Ce vendredi d'octobre, le Henri avait fini son travail à la filature de la Renardière à une heure de l'après-midi. Sa veste sur le bras, car il faisait beau, il remontait vers son village de Wildersbach par le chemin longeant le canal amenant l'eau de la Rothaine jusqu'au-dessus du Haut-Bout de Rothau d'où, par une conduite forcée souterraine, elle allait activer la turbine de l'usine. La semaine prochaine, il serait de l'équipe de l'après-midi, il avait ainsi pratiquement trois jours de liberté «devant lui».
Au chargeoir situé à la limite entre la forêt communale
de Wildersbach et la forêt privée du Chenot, juste en amont
de l'endroit où le canal passe sous le chemin, un débardeur
qui avait traîné
les tronces
d'une coupe sur l'aire réservée
à cet effet, discutait avec le commis forestier du propriétaire
de la forêt privée. Notre Henri s'approcha des deux hommes,
les salua et, s'adressant au commis, osa formuler la demande qu'il avait
préparée depuis plusieurs jours déjà:
«
- Si vous n'avez pas déjà donné les déchets
de coupe à un faiseur de bois, je serais preneur, à vos conditions.
- Vous pouvez faire le bois de chauffage, répondit le commis,
mais il faudra qu'après, la place soit nette. Tout ce que vous ne
garderez pas, il faudra le brûler.
- Eh bien, c'est ça! Merci! Vous pouvez compter sur moi:
le travail sera fait proprement.»
Et, le coeur léger, le Henri avait repris le chemin de son village. Tout en prenant son repas avec son épouse qui l'avait attendu, il annonça que, dès cet après-midi, il allait commencer à faire son bois. À deux heures et demie, il était à pied d'oeuvre.
Un rapide tour de la coupe et il avait estimé qu'il pourrait façonner au moins quinze stères de belle charbonnette et cinq stères de rondins et de quartiers avec les cimes et troncs creux abandonnés par les bûcherons.
Et il s'était mis au travail. Soulevant de sa main gauche un rai gros comme son bras, il le nettoyait avec rapidité avec la serpe tenue dans sa main droite. Un à un, les rais nettoyés s'entassaient en vue d'être traînés jusqu'au chemin, alors que les brindilles et les branches trop petites formaient un amas qu'il brûlerait plus tard.
Il avait déjà nettoyé les rais de plusieurs arbres lorsqu'il ressentit une impression bizarre, comme une présence hostile et oppressante. Levant les yeux, il vit, assis sur une souche au haut de la coupe, le Noir-Emile qui le regardait, affichant un sourire narquois. Le Henri fit salut de la main et se remit aussitôt au travail. Il travaillait maintenant mécaniquement, sans lever les yeux. l'esprit absorbé par ces interrogations: «Qu'est-ce que le Noir pouvait bien faire là à l'épier? Peut-être était-il à la recherche de champignons?... Ou alors quoi? ... »
Le Noir-Emile était un personnage redouté. Ancien légionnaire, il habitait une petite maison, un peu en retrait du chemin, en bordure de forêt. Depuis plus de dix ans qu'il vivait là, personne n'était jamais entré chez lui. Des rideaux jaunis pendaient derrière les vitres enfumées. Quand il s'absentait, il avait soin de fermer ses volets et de boucler la porte. Le facteur lui-même n'avait jamais approché la maison, car lorsqu'il avait le moindre courrier pour lui, comme s'il l'avait deviné, le Noir l'attendait au bord du chemin!
Son surnom de Noir lui venait de ses cheveux, de ses épais sourcils et de ses joues mal rasées ainsi que de ses yeux dont personne ne pouvait soutenir le regard. Il passait pour être un peu sorcier et posséder certains pouvoirs magiques acquis lors des années passées en Afrique. Bref! il valait mieux ne pas avoir affaire avec lui!
Après avoir travaillé un bon quart d'heure sans lever les yeux, le Henri risqua un regard vers le haut de la coupe. Plus personne ! Sans doute le Noir ne faisait-il que passer; et l'idée qu'il était à la recherche de champignons était la plus plausible. Notre Henri se sentit rasséréné et continua sa tâche, oubliant le trouble qui l'avait assailli un peu plus tôt. Bientôt il eut soif et alla boire au bidon de café. Il consulta sa montre laissée dans la poche de sa veste et, constatant qu'il allait être cinq heures du soir, se dit qu'il était temps de dissimuler sa hache et sa serpe et de rentrer à la maison.
Alors qu'il regagnait le chemin, il remarqua, arrêtée contre le tronc d'un sapin, une patte de charme d'environ soixante-cinq centimètres de long et trente centimètres de diamètre qui, sans doute, avait dévallé la montagne et s'était arrêtée là, bloquée par l'obstacle. «Un beau biéchot se dit-il. Comment ne l'ai-je pas vu en montant?» Il s'approcha, le souleva et le fit rouler jusque dans le fossé bordant le chemin. Allait-il le cacher pour le chercher plus tard ou le porter ce soir-même à la maison? Il opta finalement pour la deuxième solution.
Le Henri chargea le biéchot sur son dos, derrière sa nuque, et gagna le chemin. Le biéchot était assez lourd. mais il estima qu'en faisant deux ou trois haltes en cours de route, il le porterait facilement jusqu'à sa maison.
À peine avait-il fait cinq pas sur le chemin qu'il entendit derrière lui un ricanement qui le fit se retourner, mais il ne vit personne. Encore trois pas, et le même ricanement derrière lui! Il se retourna à nouveau: personne! Mais il lui sembla que le biéchot était plus pesant. Il le déposa sur le chemin, regarda bien autour de lui: tout était calme et silencieux! À peine avait-il rechargé le biéchot sur son dos qu'il entendit à nouveau le même ricanement! Il fit semblant de ne rien entendre et continua droit devant lui. Maintenant, les ricanements se succédaient, de plus en plus rapprochés. Et le biéchot s'alourdissait au point que le Henri allait chanceler sous le fardeau. Il fit alors un pas de côté et, d'un tour de reins, le balança dans le canal.
Le dernier ricanement se mua en un cri d'horreur et d'effroi, avant de s'éteindre en un bref gargouillis. Se retournant, le Henri vit le biéchot, entraîné par le courant, culbuter et rouler sur lui- même. Il le suivit du regard jusqu'à ce qu'il disparût sous le pont, là où le canal passe sous le chemin. Sans attendre sa réapparition de l'autre côté du pont, il se mit à courir éperdument en direction de la Quiaille. Mais il dut bientôt s'arrêter, à bout de souffle, plié en deux par un terrible point de côté. Quand il eut repris et son souffle et ses esprits, il rentra chez lui, remettant en cours de route de l'ordre dans ses idées.
La soirée se passa normalement. Mais cette nuit-là il
dormit mal, faisant cauchemar sur cauchemar, dans lesquels le Noir Emile
lui apparaissait tantôt avec un sourire menaçant. tantôt
hurlant d'effroi. Son épouse mit cette agitation sur le compte d'une
trop grande fatigue: «Pensez-voir! Après avoir fait l'équipe
du matin à l'usine, aller encore en forêt jusqu'au soir!»
Le lendemain matin, elle lui dit d'une voix impérative: «Ce
matin, tu n'iras pas au bois, tu viendras avec moi au marché de
Rothau. Il faut t'acheter une bonne veste et des chaussures bien chaudes
pour l'hiver!» Et, ensemble, les voilà partis par le chemin
du canal. Passant au bas de la coupe, il lui montra le bois déjà
façonné et tout ce qu'il restait à faire. Elle en
fut contente et le félicita d'avoir su faire sa demande avec opportunité
au commis forestier.
Alors qu'ils arrivaient à l'extrémité du canal,
il aperçurent un attroupement. S'approchant, ils reconnurent les
gendarmes, les pompiers, le maire de Rothau et quelques badauds. Allongé
sur la berge, un corps gisait, recouvert d'une bâche. Un camarade
de travail du Henri s'empressa d'expliquer: «C'est le Noir-Emile
de chez vous. On l'a trouvé ce matin, noyé, arrêté
à la grille du canal.» Puis il ajouta: «Il paraît
qu'hier il est allé toucher sa pension à la poste, et qu'après,
il a fait le tour de tous les bistrots!»
Le Henri et son épouse ne s'attardèrent pas là
et reprirent leur chemin vers le marché par le Haut-Bout de Rothau.
Après un instant de réflexion, sa femme dit: «S'il
avait fait tous les bistrots, il devait sûrement en
tenir une sévère,
Alors il sera tombé dans le canal et se sera noyé.
- Ça a sûrement dû se passer comme ça! acquiesça
le Henri, soulagé de trouver une explication rationnelle à
la noyade du Noir.»
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Pierre JUILLOT I.P.H.C Strasbourg |
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Le siège
de Pierre-Percée - qui a précédé de peu la
deuxième croisade (1148) - est d'autant plus émouvant qu'Agnès
était assiégée par ses deux frères: Etienne
de Bar, évêque de Metz et Renaud, Comte de Mousson, jaloux
des sentiments qu'entretenait le duc de Lorraine vis-à-vis des trois
enfants d'Agnès : Herman, Henri et Mathilde.
Qu'importe à Renaud une si proche parenté! Il désirait la vouerie de Senones, et pour y arriver, peu lui importait de faire disparaître toute une famille. Ecoutez parler Renaud et notez que c'est à Etienne de Bar que ce discours s'adresse:
« Il faut que Herman et Henri de Salm, sans oublier la belle Mathilde, se rendent à merci, corps et biens. Gare à ces aiglons sauvages si une fois nous parvenons à grimper jusqu'à eux !... Nous pourrons bien tordre le cou aux mâles et mettre la femelle en cage pour l'apprivoiser. Quant à la mère, vu son âge, vous lui trouverez bien une demeure plus commode que son roc escarpé. À moins qu'il vous plaise de la mettre sous clef au fond de cette maudite tour qu'elle nous oppose avec tant d'orgueil et d'opiniâtreté ».
Par un juste retour des choses, c'est Renaud qui est à présent
retenu prisonnier au fond de cette tour. La Comtesse Gisèle, sa
femme, est venue se jeter aux pieds d'Herman:
- Beau Neveu, rendez moi Renaud mon époux. Par Jésus
et sa Sainte Mère, ayez pitié de moi qui ne vous ai rien
fait.
Berthe de Blamont, fiancée d'Herman intervint. Herman ne sait rien lui refuser, mais cette fois il veut mettre une condition. Si la Comtesse Gisèle peut se faire entendre de Renaud, soit par le son du cor, soit par la voix des cloches, il sera libre!
À part la comtesse Gisèle, tout le monde à Pierre-Percée
connaît Ia profondeur du cachot où gît le prisonnier.
Même à Pâques à leur retour de Rome, toutes les
cloches de la Chrétienté seraient incapables de se faire
entendre de Renaud. La Comtesse Gisèle ignore cela.
- Saint Antoine me fera bien retrouver mon mari, dit-elle au
chapelain du château. Voulez-vous faire sonner la petite cloche
de sa chapelle?
