Huitpucelles ou Vipucelle?
Eh oui! Ce sont des questions qu'on se pose parfois dans la région....
Commençons donc par VIPUCELLE. Dom Calmet, un des derniers Abbés
de Senones (1728 - 1757) écrit dans sa célèbre histoire
de l'abbaye de Senones, que VIPUCELLE vient du latin Vicpodis
cella, c'est-à-dire cella: cellule, prieuré, chapelle
- (resté dans Celles- sur-Plaine) de Vicpode.
Mais qui était donc ce Vicpode? Si vous avez la curiosité
et le plaisir de faire un petit tour à Senones (capitale de la Principauté
de Salm jusqu'à la Révolution française), vous trouverez
dans l'église paroissiale sur une stèle, à côté
du monument de Dom Calmet, la liste des Abbés de Senones. Vicpode
y figure à la 12e place. Ce serait donc le 12e Abbé (chef
du monastère des bénédictins de Senones et du
bénédictin,
curé de Vipucelle) qui aurait donné son nom à VIPUCELLE
(La Broque ou Labroque n'apparaît que quelques siècles plus
tard. L'église de La Broque est à Vipucelle, le Breuil de
Vipucelle s'étend jusqu'au coeur de La Broque - la rue de la Liberté).
Et le prieuré? me direz-vous! Le Larousse nous dit que c'était
des fermes trop éloignées de l'abbaye - de Senones à
Vipucelle, il y a une, trentaine de kilomètres - pour pouvoir être
régies par l'économe de l'abbaye. L'Abbé y envoyait
un religieux chargé de la ferme et de la chapelle (ou prieuré)
attenant à la ferme. Voilà sans doute ce que fit Vicpode
entre les années 800 et 825.
L'Abbé de Senones resta le chef de ce prieuré plus tard
devenu paroisse, jusqu'à la Révolution.
C'était l'explication historique. L'explication philologique
Vicpodiscella donnant VIPUCELLE est claire, les éléments
essentiels du nom latin se retrouvent dans Vipucelle. Et alors Huitpucelles
? Eh bien! OBERLIN écrit à la fin du 18e siècle qu'on
a dit pendant quelques années: Huitpucelles.... Quelques personnes
d'un certain âge vous diront qu'autrefois huit pucelles vivaient
dans une maison retirée de la localité, d'où le nom
Huitpucelles qui, mal prononcé, aurait donné Vipucelle. A
vous de conclure....
Maintenant VIPUCELLE, premier village fondé dans la région,
n'est plus qu'un quartier de LA BROQUE ou LABROQUE, ce qui nous amène
à la deuxième question que nous verrons, si vous le voulez
bien, la prochaine fois.
J.P.R
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire
de Schirmeck, n° 38 (avril 1955)
Labroque ou Labroque?
La dernière fois nous avons vu que Vipucelles vient de Vicpodiscella
et non de Huitpucelles comme certains le prétendent.
Aujourd'hui, nous allons essayer de montrer qu'il faut écrire
La Broque en deux mots.
-
Comment nos ancêtres ont-ils écrit ce mot? Consultons
les archives des Vosges à Epinal. Nous lisons dans l'acte de partage
du comté de Salm (1598) : « Pour le Comte du Rhin, du ban
de SALM, le dit Seigneur emporte le village D'ALBET, GRAND-FONTAINE et
VACQUENOU, la moitié du village de la BROCQUE contenant 23
maisons et autant d'hommages, scavoir Maurice le Bouchier, Guillaurne Coichot
Clauso Clans, Colas Baulongier, Colas Grand Demanche, Demanche Mathieu
etc. (noms qui existent encore de nos jours).
-
Et comment nos ancêtres qui ne parlaient pas le français
mais le patois, disaient- ils les Labroquois? Eh bien, voici: en patois
on dit: li Brok= les Broquois car labroquois n'existaient pas.
-
Enfin si nous pouvions trouver quelques noms de lieux qui s'appellent
Broque
ou Broc ou Broche, nous aurions de ce fait un argument péremptoire.
Or l'argument, le voici. Il existe effectivement plusieurs noms: le col
des Broques, près de Saâles; ensuite un lieu- dit,
lisez bien, La Broque, commune de Lerrain dans les Vosges; un hameau la
Broche, commune du Girmont-Val-d'Ajol (Vosges), qu'on écrivait
autrefois: La Broque.
Vous plairait-il maintenant que vous savez écrire ce mot, de connaître
le sens de Broque? Cette fois nous nous engageons sur une pente
dangereuse. Masson dans sa thèse sur la vallée de la Bruche
affirme que le mot est d'origine celtique. Celtique serait aussi le nom
Bruche (voir Dauzat, revue d'onomastique). Or, le mot
breuil est
lui aussi celtique (le breuil de Vipucelle) . Ces trois mots ont-ils une
origine commune? Ont-ils en commun une idée d'eau, d'endroit
marécageux? Vous remarquerez, en passant que ce sont tous des mots qui commencent
par Br et non labr (oque).
Il n'est pas possible de répondre à cette question pour
le moment, en tout cas une chose est certaine, vous l'avez constatez, on
écrit La Broque en deux mots. Tant pis pour ceux qui, (pour convenance
personnelle) préfèraient l'écrire en un seul.
Ph. et Aug.
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire
de Schirmeck, n° 39 (septembre 1955)
Histoire de la Principauté de Salm
Pierre Juillot
Adaptation d'un article paru dans les n° 40
(décembre 1955) et 41 (avril 1956) de L'Essor, revue des Anciens
du Cours Complémentaire de Schirmeck
traduction anglaise par
Fred Craven
February, 2002
De 640(?) à 1190
On ne peut donner que peu de renseignements sur la région avant
le VII° siècle. On sait seulement que tout le versant des Vosges
occidentales avait été colonisé par des Francs.
Vers 640 arriva dans la région de Senones
un moine, nommé Gondelbert.
Il y fonda un monastère qui fut le premier de la région.
L'abbaye d'Étival date de 663, celle de Saint-Dié
de 669, et celle de
Moyenmoutier -par Saint Hydulphe- de 671.
Le monastère se développa rapidement et devint un des
plus importants de la région, si bien qu'en 661, Childeric II, roi
d'Austrasie accorda une vaste étendue de terrain pour les besoins
de cette abbaye. Ce territoire avait la forme d'un quadrilatère.
Il était séparé de l'Alsace, au Nord par le ruisseau
qui coule du Donon (goutte du Marteau), à l'Est, par la Bruche,
et délimité au Sud par «la Via Salinatorum»
ou route des Sarmates, qui longe les ruisseaux
qui passent au-dessus de Chatas et de Ménil. A l'Ouest la limite
s'étendait de la vallée du Rabodeau à la rivière
de la Plaine.
Après 23 années de labeur, Gondelbert mourait à
Moyenvic (?). Son souvenir est resté dans la mémoire des
habitants du Comté, principalement à La Broque, où
Saint Gondelbert est représenté sur un vitrail de l'église
paroissiale.
L'Abbaye de Senones prospéra par la suite, puisque, à
la nomination d'Angelramme comme septième abbé de Senones
(770-791), elle comptait 200 religieux.
Le douxième abbé de Senones, Vicpode, fonda vers 810,
un prieuré qui, par la suite prit le nom de Vipucelle (Vicpodis
cella). En effet, par groupe de cinq ou six, des profès éprouvés
s'en allaient former des communautés miniatures sous la direction
d'un supérieur en liaison étroite avec l'abbaye. Sur place
ils érigeaient eux-mêmes chapelle et bâtiments conventuels.
Ces petites unités monastiques reçurent le nom de
«celles».
En 1090 Antoine ler fut nommé à la tête de l'abbaye
de Senones par Hémiran, évêque de Metz, chef temporel
du monastère. C'est sous son gouvernement qu'apparaissent les seigneurs
de Salm (nom d'une petite ville du Luxembourg belge qui existe encore aujourd'hui
sur la rivière de Salm.)
Ces Seigneurs avaient été appelés par l'évêque
de Metz afin de défendre l'abbaye contre ses ennemis (l'empereur
d'Allemagne, entre autres). Ils furent nommés voués et à
cette époque ils ne possédaient encore aucun territoire dans
la région, mais avaient le droit de percevoir une partie des impôts
sur les terres de l'abbaye.
Le premier de ceux qui nous occupent, Hermann,
épousa Agnès de Langstein, (depuis Pierre
Percée) et séjourna dans ce château qui fut considéré
comme le berceau de la maison de Salm. Son fils, Henri
Ier de Salm eut deux enfants dont l'aîné Henri
II hérita de la vouerie de Senones et bâtit (1190) sur
le territoire de l'abbaye, le
château de Salm (commune de La Broque) dont il reste encore quelques
ruines aujourd'hui.
De 1190 à 1623
Ce Henri II vint au titre de simple locataire, payant redevance annuelle
à l'abbaye, à raison de 2 sols strasbourgeois par an. (Le
comte et son épouse Judith de Lorraine moururent à Senones
et furent inhumés en 1244 sous l'église).
Son fils, Henri
III, a laissé un déplorable souvenir, bien que n'ayant
vécu longtemps. Dom Calmet relate qu'à la suite d'une grave
maladie, on le crut mort et il fut enterré. La nuit qui suivit son
enterrement, on entendit de grands cris provenant de son tombeau et, le
lendemain, on ouvrit son cercueil; on le trouva mort, mais renversé
dans sa bière, ce qui fit dire qu'il avait été enterré
vivant. Il était en perpétuelle discorde avec les abbés
de Senones et particulièrement avec l'abbé Vidric qui venait
de remettre de l'ordre dans les biens de l'abbaye.
Henri III fit même arrêter des gentilshommes de l'abbaye.
Les moines en guise de protestation, quittèrent Senones et demandèrent
l'arbitrage des évêques de Metz et de Toul qui rétablirent
la paix.
Ferry I, frère de Henri III, lui succèda vers 1240. Son
premier acte fut de chasser, de son château, son père âgé
de 90 ans. Il ne traita pas mieux les abbés de Senones. Heureusement
pour eux ... il mourut très jeune, en 1248.
Son successeur fut Henri
IV, comte de Ribeaupierre, qui se fit un malin plaisir à accabler
d'impôts, les habitants du pays. Ce fut sous son règne que
l'on découvrit du minerai de fer à Framont, non loin de Grandfontaine.
Ce comte fit construire des forges comme si le terrain lui appartenait,
d'où de nouvelles querelles avec le propriétaire du sol,
l'abbé de Senones, qui fit intervenir l'évêque de Metz.
Les mines furent détruites en 1260, mais réédifiées
l'année suivante.
Les comtes de Salm s'entendirent donc plutôt mal avec les abbés
de Senones. Cela s'explique facilement car les abbés défendaient
leurs biens que les comtes s'efforçaient de leur enlever par la
force. Henri IV de Salm continuant dans cette voie, livra une guerre sans
merci à l'abbaye. Il vola le bétail, une partie du mobilier
ce qui obligea les moines à se sauver dans l'abbaye voisine, celle
de Moyenmoutier
qui ne dépendait plus de ce comte; le monastère
fut même occupé militairement. Les abbés prièrent
l'évêque de Toul de les aider. Il excommunièrent le
comte tout en envoyant des troupes contre lui. Le comte céda et
les abbés retournèrent dans leur monastère (1262).
Puis, tout redevint calme jusqu'en 1284, sous l'abbé Simon, qui
accepta que les biens du monastère, 80.000 arpents de forêts,
devinrent la propriété des comtes, qui ne possédaient
alors que 2.000 arpents de terre.
C'est Henri
V qui obtint de l'abbé Simon des avantages aussi considérables,
sans utiliser la force. Ce Comte fut le premier qui aima les lettres et
les arts. Il est à noter que vers le commencement du XIIIe siècle,
l'influence de la langue francaise était si grande que certains
nobles vont jusqu'à traduire leurs noms en francais, les baillis
de Hunolstein prennent le nom de Haneaupierre, et les comtes de Salm s'appellent
comtes de Saumes. (On voit dans leurs armes 2 saumons, qu'on retrouve maintenant
encore dans les armoiries de Senones et de La Broque).
Jusqu'à présent l'histoire du monastère nous avait
été contée par un moine de Senones nommé Richer.
Ce dernier disparu, nous ne savons plus rien jusqu'en 1328, quand Simon
I comte de Salm veut faire construire le château-fort au Puid, à
7 kilomètres de l'abbaye. Les moines s'y opposèrent avec
la dernière rigueur. Puis, plus rien; l'abbaye en 1420 ne compte
plus que 6 religieux.... la puissance des comtes allait croissant.
En 1482 se produit un fait divers, comme nous l'appellerions aujourd'hui,
une certaine Idatte, femme Colin Paternostre, de Ménil, fut brûlée
pour magie et sorcellerie....
A l'abbaye en 1501, Jean de Borville, abbé de Senones, obtint
certaines prérogatives épiscopales à savoir: l'usage
des ornements pontificaux et le droit de conférer la tonsure et
les quatre ordres mineurs.
Une catastrophe survint la nuit du lundi de Quasimodo 1534 entre dix
heures et onze heures, alors que les religieux étaient endormis
du premier sommeil, le feu s'empara de toute l'abbaye, faisant fondre les
cloches, brûlant certaines maisons du voisinage. L'abbé Thirion
fut obligé d'emprunter 200 francs monnaie de Lorraine pour bâtir
l'église et le monastère.
Puis nous trouvons à nouveau des renseignements grâce aux
querelles qui recommencèrent entre le comte et l'abbé. En
1556, l'abbé Padoux, originaire de Rambervillers se voit lui et
ses moines, traités sans aucun ménagement par le comte Philippe
Othon, qui avait embrassé la religion luthérienne en
1540. Les soldats du comte s'attribuèrent toutes sortes de droits,
frappant d'amendes les sujets de l'abbaye, afin de créer des incidents
qui amèneraient les abbés à reconnaitre la souveraineté
du comte.
L'abbé Padoux s'adressa au duc de Lorraine, Charles III, qui
donne tort au comte, celui-ci en appelle à son maître, l'empereur
d'Allemagne, qui ne répond pas. Vers 1550, les comtes prirent la
décision de ne plus payer les redevances de location (2 sols strasbourgeois
par an) et ainsi manifestèrent leur droit de propriété.
Après la mort de cet abbé, le comte résolut de
frapper un grand coup avant que le nouvel abbé, Claude Raville,
ne préparât sa réponse. Une nouvelle fois l'abbaye
fut occupée par les troupes. L'abbé s'adressa à l'empereur
qui le renvoya devant le bailli de Haguenau.... L'abbé se fâcha,
outrageant le comte qui exigea la soumission des moines: ce qui fut fait
à une condition: que les comtes fussent les seuls seigneurs du temporel,
c'est-à-dire de tous les biens situés dans le Val de Senones
et autour du château de Salm.
Le 29 septembre 1571, Jean
Comte de Salm, Maréchal de Lorraine, Gouverneur de Nancy,
Baron de Niviers, de Fénétrange et de Brandebourg... et Frédéric,
Comte Sauvage du Rhin et de Salm, baron de Fénétrange, firent
rassembler dans l'abbaye la plupart des habitants des villages et bourgs
de Vipucelle, Albet, Les Quevelles, Fréconrupt, Vaquenoux, Grandfontaine,
Framont, Plaine, Champenay, Diespach, Poutay, Saulxures, Senones, Ménil,
Moussey,
Chatas, La Petite-Raon, Saint-Jean, Belval, Vermont, Le Puid,
Le Saulcy, et leur demandèrent s'ils voulaient les accepter comme
leurs seigneurs régaliens et leurs souverains et leur prêter
serment d'obéissance (les habitants continuant de bénéficier
de tous leurs droits). Les habitants acceptèrent, levèrent
la main et prêtèrent serment d'obéissance et de fidélité
aux dits comtes.
Ni l'abbé ni les moines n'assistèrent à cette cérémonie.
Bien au contraire, ils continuèrent à se pourvoir auprès
de l'empereur Maximilien II, qui ordonna aux comtes de rendre ce qu'ils
avaient pris. Les comtes refusèrent et force fut aux deux partis
de venir à une transaction. L'abbé continua à assurer
la justice foncière dans les territoires qui dépendaient
de lui, les comtes jouirent seuls des tailles et péages, eurent
le droit d'établir des fours et moulins banaux; ils auront seuls
la propriété des forges de Framont, les scieries du Val de
Celles et d'Allarmont...
Une nouvelle transaction eut lieu le 4 octobre 1574. L'abbé obtint
la juridiction sur les religieux de l'abbaye, il pouvait comme précédemment
choisir huit bonshommes (dont l'"aerantour" le "cuit", le "lavendier",
le "corkesier" les deux "paxours" et les deux "charpeintiers"; il aurait
ses bangards (resté en patois sous la forme ban-ouet). Le bangard,
le garde du ban c'est, je n'ai pas à vous l'apprendre, le garde-champêtre.
Nous avons vu que deux comtes, Jean IX, comte de Salm et Frédéric,
comte Sauvage du Rhin, possédaient comme propriété
commune la terre de Salm. En 1598, cette terre fut partagée entre
eux deux tout en restant indivise.
Frédéric obtint la moitié de
Badonviller
, chef-lieu
du comté, la moitié du village de Celles, du château
et du village de Pierre-Percée, Pexonne, Vexaincourt et Allarmont,
une partie de Luviguy, Albet, Grandfontaine et Vacquenoux, la moitié
du bourg de La Broque, du château de Salm et ses dépendances:
Diespach, Champenay et Plaine, le Puid, le Vermont, Saulcy et Le Mont;
la moitié du bourg de Senones, le Ménil, Saint-Stail et Grandrupt.
Le rhingrave Frédéric mourut en 1608 et son fils, Philippe-Othon,
hérita de son lot. Il avait abandonné la foi catholique quand
la religion réformée avait fait son apparition dans le comté,
mais l'empereur accepta de le faire prince de l'empire s'il l'abjurait,
ce qu'il fit le 8 janvier 1623. Ainsi une partie du comté de Salm
fut érigée en Principauté et l'autre resta comté.
