L'organisation paroissiale dans la Vallée de la Bruche
Diocèses, Abbayes et Paroisses
rurales (IX° siècle - XII° siècle)
Arnold Kientzler
Les plus anciennes mentions d'agglomérations dans la Vallée
de la Bruche semblent se rapporter à des lieux situés le
long de la Bruche même ou dans les vallons latéraux.
Il s'agit de Plaine et de Vipucelle (Vallée de
la Bruche), Grandfontaine sur sa rive gauche, Barembach et
Grendelbruch
sur sa rive droite.
Vipucelle apparaît en l'an 826. De par cette date reculée,
elle constitue sans doute la mention la plus ancienne -dans les textes
du moins- d'un site occupé par l'homme.
Barembach et Grendelbruch font leur apparition simultanément
dans une même pièce d'archives se rapportant à l'année
974.
Enfin deux siècles plus tard on cite pour la première
fois Grandfontaine et Plaine (1152).
Ces données fragmentaires et isolées de tout contexte
ne doivent pas suffire à contenter notre curiosité. D'autres
questions se posent.
Quelle est la signification de ces quelques noms énumérés
plus haut? Suffisent-ils à caractériser une quelconque réalité
sur le terrain? Les lignes qui suivent vont tenter de répondre.
I. - Les principautés épiscopales et les abbayes
Les noms évoqués ci-dessus sont extraits de documents
d'origine ecclésiastique émanant d'établissements
religieux: l'abbaye de Senones (dans les Vosges) dans le cas de
Plaine, Vipucelle et Grandfonfaine, celle d'Altorf (près
de Molsheim) dans le cas de Barembach et Grendelbruch.
On constate par là que ces deux abbayes au moins possèdent
de nombreux biens dans la Vallée.
D'autre part, les juridictions de deux, voire de trois Evêchés
sont voisines dans ce même secteur.
Qu'entend-on par juridiction ou domaine de l'Evêché? L'organisation
religieuse d'un diocèse s'appuie sur une principauté territoriale
qui est constituée au profit de l'évêque? C'est ce
que l'on appelle le temporel de l'Evêché1).
Quelles étaient ces propriétés épiscopales?
Il convient peut-être de présenter ces éléments
et d'essayer de dresser une ébauche de carte de géographie
historique de la Vallée de la Bruche à cette époque.
A. - L'abbaye de Senones
Vers 768/770, le Roi des Francs, Charlemagne, attribua l'abbaye de
Senones -jusqu'alors impériale - à l'Evêché
de Metz sous l'abbatiat d'Angelram2). Ce
territoire de l'abbaye, limité à l'Est par le cours du ruisseau
de Framont, constitue alors la pointe la plus avancée des possessions
messines dans les Vosges.
Depuis cette date, Senones relève donc pour le temporel
de l'Evêché de Metz3) qui transmet
à l'abbé les droits dits régaliens (par exemple,
le droit d'appliquer la justice).
Mais conjointement à ces droits liés au temporel et dépendant
de Metz, l'abbaye est placée sous la juridiction d'un autre diocèse,
celui de Toul, sur le plan spirituel et, semble-t-il, depuis la
même période4).
B. - L'abbaye de Haslach
À l'époque qui nous intéresse ici, les limites
du diocèse de Strasbourg sont encore peu connues ou fixées5).
Mais d'importants secteurs sur la rive gauche de la Bruche font déjà
partie de son temporel.
Ainsi le district situé entre le ruisseau de Still et le Netzenbach
est confirmé en 817 par l'empereur Louis le Débonnaire à
l'Evêque de Strasbourg Adeloch6). Celui-ci
possède déjà d'autres agglomérations voisines
telles que Flexbourg, Dinsheim, Mutzig et Molsheim7).
Dans cette confirmation de biens de 817, sont incluses les terres de
l'abbaye de Haslach.
Les autres possessions abbatiales dans la Vallée se placèrent
plus tardivement sous la dépendance temporelle ou spirituelle de
l'Evêché de Strasbourg.
C. - L'abbaye d'Andlau
Entre les propriétés de Senones et de Haslach, c'est-à-dire
le strict situé entre le ruisseau de Framont et le Netzenbach, une
enclave territoriale appartient à l'abbaye d'Andlau depuis probablement
sa fondation avant l'an 8808).
Dépendant directement de l'autorité spirituelle du pape,
l'abbaye se plaça vers 996/999 sous l'obédience de l'évêque
de Strasbourg9).
Malgré l'absence de textes précis, on constate que l'abbaye
était propriétaire de cette enclave dont elle conservera
d'importants droits d'usage au moins jusqu'au XVI° siècle10).
D. - L'abbaye d'Altorf
L'abbaye d'Altorf essaime ses propriétés le long de la
rive droite de la Bruche sur les vastes domaines appartenant à la
famille comtale d'Eguisheim, fondatrice de l'abbaye en l'an 974.
Ces biens situés le long de la Bruche depuis le cours de la
Rothaine jusque dans la plaine d'Alsace ne feront partie du temporel
de l'Evêché de Strasbourg qu'à partir de 1226, à
la suite de l'extinction de l'ancienne lignée d'Eguisheim.
II. - Les premières paroisses rurales de la vallée
Après ces notions générales permettant de mieux
situer la place des différentes abbayes possessionnées dans
la vallée de la Bruche à l'intérieur de la zone de
chacun des trois diocèses de Metz, Toul et Strasbourg, il nous faut
à présent analyser les documents plus en détail.
A. - Le domaine de l'abbaye de Senones: Vipucelle, Grandfontaine
et Plaine
Trois textes respectivement de 1123, 1125 et 1152 relatifs à
l'abbaye de Senones donnent des détails intéressants sur
trois sites de la Vallée.
Ce sont des chartes de confirmation du patrimoine établies par
le pape (bulle papale).
Parmi les possessions énumérées, on trouve:
- Vipucelle avec l'église et le marché du même
lieu qui se tient tous les samedis,
- Grandfontaine avec l'église,
- Plaine avec l'église11).
Ce texte constitue une liste de revenus. Aussi est-il fait mention
d'avantages en nature liés à un lieu: dîmes
d'église12) et revenus d'un
marché.
Mais l'élément important que contient le document est
la présence de trois sanctuaires attestés dans un rayon de
moins de 10 km. Ces sanctuaires sont sans aucun doute placés au
centre de petites paroisses rurales.
Leur existence semble prouver un degré de christianisation avancé,
voire un peuplement important. Mais il ne peut s'agir ici que d'hypothèses.
En effet en ce qui concerne Plaine et Grandfontaine, nous ne savons rien
ni sur l'importance réelle des lieux ni sur les circonstances de
leur origine.
Des textes existent, par contre, pour Vipucelle.
- Le cas de Vipucelle -
Vers l'an 800, l'abbé de Senones Vicpode (ou Vipode)13)
fonde un prieuré sur des terres appartenant à l'Evêché
de Metz14).
Par un diplôme daté d'Aix-la-Chapelle de l'année
826, l'empereur Louis le Germanique restitue à un autre abbé
de Senones Ricbode15), neveu du fondateur,
ce même prieuré. La donation est faite pour la vie seulement,
à charge qu'à la mort de l'abbé, le prieuré
retourne à l'évêché de Metz16).
Cette fondation de prieuré est tout à fait caractéristique
de la politique des abbayes bénédictine comme c'est le cas
pour celle de Senones.
Le prieuré est, en effet, une cella, c'est-à-dire
une petite maison desservie par un ou deux religieux. L'importance de ces
établissements est à la fois matérielle (centre
d'exploitation du sol) et spirituelle lieu de culte, le prieuré
supplée souvent à l'insuffisance du clergé seculier
et, très souvent, est à l'origine de paroisses (17).
C'est probablement le cas pour la fondation de l'abbé Vicpode.
La cella fut nommée de son nom Vicopdi-Cella18)
et s'appela vers l'an 1000 Vypucella19).
Le souvenir du prieuré subsiste dans le nom actuel de Vipucelle.
B. - Le domaine de l'abbaye d'Altorf: Barembach et Grendelbruch
Sur la rive droite de la Bruche, deux noms apparaissent dans les documents
les plus anciens Barembach et Grendelbruch.
Leur origine doit être liée à la présence
du château de Guirbaden, centre administratif des terres de la famille
comtale d'Eguisheim où sont situées les deux localités.
Le château avait été élevé par les comtes
pour accroître l'exploitation intense du vaste domaine forestier
situé le long de la Bruche depuis le cours de la Rothaine20).
Les habitats de Barembach et de Grendelbruch -qui apparaissent isolés
dans les textes- ont du être les seuls centres de défrichement
et de mise en valeur des terres d'Eguisheim.
En l'an 974, lors de la fondation de l'abbaye d'Altorf près
de Molsheim par le comte Hugues III d'Eguisheim, les dîmes des églises
des deux paroisses ont du être attribuées à l'abbaye.
La carte de fondation de 974 -elle-même connue par un texte postérieur-
est incomplète et ne mentionne pas les deux habitats.
C'est un document anonyme et non daté, sorte de compilation
sur les origines d'Altorf qui apporte des précisions21).
Dans l'énumération des principaux droits et revenus attachés
à l'abbaye d'Altorf, on cite:
- l'église de Barembach avec ses dépendances,
- l'église de Grendelbruch avec ses dépendances22)
Une bulle de confirmation des biens établie plus tard par le
pape Célestin III (8 juin 1192) précise en outre que les
revenus des deux églises seront intégralement utilisés
pour financer la construction des nouveaux bâtiments construits alors
à Altorf23).
Ces données fragmentaires ne permettent pas d'étudier
plus en profondeur l'histoire des origines des deux paroisses. Mais elles
permettent d'en cerner l'importance probable dans le cadre des vastes domaines
des comtes d'Eguisheim.
Arnold KIENTZLER
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire
de Schirmeck, n° 92 (octobre 1976)
(1) Histoire de Lorraine,
publiée par la Société lorraine des études
locales dans l'Enseignement public, 1939, p. 198.(2)
Histoire de l'abbaye de Senones, manuscrit de Dom Calmet, annoté
par F. Dinago, 1879-882 (tiré du Bulletin de la Société
philomatique vosgienne [B. S. P. V.], 1878-1881) [référencé
Calmet-Dinago] p.33.
(3) Calmet-Dinago, p. 35
(4) Calmet-Dinago, p. 35.
(5) A. M. Burg, Le duché
d'Alsace au temps de Sainte Odile, 1959, p. 85-87
(6) cf. l'Essor n° 84 (septembre
1973), p. 2-3.
(7) H. Buttner, Andlauer Besitz
und Reichsgut dans Z.G.O.R. (Zeitschrift für die Geschichte des
Oberrheins) 95 (1943), p. 15 - 30, p. 25.
(8) H. Buttner, Andlauer Besitz,
p.26.
(9) G. Wagner, Studien zur Geschichte
des Abtei Andlau, Z.G.O.R. 66 (1912), p. 450.
(10) H. Buttner, Andlauer Besitz,
p. 23.
(11) Archives départementales
des Vosges(AV) 11 H4 -Cartulaire de Senones de 1699, p. 151. - Voici le
texte original du passage de la bulle de 1152 du pape Eugène III
(copie du 7 septembre 1333): Wipodicellam, cum Ecclesia et invocato
ejusdem villae, quod in omni sabbato sit: Grandem fontanam cum Ecclesia,
Plania, cum Ecclesia;... La traduction est empruntée à
L. Jouve, Etude géographique sur le ban et les possessions de
Senones jusqu'au milieu du XIII° siècle, B.S. P.V. 4 (1878
- 1879), p. 155.
(12) D. Calmet précise
que «par le nom d'église on entend parler de la dîme
d'une église (...) Ecclesia donne précisément
droit aux dîmes, et les laïques les peuvent posséder».
- Cité par L. Jouve, p. 155, note I.
(13) 12° abbé de Senones
d'après la liste chronologique de D. Calmet.
(14) Calmet-Dinago, p. 41-42.
(15) 15° abbé de Senones
d'après D. Calmet.
(16) AV II H5. - Cartulaire
de Senones I, p. 2.
(17) Histoire de Lorraine,
1939, p.204.
(18) Calmet-Dinago, p. 41.
(19) P. Wentzcke, Regesten der
Bichöfe von Strassburg I, 1908 n° 288, p. 267.
(20) H. Buttner, Andlau und der
Dagsburger Wald, dans Elsass-Lothringisches Jahrbuch 20 (1942)
p. 10-27, p. 20
(21) Notiliae Altorfenses n°
2 : «Locut erat in Alsatia...». - Le texte est transcrit par
A. Sieffert, Altorf Geschichte von Abtei und Dorf, 1950, p. 280.
(22) Voici le passage du texte original:
ecclesiam Berbo cum pertinentiis suis, ecclesiam Grendelbruch cum pe,
nenttis suis...
(23) A. Sieffert, ouv. cit. p. 110-112
donne de ce texte une traduction en langue allemande.
L'église Saint-Georges et la paroisse
de Barembach sous l'ancien régime
Arnold Kientzler
I. - La première paroisse de Barembach
On a vu ci-dessus1) les circonstances dans
lesquelles le nom de Barembach apparaît pour la première fois:
un document se rapportant à l'année 974 mentionne que les
dîmes des deux "églises" de Barembach et Grendelbruch ont
été attribuées à l'abbaye d'Altorf fondée
cette année-là.
Le fondateur d'Altorf, Hugues III, comte du Nordgau2)
est propriétaire du vaste domaine forestier situé sur la
rive droite de la Bruche depuis le cours de la Rothaine jusque dans la
plaine. C'est sur ses propres terres que sont situées les deux "églises"
de Grendelbruch et en particulier de Barembach.
Pour essayer de cerner la signification du terme de Berbach3),
il est indispensable de confronter les rares documents que nous possédons
les uns avec les autres, de les analyser et d'en faire une courte étude
critique.
A. - Le site de l'église
L'église de la commune de Barembach est une des plus anciennes
de la Vallée de Schirmeck; elle servait autrefois pour différentes
communes, aussi est-elle placée au milieu d'une prairie éloignée
d'environ 5 à 600 mètres du village.
Cette "description" figure en en-tête à un écrit
établi le 23 décembre 1812.4)
Elle traduit assez bien les deux caractères les plus originaux de
l'ancienne église: son isolement d'abord, sa fonction
ensuite.
Au Moyen-Âge, seules les plus anciennes églises paroissiales
avaient comme privilège l'administration des Sacrements (en particulier
le baptême) et l'inhumation des morts.5)
L'emplacement de ces églises de paroisse répond à
un certain nombre de points communs. Elles sont souvent isolées,
placées entre différents habitats humains, parfois sur un
monticule. L'endroit aussi de lieu de justice pour les villages6).
Le site de l'ancien sanctuaire de Barembach répond bien à
ces critères généraux. On se rappelle notamment que
la justice locale de la communnauté des villages de Grendelbruch,
Russ et Barembach se rendait un peu en contrebas de l'église en
direction de Russ au moins jusqu'au XVI° siècle7).
B. - Une église "paroissiale"
Par définition, une église paroissiale est une église
baptismale où le curé exerce ses fonctions.8)
Elle se différencie des églises de village créées
postérieurement (églises filiales) qui restent liées
à l'ancienne et la considèrent comme l'église mère.9)
Malheureusement, les anciennes dénominations dans les textes ne
permettent que rarement de dire s'il s'agit d'une église paroissiale.10)
Lors de sa première mention se rapportant à l'année
974, date de la fondation d'Altorf, il n'est pas question de paroisse
mais seulement d'église et de biens en dépendant.
