conroy la Roche et réside en cette paroisse en qualite de domestique voicy trois annees, d'autre part, sans qu'il y aye eu aucun empêchement ni opposition je nicolas parmentier... »
Le commentaire linguistique nous entrainerait trop loin, notons toutefois la forme: elle a été née qui se retrouve actuellement à La Broque et ailleurs.

Quelques décès.

Celui-ci est accidentel.
« L'an 1703 le sixième du mois de septembre a esté tuez en cette paroisse le nommé Philippe Cristophe aagé d'environ 60 ans par un bois sapin qu'il coupait lequel a tombé sur luy, et s'est trouvé roide-mort. Son corps a esté inhumé avec les cérémonies accoutumées dans le cimetiere de cette paroisse le 8e jour dudis mois et en présence de la justice du Lieu qui ont signez avec moy ».
Dom Joseph.
L. Marquaire
Jean André Tesmoins
Voici pour terminer, l'extrait du registre concernant l'enfant de 2 ans dont la pierre tombale se trouve sous la chaire de l'église de La Broque et dont nous avons déjà donné connaissance dans un « Essor » précédent. (Il s'agissait dans, ce numéro de la graphie du nom de La Broque écrit La Brocen).
« Jean Henry Franceois aagé environ de deux ans natif de Strasbourg fils de Messire Henry Hersens Chevallier Seigneur, cy devant au regiment de Navarre, de present au service de son Altesse Electorale Mgr de Bavière, est décédé le 10 janvier de l'année 1719 et a été enteré devant l'autel du Rosaire de Vuipucel. »
Parmentier Curé.

J. RESTHE
[Jacques Renner]
La Broque.

L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n°

Les noms de famille dans l'ancienne paroisse de Vipucelle à la fin du XVII° siècle

Denis Leypold

L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° 128 (Septembre 1985)

Cette modeste contribution à l'histoire des familles de l'une des innombrables paroisses de la vallée de la Bruche vous est présentée au moment où notre président, Arnold Kientzler, achève la parution dans les colonnes de l'Essor de ses recherches essentielles sur l'histoire des paroisses.
Nous verrons que la présente étude ne s'écartera pas de très loin de la sphère paroissiale à laquelle nous lui devons tous nos matériaux de travail.
Nous avons choisi comme cadre de cette étude la paroisse de Vipucelle qui, à partir du XVIII° siècle, est appelée indifféremment Vipucelle ou La Broque. La communauté a, de tout temps, fait partie sur le plan spirituel de l'abbaye de Senones. Sa position géographique est très importante: le siège de la paroisse se situe au débouché de la vallée de Framont qui permettait de relier facilement la vallée de la Bruche au versant vosgien (vallée de la Plaine par le col de Prayé et le vallon des Minières).
L'originalité de cette recherche a été de cerner les liens nombreux et fréquents qui existaient de tout temps par delà la crête des Vosges, d'une part, l'évêché de Strasbourg, de l'autre. Ce sont les registres paroissiaux établis par le curé qui permettent de préciser ces liens.
Le sujet a été volontairement limité à une seule paroisse, mais il est bien évident qu'un travail élargi à l'ensemble des vallées citées serait à entreprendre. Nul doute que tous les lecteurs de l'Essor y trouveraient leur compte.

I. Origine du peuplement

Avant d'en venir à la période qui nous intéresse plus particulièrement, il est important de donner rapidement quelques généralités sur le processus d'implantation humain de la région. Comme nous le verrons plus loin, on peut d'ores et déjà noter la grande diversité des patronymes lorrains rencontrés, ainsi qu'une similitude des formes en usage dans la paroisse de Vipucelle comme dans les paroisses des proches vallées vosgiennes (cette identité est en tout cas pleinement réalisée de nos jours). Pour en rester à une époque pas trop éloignée, on peut rappeler que cette partie de la vallée de la Bruche et les vallées voisines faisaient partie d'un même département, celui des Vosges, jusqu'en 1871. La mobilité des populations a ainsi permis de réaliser d'elle même son unité linguistique, quel que soit le versant habité. II est probable que la densité du peuplement germanique constitué par les populations situées dans la basse vallée de la Bruche n'a pas beaucoup permis l'ouverture sur une influence welsche. Pourtant, quelques indices patronymiques montrent une présence certaine d'éléments germaniques. II n'y a pas lieu ici de prendre position vis à vis des nombreuses études, souvent anciennes, qui expliquent la présence de ces noms allemands par une origine identique de l'ensemble de la population de la vallée. Constatons plus simplement que l'importante activité minière déployée au pied du Donon, dans le ban de Plaine et sur les terres de l'évêché, a certainement permis un brassage de population, ceci au moins depuis la seconde moitié du XVI° siècle. On sait qu'à cette époque, on fit souvent appel à de la main-d'oeuvre étrangère spécialisée dans la technique des exploitations métallurgiques; il en fut ainsi au Ban de la Roche et dans la seigneurie de SainteMarie-aux-Mines où les mineurs étaient souvent d'expression allemande2). II ne serait pas étonnant de retrouver quelques descendants de ces ouvriers autour des zones métallurgiques de Framont et de Plaine à la fin du XVII° siècle. D'autre part, des mariages se conclurent fréquemment entre les paroissiens de Vipucelle avec ceux de Schirmeck, comme il s'en fit entre les villages de Wackenbach et Grendelbruch, ce dernier village pourtant d'expression germanique3). On constate de toute évidence les très nombreux liens entre Vipucelle et Schirmeck à la simple lecture des registres paroissiaux (parrains, marraines, témoins) dans la deuxième moitié du XVII° siècle, lors des baptêmes et des mariages célébrés dans l'église paroissiale de Vipucelle.
Sur un autre plan, cette fin de siècle vit une reprise importante des courants économiques par delà la vallée rhénane, ainsi qu'une volonté de peuplement  par l'extérieur, toléré par le seigneur. Les registres paroissiaux reflètent à cet égard une très nette poussée de l'immigration venant de Suisse. Du point de vue démographique, cette arrivée massive mais concentrée en divers points de la vallée, n'eut sur le peuplement local qu'une influence restreinte, qui ne se confirmera qu'au siècle suivant4).
L'apparition des Suisses de la religion réformée dans la vallée de la Bruche correspond à une grande vague d'immigration qui prit naissance autour de l'année 1653, date charnière qui vit l'échec du soulèvement des paysans de plusieurs cantons, dont notamment celui de Berne. L'exode de milliers de personnes toucha tout naturellement la vallée rhénane, lieu de passage obligé vers le Nord, et se répandit jusque dans les vallées les plus reculées. La vallée de la Bruche semble avoir été touchée très tôt par ce mouvement: au Ban de la Roche, on signale des habitants du canton de Berne dès 16495). Le fait que les premières mentions de Suisses implantés dans la vallée le soient au Ban de la Roche n'est sans doute pas le fait du hasard, mais s'explique par des affinités d'ordre confessionnel6). L'esprit de tolérance bien connu des princes de Salm au XVIII° siècle - notamment à l'égard de leurs fermiers mennonites - a-t-il déjà eu cours à la fin du siècle précédent? On peut le supposer, en effet, en 1686, les censes du Donon, de Salm et des Quelles sont déjà occupées par des fermiers venus de Suisse. L'origine de ces derniers n'est pas toujours explicitement précisée; tout au plus trouve-t-on les termes de réformé ou de calvinisme:
Le 5 mars a esté baptizée Élisabeth Stepler fille de Jean Stepler et de Suzanne Hergether tous deux pour lors de la religion de Calvin. Elle a eu pour parain Volfgang Strether et pour maraine Élisabeth Storme.
(acte de baptême: 3E 254,2 (1689) p. 3 - il s'agit en fait de la famille Scheppler originaire du canton de Berne de religion réformée et non calviniste).

Il est probable que les curés ignoraient pratiquement tout de la langue allemande, d'où ces imprécisions. Ainsi certains patronymes ont-ils été transformés au moment de la rédaction des actes par une plume qui écrivait phonétiquement (une grande latitude laissée à la discrétion des rédacteurs dans la manière d'écrire les noms et les prénoms, était encore d'un usage particulièrement répandu à cette époque).
 
Nom d'origine: Autres formes du nom:
Arnold Arnould, Arnoult, Arneau, Arnoul
Faultrauer Faltraire, Foultre, Foltraner, Fortranne.
Forpintner(?) Formebiltner, Forenbiltner, Pintner
Friess Frisse, Frison, Frit, Phrise
Hougnon Hounion, Hunniori, Oygnon, Hounio
Juillot  Juliot, Jullot, Jeliot, Gilliot, Gilliat
Sillet Sillet, Silette, Sile, Hilet, Cilet
Ulrich Wlrich, Oulry, Oulric, Ory
À Framont et Grandfontaine, des ouvriers autrichiens sont attestés au cours du XVIII° siècle: il s'agit de toute évidence de personnels occupés à l'exploitation des mines de la région8). Ils ont pu apparaître dans la vallée aux alentours de 1700, bien que les premiers registres paroissiaux englobant la période 1678-1699 ne mentionnent à aucun moment - pour les paroissiens aux noms germaniques - leur origine autrichienne ou tyrolienne.
La population de Grandfontaine a donc été soumise à des influences extérieures importantes dues aux activités minières et métallurgiques de ce village. Pour ce qui est des autres habitants regroupés au sein de la vaste paroisse de Vipucelle, il faut sans doute envisager bien plus l'image d'une communauté traditionnelle fidèle à son terroir.
Il apparaît certain que les conséquences directes de la guerre de Trente ans (appauvrissement général de toutes les classes sociales, perte humaine très importante) se firent encore sentir très fort au début de la deuxième moitié du XVII° siècle. Elles se prolongèrent encore avec les guerres de Hollande (1672-1678) qui retarda considérablement le redressement économique et freina le repeuplement. II semble que ce n'est qu'avec le retour de la paix, à partir des années 1680, que se développa un nouveau courant d'immigration en provenance de la Lorraine9), et qui toucha le bassin de Schirmeck fortement encore pendant tout le XVIII° siècle.

II. Sources et méthodes

1. Les registres paroissiaux

Ils existent pour la paroisse de Vipucelle-La Broque à partir de l'année 1678 et sont tenus par les curés de la paroisse, tous moines venant de l'abbaye de Senones10). Les actes, rédigés avec une méthode toute relative en latin dans le premier registre et en français selon l'usage lorrain dans le second registre, authentifient les baptêmes, mariages et les sépultures constatées dans toute l'étendue de la paroisse11). Celle-ci était constituée des villages et écarts suivants: Vipucelle12), La Broque (La broc, 1693), Albet, Les Quelles (Hecuelle, 1695), Salm, Fréconrupt (Furconrut, 1695), Le Haut Fourneau, Framont (Franmont, 1697), Grandfontaine (Grand fontaine, 1696), le Donon (Donnon, 1695) et Vacquenoux (Vacquenout, 1696)13).

2. Les tableaux récapitulatifs

Dans le cadre de cette recherche, il a été établi une liste de tous les patronymes rencontrés au sein de la paroisse figurant dans les trois ensembles d'actes des registres: le livre des baptêmes, des mariages et des sépultures.
On rencontre dans ces documents différents types de personnes:
- les intéressés eux-mêmes dans le cas d'un mariage,
- les parrains et marraines pour les baptêmes,
- les parents et témoins pour les mariages,
- les témoins pour les décès.
Ont été retenus tous les patronymes mentionnés dans les textes depuis 1678 jusqu'à la fin de l'année 1699 (dans la mesure des possibilités offertes par les paroissiaux, les textes étant rédigés sans méthodes et les indications d'une crédibilité parfois douteuse).
La présentation est faite en trois parties distinctes:
* Le tableau I recense les patronymes des paroissiens de Vipucelle; personnes individuelles et couples cités d'après leur première mention avec leur lieu de résidence (lorsqu'il est connu). Les noms sont reproduits dans la forme la plus fréquemment rencontrée.
* Le tableau II reprend les mêmes données que précédemment mais ne sont pris en compte que les familles d'origine helvétique ou présumées telles.
* Le tableau III ne conserve que les personnes citées dans les registres de Vipucelle mais extérieures au district paroissial; par exemple: basse vallée de la Bruche, vallée de la Plaine, Senones, etc...

Listes alphabétiques des patronymes

Tableau I : Liste alphabétique patronymique des paroissiens de Vipucelle-La Broque.

