L'organisation paroissiale dans la Vallée de la Bruche

Diocèses, Abbayes et Paroisses rurales (IX° siècle - XII° siècle)

Arnold Kientzler

Les plus anciennes mentions d'agglomérations dans la Vallée de la Bruche semblent se rapporter à des lieux situés le long de la Bruche même ou dans les vallons latéraux.
Il s'agit de Plaine et de Vipucelle (Vallée de la Bruche), Grandfontaine sur sa rive gauche, Barembach et Grendelbruch sur sa rive droite.
Vipucelle apparaît en l'an 826. De par cette date reculée, elle constitue sans doute la mention la plus ancienne -dans les textes du moins- d'un site occupé par l'homme.
Barembach et Grendelbruch font leur apparition simultanément dans une même pièce d'archives se rapportant à l'année 974.
Enfin deux siècles plus tard on cite pour la première fois Grandfontaine et Plaine (1152).
Ces données fragmentaires et isolées de tout contexte ne doivent pas suffire à contenter notre curiosité. D'autres questions se posent.
Quelle est la signification de ces quelques noms énumérés plus haut? Suffisent-ils à caractériser une quelconque réalité sur le terrain? Les lignes qui suivent vont tenter de répondre.

I. - Les principautés épiscopales et les abbayes

Les noms évoqués ci-dessus sont extraits de documents d'origine ecclésiastique émanant d'établissements religieux: l'abbaye de Senones (dans les Vosges) dans le cas de Plaine, Vipucelle et Grandfonfaine, celle d'Altorf (près de Molsheim) dans le cas de Barembach et Grendelbruch.
On constate par là que ces deux abbayes au moins possèdent de nombreux biens dans la Vallée.
D'autre part, les juridictions de deux, voire de trois Evêchés sont voisines dans ce même secteur.
Qu'entend-on par juridiction ou domaine de l'Evêché? L'organisation religieuse d'un diocèse s'appuie sur une principauté territoriale qui est constituée au profit de l'évêque? C'est ce que l'on appelle le temporel de l'Evêché1).
Quelles étaient ces propriétés épiscopales? Il convient peut-être de présenter ces éléments et d'essayer de dresser une ébauche de carte de géographie historique de la Vallée de la Bruche à cette époque.

A. - L'abbaye de Senones

Vers 768/770, le Roi des Francs, Charlemagne, attribua l'abbaye de Senones -jusqu'alors impériale - à l'Evêché de Metz sous l'abbatiat d'Angelram2). Ce territoire de l'abbaye, limité à l'Est par le cours du ruisseau de Framont, constitue alors la pointe la plus avancée des possessions messines dans les Vosges.
Depuis cette date, Senones relève donc pour le temporel de l'Evêché de Metz3) qui transmet à l'abbé les droits dits régaliens (par exemple, le droit d'appliquer la justice).
Mais conjointement à ces droits liés au temporel et dépendant de Metz, l'abbaye est placée sous la juridiction d'un autre diocèse, celui de Toul, sur le plan spirituel et, semble-t-il, depuis la même période4).

B. - L'abbaye de Haslach

À l'époque qui nous intéresse ici, les limites du diocèse de Strasbourg sont encore peu connues ou fixées5). Mais d'importants secteurs sur la rive gauche de la Bruche font déjà partie de son temporel.
Ainsi le district situé entre le ruisseau de Still et le Netzenbach est confirmé en 817 par l'empereur Louis le Débonnaire à l'Evêque de Strasbourg Adeloch6). Celui-ci possède déjà d'autres agglomérations voisines telles que Flexbourg, Dinsheim, Mutzig et Molsheim7).
Dans cette confirmation de biens de 817, sont incluses les terres de l'abbaye de Haslach.
Les autres possessions abbatiales dans la Vallée se placèrent plus tardivement sous la dépendance temporelle ou spirituelle de l'Evêché de Strasbourg.

C. - L'abbaye d'Andlau

Entre les propriétés de Senones et de Haslach, c'est-à-dire le strict situé entre le ruisseau de Framont et le Netzenbach, une enclave territoriale appartient à l'abbaye d'Andlau depuis probablement sa fondation avant l'an 8808).
Dépendant directement de l'autorité spirituelle du pape, l'abbaye se plaça vers 996/999 sous l'obédience de l'évêque de Strasbourg9).
Malgré l'absence de textes précis, on constate que l'abbaye était propriétaire de cette enclave dont elle conservera d'importants droits d'usage au moins jusqu'au XVI° siècle10).

D. - L'abbaye d'Altorf

L'abbaye d'Altorf essaime ses propriétés le long de la rive droite de la Bruche sur les vastes domaines appartenant à la famille comtale d'Eguisheim, fondatrice de l'abbaye en l'an 974.
Ces biens situés le long de la Bruche depuis le cours de la Rothaine jusque dans la plaine d'Alsace ne feront partie du temporel de l'Evêché de Strasbourg qu'à partir de 1226, à la suite de l'extinction de l'ancienne lignée d'Eguisheim.

II. - Les premières paroisses rurales de la vallée

Après ces notions générales permettant de mieux situer la place des différentes abbayes possessionnées dans la vallée de la Bruche à l'intérieur de la zone de chacun des trois diocèses de Metz, Toul et Strasbourg, il nous faut à présent analyser les documents plus en détail.

A. - Le domaine de l'abbaye de Senones: Vipucelle, Grandfontaine et Plaine

Trois textes respectivement de 1123, 1125 et 1152 relatifs à l'abbaye de Senones donnent des détails intéressants sur trois sites de la Vallée.
Ce sont des chartes de confirmation du patrimoine établies par le pape (bulle papale).
Parmi les possessions énumérées, on trouve:
- Vipucelle avec l'église et le marché du même lieu qui se tient tous les samedis,
- Grandfontaine avec l'église,
- Plaine avec l'église11).
Ce texte constitue une liste de revenus. Aussi est-il fait mention d'avantages en nature liés à un lieu: dîmes d'église12) et revenus d'un marché.
Mais l'élément important que contient le document est la présence de trois sanctuaires attestés dans un rayon de moins de 10 km. Ces sanctuaires sont sans aucun doute placés au centre de petites paroisses rurales.
Leur existence semble prouver un degré de christianisation avancé, voire un peuplement important. Mais il ne peut s'agir ici que d'hypothèses. En effet en ce qui concerne Plaine et Grandfontaine, nous ne savons rien ni sur l'importance réelle des lieux ni sur les circonstances de leur origine.
Des textes existent, par contre, pour Vipucelle.

- Le cas de Vipucelle -

Vers l'an 800, l'abbé de Senones Vicpode (ou Vipode)13) fonde un prieuré sur des terres appartenant à l'Evêché de Metz14).
Par un diplôme daté d'Aix-la-Chapelle de l'année 826, l'empereur Louis le Germanique restitue à un autre abbé de Senones Ricbode15), neveu du fondateur, ce même prieuré. La donation est faite pour la vie seulement, à charge qu'à la mort de l'abbé, le prieuré retourne à l'évêché de Metz16).
Cette fondation de prieuré est tout à fait caractéristique de la politique des abbayes bénédictine comme c'est le cas pour celle de Senones.
Le prieuré est, en effet, une cella, c'est-à-dire une petite maison desservie par un ou deux religieux. L'importance de ces établissements est à la fois matérielle (centre d'exploitation du sol) et spirituelle lieu de culte, le prieuré supplée souvent à l'insuffisance du clergé seculier et, très souvent, est à l'origine de paroisses (17).
C'est probablement le cas pour la fondation de l'abbé Vicpode. La cella fut nommée de son nom Vicopdi-Cella18) et s'appela vers l'an 1000 Vypucella19). Le souvenir du prieuré subsiste dans le nom actuel de Vipucelle.

B. - Le domaine de l'abbaye d'Altorf: Barembach et Grendelbruch

Sur la rive droite de la Bruche, deux noms apparaissent dans les documents les plus anciens Barembach et Grendelbruch.
Leur origine doit être liée à la présence du château de Guirbaden, centre administratif des terres de la famille comtale d'Eguisheim où sont situées les deux localités. Le château avait été élevé par les comtes pour accroître l'exploitation intense du vaste domaine forestier situé le long de la Bruche depuis le cours de la Rothaine20). Les habitats de Barembach et de Grendelbruch -qui apparaissent isolés dans les textes- ont du être les seuls centres de défrichement et de mise en valeur des terres d'Eguisheim.
En l'an 974, lors de la fondation de l'abbaye d'Altorf près de Molsheim par le comte Hugues III d'Eguisheim, les dîmes des églises des deux paroisses ont du être attribuées à l'abbaye. La carte de fondation de 974 -elle-même connue par un texte postérieur- est incomplète et ne mentionne pas les deux habitats.
C'est un document anonyme et non daté, sorte de compilation sur les origines d'Altorf qui apporte des précisions21). Dans l'énumération des principaux droits et revenus attachés à l'abbaye d'Altorf, on cite:
- l'église de Barembach avec ses dépendances,
- l'église de Grendelbruch avec ses dépendances22)
Une bulle de confirmation des biens établie plus tard par le pape Célestin III (8 juin 1192) précise en outre que les revenus des deux églises seront intégralement utilisés pour financer la construction des nouveaux bâtiments construits alors à Altorf23).
Ces données fragmentaires ne permettent pas d'étudier plus en profondeur l'histoire des origines des deux paroisses. Mais elles permettent d'en cerner l'importance probable dans le cadre des vastes domaines des comtes d'Eguisheim.
Arnold KIENTZLER

L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° 92  (octobre 1976)

(1) Histoire de Lorraine, publiée par la Société lorraine des études locales dans l'Enseignement public, 1939, p. 198.(2) Histoire de l'abbaye de Senones, manuscrit de Dom Calmet, annoté par F. Dinago, 1879-882 (tiré du Bulletin de la Société philomatique vosgienne [B. S. P. V.], 1878-1881) [référencé Calmet-Dinago] p.33.
(3) Calmet-Dinago, p. 35
(4) Calmet-Dinago, p. 35.
(5) A. M. Burg, Le duché d'Alsace au temps de Sainte Odile, 1959, p. 85-87
(6) cf. l'Essor n° 84 (septembre 1973), p. 2-3.
(7) H. Buttner, Andlauer Besitz und Reichsgut dans Z.G.O.R. (Zeitschrift für die Geschichte des Oberrheins) 95 (1943), p. 15 - 30,  p. 25.
(8) H. Buttner, Andlauer Besitz, p.26.
(9) G. Wagner, Studien zur Geschichte des Abtei Andlau, Z.G.O.R.  66 (1912), p. 450.
(10) H. Buttner, Andlauer Besitz, p. 23.
(11) Archives départementales des Vosges(AV) 11 H4 -Cartulaire de Senones de 1699, p. 151. - Voici le texte original du passage de la bulle de 1152 du pape Eugène III (copie du 7 septembre 1333): Wipodicellam, cum Ecclesia et invocato ejusdem villae, quod in omni sabbato sit: Grandem fontanam cum Ecclesia, Plania, cum Ecclesia;... La traduction est empruntée à L. Jouve, Etude géographique sur le ban et les possessions de Senones jusqu'au milieu du XIII° siècle, B.S. P.V. 4 (1878 - 1879), p. 155.
(12) D. Calmet  précise que «par le nom d'église on entend parler de la dîme d'une église (...) Ecclesia donne précisément droit aux dîmes, et les laïques les peuvent posséder». - Cité par L. Jouve, p. 155, note I.
(13) 12° abbé de Senones d'après la liste chronologique de D. Calmet.
(14) Calmet-Dinago, p. 41-42.
(15) 15° abbé de Senones d'après D. Calmet.
(16) AV II H5. - Cartulaire de Senones I, p. 2.
(17) Histoire de Lorraine, 1939, p.204.
(18) Calmet-Dinago, p. 41.
(19) P. Wentzcke, Regesten der Bichöfe von Strassburg I, 1908 n° 288, p. 267.
(20) H. Buttner, Andlau und der Dagsburger Wald, dans Elsass-Lothringisches Jahrbuch 20 (1942) p. 10-27, p. 20
(21) Notiliae Altorfenses n° 2 : «Locut erat in Alsatia...». - Le texte est transcrit par A. Sieffert, Altorf Geschichte von Abtei und Dorf, 1950, p. 280.
(22) Voici le passage du texte original: ecclesiam Berbo cum pertinentiis suis, ecclesiam Grendelbruch cum pe, nenttis suis...
(23) A. Sieffert, ouv. cit. p. 110-112 donne de ce texte une traduction en langue allemande.


L'église Saint-Georges et la paroisse de Barembach sous l'ancien régime

Arnold Kientzler

I. - La première paroisse de Barembach

On a vu ci-dessus1) les circonstances dans lesquelles le nom de Barembach apparaît pour la première fois: un document se rapportant à l'année 974 mentionne que les dîmes des deux "églises" de Barembach et Grendelbruch ont été attribuées à l'abbaye d'Altorf fondée cette année-là.
Le fondateur d'Altorf, Hugues III, comte du Nordgau2) est propriétaire du vaste domaine forestier situé sur la rive droite de la Bruche depuis le cours de la Rothaine jusque dans la plaine. C'est sur ses propres terres que sont situées les deux "églises" de Grendelbruch et en particulier de Barembach.
Pour essayer de cerner la signification du terme de Berbach3), il est indispensable de confronter les rares documents que nous possédons les uns avec les autres, de les analyser et d'en faire une courte étude critique.

A. - Le site de l'église

L'église de la commune de Barembach est une des plus anciennes de la Vallée de Schirmeck; elle servait autrefois pour différentes communes, aussi est-elle placée au milieu d'une prairie éloignée d'environ 5 à 600 mètres du village.
Cette "description" figure en en-tête à un écrit établi le 23 décembre 1812.4) Elle traduit assez bien les deux caractères les plus originaux de l'ancienne église: son isolement d'abord, sa fonction ensuite.
Au Moyen-Âge, seules les plus anciennes églises paroissiales avaient comme privilège l'administration des Sacrements (en particulier le baptême) et l'inhumation des morts.5)
L'emplacement de ces églises de paroisse répond à un certain nombre de points communs. Elles sont souvent isolées, placées entre différents habitats humains, parfois sur un monticule. L'endroit aussi de lieu de justice pour les villages6).
Le site de l'ancien sanctuaire de Barembach répond bien à ces critères généraux. On se rappelle notamment que la justice locale de la communnauté des villages de Grendelbruch, Russ et Barembach se rendait un peu en contrebas de l'église en direction de Russ au moins jusqu'au XVI° siècle7).