C'est un document sur parchemin daté de l'année 1330
qui mentionne pour la première fois la paroisse de Barembach
(ecclesia
parrochialis in Berenbach)11). Sous le vocable "église" il faut
donc bien voir une entité territoriale qui ne se limite pas au ban
du village du même nom mais bien à un ensemble d'habitats
ou de localités. Ceux-ci sont placés sous la tutelle spirituelle
d'un curé unique qui exerce ses fonctions à l'"église
paroissiale".
Ce territoire s'étendait probablement sur la rive droite de
la Bruche depuis le cours de la Rothaine jusqu'au ruisseau de Russ. En
1666, les filiales de l'église de Barembach étaient la chapelle
St-Sébastien de Schirmeck, la chapelle St-Etienne de Russ et la
chapelle St-Genedo de Natzwiller.12) En
1344, il faut encore y rattacher la localité d'Ober Russ
disparue depuis lors.13) Enfin, au milieu
du XVI° siècle, certaines localités catholiques du Ban-de-la-Roche
faisaient également partie de la même paroisse14).
C. - La dédicace à Saint-Georges
Pour caractériser une église, un des éléments
les plus importants est, sans conteste, le nom du saint à qui est
dédié l'édifice.
La visite pastorale de 1666 mentionne que l'église de Barembach
est dédiée à Saint-Georges15).
Malgré sa date tardive, c'est le renseignement "officiel" le plus
ancien concernant la dédicace de l'église de Barembach. Mais
d'autres indices permettent d'avancer que cette dédicace à
Saint-Georges est bien plus ancienne.
Dans la même année 1666, le "Renouvellement des bans de
Schirmeck, Barembach, Wackenbach et Steinbach" mentionne une parcelle de
terre qui donne sur une propriété appartenant à l'église
St-Georges (uff St-Geörgen. Guet). C'est le cas sur le ban
de Schirmeck16) et sur celui de Barembach17).
Au XVI° siècle, deux champs du ban de Schirmeck, situés
en contrebas de l'église, sont entourés de bien appartenant
à (l'église) St-Georges (2 acker uff beiden sitten uffen
sant Jorgen under der kirchen)18). Enfin
un acte non daté mais qui se rapporte aux années 1510/1550
mentionne une vente de biens par l'abbaye d'Altorf à Jean Thun le
Jeune, bourgeois de Schirmeck. Parmi ces biens figurent deux champs situés
derrière l'église (de Barembach) et qui sont séparés
par deux autres parcelles appartenant à
(l'église) St-Georges (2 Ackherfeldt im bann zu Schirmeck
hinder der kirchen gelegen, und liegen 2 Ackher, so zuo sanct Geörg
zuegehörig das zwischen)19).
Ces données, quoique fragmentaires, nous permettent sans doute
de prétendre que la dédicace de l'église de Barembach
au martyr Saint-Georges est très ancienne. Elle peut remonter aux
origines du sanctuaire.
Il apparaît, en effet, que Saint-Georges est l'un des martyrs
dont le nom est le vénéré en Alsace au Moyen-Âge20).
C'est un des saints préférés des gens de guerre, et
en particulier de la famille d'Eguisheim-Dabo. Le plus illustre des membres
de cette famille, le pape Léon IX, avait confié des reliques
de ce saint à l'abbaye d'Altorf21).
En 1137, la famille comtale fait de Saint-Georges un des patrons auxiliaires
de la chapelle de Laubenheim, au pied de leur château de Guirbaden22).
À la lumière de ces données, il apparaît
comme probable que l'origine du culte de Saint-Georges a été
introduit à l'église de Barembach par les comtes d'Eguisheim23).
C'est aussi à cette puissante lignée que l'on doit sans
doute l'origine de la localité de Barembach et la construction de
sa première église.
Des seigneurs laïques construisent parfois des églises
pour leurs sujets sur leurs propres domaines. Le cas n'est pas rare en
Alsace au haut Moyen-Âge. Le seigneur est souvent à l'origine
de ces noyaux locaux de christianisation. Il offre le sol pour une église
et prend à sa charge les frais de construction24).
La fondation de l'église et la création de la paroisse
de Barembach se firent peut-être dans ce cadre et selon ces circonstances.
II. - Barembach et l'abbaye d'Altorf
A. - Le droit de patronage
La fondation d'une église par une personne laïque s'accompapne
d'un droit de patronage que le fondateur cède a un établissement
ecclésiastique. C'est le sens de l'acte de 974 par lequel Hugues
III de Nordgau cède à l'abbaye d'Altorf les "églises"
de Barembach et de Grendelbruch: l'Abbé d'Altorf devient ainsi le
collateur
de
ces-deux églises.
Mais que représentent dans la réalité ces termes
juridiques?
Le patronage est l'ensemble de certains droits acquis à
toute personne par la fondation et la dotation d'une église. Par
le biais du patronage, cette personne devient le collateur de cette
église: il a ainsi seul le droit de conférer un bénéfice,
en d'autres termes de nommer un curé. En théorie, le curé
jouit de toutes les dîmes attachées au bénéfice:
il est le décimateur25).
B. - L'incorporation à l'abbaye d'Altorf
Les choses se passent différemment en réalité.
Le 8 juin 1192, le pape Célestin III incorpore l'église
de Barembach à l'abbaye d'Altorf. Au delà du droit de nommer
le curé, cette union complète signifie le droit réel
de propriété26). L'abbaye
s'approprie tous les revenus de l'église (les dîmes entre
autres). À la tête de la paroisse, elle fait nommer par l'évêque
un desservant à qui elle cède un revenu fxe versé
par l'abbaye et qu'on appelle la portion congrue.
Le hasard des textes fait que certains desservants à la tête
de la paroisse de Barembach sont connus par leur nom dès le XIII°
siècle.
En 1258, Volmar est plebanus (Leutpriester) de Barembach.
Son prédecesseur s'appelait Sigelinus. (On entend par plebanus
le simple desservant n'ayant aucun droit). En 1343, Jacobus apparaît
comme vicarius perpetuus ville Bernbach27).
À ce titre, il peut posséder les droits de la paroisse incorporée
à une abbaye. Un document de 1419 mentionne enfin Johann Schilt,
Leutpriester in Barembach.
Ces noms permettent d'assurer au lecteur une certaine continuité
de la paroisse de Barembach durant le Moyen-Âge. Mais leur concision
même le laisse encore dans l'ignorance sur beaucoup de points.
Il nous reste à présent à examiner l'élément
qui est le plus important de la vie paroissiale, son symbole même:
l'ancienne église St-Georges.
III. - L'église St-Georges de Barembach: vie et mort d'un
édifice
L'église St-Georges n'existe plus aujourd'hui sur le terrain.
Mais les documents d'archives permettent encore, par le texte et aussi
par l'image, de nous restituer l'état des bâtiments à
partir du XVI° siècle.
A. - La construction romane
On ne sait évidemment rien des tout premiers édifices.
L'église de 974 était, sans aucun doute, entièrement
en bois comme l'étaient les maisons-fortes de l'époque28).
Il est probable qu'une construction romane fut élevée
vers la fin du XII° siècle ou au début du XIII° siècle.
L'édifice reproduit sur la carte-vue de 1540 montre un chevet droit
qui peut être de style roman.
En 1896, lors des travaux d'agrandissement du cimetière, on
mit à jour une tête de statue, un chapiteau de colonne
et des fragments du tympan du portail de style roman, le tout bien conservé,
provenant de la très vieille mère-église29).
Il est possible que ces fragments proviennent du choeur de l'église.
Sur le dessin de 1540, le choeur est prolongé par une longue
nef probablement postérieure. Un clocher, entièrement en
bois, s'élève au-dessus de la croisée du choeur.
Une vingtaine d'années après ce dessin, l'église
menace ruine.
Une supplique de "toute la Communauté dé Schirmeck" adressée
entre le 4 mars et le 8 avril 1564 à la Régence épiscopale
de Saverne nous apprend que les habitants de Barembach conduits par leur
écoutète, ceux de Steinbach et ceux du Ban-de-la-Roche entretenaient
régulièrement l'église de Barembach par le moyen de
leurs corvées. L'écoutète ne tolérant plus
cette contribution, l'édifice menace de tomber en ruines. Les bourgeois
de Schirmeck demandent alors à la Régence de les aider, car
ils
ne veulent pas le faire seuls30)
Une nouvelle reconstruction eut-elle lieu plus tard? Un autre clocher,
de base carrée, semble apparaître sur un deuxième dessin
daté de 1606 . Mais les documents manquent pour pouvoir l'affirmer.
B. - Constructions successives et état au XVIII° siècle
Les comptes de la fabrique de l'église de Schirmeck qui ont
à leur charge l'entretien de l'église St-Georges de Barembach
et de la chapelle St. Sébastien de Schirmeck nous apportent heureusement
des renseignements intéressants au sujet des travaux effectués
tout au long des XVII° et XVIII° siècles.
Entre 1616 et 1617, le toit de l'église de Barembach fut recouvert
de bardeaux31). Il ne semble pas que l'édifice
ait beaucoup eu à souffrir pendant la Guerre de Trente Ans: il n'y
eut pas, en tous les cas, de ruine totale. En 1666/67, la couverture de
bardeaux du toit du choeur est renouvelée. L'année suivante,
ce fut le tour du toit de la nef.
Une avancée protégeait l'entrée de l'église:
elle fut réparée en 1670/7132).
En 1683, 27 fl. 8s. 6d. sont versés à François
Arnould sur 26 toises de couverture qu'il a recouvry à l'église
de Barembas33). La couverture fut achevée
l'année suivante par le même artisan. D'importants travaux
ont dû avoir lieu cette année-là: le charpentier de
Russ a consacré 12 journées de travail à la dite
église tant au racommodement de la tour que pour plancher 34).
Les comptes de l'année 1685 font état d'une consolidation
de la porte d'entrée. 4s. 8d. furent aussi dépensés
pour faire racommoder la serrure et la clef 35).
Les vitres des fenêtres de l'église furent souvent réparées:
ainsi en 1695, celles de la nef36). Dans
les comptes de l'année 1729/30, Estienne Petrolle, vitrier,
s'occupe de la remise en état des vitres du choeur37).
À la lecture des comptes de la fabrique, on constate qu'il est
fait mention de travaux d'entretien courant à entreprendre régulièrement
(la couverture du toit, par exemple).
Un document émanant de la Communauté de Barembach fait
état de la vétusté et du mauvais état
de l'édifice au début du XVIII° siècle: ladite
église avait bien un toit mais elle n'avait ni porte ni fenestres
entières38).
Au début de l'année 1739, le bâtiment fut renversé
et ruiné par les tempêtes39).
Une reconstruction totale fut entreprise sept ans plus tard. La première
pierre fut bénie le 10 juillet 1746. C'est le 20 octobre 1748 que
la bénédiction de la nouvelle "église mère"
de Barembach eut lieu en présence de l'ensemble de la paroisse,
à
savoir Schirmeck, Berembach et Russ. Le même jour furent bénies
deux nouvelles cloches en l'honneur de Saint-Georges, patron de l'église
et de la Vierge Marie. L'église fut bénie par le Vicaire
Général de l'Evêché de Strasbourg en présence
du curé de la paroisse Gaspard Sauthier, Philippe Prima desservant
de Muhlbach, Nicolas Damin desservant de La Broque et Jean-Baptiste Dominique
Simon desservant de Schirmeck40).
- le rapport de la Visite de 1762 -
Nous connaissons un peu plus en détail ce nouveau bâtiment
grâce à la Visite effectuée par Mgr d'Arath, Vicaire
Général. Le rapport daté du 30 septembre donne des
renseignements intéressants sur l'état du bâtiment.
Des réparations urgentes sont demandées: remise en état
de la toiture avant l'hyver mais surtout des travaux à effectuer
au clocher: il faut en effet éviter que quand on sonne, la poussière
ne tombe sur l'autel 41).
Mais le rapport nous renseigne surtout sur le mobilier de l'église.42)
Il n'y a dans cette Eglise que le maître-autel, les deux dans
la nef n'ont que les tables de pierres préparées; il y a
des fonts baptismaux et une tribune; le St-Sacrement n'est point encore
conservé dans le tabernacle et l'on ne tient point dans cette Eglise
les Vases Sacrés et ornements de quelque valeur par la crainte des
vols, attendu qu'elle est entièrement exposée et sans aucune
habitation voisine plus près qu'un demi quart de lieu savoir le
village de Barembach; l'on apporte de Schirmeck ce qui est nécessaire
pour le service.
À la suite de cette visite de 1762, certains travaux furent
effectués: les deux autels collatéraux de la nef seront remis
en état par Christian Berlin entre 1762 et 1769 pour une somme de
100 l43). Enfin une maison fût construite
à proximité
pour la garde de l'église44).
C. - La disparition de l'église
Après la Révolution, les bâtiments deviennent la
charge de la commune. Ce sont maintenant les délibérations
du Conseil Municipal de Barembach qui nous apportent d'utiles renseignements45).
Nous assistons ainsi, année après année, parfois
mois après mois, à la lente dégradation de l'ancienne
église St-Georges qui finira par être démolie.
Au début du XIX° siècle, l'état général
de l'édifice est à nouveau sérieusement compromis.
Le 15 janvier 1807, un premier devis de réparation signale que
les
coups de vent qui ont eu lieu au commencement du mois de décembre
dernier ont enlevé une partie de la toiture... ce qui occasionne
les eaux de pluie de tomber sur le plancher de la nef et de là sur
les bans et les personnes qui assistent aux offices.
Le 23 décembre 1812, la couverture du clocher (en bardeaux de
sapin) est gagnée de pourriture.
Peu de réparations sont sans doute effectuées à
l'église durant les années suivantes. Dans sa séance
du 4 mai 1818, le Conseil Municipal signale qu'aujourd'hui, elle menace
de tomber en ruines.
C'est à cette date qu'apparaît pour la première
fois le projet de construction d'une nouvelle église au village
même qui sera élevée en 1824.
Mais écoutons les raisons avancées par le Conseil: l'ancienne
église de Barembach est située au milieu de la prairie,
éloignée du village d'environ 1/4 de lieu le chemin qui y
conduit est le long d'un ruisseau a considérable qui débordant
en temps de pluie, les Eaux coulent sur ledit Chemin et le rendent impraticable
temps d'hyver, l'obstacle est encore plus fort, parce la gelée faisant
monter les glaces qui couvrent le même chemin, fait que peu de monde
peut se rendre à cette église... .Vu les inconvénients...
le Conseil Municipal croit qu'il serait plus convenable aux habitants de
construire une autre (église) au Centre du village.
Mais ce projet condamne de toute évidence l'ancien bâtiment:
Pour rendre plus facile la construction de cette nouvelle église,
il existe une vieille maison qui a été bâtie pour la
garde de l'église existante; on pourrait donc prendre les pierres
de taille et de moëlons de cette maison et de l Eglise qui n'existe
plus...
Neuf années plus tard, il n'est plus question que des débris
de l'église.
C'est au courant de l'été 1828 que l'ancienne église
St-Georges de Barembach disparaît définitivement. Les pierres
de l'édifice et de la maison voisine sont venues pour une somme
de 2 300 F. La recette est consacrée à l'achat de trois autels
neufs pour l'église du village.
Ainsi fut effacée jusqu'à la dernière pierre l'église
mère de la paroisse de Barembach.
Cette église St-Georges était un symbole, celui d'une
communauté villageoise, probablement importante au Moyen-Âge.
Mais non loin de Barembach, une autre agglomération émergea,
dépendant de la même paroisse-mère de Schirmeck. Un
texte du XVIII° siècle rédigé par la Communauté
de Barembach résume bien et d'une manière imagée les
données de ce nouveau voisinage:
C'est que Schirmeck qui n'estait rien est devenu un village et que
Bärrenbach qui anciennement était une grande communauté
a été réduitte et ruinée par les guerres, il
est à la vérité moindre aujourd'huy que Schirmeck
mais l'on doute qu'en cette matière le nombre l'emporte.