Nom et prénoms première mention Lieu
ABRY [AUBRY] Jean 1678  
ACKER Wolffgang 1682  
ADAM Marguerite (ép. Jean André) 1679 La Broque
ADON Anna 1678  
ANDRE Jean 1679 La Broque
ANDREZ Catherine (ép. Antoine Hairin) 1697 La Broque
ARNOLD [ARNEAU] François 1679  
AUBERT François 1682  
AYLER Magdelene (ép. Jean George) 1682  

BALTAZAR Hélizabette (ép. Estienne Thibeau) 1695 Vipucelle
BABOS Dominique 1689 Vipucelle
BAR Elie 1688  
BARBIER Anne (ép. George de Paradis) 1681 Grandfontaine
BARDIERE Marie (ép. Jean Koenig) 1683  
BARY Claude 1682 La Broque  
BASTIAN Marie (ép. François Choine) 1696  
BASTIN Marie (ép. François Scoffet) 1698  
BENOIST Susanne (ép. Didier Holweck) 1699  
BERNARD Pierre 1695  
BLANCHE (la) Jean 1695  
BONNIER Noël (conv. du prot. au cath.) 1699  
BOQUET Anne (ép. Léopold Paquet) 1695  
BORNE Pierre 1693  
BOUCHER Anthoinette (ép. feu Claude Barbier) 1699 par. Vipucelle
BRICE Henri 1698  
BRIGNON [BRION] Hubert 1699 La Broque
BRONIC Joseph 1692  
BRUNE Chaterine (ép. Jean Estienne) 1693  
BRUNIER Pierre 1684  
BRUSSELOT Anthoine 1697  

CALRO Susanne 1699  
CARLY Michel 1698 par. Vipucelle
CASPAR André 1683  
CHAPELLE Jeanne (ép. Joseph Paule) 1695  
CHAR Jeanne (ép. André Zimmermann) 1699  
CHARBON Catherine (ép. Valentin Masson) 1696  
CHARLIER Basile  1684 Fréconrupt ?
CHARTON Marie 1688  
CHEINE (le) Catherine (ép. Nicolas Jean) 1683  
CHOINE François 1696  
CHOLAT Marie (ép. Sébastien Marchal) 1681 La Broque
CHOLEU Marie (veuve) 1694  
CHRISTOPHE Philippe 1688  
CLAUDON Christine (ép. Stéphane  1689  
CLAUSE Marie (ép. Jean André son veuf) 1689  
COIRAIN [QUARIN] Catherine 1697 Framont
COLIN Nicolas 1692  
COLLENE Catherine 1693  
COLNE André 1699  
COURTOIS Chaterine (ép. Jean Jacquot) 1693  
COURTIRIER Marie (ép. Jean Aubry)  1681  
CRAP Estienne 1696 Grandfontaine
CUNY ? 1699 ?  

DANNER [TANNER] Jacob 1682  
DEDIER Christine 1693  
DEMANGE Claudatte 1689  
DENER Marguerite 1688  
DERCHEE [DERERCHER] Moric 1695 La Broque
DIETREMANN Claude 1681  
DODE Marguerite 1693  
DOHLI Nicolas 1694  
DOUVIER Nicolas 1697  
DRIGNET Sybille 1678 La Broque
DRONNOINE Anne 1695  
DROUEZ Anne 1695 Framont
DROUOT (de la Marche) François 1681 La Broque
DUPONT Nicolas 1697  
DU ROY Marie 1697 Framont

EDME Florentin (directeur des forges de Framont) 1695  
ENDERLIN Anne Marie (ép. Wolffgang Acker) 1682 La Broque ?
ESTIENNE Jean 1693  

FALANG Salomé (ép. François Arnould) 1679  
FALON Nicolas 1682  
FALSIN Dorothé 1682 Grandfontaine
FAULTRANNRE Thomas 1696 Grandfontaine
FAULTRAUER Simon 1682 Grandfontaine
FEDERIC Jacob 1683  
FERI-FERRY Caspar 1682  
FLEGER Anne 1689  
FITPIELE Anne Marie 1689  
FORMBILTERIN Dorothé 1685 Grandfontaine
FRANNER Christian 1682  
FRIESS [FRISON] Matthias 1678 La Broque

GANARD Toussaint (maire)  1678 La Broque
GANTIER Marie (ép. Anthoine de Schilbé) 1698 Framont
GARATGeorge 1680  
GEORGE Jean (maître d'école) 1682 La Broque
GERBEAU Elizabette (ép. Maurice Juliot) 1685 La Broque
GFVOBLE Anne 1688  
GILLIA Quirin 1688  
GISSE Margueritte (ép. Jacque Jacque) 1697 Framont
GROBER Joseph 1693  

HAIRIN Anthoine 1697 La Broque
HALBITTE Catherine 1695 par. Vipucelle
HALVICK [ALVIC, HALWIEG] Martine 1678  
HOLVECK Christophe (orig. du Ban de la Roche et conv. au catholicisme) 1689 par. Vipucelle
HOUNION [HOYGNON] Abraham 1688 par. Vipucelle
HUBERT Catherine (orig. de Senones - ép. Philippe Christophe) 1689 par. Vipucelle

JACOB Marie 1689  
JACOUE [JACQUOT] Stéphane 1679  
JANNO Françoise (ép. Nicolas Dolhi) 1694  
JEAN Nicolas 1683  
JEMINON Charles 1684 Vacquenoux ?
JULIOT [JUILOT] Maurice 1680 Fréconrupt

KELLER Susanne 1684 Grandfontaine
KOENIG Jean 1683  
KRELLE Otilia (ép. Basile Charlier) 1684  
KREMINER Joseph 1698  
KREPPER Stephane 1699  

LALLEMAND Dimanche 1698  
LIMON Marguerite (ép. Christman Verli) 1688  
LONNOY (de) Martin 1694  

MAGNETTE Jacob 1698 Grandfontaine
MAIER Barbara (ép. Joseph Simonin) 1682  
MAIRE Catherine (ép. Jean George) 1696 La Broque
MAISON Jeanne (ép. Dimanche Lallemand) 1698  
MALACHIE Didier 1684  
MALAISME Marie  1697  
MARCHAL Sébastien 1681  La Broque
MARCHAND Jean (veuf) 1689  
MAROUAIRE Léopold (échevin) 1681 La Broque
MARTINE Marc 1697 Framont
MASSON Marie 1696 La Broque
MATHIS Apolline (orig. du Ban de la Roche et conv. au catholicisme)  1689 par. Vipucelle
MATHISE Salomé (ép. Jacob Simon) 1679 Grandfontaine
MATHIEU Antoine  1695  
MERCHY George 1698  
MOUGIN Sébastienne (veuve de Pierre Oulric) 1688  
MOUGEON Marie 1689  
MUNIER Jeanne (veuve - ép. Jean Marchand, veuf) 1689  
MUS George (Maître des forges) 1692  

NANER [NEUF] Michel  1698  
ORRY-OULRIC Domenic 1688  

PAQUET Léopold 1695  
PARADIS (de) George 1681 Grandfontaine
PARMENTIER Bénédicte (ép. Didier Malachie) 1684  
PAULE [BOL] Joseph 1695 La Broque
PAULUS Barbara (ép. Nicolas Falon) 1682  
PIERREZ Marguerite (ép. Nicolas Ferry) 1695  
PIERRO Philippe 1693  
POIRSON Jean 1697 Framont
POULLET Catherine 1683  
POUXENER Jean Leloup 1695 Framont

QUARIN [COIRAIN] Catherine 1697 Framont
QUIRIN Gille 1695 Framont

REBOURG Margueritte (ép. Nicolas Marchal,écoutète à Rothau) 1697  
RICHARD Odillia (ép. André Colne) 1699  
RIEL Odile (ép. Basile Charlier) 1693  
ROSSELET Jean 1695  
ROUSSELOT Odile 1689  

SAYER Joseph (maire) 1693 La Broque
SCHOUTOUR Elizabette 1693  
SCHULERIN Anne 1684  
SCOFFET François 1698  
SERRE (de) Joseph 1688  
SILE-HILET Nicolas 1684  
SIMON Jacob 1679 Grandfontaine
SIMONIN Joseph 1682  
STIGELBERG Catherine (ép. Claude Bary) 1682  
STRIFFELE Magdalena 1699  
SYLER Barbara 1680  

TANNET Pierre 1694  
THIBEAU Estienne 1695 par. Vipucelle
THOMAS Marie Carole (ép. Gendulphe George) 1685  
TIRION  Joseph 1693 La Broque
TONAIN Barbe 1693  
TOUENER Volffe 1697 par. Vipucelle
TOUSSAIN Jeanne 1698  
TOUVENIN Françoise 1688  

VALBARD Ursula 1681  
VITTALLE Toussaine (ép. Jacque George) 1697 Framont
VOFFS [VOFFSTORME] Henri 1698  
VOISNIR [VOINIE] Martine (ép. Thomas Charlier) 1696 Fréconrupt

WEBE Elizabetha 1699  
WENTZLER Anne Marie  (ép. Hubert Barbier) 1685 Vacquenoux
WILLAUME Jean 1681  
WILLEMEZ Jeanne 1689  
ZIMMERMANN André 1699  

Signalons encore quelques personnalités de La Broque relevées dans les mêmes registres:
Les maires:
Toussain GANARD en 1693
Jean ANDRE en 1694
Estienne JACOT décédé en 1695
Joseph SAYER en 1695 et 1697

Les membres de la justice:
Léopole MARCAIR Eschevin en 1695
Joseph SAYER prator en 1699

Les maîtres d'école:
 Jean GEORGE regent déscolle de 1695 à 1697
Joseph SAYER rector en 1698
Un autre haut fonctionnaire, ainsi, que ses deux épouses successives sont cités dix fois parrains et marraines de 1692 à 1695; il s'agit de Nicolas Marchal qui était écoutète à Rothau (village luthérien), d'une famille catholique originaire de La Broque14).

Tableau II : Liste alphabétique patronymique  des familles d'origine suisse établies dans les fermes de la paroisse de Vipucelle.

BALSINGUER Marguerite (ép. Joseph Hondernair) 1696 Donon
GENICH [GUERE] Jacob 1684 Donon
HONDERNAIR [ONDERAP] Joseph 1695 Donon
ROUP [ROUPACK] Melchior 1695 Donon
SCHAPFER Anna (ép. Christian Venger) 1689  
STEPLER [CAPLER SCHEPPLER] Jean 1689 Salm
STEPLER [CAPLER SCHEPPLER] Luc 1695 Les Quelles
STIECHER [STRESTEHR] Wolffgang 1689  
VERLIN [VERLET, WERLY] Christman 1688  

Tableau III : Liste alphabétique patronymique  des personnes originaires d'autres lieux: principauté et comté de Salm, bailliages de Schirmeck et de Villé, etc...

Nom et prénoms première mention Lieu
BEDEL Jeanne (ép. Claude Barbier) 1689 Schirmeck
BERTRAND Jeanne 1698 Schirmeck
BOUCHARD Louis 1685 Gémaingoutte
BRION [GRIGNON] Demange 1697 Schirmeck
CHARTON Pierre (marchand) 1693 Russ
CHARTON George (maire) 1695 Allarmont
CHOCAR Charles 1696 Natzwiller
DROUA Marguerite 1696 Schirmeck
GIRARD Joachim 1697 Schirmeck
GUILLER Nicolas (curé) 1694 Celles-sur-Plaine
GUILLERAY Elisabethe 1698 Celles-sur-Plaine
HALLE Ursula 1685 Schirmeck
HERY Christoph 1698 Chatas
HUBERT Catherine 1689 Senones
JACOUE Toussain 1697 Wisches
JEROME [GIRAUMER-HIDULPHE] Jean 1680 Schirmeck
LOUIS Jean (marquair pour le roy) 1693 Schirmeck
MALARME Marie (ép. Colin fermier) 1693 Schirmeck
MARTINE Marc 1697 Colroy-la-Roche
MENGIN Jeanne 1696 Raon
MISSON Jean 1688 Schirmeck
PERRY Jean (écoutète) 1698 Schirmeck
PARADI Barbe 1693 Wackenbach ?
POUCHAM Elizabeth 1698 Russ
RICHARD Claude 1679 Diesbach
SOYER Marguerite 1694 Senones
SPONNE [SPON] Quirin 1682 Schirmeck
THIRION Catherine 1697 Celles-sur-Plaine
THOMAS Anne 1693 Schirmeck
YDOUX Jean 1697 Schirmeck
Denis LEYPOLD
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° 128 (Septembre 1985)