- Rien n'est plus facile, comtesse!
Hélas, le son de cette petite cloche n'arrive même pas
aux caves du château...
- Il faut, dit la comtesse, faire refondre cette cloche en
y ajoutant des lingots de bronze et d'argent.
La comtesse est riche. Bientôt une nouvelle cloche se trouve
placée par ses soins dans un nouveau clocher. On l'agite et le geôlier
descend vers Renaud.
- Comte Renaud, n'entendez-vous rien?
- Que voudriez-vous que j'entende, hormis l'eau qui tombe goutte
à goutte ou l'araignée qui file sa toile?
Cette réponse est rapportée à la comtesse, elle vole de bouche en bouche dans nos vallées et chacun s'intéresse à la libération de Renaud. Non pour Renaud, qui est un méchant homme, mais pour Gisèle qui sait être une pieuse et sainte femme.
Le lendemain qui est un dimanche, toutes les cloches de nos églises et de nos couvents s'ébranlent à la fois pour sauver le prisonnier. Cela fait dans l'air un bourdonnement assourdissant. Les gens sur les portes écoutent ces sonneries graves qui se répondent d'une vallée à l'autre par-dessus les montagnes. Ils prient...
Peine perdue. Cette fois, la comtesse Gisèle comprend qu'il faut un miracle pour sauver Renaud. Elle prend le bâton de pélerin et part prier Notre-Dame de la Maix et consulter l'ermite.
Certes, le brave Isembaut est loin de nourrir de la sympathie pour ce Renaud par qui le malheur est venu s'abattre sur Pierre Percée et ses environs. Il est bien certainement responsable de la mort d'Agnès de Montbéliard : comtesse de Salm, la douce amie de son enfance. Mais la comtesse Gisèle pleure tout en lui racontant sa peine et, tout ermite qu'il est, il ne peut rester insensible aux larmes d'une sainte femme. Un combat se livre en son âme, car il a pensé à l'antique légende: quand la petite cloche de la Maix sonne pour l'élévation, elle est entendue par les damnés tout au fond des eaux et ils lui répondent par des gémissements. Que de fois des pélerins se sont penchés sur le lac pour les écouter.... C'est clair ! Renaud est bien aussi coupable qu'eux, et son cachot est bien moins profond que ce lac. C'est donc la petite cloche de la chapelle qu'il faut à la comtesse Gisèle pour sauver son mari. La donnera-t-il? La donnera-t-il pas? Il y a des moments dans la vie qui sont de durs combats et où le mal s'affronte avec le bien d'une façon terrible. Tout ce qu'il a vu dans ces derniers temps lui dit non. «Je garde mon secret. Renaud expiera lui aussi jusqu'à la consommation des siècles, jusqu'à la fin du monde». Mais s'il baisse les yeux, il voit la comtesse Gisèle à genoux, priant devant le grand sarcophage où repose Agnès et, plus haut, la bonne Vierge est là qui tend son enfant.
Alors le miracle se produit. L'ermite décroche sa petite cloche de bronze en disant:
- Comtesse Gisèle voici la petite cloche qu'il vous faut,
rappelez-vous l'antique légende et il la redit en quelques mots.
Le visage de la comtesse s'illumine:
- Partons avec elle et vous direz la messe sur l'autel de Saint
Antoine. C'est moi qui sonnerai à l'heure de l'élévation.
Il faudra bien que Renaud entende cette voix miraculeuse.
À Pierre-Percée, ce fut une grande surprise que ce retour
de la comtesse Gisèle avec l'ermite et sa petite cloche. Isembault
prit la parole:
«Bienheureux sont les chrétiens qui possèdent
la foi et mettent toute leur confiance en Dieu. Bienheureux surtout ceux
qui entendent la voix des cloches. Vous devinez n'est-ce pas que j'apporte
ici la plus précieuse de toutes et c'est pourtant la plus petite
et la plus oubliée : c'est la cloche de la Repentance».
La messe commença. La comtesse Gisèle sonna elle-même
à l'élévation, et pendant que chacun priait avec ferveur,
le geôlier descendit vers Renaud. Ô surprise, le son argentin
descendait avec lui si bien que Renaud l'entendit et s'écria:
- Qu'entends-je? c'est comme la petite cloche d'un ermitage. Elle
me dit : «Bienheureux celui qui se repent, car il sera pardonné.»
Ah ! si je retrouve un jour la liberté ce sera pour prendre la croix.
Je partirai avec mon frère Etienne, nous irons à Jérusalem
prier sur le tombeau du Christ, nous irons jusqu'au Jourdain et à
Tortosa».
- Ainsi soit-il, dit le geôlier.
Pauvre Gisèle elle retrouvait son mari pour le perdre à
nouveau.
Les deux époux prirent congé de leur famille pour se
rendre directement à Metz. Peu de temps après on vit l'évêque
Etienne, son frère Renaud et d'autres Lorrains traverser le pont
qu'on appelle aujourd'hui «Pont de la Mort». Ils allaient se
joindre à l'armée de l'empereur Conrad. Avec les Allemands,
ils arrivèrent à Constantinople, Là, ils préférèrent
attendre l'armée des Français conduite par Louis VII le jeune,
car comme dit le chroniqueur de la deuxième croisade, Eudes de Breuil:
Allemannos non ferentes.
Réjouissons-nous de ces paroles et de ce geste.
Dans la suite, le roi Louis VII ayant répudié Aliénor
d'Aquitaine, épousa une fille du comte de Champagne, tandis que
le fils de Renaud, épousa la seconde fille de ce même comte.
Gisèle, sa mère, fut très honorée de voir son
fils devenir le beau-frère du roi de France.
Légende extraite du livre : «Mon beau Pays de Salm» de Madame Marie Klein-Adam
| Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg |
Le récit qui va suivre tire son origine de la guerre de Trente ans (1618 - 1648). La vallée de la Bruche tout entière eut terriblement à en souffrir, le Ban-de-la-Roche tout particulièrement. Des troupes croates, «les Kaiserlicks», dévalisaient constamment les villages, mettant les habitants dans l'impossibilité de cultiver la terre. Les bandes de marodeurs attaquaient à main armé les maisons qui semblaient leur promettre quelque butin, tuaient les hommes qui voulaient s'y opposer, puis mettaient le feu aux habitations, obligeant les gens à se cacher des semaines entières au sein des forêts.
La famine survint et à sa suite, la peste qui ravagea le pays de 1645 jusqu'à 1650. Il existe encore entre le Trouchy et Waldersbach, un endroit appelé la «maladrerie» où l'on avait construit une baraque destinée à abriter les pestiférés.
La population diminua dans d'incroyables proportions et fut anéantie à tel point que le comte Palatin Léopold-Louis de Veldence, qui avait hérité du Ban-de-la-Roche à la mort de son père Georges de Veldence (1634), dut par la suite faire appel aux émigrants suisses pour le repeupler et le relever de ses ruines. Nous reviendrons prochainement sur les influences que ce mélange de races provoqua dans la région et sur les curieuses conséquences qui en découlèrent.
Vers 1650, il ne restait plus à Fouday qu'une femme Catherine Milan (ainsi dénommée parce qu'elle était originaire de Milan) qui y vivait seule avec un petit enfant de sept ans. «On raconte, écrit Stoeber en 1831, qu'elle fauchait jusqu'à trois fois l'année les prés environnant le village et y mettait le feu pour que les serpents ne s'augmentassent pas trop».
Pendant
tout ce temps de désolation les gens utilisaient tout, y compris
les herbes pour leur nourriture. On raconte qu'en ces temps, un homme fut
trouvé mort de faim devant un trou de souris dont il guettait l'habitante.
Belmont qui était facilement accessible aux troupes venant de la plaine et du Val de Villé est peut être un des endroits qui eut le plus à souffrir de la guerre de Trente ans. Le Crawatenacker en est la preuve.
Une troupe de Kaiserliks avait élu son quartier général à Belmont et à La Hutte, réquisitionnant et volant tout ce qui lui tombait sous la main. Les habitants les craignaient au plus haut point et désertaient souvent le village pour se réfugier dans l'épaisseur des forêts. Leur chef surtout, était redouté à cause de sa violence. Il habitait à La Hutte, la maison d'un dénommé Muller. Ce brave montagnard prit la résolution de débarrasser la contrée de cette engeance, mais n'en souffla mot à personne.
Un jour il prit l'officier à part et lui confia qu'un trésor était enfoui dans son champ, composé de nombreuses pièces d'or et qu'il était prêt à le partager avec lui pour lui être agréable et à titre de bon souvenir.
Le Croate donna dans le piège et le soir même, à la nuit noire, les deux hommes partirent pour le champ. Muller ouvrait la marche, armé d'une pelle et d'une énorme pioche; l'officier le suivait en l'éclairant d'une petite lanterne. Arrivés à l'endroit fatidique, nos deux hommes se mirent à l'oeuvre. Tandis que le paysan creusait la terre l'officier tenait la lanterne. Muller creusait, creusait toujours, mesurant de l'oeil si la fosse était assez longue et assez profonde. Tout à coup il s'arrête, son corps tremblent d'émotion. À la lueur de la lanterne le Croate croit lire la convoitise dans les yeux de Muller.
En effet le paysan sort de la fosse et lui murmure
- Regarde, mon ami, vois-tu comme ces pièces d'or luisent dans
l'ombre? Le Croate se baisse pour s'assurer de l'apparition du trésor.
Muller attendait cette position favorable; d'un coup de pioche il le culbute
dans la fosse et, sans perdre une seconde, l'enterre tout vivant. Avec
ses gros sabots il piétine bien, terre et cailloux, remet les gazons
soigneusement en place, puis, se frottant les mains de contentement, il
rentre au logis sans avoir été inquiété le
moins du monde.
Le matin, à la première heure, notre héros n'eut rien de plus pressé que d'avertir la troupe, leur disant que le chef, dans le courant de la nuit, avait reçu l'ordre de se rendre vers Sélestat et que ses hommes devaient l'y suivre en passant par le Val de Villé.
Les soldats obéirent et s'empressèrent de quitter la contrée, ce qui débarrassa Belmont et ses environs de ces hôtes malfaisants. Ce n'est que plus tard que Muller sur son lit de mort avoua son forfait à la stupéfaction générale.
Le champ du trésor supposé, reçut depuis lors le nom de «Champ du Croate» ou Croatenacker, puis par déformation Crawatenacker.
Si vous passez par Belmont un soir d'été, laissez tomber
la nuit et suivez le chemin que prit Muller en compagnie de l'officier.
Vers minuit, si la nuit est bien noire et sans lune, vous verrez peut-être
comme un feu-follet lécher les herbes sèches pendant qu'une
plainte sourde fera courir un frisson glacé le long de votre échine.
Fuyez ces lieux, c'est l'âme du soudard qui court la montagne à la recherche de sa troupe et de l'éternelle paix qu'elle a pour toujours perdue.
| Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg |
C'est une tradition que chacun connaît dans les Vosges. Là-haut, sur les pentes de l'Ormont le chariot d'or, dont le timon émerge au milieu des sapins de la montagne, s'offre à l'audacieux qui ira l'y chercher en l'attelant à deux boeufs blancs.