Ce dernier qui comprenait entre autres la moitié de Senones,
de La Broque, du château de Salm, Vipucelle, Fréconrupt et
les Quevelles, Saulxures, Bénaville et
Moussey,
échu en 1600
à la mort du comte Jean, à sa nièce Christine
de Salm qui avait épousé, en 1597, Francois de Lorraine,
comte de Vaudémont, fils du duc Charles III de Lorraine, ce qui
fit que ce territoire, le comté, appartenait à la Maison
de Lorraine.
Aussi ne serez-vous pas surpris en faisant une visite à l'église
de La Broque de trouver sous la chaire une pierre tombale avec cette inscription:
Jean-Henry Francois, natif de Strasbourg, âgé de 2 ans,
fils de Messire Henry Hersen, cher Seigneur de Bissbach, ci-devant lieutenant
au régiment de Navarre... 1719, La Brocen - Lorraine. (Vipucelle
et son église étaient lorrains).
De 1623 à 1751.
Le fils du Prince de Salm, Louis, régna de 1634 à 1636;
il fut tué à la bataille de Saint Omer, sans laisser de postérité.
C'est son frère, Léopold-Philippe-Charles qui lui succéda.
Il mourut en 1663. Son frère monta sur le trône. Quelques
princes leur succédèrent encore, sans qu'il y ait rien d'important
à signaler. L'abbaye n'était plus aussi florissante qu'elle
l'avait été, la caisse se trouva même vide et l'abbé
Vivien fut obligé d'emprunter 15 florins barrois pour réparer
les bâtiments de l'abbaye. Il mourut en 1684 Sous son successeur,
de nouvelles querelles éclatèrent de nouveau entre comtes
et lui (l'abbé Alliot). Son successeur fut Mathieu Petitdidier,
natif de Saint-Nicolas, qui fut nommé évêque et prit
le titre de comte. Il fit des améliorations dans l'abbaye et augmenta
le nombre des volumes de la bibliothèque!
Son successeur fut le célèbre Dom Calmet que tout le monde
connaît. C'est lui qui écrivit entre autres l'histoire de
l'abbaye de Senones qui nous renseigne si bien sur les événements
passés à Senones.
De 1751 à 1793.
Le 21 décembre 1751 est une date très importante dans
l'histoire de la Principauté et du comté de Salm. En effet,
à cette date fut conclu un nouveau partage du territoire entre le
prince Nicolas-Léopold
de Salm-Salm et le roi Stanislas, duc de Lorraine qui avait hérité
des droits des anciens ducs.
Aux termes de cet accord, le prince obtint, en toute propriété,
la partie de l'ancien comté situé à gauche de la rivière
de Plaine à savoir une trentaine de localités: Senones
qui devait devenir la capitale, Ménil et Saint Maurice-les-Senones,
Vieux-Moulin et les Frénot, Allarmont, Albet, La Broque, Grandfontaine,
les forges de Framont, Fréconrupt, Vipucelles et Quevelles, Plaine,
Champenay, Diespach, Saulxures, Bénaville et le Palais, La Petite-Raon,
Paulay, Raon-sur-Plaine, Celles,
Moussey,
Belval, Saint-Stail, Grandrupt,
Le Vermont, Vexaincourt, une population d'environ 10 000 habitants. Les
recettes se montèrent, tout juste avant la Révolution à
350.000 livres, les dépenses à 235.000 dont une somme de
22.000 livres à l'Empire, c'était tout ce qui rattachait
la principauté à l'Empire.
Dans la principauté on cultivait du seigle, du sarrasin, de l'orge,
des pommes de terre et un peu de froment, du chanvre et du lin. On y trouvait
des forêts de sapins et donc des scieries, il y avait des lièvres,
des chevreuils et des perdrix; dans les rivières, des truites, des
lottes et des ombres. Beaucoup d'arbres fruitiers, des cerisiers en quantité.
Il y avait aussi des mines où travaillaient plus de 400 ouvriers.
Les princes se montrèrent très bons pour leurs enfants
et personne n'eut plus à se plaindre comme dans les siècles
passés.
En 1793 la situation de la principauté devint intenable et voici
pourquoi: les
princes ayant quitté la principauté pour aller habiter
leur château d'Anhold
en Westphalie (et actuellement leurs descendants y habitent encore). La
situation alimentaire s'aggravait car les denrées provenant de France
ne pouvaient plus pénétrer en territoire étranger,
donc dans notre principauté. Les habitants de Senones s'adressèrent
alors à la Convention qui refusa de livrer l'approvisionnement nécessaire
et la seule solution qui s'offrit fut de demander le rattachement du pays
à la France. La réunion à la France eut lieu le 17
mars 1793. Les religieux durent quitter l'abbaye qui fut vendue aux enchères
et transformée en usine quelques années après.
À La Broque en 1598
En consultant le Partage du Comté de Salm en 1598, nous trouvons
la liste probablement complète des familles de La Broque. Comme
chaque comte de Salm obtenait Ia moitié du village, le nombre des
habitants fut partagé en deux parts presque égales. Au total,
il se trouvait 45 familles.
Nous voudrions, grâce à cette liste de noms de famille,
faire revivre le village en 1598. Ces noms peuvent se classer en deux groupes:
-
le groupe des noms de famille qui proviennent d'une profession: Boulanger,
Boucher, etc..
-
le groupe des noms de famille qui proviennent des prénoms: Henry,
Antoine.
Au début du moyen âge, les noms de famille n'existaient pas.
Ce n'est en principe que sous Philippe-Auguste qu'ils firent leur apparition.
La province ne suivit pas aussi rapidement Paris, et en ce qui concerne
le Comté de Salm, et plus particulièrement La Broque, nous
pensons qu'à la date qui nous intéresse les noms de famille
ne désignent plus le métier ou le prénom de telle
ou telle personne. En réalité, notre interprétation
des noms de 1598 doit nous reporter à une date très antérieure,
malheureusement, faute de documents, nous ne pouvons - provisoirement du
moins - donner aucune précision. Autre remarque, ne cherchez pas
à localiser ces gens dans telle rue ou telle gosse. C'est une simple
fantaisie de notre part...
Si donc vous quittez l'Alsace à Schirmeck en passant le pont
(?) sur la Bruche, vous tombez immédiatemet sur les commerçants
du pays, et en premier sur Maurice le Bouchier (à cette date
ce nom s'écrit encore avec un i, de même que boulangier, etc.).
Dans la liste de 1598 ne figure qu'un Maurice et qu'un Bouchier. On en
conclura donc que si on dit le Bouchier à ce seul Maurice ce n'est
pas pour le distinguer d'un autre Maurice (puisqu'il n'y en a qu'un), mais
pour l'appeler comme son père. Ce qui confirme la remarque faite
précédemment, que les habitants ont depuis longtemps des
noms de famille. Mais en principe ils ne possèdent qu'un seul prénom
à cette date. (Voir Ia liste publiée plus loin). Vous dire
ce que pouvait faire ce M. Bouchier toute la semaine, serait assez difficile.
Chaque paysan tuant son porc (puo) au début de l'hiver, ce
n'était sûrement que «cochonnade» pendant un certain
nombre de semaines. Mais si nous en croyons M. C. I., en 1957, la Mélie
va acheter du boeuf pour le pot-au-feu chaque samedi. Les vieilles habitudes
sont extrêmement tenaces. Et peut-être bien que nos aïeux
se payaient du boeuf... le dimanche. Mais alors, il faut un boucher. C'est
Maurice!
Plus loin habite Colas Boulangier. Un seul boulanger suffisait
évidement. Que faisait-il alors que les gens avaient un four ou
que le Seigneur de Salm avait un four banal?... (On ne rencontre pas à
ce moment l'autre nom du boulanger: le fournier).
Monsieur Jean Loilier va nous procurer l'huile nécessaire
; c'est lui sans doute qui possède la presse à huile. Si
vous voulez vous rendre compte de Ia grandeur d'une telle presse, allez
à Ranrupt - c'est M. E. R. qui nous le conseille dans le dernier
«Essor», page 10.
Un boucher, un boulanger, un huilier, voilà notre ravitaillement
assuré! Pensons donc à nous habiller, pardon à nous
vêtir comme on disait. Messieurs Tisserant nous procureront
de quoi affronter les rigueurs de l'hiver vosgien. Leurs pièces
de drap nous les porterons chez le tailleur qui ne se nomme pas ainsi,
car il y a des tailleurs, de pierres, d'images. Si dans le Midi de la France
on dit taillandier, chez nous c'est le parementier, originairement celui
qui fait les parements. En patois «perminté»
est encore le tailleur. M. Parmentier s'occupe des vêtements,
M.
Courdonnier fera les chaussures, pour ces 45 familles.
Les autres artisans seront: M. Fayer (celui qui travaille le
hétre: fagus) c'est-à-dire le menuisier. M. Roch Marchal,
le maréchal-ferrand, qui est le meilleur ami de Jean Cherrier,
le charrier, le charretier du village.
Quel est cet homme qui vient justement à notre rencontre? Ne
serait-ce pas le colporteur, ou comme il s'appelait: le mercier
? (nom spécialisé en colporteur et non plus seulement marchand,
au 16ème siècle). Il n'est pas le seul Mercier au village,
on sait qu'autrefois il y avait de nombreux colporteurs dans nos régions.
Vit encore une Sibille veuve de Georges Lemercier. Un autre personnage
porte le nom de Crammer qui est vraiment un nom allemand ou alsacien,
et qui signifie lui aussi colporteur. Quoi d'étonnant ! Ce colporteur
alsacien se serait plu dans notre village et s'y serait fixé, mais
comme notre ami est prénommé Mengeon - nom bien français,
pardon broquois, - ce n'est pas lui qui s'installa à La Broque,
mais un de ses ancêtres.
Restent en tant qu'artisans trois Séliox. Etaient-ils
selliers? Je ne sais.
Deux personnes avaient reçu des sobriquets. Demenge Bailly
s'appelait ainsi à cause de ses prétentions à se faire
passer pour le bailli. Et Jean Bannerot devait avoir eu parmi ses
ancêtres un «porteur de bannière seigneuriale!»
En conclusion nous constatons que sur 45 familles il se trouve 14 artisans,
environ le tiers de la population. Le reste se composait sans doute de
laboureurs, de hardiers, de bangards (banwè), etc.
N'oubliez pas ce fait, qu'il s'agit ici de 45 familles de La Broque
et non de Vipucelle, qui comprenait avec Fréconrupt et Les Quevelles,
37 familles. Par conséquent, il s'y trouvait aussi un certain nombre
d'artisans spécialisés dans d'autres métiers de sorte
que La Broque - Vipucelle, se suffisait à lui-même sans aucun
doute.
Sur 45 familles, 14 ont donc des noms de métiers, les 31 autres,
des prénoms presqu'uniquement.
Blaise, écrit une fois Blaize - ce qui est plus
correct - doit son nom à St Blaise patron des cardeurs, parce que
les bourreaux l'avaient dépecé avec des peignes de fer; pourtant,
en ce qui concerne la région, c'est du saint guérisseur des
maux de gorge qu'il s'agit.
Le deuxième prénom Clans semble inexpliqué
; Claudin c'est Claude; Antoine, Crétien, François,
George, Henry, Michiel, Pierron (Pierre), Mathieu n'ont pas
besoin d'explication. Par contre Cunin est peut-être l'alsacien
Koenig ou l'allemand kühn, Genin est le diminutif d'Eugène
; Gennesson celui de Jean ou plutôt l'altération de
Jeannesson, Cristofle est l'ancienne graphie de Christophe, Lienard
est la forme populaire de Léonard: saint très célèbre
dans notre comté puisqu'avec Ste Barbe c'était le patron
des mineurs (de Framont). Son souvenir s'est conservé dans le patois
de la vallée qui appelle l'arc-en-ciel: la couronne de St Linard.
Enfin Mathis, n'est rien d'autre que Mathieu en alsacien.
Ouvrons une parenthèse, pour noter que l'influence alsacienne
est exceptionnellement faible dans ce village proche de Schirmeck où
on parle encore l'alsacien à cette date. Si donc les noms de personnes
- comme les noms de lieux que nous avons vus l'an dernier - sont
français, pourquoi et comment expliquera-t-on La Broque par Bruck
- Brücke, même si dans la Vallée du Rabodeau, un «broque»
signifie la pierre qui sert de pont au-dessus d'un ruisseau.
Pour revenir aux noms de personnes (il n'y en a plus que 4) permettez-nous
de les mettre sur le même tas: ils sont trop difficiles à
expliquer. Voyez un peu.
Que signifie donc Coichot, Armesson (ormesson, orme?),
Le
Gouette?- Et Claudon Ysard est-il un Xarte, c'est-à-dire
un essart: terre défrichée par essartage (on y a enlevé
les bois et les ronces)? Ysard: Xart, ça se ressemble bien!
LES PRENOMS
Et maintenant, si vous n'êtes pas trop fatigués des efforts
que vous venez de fournir, jetons un dernier coup d'oeil sur les prénoms.
Nous verrons ainsi quels étaient les prénoms à la
mode, à cette époque où les saints patrons étaient
choisis intentionnellement (on n'appelait pas toujours le garçon
comrne son père ou la fille comme sa mère)!
Sur 45 prénoms il y a sept Jean. Quoi d'étonnant
! Il en est encore de même actuellement, mais on ne sait pas si c'était
St Jean ou St Jean-Baptiste leur patron.
Sept Claude: St Claude était un voisin puisqu'il fut
évêque de Besançon au 7e siècle.
Huit Nicolas (ou mieux 4 Colas et 4 Claus (Lorrain?) St Nicolas
devint célèbre à partir du moment où un croisé
apporta une relique du Saint et qu'il fit élever l'église
de St Nicolas-de-Port.
Six Dominique (sous la forme lorraine Demenge, GrandDemenge,
Mengenot, Mengeon). St Dominique fondateur des frères prêcheurs
était avec St François très vénéré.
Au total, 28 prénoms sur 45. Ce qui indique bien les préférences
de nos ancêtres. A l'exception de Nicolas, qu'on ne trouve plus actuellement
qu'au féminin: Colette, les goûts de ces braves gens ne se
différencient pas des nôtres.
100 ans après
Dans les archives de la commune de La Broque qui datent de 1688, nous
trouvons des renseignements précieux sur la population du village,
sur certaines coutumes paroissiales, enfin sur la langue française
à cette époque.
La paroisse de La Broque ou mieux de Vipucelle, comprend aussi Framont,
qui ne devait posséder qu'une chapelle juqu'à la fin du 18e
siècle. On amenait les nouveau-nés à l'église
de Vipucelle, en principe le lendemain de leur naissance, pour les y faire
baptiser.
Malgré la différence de pays, le curé de «Schirmek»
venait souvent suppléer celui de La Broque, appelé auprès
des malades de sa grande paroisse. Les mariages entre gens des deux nations
étaient rares car les formariages (mariages au dehors) n'étaient
pas de règle.
Voici maintenant, à titre de curiosité, quelques extraits
du registre des mariage et des décès des années comprises
entre 1700 et 1717. Avant cette première date les actes sont encore
en latin. Quant aux baptêmes, nous leur consacrerons un chapitre
la prochaine fois.
Fiançailles.
« L'an 1704 le 5e du mois de janvier, Jacque Toussaint de
la Paroisse de Raon l'estape, et Libaire Ganard de cette paroisse, ont
estez fiancez et se sort promis mutuellement de se marier ensemble aussitôt
que faire se pourra et au plus tard dans 40 jours, lesquelles promesses
ont estez recües et benies par moy dom Joseph Thomas Prestre et Curé
de la paroisse de Vipucelle en présence de Léopold Marquaire,
maire à la broque pour la part du comté et de Joseph Balle
Lieutenant parens, qui ont signez avec moy ».
Quelques réflexions à ce propos. Jacque Toussaint est
originaire du Comté, sa fiancée s'appelle Libaire (Ste Libaire
est patronne de la Paroisse de La Broque). On constatera que les fiançailles
à cette époque avaient un caractère religieux et que
les rompre était chose extrêmement grave. Il y avait deux
maires à La Broque, celui qui représentait le Comte et celui
de l'abbé de Senones.
Un mariage.
Il s'agit d'un gars de La Broque et d'une jeune fille de Schirmeck:
« L'an 1703 le 1er du mois de decembre après avoir
publié cy devant trois bans au prône de la messe paroissiale
le dimanche 18e du même mois et les autres ensuivants, entre Nicolas
Brunier fils de Pierre Brunier et de Catherine Simon sez père et
mère de cette paroisse, d'une part, et Anne Marie Hierosme et d'Anne
Georges sez père et mère de la Paroisse de Schirmek d'autre
part et semblable publication ayant esté faite dans ladite paroisse
par le Sr de Beuvillon prêtre et curé du dit Lieu, comme il
conste par son certificat du 1er décembre 1703 demeuré entre
mes mains sans qu'il y ait eu aucune opposition n'y empêchement,
le soussigné Dom Joseph Thomas relligieux bénédictin
prestre et curé de la paroisse de Vipucelle et sez dépendances
ay recü leur mutuel consentement de mariage et leur ai donné
la bénédiction nuptiale avec la cérémonie prescrite
par la Ste Eglise en présence du Sr Nicolas Marchal, presvot du
Ban de Ia Forge résidant a La Broque et de Nicolas François
Parisot regent d'escole audit lieu qui ont signez avec moy ».
Ainsi en 1703, il y avait déjà un «mâd'école»
à La Broque.
Un mariage riche.