Notes
1) Thèse avancée par les historiens allemands des années 1900. Nous avons remarqué qu'une lecture hâtive des registres paroissiaux a conduit à des conclusions fragiles, voire inexactes. II en fut de même pour le Ban de la Roche que l'on prétendit repeuplé après la guerre de Trente ans par une population originaire de Montbéliard, en se fondant sur l'exemple de quelques pasteurs et instituteurs originaires de cette région (Jodi C.-A., Rothau, son origine, son histoire, in: La vie en Alsace, n° 11, 1926, p. 233). K.-E. Boch, dans son volume sur l'histoire du Ban de la Roche (Das Steintal, Strassburg, 1914, p. 94) pense que la langue allemande était encore parlée jusqu'en 1720 dans les villages du Ban de la Roche. Cette théorie a déjà été relevée par R. Lutz (La population du Ban de la Roche au lendemain de la guerre de Trente ans, in: Revue d'Alsace, 100, 1961, p. 39-40) va en contradiction avec les documents d'archives (ABR C 323 12) au travers desquels il apparaît bien que la langue romane était seule parlée par les populations locales au XVII° siècle. Un travail récent (G. & M.-T. Fischer, Le ban de Plaine au fil du temps, Obernai, 1979, p. 14) montre également que la langue romane était la seule utilisée.
2) ABR, C 323, 12... George Merckel de Smalkade (Schmalkade en Thuringe) est nommé directeur des Forges à acier près de Rothau en 1608; congé donné à Jean Weinhard de Koenigsbrunn (Koenigsbrunn près Augsburg) qui avait servi à la fonderie de Rothau en 1603; démission de Otton Henry Lupercker et de Barthélémy Eychhorn en 1605 et 1625, mineurs au Ban de la Roche. Sur le ban de Schirmeck affluèrent également autour des exploitations métallurgiques de Nicolas Gennettaire, de nombreux ouvriers originaires du Sud de l'Allemagne et d'Autriche (vers 1603): Hans Robrecht von Salzburg, Jörg Leibpeter von Murbach, Hans Offner aus Bayern (Bavière), Jörg Demer von Deltz, Hans Steinhausser von Deltz holtz hättern... (ABR, G 1160, fol. 56).
3) ABR, registres paroissiaux de Grendelbruch 3E 166, 1, mariages (1670); Catherine de Paradis de Wackinbach épouse Caspar Bochsberger du lieu.
4) Ces migrants conservèrent en effet l'habitude d'une pratique matrimoniale fermée, ne s'ouvrant réellement que dans la seconde moitié du XVIII°siècle (Deck A., La population de la paroisse de Waldersbach de 1701 à 1850, Mémoire de maîtrise, Univ. des Sciences Humaines, 1983, p. 57). De même, l'exemple des établissements mennonites à Salm, au Bambois, au Climont (le Hang) montre que la solidité de leur noyau était autant dû à leur esprit familial qu'à la stricte observance des principes de leur religion, d'où une faible ouverture du côté protestant ou catholique (voir: Les Anabaptistes Mennonites d'Alsace, Destin d'une minorité in: Saisons d'Alsace, no 76, 1981).
5) II s'agit des familles Neuvillers et Krieger apparaissant à la ferme de Bas-Laichamp, Commune de Bellefosse, où elles feront souche. Par exemple, Joseph Neuvillers y est cité dès cette date mais l'origine de sa famille n'est attestée que dans un document ultérieur, à savoir lors du décès de son fils en 1674: Christman Neuvillers, fils de Joseph Neuvillers et d'Anne Ringelsbach natif de la seigneurie de Berne.., âgé de 34 ans (ABR, R.P. 3E 414 1. et 2.).
Curieusement, aucune famille suisse ne s'implantera, à notre connaissance, dans l'ancienne capitale du Ban de la Roche. Deux noms seulement apparaissent à Rothau entre 1649 et 1655: Holveck, originaire de Belmont et une famille Gannier venant sans doute d'Ostheim. Elles forment probablement la seule population de ce village le plus peuplé de la seigneurie avant la guerre de Trente ans.
6) Constation identique relevée par Kintz J.-P. dans: La mobilité humaine en Alsace, essai de présentation statistique, XIV°-XVIII° siècle, in: Annales de Démographie Historique, 1970, p. 157-183 (p 173).
7) Les registres paroissiaux du Ban de la Roche mentionnent à trois reprises des Suisses installés sur le ban de Salm et ceci dès 1669 ... Ost Venger Suisse demeurant à Albet.. est cité comme parrain lors d'un baptême à Neuviller (3E 414, 1); Jost Singer, suisse réformé du canton de Berne, vacher à Salm, et son épouse, Christine Teppe du canton de Zurich, décèdent tous deux en 1685 (3E 414, 2).
8) ABR, 3E 254, 1 ; mariage à Grandfontaine le 5 février 1715 de George Larchner [Lacquener] de la paroisse de Kitzbiel [Kitzbühel] de l'évêché de St Jean en Tirol et Anne Marie Stangrerin de la paroisse de Treit du mesme Diocèse. ABR, 3E 448, 3, p. 4: décès de Sébastien Himberg du Tirol, diocèse de Salzbourg, en 1720- un membre de sa famille Christian Hymberg, est cité comme témoin.
9) Voir notre étude dans: SCHIRMECK, au coeur de la Vallée de la Bruche, La vie à Schirmeck sous l'ancien régime: Affinités culturelles et courant d'immigration in: (à paraître).
10) Les principaux rédacteurs des registres sont: François Ernest JACQUOT, dom LAMARCHE et dom JOSEPH (registre 1); dom LAMARCHE, dom PIAT et dom JOSEPH (registre 2). La particule dom s'explique par le fait que tous les religieux appartiennent à l'ordre des bénédictins.
11) Deux registres couvrant les dernières années du XVII° siècle sont conservés aux Archives du Bas-Rhin (cote 3E 254, 1 et 3E 254, 2). Le registre n° 1 commençait certainement avant 1678 avec les baptêmes (date qui apparaît sur la première page). L'absence d'introduction, les premiers feuillets déchirés et très usés sont autant d'indices indiquant la disparition de plusieurs d'entre eux. Les feuillets restants ont été reliés par la suite à un autre registre commençant en 1703 et s'achevant en 1719. Le registre n° 2 recense pêle-mêle les baptêmes, les mariages et les sépultures de 1688 à 1697. Les registres de Vipucelle se placent parmi les plus anciens conservés pour la haute vallée de la Bruche, après ceux du Ban de la Roche (depuis 1639) et ceux de Schirmeck (depuis 1674).
12) Vipucelle, aujourd'hui quartier de La Broque, constituait la paroisse mère du ban de Salm. Le nom est probablment une survivance d'une cellule de religieux fondée par Senones vers 814 sous le nom de Vicbodi cella. Su cet article voir: A: KIENTZLER, Diocèse, Abbayes et Paroisses rurales (IX° - XII° siècles) in: L'Essor, 92 1976, p. 12. Les textes sont analysés dans A BRUCKNER, Regesta Alsatiae aevi merovingici et Karolini, 496-918. Strasbourg-Zurich, P.-H. HEITZ, 1949, t. I, 569, no 463. Dans le document daté entre 814 et 825, apparait la plus ancienne mention de Vipucelle: Cellulam, quae est constructa... in Vosago in loco, ...super fluvium Prusia, [la Bruche]... Uvicbodus nomine épiscopio Mettensi.
13) On peut rappeler qu'à la suite du partage en indivis du comté de Saim entre le comte Jean IX de Salm et Frédéric, comte palatin du Rhin (palatin: né au palais) - autre branche des Salm - (1598), les villages dépendaient administrativement (jusqu'en 1751) soit de l'une ou de l'autre famille. C'est ainsi, par exemple, que les revenus de la métairie de Salm se trouvèrent partagés entre les deux seigneurs fonciers: en 1695, la ferme était dite moitier de Monseigr, le Prince de Salm (3E 254, 2). Sur le ban de Salm, le comte palatin garda les villages d'Albet, Grandfontaine, Vacquenoux, la moitié du village de La Broque ainsi que la moitié des dépendances du château de Salm; le comte Jean IX conserva Vipucelle, Fréconrupt, Les Quelles et les deux autres moitiés de La Broque et de Salm.
14) ABR, 3E 448, 1 ; son père, Christophe Marchal de Rothau, décède le 12.08.1682 et est enterré à Vipucelle. Le dynamisme de cette famille va être à l'origine de la reprise des exploitations minières sur les bans de Schirmeck et de Rothau au début des années 1670 (ABR, 3E 414, 1 ; ... Coliche fils de Monsieur Christoff Mareschal de Schirmeck, Maistre de forge à Rote, présenté en tant que parrain lors du baptême de la fille du maréchal-ferrand du même lieu (1670). Parallèlement, cette industrie attira une population ouvrière composée d'éléments germaniques. L'importance de ce nouveau peuplement sera à la base de la création d'une paroisse catholique à Rothau en 1725.
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Les noms des habitants de la Vallée pendant l'occupation

S'il est un problème qui a préoccupé certains habitants de la Vallée pendant l'occupation allemande, c'est bien celui- là. « Les Allemands, me disait mon oncle Dubois, exigent que je change mon nom en Vonholz ou à la rigueur en Dubos. Ce qu'ils veulent c'est que le nom français puisse facilement être prononcé par une gorge germanique. Doivent donc disparaître les «oi» les «on» qui deviendront parfois «ung» ou «ong» les «in» qui feront « ing», etc.... »
Si vous le voulez bien, nous allons passer en revue un certain nombre de noms de famille de la Vallée ; nous en donnerons la traduction fixée par l'occupant et nous profiterons de l'occasion pour expliquer la signification des noms français. En général, les noms de personnes sont des noms de métiers ou des surnoms. Que personne ne s'offusque s'il trouve pour la première fois la signification de son nom avec un sens différent de celui qu'il aurait espéré. Nos ancêtres étaient malicieux et ils ne se souciaient pas de donner les sobriquets les plus caractéristiques de la personne en question.
Un des moyens les plus faciles comme nous l'avons vu plus haut est Ia traduction pure et simple du mot français en allemand. Dubois donnerait Vonholz, Paquet : Paket, Belcour : Schoenhof, Petitjean : Kleinhans, Boulanger : Becker, François : Franz.
Tous les noms ne laissent pas aussi facilement percer leur signification. D'autres ne pouvaient pas se traduire textuellement. Bouillon, par exemple, a une signification difficile à expliquer. Ce n'est évidemment pas le potage, mais peut-être le dérivé de boue, à savoir : celui qui habite près d'un marais! Comment traduire cela en allemand? Rien de plus facile.
On garde le mot, qu'on affuble d'une finale plus ou moins germanique, ici ung. Dieudonné, traduit, donnerait un mot trop long. Il est donc bien plus facile de prendre le vocable latin : Deodat.
Lallemand qui signifie pour un Vosgien, la personne qui vient d'Alsace et qui parle l'alsacien, aurait pu se traduire par Deutsch. (Pensez à Deutsch de Ia Meurthe). Pour garder un nom à peu près semblable, on transforma la finale mand en mann. D'où le sens de ce nouveau nom : homme qui zézaye.
Laurain probablement le Lorrain, devint un Laurer.
En conclusion de ce petit paragraphe nous constaterons que peu de noms ont été effectivement traduits. Pour plusieurs raisons. Mais voyons la suite de notre inventaire.

Les mots de ce premier groupe auraient pu éventuellement être traduits si «on» avait voulu. Dans la liste qui suit nous n'avons plus affaire à des noms de métiers ou de nationalités, mais à des prénoms devenus noms de famille.
André, en latin Andreas comme en grec, (sens de viril) donna Andres, forme bâtarde, mais qui ressemble au prénom breton Andrès.
Bastien, (Sébastien, du latin Sébastianus qui dérive lui aussi du grec - au sens de Honoré - devint Bastian, forme du Midi.
Jacquel qui veut dire en lorrain le petit Jacques, - ce dernier venant de Jacobus -Dieu supplante - se présenta sous la forme presque semblable Jaeckel.
Jérôme s'écrivit Gérum. On sait que Gérome existe l'ouest de la France. Il vient de Hiéronymus qui a le sens de: nom sacré.
Janel diminutif de Jean donna Jahner, tout simplement.
Masson n'est pas nécessairement le nom du maçon, mais peut aussi être le diminutif de Thomasson (Thomas = jumeau). Pendant l'occupation la finale on devint ung.
Collin ou Colin, diminutif de Nicolas, s'écrivit avec un grand K et prit un g bien entendu.
Claudon : Clodung [n.l.r]
Mangin fut germanisé en Mansching. Or, Mangin est de la même famille que Demange et même Dimanche ! Demange forme lorraine et populaire de Dominique, signifie celui qui est béni du Seigneur.
Ce deuxième groupe de noms ne contenait que des prénoms devenus noms de famille au cours des âges.