De nombreux chasseurs attardés dans la montagne à la poursuite d'une biche sauvage, l'ont souvent aperçu dans le soir, auréolé d'une lumière jaunâtre; jusqu'à ce jour pourtant nul n'a eu l'audace de tenter l'aventure par crainte des lutins et des gnômes, jaloux du trésor dont ils assurent la garde.
Et puis le chariot ne doit appartenir qu'à celui qui saura l'amener
jusqu'à la lisière de la forêt sans proférer
un seul juron. À elle seule, cette dernière clause, ébranle
les charretiers les plus aventureux.
- Nom de ... , ne reste pas là, Alfred, à me regarder
comme ça, cours conduire mes bêtes!
Et malgré les supplications de Jeannette, sa femme, notre homme
se met en route. Il est chargé d'outils et prêt à affronter
tous les dangers et périls de la montagne. Dans le sentier rocailleux,
les grands boeufs blancs s'avancent de leur pas calme et grave.
Attelage et conducteur arrivent sans peine jusqu'au sommet, puis soufflent tout à leur aise.
Gaspard attache ses bêtes à un sapin et se met à creuser le sol pour déterrer le trésor. Surprise, le premier coup de pioche arroche à la rocaille des étincelles d'or et le timon se découvre lentement. Le chariot émerge peu à peu et, de lui-même, se pose sur ses roues toutes d'or au milieu du chemin subitement aplani.
Notre homme ne peut en croire ses yeux. Pour achever de s'en convaincre, il tâte voluptueusement l'or massif qui reluit au soleil. Alors, plein de confiance, il détache ses bêtes qui ruminent, insouciantes du travail qui va leur incomber. Il les caresse avec mille soins et, amoureusement, les attelle au chariot.
L'équipage se met en route et l'énorme char s'avance,
au grand étonnement du charretier, aussi facilement que le carrosse
du grand-prévôt dans les rues de Saint-Dié.
Tout semble se passer à merveille quand, sans raison apparente,
les roues s'enfoncent dans le sol jusqu'aux essieux. Par bonheur, Gaspard
se raidit à temps; il étouffe dans sa gorge le juron qui
déjà lui brûlait les lèvres et sourit sans mot
dire à sa malchance.
Il pioche, bêche et dame les ornières, stimule de son aiguillon les boeufs qui fument sous l'effort et réussit enfin à repartir.
Mais voilà que la tempête fait rage; quelques mètres
plus loin, un énorme sapin s'écroule avec fracas en travers
du chemin. Gaspard se contient encore. Une à une, il coupe les branches;
durant des heures, il scie et dégage la route.
L'attelage reprend
sa marche, mais c'est un rocher qui surgit subitement sous une roue et
renverse le char, plus loin c'est un éboulis qui ensevelit presque
un boeuf.
Deux jours durant, une nuit toute entière, la patience de l'entêté
subit à chaque pas les assauts les plus durs. Il n'y eut ni embûches,
ni désagréments de toutes sortes que les mauvais génies
ne lui suscitèrent, sans toutefois tirer de sa bouche autre chose
que des douces paroles d'encouragement pour ses bêtes épuisées.
N'en pouvant plus, vers la fin du deuxième jour, l'attelage
fourbu atteint enfin la lisière du bois. Encore quelques pas à
franchir et les gardiens de la montagne seront vaincus. Gaspard sait bien
que, lutins et sorcières, ne peuvent en plaine poser leurs pieds
fourchus. Malgré la fatigue qui l'accable, il se met à danser
de joie en apercevant de loin tous les siens qui lui tendent les bras et
crient au miracle.
Les boeufs déjà sortent de la forêt:
- Hue Blanchot, hue Costaud, nous voilà riches maintenant...
Et, fou de joie, le charretier lâche soudain un juron d'autant
plus formidable qu'il était depuis si longtemps contenu.
Une flamme rouge jaillit. Le sol s'entrouve et l'engloutit, lui, le
chariot et ses bêtes.
Les siècles ont passé et maint chasseur a depuis, souvent vu le chariot fatal. Il attend depuis lors, sous la mousse du mont, le charretier qui saura, sans jurer, conquérir le trésor aux génies de l'Ormont.
| Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg |
Cela frappe d'autant plus que de l'autre côté se trouve
une forêt luxuriante remplie de bourdonnements d'insectes et de chants
d'oiseaux. Ce contraste de vie et de mort est encore renforcé par
la présence des eaux du Fossé qui cascadent doucement de
pierre en pierre.
Croyez-moi, ce ruisseau a vu bien des choses, situé comme il
est tout contre le chemin de nos Princes. Ecoutons-le jaser.
Ces roches de Barfontaine avaient l'habitude, dès que cessait de retentir le dernier coup de minuit, de quitter leur place pour aller boire. Ainsi désaltérées elles s'en allaient danser au clair de lune sur le versant opposé si riant et si frais. Au retour de l'aube, elles revenaient bien sagement reprendre leur place.
Un soir, après la destruction du château de Bar qui lui venait de sa grand'mère, le diable errait tristement à la recherche d'un bon endroit pour déposer ses trésors. Il assista de loin à ces déplacements de rochers, ce qui lui donna l'idée de les utiliser. Vite il déposa une poignée d'or dans chaque alvéole. Il avait juste terminé, quand elles revinrent reprendre leur place.
Alors il leur dit : «Aujourd'hui c'est le premier mars, et je pars pour un long voyage, vous laissant la garde de mes trésors. Je reviendrai le premier mars de l'année prochaine pour les reprendre. Fini pour vous d'aller danser la nuit comme des vierges folles. Donc silence et immobilité parfaite durant trois cent soixante-cinq nuits.»
Les roches comptèrent donc jusqu'à trois cent soixante-cinq. A la trois cent soixante-sixième nuit, elles se levèrent toutes ensemble et recommencèrent leur manège, joyeuses de pouvoir boire et danser le rigodon.
Or, cette année-là était bissextile, février avait vingt-neuf jours et comme le diable revenait juste au premier mars, il vit de loin tout son or découvert et brillant à la clarté des étoiles. Barfontaine paraissait être une solitude sibérienne. Le diable siffla ses roches, mais elles étaient loin et il dut rester là les pieds dons la neige à monter la garde.
On dit que chaque quatre ans la garde de Satan recommence à Barfontaine pour une nuit. Au fond de chaque trou l'or scintille sous le ciel étoilé. C'est un véritable paysage des mille et une nuits. Tous ces rayons dorés ne peuvent être aperçus de la vallée, et même si nos paysans connaissaient la chose je crois que l'or du Malin ne les tenterait pas, et puis il est là, roulant ses yeux furibonds et redoutables.
Il est là, attaché à son poste et pour quelques heures l'humanité tout entière échappe à ses maléfices. C'est bien l'occasion de chanter: « Ô nuit, Ô nuit belle et sereine. . . . » ou: « de la première étoile que le regard est doux » ou mieux encore de monter au châtau de Guirbaden haut perché sur le Mont St-Valentin, patron des amoureux.
Pour quoi y faire ? me direz-vous, il y rôde des fantômes. Inutile d'assister à une scène macabre! Inutile de rechercher la vaisselle d'or et d'argent du vieux burg : les chercheurs de trésor sont déjà passés là et puis comme on vous l'a dit : ce trésor ne se découvrira que le jour où le traître aura expié son forfait. Or, il est condamné à revenir sur les lieux du crime tous les ans, au jour anniversaire de la prise du château et cela jusqu'à la fin du monde.
| Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg |
Un soir, à l'heure de la soupe, un faucheur, sa faux sur l'épaule,
regagnait sa demeure en sifflant: «Siffle, siffle à ton aise,
marche, le cerveau vide, sans rien entendre et sans rien voir, se dit à
part soi un malin Sotré qui faisait sa promenade du soir dans le
voisinage, mais à moi ta belle faux luisante!»
Et il la lui enleva si adroitement que le paysan rentra chez lui sans
s'être aperçu de rien.
Qui donc, quand les bonnes commères de village rêvent,
les yeux ouverts, aux piles d'écus que leur rapporteront leurs poules
couveuses, s'amuse à voler, l'un après l'autre, tous les
oeufs de la nichée? C'est le Sotré. Qui cache la truelle
du maçon, le rabot du menuisier, l'aiguille du tailleur, fait des
noeuds dans le ligneul du savetier, brouille le fil du tisserand, quand
ces rudes travailleurs éprouvent le besoin de prendre un peu de
repos? Lui encore, toujours lui.
Si la servante du logis où il se
glisse la nuit est bonne fille, il l'aide volontiers dans les soins du
ménager, manie le balai à sa place, lave les assiettes, les
essuie et les range en bon ordre sur le dressoir. Le matin, quand elle
se réveille, elle trouve la moitié de sa besogne faite, et
bien faite, le feu allumé. Est-elle, au contraire, d'humeur difficile,
il jette de la poussière sur les meubles, met des cheveux dans le
beurre, perce le fond des pots, pisse dans les cuveaux de la laiterie,
cherche tous les moyens possibles de la faire gronder.
Nul ne s'entend mieux que lui à soigner le bétail, à lui donner du fourrage appétissant, à renouveler sa litière. Les vaches qu'il prend en affection sont pleines de vigueur et de santé, font des laitières incomparables; celles dont il ne s'occupe pas restent ou deviennent maigres. Quelquefois, il s'amuse à tresser la crinière ou la queue des chevaux, il ne faut point s'en alarmer. Ces chevaux, loin de se trouver mal d'un pareil traitement, valent presque toujours mieux que les autres.
Si, par hasard, on vient à surprendre le Sotré soit dans une étable, soit dans une maison, il ne faut pas faire semblant de le voir, ni lui adresser la parole: autrement, branle-bas général: il se fâche et sa colère est à redouter.
Un jour, un Sotré s'avisa de faire entrer un cheval dans un
ran (réduit à porcs). C'était à Ban-sur-Meurthe,
raconte-t-on. Un homme, le maître de la bête, avait vu le coup
et voulut savoir quelle diablerie ce lutin pouvait bien être en train
de manigancer. Mal lui en prit, car, sans parler de la rude frottée
qu'il reçut pour prix de son indiscrète curiosité,
il lui fallut jeter bas le ran, et de fond en comble, pour en retirer son
cheval. Le Sotré aime les enfants, trop peut-être, puisqu'on
l'accuse d'en avoir volé quelques-uns.
D'ordinaire, il se contente
de les choyer, de les bercer, de leur chanter de belles chansons pour les
endormir. Heureux les marmots qu'il entoure de ses prévenances!
II leur ouvre l'esprit et le coeur, leur donne l'adresse, l'agilité,
la force, la santé. On dit que le Sotré est friand de lait
de vache: la chose n'est pas impossible, mais on ne fait guère de
bouillie sans lait, et il est reconnu que nul ne s'entend à la préparer
comme lui. Cette bouillie, qu'il réserve aux enfants de son choix,
a beau être noire, elle est trop fortifiante, trop salutaire pour
n'être faite qu'avec de l'eau.