B. - Une église "paroissiale"

Par définition, une église paroissiale est une église baptismale où le curé exerce ses fonctions.8) Elle se différencie des églises de village créées postérieurement (églises filiales) qui restent liées à l'ancienne et la considèrent comme l'église mère.9) Malheureusement, les anciennes dénominations dans les textes ne permettent que rarement de dire s'il s'agit d'une église paroissiale.10)
Lors de sa première mention se rapportant à l'année 974, date de la fondation d'Altorf, il n'est pas question de paroisse mais seulement d'église et de biens en dépendant.
C'est un document sur parchemin daté de l'année 1330 qui mentionne pour la première fois la paroisse de Barembach (ecclesia parrochialis in Berenbach)11). Sous le vocable "église" il faut donc bien voir une entité territoriale qui ne se limite pas au ban du village du même nom mais bien à un ensemble d'habitats ou de localités. Ceux-ci sont placés sous la tutelle spirituelle d'un curé unique qui exerce ses fonctions à l'"église paroissiale".
Ce territoire s'étendait probablement sur la rive droite de la Bruche depuis le cours de la Rothaine jusqu'au ruisseau de Russ. En 1666, les filiales de l'église de Barembach étaient la chapelle St-Sébastien de Schirmeck, la chapelle St-Etienne de Russ et la chapelle St-Genedo de Natzwiller.12) En 1344, il faut encore y rattacher la localité d'Ober Russ disparue depuis lors.13) Enfin, au milieu du XVI° siècle, certaines localités catholiques du Ban-de-la-Roche faisaient également partie de la même paroisse14).

C. - La dédicace à Saint-Georges

Pour caractériser une église, un des éléments les plus importants est, sans conteste, le nom du saint à qui est dédié l'édifice.
La visite pastorale de 1666 mentionne que l'église de Barembach est dédiée à Saint-Georges15). Malgré sa date tardive, c'est le renseignement "officiel" le plus ancien concernant la dédicace de l'église de Barembach. Mais d'autres indices permettent d'avancer que cette dédicace à Saint-Georges est bien plus ancienne.
Dans la même année 1666, le "Renouvellement des bans de Schirmeck, Barembach, Wackenbach et Steinbach" mentionne une parcelle de terre qui donne sur une propriété appartenant à l'église St-Georges (uff St-Geörgen. Guet). C'est le cas sur le ban de Schirmeck16) et sur celui de Barembach17).
Au XVI° siècle, deux champs du ban de Schirmeck, situés en contrebas de l'église, sont entourés de bien appartenant à (l'église) St-Georges (2 acker uff beiden sitten uffen sant Jorgen under der kirchen)18). Enfin un acte non daté mais qui se rapporte aux années 1510/1550 mentionne une vente de biens par l'abbaye d'Altorf à Jean Thun le Jeune, bourgeois de Schirmeck. Parmi ces biens figurent deux champs situés derrière l'église (de Barembach) et qui sont séparés par deux autres parcelles appartenant à
 (l'église) St-Georges (2 Ackherfeldt im bann zu Schirmeck hinder der kirchen gelegen, und liegen 2 Ackher, so zuo sanct Geörg zuegehörig das zwischen)19).
Ces données, quoique fragmentaires, nous permettent sans doute de prétendre que la dédicace de l'église de Barembach au martyr Saint-Georges est très ancienne. Elle peut remonter aux origines du sanctuaire.
Il apparaît, en effet, que Saint-Georges est l'un des martyrs dont le nom est le vénéré en Alsace au Moyen-Âge20). C'est un des saints préférés des gens de guerre, et en particulier de la famille d'Eguisheim-Dabo. Le plus illustre des membres de cette famille, le pape Léon IX, avait confié des reliques de ce saint à l'abbaye d'Altorf21). En 1137, la famille comtale fait de Saint-Georges un des patrons auxiliaires de la chapelle de Laubenheim, au pied de leur château de Guirbaden22).
À la lumière de ces données, il apparaît comme probable que l'origine du culte de Saint-Georges a été introduit à l'église de Barembach par les comtes d'Eguisheim23).
C'est aussi à cette puissante lignée que l'on doit sans doute l'origine de la localité de Barembach et la construction de sa première église.
Des seigneurs laïques construisent parfois des églises pour leurs sujets sur leurs propres domaines. Le cas n'est pas rare en Alsace au haut Moyen-Âge. Le seigneur est souvent à l'origine de ces noyaux locaux de christianisation. Il offre le sol pour une église et prend à sa charge les frais de construction24).
La fondation de l'église et la création de la paroisse de Barembach se firent peut-être dans ce cadre et selon ces circonstances.

II. - Barembach et l'abbaye d'Altorf

A. - Le droit de patronage


La fondation d'une église par une personne laïque s'accompapne d'un droit de patronage que le fondateur cède a un établissement ecclésiastique. C'est le sens de l'acte de 974 par lequel Hugues III de Nordgau cède à l'abbaye d'Altorf les "églises" de Barembach et de Grendelbruch: l'Abbé d'Altorf devient ainsi le collateur de ces-deux églises.
Mais que représentent dans la réalité ces termes juridiques?
Le patronage est l'ensemble de certains droits acquis à toute personne par la fondation et la dotation d'une église. Par le biais du patronage, cette personne devient le collateur de cette église: il a ainsi seul le droit de conférer un bénéfice, en d'autres termes de nommer un curé. En théorie, le curé jouit de toutes les dîmes attachées au bénéfice: il est le décimateur25).

B. - L'incorporation à l'abbaye d'Altorf


Les choses se passent différemment en réalité.
Le 8 juin 1192, le pape Célestin III incorpore l'église de Barembach à l'abbaye d'Altorf. Au delà du droit de nommer le curé, cette union complète signifie le droit réel de propriété26). L'abbaye s'approprie tous les revenus de l'église (les dîmes entre autres). À la tête de la paroisse, elle fait nommer par l'évêque un desservant à qui elle cède un revenu fxe versé par l'abbaye et qu'on appelle la portion congrue.
Le hasard des textes fait que certains desservants à la tête de la paroisse de Barembach sont connus par leur nom dès le XIII° siècle.
En 1258, Volmar est plebanus (Leutpriester) de Barembach. Son prédecesseur s'appelait Sigelinus. (On entend par plebanus le simple desservant n'ayant aucun droit). En 1343, Jacobus apparaît comme vicarius perpetuus ville Bernbach27). À ce titre, il peut posséder les droits de la paroisse incorporée à une abbaye. Un document de 1419 mentionne enfin Johann Schilt, Leutpriester in Barembach.
Ces noms permettent d'assurer au lecteur une certaine continuité de la paroisse de Barembach durant le Moyen-Âge. Mais leur concision même le laisse encore dans l'ignorance sur beaucoup de points.
Il nous reste à présent à examiner l'élément qui est le plus important de la vie paroissiale, son symbole même: l'ancienne église St-Georges.

III. - L'église St-Georges de Barembach: vie et mort d'un édifice

L'église St-Georges n'existe plus aujourd'hui sur le terrain. Mais les documents d'archives permettent encore, par le texte et aussi par l'image, de nous restituer l'état des bâtiments à partir du XVI° siècle.

A. - La construction romane


On ne sait évidemment rien des tout premiers édifices. L'église de 974 était, sans aucun doute, entièrement en bois comme l'étaient les maisons-fortes de l'époque28).
 Il est probable qu'une construction romane fut élevée vers la fin du XII° siècle ou au début du XIII° siècle. L'édifice reproduit sur la carte-vue de 1540 montre un chevet droit qui peut être de style roman.
En 1896, lors des travaux d'agrandissement du cimetière, on mit à jour une tête de statue, un chapiteau de colonne et des fragments du tympan du portail de style roman, le tout bien conservé, provenant de la très vieille mère-église29). Il est possible que ces fragments proviennent du choeur de l'église.
Sur le dessin de 1540, le choeur est prolongé par une longue nef probablement postérieure. Un clocher, entièrement en bois, s'élève au-dessus de la croisée du choeur.
Une vingtaine d'années après ce dessin, l'église menace ruine.
Une supplique de "toute la Communauté dé Schirmeck" adressée entre le 4 mars et le 8 avril 1564 à la Régence épiscopale de Saverne nous apprend que les habitants de Barembach conduits par leur écoutète, ceux de Steinbach et ceux du Ban-de-la-Roche entretenaient régulièrement l'église de Barembach par le moyen de leurs corvées. L'écoutète ne tolérant plus cette contribution, l'édifice menace de tomber en ruines. Les bourgeois de Schirmeck demandent alors à la Régence de les aider, car ils ne veulent pas le faire seuls30)
Une nouvelle reconstruction eut-elle lieu plus tard? Un autre clocher, de base carrée, semble apparaître sur un deuxième dessin daté de 1606 . Mais les documents manquent pour pouvoir l'affirmer.

B. - Constructions successives et état au XVIII° siècle

Les comptes de la fabrique de l'église de Schirmeck qui ont à leur charge l'entretien de l'église St-Georges de Barembach et de la chapelle St. Sébastien de Schirmeck nous apportent heureusement des renseignements intéressants au sujet des travaux effectués tout au long des XVII° et XVIII° siècles.
Entre 1616 et 1617, le toit de l'église de Barembach fut recouvert de bardeaux31). Il ne semble pas que l'édifice ait beaucoup eu à souffrir pendant la Guerre de Trente Ans: il n'y eut pas, en tous les cas, de ruine totale. En 1666/67, la couverture de bardeaux du toit du choeur est renouvelée. L'année suivante, ce fut le tour du toit de la nef.
Une avancée protégeait l'entrée de l'église: elle fut réparée en 1670/7132). En 1683, 27 fl. 8s. 6d. sont versés à François Arnould sur 26 toises de couverture qu'il a recouvry à l'église de Barembas33). La couverture fut achevée l'année suivante par le même artisan. D'importants travaux ont dû avoir lieu cette année-là: le charpentier de Russ a consacré 12 journées de travail à la dite église tant au racommodement de la tour que pour plancher 34). Les comptes de l'année 1685 font état d'une consolidation de la porte d'entrée. 4s. 8d. furent aussi dépensés pour faire racommoder la serrure et la clef 35).
Les vitres des fenêtres de l'église furent souvent réparées: ainsi en 1695, celles de la nef36). Dans les comptes de l'année 1729/30, Estienne Petrolle, vitrier, s'occupe de la remise en état des vitres du choeur37).
À la lecture des comptes de la fabrique, on constate qu'il est fait mention de travaux d'entretien courant à entreprendre régulièrement (la couverture du toit, par exemple).
Un document émanant de la Communauté de Barembach fait état de la vétusté et du mauvais état de l'édifice au début du XVIII° siècle: ladite église avait bien un toit mais elle n'avait ni porte ni fenestres entières38).
Au début de l'année 1739, le bâtiment fut renversé et ruiné par les tempêtes39). Une reconstruction totale fut entreprise sept ans plus tard. La première pierre fut bénie le 10 juillet 1746. C'est le 20 octobre 1748 que la bénédiction de la nouvelle "église mère" de Barembach eut lieu en présence de l'ensemble de la paroisse, à savoir Schirmeck, Berembach et Russ. Le même jour furent bénies deux nouvelles cloches en l'honneur de Saint-Georges, patron de l'église et de la Vierge Marie. L'église fut bénie par le Vicaire Général de l'Evêché de Strasbourg en présence du curé de la paroisse Gaspard Sauthier, Philippe Prima desservant de Muhlbach, Nicolas Damin desservant de La Broque et Jean-Baptiste Dominique Simon desservant de Schirmeck40).

- le rapport de la Visite de 1762 -
Nous connaissons un peu plus en détail ce nouveau bâtiment grâce à la Visite effectuée par Mgr d'Arath, Vicaire Général. Le rapport daté du 30 septembre donne des renseignements intéressants sur l'état du bâtiment.
Des réparations urgentes sont demandées: remise en état de la toiture avant l'hyver mais surtout des travaux à effectuer au clocher: il faut en effet éviter que quand on sonne, la poussière ne tombe sur l'autel 41).
Mais le rapport nous renseigne surtout sur le mobilier de l'église.42)
Il n'y a dans cette Eglise que le maître-autel, les deux dans la nef n'ont que les tables de pierres préparées; il y a des fonts baptismaux et une tribune; le St-Sacrement n'est point encore conservé dans le tabernacle et l'on ne tient point dans cette Eglise les Vases Sacrés et ornements de quelque valeur par la crainte des vols, attendu qu'elle est entièrement exposée et sans aucune habitation voisine plus près qu'un demi quart de lieu savoir le village de Barembach; l'on apporte de Schirmeck ce qui est nécessaire pour le service.
À la suite de cette visite de 1762, certains travaux furent effectués: les deux autels collatéraux de la nef seront remis en état par Christian Berlin entre 1762 et 1769 pour une somme de 100 l43). Enfin une maison fût construite à proximité pour la garde de l'église44).

C. - La disparition de l'église

Après la Révolution, les bâtiments deviennent la charge de la commune. Ce sont maintenant les délibérations du Conseil Municipal de Barembach qui nous apportent d'utiles renseignements45).
Nous assistons ainsi, année après année, parfois mois après mois, à la lente dégradation de l'ancienne église St-Georges qui finira par être démolie.
Au début du XIX° siècle, l'état général de l'édifice est à nouveau sérieusement compromis.
Le 15 janvier 1807, un premier devis de réparation signale que les coups de vent qui ont eu lieu au commencement du mois de décembre dernier ont enlevé une partie de la toiture... ce qui occasionne les eaux de pluie de tomber sur le plancher de la nef et de là sur les bans et les personnes qui assistent aux offices.
Le 23 décembre 1812, la couverture du clocher (en bardeaux de sapin) est gagnée de pourriture.
Peu de réparations sont sans doute effectuées à l'église durant les années suivantes. Dans sa séance du 4 mai 1818, le Conseil Municipal signale qu'aujourd'hui, elle menace de tomber en ruines.
C'est à cette date qu'apparaît pour la première fois le projet de construction d'une nouvelle église au village même qui sera élevée en 1824.
Mais écoutons les raisons avancées par le Conseil: l'ancienne église de Barembach est située au milieu de la prairie, éloignée du village d'environ 1/4 de lieu le chemin qui y conduit est le long d'un ruisseau a considérable qui débordant en temps de pluie, les Eaux coulent sur ledit Chemin et le rendent impraticable temps d'hyver, l'obstacle est encore plus fort, parce la gelée faisant monter les glaces qui couvrent le même chemin, fait que peu de monde peut se rendre à cette église... .Vu les inconvénients... le Conseil Municipal croit qu'il serait plus convenable aux habitants de construire une autre (église) au Centre du village.
Mais ce projet condamne de toute évidence l'ancien bâtiment:
Pour rendre plus facile la construction de cette nouvelle église, il existe une vieille maison qui a été bâtie pour la garde de l'église existante; on pourrait donc prendre les pierres de taille et de moëlons de cette maison et de l Eglise qui n'existe plus...
Neuf années plus tard, il n'est plus question que des débris de l'église.
C'est au courant de l'été 1828 que l'ancienne église St-Georges de Barembach disparaît définitivement. Les pierres de l'édifice et de la maison voisine sont venues pour une somme de 2 300 F. La recette est consacrée à l'achat de trois autels neufs pour l'église du village.