En effet, dans le cadre juridique si complexe qu'était une paroisse
sous l'Ancien Régime, des problèmes se posèrent aux
deux Communautés aux XVII° et XVIII° siècles.
L'un des points intéressants à étudier à
présent est peut-être la lente émergence de la communauté
religieuse de Schirmeck. Cette importance grandissante se traduit sur le
terrain par l'apparition d'une première chapelle, qui transforme
et s'agrandit pour devenir une église " paroissiale " au milieu
du XVIIIe siècle.
A. KIENTZLER
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire
de Schirmeck, n° 93 (noel 1976)
(2) La lignée sera connue plus tard
sous la dénomination d'Eguisheim-Dabo
(4) Arch. comm. Barembach [Archives
communales de
Barembach (Mairie)] Rapport de Isidore Armand, Architecte
de l'arrondissement de St-Dié
(5) L. Pfleger, die Entstehung der
elsässischen Pfarren dans Archiv für elsässische
Kirchengeschichte
[A.E.K.G.] 4 (1929) p. 1 - 114 p. 42
(6) L. Pfleger, ouv. cit. p. 46.
(7) La carte-vue de 1540 a été
reproduite en couverture de l'Essor n° 87 (Noël 1974)
(8) M. Schickelé, Etat de
l'Eglise d'Alsace avant la Révolution, I, 1877 (Introduction)
p. XVI
(9) L. Pfleger, p. 46
(10) L. Pfleger, p. 42
(11) Archives départementales
du Bas-Rhin [ABR] G 1840 (1), - Dans le Cartulaire d'Altorf (XVI° -
XVII° siècle), une copie du même document mentionne Bernbach
(H 165 fol. 46v°-47°
(12) M. Barth, Handbuch der elsässischen
Kirchen im Mittelalter, [Handbuch] col. 98
(l3) H 20 (2) - Pour la localisation
d'Ober Russ, cf. l'Essor n° 84 (septembre 1973) p. 4
(14) I G 43 (l) fol. 121 v°- 122r°
(15) M. Barth, Visitationsberichte
des Bistums Strassburg vom Jahre 1666 dans A.E.K.G. 16 (1943) p.251.
Voir à ce sujet les remarques du même auteur dans Handbuch,
col. 98
(16) G 2076 fol. 45 r°
(17) fol. 62v° et 73r°
(18) H 163 fol. 187 (Cartulaire
d'Altorf XV° - XVIII° siècle)
(19) H 26 (liasse n° 5) fol. 33
v°
(20) L. Pfleger, der grosse Nothefer
Sankt Georgen dans Elsassland 14 (1934) p. 65-69
(21) Notitiae Aliorfenses n°
1: "Sciendum quod..." - Le texte est transcrit par A. Sieffert, Altorf
Geschichte von Abtei und Dorf, 1950, p. 278
(22) M. Barth, col. 730
(23) L. Pfleger, ouv. cit. ,p. 67
(24) L. Pfleger, p. 73
(25) M. Schickelé, p. XXXII
- XXXIV
(26) L. Pfleger, p. 104
(27) M. Barth, Reliquien aus elsässischen
Kirchen für das Münster in Bern dans A.E.K.G. 9 (1934) p.
133
(28) L. Pfleger, p. 73
(29) R. Kieffer, Histoire de la
commune de Barembach, 1950 (manuscrit)
(30) I G 43 (1) fol. 121 v° -
122r°
(31) Archives communales de Schirmeck
[Arch. comm. Schirmeck] (déposées aux ABR) GG 12 i d. 7r°
(32) fol. 5
(33) fol. 4v°
(34) fol. 3v°
(35) fol. 4r°
(36) fol. 3v°
(37) Arch. comm. Schirmeck GG 13
(38) ABR H 26 (liasse n° 5)
(39) Registres paroissiaux de Schirmeck
(déposés aux ABR) [Reg. Paroiss. Schirmeck] 3 E 448 (4) p.
104
(40) p. 132
(41) Arch. comm. Barembach, Rapport
de la visite de 1762, fol. 5r°
(42) fol. 2r°
(43) fol. 10v°
(44) Arch. comm. Barembach, Délibérations
du Conseil Municipal en date du 4 mai 1818
(45) Arch. comm. Barembach
Chapelles et cultes de saints à Schirmeck aux
XVI° et au début du XVII° siècle
Arnold Kientzler
I. - La Chapelle St-Sébastien (fin du XVI° - début
du XVII° s.)
A. - Première mention
La chapelle de Schirmeck apparaît pour la première fois
- et c'est une coïncidence pour le moins malheureuse - à l'occasion
d'un événement de guerre qui touche durement la Vallée
de la Bruche: l'invasion des Huguenots1).
Ces mercenaires, par vagues intermittentes entre 1562 et 1579, utilisent
la Vallée comme voie de passage et la soummettent à une destruction
en règle2).
En 1570, après le 11 mars, le bailli de Schirmeck, Jean Klug
signale à la Régence de Saverne le passage de l'une de ces
bandes3). L'écoutète et la
communauté s'étaient plaints à lui du pillage systématique
de la chapelle située dans le bourg de Schirmeck. Le fonctionnaire
épiscopal demande alors à ses supérieurs de nouveaux
ornements liturgiques afin que l'on puisse continuer à y célébrer
les offices et, ajoute Jean Klug, de ne pas être obligé d'aller
par temps d'hiver jusqu'à l'église de Barembach pour baptiser
les enfants de nuit comme de jour4).
Ce document de 1570 est, à divers titres, très intéressant
pour notre propos.
1. - Il constitue donc la preuve la plus ancienne de l'existence d'une
chapelle à Schirmeck même.
2. - À cette époque, cette chapelle possède déjà
un certain statut d'indépendance par rapport à l'église
mère de Barembach: elle conserve ses propres fonts baptismaux5).
(Au Moyen-Âge, c'est dans les églises paroissiales seules
que le baptême pouvait être célébré)6).
B. - La dédicace de la chapelle
On a remarqué qu'il n'était nullement fait mention du
patronage dans le document ci-dessus. Il faut attendre l'année 1616
pour voir apparaître le nom du saint auquel l'édifice religieux
est dédié. Les comptes les plus anciens de la fabrique de
«l'église» de Schirmeck mentionnent pour les années
1616-1617 une dépense de 8 s. payée à Georges Schmidt
pour les fournitures destinées à la chapelle St-Sébastien;
le même artisan reçoit encore 3 s. quelque temps après
pour avoir livré une corde prévue pour faire sonner les cloches
à l'église St-Sébastien7).
On ne sait évidemment pas à quelle époque remonte
le vocable de notre Saint. Mais nous verrons plus loin d'autres éléments
permettant d'apporter une certaine réponse à cette question.
C. - Schirmeck et la paroisse-mère de Barembach
Le rapport de la visite pastorale effectuée en 1666 dans toutes
les paroisses du diocèse de Strasbourg nous donne pour la première
fois l'état des relations religieuses entre les différents
lieux de culte dans la Vallée8).
La paroisse de Schirmeck est dédiée à Saint-Georges.
Elle comprend les trois filiales suivantes:
- la chapelle St-Sébastien de Schirmeck (où le culte
est célébré)
- la chapelle St-Etienne de Russ
la chapelle St-Genès (Sancto Genesius) de Natzwiller.
Ce texte nous apprend donc que trois chapelles sous le vocable de trois
patrons distincts et situées dans trois endroits également
différents forment la paroisse St-Georges de Schirmeck. Des recherches
récentes entreprises à partir de ce document9)
ont montré que le patronage de St-Georges s'applique en fait à
l'église-mère de Barembach et non à quelque autre
lieu de culte situé à Schirmeck même.
Nous pouvons donc en déduire qu'il y a eu à un certain
moment transfert de la paroisse d'origine tout en conservant la
dédicace ancienne du patron, St-Georges, la paroisse a «quitté»
son cadre primitif pour venir «s'installer» à Schirmeck.
Cette translation est le résultat d'une lente évolution
qu'il n'est guère possible de fixer avec précision dans le
temps, faute de textes sûrs. (Quelques indices semblent toutefois
montrer qu'elle peut se situer dans la deuxième moitié du
XV°e siècle ou au plus tard au début du XVI° siècle).
Une des raisons de ce transfert est sans doute liée à une
forte poussée démographique du bourg de Schirmeck10)
et une lente stagnation de l'agglomération de Barembach, ces deux
éléments pouvant d'ailleurs être plus ou moins liés
l'un à l'autre.
Dans la réalité quotidienne -à laquelle les habitants
du bourg étaient évidemment les plus sensibles- cette translation
du lieu même de la paroisse se traduit surtout par deux éléments:
ainsi, des fonts baptismaux attestés à la chapelle de Schirmeck
dès 1570.
Mais l'indice le plus convaincant est sans doute le fait qu'en 1565
le curé de la paroisse réside déjà à
Schirmeck: le 7 août de cette année, il demande à la
Régence de lui fournir du bois pour remettre en état la galerie
(?) de son presbytère11).
D'autres recherches nous apprennent que ce curé - qui s'appelait
Pierre Coquus - était déjà à la tête
de la paroisse vers 156012).
II. - La localisation de la chapelle dans le site de Schirmeck
À l'origine d'une bourgade médiévale, on trouve
très souvent une chapelle ou un «château» urbain:
l'agglomération se groupe alors autour de l'un ou de l'autre de
ces noyaux. Certains types de formation de centres urbains sont à
cet égard significatifs en Alsace. C'est notamment le cas pour Eguisheim
et Niedernai (XIII° siècle). Dans le cas d'une création
plus récente comme celle de Bergbieten (fin du XIV° siècle),
le processus de développement est le même13).
A. - Une création tardive: Schirmeck
Le cas de Schirmeck, sans doute érigé entre ces deux
périodes, est entièrement différent.
Le plan de la ville médiévale montre que la chapelle
- St-Sébastien se trouve à l'une de ses extrémités,
près de l'enceinte du XIV° siècle: l'emplacement -en
excroissance par rapport à un noyau urbain qui n'est pas matérialisé
sur le terrain- semble montrer que la chapelle est bien plus récente
que la cité elle-même.
Cette hypothèse est confirmée par des textes. Des documents
du 11 octobre 1586 et du 2 août 1589 permettent de préciser
que la chapelle (Capell... im flecken Schirmeck) est située
non loin de l'enceinte (Rinckhmauer) et à proximité
du ruisseau traversant le communal (Allmend bach)14).
De même le Renouvellement de 1666 mentionne explicitement
que la chapelle St-Sébastien est située dans l'agglomération
sur le communal (Item ein Capell - St Sebastiani Cappel - im feckhen,
steht mitten uf die Alllmend)15).
À l'aide de ces documents, on doit pouvoir conclure avec une
certaine vraisemblance que chapelle St-Sébastien fut construite
à un moment (non repérable dans le temps) où le besoin
d'avoir un lieu de culte propre à la bourgade devenait crucial.
La construction, apparue après la formation de ville et l'occupation
du site, a été érigée à l'intérieur
de l'enceinte urbaine sur les communaux, c'est-à-dire sur les
seuls terrains encore exempts de constructions.
B. - Repères topographiques
Peut-on localiser l'emplacement de la chapelle sur le site même
de Schirmeck? Un document de la fin du XVIII° siècle nous apporte
la réponse.
Dans un autre rapport de visite pastorale effectué 30 septembre
1762, le Vicaire Général Mgr d'Ara demande à la Communauté
de Schirmeck procéder à certaines réparations dans
son église paroissiale: c'est ainsi qu'il insiste pour faire consolider
la
voute de la Chapelle de St-Sébastien dans la tour de l'Eglise...
afin de garantir lad. voute de la chute d'un Batand de cloche ou d'un poids
de l'horloge, ainsi qu'il est déjà arrivé16).
La chapelle St-Sébastien se trouve ainsi sur l'emplacement de
l'église qui avait été reconstruite en 1753 et 1754;
la construction actuelle est elle-même le résultat d'un remaniement
qui a eu lieu en 1846.
III- Le problème du patron de la paroisse
A. - Saint Sébastien
Les comptes de 1616 ont montré que la chapelle du «bourg»
est consacrée à St-Sébastien qui apparaît donc
comme le saint principal de ce sanctuaire. Le document se trouve
corroboré tout au long du XVII° siècle par un certain
nombre de textes que nous venons étudier.
La situation n'a pas changée au début du siècle
suivant. Le 24 octobre 1714, le bourgeois de Framont (et sans doute le
maître des forges) Dominique Mus est encore enterré dans la
chapelle St-Sébastien. (Sepultus est in Capella Sancti Sebastiani
in Schirmeck)17). Mais en 1758, l'église
paroissiale est déjà placée sous le vocable des Saint
Sébastien et Saint Georges18). On
peut supposer qu'à l'occasion de la reconstruction et de la bénédiction
du nouvel édifice quatre années plus tôt, la paroisse
avait profité de ces circonstances solennelles pour associer à
Saint Sébastien; Saint Georges, c'est-à-dire le patron de
l'ancienne église-mère de Barembach de laquelle communauté
celle de Schirmeck est issue.
En 1846, lors du remaniement de l'église, intervient un nouveau
changement de patron: Saint Sébastien disparaît alors définitivement.
L'église est placée sous l'invocation de Saint-Georges et
Saint-Antoine19). De nos jours, seul Saint-Georges
demeure le patron de la paroisse20).
B. - Saint-Antoine l'Ermite
L'apparition aussi tardive de Saint-Antoine dans la dédicace
de l'église de Schirmeck aurait pu s'expliquer par l'effet d'une
mode ou d'une vénération passagère. Mais il n'en est
rien.
L'importance très ancienne du culte de Saint-Antoine à
Schirmeck est indéniable. Mais des problèmes complexes se
posent au niveau de la place occupée (communauté et
paroisse ou communauté ou paroisse) et des origines de la
vénération du Saint à Schirmeck.
Rappelons brièvement les données connues par des textes.
Le rapport de la visite de 1762 déjà mentionné
signale que Saint Antoine l'Ermite est le patron de la Bourgeoisie
(de Schirmeck)21). Plus loin, le même
document précise que la bourgeoisie de Schirmeck s'est engagée
par voeu depuis longtemps de fêter St-Antoine l'Ermite quelle a choisie
pour Patron22).
Saint Antoine apparaît ainsi comme le Saint vénéré
des bourgeois, c'est-à-dire de la Communauté.
Cette donnée se vérifie grâce à d'autres textes.
Le jour de la fête du Saint (17 janvier) donne lieu à un repas
offert par la Communauté parfois aux seuls notables locaux23),
parfois à la population toute entière24).
Ainsi on lit dans les Comptes de 1744 qu'il a été
payé au Sr Parisot (sans doute le cabaretier) pour avoir
préparé le repas pour toute la communauté le jour
de Saint Antoine suivant l'usage et founy les ustencilles et chandelles
à l'assemblée, comme de coustume : 4 f. 6 s.
L'assemblée réunie comme de coustume procède
alors à l'élection. de ses nouveaux notables élus
pour une année. Cette élection -le jour de la Saint Antoine-
connue pour le XVIII° siècle est en fait plus ancienne: elle
apparaît en 165325) mais également
en 158826).
Un autre «document» historique nous apporte un renseignement
capital quant à la place occupée à Schirmeck par Saint
Antoine. Il s'agit du sceau de la Communauté qui date de 1576.27)
Le recueil officiel des sceaux des communautés alsaciennes qui
fut établi sur les ordres de Louis XIV un siècle plus tard
décrit le blason de la Communauté du village de Schiomeist(sic):
Porte
d'azur à un saint Antoine vêtu d'une robe longue, tenant de
sa main dextre un bâton terminé par le haut en forme de lambel
son cochon passant derrière lui, le tout d'or sur une terrasse de
même28).
II n'est pas inutile de préciser que les armes actuelles de
la ville de Schirmeck (De gueules au T, (Tau) fleuronné d'or,
aux branches duquel sont appendues deux clochettes d'argent) sont une
réminiscence directe de l'emblème de Saint Antoine: le T
est la forme héraldique de la béquille utilisée par
l'ermite dans le désert29).
C. - Saint Sébastien et Saint Antoine un double patronage?
En règle générale, les sceaux des villes et des
bourgs médiévaux adoptent l'image du saint patron de la paroisse30).
Un problème apparaît donc: la chapelle de Schirmeck était-elle,
à un certain moment moment de son histoire, placée sous le
vocable de Saint Antoine? Ou alors ne faudrait-il pas orienter nos recherches
différemment et repérer -dans les texte - un autre lieu de
culte de ce saint? Cette dernière hypothèse suppose évidemment
un changement de patron pour la chapelle dans la mesure où le culte
viendrait d'un sanctuaire différent mais proche de Schirmeck.
Aucun document ne nous renseigne à l'heure actuelle sur l'une
ou l'autre de ces possibilités: des hypothèses seules peuvent
donc être envisagées.
L'ancienneté du culte de Saint Antoine l'Ermite à Schirmeck
ne peut souffrir d'aucune contestation: la meilleure preuve en est évidemment
la présence sur le sceau de 1576 des symboles du saint.
On sait que les changements de patron d'église!s étaient
chose courante tout au long du Moyen-Âge31).
Mais à quel sanctuaire situé à Schirmek ou dans ses
environs la dédicace s'appliqua-t-elle?
Trois lieux de culte sont connus sur le territoire qui nous intéresse:
I ) L'église-mère de Barembach citée en 133032)
(mais la paroisse est déjà attestée par un document
se rapportant à l'année 974).
2) La chapelle castrale du château de Schirmeck connue par les
Comptes du Bailliage de 1525.
3) La chapelle du bourg de Schirmeck mentionnée en 1570.
Etudions brièvement chacune de ces possibilités.
1. L'église de Barembach
Saint Georges, le patron de l'église-mère, n'apparait
qu'au début du XVI° siècle mais rien ne nous autorise
à penser que saint Antoine était également vénéré
à Barembach où même qu'un autel latéral lu était
consacré. II ne figure pas parmi les cinq Saint dont des reliques
furent envoyées en 1343 par la paroisse à l'église
de Berne en Suisse33).
2. La chapelle du château de Schirmeck
Son existence est connue grâce à des travaux qui y furent
effectués en 1525 et en 163034).
À la fin du XVIe siècle, les vêtements de culte qui
s'y trouvaient furent remplacés par une somme de 25 fl. Comme la
chapelle n'a jamais eu de chapelain attitré, la messe y était
sans doute célébrée -lors de la présence de
l'évêque à Schirmeck- par le desservant de la paroisse35).
Un document du XVIII° siècle rapporte que dans l'extrait
de visite (pastorale) de 1615, il est dit que le service divin se
faisait presque toujours au village (de Barembach) et le samedy
au château36).
La dédicace de la chapelle castrale n'est pas connue. On sait
que la vogue du culte de Saint Antoine remonte dans son ensemble aux XIV°
et au XV° siècles37). Mais on
ne peut guère associer cette popularité du Saint à
aucun évêque de Strasbourg en particulier.
D'après les quelques données connues, aucune chapelle
castrale de château appartenant à l'Evêque n'est dédiée
à Saint Antoine38). Tout au plus
peut-on relever la présence de ses reliques -parmi d'autres provenant
de huit Saints différents!- à la chapelle du château
épiscopal du Haut-Barr en 153739).
Mais l'indice est trop fragile pour pouvoir y asseoir une quelconque
hypothèse de recherche.
3. - La chapelle du bourg de Schirmeck
Il est un fait que le vocable de Saint Sébastien n'apparaît
qu'en 1616. Mais à quelle époque remonte la chapelle en tant
que lieu de culte à Schirmeck?
Une liste assez complète des revenus de toutes les églises
alsaciennes établie pour l'année 1371 mentionne uniquement
dans notre périmètre de recherche Ecclesia Berrenbach
an der Brüsche, (Barembach) Rotahe (Rothau) et Grendelbruch.
Une chapelle à Schirmeck n'est pas non plus mentionnée en
1419 dans un document similaire où Johans Schilt est encore
nommé desservant de Barembach (lutpriester zuo Barembach)40).
La dédicace de Saint Antoine pourrait donc s'appliquer à
une première chapelle apparue au courant du XIV° siècle
à Schirmeck. Mais ce bel échafaudage d'idées n'est
en fait qu'une hypothèse quelconque!
A. KIENTZLER
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire
de Schirmeck, n° 95 (juin 1977)
Il m'est un agréable devoir de signaler ici les personnes qui,
par leurs conseils ou les documents qu'ils ont mis à ma disposition,
ont facilité les recherches préparatoires à ce travail.
Je veux citer tout particulièrement Monsieur Pierre Levresse, Secrétaire
général adjoint de la Société d'Histoire de
l'Eglise d'Alsace et monsieur Charles HAUDOT, Chef de Service Technique
à la Préfecture du Bas-Rhin, Sigilographe de la Ville de
Strasbourg.
(1) Nom donné,
pendant les «guerres de Religion», par les catholiques au protestants
calvinistes français.
(2) Au mois de mai 1574, les bandes
«welches» avaient semble-t-il songé à investir
le château de Schirmeck: ce détail montre qu'il s'agissait
de véritables mercenaires sans doute équipés en conséquence.
(3) Archives départementales
du Bas-Rhin [ABR] I G 44 fol. 95r° (Actes de la Chancellerie
du Bailliage Episcopal de Schirmeck (1568 - 1572).
(4) La pratique du baptême de
nuit est-il lié à la grande mortalité enfantine et
à la peur de voir mourir un bébé qui n'était
pas baptisé?
(5) La présence de fonts baptismaux
à Schirmeck est prouvée par d'autres sources en 1662 (cf.
Comptes de la Fabrique de l'église) 1662 - 1663 fol. 2).
Ces textes portent en faux l'affirmation contenue dans le Rapport de 1666
qui récise que les seuls fonts baptismaux de la paroisse
sont Barembach.
(6) cf. l'Essor n° 93, p. 2.
(7) Les textes emploient donc indifféremment
à cette époque les deux termes.
(8) M. Barth, Visitationsberichte
des Bistums Strassburg vom Jahre 1666 dans A.E.K.G. 16 (1943)
p. 251 n° 111. Cf. l'Essor n° 93, p. 3.
(9) M. Barth, Handbuch der elsässischen
Kirchen im Mittelalter, [Handbuch] col. 98.
(10) Il a pu être établi
qu'en 1362 le bourg de Schirmeck pouvait déjà compter entre
500 et 1000 habitants. Cf. Chr. Wolff, Le nombre de maisons à
Schirmeck en 1362 dans Annuaire de la Soc. d'Hist. et d'Arch. de
Molsheim 1973, p. 47.
(11) Die büene im pfarrhoff
- ABR I G 43 (1) fol. 203 (Actes de la Chancellerie du Bailliage
- 1556-1565).
(12) A. Sieffert, Altorf, Geschichte
von Abtei und Dorf Koenigshoffen, 1950, p. 189.
(13) Les exemples cités sont
cartographiés dans l'ouvrage de base de F.J. Himly, Atlas des
Villes médiévales d'Alsace, 1970 (Publ. de la Féd.
des Soc. d'Hist. et d'Arch. d'Alsace VI) cartes pp. 66, 95 et 53..
(14) ABR G 5262 (2) - (Chapitre
de Haslach).
(15) ABR G 2076 fol. 24v° - Renouvellement
des bans de Schirmeck, Barembach, Wackenbach et Steinbach, 166,
(16) Arch. comm. de Barembach, fol.
5r° et v°.
(17) Arch. par. Schirmeck - ABR 3
E 448 (8) fol. 23v°. - L'inhumation dans les églises et les
chapelles est généralement réservée aux mécènes
et aux bienfaiteurs de la paroisse. C'est peut-être le cas pour ce
Sr Mus qui est cité en 1687 comme ayant financé un
des autels latéraux de la chapelle. Cf. Comptes... de la Communauté
de Schirmeck pour 1687 (Arch. com. Schirmeck CC I fol. 11 v°).
(18) M. Barth, Handbuch col.
98.
(19) J.B. Clauss, Historische Topographisches
Wörterbuch des Elsass, 1895, p. 999.
(20) M. Barth, Handbuch
col. 98.
(21) Arch. com. Barembach fol. 9v°.
(22) fol. 8r°.
(23) Arch. com. Schirmeck - Comptes
de 1683 - CC 1 - fol. 7v°.
(24) CC 5 fol. 21 r°.
(25) Comptes de 1653 CC 1 fol. 11v°.
(26) J. Wimmer, Eine Totschlagsaffäre
in Schirmeck im Jahre 1588 dans Elsassland 14 (1934) p. 367.
(27) Arch. comm. Schirmeck (Mairie).
- Le même sceau apparaît au bas d'un document du 11 octobre
1586. - ABR G 5262 (2).
(28) Armorial de la Généralité
d'Alsace Publié en 1861 par A. de Barthélémy. Le texte
est cité dans
Les armoiries des communes du Bas-Rhin I (1947)
pl. VIII, 3. - On peut préciser qu'en vocabulaire héraldique
le label (ancienne forme pour lambeau) est la brisure horizontale
à laquelle pendent les denticules (deux clochettes dans le
cas de Schirmeck).
(29) L. Pfleger, St. Anton der
Einsiedler und das Antoniusfeuer dans Elsassland 15 (1935) p.
5 - 9 (p. 6).
(30) P. Martin, Aperçu d'héraldique
(Introduction de l'ouvrage de 1947 cité en (28).
(31) Cf. en dernier lieu F. J. Himly,
Recherches sur les origines du culte de Saint-Martin en Alsace dans
A.E.A. 23 (1956) p. 37 - 65 (p. 41 - 42).
(32) ABR G 1840 (1) et H 165 fol.
46v° - 47v°.
(33) M. Barth, Reliquien aus elsässischen
Kirchen für das Münster in Bern dans A.E. KG. 9 (1934) p.
123 - 136 (p. 133).
(34) Cf. Essor n° 81 (juillet
- août 1972) p. 7.
(35) A. Wernert, Im Burgfrieden
von Schirmeck
dans
Die Vogesen 1908 p. 57-59 et p. 61-63 (p.
63).
(36) ABR H 26 (liasse n° 5).
(37) M. Parayre-KuntzelL, L'Eglise
et la vie quotidienne du paysan d'Alsace au Moyen-Âge, 1975,
p. 55.
(38) Ch.-L. Salch, La protection
symbolique de la porte au Moyen-Âge dans les châteaux- forts
alsaciens dans Hommage à Geneviève Chevrier et Alain
Geslan 1975 (Chantiers d'Etudes Médiévales n° 13)
p. 39 - 44 (p. 42).
(39) M. Barth, Reliquien aus elsassischen
Kirchen und Klöstern dans A.E.K.G. 10 (1935) p. 107 - 138 (p.
125).
(40) M. Barth, Quellen und Untersuchungen
zur Geschichte der Pfarreien des Bistums Strassburg im Mittelalter
dans A.E.A. 2 (147 - 1948) p. 63 - 118 (p. 84 - 85).
Édifices cultuels à Schirmeck principalement au
XVIII° siècle
Arnold Kientzler
I. - Les liens de dépendance de Schirmeck avec l'abbaye d'Altorf
au Moyen-Âge
A. - Les droits du décimateur et du collateur
Les études précédemment consacrées à
la paroisse-mère de Barembach puis à celle plus récente
de Schirmeck1) avaient déjà
souligné l'existence de liens juridiques et spirituels qui les unissaient
depuis leur origine à l'abbaye bénédictine d'Altorf.
Sans vouloir rappeler la nature exacte de ces relations précisons-en
brièvement les points importants: le droit de patronage détenu
par Altorf lui permet de conférer un bénéfice, c'est-à-dire
de nommer le curé (droit du collateur). L'incorporation de
la paroisse depuis 1192 donne en outre à l'abbaye le droit de percevoir
la totalité de la dîme: elle est ainsi à la foi le
décimateur et le collateur de la paroisse de Barembach puis de celle
de Schirmeck dont cette dernière est issue.
Ces notions de liens de dépendance ecclésiastique qui
peuvent paraître bien abstraits se résument à l'époque
qui nous occupe à des critères financiers: le décimateur
a, à sa charge, l'entretien du bâtiment de l'église
et de la maison curiale (presbytère).
À partir du XVI° siècle, le décimateur - en
l'occurence l'abbé d'Altorf - se montra souvent récalcitrant
lorsqu'il s'agissait d'entreprendre et de financer des travaux d'entretien
ou de construction: il prétextait notamment que l'abbaye ne touche
pratiquement plus rien de la grosse ni de la petite dîme [de
Schirmeck]2). En fait, l'attitude négative
de l'abbé se trouve souvent justifiée: c'est surtout le cas
entre 1500 et 1700 environ lorsque Altorf, comme beaucoup d'autres établissements
religieux, connaissait une situation financière médiocre3)
mais aussi d'importantes difficultés de recrutement4).
Cet état de déchéance se trouva aggravé par
les pillages et la désorganisation dues à l'occupation du
pays pendant la,Guerre de Trente Ans.
Il n'était pas inutile de rappeler ces éléments
qui expliquent un peu mieux la nature des relations qui existeront entre
Altorf et Schirmeck à l'époque qui nous occupe.
La Guerre de Trente Ans avait aussi laissé des traces de son
passage à Schirmeck. En particulier, la maison curiale de ce lieu
fut détruite de fond en comble par un incendie en 16345).
B. - Le projet de construction du nouveau presbytère et ses
conséquences
À partir de 1651, une volumineuse correspondance changea entre
le bailli épiscopal de la Vallée et l'abbé d'Altorf
lorsque la communauté de Schirmeck décida de faire reconstruire
sa maison curiale.
Ansi le 29 décembre 1654 le bailli Jean de Giffen, bien connu
par ailleurs6), insista auprès de
l'abbaye de l'extrême nécessité de prévoir
une habitation pour le curé7). Quelques
jours plus tard, le 11 janvier 1655, il rappela au décimateur que
les sujets de Schirmeck et de Russ s'étaient plaints à plusieurs
reprises de ce que le curé de la paroisse se trouve obligé
de mener une existence misérable par manque de logement8).
En face de ces demandes réitérées, l'abbaye-mère
reste très réservée et... évasive. L'intendant
d'Altorf Jean-Casimir Schaufeld estime, le 15 mai 1655, que dans les
temps présents, il apparaît impossible de construire une
maison curiale à Schirmeck avec les moyens dont dispose l'abaye9).
Le 5 juillet de la même année, il confirme cette attitude
négative; tout en «s'excusant» auprès de la paroisse,
il ajoute qu'Altorf ne peut subvenir à ces frais non par manque
volonté mais par incapacité10).
C. - La communauté devient décimatrice de la paroisse
Devant l'attitude inflexible de l'abbaye, les deux Communautés
de Schirmeck et Russ s'adressent à l'Officialité de la Régence
épiscopale. Le 2 mai 1659, son Chancelier propose de bloquer
les dîmes et de les utiliser pour la construction de la maison curiale11).