Quand le Sotré veut traire une vache, il commence par lui enlever
les cornes; si on le dérange dans son travail, il ne les remet pas
en place.
Le Sotré a pour distraction favorite la danse. Combien de fois
le passant attardé n'a-t-il pas surpris, mais en se gardant bien
de faire mine de les voir, une douzaine ou deux de petits hommes rondiant(1)
au clair de lune, par quelque belle nuit d'été, sur les tas
de fumier dressés aux abords des fermes!
C'était la bande
des Sotrés, bande ardente au plaisir, rieuse, tapageuse, infatigable.
Ces malicieux esprits poussent si loin l'amour de la danse qu'il leur prend,
parfois, fantaisie de faire danser les meubles, le trépied, la pelle
à feu, les casseroles, quand ils ne sont pas en nombre pour rondier
entre eux. D'autres fois, ils sautent sur les lits et font des cabrioles
jusque sur la poitrine des gens endormis.
S'ils sont petits, ils sont lourds,
lourds comme le plomb, et, quand l'un deux s'assied sur la poitrine ou
sur l'estomac d'un dormeur, quelle torture! En vain le malheureux qu'il
écrase veut-il crier, aucun bruit ne sort de ses lèvres;
en vain cherche-t-il à se débattre, il est paralysé
et ne peut faire le moindre mouvement.
Le supplice devient bientôt
intolérable, et si le Sotré, ou cauchemar- c'est tout un
- ne se décide pas à battre en retraite, les accidents les
plus terribles, la mort même, sont à redouter.
Les personnes qui veulent éviter les familiarités du Sotré - et il s'en permet, parait-il, de très choquantes - doivent se mettre les bras en croix au moment de s'endormir. Quelques-unes placent un couteau ouvert sur leur poitrine: le Sotré se blesse, s'enfuit et ne revient plus.
Le même esprit prend aussi quelquefois l'apparence d'un tourbillon de vent, dispersant, entraînant à de grandes distances tout ce qu'il rencontre, feuilles, brindilles, paille, foin. Il n'est pas jusqu'aux femmes et aux enfants qu'il ne traite avec le même sans-gêne. De la, tant de disparitions d'êtres chers, que l'on a signalées un peu de tout temps. On comprend, par ce qui vient d'être dit, combien il est dangereux de déplaire à cet esprit, de l'irriter, de s'exposer à s'en faire un ennemi.
C'est vrai que je vous ai promis de vous dire l'histoire du Sotré. Approchez-vous de la cheminée, et serrez-vous bien tous autour de moi: nous aurons plus chaud et votre maman Flo aura moins de peine à se faire entendre.
Et puis, j'oubliais, ne dites pas à votre maman que je vous ai parlé du Sotré, elle aurait peur que vous ne vous endormiez pas.
Je connais deux aventures du Sotré; l'une m'a été contée par votre arrière-arrière-grand-mère, ma grand-mère donc. C'était au bon vieux temps, j'avais à peine votre âge, mes chéris. L'autre est arrivée, il n'y a pas bien longtemps, à la Marlyse, qu'était charcutière à la place du Victor, le frère du cousin de not' Edouard, là-bas dans la grand-rue et dont je vous ai déjà parlé.
Voici d'abord l'histoire de ma grand-mère. C'était dans son village à Woippy; le Sotré venait tous les soirs et faisait mille tours. On ne parlait que de lui, le soir à la veillée: l'une contait que le lutin avait emmêlé sa quenouille, l'autre qu'il avait déplacé tous les ustensiles du ménage, celle-ci qu'il était venu traire les vaches, celle-là qu'il avait bercé son poupon. Mais personne ne l'avait jamais vu et toutes ignoraient son repaire.
Chez le père Clément, un vieux têtu, c'était une autre chanson. Sa femme racontait que chaque nuit quelqu'un venait visiter les chevaux et dérober l'avoine. Vous pensez que cela ne faisait pas l'affaire du père Clément. Les gens du village avaient eu beau lui dire: «C'est le Sotré!», le vieux répondait que le Sotré était bon pour les femmes mais qu'on ne lui enlèverait pas de l'idée qu'il y avait un voleur au village. Si bien qu'un soir, le père Clément s'est caché dans son écurie en se disant:
«Sotré ou pas, il faut que je sache qui vient dérober mon avoine».
Bientôt vers minuit, la porte de l'écurie s'entrouvre
et un tout petit bonhomme, vêtu d'un habit rouge, avec des cheveux
blonds en broussaille coiffés d'une calotte, entre en dansant de-ci,
de-là.
Le nain fait d'abord cent courbettes gracieuses, caresse les chevaux
qui hennissent à son approche, puis se met en devoir d'ouvrir le
coffre à avoine.
C'était lui le voleur!
Pour le coup, le père Clément n'y tient plus, il bondit
de sa cachette en brandissant sa fourche et s'écrie:
«Hors d'ici! coquin, ou je te tue».
Le lutin est tout surpris et, avant qu'il ait fait un geste, le vieux
le saisit par les cheveux. Mais le petit, d'un mouvement vif, se sauve,
laissant sa calotte aux mains de son agresseur. «Rends-moi ma calicalotte...
implore-t-il.
-Hors d'ici! mauvais gredin, détrousseur de pauvres gens. Hors
d'ici ou je t'assomme», répond le père Clément.
Le Sotré, car c'était lui, dit alors au vieux:
«Affreux têtu, rends-moi ma calicalotte, sinon je te changerai
en mulet».
«Je la tiens, je la garde...» pense notre paysan et il
crie de plus belle:
«Va-t'en ou je t'embroche!»
Le Sotré s'en est allé et le lendemain tous les gens du village connaissaient l'aventure et avaient vu la petite calotte rouge du lutin. Puis la journée s'est écoulée sans autre incident mais, le surlendemain, voici qu'on ne trouvait plus le père Clément. II avait bel et bien disparu.
Tout le monde s'est mis à sa recherche. Peine perdue. Alors,
sur le soir, sa femme s'avisa d'entrer à l'écurie.
Que vit-elle? Allons, devinez? Vous donnez votre langue au chat?
Un mulet. Un mulet qu'elle ne connaissait pas et qui était attaché
près des chevaux. Et le vieux mulet remuait de grandes, grandes
oreilles.
La mère Clément s'est souvenue de la menace du Sotré et, malgré sa peur, à la nuit tombante, elle a reporté la calotte du lutin dans l'écurie.
Au petit matin qui a suivi, le mulet n'était plus là.
À sa place, couché dans la paille, le père Clément
ronflait comme un poêle.
Je vous ai dit, vous vous souvenez, que le Sotré venait aussi
chez la Marlyse. Un soir, les femmes du quartier s'étaient rassemblées
chez elle, pour veiller.
Il était au moins dix heures, quand elles entendent du bruit
dans le jardin. C'était comme un glissement sous les fenêtres.
Les pauvres vieilles étaient bien effrayées.
«C'est le Sotré, dit l'une, ne bougeons pas».
Elles se font toutes petites et retiennent leur respiration. Le bruit se rapproche, une porte grince, le Sotré est maintenant dans la maison: on entend sa démarche légère. Il va de-ci, de-là, ouvre les armoires, les referme.
La Marlyse, qui a aussi peur que les autres, pense que c'est bien dommage que son homme ne soit pas là. Au bout d'un moment, n'y tenant plus, elle grimpe doucement l'escalier. Pilali, pilala, font les marches qui sont vieilles. Arrivée à l'étage, elle entre dans la chambre du René, son mari, et se met à le secouer comme on secoue les pruniers.
Tout endormi, le René se met sur son séant et, se frottant
les yeux, pense que le feu est à la maison.
«Qu'est-ce qu'y arrive?» souffle-t-il.
- Le Sotré...
- Le Sotré?...
- Le Sotré est chez nous dans la salle à manger... »
chevrotte la Marlyse.
Ah! si vous aviez vu le René, il roulait des yeux terribles... puis, en haussant les épaules, il s'est recouché. Mais la Marlyse a tant insisté que le René s'est levé. Il était en chemise de nuit...
Pilali, pilala, il descend l'escalier. Quand il entre dans la
cuisine avec sa chemise et son gros bâton, les voisines croient que
c'est un fantôme. Le René ne s'arrête pas là, vite
il ouvre la porte de la salle à manger des jours de fête,
et brandissant son gourdin, il s'écrie:
«Ah! Sotré! malandrin! sauve-toi vite».
Et il frappe, il frappe à coups redoublés sur une ombre
qui se sauve dans les coins, qui revient, s'esquive, revient et enfin s'échappe.
Au bout d'un moment, le René rentra dans la cuisine et les femmes
lui dirent:
«Père René, cela ne vous portera pas chance d'avoir
battu le Sotré».
Mais le vieux n'y a pas pris garde.
Le lendemain, comme la Marlyse faisait ses commissions, elle aperçoit de l'autre côté de la route l'Ernest, un pauvre diable qui venait souvent lui demander l'aumône. Et l'Ernest marchait courbé avec, sur sa figure, des grands linges blancs. La paysanne a vite traversé le chemin et a hélé l'homme qui hâtait le pas: «Hep, Ernest... Hep! l'Ernest!», parce qu'il avait l'air de ne pas faire attention à elle.
Enfin, il s'arrêta:
«Qu'est-ce que t'as donc fait, mon pauvre? qu'elle lui dit.
- Oh! c'est rien, m'dame Marlyse; j'suis tombé, voilà
tout».
La Marlyse aurait bien voulu en savoir davantage, parce qu'elle était curieuse, comme toutes les femmes. Mais le vieux chemineau s'en alla aussi vite qu'il pouvait, en boitillant.
En rentrant, la femme du René a fait la soupe, puis, quand son
homme est rentré, elle lui a dit le malheur de l'Ernest. Le René
a fait simplement:
«Sotré d'Ernest, va!».
Ah! s'il pouvait fatiguer vos yeux, les frapper d'éblouissement, quelle joie serait la sienne! Il lui serait facile alors de vous entraîner au fond de quelque gouffre. Et c'est ce qu'il cherche en faisant le beau, l'aimable, l'empressé, car, si vous l'avez refusé comme guide, il a la prétention de se faire accepter comme compagnon. Ne songez pas à le saisir! Si vous étendez la main sur lui, il se dérobe, s'évanouit, pour reparaître, presque aussitôt, en riant à se tordre.
Le seul moyen que l'on ait de se débarrasser de ses importunités est de jurer comme un charretier: Culâ, qui a horreur des jurons, se précipite dans la première flaque d'eau venue et vous voyez s'allumer tout à l'entour de l'endroit où il a plongé une multitude de petites flammes vertes, jaunes, bleues, rouges, tout cela dansant, sautillant à vous donner le vertige et à vous aveugler.
Culâ n'aime pas qu'on le rudoie et surtout qu'on le menace. Une nuit, un garçon lui dit: «Se té n'té recules mi, j'té reçulerà».
Mais ce fut bien lui, le vantard, qui dut reculer, et lestement jusqu'à sa porte, ramené par Culâ.
Il y a bien trois mille ans, notre voisin avait beaucoup de blé en grange. Tous les matins il trouvait une partie de ce blé battu, et des gerbes préparées sur l'aire pour le lendemain il ne savait comment expliquer la chose.
Un soir, s'étant caché dans un coin de la grange, il
vit entrer un petit homme qui se mit à battre le blé. Le
laboureur se dit en lui-même:
«Il faut que je lui donne un beau petit habit pour sa peine».
Car le petit homme était tout nu.
Il alla dire à sa femme:
«C'est un petit homme qui vient battre notre blé; il faudra
lui faire un petit habit».
Le lendemain, la femme prit toutes sortes de pièces d'étoffe et en fit un petit habit, que le laboureur posa sur le tas de blé.
Le follet revint la nuit suivante, et, en battant le blé, il
trouva l'habit. Dans sa joie il se mit à gambader à l'entour,
en disant: «Qui bon maître sert, bon loyer en tire».
Ensuite, il endossa l'habit et se trouva bien beau.
«Puisque me voilà payé de ma peine, battra maintenant
le blé qui voudra!»
Cela dit, il partit et ne revint plus.
Il était une fois un homme qui s'en allait tous les soirs veiller chez les voisins, et laissait sa femme seule au logis. Un soir que celle-ci était à filer, comme à l'ordinaire, elle vit entrer un petit garçon rouge, qui s'approcha du feu en disant:
Le lendemain et les jours suivants, il revint encore. A la fin la femme,
effrayée, dit à son mari:
«Il vient tous les soirs un petit garçon rouge qui tisonne
pendant que je file. Je n'ose plus rester seule.
- Eh bien! dit le mari, tu iras ce soir veiller chez le voisin, moi,
je filerai à ta place».
Le soir venu, l'homme prit les habits de sa femme, fit un bon feu,
et se mit au rouet. Le follet ne tarda pas à arriver, et il dit
en s'approchant du feu:
Pendant qu'il tisonnait, l'homme l'empoigna et le jeta dans le feu. Le follet s'enfuit en criant:
Les habitants de Barembach ayant eu vent de ces actes de vandalisme se sont dit: «quand ils auront fini là. ils monteront sûrement chez nous». Car Schirmeck était un bourg insignifiant: il n'y avait que quelques maisons au pied de la Côte du Château.
Il y avait à Barembach, une femme, veuve, aubergiste au milieu du village. Elle s'appelait Trotzier. Sa fille de vingt ans faisait marcher le commerce. C'étaient des gens bien. Ils possédaient beaucoup de vignes sur la «Choche Côte». Et elle trottait les raisins de tout le village. Elle avait une trotte importante. Mme Trotzier était une femme autoritaire; elle savait ce qu'elle voulait.
Elle pensait: les Suédois viendront sûrement; si je garnis bien mon auberge, si je les invite... Alors elle a mis des cruches de vin sur les tables, du pain, de la viande, du jambon, tout ça, la salle bien garnie. Et fait et dit: quand la section des Suédois est montée à Barembach, la mère Trotzier était sur le pas de la porte.
Faisant signe aux soldats, elle leur criait: «Venez, venez!»
Les Suédois étaient ébahis d'être si bien accueillis.
C'était bien la première fois qu'on les engageait à
entrer.
Ils se sont attablés, la mère Trotzier leur a dit:
«Buvez, buvez, mangez, mangez». A sa fille, la belle Lina elle
a dit «Lina, cache-toi sur la
benne
à foin parce qu'on ne sait jamais»! Alors. ma foi, elle a
disparu. La mère Trotzier remplissait les cruches: «Allez,
buvez, buvez». Quand le chef des Suédois a vu que la section
en avait assez, il a dit:«Maintenant, on va, retourner». Et
ils n'ont pas touché au village. Ils sont partis en chantant.
Quand la horde s'était éloignée un bout, la mère a voulu voir après sa fille. Elle a été derrière le hallier à foin et elle a entendu gémir. Elle a entendu gémir sa Lina. Elle a encore vu un Suédois en haut sur sa benne: ils étaient deux. L'un d'eux remontait ses culottes; elle avait compris ce qui s'était passé.
Mais comme c'était
une femme qui tombait toujours sur ses pieds, elle a vite couru dehors.
Les gens de Barembach commençaient à sortir des maisons.
Et elle a dit: «Venez, venez voir, venez voir,... faites du bruit,
faites du bruit, comme si un régiment de soldats passait dans le
village. Faites du bruit avec n'importe quoi, mais faites du bruit. Criez,
chantez, mais faites quelque chose!
- Et pourquoi?
- Ne demandez pas pourquoi, faites ce que je vous dis».
Et comme la mère Trotzier était
bien écoutée, ils ont fait du bruit, du tam-tam. Elle est
venue derrière dans le
hallier,
là où il y avait les deux Suédois. Ils voulaient justement
partir.
Elle leur dit: «Ne partez pas. Vous entendez le bruit? Vous
entendez? Ce sont les soldats de l'Evêque qui sont venus de Strasbourg.
S'ils vous trouvent vous êtes perdus! Cachez-vous, cachez-vous!...
mais si cachez-vous dans la trotte, dans le pressoir. Cachez-vous là-dedans!
Vous pouvez vous mettre tous les deux. Pas de bêtises; non, non cachez-vous.
Je vas mettre les planches dessus et les madriers pour les machins. On
va vous cacher».
Et comme ils étaient bien cachés, elle a fait tourner la vis et on a entendu craquer les os et à la place de vin il a coulé du sang de Suédois!
C'est ça, l'histoire des Suédois et de la mère Trotzier.
| Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg |
L'abbaye de Senones, puissante communauté de Bénédictins,
n'était pas éloignée du château de Salm, et
ses supérieurs se mettaient souvent sous la protection des comtes
de ce nom, pour éviter les injustices et les rapines des autres
seigneurs des environs. Mais ces protégés ambitieux et remuans
cherchaient sans cesse à usurper la puissance de leurs protecteurs.
Vers 1200, un abbé de Senones avait conçu une haine implacable
contre Henri, comte de Salm qui, fier et ombrageux, avait souvent montré
qu'il n'était pas disposé à recevoir ses lois. L'abbé
avait résolu la perte du comte. Il la préparait depuis lontemps,
lorsque Saint-Louis, par dévotion et par politique, appela les seigneurs
de France à la conquête de la Terre Sainte. Plusieurs nobles
étrangers se joignirent aux preux du roi de France.
Henri avait deux fils: l'aîné, nommé Rodolphe
qui devait lui succèder, était un mélange de tous
les vices, mais il montrait pour le clergé un respect précieux
à celui-ci. L'abbé décida qu'il renverserait son père
et régnerait à sa place. Pour parvenir à ce but, il
fallait éloigner Conrad, second fils du comte, possèdant
autant de vertus que son frère avait de mauvaises qualités.
L'expédition de Palestine était favorable aux projets de
l'abbé. Il étudia le caractère du jeune comte et chercha
à découvrir de laquelle de ses nobles passions il pourrait
profiter pour s'en débarrasser.
Conrad était bon, franc, brave et généreux; l'amour
était sa seule faiblesse (si toutefois c'en était une); elle
présenta à l'abbé un point vulnérable vers
lequel il dirigea ses traits. Isabelle, fille du vieux Mainfroy, était
le digne objet des voeux de Conrad; et l'abbé n'ignorait pas que
l'espoir de l'obtenir rendrait toute entreprise possible au jeune comte.
Il dirigeait la conscience et les actions de Mainfroy, il l'engagea à
ne donner sa fille qu'à un soldat de la Croix. Le docile vieillard
exigea de Conrad la promesse de partir pour la Palestine, et le jeune homme,
amoureux de la gloire presqu'autant que de son Isabelle, brigua l'honneur
de porter la bannière de Salm dans l'armée de Saint-Louis.
La cérémonie des fiançailles se fit au château de Mainfroy, en présence du comte Henri, de l'abbé de Senones et d'un grand concours d'étrangers et de vassaux. Au lendemain des fiançailles, a été fixé le départ de Conrad; l'aurore de ce triste jour a paru, le clairon retentit, le jeune chevalier reçoit la bannière des mains de son père, il la baisse devant l'abbé de Senones, qui, d'un air pieux, lui donne sa bénédiction; il prend sur la bouche de sa fiancée le premier baiser d'amour, et part décoré de ses couIeurs en répétant la noble devise qu'il a reçue d'elle.
Laissons Conrad courir plein d'espoir vers l'armée de Saint-Louis, et traverser bientôt les mers avec elle; ne quittons pas ces lieux où gémit la beauté, ces lieux où les passions vont peut-être enfanter des crimes. A la fête des fiançailles, un amour coupable avait pris possession du coeur du comte de Salm. Il n'avait pas vu la fille de Mainfroy depuis son enfance; ses attraits, qui venaient de briller à ses yeux pour la première fois, avaient allumé dans son sein la flamme la plus vive.
De retour dans ses domaines, le comte cherche en vain à chasser
la charmante image qui troublait son repos. Cependant, une guerre assez
longue, contre un de ses voisins armé par les conseils de l'abbé,
avait empêché le comte de s'occuper de son amour; mais ce
feu mal éteint brûle avec violence, quand, après la
victoire qui termina la guerre, le comte eu revu la fiancée de son
fils. Peu accoutumé à combattre ses passions, il s'abandonna
à son amour et ne craignit pas de l'avouer à celle qui en
était l'objet.
Ayant fait circuler sourdement le bruit de la mort
de Conrad, il offrit bientôt à Isabelle le titre de comtesse
de Salm. Remontant à la source de cette nouvelle, et jugeant qu'il
servait les projets du comte sur elle, la fille de Mainfroy avait conservé
l'espoir que son fiancé vivait encore.
Quoique cette espérance
fût bien faible, elle la cache aux yeux de Henri et repousse ses
offres avec les ménagemens qu'elle croyait devoir au père
de celui qu'elle aimait. Henri, trompé dans ses desseins, dissimule
sa rage et quitta pour jamais le château de Mainfroy.
Cependant, le temps s'écoulait, et Isabelle, tantôt plongée
dans la douleur, tantôt bercée par l'espérance, gémissait
de son incertitude et eût tout donné pour la voir cesser.
Elle désira faire un pélerinage pour implorer de Sainte-Odile
la fin de ses tourmens, et son père, n'ayant point mis d'obstacles
à ce projet, elle partit un jour, accompagnée de quelques
serviteurs, pour le monastère du Hohenburg.
Depuis deux jours elle
avait quitté le château; le soir du second, quelques-uns des
serviteurs qui l'avaient accompagnée, accourent l'air consterné,
et apprennent à Mainfroy que sa fille a été enlevée,
malgré tous leurs efforts, par une troupe d'hommes armés.