Ainsi fut effacée jusqu'à la dernière pierre l'église mère de la paroisse de Barembach.
Cette église St-Georges était un symbole, celui d'une communauté villageoise, probablement importante au Moyen-Âge.
Mais non loin de Barembach, une autre agglomération émergea, dépendant de la même paroisse-mère de Schirmeck. Un texte du XVIII° siècle rédigé par la Communauté de Barembach résume bien et d'une manière imagée les données de ce nouveau voisinage:
C'est que Schirmeck qui n'estait rien est devenu un village et que Bärrenbach qui anciennement était une grande communauté a été réduitte et ruinée par les guerres, il est à la vérité moindre aujourd'huy que Schirmeck mais l'on doute qu'en cette matière le nombre l'emporte.
En effet, dans le cadre juridique si complexe qu'était une paroisse sous l'Ancien Régime, des problèmes se posèrent aux deux Communautés aux XVII° et XVIII° siècles.
L'un des points intéressants à étudier à présent est peut-être la lente émergence de la communauté religieuse de Schirmeck. Cette importance grandissante se traduit sur le terrain par l'apparition d'une première chapelle, qui transforme et s'agrandit pour devenir une église " paroissiale " au milieu du XVIIIe siècle.

A. KIENTZLER


L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° 93  (noel 1976)

(2) La lignée sera connue plus tard sous la dénomination d'Eguisheim-Dabo
(4) Arch. comm. Barembach [Archives communales de Barembach (Mairie)] Rapport de Isidore Armand, Architecte de l'arrondissement de St-Dié
(5) L. Pfleger, die Entstehung der elsässischen Pfarren dans Archiv für elsässische Kirchengeschichte [A.E.K.G.] 4 (1929) p. 1 - 114 p. 42
(6) L. Pfleger, ouv. cit. p. 46.
(7) La carte-vue de 1540 a été reproduite en couverture de l'Essor n° 87 (Noël 1974)
(8) M. Schickelé, Etat de l'Eglise d'Alsace avant la Révolution, I, 1877 (Introduction) p. XVI
(9) L. Pfleger, p. 46
(10) L. Pfleger, p. 42
(11) Archives départementales du Bas-Rhin [ABR] G 1840 (1), - Dans le Cartulaire d'Altorf (XVI° - XVII° siècle), une copie du même document mentionne Bernbach (H 165 fol. 46v°-47°
(12) M. Barth, Handbuch der elsässischen Kirchen im Mittelalter, [Handbuch] col. 98
(l3) H 20 (2) - Pour la localisation d'Ober Russ, cf. l'Essor n° 84 (septembre 1973) p. 4
(14) I G 43 (l) fol. 121 v°- 122r°
(15) M. Barth, Visitationsberichte des Bistums Strassburg vom Jahre 1666 dans A.E.K.G. 16 (1943) p.251. Voir à ce sujet les remarques du même auteur dans Handbuch, col. 98
(16) G 2076 fol. 45 r°
(17) fol. 62v° et 73r°
(18) H 163 fol. 187 (Cartulaire d'Altorf XV° - XVIII° siècle)
(19) H 26 (liasse n° 5) fol. 33 v°
(20) L. Pfleger, der grosse Nothefer Sankt Georgen dans Elsassland 14 (1934) p. 65-69
(21) Notitiae Aliorfenses n° 1: "Sciendum quod..." - Le texte est transcrit par A. Sieffert, Altorf Geschichte von Abtei und Dorf, 1950, p. 278
(22) M. Barth,  col. 730
(23) L. Pfleger, ouv. cit. ,p. 67
(24) L. Pfleger,  p. 73
(25) M. Schickelé, p. XXXII - XXXIV
(26) L. Pfleger, p. 104
(27) M. Barth, Reliquien aus elsässischen Kirchen für das Münster in Bern dans A.E.K.G. 9 (1934) p. 133
(28) L. Pfleger, p. 73
(29) R. Kieffer, Histoire de la commune de Barembach, 1950 (manuscrit)
(30) I G 43 (1) fol. 121 v° - 122r°
(31) Archives communales de Schirmeck [Arch. comm. Schirmeck] (déposées aux ABR) GG 12 i d. 7r°
(32) fol. 5
(33) fol. 4v°
(34) fol. 3v°
(35) fol. 4r°
(36) fol. 3v°
(37) Arch. comm. Schirmeck GG 13
(38) ABR H 26 (liasse n° 5)
(39) Registres paroissiaux de Schirmeck (déposés aux ABR) [Reg. Paroiss. Schirmeck] 3 E 448 (4) p. 104
(40) p. 132
(41) Arch. comm. Barembach, Rapport de la visite de 1762, fol. 5r°
(42) fol. 2r°
(43) fol. 10v°
(44) Arch. comm. Barembach, Délibérations du Conseil Municipal en date du 4 mai 1818
(45) Arch. comm. Barembach

Chapelles et cultes de saints à Schirmeck aux XVI° et au début du XVII° siècle

Arnold Kientzler

I. - La Chapelle St-Sébastien (fin du XVI° - début du XVII° s.)

A. - Première mention

La chapelle de Schirmeck apparaît pour la première fois - et c'est une coïncidence pour le moins malheureuse - à l'occasion d'un événement de guerre qui touche durement la Vallée de la Bruche: l'invasion des Huguenots1). Ces mercenaires, par vagues intermittentes entre 1562 et 1579, utilisent la Vallée comme voie de passage et la soummettent à une destruction en règle2).
En 1570, après le 11 mars, le bailli de Schirmeck, Jean Klug signale à la Régence de Saverne le passage de l'une de ces bandes3). L'écoutète et la communauté s'étaient plaints à lui du pillage systématique de la chapelle située dans le bourg de Schirmeck. Le fonctionnaire épiscopal demande alors à ses supérieurs de nouveaux ornements liturgiques afin que l'on puisse continuer à y célébrer les offices et, ajoute Jean Klug, de ne pas être obligé d'aller par temps d'hiver jusqu'à l'église de Barembach pour baptiser les enfants de nuit comme de jour4).
Ce document de 1570 est, à divers titres, très intéressant pour notre propos.
1. - Il constitue donc la preuve la plus ancienne de l'existence d'une chapelle à Schirmeck même.
2. - À cette époque, cette chapelle possède déjà un certain statut d'indépendance par rapport à l'église mère de Barembach: elle conserve ses propres fonts baptismaux5). (Au Moyen-Âge, c'est dans les églises paroissiales seules que le baptême pouvait être célébré)6).

B. - La dédicace de la chapelle

On a remarqué qu'il n'était nullement fait mention du patronage dans le document ci-dessus. Il faut attendre l'année 1616 pour voir apparaître le nom du saint auquel l'édifice religieux est dédié. Les comptes les plus anciens de la fabrique de «l'église» de Schirmeck mentionnent pour les années 1616-1617 une dépense de 8 s. payée à Georges Schmidt pour les fournitures destinées à la chapelle St-Sébastien; le même artisan reçoit encore 3 s. quelque temps après pour avoir livré une corde prévue pour faire sonner les cloches à l'église St-Sébastien7).
On ne sait évidemment pas à quelle époque remonte le vocable de notre Saint. Mais nous verrons plus loin d'autres éléments permettant d'apporter une certaine réponse à cette question.

C. - Schirmeck et la paroisse-mère de Barembach

Le rapport de la visite pastorale effectuée en 1666 dans toutes les paroisses du diocèse de Strasbourg nous donne pour la première fois l'état des relations religieuses entre les différents lieux de culte dans la Vallée8).
La paroisse de Schirmeck est dédiée à Saint-Georges. Elle comprend les trois filiales suivantes:
- la chapelle St-Sébastien de Schirmeck (où le culte est célébré)
- la chapelle St-Etienne de Russ
la chapelle St-Genès (Sancto Genesius) de Natzwiller.
Ce texte nous apprend donc que trois chapelles sous le vocable de trois patrons distincts et situées dans trois endroits également différents forment la paroisse St-Georges de Schirmeck. Des recherches récentes entreprises à partir de ce document9) ont montré que le patronage de St-Georges s'applique en fait à l'église-mère de Barembach et non à quelque autre lieu de culte situé à Schirmeck même.
Nous pouvons donc en déduire qu'il y a eu à un certain moment transfert de la paroisse d'origine tout en conservant la dédicace ancienne du patron, St-Georges, la paroisse a «quitté» son cadre primitif pour venir «s'installer» à Schirmeck.
Cette translation est le résultat d'une lente évolution qu'il n'est guère possible de fixer avec précision dans le temps, faute de textes sûrs. (Quelques indices semblent toutefois montrer qu'elle peut se situer dans la deuxième moitié du XV°e siècle ou au plus tard au début du XVI° siècle). Une des raisons de ce transfert est sans doute liée à une forte poussée démographique du bourg de Schirmeck10) et une lente stagnation de l'agglomération de Barembach, ces deux éléments pouvant d'ailleurs être plus ou moins liés l'un à l'autre.
Dans la réalité quotidienne -à laquelle les habitants du bourg étaient évidemment les plus sensibles- cette translation du lieu même de la paroisse se traduit surtout par deux éléments: ainsi, des fonts baptismaux attestés à la chapelle de Schirmeck dès 1570.
Mais l'indice le plus convaincant est sans doute le fait qu'en 1565 le curé de la paroisse réside déjà à Schirmeck: le 7 août de cette année, il demande à la Régence de lui fournir du bois pour remettre en état la galerie (?) de son presbytère11).
D'autres recherches nous apprennent que ce curé - qui s'appelait Pierre Coquus - était déjà à la tête de la paroisse vers 156012).

II. - La localisation de la chapelle dans le site de Schirmeck

À l'origine d'une bourgade médiévale, on trouve très souvent une chapelle ou un «château» urbain: l'agglomération se groupe alors autour de l'un ou de l'autre de ces noyaux. Certains types de formation de centres urbains sont à cet égard significatifs en Alsace. C'est notamment le cas pour Eguisheim et Niedernai (XIII° siècle). Dans le cas d'une création plus récente comme celle de Bergbieten (fin du XIV° siècle), le processus de développement est le même13).

A. - Une création tardive: Schirmeck

Le cas de Schirmeck, sans doute érigé entre ces deux périodes, est entièrement différent.
Le plan de la ville médiévale montre que la chapelle - St-Sébastien se trouve à l'une de ses extrémités, près de l'enceinte du XIV° siècle: l'emplacement -en excroissance par rapport à un noyau urbain qui n'est pas matérialisé sur le terrain- semble montrer que la chapelle est bien plus récente que la cité elle-même.
Cette hypothèse est confirmée par des textes. Des documents du 11 octobre 1586 et du 2 août 1589 permettent de préciser que la chapelle (Capell... im flecken Schirmeck) est située non loin de l'enceinte (Rinckhmauer) et à proximité du ruisseau traversant le communal (Allmend bach)14).
De même le Renouvellement de 1666 mentionne explicitement que la chapelle St-Sébastien est située dans l'agglomération sur le communal (Item ein Capell - St Sebastiani Cappel - im feckhen, steht mitten uf die Alllmend)15).
À l'aide de ces documents, on doit pouvoir conclure avec une certaine vraisemblance que chapelle St-Sébastien fut construite à un moment (non repérable dans le temps) où le besoin d'avoir un lieu de culte propre à la bourgade devenait crucial. La construction, apparue après la formation de ville et l'occupation du site, a été érigée à l'intérieur de l'enceinte urbaine sur les communaux, c'est-à-dire sur les seuls terrains encore exempts de constructions.

B. - Repères topographiques

Peut-on localiser l'emplacement de la chapelle sur le site même de Schirmeck? Un document de la fin du XVIII° siècle nous apporte la réponse.
Dans un autre rapport de visite pastorale effectué 30 septembre 1762, le Vicaire Général Mgr d'Ara demande à la Communauté de Schirmeck procéder à certaines réparations dans son église paroissiale: c'est ainsi qu'il insiste pour faire consolider la voute de la Chapelle de St-Sébastien dans la tour de l'Eglise... afin de garantir lad. voute de la chute d'un Batand de cloche ou d'un poids de l'horloge, ainsi qu'il est déjà arrivé16).
La chapelle St-Sébastien se trouve ainsi sur l'emplacement de l'église qui avait été reconstruite en 1753 et 1754; la construction actuelle est elle-même le résultat d'un remaniement qui a eu lieu en 1846.

III- Le problème du patron de la paroisse

A. - Saint Sébastien

Les comptes de 1616 ont montré que la chapelle du «bourg» est consacrée à St-Sébastien qui apparaît donc comme le saint principal de ce sanctuaire. Le document se trouve corroboré tout au long du XVII° siècle par un certain nombre de textes que nous venons étudier.
La situation n'a pas changée au début du siècle suivant. Le 24 octobre 1714, le bourgeois de Framont (et sans doute le maître des forges) Dominique Mus est encore enterré dans la chapelle St-Sébastien. (Sepultus est in Capella Sancti Sebastiani in Schirmeck)17). Mais en 1758, l'église paroissiale est déjà placée sous le vocable des Saint Sébastien et Saint Georges18). On peut supposer qu'à l'occasion de la reconstruction et de la bénédiction du nouvel édifice quatre années plus tôt, la paroisse avait profité de ces circonstances solennelles pour associer à Saint Sébastien; Saint Georges, c'est-à-dire le patron de l'ancienne église-mère de Barembach de laquelle communauté celle de Schirmeck est issue.
En 1846, lors du remaniement de l'église, intervient un nouveau changement de patron: Saint Sébastien disparaît alors définitivement. L'église est placée sous l'invocation de Saint-Georges et Saint-Antoine19). De nos jours, seul Saint-Georges demeure le patron de la paroisse20).

B. - Saint-Antoine l'Ermite

L'apparition aussi tardive de Saint-Antoine dans la dédicace de l'église de Schirmeck aurait pu s'expliquer par l'effet d'une mode ou d'une vénération passagère. Mais il n'en est rien.
L'importance très ancienne du culte de Saint-Antoine à Schirmeck est indéniable. Mais des problèmes complexes se posent au niveau de la place occupée (communauté et paroisse ou communauté ou paroisse) et des origines de la vénération du Saint à Schirmeck.
Rappelons brièvement les données connues par des textes.
Le rapport de la visite de 1762 déjà mentionné signale que Saint Antoine l'Ermite est le patron de la Bourgeoisie (de Schirmeck)21). Plus loin, le même document précise que la bourgeoisie de Schirmeck s'est engagée par voeu depuis longtemps de fêter St-Antoine l'Ermite quelle a choisie pour Patron22).
Saint Antoine apparaît ainsi comme le Saint vénéré des bourgeois, c'est-à-dire de la Communauté. Cette donnée se vérifie grâce à d'autres textes. Le jour de la fête du Saint (17 janvier) donne lieu à un repas offert par la Communauté parfois aux seuls notables locaux23), parfois à la population toute entière24).
Ainsi on lit dans les Comptes de 1744 qu'il a été payé au Sr Parisot (sans doute le cabaretier) pour avoir préparé le repas pour toute la communauté le jour de Saint Antoine suivant l'usage et founy les ustencilles et chandelles à l'assemblée, comme de coustume : 4 f. 6 s.
L'assemblée réunie comme de coustume procède alors à l'élection. de ses nouveaux notables élus pour une année. Cette élection -le jour de la Saint Antoine- connue pour le XVIII° siècle est en fait plus ancienne: elle apparaît en 165325) mais également en 158826).
Un autre «document» historique nous apporte un renseignement capital quant à la place occupée à Schirmeck par Saint Antoine. Il s'agit du sceau de la Communauté qui date de 1576.27)
Le recueil officiel des sceaux des communautés alsaciennes qui fut établi sur les ordres de Louis XIV un siècle plus tard décrit le blason de la Communauté du village de Schiomeist(sic): Porte d'azur à un saint Antoine vêtu d'une robe longue, tenant de sa main dextre un bâton terminé par le haut en forme de lambel son cochon passant derrière lui, le tout d'or sur une terrasse de même28).
II n'est pas inutile de préciser que les armes actuelles de la ville de Schirmeck (De gueules au T, (Tau) fleuronné d'or, aux branches duquel sont appendues deux clochettes d'argent) sont une réminiscence directe de l'emblème de Saint Antoine: le T est la forme héraldique de la béquille utilisée par l'ermite dans le désert29).