Cet essai de règlement du différend amène Altorf
à renoncer définitivement à ses prérogatives
de décimateur. L'abbaye abandonne la totalité des dîmes
de la paroisse à la Communauté; en contrepartie, Schirmeck
doit désormais subvenir à l'entretien de la maison curiale
et de l'église du lieu, enfin procurer une solde au curé
de la paroisse12). Néanmoins et jusqu'en
1701, Altorf garde le privilège du collateur, c'est-à-dire
celui de nommer le curé.
Les difficultés apparues à propos de la reconstruction
du presbytère ont donc abouti à la séparation de la
paroisse de Schirmeck et de l'abbaye d'Altorf.
Mais abordons à présent l'histoire de la paroisse et
principalement de l'église de Schirmeck: c'est vers cette date de
1660 qu'après les désordres de la guerre une chapelle émerge
lentement des textes.
La chapelle de Schirmeck (fin du XVII° siècle -
début du XVIII° siècle)
En réalité, les renseignements restent encore bien discrets
à cette époque troublée. Ils le seront un peu moins
au courant du XVIII° siècle. Nous possédons un certain
nombre de mentions relatives à des travaux effectués à
l'édifice ou d'achats effectués pour son aménagement
dans les sources locales (comptes de la Communauté, comptes de la
Fabrique). Mais ces textes ne permettent pas de restituer un quelconque
plan d'ensemble des bâtiments.
Notre étude s'articule alors plus spécialement autour
de quatre documents importants dont certains ont d'ailleurs déjà
été utilisés:
- le plan de la chapelle de 170313)
- la vue de Schirmeck dessinée par J.-A. Silbermann entre 1722
et 173814)
- le rapport de la visite pastorale effectuée en 176215)
-le projet de clocher pour Schirmeck daté de 177616).
A. - La chapelle de 1703
On sait qu'une chapelle existe à Schirmeck en 165417).
S'agit-il d'une construction récente? Il semble difficile de l'affirmer
surtout en l'absence des comptes de la Fabrique entre 1630 et 1654. Néanmoins
il est probable que la modeste chapelle qui apparaît dans la carte-vue
de 160618) n'ait pas survécu à
la Guerre de Trente Ans.
1. Dispositions extérieures et plan
L'édifice comportait une tour bâtie en pierres19)
et couverte de bardeaux20). Elle abritait
plusieurs cloches: les plus récentes furent fondues l'une en 1669
- 167021), l'autre en 168122).
Une horloge «décorait» peut-être cette tour-clocher:
en 1687, la Communauté a payé 3 s. à Dimanche Gara
pour une neuve montre à l'horloge de l'Église23).
La toiture de la nef était également recouverte par des
bardeaux. Lors de son renouvellement en 1691, on acheta 9500 cloux desquels
ont s'est servy à lad. couverture24)
et dépensé également 2 fl. lorsqu'on a marchandé
au receveur la toiture de la chapelle25).
D'autres indications concernant le bâtiment manquent. Par contre,
le plan de situation de Schirmeck de 1703 nous apporte de précieux
renseignements sur le plan d'ensemble de l'édifice et sur son orientation.
2. Le plan
La chapelle, bâtie sur un plan très simple, comprend un
vaisseau rectangulaire dont l'entrée est pratiquée à
l'O. et un choeur en abside orienté à l'E. ce qui est conforme
à la tradition liturgique.
Il n'est guère possible de donner des dimensions, même
approximatives: l'unité de longueur utilisée dans l'échelle
du plan, la toise, eut en effet pratiquement varier du simple au double
selon le cas26).
Cette disposition générale de l'édifice sera modifiée
quelques dizaines d'années plus tard.
B. - La chapelle de 1722- 1738
Un nouveau bâtiment conçu sur un plan différent
de celui de 1703 apparaît nettement sur le crayon de Jean-André
Silbermann exécuté entre 1722 et 1738.
1. Dispositions extérieures et plan
Nous y remarquons une grande construction rectangulaire flanquée
sur son côté E. d'une tour carrée. On ne peut qu'être
frappé d'une disproportion certaine entre le clocher moyennement
haut par rapport à l'importante élévation de la nef
qui semble l'écraser de sa masse.
Cette disposition des différents bâtiments est le résultat
d'une nouvelle campagne de construction qui se situe donc dans le premier
tiers du XVIII° siècle sans qu'il soit possible d'en préciser
davantage le moment27).
La tour flanquante est le dernier vestige de l'ancienne chapelle figurée
sur le plan de 1703: son rez-de-chaussée abrite le choeur. Nous
extrayons ces précieux renseignements du rapport de la visite pastorale
établi le 30 septembre 1762. Le document mentionne la chapelle
Saint-Sébastien dans la tour de l'église28)
et précise plus loin qu'au fond de l'Eglise est une chapelle sur
le côté de la nef laquelle est le Choeur de l'ancienne
Eglise29).
La coutume de placer le choeur au rez-de-chaussée de la tour
a disparue dans les églises rurales bâties au siècle
dernier. Mais la tour-choeur reste présente dans les églises
rurales remontant à l'époque médiévale. Lors
de l'agrandissement des constructions en place, la nef est démolie
pour faire place à un vaisseau plus vaste. Mais la tour est souvent
conservée. Dans la Vallée de la Bruche, les exemples les
plus significatifs sont sans doute ceux de Fouday et de la chapelle Saint-Antoine
de Wisches dont les choeurs sont d'époque médiévale
alors que les nefs actuelles n'ont été érigées
qu'à une époque plus tardive.
À l'origine de la destruction de la nef de Schirmeck, il faut
sans doute supposer une forte augmentation de la population du bourg, phénomène
qui a été confirmé par des recherches récentes30).
On reconstruisit le vaisseau sur un plan plus vaste. Si son ancienne
orientation E.-O. ne fut plus respectée dans la nouvelle construction,
c'est sans doute qu'il n'était plus possible d'élever une
nef plus importante sur l'ancien emplacement: on décida alors probablement
d'orienter le bâtiment récent N.-S. et de l'accoler à
la tour-choeur de l'ancien édifice.
Ce changement de l'orientation du vaisseau s'est souvent effectué
à l'occasion de campagnes d'agrandisement de nos églises:
ce fut notamment le cas vers 1780 pour l'église Saint-Etienne de
Rosheim dont les documents expliquant la genèse de sa construction
existent encore31).
2. L'aménagement intérieur
Si ces dernières archives n'ont pas été conservées
pour Schirmeck, nous pouvons cependant suivre dans les Comptes communaux
le détail de quelques travaux portant sur l'aménagement intérieur
de l'église.
Plusieurs autels existaient à Schirmeck. Ainsi en 1745, ont
l'acquisition pour le grand autel d'une pierre qu'on avait
fait amener des carrières de Gresswiller32).
Deux ans plus tôt, le sculpteur de Senones Claude Durand, avait élevé
un autel neuf pour lequel la Fabrique avait contribué pour
une somme de 78 fl.33). Les mêmes
comptes mentionnent pour 17482 fl. pour un tapis d'indienne sur le grand-autel
de Schirmeck. En 1749, 30 fl. furent versés à Jean le
Roy, maistre d'école, pour avoir fait à neuf une armoire
et racommodé une table avec des armoires, et des tiroires et un
confessionnal dans la sacristie.
C. - La construction d'une nouvelle nef entre 1753 et 1754
La nef qui apparaît sur le dessin de Silbermann eut une existence
éphémère. Les raisons de sa disparition ne sont pas
connues. On peut simplement signaler en 1731 deux incendies à Schirmeck
mais ils n'ont pas dû atteindre l'église. Le curé de
la paroisse note simplement au dos de la couverture de l'un des registres
de baptême:
Le 15 juillet 1731 à 4 h après-midi, 8 maisons brûlées
à Schirmeck outre le moulin et le battant, et à Labroque
2.
Plus 8, avant Noël de la même année, il y a encore
eu une grosse maison brûlée à Schirmeck, appartenante
à Jacques Masson34).
Toujours est-il que l'année 1749 la Communauté porta
en dépense 4 fl. 5 s. payés au Sr Schmitt, Greffier du Bailliage
de Guirbaden, pour façon d'une requête présentée
à l' Intendance au sujet de la nouvelle Eglise que la Communauté
fait bâtir y compris le voyage a Strasbourg35).
1) Pose de la première pierre et bénédiction
de l'édifice
La première pierre fut bénie le ler mai 1753, donc quatre
années plus tard. Ce fut une cérémonie solennelle
à laquelle prirent part l'Evêque suffrageant du diocèse
de Strasbourg et, outre le curé de Schirmeck et annexes G. Sauthier,
Philibert Prima curé de Lutzelhouse et annexes, Charles Valet curé
de Rothau et Natzwiller ainsi que le vicaire de Schirmeck Jean-Baptiste
Dominique Simon36).
Le chantier de construction se trouva achevé moins de seize
mois plus tard et la bénédiction de la «nouvelle»
église put avoir lieu le 22 septembre 1754. Y furent associés,
outre les curés et vicaires déjà nommés, le
vicaire résidant à Muhlbach Jean-François Henry ainsi
que celui de Lutzelhouse Nicolas-Antoine Simon37).
Cette date du 22 septembre 1754 fut probablement un grand jour pour
la communauté et la paroisse de Schirmeck ainsi que pour les villages
des environs. Des grandes messes furent chantées par G. Sauthier
à
l'intention de la Communauté à... la réception de
la nouvelle église.38) De même,
le Conseil de Fabrique prit à sa charge une messe dite le jour
de la levée du bâtiment de la nouvelle église39).
Pour pallier à l'insuffisance des objets de culte dans le nouveau
vaisseau, des messagers avaient été envoyés pour chercher
des ornemens dans les églises du voisinage40).
Enfin, les officiers du bailliage furent associés de près
à l'événement41).
2) Artisans et matériaux
Il n'est guère utile pour le lecteur de relever dans le détail
les différentes phases de construction de la nouvelle nef tels qu'elles
sont consignées dans les Comptes de la Communauté et de la
Fabrique. Bornons-nous à mentionner le nom des artisans qui ont
participé au chantier.
Les principaux entrepreneurs42) ont
été Jean-François Sponne et Christophe Wegscheider
à qui fût payée l' importante somme de 311 fl.43).
Il y en eut d'autres: Christophe Birguer
Maistre Masson de Lutzelhouse
pour 125 fl.44) et Maurice Weyer
entrepreneur
des pierres de Moelons pour une somme de 42 fl.45).
Une partie de la chaux utilisée provenait de Still et avait
été procurée par le thuillier du lieu François
Kempf46). Elle fut transportée à
Schirmeck par Jean Morelle et Nicolas Chenal voituriers de La Broque47).
Quant au fer, fourni par Mr Marcellin, Directeur des Forges
de Rothau48), il fut ouvragé par
le charron de Schirmeck Pierre Charton49)
et le maréchal-ferrand Pierre Sermay50).
3) Aménagement et décoration intérieurs
Ils peuvent être suggérés par les documents.
Pour les grands travaux et décoration on avait fait appel à
des artistes extérieurs à la Vallée: Durand, le sculpteur
de Senones déjà mentionné, toucha 16 l. pour avoir
sculpté et doré un devant d'autel allongé pour le
nouveau maistre-autel51) et 8 l. pour
dorer des culs de lampe et sculpté des consoles à la chaire52).
Mais la dépense la plus importante (53 1. 12 s.) fut occasionnée
pour des figures sculptées et peintes par Lamy, sculpteur et
Dravolt, peintre, tous les deux de Strasbourg53).
Cependant des artistes locaux participèrent également
à l'aménagement de l'église. Ainsi un orfèvre
de Schirmeck -dont le nom n'est pas mentionné- toucha 2l. 14 s.
pour
avoir racommodé deux calices54);
Jacques Gara confectionna quant à lui une croix, des vases de
fleur et deux colonnes tournées pour deux lutrins55)
destinés au choeur de l'église.
4) Les réparations à la tour
Le chantier de 1753-1754 se borna à la reconstruction du vaisseau
de l'église. La Communauté profita néanmoins de la
présence de ces artisans dont nous venons d'énumérer
la liste pour refaire la toiture du clocher.
C'est ainsi que Nicolas Dufour fournit des clous et broches [...]
pour la couverture de la tour de l'église56).
D'autres travaux plus importants furent aussi entrepris dans la chambre
des cloches puisque celles-ci avaient été déposées:
20 fl. 2 s. 6 d. furent ainsi versés à Antoine Bourger maître
charpentier de Barembach pour avoir fait un échafaud pour élever
les cloches de l'église57).
Ces travaux annoncent en fait l'important chantier qui va occuper la
Communauté de Schirmeck quelques années plus tard.
III. - La construction de la tour: le projet de 1776
La construction de la nef était à peine achevée
que l'on forma le projet de reconstruire la vieille tour-clocher de la
fin du XVII° siècle et qui était sans doute dans un état
proche de la ruine.
À la suite d'une requête dont la mise en forme et la rédaction
coûtèrent 3 l. à la Communauté58),
la Chambre des Comptes de l'Evêché de Strasbourg à
Saverne donna, le 30 juin 1757, l'autorisation aux Prévôt
et Préposés d'achever la démolition du château
de Schirmeck pour les pierres en provenants estre employées au batiment
de la tour de l'église dudit Schirmeck59).
Mais cette première demande n'entraîna pas de travaux
immédiatement.
A. Le premier projet
Le projet de reconstruction de la tour fut repris en mains... près
de vingt années plus tard.
Au début de l'année 1775, les préposés
de Schirmeck adressent une requête à l'Intendance d'Alsace
reconnaissant qu'ils sont enfin contraints de mettre la main à
l'oeuvre, le temps et le retard n'ayant fait que rendre cet ouvrage encore
plus indispensable60). Ils joignent
à leur demande des plans et devis pour la nouvelle construction.
Le dossier fut étudié par Desbordes, Inspecteur Principal
des Ponts et Chaussées de la Basse-Alsace61).
Le 12 janvier 1776, celui-ci remet à l'Intendant le projet modifié
ainsi
qu'un devis détaillé. Ce dernier document du 20 janvier 1776
se compose du nouveau projet en élévation avec des clauses
et instructions précises concernant la construction (Charpenterie,
couverture, menuiserie et serrurerie, façon et qualité de
matériaux, conditions générales).
Cette pièce d'archive très détaillée de
Desbordes nous apporte de précieux renseignements. Malheureusement
nous ignorons pratiquement tout du premier projet soumis à l'Intendant
par la Communauté de Schirmeck. Un détail apparaît
toutefois dans une allusion de Desbordes qui rejette le projet initial
d'une coupolle avec l'anterne au-dessus, sujet à de fréquentes
réparations et a être emporté par les vents62)
pour imposer, quant à lui, un clocher en flèche.
B. -Le projet de Desbordes
Le projet final retenu par l'Inspecteur Principal des Ponts et Chaussées
entraîna une nouvelle répartition des masses architecturales;
cela modifiera considérablement le plan général de
l'église et lui donnera une disposition qui est encore la sienne
aujourd'hui: dans le projet, l'ancienne tour à l'E. est destinée
à être abattue et remplacée par un clocher neuf élevé
au-dessus de l'entrée côté N.
1. Disposition et plan
Desbordes précise que l'ancienne tour tombant en ruine de
vétusté sera démolie de fond en comble et les matériaux
provenants de cette démolition, comme pierre de taille, moelons,
briques et bois qui pourront resservir, seront déposés en
place convenable et à portée. Enfin le même document
ajoute que la nouvelle tour sera placée à l'Entrée
de l'Église.
Certains autres détails consignés dans le devis méritent
d'être relevés. Ainsi l'entrée de l'église au
rez-de-chaussée de la tour sera pavée en dales de pierres
de tailles de 2 pouces à 2 1/2 pouces d'épaisseur 63),
posées à bain de mortier.
Quittons maintenant la base du clocher pour nous préoccuper
de son sommet: sur la boule de la flèche, il sera posée
une croix de fer qui la traversera par son pied, et sera arrêtée
dans l éguile de la charpente de ladite flèche.
2. Matériaux
Les instructions émanant de l'Intendance d'Alsace imposent principalement
à la Communauté de Schirmeck une construction sans le moindre
défaut :
Toute la maconnerie sera bien dressée au cordeau montée
à plombs liaisonnée avec grand soin, sans épargne
de mortier, qui sera à bain soufflant entre les joints de pierres,
dont aucune ne sera posée à sec, les moelons de bonne qualité
[ ...] enfoncées avec le marteau et posées en liaison proportionnée
à leur volume.
Cette exigence développée ici avec autant de détails
suppose des matériaux d'excellente qualité:
Le mortier sera composé de 2/5 de la meilleure chaux et de
3/5 de bon sable, ni gras ni terreux, le tout bien mélangé
et incorporé l'une dans l'autre en sorte que les deux espèces
ne forme qu'un même corps, observant que la chaux soit toujours éteinte
quelques jours avant d'être employée.
Tous les bois tant Chêne que sapin employé pour la
charpente que pour la menuiserie seront droit fil, sans aubier, pourriture
ny mauvais noeuds bon assemblage et proprement façonnés;
le fer employer dans toute la construction, sera de la meilleure qualité,
doux, liant et point aigre ni cassant, fait proprement et solidement suivant
son employ.
Les briques seront bien cuittes et de la meilleure qualité
possible.
Si nous sommes grâce à ce document bien renseignés
sur la technique de construction en usage, fin du XVIII° siècle,
nous ignorons en revanche quelle suite fut donnée au projet imposé
par l'Intendance d'Alsace. La construction -puisque construction il y a
eu- a-t-elle respecté le plan jusque dans ses moindres détails?
Pour répondre à cette interrogation, examinons attentivement
la lithographie de 1838 , pour pouvoir la comparer avec l'élévation
projetée en 1776. Malgré un certain air de ressemblance (toit
à bulbe, corniche en berceau surmontant l'horloge) il ne s'agit
point du projet conçu par Desbordes.
La question est alors posée. Y a-t-il eu un remaniement intermédiaire
entre ces deux dates de 1776 et 1838 comme pourrait le laisser supposer
l'aquarelle de 1785 de François Walter?
D'autres éléments compliquent encore notre propos. L'édifice
aujourd'hui en place à Schirmeck est une nouvelle fois le résultat
d'un agrandissement entrepris en 1846 comme l'indique l'inscription commémorative
sur une pierre d'angle côté O. Dans quelle mesure les éléments
anciens ont-ils été conservés, le plan modifié?
Autant de questions qui n'ont pas encore trouvé leur juste réponse.
Arnold KIENTZLER
Au terme de ce travail de recherches qui n'a d'autre ambition que de
présenter une rapide étude sur l'histoire de la paroisse
en général, une dernière constatation s'impose à
notre esprit et elle peut paraître surprenante: les questions encore
essentielles concernant le passé de l'église de Schirmeck
-et qui n'ont pas été résolues- se rapportent enfin
de compte à une époque qui est encore la plus proche de nous.
Est-ce le hasard des textes ou plus simplement une cofncidence qui
le veut ainsi? On ne sait.
Mais la relative proximité des événements que
nous ignorons aujourd'hui doit constituer pour le chercheur intéressé
par l'histoire de sa paroisse un encouragement à en écrire
rapidement les derniers chapitres.
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire
de Schirmeck, n° 96 (septembre 1977)
(2) ABR H 26
(5) fol. 34° dans une lettre écrite entre 1654 et 1661 par l'abbé
d'Altorf, Beda Held, à la Régence épiscopale de Saverne.
- La «grosse dîme» concerne les céréales
de culture, la «petite» le produit des vergers et des potagers.
(3) Fr. Rapp, La Vie intellectuelle
à l'abbaye d'Altorf au XVI° siècle dans Annuaire
de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Molsheim
et environs [ASHAM] (1973), p. 32 - 42 (p. 32 - 34)
(4) A. Sieffert, Altorf, Geschichte
von Abtei und Dorf Koenigshoffen, 1950, p. 126 - 133. - Au début
du XVI° siècle, l'abbaye était encore occupée
par cinq moines
(5) Sieffert, ouv. cité, p.
187
(6) Le plus célèbre des
baillis de Schirmeck est surtout connu grâce à son portrait
qui a été reproduit en couverture de «Essor»
n°85 (Noël 1973)
(7) H 26 (5) fol. 13
(8) fol. 16
(9) fol. 19
(10) fol. 21. - (mein bitten ist)
mich angehorigen orthen zu entschuldigen dass solches nothwendiges werk
zu Schirmeck zu erbauwen nicht dent willen sonder der unvermögenheit
in zu messen sein
(11) fol. 36
(12) Tous les éléments
de ce différend se trouvent réunis dans une liasse aux ABR
H 26 (5); l'affaire a été résumée dans Sieffert,
p. 188 - 190
(13) Archives du Ministère
de la Guerre, Vincennes, n° 1670
(14) Archives des Monuments Historiques
du Bas-Rhin
(15) Archives communales de Barembach
(16) ABR 34 J 12
(17) Comptes de la Fabrique de l'église
de Schirmeck (en dépôt aux Archives du Bas-Rhin) [GG] 12 fol.
4 (Comptes de la Fabrique de 1654).
(18) G 1160 (3) fol. 8v°- 9r°
(19) Comptes des recettes et des dépenses
de la Communauté de Schirmeck et Wackenbach (en dépôt
aux ABR) [CC] série G (Evêché de Strasbourg) et H (abbaye
d'Altorf) 1 fol. 7v° (Comptes de 1657 - 1658)
(20) CC 1 fol. 6v° (Comptes de
1680)
(21) fol 4r°
(22) fol. 6r°
(23) fol. 13r°
(24) fol. 5r°
(25) fol. 9v°
(26) Ainsi la toise en usage au Ban-de-la-Roche
valait 3,248 m alors que la «toise du Roi» utilisée
par l'Administration en Alsace au XVIII° siècle ne dépassait
pas 1,949 m. cf. Archives départementales du Bas-Rhin, Répertoire
numérique détaillé de la série Q, domaine nationaux,
établi par L. Martin sous la direction de F.J. Himly, Strasbourg,
1966, Annexe IV, p. 645.
(27) Aucune «bénédiction»
d'église n'apparaît à Schirmeck à cette époque
dans les registres paroissiaux pourtant complets et très minutieux
(28) Arch. comm. Barembach fol. 5r°
(29) fol. 2 v°. - Le rapport de
visite de 1762 concerne en réalité un bâtiment religieux
qui a été élevé ultérieurement; cependant
sa tour-choeur est encore celle de l'époque de Silbermann
(30) P. Durr, Recherches sur la
Vallée de la Bruche au XVIII° siècle, Strasbourg,
1974, p. 51 (Mém. de Maîtrise, Univ. de Strasbourg)
(31) R. Lehni, L'Eglise Saint-Etienne
de Rosheim dans ASHAM (1970) p. 7 - 39 (p. 14 - 20)
(32) CC 5 fol. 28v°
(33) GG 14 fol. 11r° et 6v°
(34) 3 E 448 (4) - Registre de baptêmes
1739 - 1757
(35) CC 5 fol. 12v° - 13r°
(36) 3 E 448 (4) p. 201
(37) p. 222 - 223
(38) CC 5 fol. 13r° (Comptes de
1754)
(39) GG 14 fol. 6v° (Comptes de
1753)
(40) fol. 6r° (Comptes de 1754)
(41) CC 5 fol. 9v° (Comptes de
1754)
(42) Il s'agit des artisans d'un même
métier
(43) CC 4 fol. 12r° (Comptes de
1753)
(44) fol. 22v° (Comptes de 1755)
et fol. 15v° (Comptes de 1753)
(45) fol. 23r° (Comptes de 1755)
et fol. 14r° (Comptes de 1753)
(46) fol. 13v° (Comptes de 1754)
(47) fol. 15v° (Comptes de 1755)
(48) fol. 14v° (Comptes de 1753)
(49) fol. 18r°-v°
(50) fol. 16r°
(51) GG 14 fol. 7r° (Comptes de
1754)
(52) fol. 5v° (Comptes de 1755)
(53) fol. 9r°
(54) fol. 6v° (Comptes de 1753
(55) fol. 6r° (Comptes de 1755)
(56) CC 5 fol. 13r° (Comptes de
1753)
(57) fol. l9r° (Comptes de 1755)
(58) G 1199 (1)
(59) CC 5 fol. 19r° (Comptes de
1757)
(60) Tout le dossier (avec plan, devis,
estimation et autorisation) se trouve aux Arch. du Bas-Rhin 34 J 16
(61) C'est ce fonctionnaire qui construisit
en 1756 la «nouvelle» route entre Schirmeck et Rothau. cf.
l'«Essor» n° 63 (décembre 1967) p. 22 - 23
(62) Il semble hasardeux de vouloir
imaginer ce qu'a pu etre le projet de la Communauté, les termes
même employés par Desbordes pouvant revêtir plusieurs
significations cf. les mots «coupole» et «lanterne »
dans - les ouvrages suivants: Glossaire des termes techniques
(Introduction à la «nuit des temps» 1) Zodiaque, 2°
éd. 1971 154 - 155 et p. 275 - 276; Principes d'analyse scientifiques
en Architecture (Inventaire Général des Monuments et
Richesses Artistiques de la France), Paris, 1972, col. 13. col. 27
(63) Entre 5,40 et 6,70 cm
Barembach
L'histoire de Barembach c'est l'histoire d'une région et c'est
aussi l'histoire d'une église. Eglise paroissiale, église
mère, l'église primitive de Barembach, qui se trouvait à
l'emplacement de l'actuel cimetière possédait seule, un baptistère,
signe de sa qualité d'église paroissiale pour les agglomérations
de Barembach, Schirmeck, Russ et semble-t-il aussi Natzwiller.
La Vallée de la Bruche semble avoir été, habitée
dès le 3e siècle av. J.-C. La Vallée Supérieure
fut christianisée de bonne heure par les premiers moines irlandais
qui pénétrèrent en Alsace, surtout Saint Florent, le
fondateur du couvent de Niederhaslach.
Ces moines ne se contentaient pas de vivre en reclus, dans la prière
et la sanctification. Ils s'occupaient également des besoins matériels
et spirituels de la population encore païenne et sauvage de la Vallée.
Ils firent défricher les forêt, et apprirent aux gens la manière
de cultiver "leurs" terres.
Après avoir subi les grandes invasions et de nombreuses guerres,
notre Vallée se retrouve fin du 17e siècle, très
appauvrie et désertée de ses habitants. En 1544 Barembach
ne comptait plus que 2 habitants, 10 en 1630, 2 en 1666. Après une
ordonnance royale de 1662, on fait appel à des étrangers
pour repeupler la Vallée. Ainsi on a vu arriver des familles du
Pays de Bade,de Wurtemberg, de Suisse, de Hollande; la plupart arrivent
pourtant de Lorraine et de Bourgogne.
Tous ces émigrés étaient en conséquence, pour
la plupart, de race et de langue romane, ce qui explique le maintien, jusqu'à
ce jour, de la langue française.
Barembach et Schirmeck...
Avant l'existence de la ville de Schirmeck, il y avait le château
sur l'actuelle "Côte du Château", construit au
XIIIe siècle par l'évêque de Strasbourg.
Il assurait la protection d'un important carrefour routier
entre l'Alsace et la Lorraine.
Ce rôle explique le nom de Schirmeck, coin qui protège.
Au pied de ce château, on a construit la cité
de Schirmeck, une ville fortifiée qui, faisant partie du territoire
de Barembach, s'appellait "La Neuveville en Barembach" (1328),
nom qu'elle conserva jusqu'au 18e siècle pour prendre
celui de son ancien château fort,
Schirmeck.
Le château de Schirmeck fut détruit en 1633 par les Suédois
et ses matériaux servirent à la construction
du clocher de l'église en 1757.
Au fil des ans, la population de Schirmeck augmentera sans cesse aux dépens
de Barembach. En 1701, la paroisse de Schirmeck obtient son indépendance
et peu à peu la ville deviendra le chef-lieu de la région.
Possession des Evêques de Strasbourg, depuis 1226, la région
de Schirmeck reçut au début du 16e siècle
un administrateur qui résidait an château de Schirmeck. Le
gouvernement épiscopal avait son siège à Saverne et
un officier préposé au baillage administrait le territoire.
Il y avait un peu partout des tribunaux de justice qui jugeaient les
divers délits, crimes et sorcellerie. Les condamnations à
mort par pendaison étaient fréquentes. On retrouve le souvenir
de ces pendaisons à Barembach au lieudit "Champ du Gibet",
situé entre Barembach et Steinbach, lieu marqué aujourd'hui
encore par une ancienne croix champêtre.
Procès de sorcellerie " ... de Barembach personne n'est
mentionné ... ce qui ne veut pas dire que... "
Lutte forestière.
Pendant plus de trois siècles,
Barembach, Russ, Grendelbruch et Natzwiller se disputèrent la forêt
du "Bannwald". Depuis 1474, le transport du bois se faisait par
flottage sur la Bruche. Pêche et chasse étaient en principe
réservés aux seigneurs, mais les braconniers ne manquaient
pas.
Les petites industries se développent et connaissent un essor
sans précédent. Des scieries s'intallent, on construit un
moulin, un autre artisan fabrique des galoches.
Le 14 mai 1875, le lendemain de la fête du village, un incendie ravage
la partie inférieure du village.
Le textile qui. à l'époque, occupe le premier rang des industries
de la Vallée s'implante à Barembach en 1897 (Usine Glaszmann).
En 1905, on pose une conduite d'eau; en 1910, Barembach est relié
à Schirmeck par une route départementale. En 1911, le courant
électrique est installé au village.
Ce sont les guerres et l'occupation...
Des anecdotes. des dates peut-être sans importance. mais qui font
l'histoire d'une commune. l'histoire d'une région.
En écrivant cette plaquette, Monsieur le Curé Pabst n'a
pas voulu faire là un travail d'historien. Il a quitté Barembach
où il exerçait son sacerdoce depuis vingt trois ans le 1er
juin dernier [1968?]. Avant son départ. il a voulu nous laisser
un souvenir de son passage.
Il avait connu Barembach pendant les dures années de l'occupation
nazie. Arrêté, interné et déporté, au
camp de Schirmeck - La Broque, il est monté un jour à Barembach
avec " le commando " qui transformait l'établissement
Glaszmann polir la machine de guerre nazie. Son opposition à l'occupant,
il l'a durement payée puisqu'il a passé presque deux ans
dans les camps de concentration du IIIe Reich.
C'est avec quelle émotion qu'il se souvient de l'accueil des
ouvriers de Barembach: "On leur servait une soupe chaude, et quelle
soupe épaisse, délicieuse. bien odorante, sans parler du
casse-croûte du matin et du soir. "
Il a donc écrit cette histoire de Barembach pour en remercier
ses habitants, ses anciens paroissiens.
Ceux qui liront ce livre pourront mieux se rendre compte de la façon
selon laquelle est liée et s'est développée la grande
famille dont ils sont membres et dont les traditions encore fidèlement
gardées aujourd'hui font notre Histoire.
Extrait d'une plaquette parue en 1969 ? " BAREMBACH " par
Charles Pabst, Curé de Barembach, retiré à Urmatt
L'Essor 73, juillet 1969
Histoire de Saâles
André Grandjean
Préface
Je pense qu'il est un plaisir et une curiosité pour chacun d'entre
nous, de connaître l'histoire de notre village. Aussi ai-je rassemblé
ces quelques pages, dans lesquelles j'ai essayé de retracer, avec
le plus d'exactitude et de précision, les faits essentiels qui ont
marqué au courant des siècles notre cité et ses environs,
de Saâles à Schirmeck.
Vous y lirez les coutumes des peuples anciens qui habitaient notre région
et dont les vestiges perpétuent le souvenir de leur passage. Vous
y lirez également les vieux usages de nos ancêtres qui ont
tant souffert et subi tant d'épreuves pour survivre à travers
des époques de l'histoire dont la dureté nous est difficilement
concevable.
J'ai le plaisir de remettre ces quelques lignes aux sections locales
qui se dévouent à l'embellissement et au prestige de notre
commune.
André GRANDJEAN
Maire de Saâles
Mars 1967
SAALES, ancien bourg frontière durant près de huit siècles,
de 870 à 1643 entre l'Allemagne et la Lorraine et de 1870 à
1918 entre l'Allemagne et la France, situé à la lisière
de l'Alsace et du département des Vosges, à l'altitude de
555 mètres, chef lieu de canton, 1175 habitants, Saâles s'élève
sur un haut plateau environné de montagnes couvertes de sapins à
proximité du Climont et du Champ du Feu.
À travers les âges notre commune a souvent changé
de nom: en 1040: "SALIS", en1262: "SALES", en 1303: "SEHL", en 1648: "SEL",
en 1700: "SAALES".
Des peuples anciens, tels que les Celtes, les Gaulois, les Romains,
les Francs, les Germains et d'autres encore ont foulé il y a bien
des siècles notre sol.
J'ai essayé de faire la lumière sur le passé lointain
de notre histoire locale, l'histoire de ceux qui ont construit notre cité,
de ceux qui ont tant souffert au courant des guerres. Depuis toujours nos
ancêtres donnèrent l'exemple d'hommes qui ne se sont jamais
laissés abattre.
Selon les historiens, Saâles existait déjà un siècle
avant Jésus Christ, sur un autre emplacement, au lieu dit "La Moussière"
au pied de la montagne du Solamont: c'était un très petit
village de quelques huttes. A cette époque, nos ancêtres,
des Celtes ou des Gaulois, habitaient des chaumières construites
en bois et couvertes de chaume; ils vivaient de la pêche, de la chasse
et surtout de l'élevage de porcs et de bovins. Pour se protéger
des invasions fréquentes, ils se réfugiaient au sommet de
la montagne "Lune", sur laquelle ils avaient construit des murs derrière
lesquels ils se cachaient avec tous leurs biens jusqu'à ce que tout
danger fût écarté. Au pied de cette montagne de Lune,
à l'emplacement du Sanatorium actuel, on a retrouvé en fouillant
le sol un grand nombre de squelettes humains.
Ce n'est qu'au courant du 1er siècle après Jésus
Christ que notre cité fut construite à l'emplacement d'aujourd'hui.
Nos ancêtres adoraient plusieurs dieux: les sources, les ruisseaux,
les rivières, les arbres. Leurs prêtres étaient des
druides qui offraient des sacrifices, souvent sanglants, sur un assemblage
de pierres formant une grande table appelée dolmen, tel que celui
qui se trouve au sommet du Voyemont, dit "Roche des Sorcières",
aujourd'hui "Roche des Fées". Un sanglier était taillé
dans cette roche; il a disparu au cours des siècles par suite des
intempéries. Cette religion des Celtes fut supprimée en 43
après Jésus Christ et remplacée plus tard par la religion
Romaine.
Période Romaine
Dès leur arrivée en 52 avant Jésus Christ les Romains
exploitèrent deux puits salants près de Moyenmoutier (Vosges).
Pour exporter le sel vers les autres pays, l'Alsace et la Suisse, ils construisirent
une route partant de Moyenmoutier passant par Saâles, la Salcée
: la vieille route de Steige vers l'Alsace. Cette route romaine s'appelait
"Via Salinaria ou Salinatorum", plus tard en 1648 sous Louis XIV "Voie
des Sauniers".
C'est de là que vient le nom de Saâles.
Période Franque
Vers 500 après Jésus Christ, notre village fut détruit
par les barbares et ce n'est qu'aux environs de 660 qu'il existe à
nouveau.
En 649, Saint Gondelbert, archevêque de Sens, se retira dans les
Vosges et fonda un monastère à Senonia (Senones) dont dépendront
plus tard plusieurs prieurés et chapelles, notamment à Saâles
où, en plus d'un prieuré, une chapelle fut élevée
au rang d'église et de paroisse sous le vocable de Saint Barthélémy.
Selon l'histoire, les reliques de Saint Gondelbert furent déposées
dans une forêt entre la Petite Fosse et Provenchères ; cela
ne pourrait donc être qu'à la Bonne Fontaine, où il
y avait d'ailleurs une chapelle désignée sous le vocable
de Saint Gondelbert, le fondateur de l'abbaye de Senones.
Au Moyen Âge, des pèlerinages eurent lieu à la Bonne
Fontaine. Les pèlerins venaient de loin: de Lorraine, de Bourgogne
et d'Alsace. L'autel de la chapelle Saint Gondelbert s'élevait sur
une fontaine dont l'eau était mise dans des cuves entreposées
dans les maisons voisines. Cette eau, réputée miraculeuse,
était chauffée avec des feuilles de sureau, puis utilisée
pour des bains. Plusieurs malades y trouvèrent du soulagement et
certains la guérison. Cela semble confirmé par le fait que
lors de la réparation de la chapelle, vers 1700, on trouva sous
le toit plus de cinquante béquilles déposées en ex-voto
et plusieurs noms de pèlerins gravés sur les murs. Curieux
est le nom de GUTBRUNNEN donné à la Bonne Fontaine sur la
carte géographique de l'époque, ce qui semblerait indiquer
que ce hameau appartenait à l'Alsace, alors que le village de la
Grande Fosse faisait partie de la Lorraine 1).
Période Germanique
870 - 1648
Saâles fut pendant 778 années frontière entre la
Germanie et la Lorraine (aujourd'hui les Vosges).
Du XI° siècle à la Révolution Française
de 1789, notre village était sous la tutelle des Seigneurs du Val
de Villé qui comprenait 22 villes et villages, de Scherwiller à
Saâles.
En 1050, le premier seigneur était WERNHER comte d'Ortemberg,
puis ses successeurs les plus marquants furent:
-
en 1100 le comte de HURMINGER
-
en 1200 BOURCARD de HOHENBERG
-
en 1245 Rodolphe de HABSBOURG, qui fut couronné en 1273 empereur
d'Allemagne et d'Autriche
-
en 1314 le seigneur Henri de MULLENHEIM
-
en 1323 Mon Seigneur l'Evêque de Strasbourg
-
en 1551 le baron Nicolas de BOLLWILLER
-
en 1616 le comte Ernest FUGGER
-
en 1648 le Général Suisse de ZURLAUBEN
-
en 1789 le marquis de CHOISEUL - MEUSE
Le 19 septembre 1261, l'Evêque de Strasbourg entre en guerre
contre la ville de Strasbourg. Notre seigneur Rodolphe de HABSBOURG se
range du côté de la ville de Strasbourg et, en qualité
de général, fit la guerre contre l'Evêque pour la raison
suivante: le seigneur de Villé, qui n'avait pas d'enfant, avait
fait don de ses biens à l'Evêque de Strasbourg, puis se ravisant,
voulut faire un testament en faveur de son neveu Rodolphe de HABSBOURG.
L'évêque mécontent mit son frère HERMANN à
la tête de ses troupes qu'il envoya dans le Val de Villé et,
par mesure de représailles, Scherwiller fut brûlée,
puis les soldats arrivèrent à Saâles où ils
furent attaqués par les paysans de Bruche et de Saâles qui
tuèrent une cinquantaine de soldats des troupes de l'Evêque.
Saâles, Bruche, le Bourg, l'Evreuil, Stampoumont, La Salcée
et Ranrupt furent brûlés, et le château du Bourg totalement
détruit. Le 8 Mars 1262, l'armée de l'Evêque fut battu
à Hausbergen et son général HERMANN, frère
de l'Evêque, fut tué dans cette bataille.
L'Evêque dut signer le traité de paix et, miné par
cette défaite, mourut quelques mois plus tard. Notre seigneur Rodolphe
de HABSBOURG hérita de son oncle.
Le 20 décembre 1473, Saâles fut honoré de la visite
de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne qui passa la nuit
dans la maison Joseph Valence, aujourd'hui propriété de Roland
Schwartz.
À cette époque, la mairie de Saâles administrait quatre
villages: Saâles, le Bourg, le Hang et Bruche. Saâles et ses
annexes devaient la dîme en nature au seigneur. Cette dîme
était emmagasinée au presbytère actuel, ainsi que
dans l'ancienne maison Barthelémy.
Saâles était également la limite de 3 provinces
jusqu'en 1789. Une grande borne triangulaire portant le n° 1325 se
trouve encore aujourd'hui sur la vieille route de Senones, au lieu dit
"Le sommet des Broques". Autour de cette grande borne se trouvent trois
bornes plus petites indiquant la frontière des trois provinces:
la Lorraine, la Principauté de Salm et l'Alsace. Pendant longtemps,
le jour des Rogations, c'était le lieu de rencontre des processions
parties des paroisses de ces trois pays.
En 1262, dans les archives de l'époque, Saâles est signalé
filiale et Bruche paroisse. En 1454, Saâles devient paroisse et Bruche
filiale.
Sur le plan économique, Saâles possédait des mines
de fer, au lieu dit "Le Creusny" et "Lune", qui furent exploitées
jusqu'en 1809. Saâles possédait également des fours
à chaux, au lieu dit "l'Abatteux" ainsi que des verreries au lieu
dit "le Hang", qui furent transférées vers 1725 à
Baccarat. Un dépôt de sel se trouvait à Saâles
dans la grande rue et plus précisément dans la maison Ferdinand
Thiriet.
Il y avait également une tuilerie au lieu dit "devant le Hareng"
ainsi que trois moulins, un au lieu dit "Trémoulot", un autre au
lieu dit "l'Horloge" et le troisième au "Chêne".
Sur le plan agricole: avoine, foin, seigle étaient les principales
cultures, pas de pommes de terre, celles-ci ne faisant leur apparition
qu'après la guerre de Trente ans en 1648. On cultivait la vigne
au lieu dit "la vigne fière", du tabac au lieu dit "le champ de
tabac". L'élevage, surtout celui du porc était très
abondant: on conduisait les porcs pâturer dans les bois de chênes,
aujourd'hui disparus au lieu dit "les prés du chêne ou le
chêné".
En 1744, il y avait à Saâles un marché hebdomadaire
et cinq foires qui duraient plusieurs jours.
La première, le lundi après la Chandeleur,
la deuxième, lundi après les Rameaux,
la troisième, le lundi avant la Saint Jean,
la quatrième, le lundi avant la Saint Barthélémy
et la cinquième le lundi avant Noël.
Quelques coutumes existaient à l'époque. Le baptême
n'avait lieu qu'à Pâques et à la Pentecôte. Si
un enfant mourrait sans être baptisé, ses parents superstitieux
portaient l'enfant sur une roche au sommet de la montagne du Solamont,
pour y recevoir, disaient-ils, le baptême des anges.
C'est pour cette raison que la roche qui se trouve toujours au sommet
du Solamont s'appelle encore aujourd'hui "la roche des Enfants".
Une autre coutume: lorsqu'un veuf se remariait dans l'année du
deuil, les habitants fabriquaient un mannequin représentant la défunte
portant des accusations contre le veuf; ils plaçaient ce mannequin
sur le passage du couple se rendant à la mairie et à l'église.
Une autre coutume encore: lorsqu'un homme avait reçu une correction
de sa femme, le voisin devait en répondre devant la société.
De gré ou de force, on faisait monter ce voisin sur un âne
et on le promenait dans tout le village à la risée et à
la raillerie de tout le monde.
Au point de vue administration, il y avait à Saâles:
un juge de paix
deux huissiers
deux notaires
un recette de contributions directes et indirectes
un brigade de gendarmes à pieds
un bureau de poste
un garde général des eaux et forêts
un brigadier des eaux et forêts
un garde forestier
un garde auxiliaire
un garde champêtre
un geôlier
un bureau d'enregistrement
un relais de poste de diligence (Café Hung)
1525: guerre des paysans
poussés à l'insurrection par l'exploitation des seigneurs
et des usuriers.
Le Duc de Lorraine entre en Alsace pour venir au secours des seigneurs
alsaciens. Après avoir battu les paysans à Scherwiller, il
retournait en Lorraine, lorsqu'en passant à Saâles, il trouva
la route barrée et fut attaqué par les paysans de la région
qui lui tuèrent plusieurs soldats et culbutèrent ses pièces
d'artillerie, au bas de la côte au lieu dit "Beausoleil". Le Duc
de Lorraine demanda du secours à Saint-Dié et six cents hommes
venant en renfort dégagèrent alors la route.
1558: début de la guerre entre catholiques et protestants.
Un gentilhomme protestant du Dauphiné nommé Lacoche faisait
route par Saâles avec ses troupes pour pénétrer en
Alsace. Attaqué par les catholiques entre Saâles et le Bourg,
Lacoche fut battu et fait prisonnier, ses soldats en débandade qui
tentaient de rejoindre la Lorraine furent pourchassés par les paysans
de Saâles et des environs et tués en grand nombre aux lieux
dits "Voyemont" et "l'Abatteux".
1618 - 1648: Guerre de Trente Ans
En 1633, les Suédois détruisent notre cité. La
famine et la peste exterminèrent la presque totalité de la
population et notre village fut totalement abandonné pendant plusieurs
années.
En 1634, le général Suédois Horn prit possession
de la vallée de la Bruche. Après cette guerre de Trente ans,
quelques anciens habitants rescapés revinrent au pays, mais 95%
de la population avait disparu.
Le roi Louis XIV, pour repeupler Saâles et sa région offre
des terres gratuitement à toute personne de religion catholique
qui veut s'y installer. Ce furent principalement des Lorrains (Vosgiens)
qui profitèrent des conditions avantageuses offertes par le roi
et émigrèrent en grand nombre. Grâce à ces émigrants,
Saâles et sa région conserveront la langue française
et le patois vosgien. Notre village qui s'appelait jusqu'alors SEHL se
nommait en 1648 SELL. Après cette guerre, des anabaptistes venant
des cantons de Berne et de Zurich se réfugièrent à
Saâles et à Bourg Bruche. Plutôt que de se convertir
au calvinisme et de renier leur foi, ils préféraient abandonner
leur patrie et leurs biens.
En 1633, l'église de Saâles fut brûlée par
les Suédois ; elle fut reconstruite en 1659 et son premier curé
se nommait André. Cela ne l'empêcha d'ailleurs pas d'être
de nouveau détruite et reconstruite en 1764 par un entrepreneur
de Villé nommé Elmerich. L'église entourée
du cimetière se trouvait alors à l'emplacement de l'hôtel
de ville actuel. Le cimetière fut déplacé en 1830
pour être mis à l'emplacement actuel.
Le 7 mars 1846, à l0 heures du soir, le feu s'est déclaré
chez un boulanger nommé Didier ainsi que chez un nommé Mongel.
L'église qui se trouvait comme dit précédemment à
la place de l'hôtel de ville actuel, étant à proximité
des deux sinistres, prit également feu et fut à nouveau en
partie détruite. Elle fut reconstruite sur un autre emplacement.
L'église actuelle fut bénite par Monseigneur Caverot, évêque
de Saint-Dié, ainsi que par le curé de l'époque qui
s'appelait Didier.
Parlons un peu des communes rattachées au canton de Saâles.
En 1700, il y avait au haut de Bruche une chapelle désignée
sous le vocable de Saint Pierre. Le 7 Janvier 1261, Bruche fut détruit
par les troupes de l'Evêque de Strasbourg. En 1262, Bruche devint
paroisse et Saâles était sa filiale. En 1454 Saâles
devint rectorat (paroisse) et Bruche plébéna (filiale).
Au Bourg, se trouvait une forge où l'on travaillait le fer extrait
des mines de fer de Saâles.
Au Hang existait une chapelle dédiée à Saint Laurent
ainsi que des verreries: celles-ci furent transférées à
Baccarat pour cause de cherté du bois, car les mines d'argent d'Urbeis
payaient le bois à un prix plus élevé.
Saâles et Saulxures étaient des relais de diligence sur
la route du sel.
Saint Blaise a changé souvent de nom au courant des siècles
: Blasiusad Rupem, puis Hiltibergsgerute en 1371, Helmsgerut au XV et XVI
siècle.
Stampoumout s'appelait Staudoimont puis Stamberg. En 1262, il y avait
des mines d'étain à Stampoumont.
Ranrupt était anciennement dénommé Rossberck, Rogesbach,
Ronsbach. Ces noms avaient une cause: Ranrupt faisait principalement l'élevage
des chevaux.
Le 6 décembre 1444, une troupe de soldats anglais voulut entrer
dans la vallée de la Bruche par le col de Steige, mais elle fut
attaquée par les paysans de Ranrupt, la Salcée et l'Evreuil
commandés par le Seigneur du Ban de la Roche, "Ulrich de Ratsamhausen".
En 1802, les communes de Plaine et de Saulxures, qui avaient appartenu
à la principauté de Salm, furent rattachées au canton
de Saâles. C'est à Plaine, que naquit "Bébé",
le nain du roi Stanislas, qui mesurait 75 cm. Son vrai nom était
Nicolas Ferry: à sa naissance, il mesurait neuf pouces et son berceau
était un sabot. Recueilli par le roi Stanislas il mourut le 9 Mai
1764 dans sa 23ème année. Le roi lui érigea un monument
dans l'église des minimes à Lunéville.
Colroy la Roche s'appelait Colrain. A la suite de la Révolution
Française en 1789, les biens des monastères furent saisis
et déclarés biens nationaux. Ranrupt acheta alors une cloche
à l'abbaye de Senones. Le transport s'effectua en char à
boeufs par le col du Hans, Saint Blaise, Colroy la Roche. Afin de pouvoir
passer un point d'eau particulièrement difficile qui traversait
la route de Colroy, les voituriers firent appel à un attelage supplémentaire
; dès que cet endroit fut passé, les voituriers allèrent
arroser cette entraide au café le plus proche. Sans aucun doute
cela dura un certain moment, car pendant ce temps les habitants de Colroy
réussirent, malgré son poids, à enlever la cloche
qui était recouverte d'une bâche et à la remplacer
par une roche de même dimension. Ne se doutant de rien, les voituriers,
sans aucun doute un peu éméchés par leur séjour
au café, reprirent la route et arrivèrent tout fiers à
destination avec leur chargement insolite. Imaginez la surprise et la colère
des habitants de Ranrupt en découvrant la supercherie. En définitive
la commune de Ranrupt fut dédommagée, mais Colroy eut le
droit de garder la cloche.
Selon l'histoire de Charton, qui fit en 1884 l'historique de toutes
les villes et villages vosgiens, il apparaît que Colroy la Roche
s'appelait en 1300 CORRAIN. A l'époque, Colroy la Roche devait régulièrement
envoyer des hommes monter la garde au château du Spitzemberg. Le
village de Colroy devait également au Spitzemberg une palissade
ou une haie, qui devait border le fossé tout autour du château.
Il devait également une chaudière dont la capacité
devait être égale à la grosseur d'un boeuf. Le 10 Février
1650, le Duc Charles IV donna la capitainerie du château et la jouissance
de la métairie du manoir au Colonel Dominique l'Huilier, dont les
descendants prirent le nom de Seigneurs du Spitzemberg.
Près de Schirmeck se dressait un château fort appartenant
à l'Evêque de Strasbourg, qui le vendit ainsi que Schirmeck
et les villages environnants, à Jean comte de Salm, pour la somme
de 12.000 florins. Le château fut détruit au 16ème
siècle. A côté de ses ruines fut érigée
une statue en bronze: "Notre Dame du Château". Cette statue domine
toujours Schirmeck et La Broque.
En 1560, Schirmeck dépendait de l'Empire Allemand. Michel Valland,
protonotaire de la chambre souveraine d'Allemagne rédigea une loi
qui donnait à 14 notables des bans de Russ et de Grendelbruch le
terrible droit de vie et de mort sur leurs concitoyens. Les exécutions
criminelles se passaient sur un emplacement au dessous du cimetière
de Barembach, au lieu dit "Champ du gibet".
Jadis dans les Vosges vivaient des ours, le dernier a été
tué en 1709 dans la forêt de Remiremont.
Le nom de Vosges vient de trois mots de langues celtiques:
gou: qui signifie boeuf
gouez ou guez: qui signifie sauvage
us: qui signifie montagne
d'où Vouéquerus qui signifie: montagne où
il y a des boeufs sauvages.
Quelques phénomènes atmosphériques.
En 1800, pendant 109 jours pas une seule goutte de pluie n'est tombée
Par contre en 1818, la pluie est tombée pendant 99 jours. Quelques
années particulièrement chaudes: 1811, 1825, 1826, 1834,
le thermomètre est monté jusqu'à 29°.
Durant l'hiver 1829-1830, la neige est restée pendant 60 jours
et la gelée a duré 86 jours.
La Révolution Française: 1789
En 1790, les évêques et les prêtres durent prêter
serment à la nation, ce qui signifiait qu'ils devaient être
fidèles et respecter la loi. Il y eut en France deux clergés;
celui des assermentés et celui des réfractaires. A Saâles,
le curé Schilinger ne voulut pas prêter serment; il dut partir
immédiatement et fut remplacé par le curé Antoine
Bidault, curé assermenté. Pendant toute la durée de
la révolution, les fidèles n'avaient confiance qu'aux prêtres
réfractaires, comme ce fut le cas de Dom Fréchard, curé
de Colroy la Roche et du curé Bailly de la Bonne-Fontaine. Le curé
Bailly disait la messe en secret à Saâles dans la maison Charles
Grandjean, actuellement Charles Renaux. Dénoncé, le curé
Bailly fut arrêté, déporté à la Guyane
où il mourut. Des descendants de sa famille existent encore aujourd'hui
à Saâles: Messieurs Roger Mathieu et Emile Bailly.
En 1792, le seigneur du Spitzemberg fut massacré à Saint
Dié dans une émeute populaire provoquée par des Marseillais
qui marchaient sur le Rhin. Un nommé Bailly, natif de Saâles
qui résidait au château sauva la nuit suivante du massacre
une statue de la Vierge qu'il apporta à Saâles. Cette statue
en bois sculpté existe toujours dans notre église.
En 1790, notre cité fut détachée du Val de Villé
et de l'Alsace et rattachée au département des Vosges. Saâles
devint chef lieu de canton et compta treize communes qui furent: Saâles,
Bruche, Ranrupt, Colroy la Roche, Colroy la Grande, Lubine, Lusse, Provenchères,
La Petite Fosse, la Grande Fosse et en 1802 Plaine, Saulxures et Saint
Blaise. La sous préfecture était Saint Dié et la préfecture
Epinal. Saâles devint doyenné en 1802. A la suite du concordat,
tout le canton fut rattaché au diocèse de Nancy, et en 1823,
au diocèse de Saint Dié jusqu'à la guerre de 1870-1871.
En 1814 des patriotes de Saâles se joignirent aux partisans de
Rothau commandés par Nicolas Wolf pour défendre le col de
Saâles contre les envahisseurs Prussiens et Russes.
en 1836, Saâles comptait 1397 habitants
1846 construction de la route Saâles - Schirmeck
1847 construction de l'église actuelle.
1850 construction de l'hôtel de ville actuel
1866 les pompiers s'organisent: la commune achète quatre pompes
à bras
Guerre 1870 - 1871
C'est au col de Saâles que les francs tireurs commandés
par Schmidt et Klobstein livrèrent combat à l'envahisseur
badois, le 28 Septembre 1870. Les Badois occupèrent les issues de
la ville et retinrent prisonniers tous les habitants des communes voisines
venus à la foire.
Le maire Bietrix dut déclarer au commandant allemand s'il y avait
des francs-tireurs à Saâles, auquel cas le village aurait
été anéanti. Heureusement il échappa à
la destruction, mais Saâles ainsi que la moitié de son canton
fut annexé à l'Allemagne durant quarante huit ans.
en 1871, organisation de la douane
1882: création de la caisse d'épargne, dont le siège
se trouve à Molsheim.
1890: construction du chemin de fer Rothau - Saâles. A cet effet
la commune verse une subvention de 50 000 marks.
A la suite d'un désaccord la perception quitte Saâles et
s'installe à Saint Blaise.
1897: fondation de l'hospice de vieillards, grâce à la
donation de Mademoiselle Hortense Barthélémy.
en 1899, on dénombra 63 touristes à Saâles.
1900: construction d'une usine de tissage et de filature.
1903: construction du Sanatorium Tannenberg.
1906: adduction d'eau potable avec réservoir.
Guerre 1914 - 1918
Le 1er Août 1914, le maire de Saâles, Monsieur Camille THIRIET,
en raison de ses sentiments français est arrêté par
les Allemands et déporté en Allemagne.
Le 10 Août 1914, les Français entrent à Saâles
qui est bombardé du 18 au 26 Septembre. L'évacuation des
habitants commence le 30 Septembre et le 11 Octobre 1914, il n'y a plus
personne à Saâles; la plus grande partie de la population
est évacuée à Bischwiller. L'église est transformée
en hôpital militaire. Le 11 Novembre 1918, la victoire rend à
la France notre cité anéantie, et c'est seulement en 1919
que les Saâlois rentrent chez eux après cinq années
d'exil: ils se logent dans des baraques en attendant la reconstruction.
1922: remise de la croix de guerre à la ville de Saâles
avec la citation suivante:
" Saâles, Bas-Rhin, a été en raison de ses sentiments
ardemment français, l'objet de brutalité des troupes ennemies
qui l'ont presque entièrement détruite. A bien mérité
du pays ".
Paris le 22 Novembre 1922
Signé: Louis Barthou
Monsieur Alapetite, commissaire général de la République
à Strasbourg, a remis cette croix de guerre à Monsieur Camille
THIRIET, chevalier de la Légion d'Honneur, conseiller général
et maire de Saâles et à Monsieur Charles ROCHELLE adjoint.
Le 24 Septembre 1924, inauguration de l'hôtel de ville qui avait
été détruit pendant la guerre 1914 - 1918.
Le 24 Septembre 1924, inauguration également du monument aux
morts.
1928, inauguration de la voie ferrée Saâles - Saint Dié
et de la percée des Vosges. Etaient présents:
Raymond Poincaré: président du conseil
André Tardieu: ministre des travaux publics
A. Oberkirch: sous secrétaire d'état
Ferdinand Thiriet: maire de Saâles
Joseph Idoux: adjoint
Et c'est ici que j'arrêterai le récit de l'histoire de
notre cité, car je ne pense pas qu'il est nécessaire de parler
de la dernière guerre, puisque vous tous l'avez connue et vécue.
J'espère de tout coeur que cette petite brochure vous a plu et
qu'elle vous aura donné une idée du courage et des difficultés
que nos ancêtres ont eus, afin de faire de notre village ce qu'il
est aujourd'hui. N'oublions jamais que c'est grâce à eux que
nous jouissons aujourd'hui du bien être général. Soyons
à notre tour dignes de nos ancêtres, courageux et travailleurs,
afin que nos enfants et nos petits enfants puissent être fiers de
nous et gardent confiance en l'avenir.
André GRANDJEAN
Maire de Saâles
Mars 1967
1) Dans l'Alsace Illustrée t.4 p. 459, J.D. Schoepflin écrit
à propos de la Seigneurerie de Villé «Saales, en
allemand Seel, le dernier village de la seigneurerie et de l'Alsace. Il
est assez élégant et jouit d'une certaine aisance.
De là, on aperçoit les vallées de
Saint Dié et de la Roche. Quand on entre dans celle des Saint
Dié, on rencontre, dans un angle de la vallée, une source
appelée Bonne-Fontaine, en allemand Gut-Brunnen,
près de
laquelle on dit que l'archevêque Saint Gundelbert, premier
abbé de Senones, se tint caché.» et il cite en
référence Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t.1 p. 451
Plaine
Scéance du 22 juillet 1894
M. le Maire donne au conseil la lecture d'une circulaire en date du
4 juillet 1894 de M. le Directeur de l'Arrondissement touchant l'étymologie
de nos deux villages Plaine et Champenay, avec la prière de prendre
une délibération afin de déterminer la signification
et l'orthographe à conserver ou à donner à Plaine
et à Champenay.
Le Conseil considérant qu'il n'est pas en sa connaissance que
Plaine et Champenay se soient écrits autrement, que Plaine et Champenay
qui, dans le patois du pays, se prononcent Pienne, Champena; que la signification
de ces termes lui est inconnue mais qu'il y a lieu de s'en tenir aux définitions
de M. le Maire dans son rapport particulier du 10, dont lecture a été
donnée en séance, parce qu'il semble être en concordance
avec la langue allemande et la signification originaire des localités.
En conséquence, le conseil est d'avis qu'il n'y a pas de raisons
prépondérantes pour opérer un changement dans l'orthographe
de Plaine et de Champenay.
Copie du rapport particulier de M. le Maire
Le nom de Plaine vient sans contredit du substantif allemand Plâne
= Plaine et parce que les Allemands prononcent le P comme un B et le B
comme un P, il n'est pas étonnant que quelques auteurs en aient
fait Blêne, ou Blen, mais il n'y a pas lieu de s'arrêter à
un simple vice de prononciation et Plaine doit rester tel.
Champenay est plus compliqué, mais en tous cas je ne puis croire
qu'on doit l'écrire Schampenau, parce que «Scham» signifie
honte et «aue» prairie, contrée. Alors Schampenau voudrait
dire contrée de honte, ce qui n'est pas admissible.
Il y a 400 ans, Champenay n'était qu'une forêt inextricable.
Ce n'est qu'à partir de 1648 lors de l'annexion de l'Alsace à
la France que le Prince de Salm-Salm ayant découvert des mines de
fer à Framont et à Champenay, y établit des forges
qui attirèrent des étrangers.
Là, comme partout ailleurs, le premier occupant de marque a
sans doute donné son nom à la petite colonie et comme les
noms n'étaient pas constitués par un état civil en
règle, on ne pouvait désigner les individus que par leur
nom de baptême ou prénom.
À cette époque et encore maintenant dans certaines contrées
en Alsace, un Jean-Baptiste s'appelait Champe, à quoi on a joint
aue, prairie, contrée que les anciens prononçaient aiie et
de tout cela on a fini par : Champenaii (contrées du Jean-Baptiste)
et comme plus tard «y» a servi à remplacer deux «i»
on est arrivé à former Champenay. Puisque ce nom est tiré
d'un pur idiome allemand, je ne vois aucun motif pour lui faire subir un
changement.
Signatures des conseillers municipaux
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire
de Schirmeck, n° 48 (octobre 1958)