«L'an Mil sept cents quatorze le dix sept septembre après
avoir publié un ban au prone de Ia messe paroissiale le dix septième
dimanche d'après la pentecoste, Jean Gachotte domicilié dans
la ville de St Diey Tabellion général en Loraine, gardenotte
en la prevosté et office dudit St Die et procureur au Bailliage
de la ditte ville, fils de defunt Jean Gachotte vivant marchand à
Raon et d'Anne Aldric ses père et mère d'une part et Damoiselle
Franceoise Mus fille du Sr George Mus directeur des forges de framon et
de damoiselle Franceoise Thouvenin ses père et mère de cette
paroisse d'autre part, je soussigné Nicolas Parmentier curé
de Vipucelle en conséquence de deux bans dont la dispense a été
accordée par le révérend père prieur de l'abbaye
de Senonne vicaire général du district de la ditte abbaye
de nulle diocèse, semblable ayant été accordée
par Mr le grand vicaire a l'absence de Mgr le grand prevost de l'insigne
Eglise de St Diey suivant les actes signes et scelles en bonne forme qui
m'ont été présentes et qui sont restes entre mes mains,
ay receu leur mutuel consentement de mariage et leurs ay donné la
bénédiction nuptiale en presence de.... »
signé: Parmentier.
Un cas spécial.
« L'an 1715 le Quinzième de janvier après avoir
cy devant publié trois bans aux prones de la messe paroissiale entre
Louis B. fils du defunt Joseph B. et d'Anne Juliot de cette paroisse d'une
part et Marguerite C. fille de George C. et de Catherine P. elle a été
née a Vilderspach dans la loy Lutherienne quelle a abjuré
à Conroy la Roche et réside en cette paroisse en qualite
de domestique voicy trois annees, d'autre part, sans qu'il y aye eu aucun
empêchement ni opposition je nicolas parmentier... »
Le commentaire linguistique nous entrainerait trop loin, notons toutefois
la forme: elle a été née qui se retrouve actuellement
à La Broque et ailleurs.
Quelques décès.
Celui-ci est accidentel.
« L'an 1703 le sixième du mois de septembre a esté
tuez en cette paroisse le nommé Philippe Cristophe aagé d'environ
60 ans par un bois sapin qu'il coupait lequel a tombé sur luy, et
s'est trouvé roide-mort. Son corps a esté inhumé avec
les cérémonies accoutumées dans le cimetiere de cette
paroisse le 8e jour dudis mois et en présence de la justice du Lieu
qui ont signez avec moy ».
Dom Joseph.
L. Marquaire
Jean André Tesmoins
Voici pour terminer, l'extrait du registre concernant l'enfant de 2
ans dont la pierre tombale se trouve sous la chaire de l'église
de La Broque et dont nous avons déjà donné connaissance
dans un « Essor » précédent. (Il s'agissait dans,
ce numéro de la graphie du nom de La Broque écrit La Brocen).
« Jean Henry Franceois aagé environ de deux ans natif
de Strasbourg fils de Messire Henry Hersens Chevallier Seigneur, cy devant
au regiment de Navarre, de present au service de son Altesse Electorale
Mgr de Bavière, est décédé le 10 janvier de
l'année 1719 et a été enteré devant l'autel
du Rosaire de Vuipucel. »
Parmentier Curé.
J. RESTHE
[Jacques Renner]
La Broque.
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire
de Schirmeck, n°
Les noms de famille dans l'ancienne paroisse de
Vipucelle à la fin du XVII° siècle
Denis Leypold
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck,
n° 128 (Septembre 1985)
Cette modeste contribution à l'histoire des familles de l'une
des innombrables paroisses de la vallée de la Bruche vous est présentée
au moment où notre président, Arnold Kientzler, achève
la parution dans les colonnes de l'Essor de ses recherches essentielles
sur l'histoire des paroisses.
Nous verrons que la présente étude ne s'écartera
pas de très loin de la sphère paroissiale à laquelle
nous lui devons tous nos matériaux de travail.
Nous avons choisi comme cadre de cette étude la paroisse
de Vipucelle qui, à partir du XVIII° siècle, est appelée
indifféremment Vipucelle ou La Broque. La communauté a, de
tout temps, fait partie sur le plan spirituel de l'abbaye de Senones. Sa
position géographique est très importante: le siège
de la paroisse se situe au débouché de la vallée de
Framont qui permettait de relier facilement la vallée de la Bruche
au versant vosgien (vallée de la Plaine par le col de Prayé
et le vallon des Minières).
L'originalité de cette recherche a été de cerner
les liens nombreux et fréquents qui existaient de tout temps par
delà la crête des Vosges, d'une part, l'évêché
de Strasbourg, de l'autre. Ce sont les registres paroissiaux établis
par le curé qui permettent de préciser ces liens.
Le sujet a été volontairement limité à
une seule paroisse, mais il est bien évident qu'un travail élargi
à l'ensemble des vallées citées serait à entreprendre.
Nul doute que tous les lecteurs de l'Essor y trouveraient leur compte.
I. Origine du peuplement
Avant d'en venir à la période qui nous intéresse
plus particulièrement, il est important de donner rapidement quelques
généralités sur le processus d'implantation humain
de la région. Comme nous le verrons plus loin, on peut d'ores et
déjà noter la grande diversité des patronymes lorrains
rencontrés, ainsi qu'une similitude des formes en usage dans la
paroisse de Vipucelle comme dans les paroisses des proches vallées
vosgiennes (cette identité est en tout cas pleinement réalisée
de nos jours). Pour en rester à une époque pas trop éloignée,
on peut rappeler que cette partie de la vallée de la Bruche et les
vallées voisines faisaient partie d'un même département,
celui des Vosges, jusqu'en 1871. La mobilité des populations a ainsi
permis de réaliser d'elle même son unité linguistique,
quel que soit le versant habité. II est probable que la densité
du peuplement germanique constitué par les populations situées
dans la basse vallée de la Bruche n'a pas beaucoup permis l'ouverture
sur une influence welsche. Pourtant, quelques indices patronymiques montrent
une présence certaine d'éléments germaniques. II n'y
a pas lieu ici de prendre position vis à vis des nombreuses études,
souvent anciennes, qui expliquent la présence de ces noms allemands
par une origine identique de l'ensemble de la population de la vallée.
Constatons plus simplement que l'importante activité minière
déployée au pied du Donon, dans le ban de Plaine et sur les
terres de l'évêché, a certainement permis un brassage
de population, ceci au moins depuis la seconde moitié du XVI°
siècle. On sait qu'à cette époque, on fit souvent
appel à de la main-d'oeuvre étrangère spécialisée
dans la technique des exploitations métallurgiques; il en fut ainsi
au Ban de la Roche et dans la seigneurie de SainteMarie-aux-Mines où
les mineurs étaient souvent d'expression allemande2).
II ne serait pas étonnant de retrouver quelques descendants de ces
ouvriers autour des zones métallurgiques de Framont et de Plaine
à la fin du XVII° siècle. D'autre part, des mariages
se conclurent fréquemment entre les paroissiens de Vipucelle avec
ceux de Schirmeck, comme il s'en fit entre les villages de Wackenbach et
Grendelbruch, ce dernier village pourtant d'expression germanique3).
On constate de toute évidence les très nombreux liens entre
Vipucelle et Schirmeck à la simple lecture des registres paroissiaux
(parrains, marraines, témoins) dans la deuxième moitié
du XVII° siècle, lors des baptêmes et des mariages célébrés
dans l'église paroissiale de Vipucelle.
Sur un autre plan, cette fin de siècle vit une reprise importante
des courants économiques par delà la vallée rhénane,
ainsi qu'une volonté de peuplement par l'extérieur,
toléré par le seigneur. Les registres paroissiaux reflètent
à cet égard une très nette poussée de l'immigration
venant de Suisse. Du point de vue démographique, cette arrivée
massive mais concentrée en divers points de la vallée, n'eut
sur le peuplement local qu'une influence restreinte, qui ne se confirmera
qu'au siècle suivant4).
L'apparition des Suisses de la religion réformée dans
la vallée de la Bruche correspond à une grande vague d'immigration
qui prit naissance autour de l'année 1653, date charnière
qui vit l'échec du soulèvement des paysans de plusieurs cantons,
dont notamment celui de Berne. L'exode de milliers de personnes toucha
tout naturellement la vallée rhénane, lieu de passage obligé
vers le Nord, et se répandit jusque dans les vallées les
plus reculées. La vallée de la Bruche semble avoir été
touchée très tôt par ce mouvement: au Ban de la Roche,
on signale des habitants du canton de Berne dès 16495).
Le fait que les premières mentions de Suisses implantés dans
la vallée le soient au Ban de la Roche n'est sans doute pas le fait
du hasard, mais s'explique par des affinités d'ordre confessionnel6).
L'esprit de tolérance bien connu des princes de Salm au XVIII°
siècle - notamment à l'égard de leurs fermiers mennonites
- a-t-il déjà eu cours à la fin du siècle précédent?
On peut le supposer, en effet, en 1686, les censes du Donon, de Salm et
des Quelles sont déjà occupées par des fermiers venus
de Suisse. L'origine de ces derniers n'est pas toujours explicitement précisée;
tout au plus trouve-t-on les termes de réformé ou de calvinisme:
| Le 5 mars a esté baptizée Élisabeth Stepler
fille de Jean Stepler et de Suzanne Hergether tous deux pour lors de la
religion de Calvin. Elle a eu pour parain Volfgang Strether et pour maraine
Élisabeth
Storme. |
(acte de baptême: 3E 254,2 (1689) p. 3 - il s'agit
en fait de la famille Scheppler originaire du canton de Berne de religion
réformée et non calviniste).
Il est probable que les curés ignoraient pratiquement tout de
la langue allemande, d'où ces imprécisions. Ainsi certains
patronymes ont-ils été transformés au moment de la
rédaction des actes par une plume qui écrivait phonétiquement
(une grande latitude laissée à la discrétion des rédacteurs
dans la manière d'écrire les noms et les prénoms,
était encore d'un usage particulièrement répandu à
cette époque).
| Nom d'origine: |
Autres formes du nom: |
| Arnold |
Arnould, Arnoult, Arneau, Arnoul |
| Faultrauer |
Faltraire, Foultre, Foltraner, Fortranne. |
| Forpintner(?) |
Formebiltner, Forenbiltner, Pintner |
| Friess |
Frisse, Frison, Frit, Phrise |
| Hougnon |
Hounion, Hunniori, Oygnon, Hounio |
| Juillot |
Juliot, Jullot, Jeliot, Gilliot, Gilliat |
| Sillet |
Sillet, Silette, Sile, Hilet, Cilet |
| Ulrich |
Wlrich, Oulry, Oulric, Ory |
À Framont et Grandfontaine, des ouvriers autrichiens sont attestés
au cours du XVIII° siècle: il s'agit de toute évidence
de personnels occupés à l'exploitation des mines de la région8).
Ils ont pu apparaître dans la vallée aux alentours de 1700,
bien que les premiers registres paroissiaux englobant la période
1678-1699 ne mentionnent à aucun moment - pour les paroissiens aux
noms germaniques - leur origine autrichienne ou tyrolienne.
La population de Grandfontaine a donc été soumise à
des influences extérieures importantes dues aux activités
minières et métallurgiques de ce village. Pour ce qui est
des autres habitants regroupés au sein de la vaste paroisse de Vipucelle,
il faut sans doute envisager bien plus l'image d'une communauté
traditionnelle fidèle à son terroir.
Il apparaît certain que les conséquences directes de la
guerre de Trente ans (appauvrissement général de toutes les
classes sociales, perte humaine très importante) se firent encore
sentir très fort au début de la deuxième moitié
du XVII° siècle. Elles se prolongèrent encore avec les
guerres de Hollande (1672-1678) qui retarda considérablement le
redressement économique et freina le repeuplement. II semble que
ce n'est qu'avec le retour de la paix, à partir des années
1680, que se développa un nouveau courant d'immigration en provenance
de la Lorraine9), et qui toucha le bassin
de Schirmeck fortement encore pendant tout le XVIII° siècle.
II. Sources et méthodes
1. Les registres paroissiaux
Ils existent pour la paroisse de Vipucelle-La Broque à partir
de l'année 1678 et sont tenus par les curés de la paroisse,
tous moines venant de l'abbaye de Senones10).
Les actes, rédigés avec une méthode toute relative
en latin dans le premier registre et en français selon l'usage lorrain
dans le second registre, authentifient les baptêmes, mariages et
les sépultures constatées dans toute l'étendue de
la paroisse11). Celle-ci était constituée
des villages et écarts suivants: Vipucelle12),
La Broque (La broc, 1693), Albet, Les Quelles (Hecuelle,
1695), Salm, Fréconrupt (Furconrut, 1695), Le Haut Fourneau,
Framont (Franmont, 1697), Grandfontaine (Grand fontaine,
1696), le Donon (Donnon, 1695) et Vacquenoux (Vacquenout,
1696)13).
2. Les tableaux récapitulatifs
Dans le cadre de cette recherche, il a été établi
une liste de tous les patronymes rencontrés au sein de la paroisse
figurant dans les trois ensembles d'actes des registres: le livre des baptêmes,
des mariages et des sépultures.
On rencontre dans ces documents différents types de personnes:
- les intéressés eux-mêmes dans le cas d'un mariage,
- les parrains et marraines pour les baptêmes,
- les parents et témoins pour les mariages,
- les témoins pour les décès.
Ont été retenus tous les patronymes mentionnés
dans les textes depuis 1678 jusqu'à la fin de l'année 1699
(dans la mesure des possibilités offertes par les paroissiaux, les
textes étant rédigés sans méthodes et les indications
d'une crédibilité parfois douteuse).
La présentation est faite en trois parties distinctes:
* Le tableau I recense les patronymes des paroissiens de Vipucelle;
personnes individuelles et couples cités d'après leur première
mention avec leur lieu de résidence (lorsqu'il est connu). Les noms
sont reproduits dans la forme la plus fréquemment rencontrée.
* Le tableau II reprend les mêmes données que précédemment
mais ne sont pris en compte que les familles d'origine helvétique
ou présumées telles.
* Le tableau III ne conserve que les personnes citées dans les
registres de Vipucelle mais extérieures au district paroissial;
par exemple: basse vallée de la Bruche, vallée de la Plaine,
Senones, etc...
Listes alphabétiques des patronymes
Tableau I : Liste alphabétique patronymique des paroissiens
de Vipucelle-La Broque.