C. - Saint Sébastien et Saint Antoine un double patronage?

En règle générale, les sceaux des villes et des bourgs médiévaux adoptent l'image du saint patron de la paroisse30).
Un problème apparaît donc: la chapelle de Schirmeck était-elle, à un certain moment moment de son histoire, placée sous le vocable de Saint Antoine? Ou alors ne faudrait-il pas orienter nos recherches différemment et repérer -dans les texte - un autre lieu de culte de ce saint? Cette dernière hypothèse suppose évidemment un changement de patron pour la chapelle dans la mesure où le culte viendrait d'un sanctuaire différent mais proche de Schirmeck.
Aucun document ne nous renseigne à l'heure actuelle sur l'une ou l'autre de ces possibilités: des hypothèses seules peuvent donc être envisagées.
L'ancienneté du culte de Saint Antoine l'Ermite à Schirmeck ne peut souffrir d'aucune contestation: la meilleure preuve en est évidemment la présence sur le sceau de 1576 des symboles du saint.
On sait que les changements de patron d'église!s étaient chose courante tout au long du Moyen-Âge31). Mais à quel sanctuaire situé à Schirmek ou dans ses environs la dédicace s'appliqua-t-elle?
Trois lieux de culte sont connus sur le territoire qui nous intéresse:
I ) L'église-mère de Barembach citée en 133032) (mais la paroisse est déjà attestée par un document se rapportant à l'année 974).
2) La chapelle castrale du château de Schirmeck connue par les Comptes du Bailliage de 1525.
3) La chapelle du bourg de Schirmeck mentionnée en 1570.

Etudions brièvement chacune de ces possibilités.
1. L'église de Barembach
Saint Georges, le patron de l'église-mère, n'apparait qu'au début du XVI° siècle mais rien ne nous autorise à penser que saint Antoine était également vénéré à Barembach où même qu'un autel latéral lu était consacré. II ne figure pas parmi les cinq Saint dont des reliques furent envoyées en 1343 par la paroisse à l'église de Berne en Suisse33).

2. La chapelle du château de Schirmeck
Son existence est connue grâce à des travaux qui y furent effectués en 1525 et en 163034). À la fin du XVIe siècle, les vêtements de culte qui s'y trouvaient furent remplacés par une somme de 25 fl. Comme la chapelle n'a jamais eu de chapelain attitré, la messe y était sans doute célébrée -lors de la présence de l'évêque à Schirmeck- par le desservant de la paroisse35). Un document du XVIII° siècle rapporte que dans l'extrait de visite (pastorale) de 1615, il est dit que le service divin se faisait presque toujours au village (de Barembach) et le samedy au château36).
La dédicace de la chapelle castrale n'est pas connue. On sait que la vogue du culte de Saint Antoine remonte dans son ensemble aux XIV° et au XV° siècles37). Mais on ne peut guère associer cette popularité du Saint à aucun évêque de Strasbourg en particulier.
D'après les quelques données connues, aucune chapelle castrale de château appartenant à l'Evêque n'est dédiée à Saint Antoine38). Tout au plus peut-on relever la présence de ses reliques -parmi d'autres provenant de huit Saints différents!- à la chapelle du château épiscopal du Haut-Barr en 153739).
Mais l'indice est trop fragile pour pouvoir y asseoir une quelconque hypothèse de recherche.
3. - La chapelle du bourg de Schirmeck

Il est un fait que le vocable de Saint Sébastien n'apparaît qu'en 1616. Mais à quelle époque remonte la chapelle en tant que lieu de culte à Schirmeck?
Une liste assez complète des revenus de toutes les églises alsaciennes établie pour l'année 1371 mentionne uniquement dans notre périmètre de recherche Ecclesia Berrenbach an der Brüsche, (Barembach) Rotahe (Rothau) et Grendelbruch. Une chapelle à Schirmeck n'est pas non plus mentionnée en 1419 dans un document similaire où Johans Schilt est encore nommé desservant de Barembach (lutpriester zuo Barembach)40).
La dédicace de Saint Antoine pourrait donc s'appliquer à une première chapelle apparue au courant du XIV° siècle à Schirmeck. Mais ce bel échafaudage d'idées n'est en fait qu'une hypothèse quelconque!

A. KIENTZLER


L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° 95  (juin 1977)

Il m'est un agréable devoir de signaler ici les personnes qui, par leurs conseils ou les documents qu'ils ont mis à ma disposition, ont facilité les recherches préparatoires à ce travail. Je veux citer tout particulièrement Monsieur Pierre Levresse, Secrétaire général adjoint de la Société d'Histoire de l'Eglise d'Alsace et monsieur Charles HAUDOT, Chef de Service Technique à la Préfecture du Bas-Rhin, Sigilographe de la Ville de Strasbourg.
(1) Nom donné, pendant les «guerres de Religion», par les catholiques au protestants calvinistes français.
(2) Au mois de mai 1574, les bandes «welches» avaient semble-t-il songé à investir le château de Schirmeck: ce détail montre qu'il s'agissait de véritables mercenaires sans doute équipés en conséquence.
(3) Archives départementales du Bas-Rhin [ABR]  I G 44 fol. 95r° (Actes de la Chancellerie du Bailliage Episcopal de Schirmeck (1568 - 1572).
(4) La pratique du baptême de nuit est-il lié à la grande mortalité enfantine et à la peur de voir mourir un bébé qui n'était pas baptisé?
(5) La présence de fonts baptismaux à Schirmeck est prouvée par d'autres sources en 1662 (cf. Comptes de la Fabrique de l'église) 1662 - 1663 fol. 2). Ces textes portent en faux l'affirmation contenue dans le Rapport de 1666 qui récise que les seuls fonts baptismaux de la paroisse sont Barembach.
(6) cf. l'Essor n° 93, p. 2.
(7) Les textes emploient donc indifféremment à cette époque les deux termes.
(8) M. Barth, Visitationsberichte des Bistums Strassburg vom Jahre 1666 dans A.E.K.G. 16 (1943)  p. 251 n° 111. Cf. l'Essor n° 93, p. 3.
(9) M. Barth, Handbuch der elsässischen Kirchen im Mittelalter, [Handbuch]  col. 98.
(10) Il a pu être établi qu'en 1362 le bourg de Schirmeck pouvait déjà compter entre 500 et 1000 habitants. Cf. Chr. Wolff, Le nombre de maisons à Schirmeck en 1362 dans Annuaire de la Soc. d'Hist. et d'Arch. de Molsheim 1973, p. 47.
(11) Die büene im pfarrhoff - ABR I G 43 (1) fol. 203 (Actes de la Chancellerie du Bailliage - 1556-1565).
(12) A. Sieffert, Altorf, Geschichte von Abtei und Dorf Koenigshoffen, 1950, p. 189.
(13) Les exemples cités sont cartographiés dans l'ouvrage de base de F.J. Himly, Atlas des Villes médiévales d'Alsace, 1970 (Publ. de la Féd. des Soc. d'Hist. et d'Arch. d'Alsace VI) cartes pp. 66, 95 et 53..
(14) ABR G 5262 (2) - (Chapitre de Haslach).
(15) ABR G 2076 fol. 24v° - Renouvellement des bans de Schirmeck, Barembach, Wackenbach et Steinbach, 166,
(16) Arch. comm. de Barembach, fol. 5r° et v°.
(17) Arch. par. Schirmeck - ABR 3 E 448 (8) fol. 23v°. - L'inhumation dans les églises et les chapelles est généralement réservée aux mécènes et aux bienfaiteurs de la paroisse. C'est peut-être le cas pour ce Sr Mus qui est cité en 1687 comme ayant financé un des autels latéraux de la chapelle. Cf. Comptes... de la Communauté de Schirmeck pour 1687 (Arch. com. Schirmeck CC I fol. 11 v°).
(18) M. Barth, Handbuch col. 98.
(19) J.B. Clauss, Historische Topographisches Wörterbuch des Elsass, 1895, p. 999.
(20)  M. Barth, Handbuch col. 98.
(21) Arch. com. Barembach fol. 9v°.
(22) fol. 8r°.
(23) Arch. com. Schirmeck - Comptes de 1683 - CC 1 - fol. 7v°.
(24) CC 5 fol. 21 r°.
(25) Comptes de 1653 CC 1 fol. 11v°.
(26) J. Wimmer, Eine Totschlagsaffäre in Schirmeck im Jahre 1588 dans Elsassland 14 (1934) p. 367.
(27) Arch. comm. Schirmeck (Mairie). - Le même sceau apparaît au bas d'un document du 11 octobre 1586. - ABR G 5262 (2).
(28) Armorial de la Généralité d'Alsace Publié en 1861 par A. de Barthélémy. Le texte est cité dans Les armoiries des communes du Bas-Rhin I (1947) pl. VIII, 3. - On peut préciser qu'en vocabulaire héraldique le label (ancienne forme pour lambeau) est la brisure horizontale à laquelle pendent les denticules (deux clochettes dans le cas de Schirmeck).
(29) L. Pfleger, St. Anton der Einsiedler und das Antoniusfeuer dans Elsassland 15 (1935) p. 5 - 9 (p. 6).
(30) P. Martin, Aperçu d'héraldique (Introduction de l'ouvrage de 1947 cité en (28).
(31) Cf. en dernier lieu F. J. Himly, Recherches sur les origines du culte de Saint-Martin en Alsace dans A.E.A. 23 (1956) p. 37 - 65 (p. 41 - 42).
(32) ABR G 1840 (1) et H 165 fol. 46v° - 47v°.
(33) M. Barth, Reliquien aus elsässischen Kirchen für das Münster in Bern dans A.E. KG. 9 (1934) p. 123 - 136 (p. 133).
(34) Cf. Essor n° 81 (juillet - août 1972) p. 7.
(35) A. Wernert, Im Burgfrieden von Schirmeck dans Die Vogesen 1908 p. 57-59 et p. 61-63 (p. 63).
(36) ABR H 26 (liasse n° 5).
(37) M. Parayre-KuntzelL, L'Eglise et la vie quotidienne du paysan d'Alsace au Moyen-Âge, 1975, p. 55.
(38) Ch.-L. Salch, La protection symbolique de la porte au Moyen-Âge dans les châteaux- forts alsaciens dans Hommage à Geneviève Chevrier et Alain Geslan 1975 (Chantiers d'Etudes Médiévales n° 13) p. 39 - 44 (p. 42).
(39) M. Barth, Reliquien aus elsassischen Kirchen und Klöstern dans A.E.K.G. 10 (1935) p. 107 - 138 (p. 125).
(40) M. Barth, Quellen und Untersuchungen zur Geschichte der Pfarreien des Bistums Strassburg im Mittelalter dans A.E.A. 2 (147 - 1948) p. 63 - 118 (p. 84 - 85).

Édifices cultuels à Schirmeck principalement au XVIII° siècle

Arnold Kientzler

I. - Les liens de dépendance de Schirmeck avec l'abbaye d'Altorf au Moyen-Âge

A. - Les droits du décimateur et du collateur

Les études précédemment consacrées à la paroisse-mère de Barembach puis à celle plus récente de Schirmeck1) avaient déjà souligné l'existence de liens juridiques et spirituels qui les unissaient depuis leur origine à l'abbaye bénédictine d'Altorf. Sans vouloir rappeler la nature exacte de ces relations précisons-en brièvement les points importants: le droit de patronage détenu par Altorf lui permet de conférer un bénéfice, c'est-à-dire de nommer le curé (droit du collateur). L'incorporation de la paroisse depuis 1192 donne en outre à l'abbaye le droit de percevoir la totalité de la dîme: elle est ainsi à la foi le décimateur et le collateur de la paroisse de Barembach puis de celle de Schirmeck dont cette dernière est issue.
Ces notions de liens de dépendance ecclésiastique qui peuvent paraître bien abstraits se résument à l'époque qui nous occupe à des critères financiers: le décimateur a, à sa charge, l'entretien du bâtiment de l'église et de la maison curiale (presbytère).
À partir du XVI° siècle, le décimateur - en l'occurence l'abbé d'Altorf - se montra souvent récalcitrant lorsqu'il s'agissait d'entreprendre et de financer des travaux d'entretien ou de construction: il prétextait notamment que l'abbaye ne touche pratiquement plus rien de la grosse ni de la petite dîme [de Schirmeck]2). En fait, l'attitude négative de l'abbé se trouve souvent justifiée: c'est surtout le cas entre 1500 et 1700 environ lorsque Altorf, comme beaucoup d'autres établissements religieux, connaissait une situation financière médiocre3) mais aussi d'importantes difficultés de recrutement4). Cet état de déchéance se trouva aggravé par les pillages et la désorganisation dues à l'occupation du pays pendant la,Guerre de Trente Ans.
Il n'était pas inutile de rappeler ces éléments qui expliquent un peu mieux la nature des relations qui existeront entre Altorf et Schirmeck à l'époque qui nous occupe.
La Guerre de Trente Ans avait aussi laissé des traces de son passage à Schirmeck. En particulier, la maison curiale de ce lieu fut détruite de fond en comble par un incendie en 16345).

B. - Le projet de construction du nouveau presbytère et ses conséquences

À partir de 1651, une volumineuse correspondance changea entre le bailli épiscopal de la Vallée et l'abbé d'Altorf lorsque la communauté de Schirmeck décida de faire reconstruire sa maison curiale.
Ansi le 29 décembre 1654 le bailli Jean de Giffen, bien connu par ailleurs6), insista auprès de l'abbaye de l'extrême nécessité de prévoir une habitation pour le curé7). Quelques jours plus tard, le 11 janvier 1655, il rappela au décimateur que les sujets de Schirmeck et de Russ s'étaient plaints à plusieurs reprises de ce que le curé de la paroisse se trouve obligé de mener une existence misérable par manque de logement8).
En face de ces demandes réitérées, l'abbaye-mère reste très réservée et... évasive. L'intendant d'Altorf Jean-Casimir Schaufeld estime, le 15 mai 1655, que dans les temps présents, il apparaît impossible de construire une maison curiale à Schirmeck avec les moyens dont dispose l'abaye9). Le 5 juillet de la même année, il confirme cette attitude négative; tout en «s'excusant» auprès de la paroisse, il ajoute qu'Altorf ne peut subvenir à ces frais non par manque volonté mais par incapacité10).