Un domestique, entré depuis peu de mois au château, et qui
s'était fait remarquer par son zèle, arrive le dernier dans
l'appartement du malheureux Mainfroy: il lui annonce qu'il a vu sa fille
percée d'une flèche et portée sans vie par des hommes
masqués, auxquels les blessures qu'il dit avoir reçues, l'ont
empêché de résister. Qui pourrait exprimer la douleur
de ce malheureux père? je ne l'entreprendrai point....
L'infortuné, accablé de sa perte, languit quelques mois
encore, puis mourut enfin sans amis, sans postérité. La solitude
et le deuil prirent, dans le château, la place de la gaité
et du bonheur dont jouissaient naguère ses habitons. Pendant que
ces tristes scènes se succèdaient au château de Mainfroy,
l'abbé de Senones préparait la perte de Henri, et, sûr
de la réussite de ses projets, l'insultait dans toutes les occasions.
Le comte pour se venger d'un outrage récent, avait eu la hardiesse
de faire arrêter l'abbé par un de ses baillis, un jour que
ce moine ambitieux passait sur les terres de sa juridiction. Non content
de cette punition, il avait envoyé une garnison dons l'abbaye de
Senones. Les moines s'étaient enfuis à la vue des troupes
; mais le comte, suffisamment vengé par les désordres que
ses soldats avaient commis dans le monastère, les ayant bientôt
retirés, les religieux venaient de rentrer dans leur cloître.
Gémissant de l'absence de leur supérieur, ils faisaient
entendre leurs plaintes tumultueuses, dans la vaste salle où ils
s'étaient rassemblés, lorsque l'abbé paraît
au milieu d'eux. Il est accueilli par des cris de joie; mais ayant fait
signe qu'il veut parler, on se tait, et, les mains croisées sur
la poitrine, les yeux levés vers le ciel, il prend la parole en
ces termes:
«Je suis vivement touché, mes frères,
de la joie que vous faites éclater en me revoyant après une
si cruelle absence, votre abbé a été mis dans les
fers; vous avez été forcés de fuir ces murs qui n'avaient
jamais retenti que des louanges du Seigneur et qui ont entendu avec indignation
les propos et les chants sacrilèges des soldats.
Voilà de
sanglans outrages, mes frères; mais J. C. nous a commandé
l'oubli des injures; ainsi qu'aucun sentiment de vengeance n'approche de
vos coeurs. Mais J. C. veut aussi qu'on fasse respecter sa sainte religion
et les ministres de ses autels; sachons obéir à ses ordres,
pardonnons pour nous-mêmes, mais vengeons I' Eglise et faisons-la
respecter à l'avenir.
L'abbé de Moyenmoutier, indigné
de la conduite du Comte de Salm, l'a excommunié et a frappé
son comté d'interdict; l'évêque a confirmé son
anathème, joignons-y promptement le nôtre, et ne détournons
les foudres de l'excommunication, que lorsque Henri sera venu, la corde
ou cou, fléchir le genou devant nous».
L'abbé ayant cessé de parler, un murmure prolongé
d'approbation se fit entendre. L'abbé, resté seul avec un
moine qui possédait sa confiance, reprit la parole:
«Ma vengeance
ne se bornera pas là; Henri sera dépouillé de ses
honneurs et de sa puissance; l'intérêt de cette maison demande
la perte d'un homme qui ne laisse échapper aucune occasion de s'humilier.
La conduite du Comte envers nous, tous les crimes dont il s'est rendu coupable,
empêcheront de plaindre son sort et de prendre sa défense.
Rodolphe, son fils ainé, se charge de le renverser; il lui succédera.
Cette nuit Henri sera déposé. L'interdiction enchaîne
les bras de ses vassaux et le laisse sans secours; rien ne peut contrarier
nos desseins. Conrad seul eût méprisé notre anathème
pour défendre son père, mais le ciel, qui est intéressé
dans nos projets, l'a frappé de mort dons les rangs des croisés-
- Rodolphe, répondit le moine, est-il moins méchant que
son père?
- Non, dit l'abbé, mais il tiendra de nous son pouvoir, et il
m'a déjà donné des gages de sa soumission».
En achevant ces mots, l'abbé se disposait à suivre les moines, à l'office du soir quand un frère introduisit un pélerin qui demandait à lui parler. Le pélerin, sans se découvrir, s'inclina devant l'abbé, et lui dit, qu'échappé avec les débris de l'Armée de Saint-Louis, il venait, de la part du Grand-Maître des Hospitaliers, lui remettre des reliques, et lui demander des prières pour la rentrée des chrétiens à Jérusalem. La mission du pélerin étant remplie, l'abbé lui proposa de passer quelques jours dans l'abbaye, mais il refusa son offre, s'inclina une seconde fois et partit. Quelles eussent été tes craintes, abbé de Senones, et quels actes de violence n'aurais-tu pas commis, si quelqu'un t'eût révélé le nom de celui que tu croyais un obscur pélerin; si quelque pressentiment fût venu t'annoncer que tu avais vu Conrad de Salm?
Conrad avait appris la mort de son amante; abattu par les désastres des croisés, en proie à la douleur que lui causait la perte de sa fiancée, il évitait tous les yeux et rentrait dans son pays comme un étranger. Conrad veut revoir son père, donner deux ans à la recherche d'Isabelle, et passer le reste de ses jours à prier l'Eternel d'éteindre dans son coeur le feu qui le dévore. Il s'éloigne de l'abbaye; plongé dans une triste rêverie, occupé tout entier de son malheur il n'entend rien des bruits qui frappent son oreille, il ne voit aucun des objets qui s'offrent à ses regards; il laisse flotter la bride sur la crinière de son coursier. Son intention était de se rendre au château de son père, mais son cheval, abandonné à lui-même, a pris un autre chemin. Conrad lève enfin les yeux, et aperçoit la tourelle qu'habitait autrefois son amante.
A l'aspect de ces lieux, son coeur bat violemment; il brûle de les parcourir, quoique persuadé que son âme sera déchirée par chaque souvenir qu'ils lui retraceront. Il quitte son coursier, il laisse ce fidèle compagnon de ses fatigues et de ses dangers errer au milieu d'une prairie, et s'avance à pied vers ce domaine où devait régner sa fiancée, et qui ne lui présente aujourd'hui que l'aspect d'une effrayante solitude. Quel triste abandon! tout se tait!
l'oiseau de nuit fait seul entendre sa voix lugubre et prophétique. L'herbe a crû dans les cours, les feuilles sèches jonchent la terre; le lierre et la vigne-vierge, tapissent la tourelle de la fille de Mainfroy; ils couvrent une partie de la croisée gothique, où souvent elle s'asseyait pour jouer du luth, ou pour voir son amant traversant la campagne à l'heure fixée pour leur réunion.
Conrad, prosterné ou pied de la tour abandonnée, sent son âme se remplir d'une rêverie douce et cruelle à la fois. Il fixe ses regards sur ces murs silencieux; le présent disparaît pour lui, le passé seul l'occupe; son imagination l'y plonge tout entier. Son illusion s'accroit, et devient la réalité; il appelle Isabelle, il écoute, il regarde, il croit entendre sa voix; il croit voir son amante, écartant les branches de lierre pour se montrer à son fiancé; il croit que le ciel vient de la rendre à sa tendresse.
Tout-à-coup, il entend un léger bruit; il regarde, et aperçoit un petit épagneul qui avait appartenu à Isabelle. L'animal a reconnu le chevalier; il court à lui, et lui prodigue mille marques de joie. Conrad ému, se baisse, le soulève, et le couvre de baisers. L'épagneul lui rend quelques instans de caresses; mais bientôt il saute à terre, fixe les regards sur les yeux de Conrad, et marche ensuite vers un bosquet peu éloigné, mais, voyant que Conrad ne le suit pas, il revient à lui, le caresse encore, et se remet en marche, en le regardant de nouveau.
Conrad l'a compris; il le suit, et arrive au milieu du bosquet. Au pied d'un hêtre, il découvre un autel de gazon; il approche, et voit au-dessus de cet autel, une couronne de fleurs, depuis longtemps flétrie, attachée au tronc de l'arbre majestueux. La couronne entourait son chiffre uni à celui d'Isabelle; il presse de ses lèvres ces caractères garans de la tendresse de la fiancée qu'il pleure; il se prosterne, et, de la pointe de son épée, il grave sur l'écorce ce dernier serment d'amour: «Retrouver ta cendre et mourir...».
Le petit épagneul portait alternativement ses regards attristés sur l'autel et sur Conrad. Souvent ce petit être sensible avait accompagné sa maitresse et Conrad dans ce bosquet; et depuis la perte d'Isabelle, il l'avait cherchée tous les jours dans ces mêmes lieux. Aujourd'hui, en revoyant Conrad, il espérait enfin y retrouver sa maitresse, et ses yeux exprimaient sa douleur d'être trompé dans son attente. Doux animal qui t'attaches à l'Homme, malgré les mauvais traitements dont souvent il t'accable; toi, dont la fidélité est à toute épreuve; toi qui sais mourir sur le tombeau d'un ami; oh, si tu n'es animé que par un aveugle instinct, combien il te dirige mieux que la raison ne conduit l'homme, qui se place orgueilleusement à la tête de la création!
Conrad plongé dans la douleur, à genoux sur le gazon si souvent foulé par les pas d'Isabelle, restait immobile, les regards fixés sur les caractères tracés par sa maitresse. L'épagneul renouvelle ses caresses, il tire l'écharpe du chevalier et marche devant lui, en regardant de temps en temps s'il le suit. Le chevalier l'a compris; il se lève et marche sur sa trace. Il arrive bientôt à une petite maison, située non loin des murs du château. Quel est son étonnement en entendant une voix de femme chanter le romance suivante, qu'autrefois il avait composée sur un refrain donné par Isabelle!
Conrad pénètre dans la maison; il entre dans une salle-basse et reconnait Berthe, jeune fille que sa fiancée honorait de ses bontés, et le vieux Albert, chapelain du château de Mainfroy, Conrad se découvre à ses anciens amis; ils le reconnaissent, et lui prodiguent avec transport des marques d'attachement et de respect.
Conrad veut apprendre d'eux jusque aux moindres circonstances de la mort d'Isabelle, ils le satisfont, et tous trois pleurent ensemble. Le chevalier leur apprend le projet qu'il a formé, de se consacrer à la retraite, après avoir revu son père et retrouvé le tombeau de son amante. Déjà, il se reproche de laisser croire plus longtemps, au comte de Salm, que son fils est enseveli dans les champs de l'Idumée; il prend congé de Berthe et du vieillard, et appelle son coursier docile à sa voix.
Cependant il ne veut pas se séparer de l'épagneul d'Isabelle, il le prend dans ses bras, mais quand il veut s'éloigner avec lui, il se débat, s'échappe de ses mains, et court vers le bosquet. Conrad le retrouve couché au pied de l'autel, paraissant le supplier par ses regards de le laisser dans ces lieux. Touché de tant de fidélité, le chevalier renonce au dessein de se l'attacher, et s'éloigne de ces murs qui parlent si douloureusement à son coeur.
Conrad gravit rapidement la montagne. La lune éclaire sa marche ; il voit enfin les tours de Salm argentées par ses rayons. Il touche la chapelle, sépulture de ses aïeux, il y entre. Une seule lampe l'éclairait à peine, il se prosterne sur la tombe de sa mère.
«Mon premier hommage doit être pour ta cendre, ô toi que le ciel m'a trop tôt ravie! Ô mère adorée, pourquoi t'ai-je perdue? Plus j'ai vu de bonnes mères, plus je t'ai regrettée! dans le bonheur comme dans l' adversité, tu m'as manqué; ma joie devenait de la douleur en pensant que tu ne pouvais plus la partager, et depuis que l'infortune m'accable, mon sort serait moins affreux, si je pouvais verser mes larmes dans ton sein et recevoir tes consolations... Du séjour bienheureux que tu habites, jette un regard, ô ma mère! sur ce fils malheureux qui pleure sur ta tombe, implore pour lui...».
Soudain, un bruit étrange frappe l'oreille de Conrad; il tressaille ; le bruit redouble, une porte s'ouvre, un prêtre tenant d'une main une torche allumée, sort du souterrain, suivi de deux hommes qui portent un cercueil. Conrad, étonné observe tout sans être vu; il attend avec impatience la fin de cette scène nocturne. On dépose le cercueil devant l'autel; on commence les prières des morts; on ouvre une tombe, on y place la bière, et on la referme ; les chants cessent, le prêtre et les porteurs rentrent dans le souterrain, dont ils referment la porte, et le silence le plus profond règne de nouveau dans la chapelle.
Il est minuit, le chevalier va s'éloigner, ô surprise ! un gémissement se fait entendre; il frissonne, il croit être abusé par ses sens; mais une seconde plainte succède à la première; il se lève, il marche vers l'endroit d'où le soupir est parti; c'est de la tombe qu'on vient de fermer qu'il est sorti, Conrad n'en peut douter. La lune joint ses rayons à la clarté tremblante de la lampe, ils éclairent la pierre sépulcrale et la montrent à ses regards; il essaye d'ouvrir la tombe, mais à l'instant où il y porte la main, la porte du souterrain se rouvre, et un vieillard parait.
«Téméraire! s'écrie-t-il, qui te rend
assez hardi pour venir profaner le séjour des morts? qui es-tu?»
«Ton maître,» répond Conrad, en se dégageant
de ses habits de pélerin...
Le vieillard le reconnaît et se précipite à ses
pieds.
C'était un ancien serviteur de la maison de Salm; le chevalier
le relève et l'embrasse; mais bientôt: «Que viens-je
d'entendre? des plaintes sont sorties de cette sépulture nouvelle!»
Le vieillard, d'un air contraint, cherche à lui persuader
que ce qu'il a cru entendre n'est qu'une erreur de ses sens, et l'engage
à se rendre promptement près du comte son père.
«Ce n'est point une illusion, dit le chevalier, et j'approfondirai
ce mystère.»
- «Jurez-moi donc, dit le vieillard, de modérer vos transports
et de tout voir sans vous découvrir.»
Conrad le promet. . . .
Le vieillard pose son flambeau, se baisse vers la tombe, ôte
la pierre qui la ferme; un spectre se lève en poussant un gémissement.
Conrad frémit, ses regards sont attachés sur le fantôme,
qui écartant son linceuil lui montre la figure d'isabelle, couverte
de la teinte livide de la mort. Il pousse un cri, s'élance vers
le spectre, qui retombe sans mouvement la tête appuyée sur
sa poitrine. Conrad se sent glacé d'horreur sous le poids de ce
terrible fardeau; le vieillard, d'un air sévère, lui reproche
son imprudent transport. «Qu'avez-vous fait, dit- il, elle vivait
et votre vue vient peut-être de causer sa mort.»
- «Elle vivait!» s'écrie le chevalier dans une
ivresse difficile à peindre, «qu'ai-je fait malheureux, me
sera-t-elle une seconde fois ravie?...»
Le vieillard approche d'Isabelle, et sortant de sa poche un linge et un flacon rempli d'eau, il fait disparaître de son visage, cette couleur livide qui n'était que factice; la fraicheur de l'eau lui rend en même temps l'usage de ses sens.
Je tenterais en vain, de peindre la joie dont les coeurs de ces deux amants furent comblés en se voyant réunis. Dans leurs transports ils ont peine à garder le silence que le vieillard leur impose, ils se soumettent cependant autant qu'ils le peuvent à ses conseils et le suivent sans bruit sur le penchant de la montagne, dans une chaumière dont la porte s'ouvre à un signal convenu. Une jeune fille les reçoit et leur offre des sièges et des rafraîchissements. Enfin, nos deux amants peuvent bannir la contrainte que leur guide leur a imposée ; mille questions, mille assurances d'amour et de fidélité, se succèdent rapidement. Chacun d'eux croyait perdu l'objet de sa tendresse; leur surprise est égale, leur fidélité fut la même un faux bruit a trompé Isabelle, elle l'avait quelquefois pressenti. Isabelle n'avait pas péri sous le fer des brigands, Conrad quelquefois aussi l'avait espéré. Mais quel tableau de fausseté et d'horreur se déroule aux yeux du chevalier! tel est en abrégé le récit de la fille de Mainfroy.
extrait des «Promenades Alsaciennes» par P.M.
édité en 1824 à Paris,
Treuttel et Wurtz, libraires, rue de Bourdon, No. 17
Delaunay Ladvocat, libraires, Palais-Royal, galerie de bois
Mme Vve de wincop, rue Saint-Louis, No. 48, au Marais
| Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg |
Date: Wed, 10 Mar 2004 12:52:30 -0800 (PST)
From xetbox@@yahoo.com
Subject: Sur les origines de Bruche, Broque et Salm
Cher Mr. Juillot,
Ma famille est en partie francaise et je fais des recherches. J'ai
trouvé votre site tres interessant avec beaucoup d'informations,
je vous en complimente, et retourne la faveur en partageant quelques informations
avec vous, de l'origine de ces noms.
Frequemment les noms de Bruche, Broque, Salm et Juillot.
Ces origines antedatent les Romains mais resterent cachees pour assurer
survie.
Broche/Bruche/Broque sont les francisations de "baruch". "Baruch" B-R-CH, les syllables ajoutees, BaRaCH, est le mot hebreu pour "beni", "genou".
Notes:
1. Le CH ancien est un son dur K/QU/GU comme retenus dans 'Loch Ness'
et 'mach speed'.
2. Les voyelles prefixes et suffixes 'e'/ eau/ etc, etaient des syllables
prononcees pleinement.
3. Meme avec un hebreu tres tres elementaire, le mot B-R-CH est tres
facilement reconnaissable. Pour pleinement comprendre, il faut rechercher
l'histoire des juifs, des inquisitions, des guerres religieuses, conversions
forcees, les sephardiques, etc.
Salm est derive de SH-L-Y-M , "shalom" le mot 'paix'. En supprimant le Y, SH-L-M est 'entier',' non-blesse', 'intacte' et 'parfait' -- relatif a survivre, un qui est en 'paix'.
Juillot est probablement de G-L-Y-T, avec voyelles, Ga-L-Y-T. Encore une fois avec les ortographies et prononciations variees, les noms evoluent, mais les racines sont reconnaissables. Le 'j' est aussi souvent ecrit pour the SH, SHIN, qui ne se traduit pas totallement. GLYT 'est exile' Ga-La-H.
Pour les raisons de survie mentionnees avant, empeches d'employer leurs
longs noms hebreux -- nom donne + ben [fils de] ou bat [fille de] + le
nom du pere + v [et] nom de la mere, Les noms hebreux n'etaient pas acceptes
religieusement --bien sur-- mais ni civiquement, pour fonctionner et vivre...
Certains conservent les noms de famille, d'autres se referent a la Bible,
Tanach, Torah, et Prieres pour des mots tres reconnaissables, les noms
codes. Car beaucoup etaient dans le commerce.
Rechercher l'histoire des juifs sephardiques, 'sephar' ou S-PH-R est
'livre', 'Bible' en hebreu, par Obadiah 1:20 "sepharad". "Sephar" est 'livre'
et suffixe "ad" est 'la terre geographie' ou 'le peuple, les personnes
qui habitent ou viennent de...
'Sephar est toujours le mot pour 'Espagne', le pays d'ou ils venaient.
Esperant vous etre d'aide, et si vous avez des questions, laissez moi savoir.
Mr Juillot,
Je suis repassee faire un tour pour regarder les noms. Pour vous aider
dans vos recherches:
Wisches est sans doute une ortographie de Weiss, Bass, Vo/ioss, Vaz,
Wajc/s, Bach, Bush (!), Pais, Boas/z, Wis/ze. Pasch, Beech, Potts, Vais,
Pessah, Peach...
Schirmeck varie de Shrimski, Zernick, Saranga, Chernisky, Turinsky,
Shearing, Schrank, Zarenski, Cherniak, Charnikau...
Les ortographies changent avec les langues et geographies, les prononciations,
les emphases, les inversions, les erreures, les intelligences ou le manque,
mais les racines sont quand meme reconnaissables.
Pour comprendre, le SH, ou le Shin est la 21eme lettre des 22. Tres importante
car represente Divin--HaShem, qui est LeNom, car on ne dit pas le nom de
D... le commandement...Shin est la representation geographique de Jerusalem,
Shin est 1ere lettre de Shabbat, de Shalom, Sh,ma, etc.... Utilise dans
les noms Esswein, Seinfeld, Sanchez, Sa/unders, Shwinn [y inclus une representation
approx du Shin -- 'w'] etc... L'hebreu s'ecrivant de droite a gauche, le
Shin apparait immediatement dans Wishe. Les mots et noms dont on ne sait
pas l'origines... Comme le mot 'cathedrale' -- l'hebreu KaTeDRaH est une
'chaise, chair a l'universite' . Une autre question, y-a-t-il du basalt
dans la region?
Encore une fois, je n'en suis pas proprietaire et les references ne
sont pas necessaires.
... des references pour valider les origines de vos noms:
1. http://www.inner.org/hebleter/alefmain.htm
2. http://world.std.com/~muffin/alefbet1.htm
Ces sites sont en anglais.
#1 est une bonne explication generale pour chaque lettre, cliquez sur
Shin , la 21eme lettre qui ressemble a 'W'.
#2 est plus detaillee, et pour nous, d'interet est le dernier paragraphe
de l'article [precedent la Conclusion] pourquoi le Shin est dans beaucoup
de patronymes, l'indication d'un futur certain meme en vue des obstacles
present: " The reason for composing prayers of 22 aleph-to-tav......shin..."
Vous remarquerez que meme les auteurs different sur l'ortographie d'aleph-be/it!
Esperant de vous avoir aide, car pour beaucoup c'est tout neuf et les attitudes
de survie eloignent de l'hebreu--et pour cause --et 'tout est bon dans
le cochon'-???- mais pas pour manger.