Voici maintenant un nombre respectable de mots qui ne facilitèrent pas le travail de l'occupant.
Quelle fut à votre avis la traduction proposée pour Parisot? Les Allemands ne voulaient tout de même pas admettre que notre concitoyen était originaire de Paris! Or ce nom resta intact, car il est facile à prononcer et difficile à changer. Parisot avec sa finale en ot est un mot de l'Est. C'est le diminutif de Patricius.
Marchal qui vient de maréchal (ferrand) donna Marschal.
Malaisé (Maleisen en allemand - eisen étant sans doute la traduction de aisé!) veut dire en Auvergne : peu aimable ou mal conformé.
Violet est certainement le nom de celui qui s'habillait de drap violet. Comment faire pour traduire ce nom. Ce ne fut pas long. V donna W, o disparut, et la finale et se transforma en un bert bien germanique, au total Wilbert - celui qui a une volonté dure (en langue franque).
Fond qui est un creux de terrain se transforma en trouvaille (Fund).
Ponton, surnom de marinier est devenu Ponter. Le er fait plus germanique, (de même que er dans boulanger, boucher ou berger!)
Poré est probablement le surnom de celui qui vend des poireaux, en allemand il devint Porer. À vous d'en expliquer le sens!
Continuons, si vous le voulez bien, nos investigations.
Bailly ne fut pas, lui non plus, changé en Vogt, il resta. Disons que tous les Bailly de France ne furent pas des baillis, c'était surtout un surnom, de même qu'il y a d'innombrables Comte et Lecomte, Duc et Leduc. (Voir les détails dans Dauzat : dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France).
Babo lui aussi ne subit aucun changement, car il était facile à prononcer même pour une gorge germanique. Babo vient, ou de la forme familière de Babylos, patriarche d'Antioche béatifié au Ille siècle, ou alors c'est un nom de la famille d'Isabelle, Isabeau ou, enfin, un sobriquet pour désigner la grimace, la moue, baboe en ancien français. Mais dans ce dernier cas, il devrait avoir un z final. (Dauzat).
Bronique devint Bronick. Origine inconnue.
Brignon : Brigner.
Scharler est tout simplement Charlier, qui signifie charron en ancien français. C'est la contraction de charrelier.
Schartner : Charton qui vient de charreton, nom du charretier.
Avez-vous deviné ce que signifie Scholer? Simplement Cholet, mot de la famille de chou. C'est un diminutif désignant le marchand ou producteur de choux.
Clévenot si j'en crois Dauzat, est le dérivé de l'ancien français clavain: «pélerine garnie de lames de fer qui faisait partie de l'armure». Ici ce serait le surnom de celui qui porte cette pélerine. L'allemand traduisit par Clevemuth.
Durand (Duhrand en allemand, deux syllabes qui se prononcent facilement) est peut-être notre mot (en)-durant, obstiné.
Fitte devenu Fitter par la gràce de l'occupant désigne dans le Sud-Ouest de la France un nom de lieu et plus spécialement une pierre fichée (une borne), donc un domaine qui a été borné (Dauzat). Si cette explication convient pour notre région, nous ne pouvons le confirmer.
Ferry resta inchangé. Certains comtes de Salm portèrent ce nom. C'est le diminutif de Frédéric : nom franc qui signifie puissance et paix.
Génot devint Genold qui est un nom d'origine germanique contenant les mots gens = race et wulf = loup.
Gagnière (traduit en allemand par Gagner) de la famille de gagner au sens de cultiver. On gagne sa vie à cultiver la terre.
Hougnion en allemand Hugner se rattache-t-il à la famille de Houille, nom qui nous vient de Belgique ? Mystère.
Juillot en allemand Juler de la famille de Juillet est à l'origine le nom d'un enfant baptisé en juillet!
Marlier (devenu Marler, nom inventé de toutes pièces, comme ceux qui précèdent) vient de marillier, ancienne forme de marguillier, sacristain, chantre.
Morel resta ce qu'il était, à un h près pour allonger la première syllabe. Morel signifie brun de peau comme un Maure.
Oury qui se simplifia en Ury, nom qu'on retrouve dans l'Est, est un ancien nom de baptême d'origine germanique, Othalric, se composant de othal = patrie et de ric = puissant : le puissant de la patrie.
Salmon (devenu Salman) est l'abrégé de Salomon.
Silet (germanisé en Siler) est probablement le mot populaire ou une altération de cillet, petit cil (Dauzat).
Verlet devint Werlert. Ver, de la même famille que vair du latin varius. varié, moucheté, désigna autrefois une peau tachetée.
Nous verrons dans les prochains numéros de l'« Essor » que ce mot est resté dans le patois « vari » qui désigne un boeuf à la robe tachetée.
Casner donna Gassner presque Gasser : celui qui habite sur la rue. Ce nom et quelques autres qui suivent sont d'origine germanique. Pendant l'occupation on rajouta ou retrancha la ou les lettres qui déformaient le mot allemand. Ainsi Krieguer perdit son u. Krieger est le nom du guerrier ou le surnom d'un homme batailleur.
Oulmann devint Uhlmann, ce qui fut une erreur de traduction, le vrai nom étant Ullmann : l'homme de la patrie chez les francs.
Pour conclure provisoirement ce chapitre des noms de personnes pendant la guerre, nous dirons que l'occupant n'a traduit que quelques rares noms qui ne pouvaient pas être « déromanisés ». Ils furent de ce fait plus ou moins germanisés (pensez à Durand pardon Duhrand !, n'importe quel Allemand pouvait articuler ces vocables). Cependant pour obtenir cette « déromanisation » l'Allemand n'appliqua aucune règle et bien souvent il ne se soucia pas du vrai mot allemand existant. S'il avait eu à sa portée le dictionnaire du Français Dauzat, son travail eût été considérablement simplifié.
J.R.

Voici une liste de noms « germanisés »:
 
André : Andres Hougnon : Hugner
Bierry : Biry Jacquet : Jäckel
Banzet : Bansept Juillot : Juler
Bastien : Bastion Jérôme : Gerum
Bailly : inchangé Janel : Jahner
Babo : inchangé Kriequer : Krieger
Brice : Briss Kroubert : Krubert
Bonnetier : Brix Petitjean : Kleinhans
Bronique : Bronick Lallemand : Lallmann
Brignon : Brigner Lalvée : Lauer
Belcour : Schönhof Laurain : Laurer
Boulanger : Becker Latuner : Latner
Bouillon : Bujung Malaisé : Maleisen
Charlier : Scharler Marchal : Marschal
Clauvelin : Klauwling Mangin : Mansching
Charpentier : Scharpenter Marlier : Marler
Casner : Gassner Masson : Massung
Collin : Kolling Morel : Mohrel
Charton : Schartner Oulmann : Uhlmann
Cholet : Scholler Oury : Ury
Chipon : Kipper Paquet : Paket
Claudon : Clodung Parisot : inchangé
Clévenot : Clevemuth Ponton : Ponter
Durand : Duhrand Poré : Porer
Dieudonné : Deodat Rochel : Roeckel
François : Franz Salmon : Salmann
Fitte : Fitter  Silet : Siler
Ferry : inchangé Verlet : Werlert
Fond : Fund Vilmer : Wimer
Genlot : Genold Violet : Wilbert
Ganier : Ganner 
Gagnière : Gagner
Zurmely : Zürmel.


L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° 44 (avril 1957) et n° 46 (décembre 1957)
[Trois noms ressortent de la liste, le premier parce que je le porte, le second était celui de Martine et le troisième celui de ma grand'mère paternelle.]

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Consécration de l'Eglise Sainte Libaire de la Broque
29 octobre 1961

En l'an de grâce 1961,
alors que Jean XXIII était Pape,
Charles de Gaulle, Président de la République Française,
Jean-Julien Weber, Évêque de Strasbourg,
Léon-Arthur Elchinger, son Coadjuteur,
Edouard Osswald, Doyen de Schirmeck,
Lucien Friederich, Curé.

En ce 29 octobre, fête du Christ-Roi, Son Excellence Monseigneur Jean-Julien Weber, Evêque de Strasbourg, a consacré l'église paroissiale de La Broque et son autel principal en l'honneur de Sainte Libaire, Vierge et Martyre, Patronne de la Paroisse, et y a renfermé des Reliques des Saints Martyrs (Romains) Adéodat et Celse et de Sainte Libaire.
Cette église vient d'être restaurée et nouvellement aménagée pour permettre à l'assemblée chrétienne une célébration plus communautaire et plus digne des Saints Mystères.

Le Jour où cette église fut consacrée,
Maurice Cuttoli était Préfet du Bas-Rhin,
Jean Philippe, Sous-Préfet de Molsheim,
Marcel Heiligenstein, Conseiller Général du Canton de Schirmeck,
Félix Wolff, Maire de La Broque,
Etienne Gagnière, Secrétaire de Mairie.



Evêché de Strasbourg
16, rue Brûlée
Strasbourg, le 18 Octobre 1961.
L'Evêque de Strasbourg est heureux de venir consacrer solennellement l'église de La Broque le 29 octobre 1961.
II remercie et félicite Monsieur le Curé, Monsieur le Maire, tous les bienfaiteurs et exécutants de cette belle restauration pour la peine et le dévouement qu'ils y ont consacrés.
Daigne le Seigneur agréer l'oeuvre et bénir toute la famille paroissiale.
Jean-Julien Weber, Evêque de Strasbourg

Le Mot de M. le Curé

Mes chers paroissiens,
Le voici enfin arrivé, le jour tant attendu de la Consécration de notre Eglise et de son nouvel Autel. Certes, un grand et long travail a été fait; mais à présent, tout est terminé, et nous pouvons être fiers du résultat.
Je remercie en tout premier lieu Madame Adeline Hebert-Stevens (Bony) : si notre église est une réussite au point de vue de la modernisation et du choix des couleurs, c'est à elle que nous le devons.
Je remercie ensuite M. le Maire Félix Wolff et tout son Conseil. Financièrement, cette restauration était au-dessus des possibilités et des ressources de la Paroisse. La Commune, sous l'impulsion de son Vénéré Chef, nous a grandement aidés.
Je remercie les chefs des différentes entreprises qui ont oeuvré dans notre Eglise durant presque une année. Chacun dans sa branche, aidé de ses ouvriers, a fourni du bon travail.
Je remercie M. Etienne Gagnière, notre sympathique Secrétaire de Mairie. Il m'a été d'un secours inappréciable pendant tous les travaux ; et il m'a admirablement aidé dans la rédaction de cette brochure.
Je remercie toutes les autres personnes qui m'ont aidé et qui m'aident encore (je ne puis des nommer toutes) dans tout ce qui concerne la bonne marche et la dignité de la Maison de Dieu : employés, nettoyage etc. Leur travail effacé n'est connu que de Dieu, et c'est de Lui qu'elles auront un jour leur récompense.
Je remercie enfin Son Exc. Mgr. l'Evêque d'avoir, avec sa bonté habituelle, accepté de consacrer l'église et le nouvel autel : c'est là le couronnement de tous les soucis qu'une oeuvre de cette envergure ne peut manquer de causer à ceux qui en prennent l'initiative.
Et maintenant, chers paroissiens, je vous la confie, votre église ! Venez-y souvent pour y prier : sa nouvelle ordonnance vous y invite instamment ! Et que cette église paroissiale, la vôtre, soit pour vous la maison de notre Père commun où vous aimerez à vous rassembler pour les offices, afin que, dans ce Temple, Dieu vous accorde les grâces nécessaires pour vous faire arriver tous, un jour, dans son éternel Temple, le Ciel !
La Broque, le 25.10.1961.
L. F., Curé.

Programme des Solennités
Samedi, 28 octobre 1961
16 heures 30 Accueil des Reliques dans la cour du Presbytère.
De là, procession des Reliques au Cercle transformé en Oratoire où aura lieu la veillée nocturne
17 heures Première partie de la Consécration de l'Eglise par Mgr. Léon Neppel, Vicaire Général
19 heures Veillée pour la vénération des Reliques jusqu'à minuit.

Dimanche, 29 octobre 1961
8 heures 30 Procession et Translation des Reliques du Cercle à l'Eglise, et seconde partie de la Consécration par S. Ex. Mgr. J.-J. Weber.
10 heures 15 Grand-Messe Pontificale célébrée par Mgr. l'Evêque. Le service de l'autel sera assuré par un groupe de Séminaristes du Grand Séminaire de Strasbourg sous la direction de M. l'Abbé Mappus, grand cérémoniaire et directeur au Grand Séminaire.
Les chants seront assurés par la chorale paroissiale avec le concours d'un groupe de Séminaristes du Scolasticat des Missionnaires du Sacré-Coeur de Jésus (Pères d'Issoudun), de Strasbourg, sous la direction de M. Jules Longhi.
A l'orgue : M. Maurice Durand, organiste à Russ.
Messe de la Dédicace : « Terribilis est».
Polyphonie : Messe Responsoriale dite « de Lachassagne » à 4 voix mixtes, de J. Gélineau. Tollite Hostias, choeur à 4 voix mixtes. - Ô Jésus, Ô Tendre Maître, choeur à 4 voix mixtes, de J. S. Bach.

La Broque - en - Salm

«La Broque, village en Alsace, souveraineté mi-parti entre la Lorraine et la  principauté de Salm, situé sur la Brusche, à cinq lieues de Senones, vers  l'orient, dans les montagnes de Vôge, près de Schirmeck, dont il n'est séparé  que par la rivière de Brusche.
 Ce village pour le spirituel, est de la juridiction de l'abbé de Senones; l'église  est située sur le ban de Vipucelle, de même que la maison curiale. Le village de La Broque est un peu plus loin. Le nom de Vipucelle lui vient d'un abbé de Senones nommé Vicpodus, douzième successeur de St. Gondelbert, fondateur de  cette abbaye. Vicpodus y fonda une celle ou un prieuré qui y a subsisté pendant  quelques siècles, et est supprimé depuis très longtemps. Quant au village de La  Broque, son nom lui vient de la rivière de Brusque ou Brusche, qui coule dans ce  vallon et se dégorge dans l'Ile à Strasbourg ; et le nom de Bruk ou Brok  signifie bourbier.
La paroisse de La Broque est dédiée sous l'invocation de Ste Libaire ; l'abbé de Senones en est le prélat ordinaire, collateur et décimateur; le curé a le tiers  aux dîmes ou sa portion congrue. II y a pour annexe Framont, et pour dépendance Albet, Les Cuvelles, Fuancon-Rup, Grandfontaine, Vaquenou  et les fermes du château de Salm. »
Telle est la notice que Dom Augustin Calmet, le plus illustre des abbés de Senones (1728-1757) et érudit historien, consacre à notre village. Ce sont là, reconnaissons-le, des renseignements fort précieux... mais bien maigres pour qui veut retracer l'histoire de La Broque, et le manque d'archives - les ravages de la guerre se sont exercés jusque là - vient accroître encore la difficulté de la tâche. Aussi devons-nous remercier d'une façon toute particulière un enfant de cette paroisse qui, se cachant sous le pseudonyme de J. Resthe et en qui nous ne désespérons pas de trouver l'historien qui a jusqu'ici manqué à notre commune, a bien voulu nous autoriser à puiser largement dans des documents qu'il a recueillis.
Au reste, l'histoire de La Broque est si intimement liée à celle de l'abbaye de Senones et de la principauté de Salm qu'il semble bien difficile d'écrire l'une sans l'autre, celle-ci transparaissant au travers de celle-là.
C'est vers l'an 640 que Gondelbert fonda à Senones un monastère qui fut le premier de la région et qui se développa si rapidement qu'en 661 il obtint du roi Childéric II un privilège lui octroyant toutes les terres que les moines avaient défrichées, en y ajoutant la propriété de tout ce qu'on appelle le Val de Senones, depuis la sortie de Moyenmoutier jusqu'à l'extrémité de La Broque dans sa longueur, et de la vallée du Hure à la vallée de la Plaine dans sa largeur.
L'an 810, approximativement, le 12ème abbé, Vicpode, fonda chez nous son prieuré appelé « St. Sauveur de la Cour d'En-Haut ».
À ce sujet, laissons de nouveau la parole à Dom Calmet: « Ce prieuré de la Cour d'En-Haut était situé au dessus de Vipucelle ou de La  Broque ; il fut établi par l'abbé Vicpodus dont on a parlé ci-devant. Le prieur de Vipucelle était Seigneur du Ban de La Broque et de Vipucelle et on a encore la charte qui renferme les droits dont il jouissait non seulement à La Broque et  à Vipucelle, mais aussi dans tout le Ban de Salm, à Framont et à Grand fontaine, dont toutes les maisons lui doivent des corvées et certains cens annuels.  On voit encore la place où était cet ancien prieuré, dont il ne reste que peu de  vestiges ; il est supprimé depuis un long temps. On croit que l'église paroissiale de  La Broque ou de Vipucelle était l'église du prieuré; le peu de biens qui reste  de ce prieuré est uni à la Manse Abbatiale de Senones. »
Sur la fin du XI° siècle (1090), Hémiran, évêque de Metz et chef temporel du monastère, appela dans la contrée les Seigneurs de Salm (petite ville du Luxembourg belge qui existe encore de nos jours), afin de défendre l'abbaye contre les incursions de divers ennemis dont le principal était l'empereur d'Allemagne Henri IV.
C'était à l'époque une coutume courante de placer les domaines ecclésiastiques sous la sauvegarde de Seigneurs appelés « Voués » , qui s'engageaient à les défendre. Sans avoir de droit de propriété sur ces domaines, ils étaient autorisés à lever quelques impôts pour subvenir à l'entretien de leur armée.
Cent ans plus tard, en 1190, sous l'abbé Gérard, le Comte Henri II, qui était alors le voué, loua à l'abbaye un terrain situé sur une montagne que tous ici nous connaissons, et où il construisit le château fort dont les ruines sont toujours visibles. Cette location lui coûtait « 2 sols strasbourgis » par an, et elle fut payée jusqu'en 1550, date à laquelle les Comtes de Salm se sentirent assez puissants pour s'adjuger la souveraineté de tout le territoire de l'abbaye.
II faut dire en effet que, venus en quelque sorte pour servir de chiens de garde aux Abbés, les Comtes ne tardèrent pas à comprendre tout le parti qu'ils pouvaient tirer de la situation et ils se transformèrent alors en loups dévorants, tant et si bien qu'après moultes controverses que nous ne rapporterons point ici pour ne pas déborder le cadre que nous nous sommes tracé, ils finirent, en 1573, par rester les seuls seigneurs temporels des domaines de l'abbaye, l'abbé ne conservant que la garde du monastère et la jouissance de ses revenus.
Le 29 septembre 1571 déjà, pour frapper un grand coup, Jean IX Comte de Salm, Maréchal de Lorraine et Gouverneur de Nancy, et Frédéric, Comte Sauvage du Rhin et de Salm, s'étaient fait prêter serment de fidélité par la plupart des habitants de Vipucelle, Albet, Quevelles, Fréconrupt, Vaquenoux, Grandfontaine et autres villages, rassemblés à Senones dans l'abbaye.
Les deux Comtes possédaient en communauté la terre de Salm et ils décidèrent en 1598 de se la partager tout en la laissant indivise. À cette occasion nous voyons reparaître La Broque, village de 45 familles, dont chacun obtint la moitié avec la moitié également du Château de Salm et du bourg de Senones. Pour La Broque, le lot de Frédéric comprenait « 23 maisons et autant d'hommages, sçavoir : Maurice le Bouchier, Guillaume Coichot, Clauso Clans, Colas Boulangier, Colas GrandDemanche, Demanche Mathieu, etc, etc. » Vipucelle qui avec Fréconrupt et les Quevelles comptait 37 familles tomba dans la part de Jean.
Le rhingrave Frédéric mourut en 1608 et son fils, Philippe-Othon, hérita de son lot. Il avait abandonné la foi catholique à l'apparition de la religion réformée, mais l'empereur accepta de le faire prince d'empire s'il abjurait, ce qu'il fit le 8 janvier 1623. Ainsi une partie du Comté de Salm fut érigée en Principauté et l'autre resta Comté. Ce dernier, la part du Comte Jean IX, comprenait, outre la deuxième moitié de La Broque, du Château de Salm et de Senones, les villages de Vipucelle, Fréconrupt, les Quevelles, etc, et devint l'héritage de Christine de Salm, épouse de François de Lorraine, Comte de Vaudémont, fils du Duc Charles III de Lorraine, ce qui fit que le Comté appartenait à la Maison de Lorraine.
C'est pourquoi, vous ne serez pas surpris de trouver à l'église de La Broque, sous la chaire, une pierre tombale portant cette inscription:
« JEAN HENRY FRANCOIS NATIF DE STRASBOURG AAGEE DE DEUX ANS FIS DE MESSIRE HENRY HERSENT CHer SEIGNEUR DE BISSEAU CIDEVANT Lt AU REgt DE NAVARRE DE PRESENT Lt AU SERVICE DE SA ALTESSE ELECTORALE DE BAVIERE LENFANT EST DECEDE LE 11 JANVIER 1719 A LABROC EN LORRAINNE »
Le 21 décembre 1751, un nouveau portage de la terre de Salm eut lieu entre les ayants-droit, c'est-à-dire entre les Ducs de Lorraine et les princes de Salm. Aux termes de ce traité, le Prince Nicolas Léopold devenait premier prince de Salm-Salm et obtenait en toute propriété la partie de l'ancien Comté située à gauche de la rivière de Plaine. La Principauté comprenait donc notamment : La Broque, Vipucelle, Freconrup, les Quevelles, Albet, Grandfontaine, les Forges de Framont, en un mot tout le Ban de Salm, et au total 32 localités et plus de 10 000 habitants. Les Princes fixèrent alors définitivement leur résidence à Senones qui devint leur capitale.
En 1793, les princes ayant quitté Senones pour habiter leur château d'Anhold en Westphalie, où sont toujours leurs descendants, les Principautois se trouvèrent dans une situation critique : la famine qui sévissait alors en France avait conduit l'Assemblée Constituante, en septembre 1792, à interdire sous les peines les plus sévères l'exportation des denrées alimentaires, même dans les pays enclavés comme c'était le cas pour la Principauté.
Pour mettre fin à la disette qui se faisait sentir de plus en plus, les habitants, tout en protestant de leur attachement au Prince Constantin qui avait toujours été bon pour eux, lui firent connaître qu'ils se voyaient obligés de demander leur rattachement à la France. Il eut lieu le 17 mars 1793. Bien avant cette date toutefois, 800 hommes, de la Principauté s'étaient engagés dans les armées françaises, ce qui laisse à penser que ce n'est peut-être pas seulement la faim qui a conduit les Principautois à se donner à la France.
Notre commune de La Broque, comme tout le territoire de Salm, fut alors rattachée au département des Vosges, relevant au spirituel de l'Evêque de Saint-Dié. Cette situation se maintint jusqu'à l'annexion de 1871. Quant à la suite de l'histoire, elle est encore trop présente aux mémoires pour qu'il soit besoin de s'y arrêter.

L'Église

Deux dates, 1737 et 1869, sont gravées au fronton de notre église, et si nous savons, comme l'on verra par la suite, que la seconde est celle d'une importante restauration, aucun indice ne nous permet de dire avec certitude à quoi correspond la première.
Qu'il y ait eu de fort bonne heure une église à Vipucelle, la chose est hors de doute. Mais à quelle époque fut-elle construite, quel était son aspect, voire même se trouvait-elle Déjà à l'emplacement actuel et dans cette hypothèse à quelle date le bâtiment d'aujourd'hui fut-il entrepris? autant de questions qui attendent toujours une réponse.
Par un document de 1697, l'acte de fondation de la Confrérie du Rosaire, (que nous reproduirons in extenso en appendice), nous savons qu'il y avait alors dans l'église urne chapelle, vraisemblablement celle où est maintenant le baptistère, et il n'est pas téméraire de croire qu'à cette époque l'église était à peu près, dans ses grandes lignes, ce qu'elle est encore, mais si réellement, comme l'écrit Dom Calmet, elle était celle du prieuré de Vicpode, nous voilà déjà bien loin de la fondation. Quelles ont été entre-temps ses vicissitudes? le mystère reste entier.
Dans les documents conservés aux archives communales, l'église commence à apparaître en 1839. Elle n'y brille pas de l'éclat qui conviendrait à la maison de Dieu bien au contraire, elle a sans cesse un urgent besoin de réparations.
C'est ainsi qu'en 1839 il est payé la somme de 166 francs pour « façon, conduite et posage de 20.000 bardeaux pour la couverture de l'église ».
En 1842, le produit d'une coupe fut affecté « à l'érection d'un clocher dont l'église paroissiale est dépourvue » et dans le même temps il fallut, pour éviter tout accident fâcheux, abattre la tribune et la grande porte qui étaient « tout délabrées et menaçaient de s'écrouler sous peu » et les reconstruire à neuf l'une et l'autre pour la somme de 569 frs. 35.
Nouvelle dépense de 117 frs. 28 l'année suivante pour des « réparations urgentes » qui ont dû être faites aux bancs de l'église de cette communale.
En 1845, l'église paroissiale ainsi que la flèche de la tour ont besoin d'être couvertes. Ces réparations sont très urgentes car si on laissait ce bâtiment plus longtemps, on risquerait de le voir tomber en ruines. Montant des travaux : 2427 frs 08, plus 1072 frs 92 de bois qui fut prélevé dans la forêt communale.
Nouvelles réparations à la toiture pour 414 frs 80 en 1857.
Travaux d'embellissement intérieur enfin en 1865 : « réparation des vitres de  l'église et pose de rideaux aux vitres de la nef » pour un total de 700 frs.
Et nous voici cette fois en 1868, année où de grands projets prennent corps:
«Depuis longtemps déjà trois choses occupent l'attention de la population et appellent toute la sollicitude du Conseil. En première ligne, la construction d'une modeste église à ériger à proximité des deux importants hameaux de La Claquette et d'Albet éloignés tous deux de près de deux kilomètres de La Broque, ce qui  rend très pénible en hiver pour les habitants et surtout pour les élèves des écoles  la fréquentation de l'église. La population de ces hameaux s'élève à 893 âmes et  représente par conséquent le tiers de la population totale de la commune. Le second  objet de la sollicitude du Conseil se porte sur le hameau de Fréconrupt éloigné  de La Broque de 4 km et placé sur un plateau à une altitude de 500 m. Ce  hameau qui renferme 331 habitants ne possède qu'une misérable salle d'école fréquentée par de 40 à 50 élèves et dirigée par une Soeur de Portieux. Un tel état  de chose ne peut durer et il est grandement temps de se rendre aux voeux souvent  exprimés par les habitants en dotant le hameau de Fréconrupt d'une maison  d'école convenable sous la direction d'un instituteur capable.
 La troisième préoccupation des habitants et qui n'est pas la moindre, c'est notre  église. La construction actuelle fait assez triste figure aujourd'hui au milieu d'un  village qui s'embellit tous les jours. Aussi parle-t-on beaucoup de la renverser et de  construire à neuf sur le même emplacement. Vous êtes plus modestes, Messieurs, et  surtout plus prudents, ajoute le Maire, vous savez qu'une commune qui s'endette en  se lançant dans des dépenses au dessus de ses forces prépare à son administration  bien des ennuis et bien des embarras. Aussi vous êtes-vous contentés de m'autoriser  à faire étudier par l'architecte de l'Arrondissement l'église actuelle pour s'assurer  s'il n'y avait pas moyen de lui donner un aspect plus convenable et mieux approprié  aux besoins de notre population. Notre but est atteint, je crois. Je mets sous vos  yeux le projet de restauration rédigé par M. Grijolot ; je soumets également à  votre appréciation les projets du même architecte pour la construction de l'église  de La Claquette et de la Maison d'Ecole de Fréconrupt. La dépense totale  pour ces trois constructions s'élèverait, savoir
 Eglise de La Claquette . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45.000
 Eglise de La Broque . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . 18.000
 Ecole de Fréconrupt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8.700
 Acquisition d'un terrain pour l'Eglise de La Claquette. . . . . . . . . . 2.400
 id. école de Fréconrupt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .750
 Total    : . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . 74.850
Cet exposé entendu, le Conseil Municipal déclare approuver les plans des constructions dont il est question et voter la somme de 74.850 frs nécessaire à leur  exécution. »
En comparant les prix, on constate tout de suite que la restauration projetée s'élevait aux 2/5 de la construction neuve de La Claquette. On s'aperçut vite que cela n'était pas suffisant et le 30 mai 1869 un nouveau crédit de 5.642 frs 50 pour refaire le dallage, l'enduit en ciment de la face extérieure des murs de la nef, exhausser les fenêtres de 60 cm et effectuer diverses réparations à la flèche, vint s'ajouter au devis primitif.
Deux mois plus tard, il fut exposé au Conseil « que par suite des travaux de restauration que l'on a faits à l'église de La Broque, il a fallu nécessairement enlever les vieux bancs et le plancher qui se trouvaient dans l'église ; que ces bancs se trouvant placés dans cette église depuis très longue date étaient dans un état de vétusté et se sont trouvés dégradés complètement par suite du changement que l'on a dû faire ; que d'après la restauration de notre église de vieux bancs ne conviendraient plus dans notre église où l'on a dépensé une assez forte somme pour l'embellir; qu'il existe dans cette localité certains ouvriers honnêtes, consciencieux et  capables qui ont déjà été appelés plusieurs fois à effectuer de ces travaux ; que la  dépense relative à la fourniture de ces bancs s'élèverait à 3.625 frs. plus une somme  de 882 frs. pour confection du plancher placé sous les bancs, au total 4.507 frs. »
Ce point acquis, le suivant fut immédiatement attaqué, et considérant  que par suite  des travaux de restauration de l'église de La Broque, les fenêtres se sont trouvées  exhaussées de environ 60 cm, que pour cet exhaussement les anciennes fenêtres ont  dû être enlevées et que de grandes dégradations ont suivi ce changement ; que le replacement de ces fenêtres causerait à la commune de trop grands frais pour le peu de symétrie qu'elles apporteraient avec la nouvelle construction ; qu'enfin de  belles fenêtres neuves, peintes en grisaille, avec grillage, ne feraient que d'achever  l'embellissement de l'église ; qu'il existe à Metz une Maison (Maréchal &  Champigneulle) qui se chargerait de la fourniture et de la pose des fenêtres  convenables moyennant la somme de 4.480 frs. » le projet fut aussitôt adopté.
Ces fenêtres neuves sont celles qui existent encore dans la nef et qui, en allant de l'entrée vers le choeur représentent, à droite:
St. Hydulphe, fondateur de l'abbaye de Moyenmoutier
St. Hubert
St. Nicolas
St. Mathieu
St. Etienne
et à gauche :
St. Gondelbert, fondateur de l'abbaye de Senones,
St. Antoine, (peut-être l'abbé Antoine, qui gouverna l'abbaye de 1090 à 1136 ?)
St. Déodat ou Dié
St. Marc
St. Jean l'évangéliste.
Ajoutons à tout ce qui précède 410 frs pour la peinture, 150 frs pour la mise en place de l'ameublement, 500 frs pour le replacement des orgues, nous arrivons au total de 33.689 frs 50 et bien que le devis détaillé de l'architecte ne figure plus dans nos archives, il est facile, à la lumière de ces délibérations, de se rendre compte de l'ampleur de la restauration de 1869.
En 1935 la peinture intérieure fut renouvelée et, mise à part la réparation des dommages causés à la Libération, il faut attendre 1960 pour assister de nouveau à de grands travaux.
Signalons que, malgré les transformations successives, il subsiste un élément du mobilier qui a gardé sa forme première : la chaire en bois, délicatement sculptée. Elle serait du XVIII° siècle. Nous avons parlé déjà de la pierre tombale placée en dessous ; remarquons aussi celle qui se trouve scellée dans le mur en face : elle porte le millésime 1618, l'inscription IHS-MARIA (Jésus-Marie) et le sévère avertissement MEMENTO MORY (Tu mourras, souviens t'en).

Les Orgues

La présence des orgues n'est signalée pour la première fois qu'à l'occasion de la dépense de 500 frs nécessaire à leur remontage après les travaux de 1869. On ignore à quelle date elles apparurent à l'église et par qui elles furent construites.
L'instrument eut à souffrir de la Grande Guerre qui lui prit ses tuyaux de façade (en étain pur) pour les envoyer à la fonte comme « métal de guerre », en même temps que deux de nos cloches qui subirent le même sort. II fut restauré et agrandi en 1929-30 par Joseph Rinckenbach d'Ammerschwihr qui fut obligé, d'après le contrat, de réemployer toutes les parties de l'ancien orgue qui pouvaient encore servir. Le beau buffet de chêne, incontestablement de facture ancienne, fut notamment conservé. Il abrite maintenant 18 jeux distribués sur 2 claviers et pédalier. En 1953 un relevage fut effectué par Alfred Kern de Strasbourg-Cronenbourg. Quelques jeux de fonds qui sont anciens ont une sonorité délicieuse et font de cet orgue, malgré ses dimensions relativement modestes, un instrument particulièrement attachant.

Les Cloches

Des trois cloches qui chantent en notre clocher, la plus grande est une pièce dons nous pouvons à juste titre nous enorgueillir : elle est, en effet, un don des Princes de Salm.
Son diamètre est de 1 m. 13, elle pèse 930 kg et donne le fa. Elle porte sur ses flancs l'inscription suivante:
J'AY ETE BENIE PAR Mr NICOLAS DAMIN PRETRE CURE
AD MAJOREM DEI GLORIAM
L'AN DE GRACE 1770
J'AY EU POUR PARAIN T.H. T.P. T.I. PRINCE S.A.S.
MONSEIGNEUR LOUIS CHARLES OTTON DE VIPUCEL ET BAN DE SALM
PRINCE REGNANT DE SALM-SALM
POUR MARAINE S.A.S. MADAME LA PRINCESSE JOSEPH DE SALM-SALM
J'AY ETE FAITE MOY ET MES COMPAGNES PAR JEAN BAPTISTE FOURNO
FONDEUR DE FEU SA MAJESTE ROY DE POLOGNE
Le Prince régnant, Louis Charles Othon, venait, en 1769, de succéder à son père, Nicolas-Léopold, premier prince de Salm-Salm. II était l'aîné de 18 enfants et la princesse Marie-Joseph, marraine de la cloche, était sa soeur. Le 29 octobre 1771 elle épousa en grande pompe Charles-Albert, prince règnant de Hohenlohe et Waldenbourg ; la bénédiction nuptiale lui fut donnée au château de Senones par 1e prince Guillaume-Florentin de Salm-Salm, évêque de Tournai.
Un si illustre parrainage épargna à notre cloche le triste sort de ses deux compagnes qui furent arrachées à leur beffroi en 1917 et emmenées en Allemagne. La plus petite périt dans son exil ; l'autre fut retrouvée, mais si endommagée qu'on fut obligé de la refondre.
Depuis 1923 deux nouvelles sueurs ont été données à la cloche des princes.
La première a un diamètre de 1 m. 01, elle pèse 650 kg et donne le sol. On peut y lire l'inscription suivante:
JE M'APPELLE LIBAIRE ; J'AI ETE FONDUE EN 1923 ERNEST MARCHAL ETANT MAIRE, ANTOINE RAPP CURE DE LA BROQUE. J'AI EU POUR PARRAINS: GEORGES SAINT MARTIN, EMILE WOLFF, JOSEPH DIEUDONNE, ALBERT HUMBERT, AUGUSTE SALMON; ET MARRAINES: MADELEINE SAINT MARTIN, MARIE MALAPERT, JEANNE REMY, MARIE GABRIEL, APPOLINE DIEUDONNE. MESSAGERE DE DIEU J'INVITE A LA PRIERE ET A L'ESPERANCE.
La seconde a un diamètre de 90 cm, pèse 460 kg, donne le la, et dit:
JE M'APPELLE MARIE-FRANCE. J'AI ETE FONDUE EN 1923 ERNEST MARCHAL ETANT MAIRE, ANTOINE RAPP CURE DE LA BROQUE. J'AI EU POUR PARRAINS MAURICE REMY, LEON ANDRE, PAUL FITTE, EMILE BASTIEN, ET MARRAINES GABRIELLE REMY, ADELINE SAYER, MARIE HECK, AMELIE FOURNIER. DIEU BENISSE L'EGLISE ET LA FRANCE, CONSOLE LES AFFLIGES.
L'électrification des cloches a été faite en mars 1953 par la maison A. Didelot, de Sarrebourg (Moselle) agent des Etablissements Mamias, de Gagny (St.-et-O.). On profita de l'occasion pour introduire la sonnerie du couvre-feu (à 22 heures).

Sainte Libaire

La tradition rapporte qu'au temps de Julien l'Apostat, en 362, les premiers chrétiens du pays des Leuques (l'actuelle région de Toul et Neufchateau) avaient été persécutés. Les enfants de Baccius et Lientrude, riches habitants de la cité de Toul, auraient subi le dernier supplice : Elophe fut décapité à Soulosse et Libaire, sa soeur, fut mise à mort à Grand, (localité distante d'une quinzaine de kilomètres de Domrémy-la-Pucelle) et ses reliques y sont toujours conservées. Au début du XV° siècle, la seigneurie de Domrémy tomba dans les possessions de la Maison de Salm : il ne faut donc pas s'étonner de la vénération dont Ste Libaire a été l'objet dans le comté : c'était une voisine et la plus illustre martyre de Lorraine. Au diocèse de Strasbourg, notre église est la seule qui soit placée sous le vocable de cette sainte c'est une preuve de plus que La Broque était bien un village lorrain. Ste Libaire est inscrite au calendrier à la date du 8 octobre.

Le Presbytère

Il est écrit : « Le serviteur n'est pas au dessus du Maître » et cette vérité sa trouvait fort bien illustrée à La Broque en 1845 en ce sens que si la maison du Seigneur appelait de nécessaires réparations, celle du Curé faisait encore bien plus triste figure si nous en croyons la peinture qui nous en est alors donnée: « La maison presbytérale n'est plus habitable et n'est pas susceptible de réparations. Le Curé qui l'habite n'a pas une chambre qui soit à l'abri des eaux pluviales,  le poutrage est en état de pourriture, les croisées ne tiennent plus et la maçonnerie  tombe en poussière. C'est une vieille maison de paysan qui est beaucoup trop vaste  pour loger le Curé, bâtie en mauvais matériaux ; il serait nécessaire de la démolir  et de construire une maison neuve moins grande » . II fallut huit ans pour mettre au point les plans et le financement et c'est enfin en 1853 que le presbytère actuel fut édifié.

Acte de fondation de la confrérie du rosaire

L'an mil six cent quatre vingt dix sept, le quinzième jour de septembre, au lieu de La Broque district spirituel de l'abbaye de Senones de nulle diocèse, par devant le R. P. Jean de Ste Rose, prédicateur du couvent des frères prêcheurs de la ville de Sélestat, se sont présentés le Sieur Joseph Thomas, Religieux de l'abbaye de Senones, prêtre et curé de La Broque, les Sieurs Nicolas Marchal, Jean André, Sébastien Marchal, Joseph Sayer, Jean Jacques, Nicolas Adam, Humbert Grignon, Demange Grignon, Joseph Baule, Léopold Marquaire, François Arnould, Antoine Helin, Jacque Marchal, Habraham Hognon, Sébastien Jacquot, Humbert Halvic, Nicolas Halvic, Jean Bertrand, Curien Julliot, tous habitants du dit lieu, lesquels entendants le grand bien et le fruit spirituel que la confrairie de Notre Dame du Rosaire produit où elle est canoniquement établie et où les statuts sont exactemend observés et étants d'ailleurs bien assuré du pouvoir que le St Siège apostolique a donné par privilège spéciale à l'ordre des Frères Prêcheurs d'instituer cette confrairie aux lieux qui la demendront, ont très humblement supplié le R. P. Jean de Ste Rose Religieux du dit ordre, ou nom de tous les habitans de vouloir selon le pouvoir qui leurs en a été donné, ériger et instituer en cette église de Ste Libaire patronne dicelle la dite confrairie Notre Dame du Rosaire avec tous ses droits, grâces, privilèges pardon, et indulgences plainières, les dits supliants ayant offert et destiné la Chapelle de Wipucelle de la ditte Eglise a perpétuité pour y faire le Service et pratiquer tous les Exercices de la ditte confrairie a la venir laquelle portera dorénavant le titre de Notre Dame du St Rosaire, et qu'il promette payer et entretenir dorenavant et luminaires requis et portable pour y faire le Service de la Ste Vierge, s'obligeant d'entretenir, conserver et augmenter, autant qu'il sera en eux la ditte confrairie et d'observer et foire observer tous les statuts et règles d'icelle, faire chanter la Messe haute de Notre Dame et faire la procession en chantant les Litanies de la Ste Vierge touts les festes de la même Vierge après vespres, à quoy inclinants le R. P. Jean de Ste Rose de l'ordre des Frères prêcheurs du couvent de Sélestat après avoir approuvé le zèle et la dévotion des dits supliants à l'endroit de la Ste Vierge a établie et érigé la ditte confrairie avec toutes les privilèges et indulgences plainières en la ditte Eglise et Chapelle avec cette condition toutes fois que si à la venir son ordre venait à une maison ou couvent en ce présent lieu de Wipucelle, la ditte confrairie sera à l'instant changée et transportée avec tous ces droits, revenues et émoluments, ce que les dits supliants ont accepté et promit de tenir. En foy de quoy ils ont icy touts signés. Fait et passée ou dit lieu les ans et jours susdits en présence de moy commis greffiers au dit lieu.
E.G.

Les Curés de La Broque

(1692)-1695 M. Louis Depiat
1695-1707 Dom Joseph Thomas, Bénédictin
1707-1713 M. Sébastien Pelletier
1713- ? M. Nicolas Parmentier
1719-1807 aucun document d'archives ne permet pour l'instant, d'établir la suite des noms, sauf
en 1770 M. Nicolas Damin (d'après l'inscription de la cloche)
1807-1825 M. G. P. Vautrot
1825-1877 M. Jean-François Precheur
1877-1884 M. Fr. Joseph Weiss
1884-1886 M. Louis Kapfer
1886-1894 M. Thiriet
1894-1902 M. Is. Ansel
1902-1907 M. J.-J. Berchit
1907-1913 M. Camille Pire
1913-1924 M. Antoine Rapp
1924-1951 M. Antoine Halbwachs
1951- M. Lucien Friederich.

Les Membres du Conseil de Fabrique

MM. Salmon Joseph, président
Dieudonné Joseph, trésorier
Charpentier Albert
Fuchsloch Hubert
Thiry Alphonse.

Police d'Église (Suisse)

M. Hoslin Charles.

Conseil MunicipaL
Membres en exercice en 1961

M. Félix Wolff, Maire

MM. Joseph Janel, 1er Adjoint
Jean-Bapt. Verlet, 2e Adjoint
Marcel Bacher
Robert Brignon
Auguste Charlier
Hubert Charlier
Louis Charlier
André Charpentier
Robert Epp
Cyrille Holveck
Victor Neuhauser
Eugène Paicheler
Henri Petitjean
Arthur Rieth
Pierre Rugraff
Charles Scheidecker
Arsène Schwinte
Robert Soudière
André Stauffer

Principales Sociétés
Chorale Ste-Cécile
Directeur : Jules Longhi
Organiste : Irma Silet
Cercle Catholique des Jeunes Gens « Aloysia »
Président : Charles Zurmely
Directeur de Clique : Victor Mangin
Fanfare « Vogesia »
Directeur : Joseph Boulanger
Corps des Sapeurs-Pompiers
Chef : Lieutenant Pierre Marchal
Quelques Groupes d'A.C. ACGF, JOCF, etc.
Plaquette que j'ai trouvée dans les papiers de ma belle-mère, Caroline Clodung, née Marx
Imp. J. Girold Schirmeck
Il s'agit de Jacques Renner [cf Essor n°157 décembre 1992]

juillot@in2p3.fr  Retour Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg 

RANRUPT

Le renom de notre revue et le prestige dont elle jouit parmi ses nombreux et divers lecteurs, lui vient de l'originalité des articles qui Ia composent. Les lecteurs qu'intéresse notre bulletin - et ils sont légion - ne manquent pas de le lire, voire de le relire de bout en bout. Ses articles sur le parler bruchois, les us et coutumes, l'histoire locale et autres nouvelles d'Anciens sont hautement prisés.
Pour développer le caractère éducatif et pittoresque de la revue, l'auteur du présent article souhaiterait poser le premier jalon d'une longue série de relations sur l'histoire et la vie de nos villages de la vallée. Ces travaux à exécuter par les bonnes volontés - que l'on ne manquerait pas de trouver dans chaque village - seraient un outil précieux pour les écoles et pour nos concitoyens. (L'«Essor» se doit de faire rayonner la culture! ). Par ailleurs, ils auront permis que notre génération et peut-être même la suivante ne soient pas privés de la connaissance d'un riche patrimoine qu'il suffit de déferrer pour le mettre en valeur, au profit de tout le monde. L'ignorer et le laisser entrer dons l'oubli serait un sacrilège.

Pour ouvrir la série, occupons-nous d'une des sept communes du canton de Saâles : Ranrupt, que le correspondant connaît pour y avoir vécu près de dix ans et qui, disons-le, n'offre rien de plus sensationnel que les autres localités, toutes riches en enseignements, si on veut bien les voir, y réfléchir et les faire connaître.

Situation.

Ranrupt est situé au haut de la petite vallée de la Climontaine, affluent de droite de la Bruche, qui débouche à Saint-Blaise dans la vallée principale. Disons tout de suite que cette Climontaine prend sa source sur le versant nord du Climont pour se diriger vers le sud, alors que son aînée, la Bruche, naissant sur le versant sud dudit mont, décrit une courbe respectueuse autour de son générateur pour se diriger vers le nord est  à partir de Bourg-Bruche. Précisons encore la situation en indiquant que Ranrupt se trouve à 500 mètres au nord du Col de Steige, col qui fait communiquer, à une altitude de 538 m, le Val de Villé avec le Val de la Bruche, entre les deux grands massifs du Champ du Feu et du Climont. Le Col de Steige, les autochtones l'appellent «le Bât» (non pas le Bas - puisqu'il est en haut de la vallée -) et cette dénomination a une résonance historique comme nous le verrons par la suite.
Le centre du village est à 530 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Le domaine communal s'étend sur 1.480 hectares. Les 190 maisons sont groupées en une portion centrale et les annexes de: Haut-Village, Fonrupt, la Salcée, Stampoumont les fermes des Hauts-Bois et quelques fermes isolées. L'ensemble s'étend sur un rectangle de 7 km x 2 km orienté sensiblement sud - nord.

Population.

Au recensement de 1954, Ranrupt comptait 429 habitants. En 1801, le nombre des habitants était de 907. Il a atteint le maximum, 1.368 en 1841. À partir de cette date, la courbe démographique est descendante jusqu'à nos jours. Une pointe passe à 1.346 en 1866. En 1885 nous notons 949, en 1936, 587. Origines de cette diminution? Une vague d'émigration vers l'Amérique du Nord après 1870. Une cinquantaine de jeunes hommes ont quitté le pays. Certains sont revenus, mais la plupart sont demeurés au pays des G.I. Les grands vides ont été créés par l'inexorable exode rural qui prive la population de ses éléments jeunes. Ainsi, vers 1948, sur environ 500 habitants, on pouvait en compter 18 de plus de 80 ans et près de 100 de plus de 60 ans. La pyramide des âges est donc nettement défaillante. Cette situation, d'ailleurs générale dans nos villages du canton de Saâles ne fait que s'aggraver du fait de l'absence de revenus sur place et de l'éloignement des centres industriels. La terre ne nourrit plus ses hommes. À l'heure de la mécanisation et de la culture rationnelle et intensive, les petits exploitants cultivent le seigle, la pomme de terre et élevant un cheptel inférieur à dix unités, sont voués à végéter. Un signe des temps qui ne trompe pas: à mesure que la population diminue, les forêts resserrent leur étreinte autour des agglomérations. Un remède à ce mal? Il est difficile, sinon impossible d'en imposer un à la population. Mais l'élevage extensif (il y a d'excellents prés et pâturages), la forêt et le tourisme pourraient redonner de la vitalité au moribond. Pour réaliser un élevage rationnel il faudrait d'abord remembrer (!) les terrains et créer une coopérative d'exploitation des produits de l'élevage.
La population est essentiellement catholique. Une minorité protestante (environ une quarantaine) est rattachée à la paroisse de Waldersbach; les morts sont enterrés au cimetière de Bellefosse.
Les destinées de la commune sont entre les mains de onze conseillers ayant à leur tête M. Alfred Hazemann, chevalier de la Légion d'Honneur, pour 30 ans de magistrature municipale.
Les enfants fréquentent les deux écoles mixtes à classe unique: celle de Ranrupt et celle de Stampoumont.

Ressources.

Ranrupt est un village essentiellement agricole. Par opposition à la «plaine», c'est un pays de cultures pauvres.

Historique

. Autrefois se pratiquait la culture du lin et du chanvre que l'on traitait et tissait à domicile. Presque chaque foyer avait son métier et les anciens se souviennent encore des soirées où l'on se retrouvait au «loure». La chaîne devait être cherchée à Sainte Marie-aux-Mines et l'on y portait le tissu, trajet effectué à pied à travers bois. Une chaîne, cela pèse lourd et une pièce d'étoffe ne se payait pas cher! Tâche dure, mais on se contentait du peu.
Une culture disparue : le colza. Au Haut-Village, il reste les vestiges d'une huilerie antique actionnée par l'eau. Ces reliques seraient dignes de figurer dans un musée.. (Qui sauvera la belle installation de la ruine?) Une industrie disparue est celle de la taille des verres de montres (à l'emplacement de l'actuelle usine de tissage). De 1910 à 1917, elle a été florissante.
La principale richesse actuelle est la forêt. Le sapin du Climont est une essence recherchée. Le bois est source de revenus pour la commune et pour ses habitants. Le domaine privé s'étend de plus en plus. Une bonne affaire c'est, paraît-il, la vente de sapins de Noël. Dans les champs situés à «l'endroit» (contraire : l'envers), on cultive, par assolement biennal, le seigle et la pomme de terre. Le seigle est moulu au moulin du village et les mardis et vendredis, on apporte au boulanger les panetons garnis de pâte.
Autrefois on défrichait les hauteurs («stirpouts») on brûlait le gazon, (les cendres servaient d'engrais) et on y cultivait les pommes de terre (« kmat-tiare »). Tout cela ne paie plus. L'élevage de la race bovine vosgienne tient encore une bonne place. On élève le bétail pour la vente: boucherie, production laitière et travail. Mais les boeufs sont de moins en moins demandés. Le lait est transformé en beurre que l'on vend dans la région. Avec le petit-lait et les pommes de terre, on engraisse des porcs qui procurent la viande pour l'année. On saigne le porc avant Noël. Les cabous (entendez : les choux) réussissent bien et donnent une excellente choucroute. La viande de qualité est celle de cabri.
La plupart des cultivateurs, même des fermiers, ne vivent pas uniquement de l'agriculture. Tous sont, soit bûcherons, soit voituriers. Souvent, la femme travaille à l'usine, au moins l'hiver.