C. - La communauté devient décimatrice de la paroisse

Devant l'attitude inflexible de l'abbaye, les deux Communautés de Schirmeck et Russ s'adressent à l'Officialité de la Régence épiscopale. Le 2 mai 1659, son Chancelier propose de bloquer les dîmes et de les utiliser pour la construction de la maison curiale11).
Cet essai de règlement du différend amène Altorf à renoncer définitivement à ses prérogatives de décimateur. L'abbaye abandonne la totalité des dîmes de la paroisse à la Communauté; en contrepartie, Schirmeck doit désormais subvenir à l'entretien de la maison curiale et de l'église du lieu, enfin procurer une solde au curé de la paroisse12). Néanmoins et jusqu'en 1701, Altorf garde le privilège du collateur, c'est-à-dire celui de nommer le curé.
Les difficultés apparues à propos de la reconstruction du presbytère ont donc abouti à la séparation de la paroisse de Schirmeck et de l'abbaye d'Altorf.
Mais abordons à présent l'histoire de la paroisse et principalement de l'église de Schirmeck: c'est vers cette date de 1660 qu'après les désordres de la guerre une chapelle émerge lentement des textes.

La chapelle de Schirmeck (fin du XVII° siècle - début du XVIII° siècle)

En réalité, les renseignements restent encore bien discrets à cette époque troublée. Ils le seront un peu moins au courant du XVIII° siècle. Nous possédons un certain nombre de mentions relatives à des travaux effectués à l'édifice ou d'achats effectués pour son aménagement dans les sources locales (comptes de la Communauté, comptes de la Fabrique). Mais ces textes ne permettent pas de restituer un quelconque plan d'ensemble des bâtiments.
Notre étude s'articule alors plus spécialement autour de quatre documents importants dont certains ont d'ailleurs déjà été utilisés:
- le plan de la chapelle de 170313)
- la vue de Schirmeck dessinée par J.-A. Silbermann entre 1722 et 173814)
- le rapport de la visite pastorale effectuée en 176215)
-le projet de clocher pour Schirmeck daté de 177616).

A. - La chapelle de 1703

On sait qu'une chapelle existe à Schirmeck en 165417). S'agit-il d'une construction récente? Il semble difficile de l'affirmer surtout en l'absence des comptes de la Fabrique entre 1630 et 1654. Néanmoins il est probable que la modeste chapelle qui apparaît dans la carte-vue de 160618) n'ait pas survécu à la Guerre de Trente Ans.

1. Dispositions extérieures et plan
L'édifice comportait une tour bâtie en pierres19) et couverte de bardeaux20). Elle abritait plusieurs cloches: les plus récentes furent fondues l'une en 1669 - 167021), l'autre en 168122). Une horloge «décorait» peut-être cette tour-clocher: en 1687, la Communauté a payé 3 s. à Dimanche Gara pour une neuve montre à l'horloge de l'Église23).
La toiture de la nef était également recouverte par des bardeaux. Lors de son renouvellement en 1691, on acheta 9500 cloux desquels ont s'est servy à lad. couverture24) et dépensé également 2 fl. lorsqu'on a marchandé au receveur la toiture de la chapelle25).
D'autres indications concernant le bâtiment manquent. Par contre, le plan de situation de Schirmeck de 1703 nous apporte de précieux renseignements sur le plan d'ensemble de l'édifice et sur son orientation.

2. Le plan
La chapelle, bâtie sur un plan très simple, comprend un vaisseau rectangulaire dont l'entrée est pratiquée à l'O. et un choeur en abside orienté à l'E. ce qui est conforme à la tradition liturgique.
Il n'est guère possible de donner des dimensions, même approximatives: l'unité de longueur utilisée dans l'échelle du plan, la toise, eut en effet pratiquement varier du simple au double selon le cas26).
Cette disposition générale de l'édifice sera modifiée quelques dizaines d'années plus tard.

B. - La chapelle de 1722- 1738

Un nouveau bâtiment conçu sur un plan différent de celui de 1703 apparaît nettement sur le crayon de Jean-André Silbermann exécuté entre 1722 et 1738.

1. Dispositions extérieures et plan
Nous y remarquons une grande construction rectangulaire flanquée sur son côté E. d'une tour carrée. On ne peut qu'être frappé d'une disproportion certaine entre le clocher moyennement haut par rapport à l'importante élévation de la nef qui semble l'écraser de sa masse.
Cette disposition des différents bâtiments est le résultat d'une nouvelle campagne de construction qui se situe donc dans le premier tiers du XVIII° siècle sans qu'il soit possible d'en préciser davantage le moment27).
La tour flanquante est le dernier vestige de l'ancienne chapelle figurée sur le plan de 1703: son rez-de-chaussée abrite le choeur. Nous extrayons ces précieux renseignements du rapport de la visite pastorale établi le 30 septembre 1762. Le document mentionne la chapelle Saint-Sébastien dans la tour de l'église28) et précise plus loin qu'au fond de l'Eglise est une chapelle sur le côté de la nef laquelle est le Choeur de l'ancienne Eglise29).
La coutume de placer le choeur au rez-de-chaussée de la tour a disparue dans les églises rurales bâties au siècle dernier. Mais la tour-choeur reste présente dans les églises rurales remontant à l'époque médiévale. Lors de l'agrandissement des constructions en place, la nef est démolie pour faire place à un vaisseau plus vaste. Mais la tour est souvent conservée. Dans la Vallée de la Bruche, les exemples les plus significatifs sont sans doute ceux de Fouday et de la chapelle Saint-Antoine de Wisches dont les choeurs sont d'époque médiévale alors que les nefs actuelles n'ont été érigées qu'à une époque plus tardive.
À l'origine de la destruction de la nef de Schirmeck, il faut sans doute supposer une forte augmentation de la population du bourg, phénomène qui a été confirmé par des recherches récentes30).
On reconstruisit le vaisseau sur un plan plus vaste. Si son ancienne orientation E.-O. ne fut plus respectée dans la nouvelle construction, c'est sans doute qu'il n'était plus possible d'élever une nef plus importante sur l'ancien emplacement: on décida alors probablement d'orienter le bâtiment récent N.-S. et de l'accoler à la tour-choeur de l'ancien édifice.
Ce changement de l'orientation du vaisseau s'est souvent effectué à l'occasion de campagnes d'agrandisement de nos églises: ce fut notamment le cas vers 1780 pour l'église Saint-Etienne de Rosheim dont les documents expliquant la genèse de sa construction existent encore31).

2. L'aménagement intérieur
Si ces dernières archives n'ont pas été conservées pour Schirmeck, nous pouvons cependant suivre dans les Comptes communaux le détail de quelques travaux portant sur l'aménagement intérieur de l'église.
Plusieurs autels existaient à Schirmeck. Ainsi en 1745, ont l'acquisition pour le grand autel d'une pierre qu'on avait fait amener des carrières de Gresswiller32). Deux ans plus tôt, le sculpteur de Senones Claude Durand, avait élevé un autel neuf pour lequel la Fabrique avait contribué pour une somme de 78 fl.33). Les mêmes comptes mentionnent pour 17482 fl. pour un tapis d'indienne sur le grand-autel de Schirmeck. En 1749, 30 fl. furent versés à Jean le Roy, maistre d'école, pour avoir fait à neuf une armoire et racommodé une table avec des armoires, et des tiroires et un confessionnal dans la sacristie.

C. - La construction d'une nouvelle nef entre 1753 et 1754

La nef qui apparaît sur le dessin de Silbermann eut une existence éphémère. Les raisons de sa disparition ne sont pas connues. On peut simplement signaler en 1731 deux incendies à Schirmeck mais ils n'ont pas dû atteindre l'église. Le curé de la paroisse note simplement au dos de la couverture de l'un des registres de baptême:
Le 15 juillet 1731 à 4 h après-midi, 8 maisons brûlées à Schirmeck outre le moulin et le battant, et à Labroque 2.
Plus 8, avant Noël de la même année, il y a encore eu une grosse maison brûlée à Schirmeck, appartenante à Jacques Masson34).
Toujours est-il que l'année 1749 la Communauté porta en dépense 4 fl. 5 s. payés au Sr Schmitt, Greffier du Bailliage de Guirbaden, pour façon d'une requête présentée à l' Intendance au sujet de la nouvelle Eglise que la Communauté fait bâtir y compris le voyage a Strasbourg35).

1) Pose de la première pierre et bénédiction de l'édifice
La première pierre fut bénie le ler mai 1753, donc quatre années plus tard. Ce fut une cérémonie solennelle à laquelle prirent part l'Evêque suffrageant du diocèse de Strasbourg et, outre le curé de Schirmeck et annexes G. Sauthier, Philibert Prima curé de Lutzelhouse et annexes, Charles Valet curé de Rothau et Natzwiller ainsi que le vicaire de Schirmeck Jean-Baptiste Dominique Simon36).
Le chantier de construction se trouva achevé moins de seize mois plus tard et la bénédiction de la «nouvelle» église put avoir lieu le 22 septembre 1754. Y furent associés, outre les curés et vicaires déjà nommés, le vicaire résidant à Muhlbach Jean-François Henry ainsi que celui de Lutzelhouse Nicolas-Antoine Simon37).
Cette date du 22 septembre 1754 fut probablement un grand jour pour la communauté et la paroisse de Schirmeck ainsi que pour les villages des environs. Des grandes messes furent chantées par G. Sauthier à l'intention de la Communauté à... la réception de la nouvelle église.38) De même, le Conseil de Fabrique prit à sa charge une messe dite le jour de la levée du bâtiment de la nouvelle église39).
Pour pallier à l'insuffisance des objets de culte dans le nouveau vaisseau, des messagers avaient été envoyés pour chercher des ornemens dans les églises du voisinage40). Enfin, les officiers du bailliage furent associés de près à l'événement41).

2) Artisans et matériaux
Il n'est guère utile pour le lecteur de relever dans le détail les différentes phases de construction de la nouvelle nef tels qu'elles sont consignées dans les Comptes de la Communauté et de la Fabrique. Bornons-nous à mentionner le nom des artisans qui ont participé au chantier.
Les principaux entrepreneurs42) ont été Jean-François Sponne et Christophe Wegscheider à qui fût payée l' importante somme de 311 fl.43). Il y en eut d'autres: Christophe Birguer Maistre Masson de Lutzelhouse pour 125 fl.44) et Maurice Weyer entrepreneur des pierres de Moelons pour une somme de 42 fl.45).
Une partie de la chaux utilisée provenait de Still et avait été procurée par le thuillier du lieu François Kempf46). Elle fut transportée à Schirmeck par Jean Morelle et Nicolas Chenal voituriers de La Broque47).
Quant au fer, fourni par Mr Marcellin, Directeur des Forges de Rothau48), il fut ouvragé par le charron de Schirmeck Pierre Charton49) et le maréchal-ferrand Pierre Sermay50).

3) Aménagement et décoration intérieurs
Ils peuvent être suggérés par les documents.
Pour les grands travaux et décoration on avait fait appel à des artistes extérieurs à la Vallée: Durand, le sculpteur de Senones déjà mentionné, toucha 16 l. pour avoir sculpté et doré un devant d'autel allongé pour le nouveau maistre-autel51) et 8 l. pour dorer des culs de lampe et sculpté des consoles à la chaire52). Mais la dépense la plus importante (53 1. 12 s.) fut occasionnée pour des figures sculptées et peintes par Lamy, sculpteur et Dravolt, peintre, tous les deux de Strasbourg53).
Cependant des artistes locaux participèrent également à l'aménagement de l'église. Ainsi un orfèvre de Schirmeck -dont le nom n'est pas mentionné- toucha 2l. 14 s. pour avoir racommodé deux calices54); Jacques Gara confectionna quant à lui une croix, des vases de fleur et deux colonnes tournées pour deux lutrins55) destinés au choeur de l'église.

4) Les réparations à la tour
Le chantier de 1753-1754 se borna à la reconstruction du vaisseau de l'église. La Communauté profita néanmoins de la présence de ces artisans dont nous venons d'énumérer la liste pour refaire la toiture du clocher.
C'est ainsi que Nicolas Dufour fournit des clous et broches [...] pour la couverture de la tour de l'église56). D'autres travaux plus importants furent aussi entrepris dans la chambre des cloches puisque celles-ci avaient été déposées: 20 fl. 2 s. 6 d. furent ainsi versés à Antoine Bourger maître charpentier de Barembach pour avoir fait un échafaud pour élever les cloches de l'église57).
Ces travaux annoncent en fait l'important chantier qui va occuper la Communauté de Schirmeck quelques années plus tard.

III. - La construction de la tour: le projet de 1776

La construction de la nef était à peine achevée que l'on forma le projet de reconstruire la vieille tour-clocher de la fin du XVII° siècle et qui était sans doute dans un état proche de la ruine.
À la suite d'une requête dont la mise en forme et la rédaction coûtèrent 3 l. à la Communauté58), la Chambre des Comptes de l'Evêché de Strasbourg à Saverne donna, le 30 juin 1757, l'autorisation aux Prévôt et Préposés d'achever la démolition du château de Schirmeck pour les pierres en provenants estre employées au batiment de la tour de l'église dudit Schirmeck59).
Mais cette première demande n'entraîna pas de travaux immédiatement.

A. Le premier projet

Le projet de reconstruction de la tour fut repris en mains... près de vingt années plus tard.
Au début de l'année 1775, les préposés de Schirmeck adressent une requête à l'Intendance d'Alsace reconnaissant qu'ils sont enfin contraints de mettre la main à l'oeuvre, le temps et le retard n'ayant fait que rendre cet ouvrage encore plus indispensable60). Ils joignent à leur demande des plans et devis pour la nouvelle construction.
Le dossier fut étudié par Desbordes, Inspecteur Principal des Ponts et Chaussées de la Basse-Alsace61). Le 12 janvier 1776, celui-ci remet à l'Intendant le projet modifié ainsi qu'un devis détaillé. Ce dernier document du 20 janvier 1776 se compose du nouveau projet en élévation avec des clauses et instructions précises concernant la construction (Charpenterie, couverture, menuiserie et serrurerie, façon et qualité de matériaux, conditions générales).
Cette pièce d'archive très détaillée de Desbordes nous apporte de précieux renseignements. Malheureusement nous ignorons pratiquement tout du premier projet soumis à l'Intendant par la Communauté de Schirmeck. Un détail apparaît toutefois dans une allusion de Desbordes qui rejette le projet initial d'une coupolle avec l'anterne au-dessus, sujet à de fréquentes réparations et a être emporté par les vents62) pour imposer, quant à lui, un clocher en flèche.

B. -Le projet de Desbordes

Le projet final retenu par l'Inspecteur Principal des Ponts et Chaussées entraîna une nouvelle répartition des masses architecturales; cela modifiera considérablement le plan général de l'église et lui donnera une disposition qui est encore la sienne aujourd'hui: dans le projet, l'ancienne tour à l'E. est destinée à être abattue et remplacée par un clocher neuf élevé au-dessus de l'entrée côté N.