| Nom et prénoms |
première mention |
Lieu |
| ABRY [AUBRY] Jean |
1678 |
|
| ACKER Wolffgang |
1682 |
|
| ADAM Marguerite (ép. Jean André) |
1679 |
La Broque |
| ADON Anna |
1678 |
|
| ANDRE Jean |
1679 |
La Broque |
| ANDREZ Catherine (ép. Antoine Hairin) |
1697 |
La Broque |
| ARNOLD [ARNEAU] François |
1679 |
|
| AUBERT François |
1682 |
|
| AYLER Magdelene (ép. Jean George) |
1682 |
|
| BALTAZAR Hélizabette (ép. Estienne Thibeau) |
1695 |
Vipucelle |
| BABOS Dominique |
1689 |
Vipucelle |
| BAR Elie |
1688 |
|
| BARBIER Anne (ép. George de Paradis) |
1681 |
Grandfontaine |
| BARDIERE Marie (ép. Jean Koenig) |
1683 |
|
| BARY Claude |
1682 |
La Broque |
|
| BASTIAN Marie (ép. François Choine) |
1696 |
|
| BASTIN Marie (ép. François Scoffet) |
1698 |
|
| BENOIST Susanne (ép. Didier Holweck) |
1699 |
|
| BERNARD Pierre |
1695 |
|
| BLANCHE (la) Jean |
1695 |
|
| BONNIER Noël (conv. du prot. au cath.) |
1699 |
|
| BOQUET Anne (ép. Léopold Paquet) |
1695 |
|
| BORNE Pierre |
1693 |
|
| BOUCHER Anthoinette (ép. feu Claude Barbier) |
1699 |
par. Vipucelle |
| BRICE Henri |
1698 |
|
| BRIGNON [BRION] Hubert |
1699 |
La Broque |
| BRONIC Joseph |
1692 |
|
| BRUNE Chaterine (ép. Jean Estienne) |
1693 |
|
| BRUNIER Pierre |
1684 |
|
| BRUSSELOT Anthoine |
1697 |
|
| CALRO Susanne |
1699 |
|
| CARLY Michel |
1698 |
par. Vipucelle |
| CASPAR André |
1683 |
|
| CHAPELLE Jeanne (ép. Joseph Paule) |
1695 |
|
| CHAR Jeanne (ép. André Zimmermann) |
1699 |
|
| CHARBON Catherine (ép. Valentin Masson) |
1696 |
|
| CHARLIER Basile |
1684 |
Fréconrupt ? |
| CHARTON Marie |
1688 |
|
| CHEINE (le) Catherine (ép. Nicolas Jean) |
1683 |
|
| CHOINE François |
1696 |
|
| CHOLAT Marie (ép. Sébastien Marchal) |
1681 |
La Broque |
| CHOLEU Marie (veuve) |
1694 |
|
| CHRISTOPHE Philippe |
1688 |
|
| CLAUDON Christine (ép. Stéphane |
1689 |
|
| CLAUSE Marie (ép. Jean André son veuf) |
1689 |
|
| COIRAIN [QUARIN] Catherine |
1697 |
Framont |
| COLIN Nicolas |
1692 |
|
| COLLENE Catherine |
1693 |
|
| COLNE André |
1699 |
|
| COURTOIS Chaterine (ép. Jean Jacquot) |
1693 |
|
| COURTIRIER Marie (ép. Jean Aubry) |
1681 |
|
| CRAP Estienne |
1696 |
Grandfontaine |
| CUNY ? |
1699 ? |
|
| DANNER [TANNER] Jacob |
1682 |
|
| DEDIER Christine |
1693 |
|
| DEMANGE Claudatte |
1689 |
|
| DENER Marguerite |
1688 |
|
| DERCHEE [DERERCHER] Moric |
1695 |
La Broque |
| DIETREMANN Claude |
1681 |
|
| DODE Marguerite |
1693 |
|
| DOHLI Nicolas |
1694 |
|
| DOUVIER Nicolas |
1697 |
|
| DRIGNET Sybille |
1678 |
La Broque |
| DRONNOINE Anne |
1695 |
|
| DROUEZ Anne |
1695 |
Framont |
| DROUOT (de la Marche) François |
1681 |
La Broque |
| DUPONT Nicolas |
1697 |
|
| DU ROY Marie |
1697 |
Framont |
| EDME Florentin (directeur des forges de Framont) |
1695 |
|
| ENDERLIN Anne Marie (ép. Wolffgang Acker) |
1682 |
La Broque ? |
| ESTIENNE Jean |
1693 |
|
| FALANG Salomé (ép. François Arnould) |
1679 |
|
| FALON Nicolas |
1682 |
|
| FALSIN Dorothé |
1682 |
Grandfontaine |
| FAULTRANNRE Thomas |
1696 |
Grandfontaine |
| FAULTRAUER Simon |
1682 |
Grandfontaine |
| FEDERIC Jacob |
1683 |
|
| FERI-FERRY Caspar |
1682 |
|
| FLEGER Anne |
1689 |
|
| FITPIELE Anne Marie |
1689 |
|
| FORMBILTERIN Dorothé |
1685 |
Grandfontaine |
| FRANNER Christian |
1682 |
|
| FRIESS [FRISON] Matthias |
1678 |
La Broque |
| GANARD Toussaint (maire) |
1678 |
La Broque |
| GANTIER Marie (ép. Anthoine de Schilbé) |
1698 |
Framont |
| GARATGeorge |
1680 |
|
| GEORGE Jean (maître d'école) |
1682 |
La Broque |
| GERBEAU Elizabette (ép. Maurice Juliot) |
1685 |
La Broque |
| GFVOBLE Anne |
1688 |
|
| GILLIA Quirin |
1688 |
|
| GISSE Margueritte (ép. Jacque Jacque) |
1697 |
Framont |
| GROBER Joseph |
1693 |
|
| HAIRIN Anthoine |
1697 |
La Broque |
| HALBITTE Catherine |
1695 |
par. Vipucelle |
| HALVICK [ALVIC, HALWIEG] Martine |
1678 |
|
| HOLVECK Christophe (orig. du Ban de la Roche et conv. au catholicisme) |
1689 |
par. Vipucelle |
| HOUNION [HOYGNON] Abraham |
1688 |
par. Vipucelle |
| HUBERT Catherine (orig. de Senones - ép. Philippe Christophe) |
1689 |
par. Vipucelle |
| JACOB Marie |
1689 |
|
| JACOUE [JACQUOT] Stéphane |
1679 |
|
| JANNO Françoise (ép. Nicolas Dolhi) |
1694 |
|
| JEAN Nicolas |
1683 |
|
| JEMINON Charles |
1684 |
Vacquenoux ? |
| JULIOT [JUILOT] Maurice |
1680 |
Fréconrupt |
| KELLER Susanne |
1684 |
Grandfontaine |
| KOENIG Jean |
1683 |
|
| KRELLE Otilia (ép. Basile Charlier) |
1684 |
|
| KREMINER Joseph |
1698 |
|
| KREPPER Stephane |
1699 |
|
| LALLEMAND Dimanche |
1698 |
|
| LIMON Marguerite (ép. Christman Verli) |
1688 |
|
| LONNOY (de) Martin |
1694 |
|
| MAGNETTE Jacob |
1698 |
Grandfontaine |
| MAIER Barbara (ép. Joseph Simonin) |
1682 |
|
| MAIRE Catherine (ép. Jean George) |
1696 |
La Broque |
| MAISON Jeanne (ép. Dimanche Lallemand) |
1698 |
|
| MALACHIE Didier |
1684 |
|
| MALAISME Marie |
1697 |
|
| MARCHAL Sébastien |
1681 |
La Broque |
| MARCHAND Jean (veuf) |
1689 |
|
| MAROUAIRE Léopold (échevin) |
1681 |
La Broque |
| MARTINE Marc |
1697 |
Framont |
| MASSON Marie |
1696 |
La Broque |
| MATHIS Apolline (orig. du Ban de la Roche et conv. au catholicisme) |
1689 |
par. Vipucelle |
| MATHISE Salomé (ép. Jacob Simon) |
1679 |
Grandfontaine |
| MATHIEU Antoine |
1695 |
|
| MERCHY George |
1698 |
|
| MOUGIN Sébastienne (veuve de Pierre Oulric) |
1688 |
|
| MOUGEON Marie |
1689 |
|
| MUNIER Jeanne (veuve - ép. Jean Marchand, veuf) |
1689 |
|
| MUS George (Maître des forges) |
1692 |
|
| PAQUET Léopold |
1695 |
|
| PARADIS (de) George |
1681 |
Grandfontaine |
| PARMENTIER Bénédicte (ép. Didier Malachie) |
1684 |
|
| PAULE [BOL] Joseph |
1695 |
La Broque |
| PAULUS Barbara (ép. Nicolas Falon) |
1682 |
|
| PIERREZ Marguerite (ép. Nicolas Ferry) |
1695 |
|
| PIERRO Philippe |
1693 |
|
| POIRSON Jean |
1697 |
Framont |
| POULLET Catherine |
1683 |
|
| POUXENER Jean Leloup |
1695 |
Framont |
| QUARIN [COIRAIN] Catherine |
1697 |
Framont |
| QUIRIN Gille |
1695 |
Framont |
| REBOURG Margueritte (ép. Nicolas Marchal,écoutète
à Rothau) |
1697 |
|
| RICHARD Odillia (ép. André Colne) |
1699 |
|
| RIEL Odile (ép. Basile Charlier) |
1693 |
|
| ROSSELET Jean |
1695 |
|
| ROUSSELOT Odile |
1689 |
|
| SAYER Joseph (maire) |
1693 |
La Broque |
| SCHOUTOUR Elizabette |
1693 |
|
| SCHULERIN Anne |
1684 |
|
| SCOFFET François |
1698 |
|
| SERRE (de) Joseph |
1688 |
|
| SILE-HILET Nicolas |
1684 |
|
| SIMON Jacob |
1679 |
Grandfontaine |
| SIMONIN Joseph |
1682 |
|
| STIGELBERG Catherine (ép. Claude Bary) |
1682 |
|
| STRIFFELE Magdalena |
1699 |
|
| SYLER Barbara |
1680 |
|
| TANNET Pierre |
1694 |
|
| THIBEAU Estienne |
1695 |
par. Vipucelle |
| THOMAS Marie Carole (ép. Gendulphe George) |
1685 |
|
| TIRION Joseph |
1693 |
La Broque |
| TONAIN Barbe |
1693 |
|
| TOUENER Volffe |
1697 |
par. Vipucelle |
| TOUSSAIN Jeanne |
1698 |
|
| TOUVENIN Françoise |
1688 |
|
| VALBARD Ursula |
1681 |
|
| VITTALLE Toussaine (ép. Jacque George) |
1697 |
Framont |
| VOFFS [VOFFSTORME] Henri |
1698 |
|
| VOISNIR [VOINIE] Martine (ép. Thomas Charlier) |
1696 |
Fréconrupt |
| WEBE Elizabetha |
1699 |
|
| WENTZLER Anne Marie (ép. Hubert Barbier) |
1685 |
Vacquenoux |
| WILLAUME Jean |
1681 |
|
| WILLEMEZ Jeanne |
1689 |
|
| ZIMMERMANN André |
1699 |
|
Signalons encore quelques personnalités de La Broque relevées
dans les mêmes registres:
Les maires:
Toussain GANARD en 1693
Jean ANDRE en 1694
Estienne JACOT décédé en 1695
Joseph SAYER en 1695 et 1697
Les membres de la justice:
Léopole MARCAIR Eschevin en 1695
Joseph SAYER prator en 1699
Les maîtres d'école:
Jean GEORGE regent déscolle de 1695 à 1697
Joseph SAYER rector en 1698
Un autre haut fonctionnaire, ainsi, que ses deux épouses successives
sont cités dix fois parrains et marraines de 1692 à 1695;
il s'agit de Nicolas Marchal qui était écoutète à
Rothau (village luthérien), d'une famille catholique originaire
de La Broque14).
Tableau II : Liste alphabétique patronymique des
familles d'origine suisse établies dans les fermes de la paroisse
de Vipucelle.
| BALSINGUER Marguerite (ép. Joseph Hondernair) |
1696 |
Donon |
| GENICH [GUERE] Jacob |
1684 |
Donon |
| HONDERNAIR [ONDERAP] Joseph |
1695 |
Donon |
| ROUP [ROUPACK] Melchior |
1695 |
Donon |
| SCHAPFER Anna (ép. Christian Venger) |
1689 |
|
| STEPLER [CAPLER SCHEPPLER] Jean |
1689 |
Salm |
| STEPLER [CAPLER SCHEPPLER] Luc |
1695 |
Les Quelles |
| STIECHER [STRESTEHR] Wolffgang |
1689 |
|
| VERLIN [VERLET, WERLY] Christman |
1688 |
|
Tableau III : Liste alphabétique patronymique des
personnes originaires d'autres lieux: principauté et comté
de Salm, bailliages de Schirmeck et de Villé, etc...
| Nom et prénoms |
première mention |
Lieu |
| BEDEL Jeanne (ép. Claude Barbier) |
1689 |
Schirmeck |
| BERTRAND Jeanne |
1698 |
Schirmeck |
| BOUCHARD Louis |
1685 |
Gémaingoutte |
| BRION [GRIGNON] Demange |
1697 |
Schirmeck |
| CHARTON Pierre (marchand) |
1693 |
Russ |
| CHARTON George (maire) |
1695 |
Allarmont |
| CHOCAR Charles |
1696 |
Natzwiller |
| DROUA Marguerite |
1696 |
Schirmeck |
| GIRARD Joachim |
1697 |
Schirmeck |
| GUILLER Nicolas (curé) |
1694 |
Celles-sur-Plaine |
| GUILLERAY Elisabethe |
1698 |
Celles-sur-Plaine |
| HALLE Ursula |
1685 |
Schirmeck |
| HERY Christoph |
1698 |
Chatas |
| HUBERT Catherine |
1689 |
Senones |
| JACOUE Toussain |
1697 |
Wisches |
| JEROME [GIRAUMER-HIDULPHE] Jean |
1680 |
Schirmeck |
| LOUIS Jean (marquair pour le roy) |
1693 |
Schirmeck |
| MALARME Marie (ép. Colin fermier) |
1693 |
Schirmeck |
| MARTINE Marc |
1697 |
Colroy-la-Roche |
| MENGIN Jeanne |
1696 |
Raon |
| MISSON Jean |
1688 |
Schirmeck |
| PERRY Jean (écoutète) |
1698 |
Schirmeck |
| PARADI Barbe |
1693 |
Wackenbach ? |
| POUCHAM Elizabeth |
1698 |
Russ |
| RICHARD Claude |
1679 |
Diesbach |
| SOYER Marguerite |
1694 |
Senones |
| SPONNE [SPON] Quirin |
1682 |
Schirmeck |
| THIRION Catherine |
1697 |
Celles-sur-Plaine |
| THOMAS Anne |
1693 |
Schirmeck |
| YDOUX Jean |
1697 |
Schirmeck |
Denis LEYPOLD
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck,
n° 128 (Septembre 1985)
Notes
1) Thèse avancée par les
historiens allemands des années 1900. Nous avons remarqué
qu'une lecture hâtive des registres paroissiaux a conduit à
des conclusions fragiles, voire inexactes. II en fut de même pour
le Ban de la Roche que l'on prétendit repeuplé après
la guerre de Trente ans par une population originaire de Montbéliard,
en se fondant sur l'exemple de quelques pasteurs et instituteurs originaires
de cette région (Jodi C.-A., Rothau, son origine, son histoire,
in: La vie en Alsace, n° 11, 1926, p. 233). K.-E. Boch, dans
son volume sur l'histoire du Ban de la Roche (Das Steintal, Strassburg,
1914, p. 94) pense que la langue allemande était encore parlée
jusqu'en 1720 dans les villages du Ban de la Roche. Cette théorie
a déjà été relevée par R. Lutz (La population
du Ban de la Roche au lendemain de la guerre de Trente ans, in: Revue
d'Alsace, 100, 1961, p. 39-40) va en contradiction avec les documents
d'archives (ABR C 323 12) au travers desquels il apparaît bien que
la langue romane était seule parlée par les populations locales
au XVII° siècle. Un travail récent (G. & M.-T. Fischer,
Le
ban de Plaine au fil du temps, Obernai, 1979, p. 14) montre également
que la langue romane était la seule utilisée.
2) ABR, C 323, 12... George Merckel
de Smalkade (Schmalkade en Thuringe) est nommé directeur des
Forges à acier près de Rothau en 1608; congé donné
à
Jean Weinhard de Koenigsbrunn (Koenigsbrunn près
Augsburg) qui avait servi à la fonderie de Rothau en 1603; démission
de Otton Henry Lupercker et de Barthélémy Eychhorn
en 1605 et 1625, mineurs au Ban de la Roche. Sur le ban de Schirmeck affluèrent
également autour des exploitations métallurgiques de Nicolas
Gennettaire, de nombreux ouvriers originaires du Sud de l'Allemagne et
d'Autriche (vers 1603): Hans Robrecht von Salzburg, Jörg
Leibpeter von Murbach, Hans Offner aus Bayern (Bavière),
Jörg
Demer von Deltz, Hans Steinhausser von Deltz holtz hättern...
(ABR, G 1160, fol. 56).
3) ABR, registres paroissiaux de Grendelbruch
3E 166, 1, mariages (1670); Catherine de Paradis de Wackinbach épouse
Caspar Bochsberger du lieu.
4) Ces migrants conservèrent
en effet l'habitude d'une pratique matrimoniale fermée, ne s'ouvrant
réellement que dans la seconde moitié du XVIII°siècle
(Deck A., La population de la paroisse de Waldersbach de 1701 à
1850, Mémoire de maîtrise, Univ. des Sciences Humaines,
1983, p. 57). De même, l'exemple des établissements mennonites
à Salm, au Bambois, au Climont (le Hang) montre que la solidité
de leur noyau était autant dû à leur esprit familial
qu'à la stricte observance des principes de leur religion, d'où
une faible ouverture du côté protestant ou catholique (voir:
Les Anabaptistes Mennonites d'Alsace, Destin d'une minorité in:
Saisons
d'Alsace, no 76, 1981).
5) II s'agit des familles Neuvillers
et Krieger
apparaissant à la ferme de Bas-Laichamp, Commune
de Bellefosse, où elles feront souche. Par exemple, Joseph Neuvillers
y est cité dès cette date mais l'origine de sa famille n'est
attestée que dans un document ultérieur, à savoir
lors du décès de son fils en 1674: Christman Neuvillers,
fils de Joseph Neuvillers et d'Anne Ringelsbach natif de la seigneurie
de Berne.., âgé de 34 ans (ABR, R.P. 3E 414 1. et 2.).
Curieusement, aucune famille suisse ne s'implantera,
à notre connaissance, dans l'ancienne capitale du Ban de la Roche.
Deux noms seulement apparaissent à Rothau entre 1649 et 1655: Holveck,
originaire de Belmont et une famille Gannier
venant sans doute d'Ostheim. Elles forment probablement la
seule population de ce village le plus peuplé de la seigneurie
avant la guerre de Trente ans.
6) Constation identique relevée
par Kintz J.-P. dans: La mobilité humaine en Alsace, essai de présentation
statistique, XIV°-XVIII° siècle, in: Annales de Démographie
Historique, 1970, p. 157-183 (p 173).
7) Les registres paroissiaux du Ban
de la Roche mentionnent à trois reprises des Suisses installés
sur le ban de Salm et ceci dès 1669 ... Ost Venger Suisse demeurant
à Albet.. est cité comme parrain lors d'un baptême
à Neuviller (3E 414, 1); Jost Singer, suisse réformé
du canton de Berne, vacher à Salm, et son épouse, Christine
Teppe du canton de Zurich, décèdent tous deux en 1685
(3E 414, 2).
8) ABR, 3E 254, 1 ; mariage à
Grandfontaine le 5 février 1715 de George Larchner [Lacquener]
de
la paroisse de Kitzbiel [Kitzbühel] de l'évêché
de St Jean en Tirol et Anne Marie Stangrerin de la paroisse de Treit du
mesme Diocèse. ABR, 3E 448, 3, p. 4: décès de
Sébastien Himberg du Tirol, diocèse de Salzbourg,
en 1720- un membre de sa famille Christian Hymberg, est cité comme
témoin.
9) Voir notre étude dans: SCHIRMECK,
au coeur de la Vallée de la Bruche, La vie à Schirmeck
sous l'ancien régime: Affinités culturelles et courant d'immigration
in: (à paraître).
10) Les principaux rédacteurs
des registres sont: François Ernest JACQUOT, dom LAMARCHE et dom
JOSEPH (registre 1); dom LAMARCHE, dom PIAT et dom JOSEPH (registre 2).
La particule dom s'explique par le fait que tous les religieux appartiennent
à l'ordre des bénédictins.
11) Deux registres couvrant les dernières
années du XVII° siècle sont conservés aux Archives
du Bas-Rhin (cote 3E 254, 1 et 3E 254, 2). Le registre n° 1 commençait
certainement avant 1678 avec les baptêmes (date qui apparaît
sur la première page). L'absence d'introduction, les premiers feuillets
déchirés et très usés sont autant d'indices
indiquant la disparition de plusieurs d'entre eux. Les feuillets restants
ont été reliés par la suite à un autre registre
commençant en 1703 et s'achevant en 1719. Le registre n° 2 recense
pêle-mêle les baptêmes, les mariages et les sépultures
de 1688 à 1697. Les registres de Vipucelle se placent parmi les
plus anciens conservés pour la haute vallée de la Bruche,
après ceux du Ban de la Roche (depuis 1639) et ceux de Schirmeck
(depuis 1674).
12) Vipucelle, aujourd'hui quartier
de La Broque, constituait la paroisse mère du ban de Salm. Le nom
est probablment une survivance d'une cellule de religieux fondée
par Senones vers 814 sous le nom de Vicbodi cella. Su cet article
voir: A: KIENTZLER, Diocèse, Abbayes et Paroisses rurales (IX°
- XII° siècles) in: L'Essor, 92 1976, p. 12. Les textes sont
analysés dans A BRUCKNER,
Regesta Alsatiae aevi merovingici et
Karolini, 496-918. Strasbourg-Zurich, P.-H. HEITZ, 1949, t. I, 569,
no 463. Dans le document daté entre 814 et 825, apparait la plus
ancienne mention de Vipucelle: Cellulam, quae est constructa... in Vosago
in loco, ...super fluvium Prusia, [la Bruche]... Uvicbodus nomine
épiscopio Mettensi.