Industrie.

L'industrie artisanale est presqu'inexistante. Il reste encore un forgeron et un menuisier. Autrefois il y avait quatre moulins, il en reste un. Une usine de tissage mécanique de coton occupe une soixantaine d'ouvriers, personnel essentiellement féminin. Cette industrie, qui a remplacé la taille du verre, semble avoir été implantée par des Anglais. Le nom de famille «George» en est un témoin.
Au Moyen Age, le sous-sol livrait du minerai de fer (voir : Chauffour, Champ de la Mine) et de l'étain (Stampoumont). Une petite scierie communale marche avec un «haut-fer».
Une source de revenus pourrait être le tourisme. Mais pour cela, les esprits ne sont pas encore bien chauds. Les habitants sauront-ils saisir l'occasion? Une vingtaine de citadins ont acquis des maisons de vacances et de week-end. Par ailleurs, à la Salcée et au col du Bât se trouvent deux maisons de vacances U.J.R.F. et F.E.C.
La route des crêtes qui est en construction passera au-dessus du village, au Bât, et apportera peut-être un facteur nouveau dans l'économie de Ranrupt.
Edmond  Reeber

L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° 44 (avril 1957)

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I.P.H.C Strasbourg 

Une commune d'ouvriers-paysans au Ban-de-la-Roche

Solbach

Claude Maeyens

Nous avons commencé dans un numéro de «Saisons d'Alsace» consacré à la Haute Vallée de la Bruche(1) à étudier le milieu original du Ban-de-la-Roche, ces huit communes de ce comté protestant comprises entre vallée de la Bruche et ligne des hauteurs du Champ du Feu, vallées de la Rothaine et de la Chergoutte. Nous y avons montré que ce milieu difficile de moyenne montagne avait été repeuplé à partir du XVII° siècle par des communautés originales, en train de disparaître sous nos yeux. Dans cet article nous nous proposons de décrire la base agricole de ces communautés en prenant l'exemple de Solbach.

I. - Des communautés d'ouvriers-paysans

1) Un milieu naturel répulsif

Sur les raides pentes granitiques du Champ du Feu, les sols froids sous la hêtraie sapinière sont maigres, facilement emportés par les fortes et abondantes pluies. Dans cette zone d'agriculture marginale (Belmont est aujourd'hui la commune aux rendements agricoles les plus faibles du Bas-Rhin), le moindre accident climatique compromet tout espoir de récolte et ces accidents sont fréquents. Les chroniques locales rappellent comment les récoltes pourrirent sur pied lors des étés de 1788 et 1789, que l'on monta cueillir des fleurs sur les hauteurs du Champ du Feu à Noël ou que le 19 juin 1874 un orage détruisit toutes les récoltes. L'agriculture ne peut être que l'activité seconde de l'occupation humaine.

2) Les activités industrielles ont attiré une abondante population dans le passé.

a) C'est la métallurgie qui a attiré les hommes dans notre région. M. Rolland(3) a prouvé l'existence des forges dès l'époque romaine sur les gisements du minerai de fer de la région. Disparus pendant la guerre de Trente Ans, les forges rouvrent en 1724 et vont attirer une abondante population, principalement de Suisses (2) , (1 b). Beaucoup d'habitants sont occupés directement dans les mines de fer autour de Rothau. Mais il faut ravitailler les forges avec des quantités considérables de charbon de bois, que l'on descend en particulier du Champ du Feu vers les forges de Rothau (en passant par Solbach) ou le haut fourneau de Waldersbach. Le travail des forges et le transport de fers réputés (la manufacture royale d'armes de Klingenthal se ravitaille à Rothau) fournissent beaucoup de travail. Cependant la prospérité des mines est aléatoire et va décliner complètement au XIX° siècle (le fer de la fonte au coke revient beaucoup moins cher surtout à une époque où toutes les forêts ont été presque complètement détruites).
b) Une grande idée d'Oberlin (4) fut d'introduire l'artisanat puis l'industrie textile pour suppléer à l'activité défaillante de la métallurgie. Vers 1785 la filature de la laine, dans chaque foyer, rapporte autant que l'agriculture mais elle est condamnée en quelques années (vers 1810) par la construction de la filature mécanique de Schirmeck. Nous avons dénombré au moins 530 tisserands à domicile en 1836 mais Mme Bramberger à Rothau en 1834 et Jacquel à Natzwiller en 1840 installent les tissages mécaniques. Le tissage artisanal (à façon pour Ste-Marie-aux-Mines) va se regrouper dans les ateliers de Neuwiller et Belmont en particulier. Les derniers métiers à tisser artisanaux s'arrêtent en 1914, le dernier atelier artisanal ferme ses portes à Neuwiller en 1939.
Cette brève histoire du textile nous montre que, outre les périodes de crise, les phases de conversion sont nombreuses, l'agriculture assurant la subsistance.

3) Cette agriculture est une polyculture, fondée sur l'utilisation différenciée du finage.

Les champs fournissent pommes de terre et seigle en alternance. Chaque famille élève quelques têtes de gros bétail et des porcs nombreux, qui trouvent un important complément dans les chênaies du Ban-de-la-Roche. En effet la forêt est la composante indispensable de la vie paysanne. Nous avons vu sa part dans la métallurgie (elle abrite de nombreux charbonniers et des hors-communautés, tels les anabaptistes). Outre le matériau, le bois, elles fournissent une zone de culture temporaire, les tripoux.
Nous avons montré que les limites des terroirs étaient stables depuis le milieu du XVIII° siècle. Les différentes parties du finage sont figées: la forêt s'accroche aux pentes raides des zones de granite non altéré; les champs occupent le fond des alvéoles aux pentes plus douces et aux sols plus épais, dégagés dans les altérations du granite, les hauteurs sont le domaine du pâturage.

II. - L'intensification agricole du temps d'Oberlin (début du XIX° siècle)


Les 200 habitants de 1655 étaient 800 habitants en 1751 mais 2208 en 1770, 2992 en 1801, 4813 en 1836. La survie des communautés passait par l'intensification de cette polyculture rudimentaire grâce aux idées du pasteur Oberlin. L'association du textile et de cette agriculture permet d'attirer les densités inouïes pour cette région, 138 habitants par km2 et plus de 500 par km2 cultivable.

1) Une polyculture associant étroitement culture et élevage (5)

a) Le bétail a toujours fourni une part importante des ressources des différents villages.
Chaque famille possède quelques têtes de gros bétail. Le type d'élevage est assez caractéristique sur le Ban-de-la-Roche. Toutes les bêtes d'un village se regroupent chaque matin et montent sur les pâturages des hauteurs sous la garde d'un berger communal (institution introduite par Oberlin). L'usage du pâturage se fait toujours dans le cadre communal avec remue quotidienne.

b) Le finage différencié
La solidité de la communauté villageoise repose sur l'utilisation différenciée et en commun d'un finage divisé en deux grandes parties: un terroir d'appropriation individuelle (toutes les terres cultivées sont en propriété jusqu'à nos jours) et de vastes espaces restés en utilisation collective et indivis (le parcours sur les hauteurs et la forêt sur les pentes raides).

* Le terroir, d'appropriation individuelle, regroupe les prés et les champs.
On trouve les prés dans tous les endroits irrigables à partir des ruisseaux donc dans les fonds de vallées. Ils imposent un important travail collectif d'entretien. Ils fournissent le foin pour l'hiver.
Sur les parties non irrigables, les longues bandes des champs, en terrasses (les pierres sont récoltée dans les champs et remontées comme la terre, régulièrement dans les «brise-reins»). Ces champs sont cultivés successivement depuis toujours selon l'alternance pomme de terre puis seigle. Ils sont complantés d'arbres fruitiers.

* Tout le reste du finage de la communauté villageoise reste indivis et en utilisation collective.
Au-dessus des champs on trouve le pâturage collectif du troupeau communal. Ce pâturage est entretenu régulièrement et peut servir, lors de moments de trop grande pression démographique, la culture de tripoux.
Nous avons déjà noté toute l'importance de la forêt. L'histoire du Ban-de-la-Roche est marquée par l'acharnement des communautés à empiéter sur le forêts seigneuriales avant la Révolution et par d'interminables procès entre communes après les partages.

2) Oberlin va perfectionner ce système de l'ouvrier paysan, base des collectivités villageoises.

a) Les compléments se feront pendant longtemps au sein de la famille au sens large, c'est-à-dire de tous ceux qui vivent sous le même toit, souvent plusieurs ménages. Le père est propriétaire des champs, plusieurs des fils pratiquent l'artisanat, les filles sont souvent rubannières pour l'usine Legrand de Fouday (4).
b) Oberlin fera réaliser au Ban-de-la-Roche une véritable révolution avec utilisation de fumure et introduction de plantes nouvelles comme le trèfle et le lin. Solbach verra même apparaître après 1817 l'utilisation systématique des tripoux avec lots partagés et redistribués annuellement.
c) Des régularisations assurent la survie de la communauté.
* En cas de crise textile, c'est l'agriculture qui assure la nourriture du groupe ou plutôt elle lui évite de mourir de faim.
* Les régulations commencent alors à fonctionner
- Le groupe humain va se limiter par une limitation volontaire des naissances: on ne se marie pas et les exemples sont fréquents à Solbach de familles de frères et soeurs vivant sous le même toit.
En 1836 plus de la moitié des hommes de Solbach ont épousé des femmes plus âgées qu'eux. En 1836 Natzwiller (village voisin mais catholique) a 3,60 enfants par couple (ayant des enfants), Solbach 2,63 seulement; le taux de natalité à Solbach de 40 pour mille en 1836 (55 pour Natzwiller) passe à 27 en 1866 (47 pour Natzwiller).
- On utilise aussi les remèdes classiques au surpeuplement. On note l'abondance de métiers marginaux (en 1792 à Belmont le vantousier ou le faiseur de talus). Depuis toujours beaucoup de familles ont un fils soldat mais la solution la plus courante reste l'émigration des cadets (en Amérique généralement).

3) Nous avons montré ailleurs (2) la force de la solidarité de cette communauté pratiquant le travail en commun mais aussi l'entraide individuelle et collective suivant en cela le grand exemple d'Oberlin.

Conclusion

Dans ces conditions, l'on n'est pas étonné de la solidité de cette communauté, poussée presque à la perfection. La pyramides des âges montre l'étonnante résistance de cette communauté, alors que de nombreux villages des environs vont se dégrader beaucoup plus rapidement. Nous renvoyons à notre article de « Saisons d'Alsace » (2) pour l'étude de cette lente agonie des communautés villageoises, frappées à mort en 1955/60 par la disparition de l'industrie textile.
Claude MAEYENS
agrégé et docteur en géographie

L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° 97 (noel 1977)

1) Définitions

- terroir: ensemble des terres cultivées par un village.
- finage: ensemble des territoires appartenant à un village (synonyme : Ban).

2) Courte bibliographie
(1) pour de plus amples détails, on consultera:
(1 a) dans le numéro spécial des recherches géographiques de l'U E R de géographie Université Louis Pasteur, Strasbourg "Hommage à Etienne Juillard", 1976 page 11/45 : une commune d'ouvriers-paysans au Ban-de-la-Roche : Solbach, un exemple d'intensification rurale au XIX° siècle.
(1 b) notre thèse de géographie de 3e cycle "le Ban-de-la-Roche, évolution géographique d'une cellule de moyenne montagne du XVII° siècle à nos jours", Université de Strasbourg, 1975, 2 tomes.
(2) Saison d'Alsace,Noël 1977 "le Val de Bruche" "une enclave protestante, le Ban-de-la-Roche, l'agonie actuelle des communautés d'ouvriers-paysans".
(3) A Rolland "les hautes Vallées de la Bruche et de la Fave" carte et étude morphologique DES géographie Strasbourg, 174 pages, 1966. [une étude physique et humaine de notre région].
(4) Voir nos prochains articles dans la revue l'«Essor»
- l'oeuvre matérielle d'Oberlin au Ban-de-la-Roche 
- les différentes phases de l'industrie textile du Ban-de-la-Roche.

(5) Deux articles de M. Pierre Marthelot décrivent avec beaucoup de détails cette polyculture:
- Bulletin de l'Association des Géographes Français 1947, no 187, pages 76/88 : "Une campagne ouverte en pays montagneux.
- Revue d'Alsace 1948, p. 31/48 : "Survivance de la communauté villageoise".


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