1. Disposition et plan
Desbordes précise que l'ancienne tour tombant en ruine de vétusté sera démolie de fond en comble et les matériaux provenants de cette démolition, comme pierre de taille, moelons, briques et bois qui pourront resservir, seront déposés en place convenable et à portée. Enfin le même document ajoute que la nouvelle tour sera placée à l'Entrée de l'Église.
Certains autres détails consignés dans le devis méritent d'être relevés. Ainsi l'entrée de l'église au rez-de-chaussée de la tour sera pavée en dales de pierres de tailles de 2 pouces à 2 1/2 pouces d'épaisseur 63), posées à bain de mortier.
Quittons maintenant la base du clocher pour nous préoccuper de son sommet: sur la boule de la flèche, il sera posée une croix de fer qui la traversera par son pied, et sera arrêtée dans l éguile de la charpente de ladite flèche.

2. Matériaux
Les instructions émanant de l'Intendance d'Alsace imposent principalement à la Communauté de Schirmeck une construction sans le moindre défaut :
Toute la maconnerie sera bien dressée au cordeau montée à plombs liaisonnée avec grand soin, sans épargne de mortier, qui sera à bain soufflant entre les joints de pierres, dont aucune ne sera posée à sec, les moelons de bonne qualité [ ...] enfoncées avec le marteau et posées en liaison proportionnée à leur volume.
Cette exigence développée ici avec autant de détails suppose des matériaux d'excellente qualité:
Le mortier sera composé de 2/5 de la meilleure chaux et de 3/5 de bon sable, ni gras ni terreux, le tout bien mélangé et incorporé l'une dans l'autre en sorte que les deux espèces ne forme qu'un même corps, observant que la chaux soit toujours éteinte quelques jours avant d'être employée.
Tous les bois tant Chêne que sapin employé pour la charpente que pour la menuiserie seront droit fil, sans aubier, pourriture ny mauvais noeuds bon assemblage et proprement façonnés; le fer employer dans toute la construction, sera de la meilleure qualité, doux, liant et point aigre ni cassant, fait proprement et solidement suivant son employ.
Les briques seront bien cuittes et de la meilleure qualité possible.
Si nous sommes grâce à ce document bien renseignés sur la technique de construction en usage, fin du XVIII° siècle, nous ignorons en revanche quelle suite fut donnée au projet imposé par l'Intendance d'Alsace. La construction -puisque construction il y a eu- a-t-elle respecté le plan jusque dans ses moindres détails?
Pour répondre à cette interrogation, examinons attentivement la lithographie de 1838 , pour pouvoir la comparer avec l'élévation projetée en 1776. Malgré un certain air de ressemblance (toit à bulbe, corniche en berceau surmontant l'horloge) il ne s'agit point du projet conçu par Desbordes.
La question est alors posée. Y a-t-il eu un remaniement intermédiaire entre ces deux dates de 1776 et 1838 comme pourrait le laisser supposer l'aquarelle de 1785 de François Walter?
D'autres éléments compliquent encore notre propos. L'édifice aujourd'hui en place à Schirmeck est une nouvelle fois le résultat d'un agrandissement entrepris en 1846 comme l'indique l'inscription commémorative sur une pierre d'angle côté O. Dans quelle mesure les éléments anciens ont-ils été conservés, le plan modifié?
Autant de questions qui n'ont pas encore trouvé leur juste réponse.

Arnold KIENTZLER
Au terme de ce travail de recherches qui n'a d'autre ambition que de présenter une rapide étude sur l'histoire de la paroisse en général, une dernière constatation s'impose à notre esprit et elle peut paraître surprenante: les questions encore essentielles concernant le passé de l'église de Schirmeck -et qui n'ont pas été résolues- se rapportent enfin de compte à une époque qui est encore la plus proche de nous.
Est-ce le hasard des textes ou plus simplement une cofncidence qui le veut ainsi? On ne sait.
Mais la relative proximité des événements que nous ignorons aujourd'hui doit constituer pour le chercheur intéressé par l'histoire de sa paroisse un encouragement à en écrire rapidement les derniers chapitres.
L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° 96  (septembre 1977) 
(2) ABR H 26 (5) fol. 34° dans une lettre écrite entre 1654 et 1661 par l'abbé d'Altorf, Beda Held, à la Régence épiscopale de Saverne. - La «grosse dîme» concerne les céréales de culture, la «petite» le produit des vergers et des potagers.
(3) Fr. Rapp, La Vie intellectuelle à l'abbaye d'Altorf au XVI° siècle dans Annuaire de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Molsheim et environs [ASHAM] (1973), p. 32 - 42 (p. 32 - 34)
(4) A. Sieffert, Altorf, Geschichte von Abtei und Dorf Koenigshoffen, 1950, p. 126 - 133. - Au début du XVI° siècle, l'abbaye était encore occupée par cinq moines
(5) Sieffert, ouv. cité, p. 187
(6) Le plus célèbre des baillis de Schirmeck est surtout connu grâce à son portrait qui a été reproduit en couverture de «Essor» n°85 (Noël 1973)
(7) H 26 (5) fol. 13
(8) fol. 16
(9) fol. 19
(10) fol. 21. - (mein bitten ist) mich angehorigen orthen zu entschuldigen dass solches nothwendiges werk zu Schirmeck zu erbauwen nicht dent willen sonder der unvermögenheit in zu messen sein
(11) fol. 36
(12) Tous les éléments de ce différend se trouvent réunis dans une liasse aux ABR H 26 (5); l'affaire a été résumée dans Sieffert, p. 188 - 190
(13) Archives du Ministère de la Guerre, Vincennes, n° 1670
(14) Archives des Monuments Historiques du Bas-Rhin
(15) Archives communales de Barembach
(16) ABR 34 J 12
(17) Comptes de la Fabrique de l'église de Schirmeck (en dépôt aux Archives du Bas-Rhin) [GG] 12 fol. 4 (Comptes de la Fabrique de 1654).
(18) G 1160 (3) fol. 8v°- 9r°
(19) Comptes des recettes et des dépenses de la Communauté de Schirmeck et Wackenbach (en dépôt aux ABR) [CC] série G (Evêché de Strasbourg) et H (abbaye d'Altorf) 1 fol. 7v° (Comptes de 1657 - 1658)
(20) CC 1 fol. 6v° (Comptes de 1680)
(21) fol 4r°
(22) fol. 6r°
(23) fol. 13r°
(24) fol. 5r°
(25) fol. 9v°
(26) Ainsi la toise en usage au Ban-de-la-Roche valait 3,248 m alors que la «toise du Roi» utilisée par l'Administration en Alsace au XVIII° siècle ne dépassait pas 1,949 m. cf. Archives départementales du Bas-Rhin, Répertoire numérique détaillé de la série Q, domaine nationaux, établi par L. Martin sous la direction de F.J. Himly, Strasbourg, 1966, Annexe IV, p. 645.
(27) Aucune «bénédiction» d'église n'apparaît à Schirmeck à cette époque dans les registres paroissiaux pourtant complets et très minutieux
(28) Arch. comm. Barembach fol. 5r°
(29) fol. 2 v°. - Le rapport de visite de 1762 concerne en réalité un bâtiment religieux qui a été élevé ultérieurement; cependant sa tour-choeur est encore celle de l'époque de Silbermann
(30) P. Durr, Recherches sur la Vallée de la Bruche au XVIII° siècle, Strasbourg, 1974, p. 51 (Mém. de Maîtrise, Univ. de Strasbourg)
(31) R. Lehni, L'Eglise Saint-Etienne de Rosheim dans ASHAM (1970) p. 7 - 39 (p. 14 - 20)
(32) CC 5 fol. 28v°
(33) GG 14 fol. 11r° et 6v°
(34) 3 E 448 (4) - Registre de baptêmes 1739 - 1757
(35) CC 5 fol. 12v° - 13r°
(36) 3 E 448 (4) p. 201
(37) p. 222 - 223
(38) CC 5 fol. 13r° (Comptes de 1754)
(39) GG 14 fol. 6v° (Comptes de 1753)
(40) fol. 6r° (Comptes de 1754)
(41) CC 5 fol. 9v° (Comptes de 1754)
(42) Il s'agit des artisans d'un même métier
(43) CC 4 fol. 12r° (Comptes de 1753)
(44) fol. 22v° (Comptes de 1755) et fol. 15v° (Comptes de 1753)
(45) fol. 23r° (Comptes de 1755) et fol. 14r° (Comptes de 1753)
(46) fol. 13v° (Comptes de 1754)
(47) fol. 15v° (Comptes de 1755)
(48) fol. 14v° (Comptes de 1753)
(49) fol. 18r°-v°
(50) fol. 16r°
(51) GG 14 fol. 7r° (Comptes de 1754)
(52) fol. 5v° (Comptes de 1755)
(53) fol. 9r°
(54) fol. 6v° (Comptes de 1753
(55) fol. 6r° (Comptes de 1755)
(56) CC 5 fol. 13r° (Comptes de 1753)
(57) fol. l9r° (Comptes de 1755)
(58) G 1199 (1)
(59) CC 5 fol. 19r° (Comptes de 1757)
(60) Tout le dossier (avec plan, devis, estimation et autorisation) se trouve aux Arch. du Bas-Rhin 34 J 16
(61) C'est ce fonctionnaire qui construisit en 1756 la «nouvelle» route entre Schirmeck et Rothau. cf. l'«Essor» n° 63 (décembre 1967) p. 22 - 23
(62) Il semble hasardeux de vouloir imaginer ce qu'a pu etre le projet de la Communauté, les termes même employés par Desbordes pouvant revêtir plusieurs significations cf. les mots «coupole» et «lanterne » dans - les  ouvrages suivants: Glossaire des termes techniques (Introduction à la «nuit des temps» 1) Zodiaque, 2° éd. 1971 154 - 155 et p. 275 - 276; Principes d'analyse scientifiques en Architecture (Inventaire Général des Monuments et Richesses Artistiques de la France), Paris, 1972, col. 13. col. 27
(63) Entre 5,40 et 6,70 cm

 
juillot@in2p3.fr  Retour Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg 

Barembach

L'histoire de Barembach c'est l'histoire d'une région et c'est aussi l'histoire d'une église. Eglise paroissiale, église mère, l'église primitive de Barembach, qui se trouvait à l'emplacement de l'actuel cimetière possédait seule, un baptistère, signe de sa qualité d'église paroissiale pour les agglomérations de Barembach, Schirmeck, Russ et semble-t-il aussi Natzwiller.

La Vallée de la Bruche semble avoir été, habitée dès le 3e siècle av. J.-C. La Vallée Supérieure fut christianisée de bonne heure par les premiers moines irlandais qui pénétrèrent en Alsace, surtout Saint Florent, le fondateur du couvent de Niederhaslach.
Ces moines ne se contentaient pas de vivre en reclus, dans la prière et la sanctification. Ils s'occupaient également des besoins matériels et spirituels de la population encore païenne et sauvage de la Vallée. Ils firent défricher les forêt, et apprirent aux gens la manière de cultiver "leurs" terres.

Après avoir subi les grandes invasions et de nombreuses guerres, notre Vallée se retrouve fin du 17e siècle, très appauvrie et désertée de ses habitants. En 1544 Barembach ne comptait plus que 2 habitants, 10 en 1630, 2 en 1666. Après une ordonnance royale de 1662, on fait appel à des étrangers pour repeupler la Vallée. Ainsi on a vu arriver des familles du Pays de Bade,de Wurtemberg, de Suisse, de Hollande; la plupart arrivent pourtant de Lorraine et de Bourgogne.
Tous ces émigrés étaient en conséquence, pour la plupart, de race et de langue romane, ce qui explique le maintien, jusqu'à ce jour, de la langue française.

Barembach et Schirmeck...

Avant l'existence de la ville de Schirmeck, il y avait le château sur l'actuelle "Côte du Château", construit au XIIIe siècle par l'évêque de Strasbourg. Il assurait la protection d'un important carrefour routier entre l'Alsace et la Lorraine. Ce rôle explique le nom de Schirmeck, coin qui protège. Au pied de ce château, on a construit la cité de Schirmeck, une ville fortifiée qui, faisant partie du territoire de Barembach, s'appellait "La Neuveville en Barembach" (1328), nom qu'elle conserva jusqu'au 18e siècle pour prendre celui de son ancien château fort, Schirmeck.
Le château de Schirmeck fut détruit en 1633 par les Suédois et ses matériaux servirent à la construction du clocher de l'église en 1757.
Au fil des ans, la population de Schirmeck augmentera sans cesse aux dépens de Barembach. En 1701, la paroisse de Schirmeck obtient son indépendance et peu à peu la ville deviendra le chef-lieu de la région.

Possession des Evêques de Strasbourg, depuis 1226, la région de Schirmeck reçut au début du 16e siècle un administrateur qui résidait an château de Schirmeck. Le gouvernement épiscopal avait son siège à Saverne et un officier préposé au baillage administrait le territoire.

Il y avait un peu partout des tribunaux de justice qui jugeaient les divers délits, crimes et sorcellerie. Les condamnations à mort par pendaison étaient fréquentes. On retrouve le souvenir de ces pendaisons à Barembach au lieu­dit "Champ du Gibet", situé entre Barembach et Steinbach, lieu marqué aujourd'hui encore par une ancienne croix champêtre.

Procès de sorcellerie " ... de Barembach personne n'est mentionné ... ce qui ne veut pas dire que... "

Lutte forestière.

Pendant plus de trois siècles, Barembach, Russ, Grendelbruch et Natzwiller se disputèrent la forêt du "Bannwald". Depuis 1474, le transport du bois se faisait par flottage sur la Bruche. Pêche et chasse étaient en principe réservés aux seigneurs, mais les braconniers ne manquaient pas.

Les petites industries se développent et connaissent un essor sans précédent. Des scieries s'intallent, on construit un moulin, un autre artisan fabrique des galoches.

Le 14 mai 1875, le lendemain de la fête du village, un incendie ravage la partie inférieure du village.
Le textile qui. à l'époque, occupe le premier rang des industries de la Vallée s'implante à Barembach en 1897 (Usine Glaszmann).

En 1905, on pose une conduite d'eau; en 1910, Barembach est relié à Schirmeck par une route départementale. En 1911, le courant électrique est installé au village.

Ce sont les guerres et l'occupation...

Des anecdotes. des dates peut-être sans importance. mais qui font l'histoire d'une commune. l'histoire d'une région.

En écrivant cette plaquette, Monsieur le Curé Pabst n'a pas voulu faire là un travail d'historien. Il a quitté Barembach où il exerçait son sacerdoce depuis vingt trois ans le 1er juin dernier [1968?]. Avant son départ. il a voulu nous laisser un souvenir de son passage.
Il avait connu Barembach pendant les dures années de l'occupation nazie. Arrêté, interné et déporté, au camp de Schirmeck - La Broque, il est monté un jour à Barembach avec " le commando " qui transformait l'établissement Glaszmann polir la machine de guerre nazie. Son opposition à l'occupant, il l'a durement payée puisqu'il a passé presque deux ans dans les camps de concentration du IIIe Reich.

C'est avec quelle émotion qu'il se souvient de l'accueil des ouvriers de Barembach: "On leur servait une soupe chaude, et quelle soupe épaisse, délicieuse. bien odorante, sans parler du casse-croûte du matin et du soir. "
Il a donc écrit cette histoire de Barembach pour en remercier ses habitants, ses anciens paroissiens.
Ceux qui liront ce livre pourront mieux se rendre compte de la façon selon laquelle est liée et s'est développée la grande famille dont ils sont membres et dont les traditions encore fidèlement gardées aujourd'hui font notre Histoire.