13) On peut rappeler qu'à la
suite du partage en indivis du comté de Saim entre le comte Jean
IX de Salm et Frédéric, comte palatin du Rhin
(palatin: né au palais)
- autre branche
des Salm - (1598), les villages dépendaient administrativement (jusqu'en
1751) soit de l'une ou de l'autre famille. C'est ainsi, par exemple, que
les revenus de la métairie de Salm se trouvèrent partagés
entre les deux seigneurs fonciers: en 1695, la ferme était dite
moitier de Monseigr, le Prince de Salm (3E 254, 2). Sur le ban de Salm,
le comte palatin garda les villages d'Albet, Grandfontaine, Vacquenoux,
la moitié du village de La Broque ainsi que la moitié des
dépendances du château de Salm; le comte Jean IX conserva
Vipucelle, Fréconrupt, Les Quelles et les deux autres moitiés
de La Broque et de Salm.
14) ABR, 3E 448, 1 ; son père,
Christophe Marchal de Rothau, décède le 12.08.1682 et est
enterré à Vipucelle. Le dynamisme de cette famille va être
à l'origine de la reprise des exploitations minières sur
les bans de Schirmeck et de Rothau au début des années 1670
(ABR, 3E 414, 1 ; ... Coliche fils de Monsieur Christoff Mareschal de
Schirmeck, Maistre de forge à Rote, présenté en tant
que parrain lors du baptême de la fille du maréchal-ferrand
du même lieu (1670). Parallèlement, cette industrie attira
une population ouvrière composée d'éléments
germaniques. L'importance de ce nouveau peuplement sera à la base
de la création d'une paroisse catholique à Rothau en 1725.
Les noms des habitants de la Vallée pendant
l'occupation
S'il est un problème qui a préoccupé certains habitants
de la Vallée pendant l'occupation allemande, c'est bien celui- là.
«
Les Allemands, me disait mon oncle Dubois, exigent que je change
mon nom en Vonholz ou à la rigueur en Dubos. Ce qu'ils
veulent c'est que le nom français puisse facilement être prononcé
par une gorge germanique. Doivent donc disparaître les «oi»
les «on» qui deviendront parfois «ung» ou «ong»
les «in» qui feront « ing», etc.... »
Si vous le voulez bien, nous allons passer en revue un certain nombre
de noms de famille de la Vallée ; nous en donnerons la traduction
fixée par l'occupant et nous profiterons de l'occasion pour expliquer
la signification des noms français. En général, les
noms de personnes sont des noms de métiers ou des surnoms. Que personne
ne s'offusque s'il trouve pour la première fois la signification
de son nom avec un sens différent de celui qu'il aurait espéré.
Nos ancêtres étaient malicieux et ils ne se souciaient pas
de donner les sobriquets les plus caractéristiques de la personne
en question.
Un des moyens les plus faciles comme nous l'avons vu plus haut est
Ia traduction pure et simple du mot français en allemand. Dubois
donnerait Vonholz, Paquet : Paket, Belcour :
Schoenhof,
Petitjean
:
Kleinhans, Boulanger : Becker,
François
: Franz.
Tous les noms ne laissent pas aussi facilement percer leur signification.
D'autres ne pouvaient pas se traduire textuellement. Bouillon, par exemple,
a une signification difficile à expliquer. Ce n'est évidemment
pas le potage, mais peut-être le dérivé de boue, à
savoir : celui qui habite près d'un marais! Comment traduire cela
en allemand? Rien de plus facile.
On garde le mot, qu'on affuble d'une finale plus ou moins germanique,
ici ung. Dieudonné, traduit, donnerait un mot
trop long. Il est donc bien plus facile de prendre le vocable latin : Deodat.
Lallemand qui signifie pour un Vosgien, la personne qui vient
d'Alsace et qui parle l'alsacien, aurait pu se traduire par Deutsch. (Pensez
à Deutsch de Ia Meurthe). Pour garder un nom à peu près
semblable, on transforma la finale mand en mann. D'où
le sens de ce nouveau nom : homme qui zézaye.
Laurain probablement le Lorrain, devint un Laurer.
En conclusion de ce petit paragraphe nous constaterons que peu de noms
ont été effectivement traduits. Pour plusieurs raisons. Mais
voyons la suite de notre inventaire.
Les mots de ce premier groupe auraient pu éventuellement être
traduits si «on» avait voulu. Dans la liste qui suit nous n'avons
plus affaire à des noms de métiers ou de nationalités,
mais à des prénoms devenus noms de famille.
André, en latin Andreas comme en grec, (sens de viril)
donna Andres, forme bâtarde, mais qui ressemble au prénom
breton Andrès.
Bastien, (Sébastien, du latin Sébastianus qui
dérive lui aussi du grec - au sens de Honoré - devint Bastian,
forme du Midi.
Jacquel qui veut dire en lorrain le petit Jacques, - ce dernier
venant de Jacobus -Dieu supplante - se présenta sous la forme
presque semblable Jaeckel.
Jérôme s'écrivit Gérum. On
sait que Gérome existe l'ouest de la France. Il vient de Hiéronymus
qui a le sens de: nom sacré.
Janel diminutif de Jean donna Jahner, tout simplement.
Masson n'est pas nécessairement le nom du maçon,
mais peut aussi être le diminutif de Thomasson (Thomas = jumeau).
Pendant l'occupation la finale on devint ung.
Collin ou Colin, diminutif de Nicolas, s'écrivit
avec un grand K et prit un g bien entendu.
Claudon : Clodung [n.l.r]
Mangin fut germanisé en Mansching. Or, Mangin
est de la même famille que Demange et même Dimanche ! Demange
forme lorraine et populaire de Dominique, signifie celui qui est béni
du Seigneur.
Ce deuxième groupe de noms ne contenait que des prénoms
devenus noms de famille au cours des âges.
Voici maintenant un nombre respectable de mots qui ne facilitèrent
pas le travail de l'occupant.
Quelle fut à votre avis la traduction proposée pour Parisot?
Les Allemands ne voulaient tout de même pas admettre que notre concitoyen
était originaire de Paris! Or ce nom resta intact, car il est facile
à prononcer et difficile à changer. Parisot avec sa finale
en ot est un mot de l'Est. C'est le diminutif de Patricius.
Marchal qui vient de maréchal (ferrand) donna Marschal.
Malaisé (Maleisen en allemand - eisen étant
sans doute la traduction de aisé!) veut dire en Auvergne
: peu aimable ou mal conformé.
Violet est certainement le nom de celui qui s'habillait de drap
violet. Comment faire pour traduire ce nom. Ce ne fut pas long. V
donna W, o disparut, et la finale et se transforma
en un bert bien germanique, au total Wilbert - celui qui
a une volonté dure (en langue franque).
Fond qui est un creux de terrain se transforma en trouvaille
(Fund).
Ponton, surnom de marinier est devenu Ponter. Le er
fait
plus germanique, (de même que er dans boulanger, boucher ou berger!)
Poré est probablement le surnom de celui qui vend des
poireaux, en allemand il devint Porer. À vous d'en expliquer
le sens!
Continuons, si vous le voulez bien, nos investigations.
Bailly ne fut pas, lui non plus, changé en Vogt, il resta.
Disons que tous les Bailly de France ne furent pas des baillis, c'était
surtout un surnom, de même qu'il y a d'innombrables Comte et Lecomte,
Duc et Leduc. (Voir les détails dans Dauzat : dictionnaire étymologique
des noms de famille et prénoms de France).
Babo lui aussi ne subit aucun changement, car il était
facile à prononcer même pour une gorge germanique. Babo vient,
ou de la forme familière de Babylos, patriarche d'Antioche béatifié
au Ille siècle, ou alors c'est un
nom de la famille d'Isabelle, Isabeau ou, enfin, un sobriquet pour désigner
la grimace, la moue, baboe en ancien français. Mais dans ce dernier
cas, il devrait avoir un z final. (Dauzat).
Bronique devint Bronick. Origine inconnue.
Brignon : Brigner.
Scharler est tout simplement Charlier, qui signifie charron
en ancien français. C'est la contraction de charrelier.
Schartner : Charton qui vient de charreton, nom du charretier.
Avez-vous deviné ce que signifie Scholer? Simplement
Cholet,
mot de la famille de chou. C'est un diminutif désignant le marchand
ou
producteur de choux.
Clévenot si j'en crois Dauzat, est le dérivé
de l'ancien français clavain: «pélerine garnie de lames
de fer qui faisait partie de l'armure». Ici ce serait le surnom de
celui qui porte cette pélerine. L'allemand traduisit par Clevemuth.
Durand (Duhrand en allemand, deux syllabes qui se prononcent
facilement) est peut-être notre mot (en)-durant, obstiné.
Fitte devenu Fitter par la gràce de l'occupant
désigne dans le Sud-Ouest de la France un nom de lieu et plus spécialement
une pierre fichée (une borne), donc un domaine qui a été
borné (Dauzat). Si cette explication convient pour notre région,
nous ne pouvons le confirmer.
Ferry resta inchangé. Certains comtes de Salm portèrent
ce nom. C'est le diminutif de Frédéric : nom franc qui signifie
puissance et paix.
Génot devint Genold qui est un nom d'origine germanique
contenant les mots gens = race et wulf = loup.
Gagnière (traduit en allemand par Gagner) de la
famille de gagner au sens de cultiver. On gagne sa vie à cultiver
la terre.
Hougnion en allemand Hugner se rattache-t-il à
la famille de Houille, nom qui nous vient de Belgique ? Mystère.
Juillot en allemand Juler
de la famille de Juillet est à l'origine le nom d'un enfant baptisé
en juillet!
Marlier (devenu Marler, nom inventé de toutes
pièces, comme ceux qui précèdent) vient de marillier,
ancienne forme de marguillier, sacristain, chantre.
Morel resta ce qu'il était, à un h près
pour allonger la première syllabe. Morel signifie brun de peau comme
un Maure.
Oury qui se simplifia en Ury, nom qu'on retrouve dans
l'Est, est un ancien nom de baptême d'origine germanique, Othalric,
se composant de othal = patrie et de ric = puissant : le puissant de la
patrie.
Salmon (devenu Salman) est l'abrégé de
Salomon.
Silet (germanisé en Siler) est probablement le
mot populaire ou une altération de cillet, petit cil (Dauzat).
Verlet devint Werlert. Ver, de la même famille
que vair du latin varius. varié, moucheté, désigna
autrefois une peau tachetée.
Nous verrons dans les prochains numéros de l'« Essor »
que ce mot est resté dans le patois « vari » qui désigne
un boeuf à la robe tachetée.
Casner donna Gassner presque Gasser : celui qui habite
sur la rue. Ce nom et quelques autres qui suivent sont d'origine germanique.
Pendant l'occupation on rajouta ou retrancha la ou les lettres qui déformaient
le mot allemand. Ainsi Krieguer perdit son u. Krieger est le nom du guerrier
ou le surnom d'un homme batailleur.
Oulmann devint Uhlmann, ce qui fut une erreur de traduction,
le vrai nom étant Ullmann : l'homme de la patrie chez les francs.
Pour conclure provisoirement ce chapitre des noms de personnes pendant
la guerre, nous dirons que l'occupant n'a traduit que quelques rares noms
qui ne pouvaient pas être « déromanisés ».
Ils furent de ce fait plus ou moins germanisés (pensez à
Durand pardon Duhrand !, n'importe quel Allemand pouvait articuler ces
vocables). Cependant pour obtenir cette « déromanisation »
l'Allemand n'appliqua aucune règle et bien souvent il ne se soucia
pas du vrai mot allemand existant. S'il avait eu à sa portée
le dictionnaire du Français Dauzat, son travail eût été
considérablement simplifié.
J.R.
Voici une liste de noms « germanisés »:
| André : Andres |
Hougnon : Hugner |
| Bierry : Biry |
Jacquet : Jäckel |
| Banzet : Bansept |
Juillot : Juler |
| Bastien : Bastion |
Jérôme : Gerum |
| Bailly : inchangé |
Janel : Jahner |
| Babo : inchangé |
Kriequer : Krieger |
| Brice : Briss |
Kroubert : Krubert |
| Bonnetier : Brix |
Petitjean : Kleinhans |
| Bronique : Bronick |
Lallemand : Lallmann |
| Brignon : Brigner |
Lalvée : Lauer |
| Belcour : Schönhof |
Laurain : Laurer |
| Boulanger : Becker |
Latuner : Latner |
| Bouillon : Bujung |
Malaisé : Maleisen |
| Charlier : Scharler |
Marchal : Marschal |
| Clauvelin : Klauwling |
Mangin : Mansching |
| Charpentier : Scharpenter |
Marlier : Marler |
| Casner : Gassner |
Masson : Massung |
| Collin : Kolling |
Morel : Mohrel |
| Charton : Schartner |
Oulmann : Uhlmann |
| Cholet : Scholler |
Oury : Ury |
| Chipon : Kipper |
Paquet : Paket |
| Claudon : Clodung |
Parisot : inchangé |
| Clévenot : Clevemuth |
Ponton : Ponter |
| Durand : Duhrand |
Poré : Porer |
| Dieudonné : Deodat |
Rochel : Roeckel |
| François : Franz |
Salmon : Salmann |
| Fitte : Fitter |
Silet : Siler |
| Ferry : inchangé |
Verlet : Werlert |
| Fond : Fund |
Vilmer : Wimer |
| Genlot : Genold |
Violet : Wilbert |
Ganier : Ganner
Gagnière : Gagner |
Zurmely : Zürmel. |
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire
de Schirmeck, n° 44 (avril 1957) et n° 46 (décembre 1957)
[Trois noms ressortent de la liste, le premier parce
que je le porte, le second était celui de Martine et le troisième
celui de ma grand'mère paternelle.]
Consécration de l'Eglise Sainte Libaire
de la Broque
29 octobre 1961
En l'an de grâce 1961,
alors que Jean XXIII était Pape,
Charles de Gaulle, Président de la République Française,
Jean-Julien Weber, Évêque de Strasbourg,
Léon-Arthur Elchinger, son Coadjuteur,
Edouard Osswald, Doyen de Schirmeck,
Lucien Friederich, Curé.
En ce 29 octobre, fête du Christ-Roi, Son Excellence Monseigneur
Jean-Julien Weber, Evêque de Strasbourg, a consacré l'église
paroissiale de La Broque et son autel principal en l'honneur de Sainte
Libaire, Vierge et Martyre, Patronne de la Paroisse, et y a renfermé
des Reliques des Saints Martyrs (Romains) Adéodat et Celse et de
Sainte Libaire.
Cette église vient d'être restaurée et nouvellement
aménagée pour permettre à l'assemblée chrétienne
une célébration plus communautaire et plus digne des Saints
Mystères.
Le Jour où cette église fut consacrée,
Maurice Cuttoli était Préfet du Bas-Rhin,
Jean Philippe, Sous-Préfet de Molsheim,
Marcel Heiligenstein, Conseiller Général du Canton de
Schirmeck,
Félix Wolff, Maire de La Broque,
Etienne Gagnière, Secrétaire de Mairie.
Evêché de Strasbourg
16, rue Brûlée
Strasbourg, le 18 Octobre 1961.
L'Evêque de Strasbourg est heureux de venir consacrer solennellement
l'église de La Broque le 29 octobre 1961.
II remercie et félicite Monsieur le Curé, Monsieur le
Maire, tous les bienfaiteurs et exécutants de cette belle restauration
pour la peine et le dévouement qu'ils y ont consacrés.
Daigne le Seigneur agréer l'oeuvre et bénir toute la
famille paroissiale.
Jean-Julien Weber, Evêque de Strasbourg
Le Mot de M. le Curé
Mes chers paroissiens,
Le voici enfin arrivé, le jour tant attendu de la Consécration
de notre Eglise et de son nouvel Autel. Certes, un grand et long travail
a été fait; mais à présent, tout est terminé,
et nous pouvons être fiers du résultat.
Je remercie en tout premier lieu Madame Adeline Hebert-Stevens (Bony)
: si notre église est une réussite au point de vue de la
modernisation et du choix des couleurs, c'est à elle que nous le
devons.
Je remercie ensuite M. le Maire Félix Wolff et tout son Conseil.
Financièrement, cette restauration était au-dessus des possibilités
et des ressources de la Paroisse. La Commune, sous l'impulsion de son Vénéré
Chef, nous a grandement aidés.
Je remercie les chefs des différentes entreprises qui ont oeuvré
dans notre Eglise durant presque une année. Chacun dans sa branche,
aidé de ses ouvriers, a fourni du bon travail.
Je remercie M. Etienne Gagnière, notre sympathique Secrétaire
de Mairie. Il m'a été d'un secours inappréciable pendant
tous les travaux ; et il m'a admirablement aidé dans la rédaction
de cette brochure.
Je remercie toutes les autres personnes qui m'ont aidé et qui
m'aident encore (je ne puis des nommer toutes) dans tout ce qui concerne
la bonne marche et la dignité de la Maison de Dieu : employés,
nettoyage etc. Leur travail effacé n'est connu que de Dieu, et c'est
de Lui qu'elles auront un jour leur récompense.
Je remercie enfin Son Exc. Mgr. l'Evêque d'avoir, avec sa bonté
habituelle, accepté de consacrer l'église et le nouvel autel
: c'est là le couronnement de tous les soucis qu'une oeuvre de cette
envergure ne peut manquer de causer à ceux qui en prennent l'initiative.
Et maintenant, chers paroissiens, je vous la confie, votre église
! Venez-y souvent pour y prier : sa nouvelle ordonnance vous y invite instamment
! Et que cette église paroissiale, la vôtre, soit pour vous
la maison de notre Père commun où vous aimerez à vous
rassembler pour les offices, afin que, dans ce Temple, Dieu vous accorde
les grâces nécessaires pour vous faire arriver tous, un jour,
dans son éternel Temple, le Ciel !