I
II
III
IV
V
VI
| Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg |
Il fit cependant sa réapparition pendant les années sombres
de 1940 à 1944. Une expression qui était entrée dans
le language courant "haïe vite" pour " viens
vite " nous rappelle une anecdote.
Lors de l'entrée des troupes allemandes en 1940 à Barembach,
une bonne grand-mère entendit le bruit des fameuses bottes et s'inquiéta
en même temps de l'absence de sa petit-fille. Elle courut à
sa recherche.
Sortant de la "rue du Bout des Oies" vers la place de l'église,
elle l'aperçut là qui regardait l'arrivée des soldats.
Aussitôt, elle fit de grands gestes du bras et cria " Haïe
vite ! Haïe vite ! " .
L'officier qui commandait le détachement
croyait qu'elle criait "Heil Hitler ! ". Il regarda la
bonne maman avec un large sourire et lui dit "Das ist so, brave
Frau ! " c'est-à-dire " Voilà qui est bien,
ma bonne dame ! " . Il leva le bras et fit un retentissant "
Heil Hitler ! ".
La bonne grand-mère, effrayée,
sans peut-être avoir rien compris, traîna la fillette par le
bras et s'enfuit...
C'est ainsi que pendant l'occupation, on pouvait entendre ce dialogue entre le Batiss et le Sepp dans une rue de Barembach:
- Hé, Batiss', ouos qué-té-vé quo y
es'tour-ci?
- Jé vé quouéré
di kmotierr mé fôme
vié faire y nar hoch évon
do moton.
- Alors, hâte-té et paisse ché nos, on onore
lé gotte !
- Mé vol, Sepp, pou ène
bouonne gotte jo tojo pro!
- Té qunon pa lai bouonne
novelle?
- Qué novelle ?
- Té n'ou-oïe pa li
soudards qui déhong : "Heil Hitler"
- Sio, et qu'ace qué celai vié dierre ?
- Té sais bien quo ènne quoïlle d'allemand, nian?
- Kra-queï!
- Alors, "Heil", té sais quo qué é vié dierre
"guérir" ?
- Té rohon, mais y séroï ptète molaide ?
- Ouai, Batiss', il a bein molaide !
- Bon sang dé bon sang ! haï qué jé t'embraisse
pou lai bouonne novelle!
- Haï Batiss', bouovons quo une gotte, mais ai notte santaï
!
- Et s'il mourore ?
- Alors, Batiss', on vidroïe tote laï bonbonne
- Si s'étore mèque vra ...
Extrait d'une plaquette parue en 1968? " BAREMBACH " par Charles Pabst, ancien Curé de Barembach, rapporté dans l'Essor, Revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck n° 73 juillet 1969.
Pour cela, transportons-nous sur ce que certains auteurs ont appelé les « lieux maudits» de Strasbourg. Il s'agit de quartiers dont il reste encore des rues tortueuses, jadis malfamées; de quartiers situés près de l'ancienne butte Saint-Michel, où se trouvaient le gibet, et le cimetière des condamnés.
Autrefois, pendant les nuits d'automne où le vent du nord souffle si fort, « des aboiements sauvages et fous, des appels de chasseurs et des cris » -bref, la chasse sauvage -se faisaient entendre dans la rue de la Tour Blanche, aujourd'hui disparue, mais qui se trouvait dans le quartier de Sainte-Aurélie, puisque la Tour Blanche était à l'extrémité ouest de la rue du Faubourg National. On ne sait rien de plus au sujet de cette chasse fantastique, appelée localement l'armée furieuse. On ignore par qui elle était conduite, si on avait quelquefois pu l'apercevoir et, par conséquent, distinguer, parmi ses participants, la silhouette ou le visage d'un sorcier ou d'un mort connus, comme d'autres récits le prétendent.
Parfois, filant au grand galop, comme si le diable lui-même l'eût excité, un petit cheval à trois pattes débouchait des Ponts Couverts et parcourait le quartier de Finkwiller. Cet étrange animal semble d'origine fort ancienne, et lié au monde des morts. D'abord, il vient du côté où se trouvait un antique cimetière; ensuite, il évoque Déméter et autres divinités des morts et des enfers, cette Déméter représentée parfois par une tête de cheval; enfin, le fait qu'il n'ait que trois pattes le rattache au cycle des saisons: perdant une patte à l'automne, quand la nature s'endort et meurt, il la retrouvait au printemps, époque du renouveau, de la résurrection. En beaucoup d'endroits, comme par exemple à Marnay, en Haute-Saône, on parle d'un Pont-Charrot, qu'un cheval emballé franchit, dans la nuit, en hennissant. Son apparition passait pour annoncer une mort prochaine. Rien d'étonnant: il suffit d'associer le nom du pont à celui de Charos, « dieu de la mort chez les Grecs modernes ». (Dict. des symboles). Il s'agit de Charon, nocher des Enfers.
A l'entrée d'un pont, près de la Monnaie, aujourd'hui, le pont de Saint- Thomas, se tenait le fantôme du tonnelier. Il guettait le passant solitaire, et l'effrayait par un sourire méchant. Condamné à errer pour avoir, de son vivant, trop souvent versé de l'eau dans le bon vin, il criait: « Une chope de vin et une chope d'eau font une demi-mesure ! » Ce tonnelier doit être au moins cousin de l'ancienne hôtelière qui, transformée en une sorte d'ondine, chante, du fond du Lac du Ballon, toujours le même refrain: « Une chopine de vin et trois chopines d'eau font aussi un pot».
Non loin du tonnelier, apparaît la lavandière. Pendant des nuits entières, elle frappe du battoir un linge qu'elle a sans doute volé. Il faut se garder d'approcher cette laveuse; sinon, elle vous saisit par la nuque et vous plonge et replonge la tête dans l'eau. On ignore cependant si elle va jusqu'à noyer ses victimes. En tout cas, elle appartient à la troupe des innombrables lavandières dont regorge le folklore.
Peu avant la Révolution, existait à Strasbourg une boulangerie à l'enseigne de Saint-Marc. Sans doute se trouvait-elle dans la rue de ce nom, ou à proximité de celle-ci. La nuit, il s'en échappait du fournil des bruits bizarres; comme si l'on y déchargeait de lourds sacs de grains. Etait-ce le fantôme d'un boulanger indélicat, obligé de revenir travailler , la nuit, sur les lieux de ses forfaits ? Toujours est-il que le coin redevint calme dès que la vieille boulangerie fut remplacée par une neuve. Plus au nord-est, dans l'ancienne rue des Pierres, aujourd'hui rue de la Courtine, erraient toutes sortes de fantômes. Par exemple, la bonne femme au lait, laquelle avait dû, de son vivant, et comme sa consoeur de Colmar, « mouiller » son lait un peu trop souvent.
Dans le même quartier, on rencontrait aussi un « joli petit nain », coiffé d'un beau bonnet. C'était le Losmännel, dont on ne sait rien de plus. Faut-il l'assimiler au Sotré, lutin au bonnet rouge qui hante les Vosges et la Vallée de Sainte-Marie-aux-Mines ? Doit-on le comparer au Cauchemar, ce redoutable ennemi d'un sommeil tranquille, trouble-fête appelé Letzekaeppel à Wissembourg, Raetzel ou Laetzel en certains endroits du Bas-Rhin, Schratzmiinnel dans la Vallée de Munster? Allez donc savoir !
«Le long de l'eau», sans doute sur le canal, ou «Fossé des Faux Remparts », passait le flotteur, un méchant fantôme. Muni d'un grand harpon, il cherchait à s'emparer des enfants qui, le soir, avaient l'imprudence de s'attarder dans les rues. Ce personnage, pâle souvenir d'un génie des eaux, se rencontre un peu partout, sous diverses formes. C'est le pendant du Nickus de la Vallée de Guebwiller, de la Mère Lusine (nom rural de la fée Mélusine), transformés en épouvantails pour enfants indociles.
Au début du XIX° siècle, l'auberge de la Maison Rouge, en bordure de la place Kléber, logea quelque temps une bien étrange voyageuse. C'était une jeune fille immensément riche, suivie d'une foule de domestiques, et dont le principal souci consistait à vouloir se marier. Hélas, elle n'y parvenait pas. Pourtant, selon la rumeur publique, elle se serait engagée à donner sa fortune à qui l'épouserait. Alors, dira-t-on, la demoiselle devait être affreusement laide, difforme ou stupide ? Pire que cela: elle avait une tête de mort en guise de visage; d'autres parlent d'un groin de porc, et elle dégageait, de surcroît, une odeur épouvantable. En 1851, paraît-il, elle serait revenue à la même auberge, toujours en quête d'un mari. Personne, parmi les garçons les plus cupides, n'avait jamais eu le courage de l'approcher. -On peut voir là comme une tardive réminiscence de ces nombreuses légendes moyen-âgeuses issues d'ailleurs de temps plus anciens -, où une demoiselle, souvent très jolie, transformée en dragon ou en crapaud par quelque maléfice, attend sa délivrance d'un homme -souvent un chevalier -qui osera lui donner un baiser sur la bouche, quand elle se présente sous l'aspect d'un monstre.
Tard dans la nuit, la nonne de Sainte-Claire hante la ruelle du
même nom, devenue la rue de la Fonderie. Voilée de blanc,
le visage blafard, elle croise un passant en soupirant, ou bien lui
offre aimablement une prise de tabac. Etrange nonne, en
vérité! Mais il faut se garder d'accepter ; sinon, on
tombe à la renverse et on reste étendu, sans
connaissance. On dit que pareille mésaventure serait souvent
arrivée à des sentinelles de faction devant la fonderie
de canons. Selon la tradition, cette blanche et « religieuse
» apparition est le fantôme d'une belle et jeune clarisse
entrée au couvent alors qu'elle aimait encore trop un jeune
homme, lequel, de son côté, n'avait cessé de la
chérir. La légende omet d'ailleurs de préciser
pourquoi les deux amoureux ne s'étaient pas mariés
ensemble.
Quoi qu'il en soit, les murs du couvent de Sainte-Claire
n'étaient pas assez épais pour empêcher les amants
de se voir quelquefois, et de se parler. Toujours plus épris
l'un de l'autre, ils finirent par décider de l'évasion de
la nonne. Le jeune homme, pour lors militaire, était souvent de
garde près du couvent, ce qui devait faciliter les choses. Mais
au jour et à l'heure convenus, le garçon, sans doute
à cause des exigences du service, n'était point à
l'endroit prévu. Quand la jeune nonne apparut sur le mur, elle
toussa discrètement, et gesticula, pour attirer l'attention de
la sentinelle qu'elle prenait pour son amoureux. Le soldat, en la
voyant, fit les trois sommations de rigueur, puis, n'obtenant pas de
réponse, épaula son fusil et tira. La malheureuse
s'écrasa à ses pieds, tout ensanglantée.
Depuis cette nuit tragique, la nonne de Sainte-Claire ne cesse de
hanter la ruelle et d'errer aux alentours de l'ancien couvent, dans
l'espoir fou de rencontrer enfin son amant.