Extrait d'une plaquette parue en 1969 ? " BAREMBACH " par Charles Pabst, Curé de Barembach, retiré à Urmatt


L'Essor 73, juillet 1969
juillot@in2p3.fr  Retour Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg 

Histoire de Saâles

André Grandjean

Préface

Je pense qu'il est un plaisir et une curiosité pour chacun d'entre nous, de connaître l'histoire de notre village. Aussi ai-je rassemblé ces quelques pages, dans lesquelles j'ai essayé de retracer, avec le plus d'exactitude et de précision, les faits essentiels qui ont marqué au courant des siècles notre cité et ses environs, de Saâles à Schirmeck.

Vous y lirez les coutumes des peuples anciens qui habitaient notre région et dont les vestiges perpétuent le souvenir de leur passage. Vous y lirez également les vieux usages de nos ancêtres qui ont tant souffert et subi tant d'épreuves pour survivre à travers des époques de l'histoire dont la dureté nous est difficilement concevable.

J'ai le plaisir de remettre ces quelques lignes aux sections locales qui se dévouent à l'embellissement et au prestige de notre commune.

André GRANDJEAN
Maire de Saâles
Mars 1967

SAALES, ancien bourg frontière durant près de huit siècles, de 870 à 1643 entre l'Allemagne et la Lorraine et de 1870 à 1918 entre l'Allemagne et la France, situé à la lisière de l'Alsace et du département des Vosges, à l'altitude de 555 mètres, chef lieu de canton, 1175 habitants, Saâles s'élève sur un haut plateau environné de montagnes couvertes de sapins à proximité du Climont et du Champ du Feu.

À travers les âges notre commune a souvent changé de nom: en 1040: "SALIS", en1262: "SALES", en 1303: "SEHL", en 1648: "SEL", en 1700: "SAALES".

Des peuples anciens, tels que les Celtes, les Gaulois, les Romains, les Francs, les Germains et d'autres encore ont foulé il y a bien des siècles notre sol.

J'ai essayé de faire la lumière sur le passé lointain de notre histoire locale, l'histoire de ceux qui ont construit notre cité, de ceux qui ont tant souffert au courant des guerres. Depuis toujours nos ancêtres donnèrent l'exemple d'hommes qui ne se sont jamais laissés abattre.

Selon les historiens, Saâles existait déjà un siècle avant Jésus Christ, sur un autre emplacement, au lieu dit "La Moussière" au pied de la montagne du Solamont: c'était un très petit village de quelques huttes. A cette époque, nos ancêtres, des Celtes ou des Gaulois, habitaient des chaumières construites en bois et couvertes de chaume; ils vivaient de la pêche, de la chasse et surtout de l'élevage de porcs et de bovins. Pour se protéger des invasions fréquentes, ils se réfugiaient au sommet de la montagne "Lune", sur laquelle ils avaient construit des murs derrière lesquels ils se cachaient avec tous leurs biens jusqu'à ce que tout danger fût écarté. Au pied de cette montagne de Lune, à l'emplacement du Sanatorium actuel, on a retrouvé en fouillant le sol un grand nombre de squelettes humains.

Ce n'est qu'au courant du 1er siècle après Jésus Christ que notre cité fut construite à l'emplacement d'aujourd'hui.

Nos ancêtres adoraient plusieurs dieux: les sources, les ruisseaux, les rivières, les arbres. Leurs prêtres étaient des druides qui offraient des sacrifices, souvent sanglants, sur un assemblage de pierres formant une grande table appelée dolmen, tel que celui qui se trouve au sommet du Voyemont, dit "Roche des Sorcières", aujourd'hui "Roche des Fées". Un sanglier était taillé dans cette roche; il a disparu au cours des siècles par suite des intempéries. Cette religion des Celtes fut supprimée en 43 après Jésus Christ et remplacée plus tard par la religion Romaine.

Période Romaine

Dès leur arrivée en 52 avant Jésus Christ les Romains exploitèrent deux puits salants près de Moyenmoutier (Vosges). Pour exporter le sel vers les autres pays, l'Alsace et la Suisse, ils construisirent une route partant de Moyenmoutier passant par Saâles, la Salcée : la vieille route de Steige vers l'Alsace. Cette route romaine s'appelait "Via Salinaria ou Salinatorum", plus tard en 1648 sous Louis XIV "Voie des Sauniers".

C'est de là que vient le nom de Saâles.

Période Franque

Vers 500 après Jésus Christ, notre village fut détruit par les barbares et ce n'est qu'aux environs de 660 qu'il existe à nouveau.

En 649, Saint Gondelbert, archevêque de Sens, se retira dans les Vosges et fonda un monastère à Senonia (Senones) dont dépendront plus tard plusieurs prieurés et chapelles, notamment à Saâles où, en plus d'un prieuré, une chapelle fut élevée au rang d'église et de paroisse sous le vocable de Saint Barthélémy.

Selon l'histoire, les reliques de Saint Gondelbert furent déposées dans une forêt entre la Petite Fosse et Provenchères ; cela ne pourrait donc être qu'à la Bonne Fontaine, où il y avait d'ailleurs une chapelle désignée sous le vocable de Saint Gondelbert, le fondateur de l'abbaye de Senones.

Au Moyen Âge, des pèlerinages eurent lieu à la Bonne Fontaine. Les pèlerins venaient de loin: de Lorraine, de Bourgogne et d'Alsace. L'autel de la chapelle Saint Gondelbert s'élevait sur une fontaine dont l'eau était mise dans des cuves entreposées dans les maisons voisines. Cette eau, réputée miraculeuse, était chauffée avec des feuilles de sureau, puis utilisée pour des bains. Plusieurs malades y trouvèrent du soulagement et certains la guérison. Cela semble confirmé par le fait que lors de la réparation de la chapelle, vers 1700, on trouva sous le toit plus de cinquante béquilles déposées en ex-voto et plusieurs noms de pèlerins gravés sur les murs. Curieux est le nom de GUTBRUNNEN donné à la Bonne Fontaine sur la carte géographique de l'époque, ce qui semblerait indiquer que ce hameau appartenait à l'Alsace, alors que le village de la Grande Fosse faisait partie de la Lorraine 1).

Période Germanique

870 - 1648

Saâles fut pendant 778 années frontière entre la Germanie et la Lorraine (aujourd'hui les Vosges).

Du XI° siècle à la Révolution Française de 1789, notre village était sous la tutelle des Seigneurs du Val de Villé qui comprenait 22 villes et villages, de Scherwiller à Saâles.

En 1050, le premier seigneur était WERNHER comte d'Ortemberg, puis ses successeurs les plus marquants furent:


Le 19 septembre 1261, l'Evêque de Strasbourg entre en guerre contre la ville de Strasbourg. Notre seigneur Rodolphe de HABSBOURG se range du côté de la ville de Strasbourg et, en qualité de général, fit la guerre contre l'Evêque pour la raison suivante: le seigneur de Villé, qui n'avait pas d'enfant, avait fait don de ses biens à l'Evêque de Strasbourg, puis se ravisant, voulut faire un testament en faveur de son neveu Rodolphe de HABSBOURG. L'évêque mécontent mit son frère HERMANN à la tête de ses troupes qu'il envoya dans le Val de Villé et, par mesure de représailles, Scherwiller fut brûlée, puis les soldats arrivèrent à Saâles où ils furent attaqués par les paysans de Bruche et de Saâles qui tuèrent une cinquantaine de soldats des troupes de l'Evêque. Saâles, Bruche, le Bourg, l'Evreuil, Stampoumont, La Salcée et Ranrupt furent brûlés, et le château du Bourg totalement détruit. Le 8 Mars 1262, l'armée de l'Evêque fut battu à Hausbergen et son général HERMANN, frère de l'Evêque, fut tué dans cette bataille.

L'Evêque dut signer le traité de paix et, miné par cette défaite, mourut quelques mois plus tard. Notre seigneur Rodolphe de HABSBOURG hérita de son oncle.

Le 20 décembre 1473, Saâles fut honoré de la visite de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne qui passa la nuit dans la maison Joseph Valence, aujourd'hui propriété de Roland Schwartz.

À cette époque, la mairie de Saâles administrait quatre villages: Saâles, le Bourg, le Hang et Bruche. Saâles et ses annexes devaient la dîme en nature au seigneur. Cette dîme était emmagasinée au presbytère actuel, ainsi que dans l'ancienne maison Barthelémy.

Saâles était également la limite de 3 provinces jusqu'en 1789. Une grande borne triangulaire portant le n° 1325 se trouve encore aujourd'hui sur la vieille route de Senones, au lieu dit "Le sommet des Broques". Autour de cette grande borne se trouvent trois bornes plus petites indiquant la frontière des trois provinces: la Lorraine, la Principauté de Salm et l'Alsace. Pendant longtemps, le jour des Rogations, c'était le lieu de rencontre des processions parties des paroisses de ces trois pays.

En 1262, dans les archives de l'époque, Saâles est signalé filiale et Bruche paroisse. En 1454, Saâles devient paroisse et Bruche filiale.

Sur le plan économique, Saâles possédait des mines de fer, au lieu dit "Le Creusny" et "Lune", qui furent exploitées jusqu'en 1809. Saâles possédait également des fours à chaux, au lieu dit "l'Abatteux" ainsi que des verreries au lieu dit "le Hang", qui furent transférées vers 1725 à Baccarat. Un dépôt de sel se trouvait à Saâles dans la grande rue et plus précisément dans la maison Ferdinand Thiriet.

Il y avait également une tuilerie au lieu dit "devant le Hareng" ainsi que trois moulins, un au lieu dit "Trémoulot", un autre au lieu dit "l'Horloge" et le troisième au "Chêne".

Sur le plan agricole: avoine, foin, seigle étaient les principales cultures, pas de pommes de terre, celles-ci ne faisant leur apparition qu'après la guerre de Trente ans en 1648. On cultivait la vigne au lieu dit "la vigne fière", du tabac au lieu dit "le champ de tabac". L'élevage, surtout celui du porc était très abondant: on conduisait les porcs pâturer dans les bois de chênes, aujourd'hui disparus au lieu dit "les prés du chêne ou le chêné".

En 1744, il y avait à Saâles un marché hebdomadaire et cinq foires qui duraient plusieurs jours.

La première, le lundi après la Chandeleur,
la deuxième, lundi après les Rameaux,
la troisième, le lundi avant la Saint Jean,
la quatrième, le lundi avant la Saint Barthélémy et la cinquième le lundi avant Noël.

Quelques coutumes existaient à l'époque. Le baptême n'avait lieu qu'à Pâques et à la Pentecôte. Si un enfant mourrait sans être baptisé, ses parents superstitieux portaient l'enfant sur une roche au sommet de la montagne du Solamont, pour y recevoir, disaient-ils, le baptême des anges.

C'est pour cette raison que la roche qui se trouve toujours au sommet du Solamont s'appelle encore aujourd'hui "la roche des Enfants".

Une autre coutume: lorsqu'un veuf se remariait dans l'année du deuil, les habitants fabriquaient un mannequin représentant la défunte portant des accusations contre le veuf; ils plaçaient ce mannequin sur le passage du couple se rendant à la mairie et à l'église.

Une autre coutume encore: lorsqu'un homme avait reçu une correction de sa femme, le voisin devait en répondre devant la société. De gré ou de force, on faisait monter ce voisin sur un âne et on le promenait dans tout le village à la risée et à la raillerie de tout le monde.

Au point de vue administration, il y avait à Saâles:
un juge de paix
deux huissiers
deux notaires
un recette de contributions directes et indirectes
un brigade de gendarmes à pieds
un bureau de poste
un garde général des eaux et forêts
un brigadier des eaux et forêts
un garde forestier
un garde auxiliaire
un garde champêtre
un geôlier
un bureau d'enregistrement
un relais de poste de diligence (Café Hung)

1525: guerre des paysans

poussés à l'insurrection par l'exploitation des seigneurs et des usuriers.

Le Duc de Lorraine entre en Alsace pour venir au secours des seigneurs alsaciens. Après avoir battu les paysans à Scherwiller, il retournait en Lorraine, lorsqu'en passant à Saâles, il trouva la route barrée et fut attaqué par les paysans de la région qui lui tuèrent plusieurs soldats et culbutèrent ses pièces d'artillerie, au bas de la côte au lieu dit "Beausoleil". Le Duc de Lorraine demanda du secours à Saint-Dié et six cents hommes venant en renfort dégagèrent alors la route.

1558: début de la guerre entre catholiques et protestants.

Un gentilhomme protestant du Dauphiné nommé Lacoche faisait route par Saâles avec ses troupes pour pénétrer en Alsace. Attaqué par les catholiques entre Saâles et le Bourg, Lacoche fut battu et fait prisonnier, ses soldats en débandade qui tentaient de rejoindre la Lorraine furent pourchassés par les paysans de Saâles et des environs et tués en grand nombre aux lieux dits "Voyemont" et "l'Abatteux".

1618 - 1648: Guerre de Trente Ans

En 1633, les Suédois détruisent notre cité. La famine et la peste exterminèrent la presque totalité de la population et notre village fut totalement abandonné pendant plusieurs années.

En 1634, le général Suédois Horn prit possession de la vallée de la Bruche. Après cette guerre de Trente ans, quelques anciens habitants rescapés revinrent au pays, mais 95% de la population avait disparu.

Le roi Louis XIV, pour repeupler Saâles et sa région offre des terres gratuitement à toute personne de religion catholique qui veut s'y installer. Ce furent principalement des Lorrains (Vosgiens) qui profitèrent des conditions avantageuses offertes par le roi et émigrèrent en grand nombre. Grâce à ces émigrants, Saâles et sa région conserveront la langue française et le patois vosgien. Notre village qui s'appelait jusqu'alors SEHL se nommait en 1648 SELL. Après cette guerre, des anabaptistes venant des cantons de Berne et de Zurich se réfugièrent à Saâles et à Bourg Bruche. Plutôt que de se convertir au calvinisme et de renier leur foi, ils préféraient abandonner leur patrie et leurs biens.

En 1633, l'église de Saâles fut brûlée par les Suédois ; elle fut reconstruite en 1659 et son premier curé se nommait André. Cela ne l'empêcha d'ailleurs pas d'être de nouveau détruite et reconstruite en 1764 par un entrepreneur de Villé nommé Elmerich. L'église entourée du cimetière se trouvait alors à l'emplacement de l'hôtel de ville actuel. Le cimetière fut déplacé en 1830 pour être mis à l'emplacement actuel.

Le 7 mars 1846, à l0 heures du soir, le feu s'est déclaré chez un boulanger nommé Didier ainsi que chez un nommé Mongel. L'église qui se trouvait comme dit précédemment à la place de l'hôtel de ville actuel, étant à proximité des deux sinistres, prit également feu et fut à nouveau en partie détruite. Elle fut reconstruite sur un autre emplacement. L'église actuelle fut bénite par Monseigneur Caverot, évêque de Saint-Dié, ainsi que par le curé de l'époque qui s'appelait Didier.