La Broque, le 25.10.1961.
L. F., Curé.
Programme des Solennités
Samedi, 28 octobre 1961
16 heures 30 Accueil des Reliques dans la cour du Presbytère.
De là, procession des Reliques au Cercle transformé en
Oratoire où aura lieu la veillée nocturne
17 heures Première partie de la Consécration de l'Eglise
par Mgr. Léon Neppel, Vicaire Général
19 heures Veillée pour la vénération des Reliques
jusqu'à minuit.
Dimanche, 29 octobre 1961
8 heures 30 Procession et Translation des Reliques du Cercle à
l'Eglise, et seconde partie de la Consécration par S. Ex. Mgr. J.-J.
Weber.
10 heures 15 Grand-Messe Pontificale célébrée
par Mgr. l'Evêque. Le service de l'autel sera assuré par un
groupe de Séminaristes du Grand Séminaire de Strasbourg sous
la direction de M. l'Abbé Mappus, grand cérémoniaire
et directeur au Grand Séminaire.
Les chants seront assurés par la chorale paroissiale avec le
concours d'un groupe de Séminaristes du Scolasticat des Missionnaires
du Sacré-Coeur de Jésus (Pères d'Issoudun), de Strasbourg,
sous la direction de M. Jules Longhi.
A l'orgue : M. Maurice Durand, organiste à Russ.
Messe de la Dédicace : « Terribilis est».
Polyphonie : Messe Responsoriale dite « de Lachassagne »
à 4 voix mixtes, de J. Gélineau. Tollite Hostias, choeur
à 4 voix mixtes. - Ô Jésus, Ô Tendre Maître,
choeur à 4 voix mixtes, de J. S. Bach.
La Broque - en - Salm
«La Broque, village en Alsace, souveraineté mi-parti entre
la Lorraine et la principauté de Salm, situé sur la
Brusche, à cinq lieues de Senones, vers l'orient, dans les
montagnes de Vôge, près de Schirmeck, dont il n'est séparé
que par la rivière de Brusche.
Ce village pour le spirituel, est de la juridiction de l'abbé
de Senones; l'église est située sur le ban de Vipucelle,
de même que la maison curiale. Le village de La Broque est un peu
plus loin. Le nom de Vipucelle lui vient d'un abbé de Senones nommé
Vicpodus, douzième successeur de St. Gondelbert, fondateur de
cette abbaye. Vicpodus y fonda une celle ou un prieuré qui y a subsisté
pendant quelques siècles, et est supprimé depuis très
longtemps. Quant au village de La Broque, son nom lui vient de la
rivière de Brusque ou Brusche, qui coule dans ce vallon et
se dégorge dans l'Ile à Strasbourg ; et le nom de Bruk ou
Brok signifie bourbier.
La paroisse de La Broque est dédiée sous l'invocation
de Ste Libaire ; l'abbé de Senones en est le prélat ordinaire,
collateur et décimateur; le curé a le tiers aux dîmes
ou sa portion congrue. II y a pour annexe Framont, et pour dépendance
Albet, Les Cuvelles, Fuancon-Rup, Grandfontaine, Vaquenou et les
fermes du château de Salm. »
Telle est la notice que Dom Augustin Calmet, le plus illustre des abbés
de Senones (1728-1757) et érudit historien, consacre à notre
village. Ce sont là, reconnaissons-le, des renseignements fort précieux...
mais bien maigres pour qui veut retracer l'histoire de La Broque, et le
manque d'archives - les ravages de la guerre se sont exercés jusque
là - vient accroître encore la difficulté de la tâche.
Aussi devons-nous remercier d'une façon toute particulière
un enfant de cette paroisse qui, se cachant sous le pseudonyme de J.
Resthe et en qui nous ne désespérons pas de trouver l'historien
qui a jusqu'ici manqué à notre commune, a bien voulu nous
autoriser à puiser largement dans des documents qu'il a recueillis.
Au reste, l'histoire de La Broque est si intimement liée à
celle de l'abbaye de Senones et de la principauté de Salm qu'il
semble bien difficile d'écrire l'une sans l'autre, celle-ci transparaissant
au travers de celle-là.
C'est vers l'an 640 que Gondelbert fonda à Senones un monastère
qui fut le premier de la région et qui se développa si rapidement
qu'en 661 il obtint du roi Childéric II un privilège lui
octroyant toutes les terres que les moines avaient défrichées,
en y ajoutant la propriété de tout ce qu'on appelle le Val
de Senones, depuis la sortie de Moyenmoutier jusqu'à l'extrémité
de La Broque dans sa longueur, et de la vallée du Hure à
la vallée de la Plaine dans sa largeur.
L'an 810, approximativement, le 12ème abbé, Vicpode,
fonda chez nous son prieuré appelé « St. Sauveur de
la Cour d'En-Haut ».
À ce sujet, laissons de nouveau la parole à Dom Calmet:
« Ce prieuré de la Cour d'En-Haut était situé
au dessus de Vipucelle ou de La Broque ; il fut établi par
l'abbé Vicpodus dont on a parlé ci-devant. Le prieur de Vipucelle
était Seigneur du Ban de La Broque et de Vipucelle et on a encore
la charte qui renferme les droits dont il jouissait non seulement à
La Broque et à Vipucelle, mais aussi dans tout le Ban de Salm,
à Framont et à Grand fontaine, dont toutes les maisons lui
doivent des corvées et certains cens annuels. On voit encore
la place où était cet ancien prieuré, dont il ne reste
que peu de vestiges ; il est supprimé depuis un long temps.
On croit que l'église paroissiale de La Broque ou de Vipucelle
était l'église du prieuré; le peu de biens qui reste
de ce prieuré est uni à la Manse Abbatiale de Senones. »
Sur la fin du XI° siècle (1090), Hémiran, évêque
de Metz et chef temporel du monastère, appela dans la contrée
les Seigneurs de Salm (petite ville du Luxembourg belge qui existe encore
de nos jours), afin de défendre l'abbaye contre les incursions de
divers ennemis dont le principal était l'empereur d'Allemagne Henri
IV.
C'était à l'époque une coutume courante de placer
les domaines ecclésiastiques sous la sauvegarde de Seigneurs appelés
« Voués » , qui s'engageaient à les défendre.
Sans avoir de droit de propriété sur ces domaines, ils étaient
autorisés à lever quelques impôts pour subvenir à
l'entretien de leur armée.
Cent ans plus tard, en 1190, sous l'abbé Gérard, le Comte
Henri II, qui était alors le voué, loua à l'abbaye
un terrain situé sur une montagne que tous ici nous connaissons,
et où il construisit le château fort dont les ruines sont
toujours visibles. Cette location lui coûtait « 2 sols strasbourgis
» par an, et elle fut payée jusqu'en 1550, date à laquelle
les Comtes de Salm se sentirent assez puissants pour s'adjuger la souveraineté
de tout le territoire de l'abbaye.
II faut dire en effet que, venus en quelque sorte pour servir de chiens
de garde aux Abbés, les Comtes ne tardèrent pas à
comprendre tout le parti qu'ils pouvaient tirer de la situation et ils
se transformèrent alors en loups dévorants, tant et si bien
qu'après moultes controverses que nous ne rapporterons point ici
pour ne pas déborder le cadre que nous nous sommes tracé,
ils finirent, en 1573, par rester les seuls seigneurs temporels des domaines
de l'abbaye, l'abbé ne conservant que la garde du monastère
et la jouissance de ses revenus.
Le 29 septembre 1571 déjà, pour frapper un grand coup,
Jean IX Comte de Salm, Maréchal de Lorraine et Gouverneur de Nancy,
et Frédéric, Comte Sauvage du Rhin et de Salm, s'étaient
fait prêter serment de fidélité par la plupart des
habitants de Vipucelle, Albet, Quevelles, Fréconrupt, Vaquenoux,
Grandfontaine et autres villages, rassemblés à Senones dans
l'abbaye.
Les deux Comtes possédaient en communauté la terre de
Salm et ils décidèrent en 1598 de se la partager tout en
la laissant indivise. À cette occasion nous voyons reparaître
La Broque, village de 45 familles, dont chacun obtint la moitié
avec la moitié également du Château de Salm et du bourg
de Senones. Pour La Broque, le lot de Frédéric comprenait
« 23 maisons et autant d'hommages, sçavoir : Maurice le Bouchier,
Guillaume Coichot, Clauso Clans, Colas Boulangier, Colas GrandDemanche,
Demanche Mathieu, etc, etc. » Vipucelle qui avec Fréconrupt
et les Quevelles comptait 37 familles tomba dans la part de Jean.
Le rhingrave Frédéric mourut en 1608 et son fils, Philippe-Othon,
hérita de son lot. Il avait abandonné la foi catholique à
l'apparition de la religion réformée, mais l'empereur accepta
de le faire prince d'empire s'il abjurait, ce qu'il fit le 8 janvier 1623.
Ainsi une partie du Comté de Salm fut érigée en Principauté
et l'autre resta Comté. Ce dernier, la part du Comte Jean IX, comprenait,
outre la deuxième moitié de La Broque, du Château de
Salm et de Senones, les villages de Vipucelle, Fréconrupt, les Quevelles,
etc, et devint l'héritage de Christine de Salm, épouse de
François de Lorraine, Comte de Vaudémont, fils du Duc Charles
III de Lorraine, ce qui fit que le Comté appartenait à la
Maison de Lorraine.
C'est pourquoi, vous ne serez pas surpris de trouver à l'église
de La Broque, sous la chaire, une pierre tombale portant cette inscription:
« JEAN HENRY FRANCOIS NATIF DE STRASBOURG AAGEE DE DEUX ANS FIS
DE MESSIRE HENRY HERSENT CHer SEIGNEUR DE BISSEAU CIDEVANT Lt AU REgt DE
NAVARRE DE PRESENT Lt AU SERVICE DE SA ALTESSE ELECTORALE DE BAVIERE LENFANT
EST DECEDE LE 11 JANVIER 1719 A LABROC EN LORRAINNE »
Le 21 décembre 1751, un nouveau portage de la terre de Salm
eut lieu entre les ayants-droit, c'est-à-dire entre les Ducs de
Lorraine et les princes de Salm. Aux termes de ce traité, le Prince
Nicolas Léopold devenait premier prince de Salm-Salm et obtenait
en toute propriété la partie de l'ancien Comté située
à gauche de la rivière de Plaine. La Principauté comprenait
donc notamment : La Broque, Vipucelle, Freconrup, les Quevelles, Albet,
Grandfontaine, les Forges de Framont, en un mot tout le Ban de Salm, et
au total 32 localités et plus de 10 000 habitants. Les Princes fixèrent
alors définitivement leur résidence à Senones qui
devint leur capitale.
En 1793, les princes ayant quitté Senones pour habiter leur
château d'Anhold en Westphalie, où sont toujours leurs descendants,
les Principautois se trouvèrent dans une situation critique : la
famine qui sévissait alors en France avait conduit l'Assemblée
Constituante, en septembre 1792, à interdire sous les peines les
plus sévères l'exportation des denrées alimentaires,
même dans les pays enclavés comme c'était le cas pour
la Principauté.
Pour mettre fin à la disette qui se faisait sentir de plus en
plus, les habitants, tout en protestant de leur attachement au Prince Constantin
qui avait toujours été bon pour eux, lui firent connaître
qu'ils se voyaient obligés de demander leur rattachement à
la France. Il eut lieu le 17 mars 1793. Bien avant cette date toutefois,
800 hommes, de la Principauté s'étaient engagés dans
les armées françaises, ce qui laisse à penser que
ce n'est peut-être pas seulement la faim qui a conduit les Principautois
à se donner à la France.
Notre commune de La Broque, comme tout le territoire de Salm, fut alors
rattachée au département des Vosges, relevant au spirituel
de l'Evêque de Saint-Dié. Cette situation se maintint jusqu'à
l'annexion de 1871. Quant à la suite de l'histoire, elle est encore
trop présente aux mémoires pour qu'il soit besoin de s'y
arrêter.
L'Église
Deux dates, 1737 et 1869, sont gravées au fronton de notre église,
et si nous savons, comme l'on verra par la suite, que la seconde est celle
d'une importante restauration, aucun indice ne nous permet de dire avec
certitude à quoi correspond la première.
Qu'il y ait eu de fort bonne heure une église à Vipucelle,
la chose est hors de doute. Mais à quelle époque fut-elle
construite, quel était son aspect, voire même se trouvait-elle
Déjà à l'emplacement actuel et dans cette hypothèse
à quelle date le bâtiment d'aujourd'hui fut-il entrepris?
autant de questions qui attendent toujours une réponse.
Par un document de 1697, l'acte de fondation de la Confrérie
du Rosaire, (que nous reproduirons in extenso en appendice), nous savons
qu'il y avait alors dans l'église urne chapelle, vraisemblablement
celle où est maintenant le baptistère, et il n'est pas téméraire
de croire qu'à cette époque l'église était
à peu près, dans ses grandes lignes, ce qu'elle est encore,
mais si réellement, comme l'écrit Dom Calmet, elle était
celle du prieuré de Vicpode, nous voilà déjà
bien loin de la fondation. Quelles ont été entre-temps ses
vicissitudes? le mystère reste entier.
Dans les documents conservés aux archives communales, l'église
commence à apparaître en 1839. Elle n'y brille pas de l'éclat
qui conviendrait à la maison de Dieu bien au contraire, elle a sans
cesse un urgent besoin de réparations.
C'est ainsi qu'en 1839 il est payé la somme de 166 francs pour
« façon, conduite et posage de 20.000 bardeaux pour la couverture
de l'église ».
En 1842, le produit d'une coupe fut affecté « à
l'érection d'un clocher dont l'église paroissiale est dépourvue
» et dans le même temps il fallut, pour éviter tout
accident fâcheux, abattre la tribune et la grande porte qui étaient
« tout délabrées et menaçaient de s'écrouler
sous peu » et les reconstruire à neuf l'une et l'autre pour
la somme de 569 frs. 35.
Nouvelle dépense de 117 frs. 28 l'année suivante pour
des « réparations urgentes » qui ont dû être
faites aux bancs de l'église de cette communale.
En 1845, l'église paroissiale ainsi que la flèche de
la tour ont besoin d'être couvertes. Ces réparations sont
très urgentes car si on laissait ce bâtiment plus longtemps,
on risquerait de le voir tomber en ruines. Montant des travaux : 2427 frs
08, plus 1072 frs 92 de bois qui fut prélevé dans la forêt
communale.
Nouvelles réparations à la toiture pour 414 frs 80 en
1857.
Travaux d'embellissement intérieur enfin en 1865 : « réparation
des vitres de l'église et pose de rideaux aux vitres de la
nef » pour un total de 700 frs.
Et nous voici cette fois en 1868, année où de grands
projets prennent corps:
«Depuis longtemps déjà trois choses occupent l'attention
de la population et appellent toute la sollicitude du Conseil. En première
ligne, la construction d'une modeste église à ériger
à proximité des deux importants hameaux de La Claquette et
d'Albet éloignés tous deux de près de deux kilomètres
de La Broque, ce qui rend très pénible en hiver pour
les habitants et surtout pour les élèves des écoles
la fréquentation de l'église. La population de ces hameaux
s'élève à 893 âmes et représente
par conséquent le tiers de la population totale de la commune. Le
second objet de la sollicitude du Conseil se porte sur le hameau
de Fréconrupt éloigné de La Broque de 4 km et
placé sur un plateau à une altitude de 500 m. Ce hameau
qui renferme 331 habitants ne possède qu'une misérable salle
d'école fréquentée par de 40 à 50 élèves
et dirigée par une Soeur de Portieux. Un tel état de
chose ne peut durer et il est grandement temps de se rendre aux voeux souvent
exprimés par les habitants en dotant le hameau de Fréconrupt
d'une maison d'école convenable sous la direction d'un instituteur
capable.
La troisième préoccupation des habitants et qui
n'est pas la moindre, c'est notre église. La construction
actuelle fait assez triste figure aujourd'hui au milieu d'un village
qui s'embellit tous les jours. Aussi parle-t-on beaucoup de la renverser
et de construire à neuf sur le même emplacement. Vous
êtes plus modestes, Messieurs, et surtout plus prudents, ajoute
le Maire, vous savez qu'une commune qui s'endette en se lançant
dans des dépenses au dessus de ses forces prépare à
son administration bien des ennuis et bien des embarras. Aussi vous
êtes-vous contentés de m'autoriser à faire étudier
par l'architecte de l'Arrondissement l'église actuelle pour s'assurer
s'il n'y avait pas moyen de lui donner un aspect plus convenable et mieux
approprié aux besoins de notre population. Notre but est atteint,
je crois. Je mets sous vos yeux le projet de restauration rédigé
par M. Grijolot ; je soumets également à votre appréciation
les projets du même architecte pour la construction de l'église
de La Claquette et de la Maison d'Ecole de Fréconrupt. La dépense
totale pour ces trois constructions s'élèverait, savoir
Eglise de La Claquette . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . 45.000
Eglise de La Broque . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . 18.000
Ecole de Fréconrupt . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8.700
Acquisition d'un terrain pour l'Eglise de La Claquette. . . .
. . . . . . 2.400
id. école de Fréconrupt . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .750
Total : . . . . . . . . . . . . . . . .. .
. . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . 74.850
Cet exposé entendu, le Conseil Municipal déclare approuver
les plans des constructions dont il est question et voter la somme de 74.850
frs nécessaire à leur exécution. »
En comparant les prix, on constate tout de suite que la restauration
projetée s'élevait aux 2/5 de la construction neuve de La
Claquette. On s'aperçut vite que cela n'était pas suffisant
et le 30 mai 1869 un nouveau crédit de 5.642 frs 50 pour refaire
le dallage, l'enduit en ciment de la face extérieure des murs de
la nef, exhausser les fenêtres de 60 cm et effectuer diverses réparations
à la flèche, vint s'ajouter au devis primitif.
Deux mois plus tard, il fut exposé au Conseil « que par
suite des travaux de restauration que l'on a faits à l'église
de La Broque, il a fallu nécessairement enlever les vieux bancs
et le plancher qui se trouvaient dans l'église ; que ces bancs se
trouvant placés dans cette église depuis très longue
date étaient dans un état de vétusté et se
sont trouvés dégradés complètement par suite
du changement que l'on a dû faire ; que d'après la restauration
de notre église de vieux bancs ne conviendraient plus dans notre
église où l'on a dépensé une assez forte somme
pour l'embellir; qu'il existe dans cette localité certains ouvriers
honnêtes, consciencieux et capables qui ont déjà
été appelés plusieurs fois à effectuer de ces
travaux ; que la dépense relative à la fourniture de
ces bancs s'élèverait à 3.625 frs. plus une somme
de 882 frs. pour confection du plancher placé sous les bancs, au
total 4.507 frs. »
Ce point acquis, le suivant fut immédiatement attaqué,
et considérant que par suite des travaux de restauration
de l'église de La Broque, les fenêtres se sont trouvées
exhaussées de environ 60 cm, que pour cet exhaussement les anciennes
fenêtres ont dû être enlevées et que de
grandes dégradations ont suivi ce changement ; que le replacement
de ces fenêtres causerait à la commune de trop grands frais
pour le peu de symétrie qu'elles apporteraient avec la nouvelle
construction ; qu'enfin de belles fenêtres neuves, peintes
en grisaille, avec grillage, ne feraient que d'achever l'embellissement
de l'église ; qu'il existe à Metz une Maison (Maréchal
& Champigneulle) qui se chargerait de la fourniture et de la
pose des fenêtres convenables moyennant la somme de 4.480 frs.
» le projet fut aussitôt adopté.
Ces fenêtres neuves sont celles qui existent encore dans la nef
et qui, en allant de l'entrée vers le choeur représentent,
à droite:
St. Hydulphe, fondateur de l'abbaye de Moyenmoutier
St. Hubert
St. Nicolas
St. Mathieu
St. Etienne
et à gauche :
St. Gondelbert, fondateur de l'abbaye de Senones,
St. Antoine, (peut-être l'abbé Antoine, qui gouverna l'abbaye
de 1090 à 1136 ?)
St. Déodat ou Dié
St. Marc
St. Jean l'évangéliste.
Ajoutons à tout ce qui précède 410 frs pour la
peinture, 150 frs pour la mise en place de l'ameublement, 500 frs pour
le replacement des orgues, nous arrivons au total de 33.689 frs 50 et bien
que le devis détaillé de l'architecte ne figure plus dans
nos archives, il est facile, à la lumière de ces délibérations,
de se rendre compte de l'ampleur de la restauration de 1869.
En 1935 la peinture intérieure fut renouvelée et, mise
à part la réparation des dommages causés à
la Libération, il faut attendre 1960 pour assister de nouveau à
de grands travaux.
Signalons que, malgré les transformations successives, il subsiste
un élément du mobilier qui a gardé sa forme première
: la chaire en bois, délicatement sculptée. Elle serait du
XVIII° siècle. Nous avons parlé déjà de
la pierre tombale placée en dessous ; remarquons aussi celle qui
se trouve scellée dans le mur en face : elle porte le millésime
1618, l'inscription IHS-MARIA (Jésus-Marie) et le sévère
avertissement MEMENTO MORY (Tu mourras, souviens t'en).
Les Orgues
La présence des orgues n'est signalée pour la première
fois qu'à l'occasion de la dépense de 500 frs nécessaire
à leur remontage après les travaux de 1869. On ignore à
quelle date elles apparurent à l'église et par qui elles
furent construites.
L'instrument eut à souffrir de la Grande Guerre qui lui prit
ses tuyaux de façade (en étain pur) pour les envoyer à
la fonte comme « métal de guerre », en même temps
que deux de nos cloches qui subirent le même sort. II fut restauré
et agrandi en 1929-30 par Joseph Rinckenbach d'Ammerschwihr qui fut obligé,
d'après le contrat, de réemployer toutes les parties de l'ancien
orgue qui pouvaient encore servir. Le beau buffet de chêne, incontestablement
de facture ancienne, fut notamment conservé. Il abrite maintenant
18 jeux distribués sur 2 claviers et pédalier. En 1953 un
relevage fut effectué par Alfred Kern de Strasbourg-Cronenbourg.
Quelques jeux de fonds qui sont anciens ont une sonorité délicieuse
et font de cet orgue, malgré ses dimensions relativement modestes,
un instrument particulièrement attachant.
Les Cloches
Des trois cloches qui chantent en notre clocher, la plus grande est
une pièce dons nous pouvons à juste titre nous enorgueillir
: elle est, en effet, un don des Princes de Salm.
Son diamètre est de 1 m. 13, elle pèse 930 kg et donne
le fa. Elle porte sur ses flancs l'inscription suivante:
J'AY ETE BENIE PAR Mr NICOLAS DAMIN PRETRE CURE
AD MAJOREM DEI GLORIAM
L'AN DE GRACE 1770
J'AY EU POUR PARAIN T.H. T.P. T.I. PRINCE S.A.S.
MONSEIGNEUR LOUIS CHARLES OTTON DE VIPUCEL ET BAN DE SALM
PRINCE REGNANT DE SALM-SALM
POUR MARAINE S.A.S. MADAME LA PRINCESSE JOSEPH DE SALM-SALM
J'AY ETE FAITE MOY ET MES COMPAGNES PAR JEAN BAPTISTE FOURNO
FONDEUR DE FEU SA MAJESTE ROY DE POLOGNE
Le Prince régnant, Louis Charles Othon, venait, en 1769, de succéder
à son père, Nicolas-Léopold, premier prince de Salm-Salm.
II était l'aîné de 18 enfants et la princesse Marie-Joseph,
marraine de la cloche, était sa soeur. Le 29 octobre 1771 elle épousa
en grande pompe Charles-Albert, prince règnant de Hohenlohe et Waldenbourg
; la bénédiction nuptiale lui fut donnée au château
de Senones par 1e prince Guillaume-Florentin de Salm-Salm, évêque
de Tournai.
Un si illustre parrainage épargna à notre cloche le triste
sort de ses deux compagnes qui furent arrachées à leur beffroi
en 1917 et emmenées en Allemagne. La plus petite périt dans
son exil ; l'autre fut retrouvée, mais si endommagée qu'on
fut obligé de la refondre.
Depuis 1923 deux nouvelles sueurs ont été données
à la cloche des princes.
La première a un diamètre de 1 m. 01, elle pèse
650 kg et donne le sol. On peut y lire l'inscription suivante:
JE M'APPELLE LIBAIRE ; J'AI ETE FONDUE EN 1923 ERNEST MARCHAL ETANT
MAIRE, ANTOINE RAPP CURE DE LA BROQUE. J'AI EU POUR PARRAINS: GEORGES SAINT
MARTIN, EMILE WOLFF, JOSEPH DIEUDONNE, ALBERT HUMBERT, AUGUSTE SALMON;
ET MARRAINES: MADELEINE SAINT MARTIN, MARIE MALAPERT, JEANNE REMY, MARIE
GABRIEL, APPOLINE DIEUDONNE. MESSAGERE DE DIEU J'INVITE A LA PRIERE ET
A L'ESPERANCE.
La seconde a un diamètre de 90 cm, pèse 460 kg, donne
le la, et dit:
JE M'APPELLE MARIE-FRANCE. J'AI ETE FONDUE EN 1923 ERNEST MARCHAL ETANT
MAIRE, ANTOINE RAPP CURE DE LA BROQUE. J'AI EU POUR PARRAINS MAURICE REMY,
LEON ANDRE, PAUL FITTE, EMILE BASTIEN, ET MARRAINES GABRIELLE REMY, ADELINE
SAYER, MARIE HECK, AMELIE FOURNIER. DIEU BENISSE L'EGLISE ET LA FRANCE,
CONSOLE LES AFFLIGES.
L'électrification des cloches a été faite en mars
1953 par la maison A. Didelot, de Sarrebourg (Moselle) agent des Etablissements
Mamias, de Gagny (St.-et-O.). On profita de l'occasion pour introduire
la sonnerie du couvre-feu (à 22 heures).
Sainte Libaire
La tradition rapporte qu'au temps de Julien l'Apostat, en 362, les premiers
chrétiens du pays des Leuques (l'actuelle région de Toul
et Neufchateau) avaient été persécutés. Les
enfants de Baccius et Lientrude, riches habitants de la cité de
Toul, auraient subi le dernier supplice : Elophe fut décapité
à Soulosse et Libaire, sa soeur, fut mise à mort à
Grand, (localité distante d'une quinzaine de kilomètres de
Domrémy-la-Pucelle) et ses reliques y sont toujours conservées.
Au début du XV° siècle, la seigneurie de Domrémy
tomba dans les possessions de la Maison de Salm : il ne faut donc pas s'étonner
de la vénération dont Ste Libaire a été l'objet
dans le comté : c'était une voisine et la plus illustre martyre
de Lorraine. Au diocèse de Strasbourg, notre église est la
seule qui soit placée sous le vocable de cette sainte c'est une
preuve de plus que La Broque était bien un village lorrain. Ste
Libaire est inscrite au calendrier à la date du 8 octobre.
Le Presbytère
Il est écrit : « Le serviteur n'est pas au dessus du Maître
» et cette vérité sa trouvait fort bien illustrée
à La Broque en 1845 en ce sens que si la maison du Seigneur appelait
de nécessaires réparations, celle du Curé faisait
encore bien plus triste figure si nous en croyons la peinture qui nous
en est alors donnée: « La maison presbytérale n'est
plus habitable et n'est pas susceptible de réparations. Le Curé
qui l'habite n'a pas une chambre qui soit à l'abri des eaux pluviales,
le poutrage est en état de pourriture, les croisées ne tiennent
plus et la maçonnerie tombe en poussière. C'est une
vieille maison de paysan qui est beaucoup trop vaste pour loger le
Curé, bâtie en mauvais matériaux ; il serait nécessaire
de la démolir et de construire une maison neuve moins grande
» . II fallut huit ans pour mettre au point les plans et le financement
et c'est enfin en 1853 que le presbytère actuel fut édifié.
Acte de fondation de la confrérie
du rosaire
L'an mil six cent quatre vingt dix sept, le quinzième jour de septembre,
au lieu de La Broque district spirituel de l'abbaye de Senones de nulle
diocèse, par devant le R. P. Jean de Ste Rose, prédicateur
du couvent des frères prêcheurs de la ville de Sélestat,
se sont présentés le Sieur Joseph Thomas, Religieux de l'abbaye
de Senones, prêtre et curé de La Broque, les Sieurs Nicolas
Marchal, Jean André, Sébastien Marchal, Joseph Sayer, Jean
Jacques, Nicolas Adam, Humbert Grignon, Demange Grignon, Joseph Baule,
Léopold Marquaire, François Arnould, Antoine Helin, Jacque
Marchal, Habraham Hognon, Sébastien Jacquot, Humbert Halvic, Nicolas
Halvic, Jean Bertrand, Curien Julliot, tous habitants du dit lieu, lesquels
entendants le grand bien et le fruit spirituel que la confrairie de Notre
Dame du Rosaire produit où elle est canoniquement établie
et où les statuts sont exactemend observés et étants
d'ailleurs bien assuré du pouvoir que le St Siège apostolique
a donné par privilège spéciale à l'ordre des
Frères Prêcheurs d'instituer cette confrairie aux lieux qui
la demendront, ont très humblement supplié le R. P. Jean
de Ste Rose Religieux du dit ordre, ou nom de tous les habitans de vouloir
selon le pouvoir qui leurs en a été donné, ériger
et instituer en cette église de Ste Libaire patronne dicelle la
dite confrairie Notre Dame du Rosaire avec tous ses droits, grâces,
privilèges pardon, et indulgences plainières, les dits supliants
ayant offert et destiné la Chapelle de Wipucelle de la ditte Eglise
a perpétuité pour y faire le Service et pratiquer tous les
Exercices de la ditte confrairie a la venir laquelle portera dorénavant
le titre de Notre Dame du St Rosaire, et qu'il promette payer et entretenir
dorenavant et luminaires requis et portable pour y faire le Service de
la Ste Vierge, s'obligeant d'entretenir, conserver et augmenter, autant
qu'il sera en eux la ditte confrairie et d'observer et foire observer tous
les statuts et règles d'icelle, faire chanter la Messe haute de
Notre Dame et faire la procession en chantant les Litanies de la Ste Vierge
touts les festes de la même Vierge après vespres, à
quoy inclinants le R. P. Jean de Ste Rose de l'ordre des Frères
prêcheurs du couvent de Sélestat après avoir approuvé
le zèle et la dévotion des dits supliants à l'endroit
de la Ste Vierge a établie et érigé la ditte confrairie
avec toutes les privilèges et indulgences plainières en la
ditte Eglise et Chapelle avec cette condition toutes fois que si à
la venir son ordre venait à une maison ou couvent en ce présent
lieu de Wipucelle, la ditte confrairie sera à l'instant changée
et transportée avec tous ces droits, revenues et émoluments,
ce que les dits supliants ont accepté et promit de tenir. En foy
de quoy ils ont icy touts signés. Fait et passée ou dit lieu
les ans et jours susdits en présence de moy commis greffiers au
dit lieu.
E.G.
Les Curés de La Broque
(1692)-1695 M. Louis Depiat
1695-1707 Dom Joseph Thomas, Bénédictin
1707-1713 M. Sébastien Pelletier
1713- ? M. Nicolas Parmentier
1719-1807 aucun document d'archives ne permet pour l'instant, d'établir
la suite des noms, sauf
en 1770 M. Nicolas Damin (d'après l'inscription de la cloche)
1807-1825 M. G. P. Vautrot
1825-1877 M. Jean-François Precheur
1877-1884 M. Fr. Joseph Weiss
1884-1886 M. Louis Kapfer
1886-1894 M. Thiriet
1894-1902 M. Is. Ansel
1902-1907 M. J.-J. Berchit
1907-1913 M. Camille Pire
1913-1924 M. Antoine Rapp
1924-1951 M. Antoine Halbwachs
1951- M. Lucien Friederich.
Les Membres du Conseil de Fabrique
MM. Salmon Joseph, président
Dieudonné Joseph, trésorier
Charpentier Albert
Fuchsloch Hubert
Thiry Alphonse.
Police d'Église (Suisse)
M. Hoslin Charles.
Conseil MunicipaL
Membres en exercice en 1961
M. Félix Wolff, Maire
MM. Joseph Janel, 1er Adjoint
Jean-Bapt. Verlet, 2e Adjoint
Marcel Bacher
Robert Brignon
Auguste Charlier
Hubert Charlier
Louis Charlier
André Charpentier
Robert Epp
Cyrille Holveck
Victor Neuhauser
Eugène Paicheler
Henri Petitjean
Arthur Rieth
Pierre Rugraff
Charles Scheidecker
Arsène Schwinte
Robert Soudière
André Stauffer
Principales Sociétés
Chorale Ste-Cécile
Directeur : Jules Longhi
Organiste : Irma Silet
Cercle Catholique des Jeunes Gens « Aloysia »
Président : Charles Zurmely
Directeur de Clique : Victor Mangin
Fanfare « Vogesia »
Directeur : Joseph Boulanger
Corps des Sapeurs-Pompiers
Chef : Lieutenant Pierre Marchal
Quelques Groupes d'A.C. ACGF, JOCF, etc.
Plaquette que j'ai trouvée dans les papiers de
ma belle-mère, Caroline Clodung, née Marx
Imp. J. Girold Schirmeck
Il s'agit de Jacques Renner [cf Essor n°157
décembre 1992]
RANRUPT
Le renom de notre revue et le prestige dont elle jouit
parmi ses nombreux et divers lecteurs, lui vient de l'originalité
des articles qui Ia composent. Les lecteurs qu'intéresse notre bulletin
- et ils sont légion - ne manquent pas de le lire, voire de le relire
de bout en bout. Ses articles sur le parler bruchois, les us et coutumes,
l'histoire locale et autres nouvelles d'Anciens sont hautement prisés.
Pour développer le caractère éducatif
et pittoresque de la revue, l'auteur du présent article souhaiterait
poser le premier jalon d'une longue série de relations sur l'histoire
et la vie de nos villages de la vallée. Ces travaux à exécuter
par les bonnes volontés - que l'on ne manquerait pas de trouver
dans chaque village - seraient un outil précieux pour les écoles
et pour nos concitoyens. (L'«Essor» se doit de faire rayonner
la culture! ). Par ailleurs, ils auront permis que notre génération
et peut-être même la suivante ne soient pas privés de
la connaissance d'un riche patrimoine qu'il suffit de déferrer pour
le mettre en valeur, au profit de tout le monde. L'ignorer et le laisser
entrer dons l'oubli serait un sacrilège.
Pour ouvrir la série, occupons-nous d'une des
sept communes du canton de Saâles : Ranrupt, que le correspondant
connaît pour y avoir vécu près de dix ans et qui, disons-le,
n'offre rien de plus sensationnel que les autres localités, toutes
riches en enseignements, si on veut bien les voir, y réfléchir
et les faire connaître.
Situation.
Ranrupt est situé au haut de la petite vallée de la Climontaine,
affluent de droite de la Bruche, qui débouche à Saint-Blaise
dans la vallée principale. Disons tout de suite que cette Climontaine
prend sa source sur le versant nord du Climont pour se diriger vers le
sud, alors que son aînée, la Bruche, naissant sur le versant
sud dudit mont, décrit une courbe respectueuse autour de son générateur
pour se diriger vers le nord est à partir de Bourg-Bruche.
Précisons encore la situation en indiquant que Ranrupt se trouve
à 500 mètres au nord du Col de Steige, col qui fait communiquer,
à une altitude de 538 m, le Val de Villé avec le Val de la
Bruche, entre les deux grands massifs du Champ du Feu et du Climont. Le
Col de Steige, les autochtones l'appellent «le Bât» (non
pas le Bas - puisqu'il est en haut de la vallée -) et cette dénomination
a une résonance historique comme nous le verrons par la suite.
Le centre du village est à 530 mètres au-dessus du niveau
de la mer.
Le domaine communal s'étend sur 1.480 hectares. Les 190 maisons
sont groupées en une portion centrale et les annexes de: Haut-Village,
Fonrupt, la Salcée, Stampoumont les fermes des Hauts-Bois et quelques
fermes isolées. L'ensemble s'étend sur un rectangle de 7
km x 2 km orienté sensiblement sud - nord.
Population.
Au recensement de 1954, Ranrupt comptait 429 habitants. En 1801, le
nombre des habitants était de 907. Il a atteint le maximum, 1.368
en 1841. À partir de cette date, la courbe démographique
est descendante jusqu'à nos jours. Une pointe passe à 1.346
en 1866. En 1885 nous notons 949, en 1936, 587. Origines de cette diminution?
Une vague d'émigration vers l'Amérique du Nord après
1870. Une cinquantaine de jeunes hommes ont quitté le pays. Certains
sont revenus, mais la plupart sont demeurés au pays des G.I. Les
grands vides ont été créés par l'inexorable
exode rural qui prive la population de ses éléments jeunes.
Ainsi, vers 1948, sur environ 500 habitants, on pouvait en compter 18 de
plus de 80 ans et près de 100 de plus de 60 ans. La pyramide des
âges est donc nettement défaillante. Cette situation, d'ailleurs
générale dans nos villages du canton de Saâles ne fait
que s'aggraver du fait de l'absence de revenus sur place et de l'éloignement
des centres industriels. La terre ne nourrit plus ses hommes. À
l'heure de la mécanisation et de la culture rationnelle et intensive,
les petits exploitants cultivent le seigle, la pomme de terre et élevant
un cheptel inférieur à dix unités, sont voués
à végéter. Un signe des temps qui ne trompe pas: à
mesure que la population diminue, les forêts resserrent leur étreinte
autour des agglomérations. Un remède à ce mal? Il
est difficile, sinon impossible d'en imposer un à la population.
Mais l'élevage extensif (il y a d'excellents prés et pâturages),
la forêt et le tourisme pourraient redonner de la vitalité
au moribond. Pour réaliser un élevage rationnel il faudrait
d'abord remembrer (!) les terrains et créer une coopérative
d'exploitation des produits de l'élevage.
La population est essentiellement catholique. Une minorité protestante
(environ une quarantaine) est rattachée à la paroisse de
Waldersbach; les morts sont enterrés au cimetière de Bellefosse.
Les destinées de la commune sont entre les mains de onze conseillers
ayant à leur tête M. Alfred Hazemann, chevalier de la Légion
d'Honneur, pour 30 ans de magistrature municipale.
Les enfants fréquentent les deux écoles mixtes à
classe unique: celle de Ranrupt et celle de Stampoumont.
Ressources.
Ranrupt est un village essentiellement agricole. Par opposition à
la «plaine», c'est un pays de cultures pauvres.
Historique
.
Autrefois se pratiquait la culture du lin et du chanvre que l'on traitait
et tissait à domicile. Presque chaque foyer avait son métier
et les anciens se souviennent encore des soirées où l'on
se retrouvait au «loure». La chaîne devait être
cherchée à Sainte Marie-aux-Mines et l'on y portait le tissu,
trajet effectué à pied à travers bois. Une chaîne,
cela pèse lourd et une pièce d'étoffe ne se payait
pas cher! Tâche dure, mais on se contentait du peu.
Une culture disparue : le colza. Au Haut-Village, il reste les vestiges
d'une huilerie antique actionnée par l'eau. Ces reliques seraient
dignes de figurer dans un musée.. (Qui sauvera la belle installation
de la ruine?) Une industrie disparue est celle de la taille des verres
de montres (à l'emplacement de l'actuelle usine de tissage). De
1910 à 1917, elle a été florissante.
La principale richesse actuelle est la forêt. Le sapin du Climont
est une essence recherchée. Le bois est source de revenus pour la
commune et pour ses habitants. Le domaine privé s'étend de
plus en plus. Une bonne affaire c'est, paraît-il, la vente de sapins
de Noël. Dans les champs situés à «l'endroit»
(contraire : l'envers), on cultive, par assolement biennal, le seigle et
la pomme de terre. Le seigle est moulu au moulin du village et les mardis
et vendredis, on apporte au boulanger les panetons garnis de pâte.
Autrefois on défrichait les hauteurs («stirpouts»)
on brûlait le gazon, (les cendres servaient d'engrais) et on y cultivait
les pommes de terre (« kmat-tiare »). Tout cela ne paie plus.
L'élevage de la race bovine vosgienne tient encore une bonne place.
On élève le bétail pour la vente: boucherie, production
laitière et travail. Mais les boeufs sont de moins en moins demandés.
Le lait est transformé en beurre que l'on vend dans la région.
Avec le petit-lait et les pommes de terre, on engraisse des porcs qui procurent
la viande pour l'année. On saigne le porc avant Noël. Les cabous
(entendez : les choux) réussissent bien et donnent une excellente
choucroute. La viande de qualité est celle de cabri.
La plupart des cultivateurs, même des fermiers, ne vivent pas
uniquement de l'agriculture. Tous sont, soit bûcherons, soit voituriers.
Souvent, la femme travaille à l'usine, au moins l'hiver.
Industrie.
L'industrie artisanale est presqu'inexistante. Il reste encore un forgeron
et un menuisier. Autrefois il y avait quatre moulins, il en reste un. Une
usine de tissage mécanique de coton occupe une soixantaine d'ouvriers,
personnel essentiellement féminin. Cette industrie, qui a remplacé
la taille du verre, semble avoir été implantée par
des Anglais. Le nom de famille «George» en est un témoin.
Au Moyen Age, le sous-sol livrait du minerai de fer (voir : Chauffour,
Champ de la Mine) et de l'étain (Stampoumont). Une petite scierie
communale marche avec un «haut-fer».
Une source de revenus pourrait être le tourisme. Mais pour cela,
les esprits ne sont pas encore bien chauds. Les habitants sauront-ils saisir
l'occasion? Une vingtaine de citadins ont acquis des maisons de vacances
et de week-end. Par ailleurs, à la Salcée et au col du Bât
se trouvent deux maisons de vacances U.J.R.F. et F.E.C.
La route des crêtes qui est en construction passera au-dessus
du village, au Bât, et apportera peut-être un facteur nouveau
dans l'économie de Ranrupt.
Edmond Reeber
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire
de Schirmeck, n° 44 (avril 1957)
Une commune d'ouvriers-paysans au Ban-de-la-Roche
Solbach
Claude Maeyens
Nous avons commencé dans un numéro de «Saisons d'Alsace»
consacré à la Haute Vallée de la Bruche(1)
à étudier le milieu original du Ban-de-la-Roche, ces huit
communes de ce comté protestant comprises entre vallée de
la Bruche et ligne des hauteurs du Champ du Feu, vallées de la Rothaine
et de la Chergoutte. Nous y avons montré que ce milieu difficile
de moyenne montagne avait été repeuplé à partir
du XVII° siècle par des communautés originales, en train
de disparaître sous nos yeux. Dans cet article nous nous proposons
de décrire la base agricole de ces communautés en prenant
l'exemple de Solbach.
I. - Des communautés d'ouvriers-paysans
1) Un milieu naturel répulsif
Sur les raides pentes granitiques du Champ du Feu, les sols froids
sous la hêtraie sapinière sont maigres, facilement emportés
par les fortes et abondantes pluies. Dans cette zone d'agriculture marginale
(Belmont est aujourd'hui la commune aux rendements agricoles les plus faibles
du Bas-Rhin), le moindre accident climatique compromet tout espoir de récolte
et ces accidents sont fréquents. Les chroniques locales rappellent
comment les récoltes pourrirent sur pied lors des étés
de 1788 et 1789, que l'on monta cueillir des fleurs sur les hauteurs du
Champ du Feu à Noël ou que le 19 juin 1874 un orage détruisit
toutes les récoltes. L'agriculture ne peut être que l'activité
seconde de l'occupation humaine.
2) Les activités industrielles ont attiré une abondante
population dans le passé.
a) C'est la métallurgie qui a attiré
les hommes dans notre région. M. Rolland(3)
a prouvé l'existence des forges dès l'époque romaine
sur les gisements du minerai de fer de la région. Disparus pendant
la guerre de Trente Ans, les forges rouvrent en 1724 et vont attirer une
abondante population, principalement de Suisses (2)
, (1 b). Beaucoup d'habitants sont occupés
directement dans les mines de fer autour de Rothau. Mais il faut ravitailler
les forges avec des quantités considérables de charbon de
bois, que l'on descend en particulier du Champ du Feu vers les forges de
Rothau (en passant par Solbach) ou le haut fourneau de Waldersbach. Le
travail des forges et le transport de fers réputés (la manufacture
royale d'armes de Klingenthal se ravitaille à Rothau) fournissent
beaucoup de travail. Cependant la prospérité des mines est
aléatoire et va décliner complètement au XIX°
siècle (le fer de la fonte au coke revient beaucoup moins cher surtout
à une époque où toutes les forêts ont été
presque complètement détruites).
b) Une grande idée d'Oberlin (4)
fut d'introduire l'artisanat
puis l'industrie textile pour
suppléer à l'activité défaillante de la métallurgie.
Vers 1785 la filature de la laine, dans chaque foyer, rapporte autant que
l'agriculture mais elle est condamnée en quelques années
(vers 1810) par la construction de la filature mécanique de Schirmeck.
Nous avons dénombré au moins 530 tisserands à domicile
en 1836 mais Mme Bramberger à Rothau en 1834 et Jacquel à
Natzwiller en 1840 installent les tissages mécaniques. Le tissage
artisanal (à façon pour Ste-Marie-aux-Mines) va se regrouper
dans les ateliers de Neuwiller et Belmont en particulier. Les derniers
métiers à tisser artisanaux s'arrêtent en 1914, le
dernier atelier artisanal ferme ses portes à Neuwiller en 1939.
Cette brève histoire du textile nous montre que, outre les périodes
de crise, les phases de conversion sont nombreuses, l'agriculture assurant
la subsistance.
3) Cette agriculture est une polyculture, fondée sur l'utilisation
différenciée du finage.
Les champs fournissent pommes de terre et seigle en alternance. Chaque
famille élève quelques têtes de gros bétail
et des porcs nombreux, qui trouvent un important complément dans
les chênaies du Ban-de-la-Roche. En effet la forêt est la composante
indispensable de la vie paysanne. Nous avons vu sa part dans la métallurgie
(elle abrite de nombreux charbonniers et des hors-communautés, tels
les anabaptistes). Outre le matériau, le bois, elles fournissent
une zone de culture temporaire, les tripoux.
Nous avons montré que les limites des terroirs
étaient stables depuis le milieu du XVIII° siècle. Les
différentes parties du finage sont figées:
la forêt s'accroche aux pentes raides des zones de granite non altéré;
les champs occupent le fond des alvéoles aux pentes plus douces
et aux sols plus épais, dégagés dans les altérations
du granite, les hauteurs sont le domaine du pâturage.
II. - L'intensification agricole du temps d'Oberlin (début du
XIX° siècle)
Les 200 habitants de 1655 étaient 800 habitants en 1751 mais
2208 en 1770, 2992 en 1801, 4813 en 1836. La survie des communautés
passait par l'intensification de cette polyculture rudimentaire grâce
aux idées du pasteur Oberlin. L'association du textile et de cette
agriculture permet d'attirer les densités inouïes pour cette
région, 138 habitants par km2 et plus de 500 par km2
cultivable.
1) Une polyculture associant étroitement culture et élevage
(5)
a) Le bétail a toujours fourni une part importante
des ressources des différents villages.
Chaque famille possède quelques têtes de gros bétail.
Le type d'élevage est assez caractéristique sur le Ban-de-la-Roche.
Toutes les bêtes d'un village se regroupent chaque matin et montent
sur les pâturages des hauteurs sous la garde d'un berger communal
(institution introduite par Oberlin). L'usage du pâturage se fait
toujours dans le cadre communal avec remue quotidienne.
b) Le finage différencié
La solidité de la communauté villageoise repose sur l'utilisation
différenciée et en commun d'un finage
divisé en deux grandes parties: un terroir d'appropriation individuelle
(toutes les terres cultivées sont en propriété jusqu'à
nos jours) et de vastes espaces restés en utilisation collective
et indivis (le parcours sur les hauteurs et la forêt sur les pentes
raides).
* Le terroir, d'appropriation individuelle,
regroupe les prés et les champs.
On trouve les prés dans tous les endroits irrigables à
partir des ruisseaux donc dans les fonds de vallées. Ils imposent
un important travail collectif d'entretien. Ils fournissent le foin pour
l'hiver.
Sur les parties non irrigables, les longues bandes des champs, en terrasses
(les pierres sont récoltée dans les champs et remontées
comme la terre, régulièrement dans les «brise-reins»).
Ces champs sont cultivés successivement depuis toujours selon l'alternance
pomme de terre puis seigle. Ils sont complantés d'arbres fruitiers.
* Tout le reste du finage de la communauté
villageoise reste indivis et en utilisation collective.
Au-dessus des champs on trouve le pâturage collectif du troupeau
communal. Ce pâturage est entretenu régulièrement et
peut servir, lors de moments de trop grande pression démographique,
la culture de tripoux.
Nous avons déjà noté toute l'importance de la
forêt. L'histoire du Ban-de-la-Roche est marquée par l'acharnement
des communautés à empiéter sur le forêts seigneuriales
avant la Révolution et par d'interminables procès entre communes
après les partages.
2) Oberlin va perfectionner ce système de l'ouvrier paysan,
base des collectivités villageoises.
a) Les compléments se feront pendant longtemps
au sein de la famille au sens large, c'est-à-dire de tous ceux qui
vivent sous le même toit, souvent plusieurs ménages. Le père
est propriétaire des champs, plusieurs des fils pratiquent l'artisanat,
les filles sont souvent rubannières pour l'usine Legrand de Fouday
(4).
b) Oberlin fera réaliser au Ban-de-la-Roche une
véritable révolution avec utilisation de fumure et introduction
de plantes nouvelles comme le trèfle et le lin. Solbach verra même
apparaître après 1817 l'utilisation systématique des
tripoux avec lots partagés et redistribués annuellement.
c) Des régularisations assurent la survie de la communauté.
* En cas de crise textile, c'est l'agriculture qui assure la nourriture
du groupe ou plutôt elle lui évite de mourir de faim.
* Les régulations commencent alors à fonctionner
- Le groupe humain va se limiter par une limitation volontaire des
naissances: on ne se marie pas et les exemples sont fréquents à
Solbach de familles de frères et soeurs vivant sous le même
toit.
En 1836 plus de la moitié des hommes de Solbach ont épousé
des femmes plus âgées qu'eux. En 1836 Natzwiller (village
voisin mais catholique) a 3,60 enfants par couple (ayant des enfants),
Solbach 2,63 seulement; le taux de natalité à Solbach de
40 pour mille en 1836 (55 pour Natzwiller) passe à 27 en 1866 (47
pour Natzwiller).
- On utilise aussi les remèdes classiques au surpeuplement.
On note l'abondance de métiers marginaux (en 1792 à Belmont
le vantousier ou le faiseur de talus). Depuis toujours beaucoup de familles
ont un fils soldat mais la solution la plus courante reste l'émigration
des cadets (en Amérique généralement).
3) Nous avons montré ailleurs (2)
la force de la solidarité de cette communauté pratiquant
le travail en commun mais aussi l'entraide individuelle et collective suivant
en cela le grand exemple d'Oberlin.
Conclusion
Dans ces conditions, l'on n'est pas étonné de la solidité
de cette communauté, poussée presque à la perfection.
La pyramides des âges montre l'étonnante résistance
de cette communauté, alors que de nombreux villages des environs
vont se dégrader beaucoup plus rapidement. Nous renvoyons à
notre article de « Saisons d'Alsace » (2)
pour l'étude de cette lente agonie des communautés villageoises,
frappées à mort en 1955/60 par la disparition de l'industrie
textile.
Claude MAEYENS
agrégé et docteur en géographie
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire
de Schirmeck, n° 97 (noel 1977)
1) Définitions
- terroir: ensemble des terres
cultivées par un village.
- finage: ensemble des territoires
appartenant à un village (synonyme : Ban).
2) Courte bibliographie
(1) pour de plus amples détails,
on consultera:
(1 a) dans le numéro spécial des recherches
géographiques de l'U E R de géographie Université
Louis Pasteur, Strasbourg "Hommage à Etienne Juillard", 1976
page 11/45 : une commune d'ouvriers-paysans au Ban-de-la-Roche : Solbach,
un exemple d'intensification rurale au XIX° siècle.
(1 b) notre thèse de géographie de 3e cycle
"le Ban-de-la-Roche, évolution géographique d'une cellule
de moyenne montagne du XVII° siècle à nos jours", Université
de Strasbourg, 1975, 2 tomes.
(2) Saison d'Alsace,Noël 1977
"le Val de Bruche" "une enclave protestante, le Ban-de-la-Roche, l'agonie
actuelle des communautés d'ouvriers-paysans".
(3) A Rolland "les hautes Vallées
de la Bruche et de la Fave" carte et étude morphologique DES géographie
Strasbourg, 174 pages, 1966. [une étude physique et humaine de notre
région].
(4) Voir nos prochains articles dans
la revue l'«Essor»
- l'oeuvre matérielle d'Oberlin au Ban-de-la-Roche
- les différentes phases de l'industrie textile du Ban-de-la-Roche.
(5) Deux articles de M. Pierre Marthelot
décrivent avec beaucoup de détails cette polyculture:
- Bulletin de l'Association des Géographes Français
1947, no 187, pages 76/88 : "Une campagne ouverte en pays montagneux.
- Revue d'Alsace 1948, p. 31/48 : "Survivance de la communauté
villageoise".