Parlons un peu des communes rattachées au canton de Saâles.

En 1700, il y avait au haut de Bruche une chapelle désignée sous le vocable de Saint Pierre. Le 7 Janvier 1261, Bruche fut détruit par les troupes de l'Evêque de Strasbourg. En 1262, Bruche devint paroisse et Saâles était sa filiale. En 1454 Saâles devint rectorat (paroisse) et Bruche plébéna (filiale).

Au Bourg, se trouvait une forge où l'on travaillait le fer extrait des mines de fer de Saâles.

Au Hang existait une chapelle dédiée à Saint Laurent ainsi que des verreries: celles-ci furent transférées à Baccarat pour cause de cherté du bois, car les mines d'argent d'Urbeis payaient le bois à un prix plus élevé.

Saâles et Saulxures étaient des relais de diligence sur la route du sel.

Saint Blaise a changé souvent de nom au courant des siècles : Blasiusad Rupem, puis Hiltibergsgerute en 1371, Helmsgerut au XV et XVI siècle.

Stampoumout s'appelait Staudoimont puis Stamberg. En 1262, il y avait des mines d'étain à Stampoumont.

Ranrupt était anciennement dénommé Rossberck, Rogesbach, Ronsbach. Ces noms avaient une cause: Ranrupt faisait principalement l'élevage des chevaux.

Le 6 décembre 1444, une troupe de soldats anglais voulut entrer dans la vallée de la Bruche par le col de Steige, mais elle fut attaquée par les paysans de Ranrupt, la Salcée et l'Evreuil commandés par le Seigneur du Ban de la Roche, "Ulrich de Ratsamhausen".

En 1802, les communes de Plaine et de Saulxures, qui avaient appartenu à la principauté de Salm, furent rattachées au canton de Saâles. C'est à Plaine, que naquit "Bébé", le nain du roi Stanislas, qui mesurait 75 cm. Son vrai nom était Nicolas Ferry: à sa naissance, il mesurait neuf pouces et son berceau était un sabot. Recueilli par le roi Stanislas il mourut le 9 Mai 1764 dans sa 23ème année. Le roi lui érigea un monument dans l'église des minimes à Lunéville.

Colroy la Roche s'appelait Colrain. A la suite de la Révolution Française en 1789, les biens des monastères furent saisis et déclarés biens nationaux. Ranrupt acheta alors une cloche à l'abbaye de Senones. Le transport s'effectua en char à boeufs par le col du Hans, Saint Blaise, Colroy la Roche. Afin de pouvoir passer un point d'eau particulièrement difficile qui traversait la route de Colroy, les voituriers firent appel à un attelage supplémentaire ; dès que cet endroit fut passé, les voituriers allèrent arroser cette entraide au café le plus proche. Sans aucun doute cela dura un certain moment, car pendant ce temps les habitants de Colroy réussirent, malgré son poids, à enlever la cloche qui était recouverte d'une bâche et à la remplacer par une roche de même dimension. Ne se doutant de rien, les voituriers, sans aucun doute un peu éméchés par leur séjour au café, reprirent la route et arrivèrent tout fiers à destination avec leur chargement insolite. Imaginez la surprise et la colère des habitants de Ranrupt en découvrant la supercherie. En définitive la commune de Ranrupt fut dédommagée, mais Colroy eut le droit de garder la cloche.

Selon l'histoire de Charton, qui fit en 1884 l'historique de toutes les villes et villages vosgiens, il apparaît que Colroy la Roche s'appelait en 1300 CORRAIN. A l'époque, Colroy la Roche devait régulièrement envoyer des hommes monter la garde au château du Spitzemberg. Le village de Colroy devait également au Spitzemberg une palissade ou une haie, qui devait border le fossé tout autour du château. Il devait également une chaudière dont la capacité devait être égale à la grosseur d'un boeuf. Le 10 Février 1650, le Duc Charles IV donna la capitainerie du château et la jouissance de la métairie du manoir au Colonel Dominique l'Huilier, dont les descendants prirent le nom de Seigneurs du Spitzemberg.

Près de Schirmeck se dressait un château fort appartenant à l'Evêque de Strasbourg, qui le vendit ainsi que Schirmeck et les villages environnants, à Jean comte de Salm, pour la somme de 12.000 florins. Le château fut détruit au 16ème siècle. A côté de ses ruines fut érigée une statue en bronze: "Notre Dame du Château". Cette statue domine toujours Schirmeck et La Broque.

En 1560, Schirmeck dépendait de l'Empire Allemand. Michel Valland, protonotaire de la chambre souveraine d'Allemagne rédigea une loi qui donnait à 14 notables des bans de Russ et de Grendelbruch le terrible droit de vie et de mort sur leurs concitoyens. Les exécutions criminelles se passaient sur un emplacement au dessous du cimetière de Barembach, au lieu dit "Champ du gibet".

Jadis dans les Vosges vivaient des ours, le dernier a été tué en 1709 dans la forêt de Remiremont.

Le nom de Vosges vient de trois mots de langues celtiques:
gou: qui signifie boeuf
gouez ou guez: qui signifie sauvage
us: qui signifie montagne
d'où Vouéquerus qui signifie: montagne où il y a des boeufs sauvages.

Quelques phénomènes atmosphériques.

En 1800, pendant 109 jours pas une seule goutte de pluie n'est tombée

Par contre en 1818, la pluie est tombée pendant 99 jours. Quelques années particulièrement chaudes: 1811, 1825, 1826, 1834, le thermomètre est monté jusqu'à 29°.

Durant l'hiver 1829-1830, la neige est restée pendant 60 jours et la gelée a duré 86 jours.

La Révolution Française: 1789

En 1790, les évêques et les prêtres durent prêter serment à la nation, ce qui signifiait qu'ils devaient être fidèles et respecter la loi. Il y eut en France deux clergés; celui des assermentés et celui des réfractaires. A Saâles, le curé Schilinger ne voulut pas prêter serment; il dut partir immédiatement et fut remplacé par le curé Antoine Bidault, curé assermenté. Pendant toute la durée de la révolution, les fidèles n'avaient confiance qu'aux prêtres réfractaires, comme ce fut le cas de Dom Fréchard, curé de Colroy la Roche et du curé Bailly de la Bonne-Fontaine. Le curé Bailly disait la messe en secret à Saâles dans la maison Charles Grandjean, actuellement Charles Renaux. Dénoncé, le curé Bailly fut arrêté, déporté à la Guyane où il mourut. Des descendants de sa famille existent encore aujourd'hui à Saâles: Messieurs Roger Mathieu et Emile Bailly.

En 1792, le seigneur du Spitzemberg fut massacré à Saint Dié dans une émeute populaire provoquée par des Marseillais qui marchaient sur le Rhin. Un nommé Bailly, natif de Saâles qui résidait au château sauva la nuit suivante du massacre une statue de la Vierge qu'il apporta à Saâles. Cette statue en bois sculpté existe toujours dans notre église.

En 1790, notre cité fut détachée du Val de Villé et de l'Alsace et rattachée au département des Vosges. Saâles devint chef lieu de canton et compta treize communes qui furent: Saâles, Bruche, Ranrupt, Colroy la Roche, Colroy la Grande, Lubine, Lusse, Provenchères, La Petite Fosse, la Grande Fosse et en 1802 Plaine, Saulxures et Saint Blaise. La sous préfecture était Saint Dié et la préfecture Epinal. Saâles devint doyenné en 1802. A la suite du concordat, tout le canton fut rattaché au diocèse de Nancy, et en 1823, au diocèse de Saint Dié jusqu'à la guerre de 1870-1871.

En 1814 des patriotes de Saâles se joignirent aux partisans de Rothau commandés par Nicolas Wolf pour défendre le col de Saâles contre les envahisseurs Prussiens et Russes.

en 1836, Saâles comptait 1397 habitants

1846 construction de la route Saâles - Schirmeck

1847 construction de l'église actuelle.

1850 construction de l'hôtel de ville actuel

1866 les pompiers s'organisent: la commune achète quatre pompes à bras

Guerre 1870 - 1871

C'est au col de Saâles que les francs tireurs commandés par Schmidt et Klobstein livrèrent combat à l'envahisseur badois, le 28 Septembre 1870. Les Badois occupèrent les issues de la ville et retinrent prisonniers tous les habitants des communes voisines venus à la foire.

Le maire Bietrix dut déclarer au commandant allemand s'il y avait des francs-tireurs à Saâles, auquel cas le village aurait été anéanti. Heureusement il échappa à la destruction, mais Saâles ainsi que la moitié de son canton fut annexé à l'Allemagne durant quarante huit ans.

en 1871, organisation de la douane

1882: création de la caisse d'épargne, dont le siège se trouve à Molsheim.

1890: construction du chemin de fer Rothau - Saâles. A cet effet la commune verse une subvention de 50 000 marks.

A la suite d'un désaccord la perception quitte Saâles et s'installe à Saint Blaise.

1897: fondation de l'hospice de vieillards, grâce à la donation de Mademoiselle Hortense Barthélémy.

en 1899, on dénombra 63 touristes à Saâles.

1900: construction d'une usine de tissage et de filature.

1903: construction du Sanatorium Tannenberg.

1906: adduction d'eau potable avec réservoir.

Guerre 1914 - 1918

Le 1er Août 1914, le maire de Saâles, Monsieur Camille THIRIET, en raison de ses sentiments français est arrêté par les Allemands et déporté en Allemagne.

Le 10 Août 1914, les Français entrent à Saâles qui est bombardé du 18 au 26 Septembre. L'évacuation des habitants commence le 30 Septembre et le 11 Octobre 1914, il n'y a plus personne à Saâles; la plus grande partie de la population est évacuée à Bischwiller. L'église est transformée en hôpital militaire. Le 11 Novembre 1918, la victoire rend à la France notre cité anéantie, et c'est seulement en 1919 que les Saâlois rentrent chez eux après cinq années d'exil: ils se logent dans des baraques en attendant la reconstruction.

1922: remise de la croix de guerre à la ville de Saâles avec la citation suivante:
" Saâles, Bas-Rhin, a été en raison de ses sentiments ardemment français, l'objet de brutalité des troupes ennemies qui l'ont presque entièrement détruite. A bien mérité du pays ".

Paris le 22 Novembre 1922
Signé: Louis Barthou

Monsieur Alapetite, commissaire général de la République à Strasbourg, a remis cette croix de guerre à Monsieur Camille THIRIET, chevalier de la Légion d'Honneur, conseiller général et maire de Saâles et à Monsieur Charles ROCHELLE adjoint.

Le 24 Septembre 1924, inauguration de l'hôtel de ville qui avait été détruit pendant la guerre 1914 - 1918.

Le 24 Septembre 1924, inauguration également du monument aux morts.

1928, inauguration de la voie ferrée Saâles - Saint Dié et de la percée des Vosges. Etaient présents:
Raymond Poincaré: président du conseil
André Tardieu: ministre des travaux publics
A. Oberkirch: sous secrétaire d'état
Ferdinand Thiriet: maire de Saâles
Joseph Idoux: adjoint

Et c'est ici que j'arrêterai le récit de l'histoire de notre cité, car je ne pense pas qu'il est nécessaire de parler de la dernière guerre, puisque vous tous l'avez connue et vécue.

J'espère de tout coeur que cette petite brochure vous a plu et qu'elle vous aura donné une idée du courage et des difficultés que nos ancêtres ont eus, afin de faire de notre village ce qu'il est aujourd'hui. N'oublions jamais que c'est grâce à eux que nous jouissons aujourd'hui du bien être général. Soyons à notre tour dignes de nos ancêtres, courageux et travailleurs, afin que nos enfants et nos petits enfants puissent être fiers de nous et gardent confiance en l'avenir.

André GRANDJEAN
Maire de Saâles
Mars 1967

1) Dans l'Alsace Illustrée t.4 p. 459, J.D. Schoepflin écrit à propos de la Seigneurerie de Villé «Saales, en allemand Seel, le dernier village de la seigneurerie et de l'Alsace. Il est assez élégant et jouit d'une certaine aisance. De là, on aperçoit les vallées de Saint Dié et de la Roche. Quand on entre dans celle des Saint Dié, on rencontre, dans un angle de la vallée, une source appelée Bonne-Fontaine, en allemand Gut-Brunnen, près de laquelle on dit que l'archevêque Saint Gundelbert, premier abbé de Senones, se tint caché.» et il cite en référence Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t.1 p. 451
juillot@in2p3.fr Ret
our Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg

Plaine

Scéance du 22 juillet 1894

M. le Maire donne au conseil la lecture d'une circulaire en date du 4 juillet 1894 de M. le Directeur de l'Arrondissement touchant l'étymologie de nos deux villages Plaine et Champenay, avec la prière de prendre une délibération afin de déterminer la signification et l'orthographe à conserver ou à donner à Plaine et à Champenay.
Le Conseil considérant qu'il n'est pas en sa connaissance que Plaine et Champenay se soient écrits autrement, que Plaine et Champenay qui, dans le patois du pays, se prononcent Pienne, Champena; que la signification de ces termes lui est inconnue mais qu'il y a lieu de s'en tenir aux définitions de M. le Maire dans son rapport particulier du 10, dont lecture a été donnée en séance, parce qu'il semble être en concordance avec la langue allemande et la signification originaire des localités. En conséquence, le conseil est d'avis qu'il n'y a pas de raisons prépondérantes pour opérer un changement dans l'orthographe de Plaine et de Champenay.

Copie du rapport particulier de M. le Maire

Le nom de Plaine vient sans contredit du substantif allemand Plâne = Plaine et parce que les Allemands prononcent le P comme un B et le B comme un P, il n'est pas étonnant que quelques auteurs en aient fait Blêne, ou Blen, mais il n'y a pas lieu de s'arrêter à un simple vice de prononciation et Plaine doit rester tel.
Champenay est plus compliqué, mais en tous cas je ne puis croire qu'on doit l'écrire Schampenau, parce que «Scham» signifie honte et «aue» prairie, contrée. Alors Schampenau voudrait dire contrée de honte, ce qui n'est pas admissible.
Il y a 400 ans, Champenay n'était qu'une forêt inextricable. Ce n'est qu'à partir de 1648 lors de l'annexion de l'Alsace à la France que le Prince de Salm-Salm ayant découvert des mines de fer à Framont et à Champenay, y établit des forges qui attirèrent des étrangers.
Là, comme partout ailleurs, le premier occupant de marque a sans doute donné son nom à la petite colonie et comme les noms n'étaient pas constitués par un état civil en règle, on ne pouvait désigner les individus que par leur nom de baptême ou prénom.
À cette époque et encore maintenant dans certaines contrées en Alsace, un Jean-Baptiste s'appelait Champe, à quoi on a joint aue, prairie, contrée que les anciens prononçaient aiie et de tout cela on a fini par : Champenaii (contrées du Jean-Baptiste) et comme plus tard «y» a servi à remplacer deux «i» on est arrivé à former Champenay. Puisque ce nom est tiré d'un pur idiome allemand, je ne vois aucun motif pour lui faire subir un changement.
Signatures des conseillers municipaux

L'Essor, revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck, n° 48 (octobre 1958)

juillot@in2p3.fr  Retour Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg