LA CITE DES TRIBOQUES

par

Émile LINCKENHELD

Membre non résidant du Comité des Travaux historiques et scientifiques
du Ministère de l'Education Nationale.

Annuaire de la Société Historique, Littéraire et Scientifique du Club Vosgien
     (1936)

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Introduction

Si l'Alsace n'est pas la région la plus riche en vestiges du passé, elle est certainement la province la mieux explorée de la France tout entière. Aussi possède-t-elle une littérature archéologique immense, où les divers groupes de monuments sont publiés et commentés d'une manière souvent définitive. Nous citons, dans cet ordre d'idées, les Inscriptions latines, réunies dans le XIII° tome du Corpus Inscriptionum Latinarum1, les Monuments figurés, représentés dans le Recueil général des Bustes et Bas-Reliefs de la Gaule, par E. Espérandieu2 et l'admirable monographie sur Argentorate-Strasbourg, fruit d'une vie de labeur, par M. R. Forrer3. C'est au même savant que nous devons une étude exhaustive des Monnaies celtiques4, des Mammifères quaternaires5 et des Enceintes préhistoriques 6. M. Schaudel, le doyen des archéologues lorrains, publiera prochainement la Statistique des Monuments mégalithiques et des Pierres à Légendes de notre province7. Enfin M. R. Forrer, l'infatigable conservateur du musée préhistorique et gallo-romain de Strasbourg, termine en ce moment son Alsace romaine.

On pourrait être étonné du fait qu'un résumé complet et clair de nos connaissances sur la Cité des Triboques n'ait jamais été tenté, simple résumé des faits archéologiques, dépourvu de tout ce qui est hypothétique et simplement possible; car trop souvent on brode, sur un canevas de quelques faits et observations, une image aussi pittoresque qu'inexacte8.

Si un pareil résumé parait fort utile dans l'état actuel de la science - nous possédons assez de matériel pour le dresser, mais pas assez pour qu'il soit définitif - pour presque toutes les cités de l'ancienne Gaule, il y a pour l'Alsace une raison particulière qui rendra cette étude plus intéressante et plus importante que pour n'importe quelle autre région de France. La civilisation de notre pays est déterminée par trois facteurs ou civilisations émanant de trois fonds éthniques différents: par celle des Celtes, des Romains et des Germains. Le département du Bas-Rhin, l'ancien pays des Triboques, est la seule région de France où ces trois courants d'influences se sont mêlés et sont saisissables dès le début de notre ère. Cette raison seule motiverait donc une synthèse complète de tout ce que nous savons de la cité des Triboques.

Notre travail est loin de constituer un répertoire archéologique9: toute trouvaille ou constatation archéologique d'un intérêt local est exclue; par contre tout renseignement qui a une portée générale pour la cité des Triboques est allégué, même s'il provient d'une province voisine, du Midi, de l'Italie ou de l'Angleterre. Sur un seul point nous nous sommes astreint à être complet: pour les témoignages des auteurs, assez rares, il est, vrai, mais d'une importance capitale. Un monument peut acquérir, par suite du progrès de la science, une importance inattendue: notre choix est donc forcément très personnel; notre orgueil serait de provoquer des recherches capables de modifier les conclusions auxquelles nous a conduit un long travail.

1. - L'arrivée des Triboques.

Immédiatement avant l'arrivée des Triboques, la plaine du Bas-Rhin était occupée par des Médiomatriques. César le dit ex. pressis verbis (Bell. gall., IV, 10, 3-4): Rhenus oritur, ex Lepontiis, qui Alpes incolunt, et longo spatio per fines Nantuatium, Helvetiorum, Sequanorum, Mediomatricum, Triboccorum, Treverorum citatus fertur10.
La plaine de la Basse-Alsace se distinguait déjà à cette époque du reste du territoire médiomatrique. Nous le constaterons souvent dans le courant de ce travail. Un fait capital est, cependant, à signaler dès le début. Le pays laissé aux Triboques couvre environ 4.000 kilomètres carrés. (les 4.781 km2 du département duBas-Rhin moins la partie orientale de l'arrondissement de Saverne, le «Krummes Elsass», moins la partie septentrionale de l'arrondissement de Wissembourg). Ce territoire, d'après tout ce que nous savons, ne formait qu'un seul pagus, à l'époque celtique et romaine. Le département de la Moselle 6.222 km2, plus la partie orientale de l'arrondissement de Saverne, formait cinq pagi aux mêmes époques: le pagus salinensis, blesensis (en partie), saroensis, le Pays messin et le Niedgau; et il faut ajouter une bonne partie du Rizziggau (région de Thionville). La configuration de ces pagi et ce que nous savons de leurs frontières plaident en faveur d'une origine celtique de cette organisation11. Il parait également - M. Forrer a plusieurs fois insisté sur ces faits - que la population était moins dense, en Alsace, que sur le plateau lorrain. Si les Médiomatriques sont vraiment venus des bords de la Marne (Matrona), comme leur nom semble l'indiquer, on comprendrait qu'ils ont laissé la plaine alsacienne un peu en dehors de leur domaine, très peuplé, par ailleurs12.

Vers l'an 15 après J.-C., la plaine du Bas-Rhin appartenait toujours, juridiquement, aux mêmes Médiomatriques. Strabon (Géogr. IV, 193) le dit au passage souvent cité: Mesà &1 sois ~ Mou7]rsiouç Er3xoavo: xai MeôcolLazpcro2 xazocxoûoc sôv 'Pï)vov, ?v oTç iEpucac 1'epp.amxùv ir9voç repacwAlv dx si~ç olxelaç Tpi(3oxxoc.

Mais en réalité elle appartenait à la tribu germanique des Triboques, venus de la rive droite du Rhin, avec Arioviste. En tout cas César les énumère parmi les troupes germaniques de ce roi13 et il ajoute le renseignement très précieux que l'an 58, on évaluait le nombre des Germains sous Arioviste à 120.000, qu'au début il n'y en avait que 15.00014 et que les derniers-venus, les Harudes, comptaient 24.00015. On peut donc évaluer le nombre des Triboques qui se sont établis primitivement dans le Bas-Rhin à 15-24.000 hommes. Vingt mille est la moyenne qu'on admet ordinairement.

C'est le nombre des guerriers, bien entendu. Les femmes et les enfants qui participaient à l'exode n'y sont pas compris. César les mentionne expressément (Chap. 51, 2-3: omnemque aciem suam redis et carris circumdederunt  ... Eo mulieres imposuerunt). On admet, généralement, un guerrier par quatre habitants. Il faut donc multiplier le chiffre de 20.000 par 4, pour avoir le nombre approximatif des Triboques venus dans la Basse-Alsace16. Environ 80.000 hommes pour 4.000 km2 est une occupation bien saisissable: 20 par km2, et si nous évaluons les forêts à seulement la moitié du territoire, nous avons 40 têtes par km2.

L'époque de l'arrivée des tribus germaniques d'Arioviste sont les années 71 à 58 avant J.-C.; cela résulte clairement du texte de César17.

D'où sont-ils venus? Arioviste est un roi des Suèbes, mais les Harudes qu'il a sous ses ordres, en 58, n'appartiennent pas à ce peuple. Il pourrait en être de même des Triboques, Vangions et Némères; en tout cas nous ne le savons pas. Les précisions qu'on a voulu apporter ne tiennent pas debout18.

Leur nom ainsi que celui des Némètes et des Vangions, tribus venus en même temps qu'eux, est celtique, quoiqu'on ignore encore son étymologie19. Puisqu'ils portaient ce nom en arrivant20, la conclusion s'impose qu'ils habitaient, sur la rive droite du Rhin, une région peu éloignée des Celtes. C'est tout ce qu'on peut dire21.

Après la défaite d'Arioviste, César a laissé les Triboques dans la plaine du Bas-Rhin, et au nord d'eux, au delà de la Seltz, les Némètes et les Vangions. Le fait est certain. II y avait donc un accord formel entre César et ces peuples, accord que César, dans ses commentaires, passe sous silence22. On peut considérer cet accord comme certain, car dans la suite ni César ni un de ses lieutenants n'a mis le pied dans le territoire triboque. D'autre part les Triboques ne participaient pas au grand soulèvement des Gaulois sous Vercingétorix, quoique les Médiomatriques, chez lesquelles ils étaient installés, envoyèrent 6.000 hommes de troupes, en 52 avant J.-C.23.

Si nous n'avons pas connaissance directe de ce traité, nous connaissons ait moins les raisons qui ont amené César à cette mesure. Elles étaient purement politiques; aucun sentiment humanitaire n'entra dans les considérations du conquérant: envers les Usipètes et Tenetères qui, quelques années plus tard, se trouvaient dans une situation analogue à celle des Triboques, sa conduite fut toute autre. Ils furent anéantis. Tacite nous a indiqué les motifs de César: ils furent installés dans la plaine alsacienne, «ut arcerent, non ut custodirentur»24. Un rempart fut ainsi érigé pour défendre la Gaule à d'autres immigrants venus de l'Allemagne.

2. - Installation des Triboques.

Nous ne savons pas à quelle date précise le territoire occupé par les Triboques fut organisé en cité25. L'exode d'une tribu toute entière et son installation dans un autre pays suppose une forte organisation politique. Les Triboques la maintenaient certainement aux premiers temps de leur séjour en Alsace. Ils étaient agriculteurs comme tous les peuples dans l'armée d'Arioviste: c'est à la recherche de champs qu'ils avaient passé le Rhin: «Postes quant agros et cultum et copias Gallorum hommes feri ac barbari adamassent, traductos plures»26. Puisque, d'autre part, ils devaient protéger la frontière du Rhin, il semble certain, qu'ils n'occupaient qu'une bande de terrain le long du fleuve et que là ils étaient les maîtres. Il est nécessaire, absolument, que ce territoire ait été délimité, non seulement au nord où il touchait à celui des Némètes, venus avec eux et installés dans des conditions semblables, mais aussi bien au sud qu'à l'ouest. Nous ne connaissons avec certitude que la frontière du nord de ce territoire, qu'il ne faut pas confondre avec la cité des Triboques d'une époque postérieure.
Si l'on admet comme chiffre maximum 80.000 immigrants germaniques en Alsace (et nous avons vu plus haut qu'on ne saurait dépasser ce chiffre), ce nombre ne suffit pas pour exploiter une des régions les plus fertiles de l'Europe de la grandeur de la plaine du Bas-Bhin. Les serfs, attachés à la glèbe, auparavant sous la domination des seigneurs médiomatriques, ont probablement continué à cultiver les mêmes champs sous les nouveaux maîtres germaniques. Peut-être aussi quelques rares paysans ou fermiers. En tous les cas beaucoup de commerçants, d'artisans etc... ont continué leurs métiers. Autrement on comprendrait difficilement une assimilation rapide et complète des Germains, tellement radicale qu'à peine un seul nom germanique se rencontre dans près de 200 inscriptions latines de la cité des Triboques. Nous parlerons plus bas de cette assimilation.

Il est inutile, dans la situation actuelle de notre science, de chercher des précisions sur le domaine primitivement occupé par les bandes de l'ancienne armée d'Arioviste. Que ce fût à peu près toute l'étendue de la cité qui, plus tard, leur avait été assignée, c'est possible27. Dans ce cas, le nombre des anciens Médiomatriques restés dans la pleine alsacienne fut très grand, au moins égal à celui des envahisseurs.

3. - Organisation de la Cité des Triboques.

Quand ce territoire alsacien occupé par une tribu germanique est-il devenu une civitas de la Gaule romaine? Certainement pas sous César28 qui n'aurait pas manqué de le dire. Quand Auguste réorganisa la Gaule, de 16 à 13 avant J.-C., il eut soin de ramener les cités à une mesure commune29. Les unes, trop grandes, comme celles des Eduens et des Arvernes, perdirent quelques pays qui formèrent de nouvelles cités. Les cités infimes disparurent, rattachées à leurs voisins ou, groupées par deux ou trois, donnaient naissance à une nouvelle unité administrative. La cité des Médiomatriques occupait un territoire exceptionnellement grand: du Rhin jusque derrière Verdun. On doit admettre que la réorganisation de la Gaule sous Auguste en détacha la plaine du Bas-Rhin et en forma la nouvelle cité des Triboques. La situation tout à fait particulière que cette région avait eue, déjà avant l'arrivée des Germains, et que nous avons esquissée plus haut, facilita grandement cette nouvelle organisation.

La nouvelle cité des Triboques s'étendait du Landgraben30 au sud de Sélestat jusqu'à Seltz et du Rhin jusqu'à la crête des Vosges, donc sur une étendue d'un département et demi, aire d'étendue absolument normale pour une civitas de l'ancienne Gaule31.
C'est aussi l'avis de Longnon32 qui écrit: «Vers la fin du règne d'Auguste, les Vangions, les Némètes, les Triboci et les Rauraci recevront une organisation définitive sur la partie rhénane des territoires trévire, médiomatrique et séquane». À partir de cette époque33 les Triboques faisaient partie de la province impériale de la Belgique.

Plus tard, quand on établit la province de la Germania, ils en faisaient partie34. La date de cette mesure administrative n'est pas exactement connue. Les savants allemands sont à peu près unanimes à la placer à l'époque de Domitien, vers 90 de notre ère35. L'origine de la province romaine de la Germania suggère l'idée d'une création à une date bien antérieure. Les deux provinces de la Germania superior et inferior sont le résultat de la défaite des armées romaines et de l'échec de la politique romaine dans la Germanie proprement dite, sous Auguste. C'est l'avis de Mommsen36. Il n'est pas douteux que Rome, avant la défaite de Varus, n'ait espéré pouvoir réunir la Germanie libre, entre le Rhin et l'Elbe, en une organisation politique semblable à celle de la Gaule: à l'autel de Lyon, centre religieux de la Gaule romaine, aurait correspondu l'Ara Ubiorum (Cologne), de laquelle la Germanie relevait37. Si la Germanie romaine n'avait pas embrassé, l'an 9 après J.-C., une bande de territoire sur la rive gauche, juridiquement les garnisons établies sur cette rive, Vetera, Cologne, Mayence, auraient fait partie de la Belgique. Une séparation des pouvoirs des commandants d'armées de ceux de l'administration civile étant impossible, d'après la conception romaine, on devait assigner à ces commandants, sur la rive gauche, une bande de terrain où ils étaient seuls les maîtres. Cette bande de terrain embrassait évidemment les peuplades germaniques, installées sur la rive gauche pour la protéger, les Vangions, les Némètes et les Triboques. Jullian ne pouvait jamais croire que les Romains n'eussent pas (dès le temps d'Agrippa) tracé les lignes générales de la Germanie38 et pensait que la province de la Germanie a été constituée effectivement au plus tard après l'expédition de Tibère, l'an 8 avant J.-C. 39.

Mais les espérances de Rome ne se réalisèrent point. Avec la bataille de Varus tout cet édifice s'écroula. Il n'en restait plus qu'une façade orgueilleuse (Jullian)40, la Germania.

4. - Les limites de la cité des Triboques.

Les limites de la cité des Triboques sont exactement connues aujourd'hui sur la presque totalité de leur étendue, contrairement à celles de la plupart des autres.
À l'est, leur territoire était bordé par le Rhin.
Au sud le «Landgraben»( fossa vicina, quae fosse provincialis appellatur) est considéré, depuis Beatus Rhenanus (Rerum Germanicarum libri tres, Basileae, 1521), comme limite entre les Triboques et les Rauraci. II séparait pendant tout le moyen âge l'évêché de Strasbourg de celui de Bâle et les archevêchés de Mayence et de Besançon41. Le Taennchel marquait le point terminus au sud-ouest. Les constructions au sommet de cette montagne dont les restes viennent d'être décrits par M. L. G. Werner doivent être en rapport avec la frontière42.
À l'ouest, du Taennchel au Donon, la direction générale et les deux jalons sont certains, mais le travail de détail reste à faire43. À partir du Donon il vient d'être fait44. Voici les jalons:
Le Donon (sanctuaire de frontière des trois cités, Médiomatriques, Leuques et Triboques).
La chapelle de N.-D. de Délivrance, au pied du Donon, vers Saint-Quirin (sanctuaire de frontière avec marché de frontière45).
La Barraque carrée (ancien passage).
L'Altmatt.
Le Grossmann.
Le Kleinmann (avec borne vers le jalon précédent et un sacellum de Silvain)46.
Le Wildsaufelsen (avec borne-frontière).
Le Hengst (avec un bloc énigmatique, objet de craintes superstitieuses)47.
Le Zollstork, près de Hub (commune de Dabo) (où la route romaine vers Wangenbourg franchissait le frontière).
Le Baerenbach (avec sentier-limite).
Stambach (avec marché de frontière, situé sur la route romaine).
La Schlosserhöhe (avec borne romaine).
Le Wagnerberg (de même).
La Colonne I (avec autel de frontière, passage de la voie stratégique Metz--Strasbourg, et plusieurs constructions en rapport avec la frontière).
Le Graufthal (avec marché de frontière et ancien chemin vers la plaine alsacienne (Dossenheim)48.
La Petite-Pierre (où passait une voie de communication impor tante  terminus des droits de guidage des évêques de Strasbourg).
Puberg.
Le Spitzstein et les Drei Peter-Steine.
La Colonne II (encore debout; ancienne borne).
Le Breitenstein (ancien menhir servant de borne frontière à l'époque romaine; marché de frontière; carrefour; terminus des droits de guidage des Seigneurs de Bitche).
Moutterhouse (voie importante dans la vallée de la Zinsel; sanctuaire de frontière 49).
Steinbrunn (source, du Steinbach) 50.
Là se trouvait le point extrême vers le nord-ouest. Du côté nord la frontière (entre Triboques et Némètes maintenant) longeait le Steinbach depuis sa source: son ancien nom de Marckbach en fournit la preuve51. Le prochain jalon est le temple de Mercure au nord de Lembach52. Dans la suite la frontière était formée par le cours supérieur de la Sauer jusqu'au Liebfrauenberg près de Woerth et de là au Rhin par la Seltz (Saluxsia en 742). Le travail de détail, du côté nord, n'est pas encore fait53.
Seltz appartenait en tous les cas aux Némètes, parce que vers la fin de l'Empire, ce poste ne relevait pas du Comes Argentoratensis, mais du Dux Mogontiacensis, de même qu'au Haut moyen âge, la localité faisait partie du pagus Spirensis et non pas du pagus Alsacinsis54.

5. - La Capitale (Brumath).

La cité des Triboques a une capitale, Brumath, siège de l'administration centrale, et une grande garnison, où le commandement militaire de la région résidait, Argentoratum; et enfin plusieurs vici importants.
Brumath est mentionné dans les Itinéraires:
celui de Peutinger porte:
  Saletione XVIII leugae (ou en réalité on devrait lire plutôt XVI)
  Brocomacus VII
  Argentorate XII
  Hellelum XII
  Argentovaria XII (pour XVI).
L'Itinerarium Antoninianum porte55:
  Saletione VII (mille passus)
  Argentorato XII
  Helvetum XVI
  Argentovaria.
En un autre endroit, on lit 56:
  Concordia (station de frontière) m. p. XVIII
  Brocomago m. p. XX (pour X)
  Argentorato m. p. XXVIII (pour XXVIII)
  Helveto m. p. XXVIII, 1(eugae) XVIII.
Ptolémée mentionne Brumath avec les indications suivantes57:
  Argentoratum  27°50'     m. p. 26,04
                          48°45'
  Breucomagus   27°50'     m, p. 21,67
                          48°20'
  Elcebus            28°         m. p. 21,97
                          48°
  Argentovaria    27°50'    m. p. 13
                          47°40'
Les distances sont, approximativement, de Brumath à Strasbourg 12 milles romains, de Strasbourg à Ehl 18 milles, et d'Ehl à Horbourg 24-26 milles. En ligne directe, les chiffres sont 11; 16,8; 24,658. Il est absolument certain que Brumath était la capitale des Triboques; à l'époque romaine, on comptait les distances à partir des capitales des cités. Or, nous possédons deux milliaires qui mentionnent notre localité:
1°) CIL XIII, n° 9097.
Colonne de 1,52 m de hauteur et de 0,46 m de diamètre, mutilée en haut et en bas. Au Musée de Strasbourg59. Elle fut trouvée près de Selten (= Seltz) d'après Hertzog, entre Seltz et Brumath d'après une lettre de Jung de 1859, et à quatre lieues gauloises de Seltz vers Brumath d'après Morlet60.
Elle porte
  C . VALENTI . H
  OSTILIANO
  MESSIO QV
  INTO. NOBILI
  SSIMO. CAES (ari)
  C(ivitas) TRIB(ocorum) A VRO (comago) L
Comme le nom de l'empereur Dèce le fils, qui eut le titre de Caesar en 250, et celui d'Augustus en 251, le montre61, cette borne milliaire fut érigée en 250 ou au plus tard en 251, puisque Dèce est mort en décembre de cette même année.
Le nombre des leugues était laissé «en blanc», sur notre milliaire.
2°) CIL XII, n° 9098.
La deuxième borne milliaire n'existe plus; elle a péri avec la bibliothèque de Strasbourg en 1870. C'était «une colonne cylindrique en grès vosgien de 2 m de hauteur sur 0,32 m de diamètre moyen; une base circulaire de 0,15 m de hauteur fait corps avec la colonne». Elle avait été trouvée par Schoepflin, en 1735, dans la cave d'une maison de Brumath62. Le Musée de Strasbourg en possède un dessin de Beilstein.
Voici son texte:
  IMP. CAES. PVB
  LIO LICINIO
  VALERIANO PIO
  FELICI INVICTO
  AUGUSTO. CIV(itas)
  TRIBOCORUM
Il s'agit plutôt de Valérien (253-259) que de Gallien (253 ( 268), parce que ce dernier ne porte le nom de Valerianus que pendant qu'il est associé à son père; ils régnaient ensemble de 253 à 259.
Notre colonne est donc un peu postérieure à la première.
L'emplacement de la capitale de la cité était choisi selon les règles: c'était vraiment le centre de la région. A. Grenier a admirablement caractérisé le site de la capitale63.  «Un des signes et, en même temps, l'une des raisons de l'importance de Brumath à l'époque romaine, c'est le noeud de routes qui s'y croisent. Sa route principale s'allonge, sur plus de 1500 m, de l'est à l'ouest, bordant de ses maisons la voie qui, de la plaine rhénane, conduit au passage des Vosges à Saverne. Du centre de la localité, la route de Strasbourg se détache vers le sud. Au nord l'une des routes conduit vers Woerth par Niederschaeffolsheim et l'autre vers Seltz par Weitbruch et Kaltenhausen. Tous ces chemins sont, à quelques modifications près, d'anciennes voies romaines. Aujourd'hui, comme jadis, de quelque côté que l'on se dirigeât vers le nord ou l'ouest de l'Alsace, l'itinéraire conduisait inévitablement à traverser Brumath... et à s'y arrêter.»
Ce site privilégié explique le nom de l'agglomération. Brocomagos n'est pas complètement intelligible; la première partie est peut-être un nom de personne, mais magus signifie «plaine», et plus tard «marché». En tout cas l'endroit était un marché, «où, bien longtemps avant César et les Romains, les cultivateurs du Kochersberg et ceux de la région au sud de la forêt de Haguenau, les habitants des collines et du plateau sous-vosgésien, se sont réunis aux éleveurs de la basse plaine du Rhin» (Grenier).
Il en fut ainsi dès l'époque néolithique: entre Brumath et Krautwiller, X. Nessel rapporte que des ouvriers, en cherchant de la tourbe dans les basses prairies de la Zorn, ont rencontré de nombreux pilotis de chêne, plantés verticalement en ordre régulier, accompagnés de différents objets parmi lesquels une hache en silex poli et une grande épingle en bronze. On a pensé à des palafitteurs64.

D'une époque postérieure, la forêt de Brumath a conservé un nombre considérable de tumuli65. Ils forment deux groupes distincts; le premier est situé au sud, à proximité de la route d'Olwisheim à Stephansfeld, l'autre au nord, le long du chemin de Donnenheim à Brumath. C'est là que passait un très vieux chemin, précurseur de la voie romaine de Brumath à Kuttolsheim, Avolsheim et le Haut-Rhin66. Nous ne pouvons entrer dans des détails sur la question67.
Nous ne connaissons pas la topographie du Brumath romain; en particulier nous ne savons pas, si l'agglomération était fortifiée, entourée d'un rempart au III° siècle, comme Horbourg, Saverne, Sarrebourg et Tarquinpol. Des fouilles systématiques seules pourraient nous renseigner.
Il y a quelques années M. Ad. Riff a pu recueillir, au cours de travaux pour la conduite d'eau, de nombreuses observations sur la topographie de Brumath à l'époque romaine, observations qu'il publiera prochainement, après les avoir complétées par quelques fouilles.
Ces observations seront d'autant plus importantes que l'ancienne capitale des Triboques a joué un grand rôle dans les guerres contre les Germains. Ammien Marcellin mentionne Brumath68 et les événements qui s'y déroulèrent en 356 et l'année suivante, où l'empereur Julien occupait d'abord notre ville. Au même moment des bandes de Germains attaquèrent. Les barbares furent cernés; un grand nombre fut tué ou pris. Les survivants se sauvèrent par la fuite. L'emplacement de cette bataille de 357 est cherché par les uns (von Borries, Nissen, Koch) près de Strasbourg, par les autres (Wiegand, Jullian, Forrer) près de Brumath et en particulier, près d'Ittenheim69.
 «II n'existe dans notre province aucune localité habitée par les Romains, où l'on ait trouvé autant de restes de l'antiquité qu'à Brumath», dit Schoepflin.
Les plus importantes sont les inscriptions; nous en possédons une demi-douzaine70. La plus grande (et la plus importante) nous fait connaître les noms d'une dizaine d'habitants de Brumath romain71: Legitimus Cossationis, Conteddius Teddilli, Carantus Victoria, Clementinius Carantus, Paterio Atessatis, Primus Legitimi, Sollemnis Apagante, C. Julius Spatalus, Martius Domiti, Iuventius Iuvenis, Aelius Segileius, Monnus Tatae, Maturius Peregrinus.
Le forum de la capitale se trouvait probablement près de la place du marché d'aujourd'hui, au carrefour des grandes routes. La nécropole de l'agglomération ou mieux la route des tombes s'étendait le long de la grande voie Besançon-Strasbourg-Mayence, entre l'asile de Stephansfeld et Brumath. Un grand nombre de tombes a été rencontrée depuis un siècle72. Au lieu dit Ziegelloecher, nom qui rappelle à lui seul une nécropole, se trouvait un véritable cimetière, entouré probablement d'un mur. Le cimetière actuel lui est superposé. Le nombre des autres vestiges du passé, tuiles, constructions, tessons, outils, bronzes, monnaies, etc. est énorme. En 1933, un de mes élèves m'a apporté 75 monnaies romaines, du Ier au IV° siècle, que son grand-père avait patiemment glanées près de la localité. Dès 1912, M.Riff a attiré l'attention des archéologues sur le fait important qu'on rencontre dans la nécropole mentionnée presque exclusivement de la céramique du milieu du Ier siècle de notre ère. Cette observation révèle le rôle important de l'agglomération au Ier siècle; elle est de nature à corroborer notre hypothèse de l'installation de la Cité et de la capitale Brumath encore sous Auguste73.
II est très probable qu'au millieu du IV° siècle Brumath perdit son caractère de métropole de la cité. Autrement on ne comprendrait pas les expression de Tractus Argentoratensis et de Comes Argentoratensis de la Nolilia diguitatum (Oec., 1, 34; 5, 130)74.

6. - Argentoratum.

La capitale du district militaire de l'armée du Rhin était Argentoratum. Son sol était, depuis l'époque néolithique, habitable et, sans dicontinuité depuis cette époque, habité jusqu'à aujourd'hui. C'est cette vérité fondamentale qui se dégage d'une étude capitale de R. Forrer75.
Si Brumath était le centre de toute la région triboque, Argentoratum offrait une situation stratégique de premier ordre: c'est le passage naturel du Rhin le plus commode et le mieux situé de toute l'Alsace. «Das über die Niederung erhobene Gelände setzt sich innerhalb der Stadt fort, erreicht den drei Inseln an den Bedeckten Brücken gegenüber der Ill und begleitet jenseits des sogenannten Falschen Wallgrabens das linke Ufer der Ill bis zur Wiedervereinigung mit dem ersteren. Der gewählte Platz konnte nicht günstiger für eine Ueberfahrt über Ill und Rhein gelegen sein, da man unmittelbar von dem gegen die Hochwasser geschützten Gelände in die Ill und von dieser durch den Rheingiessen in den Rhein gelangen konnte »76.
Cet emplacement fut fortifié à une époque où l'on devait protéger le passage du Rhin ou les voies qui y menaient. Le nom de Argentorate l'indique: Argento- désigne un courant d'eau. Le nom dérive de la racine arganta (argento) «argent», «Silber», «luisant», nom qui entre souvent dans les appellations de courants d'eau77. Rate, d'après d'Arbois de Jubainville, dérive de ratis, et désigne une enceinte, un endroit entouré d'un vallum en terre; cf. Holder, Altkelt. Sprachschatz, 11, 1077. Nous traduisons donc Argentorate par «Enceinte sur l'Argenta (= Ill)». Il nous manque un texte ou une autre preuve pour l'équation Argenta = Ill. Nous avons cependant un indice: Argentovaria ( Horbourg), situé sur l'Ill, porte un nom qui dérive également de argenta. On peut donc admettre l'hypothèse.
Strasbourg possède son livre de préhistoire, comme rarement une ville: R. Forrer, dans son admirable Argentorate - Strasbourg, 2 vol., 1927, a réuni la récolte d'une vie de labeur. Nous pouvons nous résumer très brièvement. La première occupation romaine, probablement encore sous Drusus, était vraisemblablement constituée par un «Erdlager» (petit camp avec vallum en terre). L'observation méticuleuse de tous les travaux de terrassements par le musée de Strasbourg a permis de relever des traces certaines du fossé qui entourait cette première enceinte78.
La même méthode nous a révélé les modifications et agrandissements de la place: d'abord un «Erdkastell», appartenant probablement à l'Ala Petriana Treveriana; ensuite un «Erdlager» de la II° légion. Dans la seconde moitié du Ier siècle, on construisit, immédiatement au côté extérieur de ce rempart, une enceinte en pierres (basalte); c'est le mur d'enceinte le plus ancien. Un fossé l'entourait. Des traces du fossé ont été constatées sur trois côtés; celles du mur sur quatre côtés.
Une nouvelle enceinte, en pierres avec des bandes en briques ou en tuiles, s'élevait plus tard sur les fondations de l'enceinte en basalte; c'est le mur ancien.
La dernière période est représentée par un castellum avec enceinte beaucoup plus forte; l'épaisseur du vallum a presque triplé. Les tours étaient rondes. Aux quatre coins il y avait de véritables bastions. Sur trois côtés on a pu relever les traces de portes. L'interturrium, probablement sur tout le pourtour, n'était que de 22 ou 25-26 m (cf. Pl. I79).
Une des mesures les plus importantes de l'empereur Auguste, pendant l'organisation de la Gaule (16-13 avant J.-C. ), était le déplacement des légions de l'intérieur de la Gaule sur le Rhin. Il s'agit de 5-6 légions. Cette armée reçut un commandement unique absolument indépendant de l'administration civile des provinces80.
Le séjour d'une légion romaine nous est attesté par des monuments (autels, inscriptions sur des édifices, du camp, notamment) et en particulier par des tuiles estampillées. À Strasbourg nous connaissons des estampilles sur tuiles des légions suivantes:
  II Augusta: jusqu'en 43, époque où elle part pour l'Angleterre81.
  IV Macedonica: venant d'Espagne et allant à Mayence, en 43, où elle devait remplacer la XIIII Gemina, elle séjourna probablement un certain temps à Argentoratum. Elle fut dissoute en 75.
  XXI Rapax: On ne connaît pas la date exacte du séjour de cette légion à Strasbourg. Mais on rencontre en Alsace, à Strasbourg, à Seltz, à Kembs et près de Künheim une estampille de tuiles qui se distingue nettement des autres estampilles de la XXIe légion: L. XXI, en un carré pourvu d'ansae très étroites et entouré d'une double ligne82. On a pensé à des détachements de cette unité envoyés en Alsace pour construire des castella à l'époque de Claude83. Ritterling et M. Forrer pensent maintenant plutôt à un séjour de toute la légion à Argentoratum84.
  XIIII Gemina: En 74, Cn. Clemens faisait la guerre contre les montagnards de la Forêt-Noire. Une partie de la XIV° légion séjourna à Strasbourg et à Baden.
  VIII Augusta: Elle tenait garnison à Strasbourg pendant plus de trois siècles. En décembre 68 elle est encore en Mésie, mais en 75 nous la rencontrons dans la Germania Superior85, où nous la trouvons encore après l'organisation des provinces par Dioclétien en 29786. Elle y resta peut-être jusqu'au début du IV° siècle.
Le nombre des monuments que cette légion a laissés dans le sol de Strasbourg est insignifiant par rapport à la durée de l'occupation (plus de trois siècles). Pour expliquer la rareté de ses traces, chez nous, Mommsen avait jadis émis une hypothèse, abandonnée aujourd'hui, suivant laquelle les hommes de troupe étaient occupés sur la rive droite, au Limes, et que seulement le commandement et l'administration de la légion résidaient à Strasbourg87.

Trois monuments sont particulièrement importants
Le n° 5966 du Corpus: Une feuille d'or avec G(enio) C(astrorum) Argent(oratensium) Phrunichus.
Le N° 5967: Genio Canabarum.
Le N° 5970: Une partie d'une inscription du praetorium.
Nous ne possédons qu'un seul monument funéraire intacte de cette légion, le N° 5979 du Corpus, d'époque flavienne.
Un fait est particulièrement important: la légion fabriquait de la poterie, probablement à Koenigshoffen88, où elle avait ses tuileries.
Le nombre des routes importantes qui se réunissent dans le camp d'Argentoratum est vraiment extraordinaire: l'Itinéraire d'Antonin mentionne
1° Une voie partant de Milan, par les Alpes Graïennes, à Argentoratum (p. 346).
2° Une voie de Lugdunum Batavorum (Leyden) à Argentoratum (p. 3613).
3° Une voie de Trèves à Argentoratum (p. 374).
4° Une voie de Guntia (sur le cours supérieur du Danube) à Argentoratum.
S'ajoutent les voies suivantes qui ne sont pas énumérées:
Besançon-Argentoratum-Mayence et
Reims- Metz-Saverne-Argentoratum.
(Nous ne parlons pas des voies secondaires.)
Relié, par voie directe, avec les capitales de la Gaule (Reims, Trèves), avec le centre militaire (Mayence), avec l'Italie (Milan) et la Provence (par Besançon), enfin avec les Pays-Bas (Lugdunum Batavorum) et l'Allemagne du Sud (puis les pays du Danube et l'Orient), Argentoratum devint vraiment un endroit «quae modo Stratisburgo dicitur», comme le géographe anonyme de Ravenne appelle notre ville89.
Il est absolument certain, que le camp de la légion d'Argentoratum était, juridiquement, absolument indépendant de la cité des Triboques; c'est une situation qui n'a pas d'analogie dans nos constitutions modernes. Mais elle est un «postulat logique» pour chacun qui connaît l'administration romaine. En outre cet état de choses est clairement indiqué par Ptolémée90:
Oûa(ytdvwv ô%
Bop(ir~t6paYoç,
'A~~evidpaiov . ae~iwv n' Ee9aa-tyj (= VIII Augusta)
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Bpeuxdp.ayoç
"l:axr~(ioç. -
Le camp de la Legio VIII Augusta est donc séparé du pays des Triboques.
Comme partout, à côté du camp, s'installa un vicus canabensium, une agglomération civile, qui abritait tout ce qui était en relation avec le camp. À Strasbourg, une inscription de la fin du II° siècle mentionne le vicus et ses habitants:91
IN . H . D. D.
(g) ENIO VICI CA
(n) ABAR . ET VI
(ca) NOR . CANA
      BENSIVM
Q. MARTIVS
    OPTATVS
QVI COLVMNAM
ET STATVAM
     D.   D .
Elle provient de Koenigshoffen. À cause de la formule In honorem Domus Divinae («en l'honneur de la Maison Impériale») elle est postérieure à l'an 150 après J.-C. À l'époque des Invasions, quand le camp fortifié fut abandonné par les troupes, il est à présumer que les habitants du vicus Canabarum se soient installés «intra muros»: la ville civile était née.
À la fin du IV° siècle, la Notitia Dignitatum mentionne un episcopus à Strasbourg.

7. - Les Vici.

À côté des deux capitales de la cité des Triboques, le vrai chef-lieu, Brocomagus, et le camp retranché, Argentoratum, il y avait un certain nombre de vici: Tres Tabernae, Velum, Concordia, nommés dans les Itinéraires, puis d'autres, moins importantes sans doute, mais tout aussi intéressantes quoiqu'on ignore leur nom ancien. Le plus remarquable du dernier groupe est sans doute Niederbronn.
Tres Tabernae, Saverne, possède sa monographie pour l'époque romaine92, où M. Forrer a brossé «un tableau d'une ville romaine en Alsace en se servant de toutes les données d'ordre historique et archéologique, des trouvailles archéologiques aussi bien que des renseignements conservés par les auteurs».
Contrairement à Brumath et à Strasbourg, le sol de la ville de Saverne n'était pas habité à l'époque préromaine; il n'y avait là certainement aucune agglomération93. Ce fait est indiqué par le nom même de la localité, Tres Tabernae. Taberna (= boutique) est fréquent pour désigner une petite agglomération, une station de relais, au bord d'une route romaine. Keune a même réuni un certain nombre de ces stations appelées Tres Tabernae94. Wendling a remarqué que les localités dont le nom dérive de Taberna longent les voies très anciennes et Forrer a examiné toutes les monnaies romaines trouvées au cours du dernier siècle dans Saverne95; il est curieux d'observer que ces monnaies commencent avec Auguste et s'étendent en une suite ininterrompue jusqu'en 233-234. L'invasion des Germains qui eut lieu à cette époque est marquée par un hiatus: entre 235 et 253 ou 260, les monnaies sont extrêmement rares (4 pièces en tout). Sans pousser plus loin cette enquête, nous pouvons affirmer que les Tres Tabernae existaient à l'époque d'Auguste, que l'endroit fut habité dans la suite sans discontinuité et qu'il se ressentit des Invasions de la fin du premier tiers du III° siècle.
Pour l'époque postérieure nous avons d'autres critères que Forrer a magistralement réunis. Vers 150, la nécropole, qui sans doute avait occupé le sud (route du Haut-Barr), est transplantée vers l'est (Saint-Florent). Vers 200, il y avait probablement un petit détachement de la VIII° légion dans la ville, occupé probablement au maintien de l'ordre et de la sécurité sur les routes: Sarrebourg-Saverne-Strasbourg, Saverne-Brumath et Saverne-Wasselonne-Molsheim96. On n'a aucun indice pour une garnison romaine à Saverne: pas une seule tuile n'a été trouvée avec une estampille de l'armée, pas plus qu'à Sarrebourg97. Les Invasions barbares si fréquentes de la deuxième moitié du III° siècle (surtout en 275-276 et en 298) se font sentir également à Saverne, où la nécropole de Saint-Florent s'appauvrit.

L'installation de la cour impériale à Trèves et surtout les menaces des invasions assignèrent un nouveau rôle à la ville: elle devint un castellum fortifié, comme tant d'autres localités. Vers 310 on construisit l'enceinte, avec de nombreuses tours rondes et des bastions aux quatre coins. Les débris de sculptures, principalement de monuments funéraires, servent de matériel de construction, comme à Metz et à Neumagen. Deux portes, sur la ligne de la grande route de Metz à Strasbourg, donnent accès. Pour les détails nous renvoyons au plan II, établi par les soins de M. Forrer.
En 341-342 et dix ans plus tard les Francs attaquent la ville et en démolissent une partie. Trois ans plus tard, en 356, les Alamans s'emparent de la ville et occupent la région98. Mais en 357, Julien arrive avec ses soldats, fait reconstruire, spe celerius, le rempart, y met des soldats et des provisions pour toute une année. La célèbre bataille de Strasbourg, la même année, délivre l'Alsace, pour un certain temps encore, des envahisseurs.
En 401 les garnisons romaines quittent le Rhin. Sans doute beaucoup de Romains les suivirent. Les cités s'appauvrissent, les monnaies se font rares. Elles s'arrêtent complètement, à Saverne, avec Arcadius.

Elelum (Ehl près de Benfeld) remonte certainement, comme agglomération, à l'époque de l'indépendance. Le nom nous est transmis avec les graphies les plus diverses: la Carte de Peutinger donne celle qu'on adopte ordinairement; l'Itinéraire d'Antonin porte Helveto et Elbeium; Ptolémée écrit Mxrppoç et le Géographe Anonyme de Ravenne Alaia. Il serait faux de donner la préférence à l'un de ces noms, comme il est vain d'essayer de reconstituer la forme primitive99. Mais tous ces noms contiennent, au début, le terme El. Puisque l'ancienne agglomération était située sur une île formée par deux bras de l'Ill, il est certain que le nom du fleuve (Illa en 817, Ylla en 845, Hilla en 849) est à la base de celui de l'agglomération. Nous savons peu de chose de ce vicus, connu depuis le moyen âge. Beatus Rhenanus (Rerum Germanicarum libri 111, 1521, p. 160) écrit: «Vix dici potest,  quantum Romanae vetustatis illic appareat ... Visuntur simulacra sculpta Mercurii, Dianae et aliorum deorum maris templi inserts ... Nomismatis aereis illic nihil crebrius, seul et argentes aureaque narrant inventa». Vers 1825, on les y ramassa, d'après une notice de Nicklès, auquel nous devons une histoire de la localité100, «par quintaux», et on les vendit à un fondeur de cloches.
Schoepflin (Alsatia illustrata, I, p. 206) énumère les trouvailles de son époque.
Les monnaies gauloises trouvées depuis plus d'un siècle à Ehl (22 pièces) ont été publiées par Forrer101. Aucun endroit du territoire triboque n'a livré autant de monnaies gauloises. Ce fait dénote une certaine importance du vicus à l'époque de l'indépendance.
On connaît d'Ehl un coin monétaire de Valentinien Ier, et un deuxième, du revers, avec Restitutor rei publicae (Schweighäuser, Kunstblatt, 1826, p. 358, et Golbéry, Antiquités de l'Alsace, II, p. 181 et Addenda, p. 38).
On a pensé à un atelier, où l'on frappait monnaie, au moins pendant une certaine époque102; d'autres ne l'admettent pas103.
Quoique situé sur la grande route romaine qui longeait l'Ill sur la rive droite et relié par une voie secondaire avec Gerstheim et la rive droite du Rhin, Ehl, à l'époque romaine, était tout à fait de second rang. Un détachement de la VIII° légion y a cependant séjourné, un certain moment, puisqu'on connaît une tuile estampillée de cette troupe, trouvée à Ehl. Cette statio est encore mieux révélée par un plomb (tessère) qui porte Leg. VIII Aug. et qui y fut trouvée104.
Les autres monuments sont peu nombreux. Il y a d'abord un superbe autel à quatre divinités, Hercule, Junon, Mercure et Minerve. Notre musée n'en possède que des fragments. D'un deuxième monument du même groupe, également d'Ehl, avec Apollon, Minerve, Mercure et Hercule il n'existe que quelques débris105. Par la même catastrophe (incendie de l'ancienne bibliothèque, en 1870) périt une inscription en l'honneur des Matres106.

Concordia est le nom d'une station indiquée par l'Itinerarium Antoninianum107 de la façon suivante:
Noviomago  m. p.    XX
Concordia    m. p.    XVIII,
Brocomago  m. p.    XX (faute pour X)
Helveto        m. p.    XXVIII (faute pour XVIII).
Cette station était donc située sur une route de Strasbourg à Mayence. Elle est également nommée par Ammien Marcellin (XVI, -12, 58)108. Le nom de la station rappelle les dédicaces Concordiae duarum stationum et autres, érigées sur la frontière de deux divisions administratives. Il s'agit donc d'une fondation romaine, d'un poste de frontière entre Triboques et Némètes. Depuis Schoepflin on considère Altenstadt près de Wissembourg comme l'endroit occupé jadis par ce poste109. Les distances indiquées par l'Itinéraire cadrent très bien: de Brumath à Altenstadt, il y a 17 lieues. La voie n'est pas la route directe qui, de Brumath, va à Lauterbourg, par Kaltenhausen et Soufflenheim, mais une voie plus à l'ouest, par Schweighausen, Woerth, où elle oblique vers le nord-est, pour se diriger vers Wissembourg. Cette route dont on voit l'importance, n'est pas encore exactement connue; sur la plus grande partie de son parcours, elle n'est qu'hypothétique110. Il est possible qu'elle se soit dirigée, plus droite, sur Surbourg, où notre regretté vice-président, M. Gérock, me dit avoir suivi une voie romaine dans la direction nord-sud sur plusieurs kilomètres. Altenstadt, depuis le temps de Schoepflin, a fourni de nombreuses traces de l'époque romaine111. Signalons en particulier une inscription en l'honneur des Matronae112 et un bas-relief inexpliqué et perdu113. En construisant le pont du chemin de fer, sur la Lauter, on découvrit également beaucoup de traces de l'époque romaine114.

Le dernier vicus connu par un témoignage de l'antiquité est Tribunci, mentionné par Ammien Marcellin au passage cité, où il voisine avec Concordia. Il s'agit très probablement de Brumath, capitale des Triboques, et Tribunci est simplement une faute de copiste, pour (Brocomagus) Tribocorum115.
Il y avait dans le territoire des Triboques certainement un certain nombre d'autres vici. Leurs noms ne sont pas connus. Quelquefois les trouvailles archéologiques révèlent leur emplacement. Un des plus importants était certainement Niederbronn, station thermale à l'époque romaine comme aujourd'hui. Les inscriptions, les monuments figurés, les substructions, monnaies, vases, outils, etc. témoignent de l'importance de l'agglomération116. Elle remonte certainement à l'époque préromaine comme le prouve une monnaie gauloise décrite par Forrer117. Dans la source thermale on a découvert un grand nombre de monnaies romaines déposées par les dévots. En 1593, on en a publié un certain nombre118. «Il y en a une de Marc Antoine, une d'Auguste; deux de Néron et quelques-unes de Vespasien et de Titus. Le maximum de monnaies était atteint avec 17 de Domitien, 7 de Nerva, 30 de Trajan et 60 d'Adrien. Suivent 20 d'Antonin le Pieux, plusieurs de Faustine, une dizaine de Marc Aurèle, quelques-unes de Caracalla et cinq de Commode»119.
Les premières invasions barbares ont probablement gravement entravé la fréquentation du bain, car les monnaies de cette époque se font rares. Elles deviennent plus nombreuses après ces troubles.
Notons encore Ebersmünster, dont l'ancien nom (Noviantum) remonte à l'époque celtique, et Zinswiller120.

8. - Les Agglomérations agricoles.

Le gros de la population vivait dans des fermes isolées ou groupées autour de la demeure d'un riche propriétaire.
Deux particularités distinguent, pour l'époque romaine, primitive et tardive, l'Alsace de la Lorraine, ou mieux le département du Bas-Rhin du département de la Moselle.
1° Les «mardelles» qui sont une des caractéristiques du plateau lorrain - on évalue leur nombre à 30.000 manquent complètement à l'est des Vosges121. Mais elles se prolongent vers le nord, dans le Palatinat122. Ces mardelles sont, dans l'immense majorité des cas, des excavations provenant des maisons à demi-souterraines d'une époque préhistorique qui a duré jusqu'en pleine domination romaine. Ces demeures nous renseignent donc, non seulement sur les formes de l'habitation de l'époque qui a immédiatement précédé l'arrivée des Romains, mais encore sur l'état de la civilisation matérielle. Les résultats sont encore maigres: on a à peine systématiquement fouillé deux douzaines de mardelles en Lorraine.
Un fait capital est cependant acquis. Puisque les mardelles ne se trouvent, vers le nord, que dans une bande de terrain qui limite le Luxembourg123, la Rhénanie et le Palatinat; le peuple qui a habité les mardelles venait du sud.
Quelle était, à cette époque, la forme de l'habitation en Alsace? Où trouver les traces? Ce problème est à l'étude.

2° Pour l'époque suivante, l'époque de la domination romaine, surtout les années entre 250-350, on remarque, quant à l'occupation du sol, également une différence fondamentale entre les deux versants des Vosges. En Alsace, les villas romaines sont plutôt rares; en Lorraine, ces villas sont la chose la plus commune. Si en Lorraine on peut parler de plusieurs centaines de ces fermes, on en signale en Alsace à peine quelques douzaines124. Cet état de choses est bien illustré par certaines régions lorraines, où les villas romaines connues sont nombreuses, comme à Gondrexange (11 unités)125, l'arrondissement de Sarrebourg126 (une cinquantaine), la région à l'est de Metz, vers Courcelles127 (une cinquantaine). Rien de pareil en Basse-Alsace.
Il ne parait pas que cette différence entre l'Alsace et la Lorraine provienne de lacunes dans l'exploration archéologique des deux provinces. Il faut admettre que l'image obtenue par nos observations correspond à peu près à la réalité. La raison de cette différence qui, de notre savoir, n'a pas encore été mise en lumière, est à chercher dans l'organisation politique si différente des deux côtés des Vosges, à l'époque romaine, vers la fin de l'Empire. En Lorraine, nous sommes en Belgique, province à gouvernement civil, pacifiée, sans garnison, ou presque. Nous sommes au voisinage de la résidence impériale de Trèves. Les grands de la cour ont, aux environs de la capitale, leurs villas luxueuses, leurs propriétés immenses, qui s'étendent sur une centaine de kilomètres autour de la résidence impériale. Là, on construit les fermes comme en Italie. Puis ces grands domaines, pour l'exploitation du sol, sont entourés d'un grand nombre de petites fermes, simples métairies, où les manants habitent et travaillent128. Mais ces habitations sont construites à la façon romaine; ce sont en grande partie ces petites villas qu'on rencontre en si grand nombre en Lorraine et dans la région de Trèves. En Alsace, nous sommes à la même époque, en Germanie; nous sommes, en outre, dans une région où l'armée, la légion de Strasbourg, joue le rôle principal. Nous sommes séparés de la résidence impériale de Trèves non seulement par la barrière des Vosges, mais par une limite provinciale bien marquée. Ces grands seigneurs de la région de Trèves manquent complètement: les généraux affectés à la légion de Strasbourg ne s'y acclimatent pas; ils ne construisent pas leurs villas de luxe dans la région; ce serait impossible. Aussi ces grandes villas luxueuses, comme à Téting, à Saint-Oury, à Ruhling, à Sarraltroff, manquent elles complètement en pays triboque129. (Rappelons que Mackwiller est situé en pays médiomatrique). Là où les grandes exploitations agricoles et la vie luxueuse des grands seigneurs de la cour impériale manquent, le mode de construction des fermes reste arriéré. Cette raison nous paraît expliquer suffisamment la répartition si inégale des villas romaines des deux côtés des Vosges, sans qu'on ait besoin de parler d'une population très peu nombreuse, d'une occupation du sol seulement partielle, dans la région triboque, comme on l'a fait.
Cette façon de voir, absolument fausse, selon nous, est également réfutée par un autre phénomène, commun, celui-là, aux deux provinces, à l'Alsace et à la Lorraine. Nous voulons parler des agglomérations agricoles des Basses-Vosges, à l'époque romaine.
Au nord du Donon, la majorité des hauteurs couvertes de forêts aujourd'hui, porte des traces indéniables d'une agriculture intense, à l'époque gallo-romaine. Partout on rencontre les restes bouleversés de longs murs construits en pierres sèches qui entouraient les fermes ou les larges chemins qui servaient de parc à bestiaux130. De nombreuses terrasses indiquent la place et la direction des champs. Les pierres qui gênaient les travaux de culture furent enlevées et entassées au bord des champs; c'est là qu'elles forment les «Rottel». Par-ci, par-là on remarque les restes des petites maisons carrées qui, souvent, ressemblent aux «Rottel»131. D'anciens chemins qui ne répondent plus à aucun but descendent de ces hauteurs dans la vallée ou relient les plateaux des hauteurs132. Jadis on pensait à des retranchements de l'époque romaine, théorie tout à fait erronée et généralement abandonnée aujourd'hui. Partout où j'ai cherché, à l'intérieur de ces enceintes purement agricoles, j'ai trouvé des blocs de grès qui, soigneusement dégagés de la couche de terre végétale ou de sable qui les recouvrent, portaient des traces du soc de la charrue. On a labouré sur ces hauteurs133.
On rencontre ces traces, comme nous avons dit, surtout dans la région au nord du Donon, dans le Pays de Dabo, mais aussi dans la région de Phalsbourg, dans les environs de Niederbronn, dans le Pays de Bitche, et plus au nord, dans le Palatinat134.
L'époque de ces «villages forestiers» des Basses-Vosges, comme C. Jullian les a appelés, est l'espace entre l'arrivée de Romains (La Tène III) et le dernier siècle de leur empire. J'ai trouvé, dans le Rehthal, des tessons de l'époque de l'indépendance, qui pourraient, dans cette région reculée, encore appartenir au début de notre ère. De même M. Forrer note, des établissements du Koepfel, du Schweizerhof et du Wasserwald, à l'ouest de Saverne, des tessons gallo-romains et gaulois, ne dépassant pas le Ier siècle avant notre ère135. Cette époque est encore indiquée par plusieurs monnaies celtiques, trouvées dans la même contrée, d'après Schweighäuser-Golbéry, Antiquités d'Alsace, II, p. 115. Ce sont du reste les seules monnaies celtiques rencontrées sur les hauteurs des Basses-Vosges, avec une pièce du Donon, et quelques autres de Saint-Quirin, de l'autre côté de la chaîne des Vosges.
Quand on constate qu'à l'époque où les bandes venues avec Arioviste occupent, en grande partie, la plaine du Bas-Rhin, les hauteurs des Basses-Vosges se couvrent de fermes, où les indigènes se livrent aux travaux d'agriculture et d'élevage, malgré la pauvreté du sol, on serait tenté d'admettre une relation entre ces deux faits. Ces fermiers des montagnes, ne sont-ils pas venus s'établir sur les hauteurs parce qu'une grande partie des champs de la plaine avait dû être cédée aux Triboques? Nous avons dit que le maximum de Triboques établis en Alsace, sous César, était de 80.000. Me fondant sur des observations de 20 ans, je crois que le nombre des habitants des «villages forestiers des Basses-Vosges», à l'époque gallo-romaine, peut être évalué à 15.000 au moins.
L'époque de fondation et le nombre d'habitants de ces agglomérations agricoles des Basses-Vosges cadrent donc très bien avec les événements historiques. II y a encore un indice, pour ne pas dire un argument, qui montre dans ce sens. Ces établissements agricoles des hauteurs ne se rencontrent que dans les Basses-Vosges, c'est-à-dire là où, dans la plaine, des hordes germaniques se sont installées. Les hauteurs des Hautes-Vosges n'étaient certainement pas habitées à l'époque gallo-romaine. Je n'ai jamais trouvé les traces d'une exploitation agricole sur ces hauteurs. Et nous n'avons aucune connaissance de l'installation de bandes étrangères dans la plaine voisine.
Ce qui est certain, je crois, c'est qu'on ne peut admettre, au tournant des deux ères et aux Ier et II° siècles, une occupation peu dense de la plaine alsacienne: on ne quitte pas une plaine fertile pour occuper des hauteurs stériles137.

9. - Les grandes voies de communication.

Quoiqu'on se soit occupé depuis plus d'un siècle du réseau routier de l'Alsace romaine, nous sommes loin d'une carte complète et sûre des voies romaines de notre province138. Pour les grandes artères de communication on est cependant, grosso modo, renseigné; ce sont du reste les seules routes qui nous intéressent ici139.
Tout le système de la voirie romaine est en Alsace d'une clarté exemplaire. Trois axes sont posés par la configuration du col, dans le sens nord-sud: le Rhin, l'Ill et les collines sous-vosgiennes. Une route longe chacune de ces lignes au sud de Strasbourg. Ces routes sont reliées entre elles, aux points opportuns, par des routes transversales. La chaîne des Basses-Vosges est percée au Donon (nous verrons pourquoi), au Col de Saverne (grande voie internationale), et dans la région de Bitche.

Nous avons donc quatre grandes routes:
I. La route de l'Ill, à peu près parallèle à la grande route du Rhin. Elle vient, comme celle du Rhin, de Bâle (Augusta Rauracorum). Par Habsheim, Battenheim, Ensisheim (est), elle longeait l'Ill (rive droite) et allait, presque en ligne droite, par Hergheim (est), Fortschwihr, Jebsheim à Grussenheim, où, elle se réunissait avec la deuxième ligne qui longe le Rhin. Chaque bras continue cependant indépendamment; celui de l'Ill gagnait Hilsenheim, Benfeld (Ehl), Lingolsheim et enfin Strasbourg. Par Vendenheim (est) cette route se dirigeait sur Brumath, où six routes formaient un noeud important. Là, la grande voie oblique vers le nord-est vers Kaltenhausen, Soufflenheim, Koenigsbrück pour gagner Seltz.

II. La route du Rhin.
«Une autre voie, plus tardive semble-t-il et qui agirait d'origine militaire, desservait la plaine»140. Elle ne s'éloignait que peu du fleuve, vient de Bâle, ou mieux de Kembs (le tronçon Bâle-Kembs n'est pas encore trouvé) et se dirige par Ottmarsheim, Heiteren, Biesheim et Künheim sur Grussenheim (voir plus haut). De là elle va à Marckolsheim, Gerstheim, Erstein pour aboutir à Strasbourg. Vers le nord, elle n'est pas encore connue exactement. Mais entre Lauterbourg et Seltz il existe un tronçon qui constitue le prolongement naturel de cette voie. On lui assigne donc un tracé, hypothétique encore par Gambsheim, Drusenheim, Roeschwoog et Beinheim, vers Seltz.

III. La routé des Vosges.
De la Trouée de Belfort on peut suivre cette voie jusqu'à Neuwiller, Zinswiller et Niederbronn, Sennheim, Bollwiller, Isenheim, Rouffach, Eguisheim, Ingersheim sont les jalons dans le Haut-Rhin141. En pays triboque, cette voie qui est certainement préromaine, passe par Bergheim (est), Scherweiler, Barr, Obernai et Molsheim; là il y avait un carrefour important formé par la route vosgienne et la via sacra qui gagnait le sommet du Donon. Wasselonne était de même un centre important: un diverticulum gagnait Saverne; la route principale continuait, presque en ligne droite, par Steinburg, à Dossenheim et Neuwiller.

IV. La route vers la Moselle.
C'est une des routes les plus importantes de la Gaule. Elle vient de Reims et Verdun, passe par Metz, Tarquimpol (Decempagi) et Sarrebourg142. Au Col de Saverne elle pénètre dans la cité des Triboques; de là, deux lignes conduisaient à Strasbourg; une, la plus ancienne sans doute, par la capitale Brumath; une autre directement, par Wintzenheim et Hurtigheim. De Strasbourg cette route se dirigeait vers Offenbourg et l'Allemagne du Sud. Parmi les voies secondaires il faut signaler les «chemins vicinaux», d'un intérêt plutôt local. La capitale était le point de départ de cinq routes. Trois parmi elles sont constituées par des tronçons de «routes nationales» déjà mentionnées. Une quatrième voie se dirigeait probablement vers Concordia (Wissembourg), par Schweighausen et Surbourg. Cette voie n'est pas encore suffisamment connue; mais elle mérite toute attention; il semble qu'elle soit notée dans l'Itinéraire d'Antonin143.
Une cinquième route importante, mais dont l'étude a été négligée, partait de Brumath et reliait la capitale avec le pays  de Bitche, puis avec la vallée de la Blies et la région de Kaiserslautern, qui, dès l'époque préhistorique, fut un des principaux carrefours144. Elle gagnait Mertzwiller, puis Niederbronn, Philippsbourg et Bitche. Cette route n'est qu'hypothétique dans son tracé, quoique certaine dans son existence. Un autre tracé (ou un dédoublement de cette voie) passe par Pfaffenhoffen, Gumbrechtshoffen et Zinswiller; de là elle remonte la Zinsel (septentrionale, qui s'est appelée Matrona, à l'époque celtique) par Baerenthal et Moutterhouse. Par Lemberg et la vallée de la Schwalbbach, elle gagne la région de Nusswiller, Volmunster et Deux-Ponts. Entre Zinswiller et Volmunster, cette route est certaine sur un long parcours145.
D'autres carrefours importants étaient Saverne, où nous avons une voie vers Reinhardsmünster, une autre vers Wasselonne, une troisième vers Bouxwiller. Du Col de Saverne, une route très importante s'embranchait vers Trèves; mais elle est complètement en dehors de la région qui nous occupe.
Nous ne pouvons énumérer ici toutes les voies secondaires; nous nommons cependant une route qui ne servait pas exclusivement ou principalement au trafic commercial. C'est une voie sacrée qui reliait le Donon, centre religieux, avec Strasbourg et Brumath. Le sommet sacré était de même relié par une voie, dite des «processions», avec Sarrebourg et, par une troisième, avec le centre du pays des Leuques146.

10. - L'Administration de la Cité.

Une inscription (le Metz (CIL XIII, No 11.359) nomme un COL(oniae) MED(iomatricorum) LIB(ertus), donc un affranchi de la Colonie de Metz, du nom de Publicius. On a conclu, sous réserve toutefois, que la capitale des Médiomatriques avait eu le titre de Colonia, comme Besançon (Vesontio, Colonia Sequanorum), Langres (Andemantunnum, Colonia Lingonum) et Trèves (Colonia Treverorum)147.
Rien de pareil chez les Triboques.
Il paraît même que les Triboques n'avaient pas même le droit de cité. On admet cela depuis que les auteurs du Corpus148 ont noté le fait digne d'attention qu'une seule inscription trouvée en Alsace nomme un civis Tribocus. Par contre, deux Triboques qui séjournaient à l'étranger, un M. Ulpius Tertius civis Tribocus Claudia Ara (CIL VI, 31 139, de Rome), et un monument d'un Mattoni Restituti civil Triboci negotiatoris artis macellariae (CIL XIII, No 2018, de Lyon) étalent leur titre de civis Tribocus, formé, évidemment, sur le titre pompeux de civis Romanus. Vient s'ajouter un Severinius Satullinus c(ivis) T(ribocus) de la Wasenbourg près de Niederbronn (CIL XIII, No 6054). On doit donc admettre que les Triboques n'étaient pas des citoyens, dans le sens juridique du mot, mais que, viritim, pour récompenser un mérite, on ait accordé parfois cette distinction149.
Les anomalies que nous présente la cité des Triboques sont nombreuses; elles proviennent sans doute tout aussi bien de l'état anormal de choses qui ont provoqué la fondation de la cité que du rôle prépondérant de Strasbourg qui ne faisait pas parti de la cité.
Chaque cité de la Gaule avait normalement plusieurs pagi150. Pour le territoire triboque, aucun pagus n'est connu. Il paraît même qu'il n'en existait pas. Les divisions administratives de l'époque postérieure ne révèlent rien qu'on puisse interpréter dans ce sens: un seul pagus embrasse à peu près tout ce territoire, le Nordgau, de Seltz au Landgraben151. Probablement avant l'arrivée des Triboques, cette région avait formé un pagus des Médiomatriques, avec sa capitale Brumath.
Normalement deux fonctionnaires (duoviri) étaient à la tête d'une civitas; avec deux autres ils formaient un collège de quatre, qui administraient les affaires, aidés par un trésorier (quaestor), un praefectus statorum (chef de la police), comme p. ex. à Metz. Les Seviri Augustales formaient un autre collège, participant également à l'administration, élus par le conseil municipal (ordo decurionum). Cette organisation est connue à Metz; on peut admettre quelque chose de semblable à Brumath, quoique aucun témoignage direct ne nous le prouve. Il est probable que chaque cité avait un sanctuaire central fondé par les Romains, présidé par un Sacerdos Romae et Augusti. Mais les inscriptions ne nous nomment aucun sacerdos.
La situation particulière de la cité pourrait, au moins dans une certaine mesure, expliquer ce silence.

11. - Langue, noms de lieux et de personnes.

Au début de notre ère (et probablement jusqu'à l'époque des Invasions) on parlait trois langues en Alsace: le celtique, le latin et l'allemand.
Le celtique était la langue du pays. Il a persisté jusqu'à l'époque des Invasions, au moins dans les régions reculées des Vosges152. Aucun monument avec une inscription celtique n'est cependant connu en Alsace, pas plus que chez les Médiomatriques. On rapporte que la langue celtique était autorisée dans les testaments153. Saint Jérôme, en expliquant l'épître de Saint-Paul aux Galates (ce sont les Celtes de l'Asie Mineure) dit qu'ils parlaient à peu près la langue des Trévires154. Ce qui donne une valeur capitale à ce témoignage de Saint Jérôme, c'est le fait qu'il avait passé quelques années en exil dans la région de Trèves, vers l'an 360 après J.-C.
Les noms celtiques qui sont conservés en Alsace sont rares, plus rares qu'en Lorraine. F. Langenbeck, sur son admirable carte toponymique de l'Alsace-Lorraine155, n'en indique qu'une demi-douzaine. Par contre A. Laugel voyait des racines celtiques un peu partout156. Il faut partager l'avis de Langenbeck, quoiqu'il soit certain qu'on trouvera encore un certain nombre d'étyma celtiques voilés sous des noms modernes. Signalons Brumath, Argentorate, Ehl, Noviantum (Ebersmunster), Randae (Rangen), Barr, Saletio (Seltz) et peut-être Eleon (Andlau), pour ne parler que des noms de localités; les autres (fleuves, montagnes) sont plus conservateurs.
Le latin, la langue des légions et fonctionnaires romains, s'est rapidement propagé. C'est ce que démontrent les inscriptions: toutes sont en latin. C'est un latin peu classique, avec de fortes influences celtiques, que nous ne pouvons indiquer ici.
Il est certain qu'au centre de la cité, à Brumath, et particulièrement à Strasbourg, le latin était la langue universellement connue et parlée. Quelques localités se révèlent, par leur nom, comme des fondations romaines: Tres Tabernae, Concordia, Vicenz (= Ad vicesimum lapidem, localité disparue près de Mussig) et la Colonne (près de Saverne et près de Volksberg)157.
La langue germanique s'est éteinte de bonne heure dans les centres romanisés. Il est digne de remarquer que pas un seul nom propre germanique ne se rencontre dans les inscriptions158. Les Triboques venus avec Arioviste se sont acclimatés, rapidement et complètement. Ils ont adopté la civilisation gallo-romaine au contact avec les habitants de leur nouvelle patrie et sont devenus des gallo-romains. Leur langue est devenue, après une ou deux générations probablement, celle des autres, là la langue celtique, ailleurs la langue latine: aucun indice ne permet d'affirmer le contraire.
Les noms des personnes montrent un étrange mélange de noms celtiques et de noms latins. Nous rencontrons p. ex. les formes suivantes: Iassus, Augustus Tocisse filius (Strasbourg) - Secundius Belatulus, Divixte Maternae filiae, Mattai Carasi fili (région de Saverne) - Legitimus Cossationis (f.), Conteddius Teddilli (f.), Carantus Victoris (f.), C. Iulius Spatulus (Brumath) - Ibliomarus Tocissae (f.), Divixta Terentiani filia (région d'Ingwiller-Pfaffenhoffen) Aduamus Nertomari fil., Iulius Coventi (f.), Exsuperator Taluppe filius, Lupercianus Lutulli f. (région de Niederbronn) Edullius Visurianis f. (vallée de la Sauer), etc.
Ce mélange de noms indigènes et latins montre bien le milieu profondément imprégné d'influences romaines. Les indigènes avaient un seul nom; on y ajoutait dans les actes officiels (épitaphes, dédicaces) le nom du père. Souvent le premier nom est latin, celui du père est celtique. Cela montre les progrès de la romanisation. Quelques fois on va jusqu'à imiter les trois noms du citoyen romain: C. Julius Spatulus (Brumath), C. Ligurius Victor (Wasselonne)159.

12. - La vie économique.

L'agriculture et l'élevage étaient la principale occupation des indigènes du territoire triboque. Mais ces deux branches ne formaient qu'une seule ressource: comme dans nos villages de paysans du plateau lorrain d'aujourd'hui, on ne saurait les séparer. L'agriculture fournit la nourriture aux hommes et aux animaux. Ces derniers, selon la nature du sol, peuvent prendre le rôle prépondérant dans l'exploitation. Il en était ainsi dans les régions montagneuses des Basses-Vosges, où les grands parcs à bestiaux, en forme de chemins extrêmement larges et entourés de murs en pierres sèches, excitent notre curiosité encore aujourd'hui..
Malgré la fertilité de son sol l'Alsace ne fut jamais un grenier de céréales, comme p. ex. le pays des Leuques, qui fournissaient du blé aux légions de César160. Si l'agriculteur gallo-romain produisait des céréales, c'était avant tout pour ses propres besoins. Par contre les produits de l'élevage étaient souvent destinés à la vente. Les anciens Médiomatriques étaient réputés pour l'élevage du cheval. «Encore aujourd'hui le Lorrain est l'éleveur né». Avec le territoire des Trévires161, le pays lorrain est le centre du culte d'Epone, divinité protectrice des chevaux et des bêtes de somme. Le massif vosgien est cependant presque complètement dépourvu de monuments d'Epone; en Alsace, ils sont plutôt rares. Là, la race bovine et porcine (glandée ) constituaient l'élément principal. K. Schumacher qui a particulièrement étudié les tribus germaniques sur la rive gauche du Rhin (Vangions, Némètes et Triboques)162 dit que la plupart des habitations germaniques de l'époque de La Tène III (tardive) en Hesse Rhénane, dans le Palatinat et dans la Basse-Alsace, se trouvent sur les pentes de collines qui entourent des prairies, presque partout où se dressent aujourd'hui des villages à proximité de sources. Très souvent ces mêmes places avaient déjà été occupées par les Gaulois, de sorte qu'il est très difficile de séparer les deux couches de la population. Il semble que les guerriers d'Arioviste aient simplement occupé les fermes des paysans gaulois.

L'industrie dans la plaine du Rhin, à l'époque (gallo-romaine, était très variée. Il faut cependant distinguer entre l'activité industrielle de l'armée, qui suffisait à peu près à tous ses besoins, comme c'était la règle dans l'Empire romain, et l'industrie autochtone. La branche la plus ancienne dans le nord du département du Bas-Rhin était l'industrie sidérurgique.
C'était en Lorraine et en Bourgogne que les premières forges s'étaient allumées, au début de l'époque de Hallstatt, quand le fer commença à dominer le monde163. En Lorraine et dans les Basses-Vosges, ces forges ne se sont plus jamais éteintes depuis. Pour l'époque romaine, les recherches sont encore rares; en Lorraine et dans le Palatinat, nous connaissons au moins quelques centres miniers et le mode de fabrication164. Les bas foyers étaient constitués par «une cavité creusée dans le sol, en général à flanc de coteau, souvent entourée de murettes. Ces murettes étaient percées de trous par où l'on introduisait la buse du soufflet». Ces bas foyers s'installaient sur des poches de minérai et à proximité des forêts. Auprès de chaque four, il y avait une forge, parce que le métal ainsi obtenu était à l'état de loupe pateuse, mélange de fer métallique et de scorie imparfaitement réduite. En martelant cette loupe de fer et de scorie, on éliminait, aussi bien qu'on le pouvait, la scorie du métal.
On donnait à ces lingots la fore d'une double pyramidé, du poids de 4 à 10 kilogrammes. Ces lingots ont souvent été trouvés chez nous; à Krautergersheim notamment, où ces lingots ont été trouvés, on admet l'existence de mines de fer165. Forrer a récemment traité les problèmes de ces lingots166.
Signalons encore des trouvailles analogues à Voellerdingen, Oberhergheim, Colmar, et une dizaine en Moselle.
Le bronze a été travaillé chez nous à une époque fort reculée: un moule en terre pour couler des haches à ailerons, vient d'être découvert dans le nord de la Lorraine167. Il est probable que cette industrie qui, à cette époque, produisait également des fibules, ait persisté chez nous168. Il en est de même de l'industrie de l'émail, très florissante à l'époque romaine initiale. Mais nous ne savons encore presque rien de précis sur les centres de fabrication169.
L'industrie minière s'était surtout développée dans la région de Sainte-Marie-aux-Mines170.
Dans les Basses-Vosges (région de Graufthal), l'industrie sidérurgique combinée avec celle du bois, notamment avec une branche bien celtique de celle-ci, la charronnerie, a créé une industrie spéciale, celle des véhicules. On peut le conclure par les faits récemment mis en lumière par M. Will171 qui a prouvé, à Graufthal, l'existence d'un marché d'articles de charronnerie, voitures, chars, brouettes, charrues. Ce marché, un ancien marché de frontière172, ne s'est éteint que pendant la guerre de Trente-Ans.
Des traces d'autres industries du fer ont été signlaées en plusieurs endroits, notamment un atelier de retameur et de menuisier, à Seltz173.
Pour l'industrie du bâtiment, il faut signaler avant tout les carrières exploitées à l'époque romaine. Celle de Reinhardsmünster appartenait à la légion de Strasbourg, comme le montre l'inscription OFFICINA LEG(ionis) VIII AUG(ustae), taillée sur la paroi174 de la carrière.
Au sud de Saverne, vers le Haut-Barr, Forrer a reconnu des carrières romaines, qui ont fourni le grès rouge. Au nord de Phalsbourg, à Büchelberg, il y avait des carrières, également romaines, qui produisaient le grès gris; leur emplacement exact n'est pas encore connu, quoique leur existence ne fasse pas de doute: le matériel de nombreuses sculptures de la région de Saverne ne peut provenir que de ces carrières là175.
L'industrie céramique était fort importante dans l'Alsace romaine. Nous connaissons aujourd'hui suffisamment le développement (les produits en terra sigillata et les migrations de cette industrie, de l'Italie et de la Gaule méridionale vers le Rhin. En 1904, Dechelette, qui devançait son époque, nous a révélé l'évolution et l'importance de l'industrie des vases sigillés dans la Gaule, particulièrement du Midi176. C'est de ces centres, de Montans, La Graufesenque, plus tard de Lezoux, que nous venaient d'abord les célèbres vases en terre de Samos, après que l'importation de l'Italie avait cessé177.
Ces usines exportaient même en Italie, vers le milieu du Ier siècle de notre ère. À la même époque, les distances de l'Allier vers le Rhin, où régnait une forte consommation de ces articles, paraissaient trop grandes. Des ateliers céramiques apparaissent en Lorraine (La Madeleine, près de Nancy), dans les Argonnes et à Trèves. Bientôt également en Alsace, à Heiligenberg et à Ittenweiler. Ces deux centres ont été explorés par Forrer178. Il a particulièrement mis en lumière le côté technique de la fabrication, où beaucoup de questions étaient restées obscures.
On connaît un certain nombre de maîtres-potiers qui, de Heiligenberg, sont allés ailleurs, comme Satto, qu'on rencontre là, puis à Sinzig-Remagen, à Trèves et à Blickweiler (Palatinat)179. Un autre, Reginus, se rencontre plus tard à Bergzabern et aux environs de Stuttgart. Les séjours successifs de ces maîtres indiquent le déplacement des industries. Les grandes usines céramiques de Rheinzabern180 peuvent être considérées comme des fondations parties de Heiligenberg; par contre les ateliers de l'ouest du Palatinat, de Blickweiler et de Eschweiler Hof ont été fondés par des potiers venus de l'intérieur et du midi de la Gaule. Il y a cependant de nombreuses relations à souligner entre Heiligenberg et Blickweiler181.
Ces nouveaux centres faisaient une vive concurrence aux ateliers déjà existants: à partir du milieu du II° siècle Heiligenberg, comme Blickweiler et Eschweiler Hof, s'éteignent, vaincus par Bergzabern.
Nous avons déjà dit (au chapitre 7) que les usines céramiques de la VIII° légion à Koenigshoffen produisaient de la poterie ordinaire182. Mais leur occupation principale était la fabrication de tuiles qui s'exportaient jusque dans le Bassin de Neuwied183. Rien n'indique mieux les relations très étendues qui reliaient Strasbourg avec les provinces voisines que les monuments, tuiles, vases, etc., portant une mention de cette légion et rencontrés aussi bien sur le limes qu'à l'intérieur de la Gaule. Ritterling a récemment réuni ce matériel important184. Nous devons nous borner à un simple renvoi à ce travail.

12. - Le Commerce et les Relations.

Les relations commerciales de la cité des Triboques n'ont pas encore fait l'objet de recherches systématiques. Pour le siècle qui a précédé l'arrivée des Romains, les monnaies celtiques et leur répartition nous donnent quelques indices que M. Forrer a bien mis en lumière. D'après lui185, les monnaies gauloises jalonnent la grande ligne Nord-Sud, suivant le cours du Rhin. Il en est de même de la voie Strasbourg-Saverne et de quelques passages des Vosges. Par le même indice, nous connaissons les grands gués du Rhin qui étaient des lieux de passage, à l'époque de l'indépendance. Toutes ces artères du trafic ont gagné une nouvelle importance sous les nouveaux maîtres.
Des relations commerciales avec tous les voisins sont donc saisissables. En outre, le sol alsacien nous a rendu des monnaies de toutes les tribus voisines. Mais ces relations semblent d'une intensité très diverse. Elle est grande et de longue durée avec l'Helvétie, extrêmement faible pour la Lorraine. Tout le monnayage celtique de l'Alsace appartient au groupe des Philippe d'or macédoniens. Cette influence s'explique par la grande voie qui, venant de Massilia, à l'époque préhistorique, longeait le Rhône pour descendre le Rhin.
C'est cette route qu'empruntaient les premiers Romains: on a même voulu localiser le champ de bataille contre Arioviste le long de cette route, dans la région de Sélestat ou de Guebwiller. Ce qui est certain c'est que cette voie a vu les bandes du roi suèbe à la recherche de nouveaux sièges. C'est par elle qu'a pénétré la culture matérielle des nouveaux maîtres pour atteindre les vallées et les fermes les plus reculées, en moins d'un siècle. Leur arrivée marque un essor inouï jusque-là des relations commerciales: ils nous créèrent un réseau routier dont les restes provoquent encore aujourd'hui notre admiration. C'est le mode de construction des habitations qui changea le plus radicalement: la chaux et la tuile modifièrent la maison. Quel trafic intense a dû se dérouler, sur les routes améliorées, rien que pour reconstruire les huttes et les transformer en maisons. Nous avons quelques rares indications, fournies par les tuiles estampillées rencontrées loin de leur centre de fabrication. Puis les pierres de taille, le bois, le ciment, l'ardoise de l'Eifel, les marbres d'Italie, employés dans les constructions luxueuses. Enfin201  tout l'outillage, «moderne» à l'époque, l'industrie du fer, du bronze, de la terre sigillée, du verre. Il serait possible de brosser un tableau grandiose du commerce et des relations sur les routes de l'Alsace romaine. Mais il ne se distinguerait pas assez de l'image que présentent, pour la même époque les routes «internationales» des cités voisines, parce que les traits particuliers, je dirais, la couleur locale, manquerait encore trop. Pas complètement cependant, car on sait que, pour les jeux du Cirque, à Rome comme dans les grandes villes de l'Empire, on envoyait des ours des Vosges186. Nous savons que les meules en lave basaltique nous venaient, de la Rhénanie, en particulier de Niedermendingen, comme déjà à l'époque de l'indépendance187.
Elles nous venaient par voie d'eau (Rhin et Ill). Il nous manque également un travail sur la navigation sur le Rhin et sur l'Ill, comme nous en possédons un sur la navigation sur la Moselle, travail admirable, dû à M. Keune188.
Mieux connue est une institution tout à fait particulière à la Gaule romaine, celle des marchés de frontière. C. Jullian, le grand historien de la Gaule que nous venons de perdre, a plusieurs fois souligné l'importance de ces marchés qui se tenaient à la frontière même de deux cités189. «Le magus, écrit l'illustre historien, est proprement un marché de frontière, un de ces marchés que les Gallo-Romains appelaient tantôt forum (l'ensemble du terrain et des constructions), tantôt basilica (le lieu couvert)200». On concluait à l'existence de ces marchés en partant de leur nom (qui contenait magus) et de leur site201. Sur la frontière occidentale du territoire triboque nous avons trouvé quatre de ces marchés de frontière, dont trois survivent encore aujourd'hui.
Il y a d'abord un marché au pied du Donon, près de la petite Chapelle de N.-D. de Délivrance, qui s'y tenait depuis des temps immémoriaux, et qui, au XVII° siècle seulement, fut transplanté à Lorquin. Le point, éloigné de 6 à 8 km de chaque agglomération, est situé à l'intersection de deux anciennes voies, certainement préromaines. L'une est la «voie des processions», mentionnée sur un milliaire (CIL XIII, no 4549), du sommet du Donon vers le Vicus Surarus (Sarrebourg), donc du sud au nord. L'autre va de l'est à l'ouest, en reliant les fermes et la région au nord du Donon avec l'intérieur du pays des Leuques, dans la direction de Raon-lès-Leau202. Le point est marqué par la chapelle N.-D. de Délivrance, nom qui dérive probablement du celtique Icoranda («ruisseau de frontière»)203. C'est à ce point que les Leuques qui avaient déjà fourni le blé aux légions de César (B. g., I, 40, 11) échangeaient leurs céréales contre les produits des éleveurs de la montagne. Car à propos de chaque marché de frontière il faut examiner les besoins économiques des deux régions différentes qui s'y touchent.
Vingt-cinq km plus loin, sur la même frontière, nous avons le grand marché de frontière de Stambach204. Le hameau moderne fut fondé vers 1700; mais à l'emplacement qu'il occupe à 5-6 km de toute agglomération, se tenait depuis un temps immémorial, un grand marché qui fut transplanté à Saverne et qui a donné naissance au «Zwiebelmärk», bien connu205. L'endroit marque la frontière entre Triboques et Médiomatriques, comme nous l'avons dit. Nous y rencontrons également deux routes importantes: la grande voie de Strasbourg à Metz y est coupée par la voie du Boerenbach, vrai limes, qui relie le pays de Dabo à la grande artère. Cette voie secondaire continue dans la région de Phalsbourg. Rien ne saurait expliquer l'existence d'un marché à cet endroit que le souvenir d'un marché de frontière.
Le troisième de ces marchés se trouve à Graufthal, jalon de frontière206. Là les artisans des forêts et les forgerons échangeaient des articles de charronnerie contre les céréales de la plaine alsacienne. Une grande route, venant de Dossenheim, conduisait vers ce carrefour.
Enfin, au Breitenstein, jalon de frontière de la limite tribocomédiomatrique, où six anciennes voies forment une étoile et qui est également éloigné de plusieurs km de toute agglomération, un petit marché se tient encore aujourd'hui, le jour de l'Ascension207. On vient des villages voisins, de Goetzenbruck, Rosteig, Meisenthal, Kohlhutte, Althorn, Sucht, Saarbeinsberg, etc. Deux régions d'un aspect et d'une exploitation tout à fait différentes se touchent sur la ligne Colonne-Breitenstein: le plateau lorrain, pays agricole par excellence, et les Basses-Vosges, région forestière, dépourvue presque d'agriculture.
Au Breitenstein nous ne prouvons pas l'existence d'une ancienne frontière par un marché: cette frontière est absolument certaine à cause d'un certain nombre de critères sûres. Nous expliquons le marché qui existe encore, par la place qu'il occupe, comme survivance des temps antérieurs.
Il est possible que le seul témoignage épigraphique qui illustre la vie commerciale de l'Alsace romaine soit en relation avec ces marchés. Il s'agit d'une inscription trouvée à Hultenhouse qui est lue, généralement: Mercurio Negotiatori208. La pierre ne porte que Neg. Nous ne possédons qu'une seule inscription analogue, le CIL 6476, du Wurttemberg; là, Mercure porte le nom de Cultor. Haug-Sixt remarquent: «Le nom Cultor ne peut signifier autre chose que «celui qui cultive les champs». C'est cette appellation qui expliquerait la fréquence extraordinaire des monuments de Mercure sur les fermes gallo-romaines de la région»209. On peut étendre ces observations à nos agglomérations agricoles des Basses-Vosges.

13. - Triboques à l'étranger; étrangers chez les Triboques.

ien ne reflète mieux les relations que la cité des Triboques entretenait avec d'autres régions que les rares preuves de la présence de Triboques à l'étranger et d'étrangers chez eux. Ces témoins sont aussi précieux que rares. Nous les énumérons intégralement.
On ne saurait exagérer l'influence civilisatrice de la légion de Strasbourg. Des détachements de cette légion - la VIIIB pendant trois siècles - ont séjourné dans les différentes régions du territoire. Nous les connaissons ainsi à:
 Saverne:                 CIL XIII, n° 11647.
Reinhardsmünster:  CIL XIII, n° 5989.
Niederbronn:           CIL XIII, n° 11681.
Ehl:                         CIL XIII, n° 10029 sq.
Schweighausen:       CIL XIII, n° 11678 a.

À Strasbourg même, à peu près la moitié des inscriptions appartient à cette légion. Un nombre incalculable d'étrangers appartenant directement ou indirectement à la légion a donc séjourné chez nous.
Une origine orientale est attestée par une inscription de Saverne (D. M. Evtici. Evtycho Evtyches Felix Evmenes Helius Carata Fil.), publiée par Forrer210, où nous rencontrons les noms grecs Eutyches et Eumenes à côté du latin (traduction!) Felix et du nom celtique Carats. Cette dernière semble être la fille. On peut donc admettre que ce Grec s'est marié dans le pays et a donné un nom celtique à sa fille.
Les noms d'Orientaux sont encore assez rares sur les inscriptions latines de l'Alsace, contrairement à ce qu'on observe p. ex. à Metz. Il faudrait cependant se garder de conclure ex silentio: l'influence des étrangers venus d'Orient était très considérable, aux premiers siècles de notre ère211. Signalons deux preuves très curieuses, quoique de provenance non alsacienne. À Audun-leTiche (arrond. de Thionville) on a trouvé une statuette de la déesse Isis212, importée d'Egypte; à Trèves on vient de publier des trouvailles extraordinaires: une série de caricatures de juifs du II° siècle de notre ère213. Ce sont des vases , fabriqués à Trèves même. Ce fait témoigne de la présence d'un nombre considérable de juifs dans le nord-est de la Gaule dès le milieu du II°siècle. Le commerce, particulièrement celui des esclaves, les avait attirés: nous savons que cette branche commerciale fournissait les blancs et les blanches de la Gaule aux demandes de l'Asie antérieure, de la Grèce et de l'Egypte.
Les Triboques qui séjournaient dans des régions étrangères sont assez fréquemment nommés. Signalons avant tout l'inscription suivante de Marbach (Wurttemberg)214: Deanae explorator(es) Triboci et Boi 1. 1. m.
Elle nous fait connaître l'existence d'une troupe d'éclaireurs triboques, en garnison sur le limes, dans le Württemberg. Il y avait de même des Triboques dans d'autres unités de l'armée romaine, comme ce Surus Sparuci f(ilius), dom(o) Tribocus, eques alae Claudianae novae, dont nous avons le monument funéraire à Vrlika près de Salona215.
La même région nous a livré le monument d'un Burrius Betulani f(ilius), Trebocus, miles cho(hortis) Aquitanorum, enterré à Ervace (Dalmatie)216.
La capitale nous a conservé une dédicace très curieuse d'un M. Ulpius Tertius, civis Tribocus, dont voici le texte217: Voto suscepto sacr. Iovi Optimo Max., Soli Divino, Marti, Mercur., Herculi, Apollini, Silvan. et dis omnibus et Genio imp. Hadriani Aug. et Genio singularium, M. Ulpius Tertius, cives Tribocus, Cl(audia) Ara, missus honest. mission. ex numer. eq. sing. Aug., VIII id. Ianuar. Asprenate II et Libone cos.218 b. Vot. solvit libens merito.
Et enfin une dernière inscription219: T. Nigrio Triboco ex Germani.a superiore, Luco Augusti.
Plus importantes que ces inscriptions seraient celles qui mentionnent des civils. Elles sont encore extrêmement rares: on ne connaît qu'une seule220 de Lyon:
Mattoni Restituti civis Triboci negotiatoris artis macellarine.
Ce commerçant de la région de Strasbourg était charcutier. Les deux villes où il a exercé son métier sont encore aujourd'hui réputées pour les produits de Vars macellaria.

14. - Le Culte des Dieux.

221

Il ne peut pas être question d'étudier, dans cet aperçu succinct, les cultes paiens de l'Alsace romaine. Ce serait un travail à part222. Mais en historien consciencieux nous devons poser la question suivante: si la tribu germanique des Triboques s'est installée en pays médiomatrique, et si la civilisation romaine est venue se superposer à l'ancienne culture, d'une façon tout à fait pareille dans les deux provinces, en Alsace et en Lorraine, ne peut-on pas peut-être remarquer quelques différences dans les cultes autochtones, ou au moins quelques particularités parmi les divinités, sur les deux versants des Vosges? Ne serait-il pas possible de saisir au moins des nuances, dont l'une ou l'autre pourraient être expliquée par la différence du fonds ethnique? La question n'a jamais été étudiée avec tout le soin qu'elle mérite. On s'est contenté d'un examen superficiel et on a enseigné et répété que ces différences n'existent pas223.
Cette doctrine est fausse.
Voici les différences qu'un examen critique de tous les monuments, de divinités indigènes de l'époque gallo-romaine nous a permis d'établir pour les Médiomatriques d'un côté et pour les Triboques de l'autre. Pour avoir deux territoires de grandeur à peu près égale, nous avons comparé les monuments du pays triboque avec ceux du département de la Moselle (Lorraine) en y ajoutant le Krummes Elsass, qui n'a jamais appartenu aux Triboques224.

I. Apollon qui est un dieu guérisseur chez les Celtes225 est assez connu en Lorraine, où ce rôle est bien saisissable, p. ex. à Sainte-Fontaine (E. 4436 et 4496) et à Weschheim (E. 4535, où le monument est faussement attribué à Sarrebourg), à cause des sources salutaires de l'endroit. En tout il se rencontre 15 fois chez les Médiomatriques entre la Moselle et la crête des Vosges - 2 fois sur le versant oriental (région de Haguenau et à Niederbrobnn, à cause des eaux, évidemment) - pas une seule fois dans la plaine alsacienne, véritable pays des Triboques.

II. Il en est presque de même pour Epone, divinité protectrice des chevaux. À l'ouest des Vosges, en Lorraine, et en pays trévire, nous avons le centre de son culte. Le Lorrain est un éleveur de chevaux célèbre et les Trévires, aux dires d'un connaisseur comme César, avaient la meilleure cavalerie de toute la Gaule. Nous rencontrons 20 monuments d'Epone entre la Moselle et les Vosges et seulement deux en Alsace. Et ces deux monuments proviennent de stations de relais, le long de grandes routes: de Strasbourg (sous la tour de la Cathédrale)226 et de Mussig227; ce dernier poste s'appelait Ad vicesimum (lapidem), comme Forrer l'a reconnu.
Ces deux exemples montrent que
1° Le dieu guérisseur celtique qu'on a assimilé à Apollon n'a pas été «reçu», adopté, par les Triboques germaniques -
ou bien son culte était, avant la romanisation, moins intense dans la Plaine alsacienne que sur le Plateau lorrain.
2° L'élevage du cheval était la ressource principale du paysan du Plateau lorrain. Mais dans les Basses-Vosges et dans la Plaine alsacienne son élevage n'était presque pas pratiqué: les Basses-Vosges n'ont fourni qu'un seul monument d'Epone. Il provient de SaintQuirin228 et fut jadis interprété comme une «Fuite en Egypte». Les Triboques de la plaine alsacienne étaient des éleveurs, de préférence. Le manque de monuments d'Epone, dans leur région, prouve que leur nombre était assez grand pour modifier les cultes celtiques de la région. Epone n'est pas connue des Germains.

III. «Jupiter correspond, en Gaule, à deux divinités distinctes. C'est d'une part un Jupiter proprement romain, divinité souveraine de l'Empire, véritable génie tutélaire du peuple romain229; et c'est, d'autre part, un Jupiter assimilé à une ancienne divinité indigène»230. Ces divinités sont faciles à distinguer: le dieu romain garde sa forme classique; l'autre, c'est le Cavalier au Géant, le dieu, de la tempête et du tonnerre, Taranis231.
Le Jupiter romain se rencontre trois fois en Lorraine et sept fois en territoire triboque. Cet état de choses trouve son explication, je crois, dans l'influence de l'armée, qui est très grande en Alsace et très faible en Lorraine, à l'époque romaine. Il faut cependant ajouter la remarque que le culte du Jupiter romain a pénétré dans les milieux indigènes.
Le Cavalier au Géant était avant tout le protecteur des fermes, ce que l'inscription si fréquente «in suo», ajoutée au nom du dédicant, indique déjà. Foudre, tonnerre, orages sont envoyés et écartés par lui. Il était universellement honoré dans les campagnes. Ni l'arrivée des Germains ni celle des Romains n'a modifié sa popularité. Par une curieuse coïncidence, nous connaissons aujourd'hui en Alsace 41 monuments de son culte et exactement autant entre la Moselle et les Vosges.
Le souvenir de cette divinité est resté vivant dans nos campagnes jusqu'à nos jours: sur quelques croix de campagne; Dieu le Père a emprunté les traits du Cavalier au Géant232. Ces croix se rencontrent tout aussi bien en Alsace qu'en Lorraine233.

IV. Mercure est le dieu le plus cultivé de là- Gaule. Hujus sunt plurima simulacra. Chez les Triboques et les Médiomatriques entre la Moselle et les Vosges, nous connaissons le nombre énorme de 166 monuments dédiés à Mercure. Si nous laissons de côté les 27 bas-reliefs du Donon, dont le temple était commun aux trois cités dont le territoire s'y touchait (Médiomatriques, Triboques et Leuques), nous avons 77 monuments chez les Triboques et 62 chez les Médiomatriques.
Nous ne pouvons pas supposer qu'une différence sensible se dessine, pour le culte de Mercure; à l'est et à l'ouest des Vosges. Car même si certaines particularités dans le culte des dieux étaient prouvées pour les Triboques, elles ne pourraient être saisissables dans le culte de Mercure, parce que Mercure a prêté son costume au dieu le plus répandu, et des Celtes, et des Germains234.
Mais pour sa compagne nous remarquons. une divergence de conception: les inscriptions qui nous révèlent le nom de la parèdre de Mercure portent en Lorraine Rosmerta,  en Alsace Maia, sans aucune exception235. On est donc en droit de supposer que les bas-reliefs anépigraphes représentant ce couple divin suivent la même règle; autrement dit que Maia ne se rencontre qu'en Alsace, et Rosmerta  exclusivemenent en Lorraine. (Nous n'envisageons ici évidemment que l'ancien territoire médiomatrique.) La raison me paraît devoir être cherchée dans l'influence de l'armée ou une romanisation plus intense en Alsace.
On me permettra, peut-être d'énoncer ici une petite hérésie. Lucain nous a transmis les noms des trois grands dieux des Celtes: Taranis (que nous avons reconnu dans le Cavalier au Géant), Teutatès, le père de la race celtique qui est, sans contestation possible, Sucellus-Dispater236, et Esus, représenté abattant un arbre, ouvrant le chemin ainsi défrichant, si l'on veut. C'est à l'activité humaine en un mot qu'il préside, comme Mercure. Il est certain que Mercure comprend plusieurs numina; en particulier assez souvent il nous apparaît dans le rôle de Teutatès. Mais plus j'étudie ces problèmes, plus je crois reconnaître Esus sous le costume de Mercure.
Il y a encore un autre argument en faveur de ma thèse: Il n'est pas possible qu'un des principaux dieux celtiques n'ait pas été représenté à l'époque romaine, si toutes les autres divinités du panthéon de nos ancêtres celtiques ont été figurées. Or de toutes les autres divinités représentées aucune ne peut être considérée comme l'équivalent d'Esus. Seul Mercure entre en ligne de compte. Mais ceci sort déjà du cadre que nous nous sommes tracé.

IV. Sucellus-Dispater est rarement représenté, chez nous. Probablement pour les raisons que nous venons d'esquisser. Mais il ne s'est pas toujours mêlé, par une contamination facile à comprendre, à Mercure. Notre région, l'Alsace et la Lorraine orientale, nous ont même conservé les monuments les plus importants du culte de Sucellus: d'abord la célèbre sculpture d'Oberseebach (E. 5564) ensuite les autels de Sarrebourg (E. 4566 = CIL 4543 et E. 4568 = CIIL 4543). C'est en partant de ce groupe que je me suis efforcé d'arriver à une solution du problème si difficile sur la nature et les fonctions de Sucellus et de Nantosvelta237.
Il s'agit d'un culte profondément enraciné, autochtone. Teutatès, le père de la race celtique, d'après la doctrine des Druides, maître de la vie et de la mort, était vénéré, chez nous, sous plusieurs aspects: preuve la célèbre stèle de Mercure de Strasbourg (E. 5490) où ce dieu porte le maillet de Sucellus; preuve le monument de Kirchnaumen, où Nantosvelta, la déesse à la hutte, attribut qu'elle porte sur ce bas-relief, est appelée Diana (E. 4429 = CIL 4469). Une ressemblance tout à fait fortuite a suffi pour amalgamiser deux divinités, dans l'occurrence le dieu au maillet et Vulcain: le maillet est l'attribut commun. Il n'y a pas de doute que le Vulcain de Rexingen (Lorraine) ne soit un dieu au maillet (E. 5699)238. Sa compagne, Nantosvelta, prend alors la forme de Vesta.
L'élément triboque, en Alsace, n'était pas assez fort pour faire disparaître le culte de Teutatès-Sucellus. C'est surtout sa parèdre, sous la forme de Diane, qui est bien représentée sur les deux versants des Vosges (à Kirchnaumen, St-Avold, Freybuss, Waldfischbach et au Hérapel - à Wasselonne, Oberbetschdorf et dans les environs de Haguenau).
On pourrait être tenté de voir une influence germanique dans le Dis Pater de Niederbetschdorf - seul monument de ce genre dans l'Est de l'ancienne Gaule; car comme je l'ai prouvé dans mon travail sur Sucellus et Nantosvelta, le domaine de Dis Pater, équivalent de Sucellus, est l'Allemagne du Sud. Mais on ferait fausse route de cette façon: ce Dis Pater est un dieu celtique, dans l'Allemagne du Sud également, car cette région était le berceau des Celtes.

V. César nous dit que les Germains vénéraient comme dieux le Soleil et la Lune238. On pourrait donc voir une survivance de ces idées dans l'inscription de Neehwiller:
   Soli et Lunae sac(crum)
   Edllius Visurionis
   (ex) iussu sol(vit) l(ibens) m(erito)
(CIL N° 6058). Ce serait également de mauvaise méthode. Car nous savons aujourd'hui que dans l'Est de la Gaule les cultes astraux des époques préhistoriques ont persisté jusqu'à la période romaine. J'ai réuni, en 1927, une série de preuves pour les Vosges et le territoire médiomatrique239; en 1928, j'ai ajouté les témoignages apportés par la céramique molettée de l'époque romaine240. Le symbolisme astral des stèles funéraires des Vosges et de l'Illyrie fut traité en 1929241. En 1930 enfin, j'ai signalé le rôle important des symboles astraux sur les représentations du dieu au maillet et des Matres242.
Il faudrait disposer d'un travail d'ensemble sur ce sujet difficile et important. mais d'ores et déjà, l'ancienne doctrine qui niait purement et simplement ces cultes paraît périmée243. L'inscription de Neehwiller a son pendant au Hérapel (CIL,. 4472 et 4477); là, personne ne parlerait d'influences germaniques.

VI. Nous avons dit qu'Apollon, dieu guérisseur par excellence chez les Celtes, est inconnu en Alsace. Puisqu'à Heiligenbronn, ce même dieu est le numen de la source salutaire, il se pose la question de savoir jusqu'à quel point les cultes dessources et celui des Matres sont représentés chez les Triboques. Rappelons que les Matres si fréquentes dans toute la Gaule sont primitivement et principalement des divinités de sources. Jullian a toujours enseigné que leur nom signifie quelque chose comme «Source fécondante». Nous ne voulons nullement nier l'existence de sources divinisées en Alsace; tout au contraire. Mais en étudiant le problème, on a nettement l'impression (l'état peu satisfaisant de nos connaissances sur ce point ne permet pas encore de préciser avec sûreté) que ces cultes sont moins fréquents chez les Triboques qu'en Lorraine, chez les Médiomatriques245.
Un fait est certain: les monuments des Matres sont beaucoup plus nombreux à l'ouest des Vosges qu'à l'est: les chiffres sont de 6 contre 2.
Là il paraît certain que l'influence des Triboques se fasse sentir. Et l'on peut affirmer que, pour exercer cette influence, le nombre des immigrants à dû être assez considérable.
Cette conclusion qui se dégage d'une simple statistique des monuments était rédigée, quand M. G. Drioux présenta la même observation pour le territoire des Lingons, pour une époque, il est vrai, postérieure246. D'après lui le culte des eaux n'est pas uniformément réparti sur tout le territoire lingon. Les stations se pressent au centre et au sud-est; elles sont clairsemées au nord-est. " Cette région du nord-est est précisément celle où l'influence barbare s'est le plus fait sentir. M. Chaume l'a récemment établi dans ses Origines du duché de Bourgogne. Il est certain, dit-il, qu'à l'aube du onzième siècle, c'est encore le vieux fonds celto-ligure qui forme l'élément essentiel de la population de notre province». Cela est surtout le cas au contact de la Saône supérieure, de la Vosge et de la plaine champenoise.
Dans le même ordre d'idées, il faut enregistrer une observation de Schweighaeuser, selon laquelle, dans la région des Vosges, la population allemande ignore les traditions relatives aux fées, tandis que la population française s'en occupe beaucoup (Mém. soc. Antiquaires de France, XII, p. 5)247.

VII. Fortuna, divinité romaine, ne se rencontre pas en Lorraine; l'Alsace nous en a restitué 8 monuments. J'y verrais l'influence de la légion de Strasbourg. Il en est de même des Quadruvioe, inconnues en Lorraine, et du Génius loci, divinité purement romaine (4 cas en Alsace, 2 à Metz).
Pour Mars et Minerve, je n'ose encore me prononcer; mais il s'agit dans un grand nombre de cas, de divinités indigènes qui se sont contaminées avec les nouveaux dieux des vainqueurs. Puisque dans l'état actuel de nos connaissances on n'en saurait rien conclure pour les Triboques et la grandeur de leur influence, nous n'entrerons par dans une discussion des problèmes.
En résumant on peut affirmer que l'influence étrangère apportée par les Triboques dans l'Alsace médiomatrique est aujourd'hui bien saisissable dans le culte des dieux.

15. - Le Culte des Morts.

Au nord de la Nahe, sur la rive gauche du Rhin, les formes de la civilisation de La Tène tardive sont beaucoup plus, nombreuses qu'au sud de cette rivière. Ce fait s'explique par l'arrivée des trois tribus germaniques des Vangions, Némètes et Triboques248. Mais les rites funéraires ne suffisent généralement pas pour distinguer nettement Celtes et Germains dans ces régions. Car vers le milieu de l'époque de La Tène, les premiers adoptèrent de leurs voisins le rite de l'ustion. Nous connaissons, notamment en Hesse Rhénane, des cimetières mixtes, où il y a inhumation (Celtes) et ustion (Germains) dans la même nécropole. En Alsace, rien de pareil n'a encore été signalé.
Mais à l'époque de César, au moins chez nous, l'usage de l'ustion était général. Et puis les Germains, de leur côté, se romanisent rapidement. Ce sont les raisons qui rendent la distinction entre les tombes triboques et les tombes médiomatriques assez difficile.
Il est certain que parmi les centaines de tombes de l'époque romaine de notre province il y en a un grand nombre qui
abritaient des Triboques. Les méthodes perfectionnées de notre science nous permettrons probablement à l'avenir de les reconnaitre249.
Mais nous connaissons aujourd'hui suffisamment les rites funéraires du nord-est de la Gaule pour saisir quelques différences chez les Triboques, quoique l'étude de la tombe celtique soit encore dans ses débuts250.
Vers la fin de l'époque de la Tène, nous voyons surgir, chez les Celtes, une forme absolument nouvelle de la tombe la stèle-maison, c'est-à-dire un bloc en pierre imitant non seulement la forme extérieure des habitations, mais aussi leur disposition intérieures251. Cette stèle-maison n'indique pas la tombe comme, par exemple, la stèle romaine: elle est la tombe, car les cendres du défunt y sont abritées. Cette forme de la tombe se rencontre chez la plupart des tribus de l'ancienne Gaule, dans des variantes très diverses, mais qui reflètent toujours les mêmes croyances sur le sort de l'individu après son décès. Il est à remarquer que le nord et le sud de la Gaule sont très pauvres ou même, par endroits, complètement dépourvues de ces monuments. La«celticité» (si je puis m'exprimer ainsi) de ce groupe de monuments n'en paraît que mieux établie252.
Or de toutes les tribus les Médiomatriques ont le mieux conservé cette forme de la tombe, à un tel degré que, jusqu'en 1927, on voulait assigner un caractère nettement médiomatrique à tout ce groupe de monuments.
Que voyons-nous dans la plaine alsacienne, ancien territoire des Triboques?
Les stèles-maisons y manquent totalement253. Les derniers représentants ont été trouvés, sur le versant oriental des Vosges, à
l° Wangenbourg (inédit; trouvé en 1928)
2° Wasselonne (Bullet. Soc. conserv. Mon. hist. d'Alsace, 1864/65, p. 93)
3° Schweighausen (Jahresber, Hagenauer Alt. Vereins, IV, 1914, p. 32)
4° Walbourg (publié avec le monument N° 2)
5° Zinswiller (Cahiers d'Archéolog. d'Als., 1934, p. 212 sq.);
Il paraît donc établi que la forme typique de la tombe des Médiomatriques, au Ier et II° siècles de notre ère, ne soit pas représentée dans la plaine alsacienne. La stèle-maison se développe au contact de la civilisation autochtone avec celle des Romains. À cette époque les Triboques étaient encore des Germains, peu influencés par le milieu dans lequel ils vivaient, encore moins par la civilisation romaine. Mais il se dégage de cette observation la même conclusion que nous avons déjà pu tirer à l'occasion de l'étude des cultes indigènes: le nombre des Triboques installés chez nous a dû être considérable.
Une deuxième forme de la tombe, romaine et indigène cette fois, est constituée par les «caissons en pierre», espèce de récipient formé de deux moitiés, chacune avec une excavation (ronde, la plupart du temps), qui renferment les restes de l'ustion du cadavre. Contrairement à la doctrine courante, je suis arrivé, en étudiant ces récipients de cendres, à la conviction qu'ils sont d'origine indigène254. Cela est certain pour un grand nombre d'entre eux. (Je ne puis recommencer ici ma démonstration). Or, ces récipients qui se rencontrent dans toutes les nécropoles gallo-romaines des
Vosges qui ont fourni des stèles-maisons, et péle-mêle avec eux255, sont très fréquents dans l'ancien pays des Triboques. Cette forme a persisté et continué à être employée quand la stèle-maison avait disparu.
Dans certaines nécropoles où les deux formes mélangées, en Lorraine surtout, on arrive à la conclusion que le récipient en pierre était plutôt la forme de la tombe des petites gens. On peut donc dire, dans l'état actuel de notre matériel: ou bien l'emploi des «caissons», si fréquents dans les nécropoles gallo-romaines de l'Alsace, témoigne de la persistance de cette classe de la société, sous la domination triboque, ou bien leur emploi témoigne de la romanisation progressive des immigrants. Cette romanisation, nous l'avons déjà remarqué, était en même temps une «celtisation».
Il y a une troisième particularité de la tombe gallo-romaine en Alsace qui, à certains archéologues, a paru réfléter une influence triboque; ce sont les «urnes à visages» qui ne sont pas précisément rares à Strasbourg. M. Forrer donne, dans son Argentorate-Strasbourg (p. 730), la reproduction d'une douzaine d'exemplaires.Ces urnes appartiennent à l'époque romaine. On connaît, aux époques préhistoriques, deux centres, en Europe, où ces urnes se rencontrent: l'Etrurie et la région entre le cours inférieur de la Vistule et le cours moyen de l'Oder256. On les assigne à la première époque du Fer. On a mis nos urnes à visages en relation tantôt avec l'un de ces groupes, tantôt avec l'autre; sans preuve, évidemment.
Les urnes à visages, à Strasbourg, ne sont pas, normalement, des récipients de cendres; mais, occasionnellement, ils servaient de tels. Puis ces urnes sont de l'époque romaine. À priori, un rapport avec les deux groupes nommés paraît exclu. Pour expliquer leur présence, à Strasbourg, comme à Metz, du reste257, il faut simplement rappeler que dans la région de Cologne ces urnes étaient fabriquées sous l'Empire258. Ils témoignent donc, jusqu'à plus ample informé, de relations avec la région de Cologne, de relations et influences peut-être germaniques, mais nullement triboques.
À cause des rites funéraires (ustion) nous ne disposons pas de matériel somatologique avant l'époque de Constantin. Le précieux materiel d'un cimetière gallo-romain à Strasbourg259 a été étudié, au point de vue anthropologique, par notre savant confrère le Dr Blind260. Mais il date, comme M. Blind l'indique, «d'une époque où la fusion des deux races était déjà prononcée».
En résumant, on peut dire que nous ne saisissons pas encore la tombe triboque avec netteté. Cela peut tenir aux influences du milieu, celtiques et romaines, qui ont dû altérer profondément les rites funéraires des immigrants germaniques dans la plaine d'Alsace. Mais il est plus probable que des particularités et «triboques» qui doivent caractériser ces tombes, n'aient pas toujours été reconnues ou notées.
Que dire si le rite si connu et si celtique de tordre les armes avant de les déposer, avec les cendres, du défunt, dans la sépulture, est encore considéré, parfois chez nous, comme germanique?

16. - Les Invasions barbares.

Nous avons dit plus haut que nous savons très peu de l'histoire politique de la cité des Triboques. Les seuls événements guerriers qui, aux premiers siècles de notre ère, se déroulent au moins en partie, dans nos régions, sont les invasions des Germains. Elles sont nombreuses et saisissables aujourd'hui, grâce aux cachettes de monnaies, enfouies pendant ces temps troublés, et plus cherchées par leurs anciens propriétaires, après le danger261.
M. Forrer262 a rendu attentif à la répartition de ces cachettes qui indiquent probablement quelques troubles, entre Strasbourg et Wissembourg, pour les années 162 et 171 où les Germains, attaqués sur le Danube par les empereurs Marc Aurèle et Commode263 semblent avoir inquiété la rive gauche. Nous connaissons en effet des cachettes de monnaies d'Altenstadt et d'un endroit indéterminé de l'arrondissement de Wissembourg, enfouies à cette époque (162). S'ajoutent probablement celles de Strasbourg (Metzgertorhafen) et de Lembach.
Pour la seconde invasion (171), on signale des cachettes, plutôt dans -le Haut-Rhin264. En 233/234, une invasion plus sérieuse a atteint la région de Strasbourg. On peut le conclure des dépôts de monnaies de Strasbourg (Saint-Pierre-le-Jeune), avec plus de 150 deniers, dont le plus récent date de 225, et d'un deuxième, plus modeste, devant la porte de Cronenbourg265. Peu de temps après, en 275 /76, une invasion germanique bouleversa la cité des Triboques. En 278 seulement, les envahisseurs étaient complètement refoulés, comme saint Jérôme le rapporte: Probus Gallias a barbaris occupatas ingenti virtute restituit. Les cachettes de nos régions nous réflètent l'étendue de l'invasion: des rouleaux de pièces d'argent de la Stampfgasse266, contenu important d'une bourse, rencontré près de l'Usine à gaz267 et enfin le grand dépôt d'environ 2500 quinaires de Tetricus de la rue des Echasses268. M. Forrer ajoute les monnaies de la Wantzenau et deux autres dépôts de moindre importance; il en tire la conclusion «qu'un grand nombre d'habitants a dû être tué ou conduit en esclavage, puisque tant de gens n'ont plus pu récupérer leur argent enfoui»269.
Une grande invasion d'Alamans de 298 est encore saisissable dans le dépôt rencontré en 1730 près de l'Hôtel de la Préfecture qui contenait plus de 200 pièces. Le dépôt de Niederrentgen270 (17.000 pièce) en Lorraine montre que la Lorraine a partagé le sort de l'Alsace271.
Une génération plus tard, en 341 /42, il y eut une nouvelle invasion, cette fois de Francs, marquée par le dépôt de Quatzenheim (1.000 pièces)272 et par deux petites cachettes à Strasbourg même (Weissturmtor et Schiflieutgässchen). Il est difficile de distinguer l'époque exacte des derniers dépôts; l'un ou l'autre peut aussi être en rapport avec la nouvelle invasion des Alamans en 352 /353.
Les empereurs Julien et Valentinien ont reconstruit les castella de l'Alsace; M. Forrer croit que les fortifications de Strasbourg avaient été rendues si solides que les années suivantes, les Germains l'ont évité sur leur passage. En tout cas, pour l'époque postérieure, plusieurs dizaines d'années, nous ne connaissons aucun dépôt de monnaies ni à Strasbourg ni dans ses environs; mais bien dans le Haut-Rhin (Illzach) et à Ehl (7.000 pièces)273, qui marquent l'invasion des années 377 et 378.
En 401 Stilicho rappela la plupart des garnisons romaines du Rhin et du Danube en Italie pour, les opposer aux Visigoths274. C'est à cette époque que les monnaies romaines s'arrêtent à Niederbronn275 et à Sarrebourg276.
En 406 une nouvelle ruée d'Alamans mit fin à l'époque romaine de l'Alsace et à la cité des Triboques. Saint Jérôme277 est un témoin direct.

17. L'Alsace primitive.

Le territoire des Triboques tel que nous l'avons examiné et délimité dans les pages qui précèdent, la plaine entre le Rhin et la crête des Vosges, entre la Seltz et l'Eckenbach, constitue une région qui, depuis l'arrivée des Médiomatriques au moins, en tous les cas depuis plusieurs siècles avant notre ère, se distinguait fonciérement des régions voisines, notamment de la plaine alsacienne du département actuel du Haut-Rhin. Un examen critique des détails reste cependant à faire pour ce département. Il sera, j'espère, présenté ici même, sous peu.
La Civitas Tribocorum n'est plus nommée vers l'an 400 de notre ère: à cette époque, la Notitia dignitatum (Occid., c. 5, 130, et c. 27) mentionne le Tractus Argentoratensis, qui comprend évidemment la même région. De 400 à 612 environ, nous n'avons, dans la tradition littéraire, aucun nom pour le territoire de l'ancienne cité. Frédégaire, pour l'année citée, nous donne un nouveau nom (il écrit vers 642): Alesacius. Si ce nom avait existé à l'époque de Grégoire de Tours, il est certain que cet auteur l'aurait noté. Alesacius est donc une appellation qui fut donnée à notre province entre 591 et 642. À cette époque l'Alsace était occupée par les Francs. C'est eux qui ont appelé leurs frères qui s'étaient établis en pays étranger, ali-sassen, «ceux qui sont installés en pays étranger». On peut également admettre, pour le nom du pays, pas des habitants, la forme d'ali-sass278. Ermoldus Nigellus, vers 830, le dit expressis verbis.
Le nouveau nom était bientôt universellement employé, comme le montrent les Traditiones Wizenburgenses: In pago Alisacinsae 695, in pago Alisazinse 724, in pago Alsaciorum 739. Il ne comprenait que l'ancien territoire triboque, donc vers le sud, il ne s'étendait que jusqu'au Landgraben279. Ce n'est qu'à partir du VIII° siècle, que le nom d'Alsace commence à s'appliquer également au Südgau280.
L'ancien territoire des Triboques qui formait encore une division administrative à l'époque carolingienne, survit encore aujourd'hui dans l'organisation civile et administrative de nos départements, dernière survivance de relations plusieurs fois millénaires.

E. Linckenheld
Annuaire de la Société Historique, Littéraire et Scientifique du Club Vosgien
                            Edité sous les auspices de la Société par Fr. Ritter
                                       Nouvelle série volume IV (1-2) 1936
                                        Strasbourg Imprimerie Alsacienne


l) Fasc. I de la deuxième partie, N° 5959-6072; Fasc. IV (1916) et récemment Fincke, 17. Bericht d. röm.-germ. Kommission, 1928, p. 1. (Cité: CIL).
2) Tome VII (1918), n° 5458-5722 (Cité: Espérandieu). Le tome XI, sous presse, apportera des suppléments.
3) Paru en deux volumes, en 1927.
4) Les monnaies gauloises ou celtiques trouvées en Alsace, 1925.
5) Les éléphants, hippopotames et l'Homme de l'époque quaternaire (Bullet. Soc. hist. nat. de Colmar), 1924.
6) Des enceintes fortifiées préhistoriques, romaines et anhistoriques d'Alsace (Bull. Soc. conserv. mon. hist. d'Alsace), 1926.
7) Dans le Bullet. du Folklore français, probablement en 1935.
8) Cet étonnement ne fait que grandir quand on voit que nos provinces voisines disposent de pareils outils de travail; comme la Suisse (Staehelin, Die Schweiz in römicher Zeit, 2e éd.), l'ancien Grand-Duché de Bade (Fabricius, Besitznahme Badens durch die Römer), le Palatinat (Sprater, Die Pfalz unter den Römern. 2 vol., 1929-1930), la Rhénanie (Schumacher; Siedlungs. u. Kulturg. d. Rheinlande, vol. II, 1923, époque romaine), la Lorraine (Keune, Ann. lorr., 1897.p. 155 sq.). (L'article Mediomatrici dans Pauly-Wissowa, Realencyklopädie d, klass. Altertumswissensch., par Kramer a de grandes lacunes). Une admirable synthèse vient d'être publiée par l'infatigable. Keune: Civitas Mediomatricorum (Els.-Lothr. Jahrbuch, VIII, 1829, p. 10-39). - En 1859, A. Coste a publié L'Alsace romaine; études archéologiques, «auctor fere ineptus» en dit le Corpus, XIII, p. 143.
9) Ces répertoires sont un des desiderata de notre science. Aujourd'hui ce travail ne saurait être fait que par arrondissement ou département. Pour la Lorraine, six arrondissements ont été pourvus de cet instrument de travail: Arrondissement de Sarrebourg, 1929. - Arrondissements de Forbach et de Sarreguemines, 1932. - Arrondissement de Boulay, 1933. - Arrondissement de Thionville, 1934. Les deux autres Château-Salins et Metz, le seront bientôt.
10) On a contesté l'authenticité de ce passage; Meusel, qui, par ailleurs. a le plus grand mérite pour l'établissement du texte des commentaires, n'a pas été suivi par C. Jullian, qui défendait toujours énergiquement leur authenticité. L'hypercritique de Klotz, Coesarstudien, pour lequel à peu près tous les passages qui contiennent une information géographique ou éthnologique sont des Einschiebsel, a accéléré la réaction. Aujourd'hui leur authenticité est presque généralement admise. Cf, les dernières éditions françaises de L.-A. Constans (Hachette et Budé) et surtout le livre de F. Beckmann, Geograpbie. und Ethnographie in Caesras Bellum Gallicum, 1930.
11) On peut, je crois, aujourd'hui établir les frontières de ces pagi. J'ai parlé de ces problèmes à différentes reprises dans mes Répertoires archéologiques de la Moselle. Un travail d'ensemble sur le problème est en préparation.
12) M . A. Grenier a exprimé le même avis dans un article des Dernières Nouvelles de Strasbourg, en 1921. Il n'est, du reste, nullement prouvé que les Médiomatriques soient venus des rives de la Marne. Sur la similitude des deux noms, cf. E. Linckenheld, Mélanges Sarmento, Guimarâes (Portugal), 1933, p, 193.
13) Bell. gall., I, 51, 2:  «Tum demum necessario Germani suas copias castris eduxerunt generatimque constituerunt paribus intervallis, Harudes, Marcomannos, Triboces, Vangionea, Nemetes, Sedusios, Suebos.»
14) Ibid., I, 31, 5: «Horumprimum circiter milia XV Rhenum transisse...postea  traductos plures; nunc esse in Gallia ad centrum et viginti milium numerum.»
15) roptarer yod puucis mertsibus ante llarudum milïa at>naûaem X X I Y ad eum venissent.»
16) A. Grenier, Populations gauloises de l'Alsace au moment de la conquête romaine, Dernières Nouvelles de Strasbourg, 28. XI. 1921.
17) Ibid., 1, XXXVI, 7, où Arioviste dit «(Coesarem) intellecturum, quid invicti Germani, qui inter annos XIV tectum non subissent, virtute passent.» Le premier ban, les Suèbes dont précisément Arioviste était le roi (Pline, Hist. nat., II, 170, parle d'un rex Sueborum qui ne peut être qu'Arioviste. César, Bell. gall., I, 53, dit que sa première femme, quant domo secum duxerat, était Sueba natione) étaient arrivée en 71; les Harudes seulement en 58; les autres, notamment les Triboques, entre ces deux dates.
18)  L. Schmidt (Hermes, XLII, p. 509) prétend qu'Arioviste était le roi précisément des Triboques. Son raisonnement est le suivant: Pomponius Mela mentionne un rex Botorum qui ne peut être un autre qu'Arioviste. Or Schmidt change ce nom incompréhensible, il est vrai, en Tribocorum.
19) Gluck (cf. Holder, Altkelt. Sprachschatz, II, e. 1491) pense à tri- («trans») et boc («tumor»), traduit donc «jenseits der Berge (Vosges) wohnend ». Cette étymologie est refutée par la considération suivante: En 58, César rencontre les Triboques dans l' armée d'Arioviste. Il les appelle de ce nom. À cette époque ils n'habitaient pas «jenseits der Berge» et n'y avaient jamais habité, puisqu'ils n'étaient venus qu'après 70 avant J.-C. Donc l'explication proposée est inexacte. Les Triboques s'appellent ainsi en arrivant sur le sol de la Gaule.
20)  Il serait faux d'admettre que toutes ces tribus dans l'armée d'Arioviste et que César énumère, aient reçu leurs noms seulement en Gaule. C'étaient des tribus qui existaient longtemps auparavant. Je souligne ce fait parce que, implicitement, on agit comme s'il en était autrement.
21) Domaszewski, Fabricius (Besitznahme Badens d. die Römer, p. 19) et d'autres ont voulu préciser, en se servant d'une inscription de Benningen-Marbach que nous traiterons tout à l'heure. II n'en est rien. Cf. K. Schumacher, Siedlungsund Kulturgesch, d. Rheinlande, 11, 1923, p. 134.
22) Voir R. Much dans Hoops, Reallexikon d. german. Altertumskunde, N, 1918 /19, p. 388.
23) César, Bell. g., VII, 75, 3: «Galli... certum numerum cuique civitati imperandurn statuunt. Imperant serra milia ... Mediomatricis.» Parmi les cités celtiques, seuls les Rèmes, Lingons et Trévires ne fournirent pas de contingent. -César, avant la bataille décisive, avait déjà exprimé les lignes directrices de sa politique rhénane: il avait offert des champs aux Germains, en Gaule même. Cela résulte clairement de son texte; cf. Bell. g., 35, 3:«Ne quam multitudinem homisum amplius trans Rhenum in Galliam traduceret»; et plus tard, 43, 9: «Si nullam partem Germanorum domum remittere posset, ut ne quos amplius Rhenum transira pateretur.»
24) Tacite, German., 26. - Voir Mommsen, Röm. Geschichte, t. III, p. 257; C. Jullian, Hist. d. 1. Gaule, t. III, p. 240, et t. IV, p. 103; Zangemeister, CIL, XIII, 2 p. 152; R. Holmes, Caesar's Conquest of Gaul, 2e éd., 1911, p. 481.
25) Voir sur cette question en dernier lieu E. Linckenheld, Les Limites de la Belgica et de la Germania en Lorraine (Mémoires d. l. Soc. archéolog. lorraine, 1930/31, p, 208).
26) Bell. g., I, 31, 5. Cf. I, 31, 10: «Propterea quod Ariovistus in eorum (= Sequanorum) finibus consedisset tertiamque partem agri Sequani, qui esset optimus totius Galliae, occupavisset, et nunc de altera parte tertio Sequanos decedere juberet
27) M. A, Grenier, La Vie en Alsace, 1929, p. 74, l'admet.
28) Nous avons traité ces questions dans notre travail sur les Limites de la Belgica et de la Germania en Lorraine, cité plus haut.
29) C. Jullian, Hist. d. l. Gaule, t. IV, p. 70. - «Ce que l'on appelait une cité était bien plus qu'une ville et que sa banlieue: c'était géographiquement un territoire où l'on trouvait une capitale, plusieurs pagi, quelques petites villes, un certain nombre de villages, vici, et un nombre incalculable de propriétés rurales c'était, politiquement, un corps organisé, qui se souvenait d'avoir été un Etat souverain», dit Fustel de Coulanges, La Gaule romaine, p. 228.
30) Sur le Landgraben, voir plus bas.
31) Keune, Ann. lorr., X, p. 5: «Wann der rheinische Teil des Gebietes der Mediomatriker abgetrennt wurde, wissen wir nicht. Doch fällt diese Abtrennung doch wohl schon vor die Zeit, wo dieser Gebietsteil, von der belgischen Provinz losgelöst, zu der nunmehr eine selbständige Provinz bildenden Germania superior gehörte.» Riese, Westdeutsche Zeitschr., Korresp.-Bl., XIV, 1895, c. 65 et surtout 151, et Bonn. Jahrb., 83, p. 61, admet l'organisation des Triboques en cité seulement à partir de l'année 90, date de la création de la Provincia Germania superior.
32) Voir sur cette réorganisation Hirschfeld, Klio, VIII, 1908, p. 404-408.
33) Koepp, Die Römer in Deutschland, 2e éd., 1912, p. 69 et 176, donne la bibliographie.
34) Atlas historique, Carte Il, avec texte explicatif, p. 12. Desjardins, Géogr. histor. et administr. d. 1. Gaule, t. 111, 1885, p. 240, manque de précision sur ce point.
35) Entre autres Keune, Ann. lorr., X, p. .5. - Riese, 1. 1, p. 151.
36) Röm. Geschichte, t. V, p. 107; C. Jullian, Hist. d. 1. Gaule, t. IV, p. 135, en donne la bibliographie. - Voir pour ce qui suit mes Limites, p. 2 de l'édition à part.
37) Tacite, Annale, 1. I, 57, le dit.
38) Hist. d. 1. Gaule. t. IV, p. 103, n. 6.
39) Ibid., t. IV, p. 135, n. 1.
40) Cf. Florus, II, p. 30: «Hac clade factum est, ut imperium, quod in litore Oceani non steterat, in ripa Rheni fiuminis staret
41) Schoepflin, Alsatia illustr., t, I, p. 21, a été le premier à relever ce fait; cf. A. Schricker, Aelteste Grenzen u. Gaue im Elsass, dans Strassburg. Studien t, II, 4e fasc., 1884, p. 2.
42) Werner (L.-G.), Contribution à l'étude du Taennchel, dans Bullet. soc. ind. de Mulhouse, 1927. C. Jullian (Rev. d. Etud. anc., 1928, p. 120) pensait «à des constructions qui pouvaient se rattacher à la vie de ces puissante féodaux que rencontre César.» Voir E. Linckenheld, Bibliogr. lorr., XI. n° 259.
43) Je pense publier prochainement ce travail. II s'agit là, entre le Taennchel et le Donau, de la frontière triboco-leuque.
44) E. Linckenheld, La Limite entre la Belgica et la Germania en Lorraine, déjà mentionné; Une frontière romaine, étudiée sur le terrain, dans la Revue des Etudes anciennes, 1932, fasc. 3 et 4. Du même Längs uralter Völkergrenze durch die Nordvogesen, Elsassland, 1932, septembre à décembre. Le travail cité en premier lieu a eu un supplément, Nouveaux critères pour établir une ancienne frontière, dans les Mémoires d. 1. Soc. arch. lorraine, 1934, sous presse.
45) E. Linckenheld, Un sanctuaire de frontière des Médiomatriques et des Leuques, dans le Bull. d. 1. Soc. archéol. lorr., 1929. Sur Saint-Qairin, voir du même Saint-Quirin et !e culte du chêne en Lorraine, dans l'Annuaire du Club Vosgien, I, 1933, p. 11 sq. - Le «Sac de Pierre» est une ancienne borne.
46) Silvain est dans l'est un dieu des hauteurs, comme P. Steiner vient de le prouver (Trierer Zeitschr., VIII, 1933, p. 74).
47) E. Linckenheld, Les Monuments mégalithiques de la Lorraine, dans la Revue de Folklore français, 1932, p. 168 sq.
48) E. Linckenheld, Nouveaux critères pour établir une ancienne frontière, 1934.
49) E. Linckenheld, St. Quirin u. Mutterhausen, archäologisch gedeutet, Elsassland, XI, 1931, p. 265.
50) Qui s'appelait Marckbach (ruisseau de frontière), cf. mes Nouveaux critères.
51) Ce nom n'a jamais été reconnu dans toute sa signification; il est très rarement mentionné: je ne le trouve pas dans le Reichsland (s. v. Steinbach, évidemment). Mais C. Kuhn, dans son livre sur Niederbronn et ses environs, 2e éd., Paris, 1866, p. 98, le mentionne: «En allant de Lembach au château de Fleckenstein on aperçoit à gauche la vallée de Steinbach (Marckbach), si riche en vieilles ruines du moyen âge». - Le Reichsland énumère trois Marckbach qui, pour d'autres régions, semblent intéressants.
52) Voir sur ce lieu Kraus, Kunst u. Altertum in Els.-Lothr., IV, p. 15 et 45.
53) Le Steinbach a été proposé comme frontière par nous-même; à partir de Lembach, on admet depuis deux générations au moins le tracé indiqué; cf. Schricker, Strassburg. Studien, 11, p. 329 et 340; CIL XIII, 2, 1, 1905, p. 139.
54) Schricker, Strassburg. Siudien, Il, p. 329 et 340 1, E. Linckenheld, Elsassland, XII, 1932, p, 376.
55) A la page 239 et 240.
56) P. 372,
57) Geogr., 2, 9, 9.
58) Voir pour tout ce passage CIL XIII, 2,.1, p. 140 sq.
59) O. Hirschfeld, Die röm. Meilensteine (Sitzungsber. d. Berliner Akademie, 1907, p. 165 sq.); Cagnat, Cours d'Epigraphie latine, 4e éd., 1914, p. 272.
60) Elle est décrite par Hertzog, Bullet. Als., II, 1858, p. 313 ; Moblet, Ibid., IV, 1861, p. 83 ; Straub, Ibid., XIII, p. 371.
61) Cagnat, Cours d'Epigraphie latine, 4e éd., 1914, p. 220.
62) Schoepflin l'a publiée; cf, Hist. de l'Académie d. Inscriptions, XV (1743), p. 456, et Alsat. illustr., I, p. 550, p, 1, 7. Tous les autres ne font que répéter son texte.
63) La Vie en Alsace, 1929, p. 77.
64) Sur ces questions voir Forrer, Ein neolithischer Pfahlbau bei Erstein-Murgiessen und die verwandten Fundstellen im Elsass (Anzeiger f. els. Altertumsk., 1912, p. 243-267). X. NESSEL a publié ses constatations dans Antiqua, 1887, n° 10, p. 83. Tout récemment, printemps 1934, on a découvert une station semblable à Strasbourg (Porte de Schiltigheim).
65) A. W. Naue, Die Denkmäler der vorrömischen Metallzeit im Elsass, 1905, p. 215 sq.
66) Grenier, 1. 1. p. 75.
67) Voir Naue, Die Denkmâler der vorröm. Metallzeit im Elsass, 1905, p. 215 sq.
68) Ammianus, XVI. 2, 12: «Audiens Argentoratum, Brocomagum, Tabernas, Salisonem, Nemetas et Vangionas et Mogontiacum civitates barbaros possidentes territoria earum habitare.»
69) Sur ces événements et l'emplacement de la bataille, cf. R. Forrer, Découverte de phalères honorifiques romaines d' Ittenheim et la bataille du César Julien de l'an 357 (Cahiers d'Archéol. d'Als., 1932 /32, p. 17-46). Les travaux les plus récents sur cette bataille sont Jullian, Hist. d. 1. Gaule, VII, p. 190-196 ; J. Bidez, La vie de l'empereur Julien, 1930, p. 149-155 ; E. Nischer, Die Schlacht bei Strassburg i. J. 357 n. Chr., dans Klio, Beiträge zur alten Geschichte, XXI, 1927, p, 391-403, pour ne citer que les ouvrages des dernières années. Voir sur ces trois A. Grenier, Bibliogr. alsacienne, IV, 1933, p. 122
70) Elles sont publiées CIL XIII, 2, 1, 1905, nos 6010-6016.
71) CIL XIII, 6013, au Musée de Strasbourg. Elle fut trouvée en 1866 et publiée par Chardin, Rev. archéolog., 1867, XV, p. 159 ; De Morlet, Bullet. soc. Cous. mon. hist. d'Als.. 2e sér., V, 1868, p. 65, avec dessin.
72) Voir sur ces questions de Schauenburg, Bull. Soc. conserv. mon. hist. d'Alsace, 21, sér., 11, 1864, - A. Riff, Ein frührömisches Gräberfeld in Stephansfeld bei Brumath (Anzeig. f. els. Altertumsk., 1912, p. 232 et 270. et. 7. Bericht d. rörn.-germ. Kommission, 1914, p. 207 sq. F. A. Schaeffer, La nécropole gallo-romaine de Stephansfeld-Brumath (Cahiers d'archéolog. d'Alsace, 1923, p. 124-138, et 1924, p. 215-224).
Il existait jadis, à Brumath, chez M. Starli, directeur de l'asile, un manuscrit orné de XXI planches, Antiquités de Stephansfeld, peintes en 1858, par I. B. Boesch, de la collection de David Richard. Ce manuscrit a été présenté à la Société pour la conservation des monuments historiques, en 1859, par M. Richard. Les rédacteurs du Corpus l'ont vu, en 1884 ; cf. CIL XIII, p. 153. Depuis il a été copié par le musée de Strasbourg.
73) Ad. Riff, 7. Bericht d. röm. german. Kommis., 1914, p. 207.
74) Cf. C. Jullian, Hist. d. 1. Gaule, IV, p. 521.
75)  Les origines préhistoriques de Strasbourg (Cahiers d'Archéologie d'Alsace, 1925/26, p. 286-315); cf. également. Argentorate-Strasbourg, I, p. 17°'--41°. Les nouvelles découvertes devant la Porte de Schiltigheim compléteront cette image.
76) von Apell, Argentoratum, ein Beitrag zur Ortsgeschichte von Strassburg (Bullet. Soc. cons. mon. hist. d'Als., XII, 1884, p. 53 sq.)
77) Holder, 1. l., c. 209 sq., cite Argenteus et Argentilla; il doit exister un grand nombre de courants d'eau dont le nom dérive de argento.
78)  Forrer, Argentorate - Strasbourg, I, p. 220 sq., a réuni les observations. - En juin 1934, ce fossé a de nouveau été constaté dans la cour du lycée Fustel de Coulanges. Je rendrai compte de ces observations dans les Cahiers d'Archéolog. d'Alsace, 1935.
M. Forrer a donné un aperçu utile sur le Strasbourg romain dans le XV° Bericht d. röm.-german. Kommission, 1923-24, paru en 1926, p. 99 sq.
79)  Travaux fondamentaux: R. Forrer, Anzeiger, 1913, p. 388-399 ; 421-431; - 1914, p. 448-473 ; - 1915, p. 520-587 ; 595-625 ; 625-678.
80) R. Forrer, Die Ziegel und die Legionsstempel sua dem römischen Strassburg (Anzeiger, 1913, p. 353-375) ; Argentorate-Strasbourg, p. 13 sq.
81) C'est Vespasien qui l'y conduisit; voir plus bas. Cf. aussi Forrer, Cahiers d'Archéol. d'Alsace, 1918, p. 927.
82)  Forrer, Ibid., 1913, p. 362, pl. I, 3, 5, 6.
83) Ritterling, VII. Bericht d. rörn.-germ. Kommission, p. 22.
84) Pauly-Wissowa, Realencyklopoedie, art. Legio, c. 1783.
85)  Ritterling, 1. 1., c. 1363 et sq.
86)  Ibid., c. 1365 sq. - Cf. CLOTZ Ernst, Geschichte d. legs VIII Augusta Thèse, inscr. à la Bibliothèque de Fribourg et de Berlin (cf. Germania, 1923, p. 42). On admet l'année 70 comme date de son arrivée sur le Rhin (d'après TACITE, Hist., IV, 68). Voir aussi G. Wolff, Zur Chronologie der Ziegelstempel der VIII. Legion, Röm.-german. Corrbl., VIII, p. 33, et IX, p. 65.
87) Westdeutsche Zeitschr., Corrbl., III, 1884, p. 132.
88) Ibid., XX, p. 297 (Invent. d. Musée, n° 3704): vase estampillé de la VIIIe légion, trouvé en 1900.
89)  P. 231, 7.
90) Geogr., II, 9, 9.
91) CIL XIII, no 5967, où il y a la bibliographie.
92)  R. Forrer, Das römische Zabern, Bullet. d. l. Soc. p. 1. conserv. d. Mon. hist. d'Alsace, XVI, 1918, p. 1-153, et en forme de livre.
93) Les quelques traces d'époques préromaines sont signalées par Forrer, 1. 1., P. 11.
94) Annuaire lorrain, IX, 1897, p. 166 sq., Tres Tabernae sur la Via Appia, Tribus Tabernis sur la Via Aemilia, Tres Tabernas sur la Via Equatia, etc. Voir maintenant A. Grenier, Archéologie gallo-romaine, II, 1, 1934, p. 284 (capital).
95) Voir son catalogue, 1. 1., p. 14-19. Il s'agit de 307 pièces.
96) Voir les autres routes dans Wolfram-Gley, Elsass-Lothr. Atlas, 1931, carte 6, qui est mieux pour l'Alsace que pour la Lorraine, pour l'époque préhistorique au moins.
97) Linckenheld-HERTZ, Sarrebourg depuis les origines, 1924, p. 21.
98) Cela résulte du récit d'Ammien Marcellin (ap. Riese, p. 267): «Conversus hinc Julianus ad reparandas Tres Tabernas, munimentum ita cognominatum, haud ita dudum obstinatione subversum hostili (quo aedificato constabat ad intima Galliarum, ut consueverant, adire Germanos arceri) et opus ope celeriua eonsummavit et victum defensoribus ibi locandis ex barbaribus messibus, non sine discriminis metu collectum militis manu, condidit ad usum anni totius».
99) Il serait encore pire de vouloir reconnaître des localités différentes sous ces graphies en partie erronées, comme on l'a proposé; cf. O. Cuntz, Zeitschr. f, d. Gesch. d. Oberrheins, N. S., XII, 1897, p. 437-458.
100) Helvetus et ses environs (Ballet. d. l. Soc. p. 1. conserv. d. Mon. hist. d. l'Alsace, 1863 /64, p. 113). Le musée de Mulhouse possède un manuscrit du même auteur, avec beaucoup de dessins. - Avant Nicklès, A. COSTE (L'Alsace romaine; Etudes archéologiques, Mulhouse, 1859, p. 98) a donné quelques renseignements sur les anciennes voies de la région. Pour notre époque, voir L. G. Werner, Les antiquités d'Ehl, 1913. - Une «Carte topographique et archéologique d'Helvetus et de ses environs» a été publiée par Nicklès en 1864 (lithographie E. Simon, Strasbourg).
101) Les monnaies gauloises... trouvées en Alsace (Bullet. d. Musée histor. de Mulhouse, 1925) et à part, p. 19-35.
102)  Forrer, Cahiers d'archéol. d'Alsace, 1928 /29, p. 159 sq., et Revue d'Alsace, 1930, p. 269 sq.
103) L.-G. Werner, Bullet. archéolog. Comité, 1927, p. 345, et Revue d'Alsace, 1929, p. 506.
104) Corpus, XIII, 10029-46 ; voir Bonner Jahrb., CXXV, p. 36.
105) Espérandieu VII, no 5472, qui l'assigne au Haut-Rhin.
106) CIL, XIII, no 5959.
107) P. 252 sq.
108) «Prope Tribuncos et Concordiam munimenta Romana fixit.»
109) Alsatia illustrata, I, p. 232. ,
110) Wolfram-Gley, Elsass-Lothring. Atlas, 1931, Carte 6, propose le tracé indiqué.
111) Schoepflin, l. l., p. 233: «In Altenstadiensi area et agro multa antiquitatis Romance documenta, nummi, testas, fictilia rasa eorumque fragmenta, effodiuntur frequenter ».
112) CIL XIII, no 6077.
113) Espérandieu VII, no 5573.
114) Aug. Heintz, Die Pfalz, 1865, I, p. 584,
115) Voir E. Linckenheld, dans Pauly-Wissowa, Realencyclopoedie, s. v.
116) Sept inscriptions, CIL XIII, 6047-6073 ; 18 monuments figurés: Espérandieu, VII, nos 5585, 5594/96, 5598/5602, 5604 /10, 5630, 5639.
117) Les monnaies gauloises trouvées en Alsace, 1925, p. 52.
118) Helisaeus Roesslin, Beschreibung des Niederbronner Bads, Strassburg, 1593.
119) Forrer, 1. 1., p. 52 sq. Voir aussi la suite.
120) E. Linckenheld, Cahiers d'archéolog. d'Als., 1934, p. 212.
121) Sur les mardelles Cf. Colbus-Wichmann, Ueber die Maren oder Mertel in Lothringen (Lothr. Jahrbuch, XV, 1903, p. 218). Colbus, Neue Untersuchungen von Maren (Ibid., XVII, 1905, p. 236). E. Linckenheld, Die lothring. Mertel (Elsassland, VIII, 1908, p. 237). Le même, Les Mardelles de Lorraine (Bullet. Soc. philomath. d'Als.-Lorr., VII, 3, 1927 ; Le même, Archoeolog. Repertorium d. Kreise Forbach und Saargemünd, 1932, p. 10.
122) D. Haeberle, Zur Kenntnis der Maren Südwestdeutschlands und Lothringens (Geographische Zeitschr., XXXIV, 1928, p. 260). Kirschner, F., Erdlöcher, Pfühle,Tümpel oder Dolinen in der Umgebung von Pirmasenz (Pirmasenzer Geschichtsblätter, 1929, p. 13-14). -
123) Meyers, Studien zur Siedlungsgeschichte Luxemburgs, 1932, p. 12,
124) Depuis 1918, on a signalé dans le Bas-Rhin la découverte d'une seule villa romaine, à Epfig (E. Stocker, Cahiers d'Archéol. d'Alsace, III, p. 1156). Pour le département de la Moselle, on signale une dizaine de villas à Gondrexange (E. Linckenheld, Revue histor. de Lorraine, 1932), une petite villa à Holbach (A. Marion, Cah. lorr., 19,31), une grande à Schwerdorf (E. Linckenheld, Archäol. Repetor. d. Kreises Bolchen, 1933, s. v.) et deux petites à Laudrefang (E. Linckenheld, Une nouvelle voie romaine en Lorraine,Fédérat. hist. de la Lorraine, 1934 (sous presse)).
125) Voir la notice citée dans la note précédente.
126) A. Reusch, Römische Villen im Kreise Saarburg (Lothr. Jahrb., 1912, p. 302).
127) Welter-Heppe, Die gallo-rümischen Villen bei Kursel. (Ibid., 1906, p. 413).
128) A Gondrexange, j'ai pu constater que ces petites fermes de l'époque romaine formaient un grand domaine: les villas se trouvent à une distance sensiblement égale (700 m) les unes des autres et elles sont reliées entre elles par une route pavée.
129) Sur Téting, cf. Tornow, Jahresber. d, Vereins f. Erdkunds in Metz, V (1882), p. 31. Abel, Mém. Soc. archéol. d. 1. Moselle, XVII, p. 115. Kraus, Kunst u. Altertum in Lothr., 1889, p. 982 (important). -Sur Saint-Oury, cf Wichmann, Lothr. Jahrb., X, 1899, p. 171. - Sur Rouhling, et A. Grenier, Ibid., XVI, 1904, p. 259, et XXII, 1910, p. 525 (Keune). Sur Sarraltroff, cf. Welter-Heppe, Ibid., 1908, p. 152. - Sur Mackwiller, cf. Ringel et Jung, Bullet. Soc. cons. mon. hist. d'Als., III, 1858/60, p. 166. La bibliographie complète se trouve dans mes Répertoires archéologiques des différents arrondissements de la Lorraine (Moselle).
130) Sur ces murs qui bordent de larges chemins voir l'ouvrage cité, dans la note suivante.
131) E. Linckenheld, Répert. archéolog. de l'arrond. de Sarrebourg, 1929, p,.10.
132) Sur les «chemins creux» (aussi des Basses-Vosges), voir A. Vincent, Revue d. Etud. anciennes, 1929, p. 339.
133) Je pense publier prochainement une notice sur l'«Enceinte agricole du Hengsthourg près de Dabo», exemple tout à fait typique du genre.
134) Pour le Pays de Dabo, cf. T. Welter, Die Besiedlung der Vorstufen der Vogesen enter besonderer Berücksichtigung des gebirgigen Teiles des Kreises Saarburg (Lothr. Jahrb., 1906, p. 371, avec supplément de Keune, p.398.) A. Reusch, Keltische Siedlungen in den Vogesen (Ibid., 1911, p. 417). Fuchs, Die Kultur d. keltischen Vogesensiedlungen, Zabern, 1914, et Ausgrabungen auf der keltischrömischen Siedlungsstätte des Wasserwaldes (Anzeig. f. els. Altertumsk., I, 1909, p. 28). E. Linckenheld, Dreiheiligen (Elsassland, CII, 1927, p. 199). Cf. du même Répertoire archéolog. de l'arrond. de Sarrebourg, 1929, et Cahiers d'Archéolg. d'Alsace, 1928/29, p. 128. - Sur la région de Niederbronn, cf. Ch. Matthis, Etablissements gallo-romains entre Reisacker, Toegelsbusch et Hochscheid (Ibid., 1921, p. 1246). - Pour le Pays de Bitche, un travail d'ensemble manque. En 1933, j'ai relevé de traces près de Baerenthal; à signaler également l'Eichelberg près de Eguelshardt ; voir Ch. Matthis, Bullet. archéol. du Comité, 1922, p. CLIV, et A. Grenier, Bibliogr. lorr., VIII, 1927, p. 169. - Pour le Palatinat, voir Littig, Germania, II, 1928, p. 39.
135) Das römische Zabern, 1918, p. 10, et Les monnaies gauloises trouvées en Alsace, 1925, p. 66.
136) Cf. Grenier, Bibliogr. alsacienne, IV, 1033, p. 119.
137) J'ai exprimé ces idées dans mes Stèles-Maisons chez les Médiomatriques et en Gaule, 1927, p. 106, et XVII. Bericht d. röm.-german. Kommission, 1927 (paru en 1929), p. 135.
138)  Les travaux les plus importants sont les suivante: 1. RAVENEZ, L'Alsace illustrée par D. Schoepflin, vol. 1 et 2, Mulhouse, 1849, avec cartes, t. 2, p. 48. - 2. De Morlet, Les voies romaines du département du Bas-Rhin (Bullet. Soc. cons. mon. hist. d'Alsace, Ire sér., IV, 1861, p. 38-104, avec une très bonne carte). - 3. O. Cuntz a traité les itinéraires en tant qu'ils concernent l'Alsace (Zeitschr. f. d. Gesch. d. Oberrheins, N. S., XII, 1897, p. 437-458). - 4. Winckler, Versuch z. Aufstellung einer archäolog. Karte d. Elsasses (Ibid., 1896, et à part), est souvent superficiel. -  5. F. Stolle, Die Römerstrassen der Itinerarien im Elsass (Elsäss. Monatsschrift, 1911, p. 270 sq.). - 6. K. S. Gutmann, Bericht über die Strassen forschung im Elsass (VII. Bericht d. röm.-germ. Kommission, 1912, p. 16-25). - 7. R. Forrer, Elsäss. Leugen- und Meilensteine (Jahrb. d. Vogesen-Clubs, 1917). - 8. J. Naher, Die Militärstrassen und Handelswege in Süd-Deutschland, in Elsass Lothringen und der Schweiz, 1887. - Gutmann vient de publier trois cartes sur l'Alsace-Lorraine dans l'Elsass-Lothringischer Atlas de Wolfram-Gley, Frankfurt, 1931. La carte 6 est consacrée à l'époque romaine et indique le réseau routier. Cette carte constitue aujourd'hui le meilleur guide. A. Grenier, Archéologie gallo-romaine, II, 1, 1934, p. 443, donne la bibliographie de ces travaux pour l'Alsace.
139)  Ce que Schumacher disait, il y a 25 ans, est encore valable (Berichte d. röm.-germ. Kommission, 1906 /07, p. 31): «Auf dem ganzen linken Rheinufer ist wie die römische, so auch die vorrömische Wegeforschung trotz mehrerer verdienstvoller Einzelarbeiten überall noch im Rückstande, wed hier niemals Organisationen mit genügenden Geldmitteln für grüssere zusammmhängende Untersuchungen geschaffen wurden.» Voir aussi Siedlungs- und Kulturgeschichte, II, 1923, p. 234.
140) A. Grenier, Archéologie gallo-romaine, II, 1, 1934, p. 184 .
141) L. G. Werner, La voie romaine du Vosges dans la Haute-Alsace, Assoc. franç. p. l'Avancem. d. Scienc., 1920, p. 578.
142) Grenier, Archéologie gallo-romaine, 11, 1, 1934, p. 164, souligne ses relations avec la région du Sel (Marsal, Dieuze), à l'époque préromaine. D'après Schumacher Bericht d. röm.-germ. Kommission, 1906/07, p. 15), la communication Metz-Strasbourg était réalisée avant l'an 44 de notre ère.
143) Gutmann, Dans l'Elsass-Lothringer Atlas de Wolfram-Gley, 1931, carte 6, propose, hypothétiquement, un autre tracé, par Woerth et Goersdorf. L'un, de mon avis, n'exclut pas l'autre.
144) K. Schumacher, Siedlung. und Kulturgeschichte d. Rheinlande, 1, 1921, p. 190.
145) Voir sur cette route E. Linckenheld, Les Limites de la Belgica et de la Germania en Lorraine, 1932, p. 100, pour la vallée de la Zinsel, et Archaeolog. Repertorium d. Kreise Forbach u. Saargemünd, 1932, s. v. Walschbronn, pour cette région. - Dans un avenir proche j'espère publier une notice, sur les anciennes voies de la région de Bitche; cf. Annuaire d. Club. Vosgien, II, p. 24.
146) Voir sur ces questions E. Linckenheld, Un Sanctuaire de frontière des Médiomatriques et des Leuques: N.-D. de Délivrance au pied pied du Donon (Bullet. soc. archéolog. lorr., 1930, décembre).
147) Keune, Els.-Lothr. Jahrbuch, VIII, 1929, p. 13. Toute la question est étudiée maintenant par le même savant dans la Festschrift Schumacher, 1930, p. 254.
148) CIL XIII, p. 141.
149) Une certaine confirmation, au moins un argument ex silentio, est fourni par la grande inscription de Brumath (CIL XIII, n° 60131) qui nomme une domaine de Triboques, mais aucun civis.
150) C. Jullian, Hist. d. 1. Gaule, II, p. 14 sq.
151) Ek. Staritz, Els.-Lothr. Atlas, Frankfurt, 1931, carte 8 a.
152) Je pense publier prochainement quelques indices.
153) Hieronymus, Praefat. ad libr. II in epist. ad Galatas (Migne, t. VII, p. 357): «Galata propiam linguam eandem paene habere qnam Tréviros.»
154) Voir Keune, Ana. lorr., IX, 1897, p. 158 et la note précédente.
155) Wolfram-Gley, Elsass-Lothr. Atlas, Frankfurt, 1931, carte 29.
156) A. Laugel, Noms de lieux d'origine celtique en Alsace et en Lorraine (Revue d'Alsace, 1926-1927).
157) Ces deux derniers noms sont une survivance de l'administration romaine. Sur les «Colonne», cf. A.-Grenier, Archéologie gallo-romaine, 11, 1934, p. 249. Sur Vicenz, cf. Forrer, Cahiers d'Archéol. d'Alsace, 1921, p. 1250.
158) Au n° 5992 (du Col de Saverne), on lit MAGIORIX ET QVINTVS SECVNDI FIL. HOLDER (Altkelt. Sprachschatz, II, c. 378) rapproche le premier nom du germanique Mag-rîh. Mais les noms celtiques formée avec Magi(o) sont aussi fréquents que ceux en -rix. Voir les exemples chez Holder.
159) Pour plus de détails voir Keune, Els.-Lothr. Jahrbuch, VIII, 1929, p. 19.
160) Bell. Gall., I, 40, 11.
161) Ibid., 11, 24, 4 ; César dit qu'ils avaient la meilleure cavalerie de tout la Gaule.
162) Siedlungs- und Kulturgesch. d. Rheinlande, 1, 1921, p. 146.
163) Déchelette, Manuel d'Archéologie, 11, 2, p. 545.
164) Pour la Lorraine, cf. Paul, Marc., L'Art minier et l'Evolution de la Métallurgie à travers les âges (Revue lorr. d'Anthropol., 1930/31, p. 35-92). Pour le Palatinat, SPRARER, F., Die Pfalz unter den Römern, 11, 1930, p. 93 sq.
165) L. Beck, Festschr. d. röm.-germ. Centr. Museums, 1902, p. 6.
166) Germania, 1932. Cf. également E. Linckenheld, Datierbare Eisenlupen (Bios, 1, 1926 /27, p. 345).
167) E. Linckenheld, La Station néolithique du Schirmerter près de Kirchnaumen (Bull. d. l. Soc. préhist. franç., 1932, novembre).
168) F. A. Schaeffer, Un dépôt d'outils et un trésor de bronces de l'époque galloromaine à Seltz, Haguenau, 1927.
169) Dans le Palatinat nous avons en tout cas, à l'époque romaine, une industrie du cuivre à Eisenberg, situé sur les confins du territoire médiomatrique; cf. F. Sprater, Die römischen Bronzegeftisse im histor. Museum d. Pfalz (Pfälz. Museum, 1918, p. 1 et 29).
170) Uhlhorn, Die Potin- Münzen der Leuker (Bios, 1928) et Forrer, Les mines de Sainte-Marie-aux-Mines et l'antimoine dans les monnaies des Leuques et des Séquanes (Cah. d'archéol. d'Alsace, 1927, p. 54).
171) Bulletin offic. du Club Vosgien, 1926, p. 149 ; cf. E. Linckenheld, Nouveaux jalons d'une ancienne frontière (Mém. Soc. archéolog. lorr., 1934).
172) E. Linckenheld, Les Limites de la Germania et de la Belgica en Lorraine, 1932, p. 87.
173) F. A. Schaeffer, Fund einer gallo-römischen Spengler- und Schreinerwerkstütte in Seltz (Bios, 11, 1927, p. 15).
174) CIL XIII, 5989. Keune a récemment réuni ce que nous savons des lapicidinae de l'époque romaine; voir Pauly-Wissowa, Realencyklopaedie d. klass. Altertumswissensch., II, A, s. v. Saxanus, c. 266-307.
175) Forrer, Das römische Zabern, 1918, p. 48.
176) Les Vases céramiques ornés de la Gaule romaine, 1904. 2 vol. Le meilleur ouvrage est aujourd'hui F. Ostwald et T. Davies Pryce, An introduction to the study of Terrasigillata, treatet from a chronological standpoint, Londres, 1920 ; cf. également E. Fabricius, article Limes dans Pauly-Wissowa, Realencyklopaedie. d. klassisch. Altertumswissensch., t. XIII, 1925.
177) La région de l'Allier avait déjà une industrie céramique très florissante à la fin de l'époque de La Tène; elle exportait ses vases peints jusqu'au Rhin; cf. K. Schumacher, Praehistor. Zeitschr., VI, 1914, p. 252.
178) Die röm. Terrasigillata-Töpfereien von Heiligenberg u. Ittenweiler, 1911.
179) Cf. R. Knorr-F. Sprater, Die westpfälzischen Sigillata-Töpfereien von Blickweiler u. Eschweiler Hof, 1927, p. 26.
180) W. Ludovici a publié quatre catalogues admirables sur les produits de Rheinzabern, de 1901 à 1912.
181) Cf. Knorr-Sprater, l. 1., p. 87, qui indiquent brièvement ces relations.
182) P. 24, n. 4.
183) Ritterling, Pauly-Wissowa, Realencyclopoedie der klaas. Altertumswissensch., Art. Legio, c. 1655-1657.
184) Ibid., c. 1653.
185) Les monnaies gauloises trouvées en Alsace, 1925, p. 105.
186) Cf. CIL XIII, 8639, de Birten: Deo Silvano CesArinius Ammansius, ursarius legionis XXX, et l'inscription de Cologne (Röm.-germ. Corrbl., II, 40, p. 65) qui dit que plusieurs officiers de la première légion ont pris 50 ours, dans six mois (cf. Riese, no 556). On doit donc admettre, pour nos Vosges, une richesse extraordinaire de ces animaux. Sur la grande faune des Vosges, à l'époque romaine, cf. E. Linckenheld, La Chasse dans les Vosges à l'époque gallo-romaine, Elsassland, VI, 1926, p. 186, et Les chevaux sauvages, bisons, aurochs et élans dans les Vosges, L'Anthropologie, t. 38, 1928, p. 245.
187) R. Forrer, Ein versunkener spâtantiker Mühlueintramport in Wanzenau bei Strassburg, Anseig. f. els. Altertumskunde, 1911, p. 131.
188) Moselverkehr in alter und neuer Zeit, Trierer Heimatbuch, 1925, p. 19-60, et Verkehr auf der Mosel vor 1800 Jahren, Elsass-Lothringisches Jahrbuch, Frankfurt, I, 1922, p. 27-43.
189) Histoire de la Gaule, II, p. 230, puis Revue d. Etud. anc., XX, 1918, p. 285, et XXIII, 1921, p. 220.
200) Exemples: Juliomagus (Angers), Noviomagus (Nijon près Bourmont), Mosomagus («Marché de la Meuse», Monzon), etc. A. Grenier vient de réunir le matériel complet sur cette question, Archéologie gallo-romaine, IV, 1, 1934, p. 277.
201) C. Jullian, 1. 1., p. 239, avec de nombreux exemples.
202) E. Linckenheld, Un nouveau sanctuaire de frontière au pied du Donon, Bullet. Soc. archéolog. lorr., 1930, décembre.
203) E. Linckenheld, Etudes de mythologie celtique, Ann. lorr., 1929, p. 125*
204) E. Linckenheld, Les limites de la Belgica et de la Germania en Lorraine, Mém. Soc. archéolog. lorr., 1930/31, p. 18 (du tiré à part).
205) ADAM, Der Zaberner Messtag in alten Zeiten, 1901, p. 4 sq.
206) E. Linckenheld, Nouveaux jalons d'une ancienne frontière, Mém. Soc. archéolog. lorr., 1933.
207) E. Linckenheld, Les Limites (cité), p. 75.
208) Corpus, N° 14644 a.
209) Die röm. Inschriften und Bildwerke Württembergs, p. 538, n° 377.
210) Bullet. Soc. conserv. Mon. hist., 25, 1918, p. 58 (= Espérandieu, n° 5890) Voir maintenant Fincke, 17. Bericht d. röm.-germ. Kommission, 1928, p. 47, n° 144.
211) Ces influences sont étudiées par Scheffer-Boichhorst, Zur Gesch. d. Syrer im Abendland (Mitteil. d. Instit. f. österreich. Gesthichtaforsch., VI, 1885, p. 521). L. Courajod, Leçons professées à l'Ecole du Louvre, I, 1899, p. 507. S. Reinach, Gazette des Beaux-Arts, 1894, p. 39. G. Wolfram, Ana. torr. XVII, 1905, p. 318. A. Michaelis, Ibid., VII, 1895, p. 157, et XVII, 1905, p. 213. L. Bréhier, Les colonies d'Orientaux en Occident au commencement du moyen âge, (Byzantinische Zeitschr., XII, 1913, p. 159). Tout récemment Julian, Hist. d. l. Gaule, t. VI et VII.
212) Keune, Aus der ältesten Vergangenheit d. Kreise Diedenbofen, 1914, p. 20.
E. Linchenaeld, Archaeolog., Repertor. d. Kreise Diedenhofen, 1934, p. 14.
213) Trierer Zeitschr., VI, 1931, p. 104.
214) CIL XIII, n° 6448 (= Riese, 1801).
215) Corpus III, 3164 = 9816 (Riese 2089 /90).
216) Corpus III, 9760 (Riese 2091).
217) Corpus VI, 31139 (Riese 2092).
218) C'est l'an 128.
219) Corpus, VI, 22981.
220) Corpus, XIII, n° 2018.
221) Le chapitre a été lu à la séance de mai 1934 au comité de la Soc. Cons. Mon. hist. d'Alsace.
222) G. Drioux vient d'étudier Les Cultes indigènes des Lingons, Paris, 1934. C'est un livre indispensable aujourd'hui à tous ceux qui s'occupent de mythologie celtique.
223) Voir p. e. le Recueil d'Espérandieu, t. VII, 1918, p. 123: «Les Gaulois de la Basse-Alsace ne furent vraisemblablement qu'un rameau des Médiomatriques ou des Leuques. Du moins, on n'aperçoit pas de différence dans le nombre et la nature des monuments que les uns et les autres nous ont laissés».
224) Les limites entre ces deux cités sont évidemment celles que nous avons établies et indiquées plus haut. Nous avons exclu de notre statistique, délibérément, les bronzes, parce que ces objets, souvent importés, ont beaucoup circulé.
225) César: Bell. gall., VI, 17, 1: Apollinem morbos depellere (habent opinionem).
226) Forrer, Revue archéologique, 1927, t. XXV de la V° série, p. 97.
227) Cahiers d'archéolog. d'Alsace, 1921, p. 1250.
228) E. Linckenheld, Répert. archéolog. de l'arrondiss. de Sarrebourg, 1929, p. 96 ; le même, Elsassland, X. 1930, p, 131.
229) Perdrizet, dans Daremberg-Saglio, Dictionnaire des antiquités, III, p. 711.
230) G. Drioux, 1. 1. p. 39.
231) E. Linckenheld, Etudes de mythologie celtique en Lorraine, Annuaire lorrain, 1929.
232) J'ai prouvé ce fait étrange dans mes Etudes de mythologie celtique en Lorraine, 1929, citées à l'instant.
233) L'Art populaire en France, 111, 1931, p. 183.
234) Chez les Germains, le dies Mercurii devient Wuotanestac, vieux-nordique Odimdagr.
235) Cf. Corpus, XIII, 4311 et 4312 avec 6018 et 2025. Ce fait n'avait jamais été relevé.
236) Voir plus bas.
237) E. Linckenheld, Sucellus et Nantosvelta, Revue de l'Histoire des Religions, 1929. Sur Sucellus voir surtout l'admirable article de Keune, dans Pauly-Wissowa, Realencyklopaedie d. klass. Altertumswissensch. L'équation Sucellus = Teutatès = Dis Pater est presque prouvée par l'inscription de Niederbetschdorf (CIL 6071) ; la preuve est fournie dans mon travail cité dans la note suivante.
238) Voir sur le culte de Vulcain chez les Médiomatriques, les Senons et les Cisalpins, E. Linckenheld, Mélanges Sarmento, Guimarâes (Portugal), 1933, p. 193. Récemment M. E. Kruger a traité le problème du Vulcain celtique dans la Praehistor. Zeitschr., XXIII, 1932, p. 284. (résumé); cf. A. Grenier, Rev. d. Et. anc., 1933, p. 183..
239) Bell. gall., VI, 21, 3: «Deorum mimera eos solos ducunt, quos cernunt et quorum aperte opibus iuvantur, Solem et Vulcanum et Lunam
240) Les Stèles-Maisons en Gaule, p. 77 sq.
241) Les symboles astraux sur la céramique à la molette (Bullet. Soc. Amis d. l. Sarre, V, 1928).
242) Revue celtique, XLVI, 1929, p. 29.
243) Sucellus et Nautosuelta, p. 17 (du tiré à part).
244) Je prépare ce travail depuis longtemps.
245) Sur l'importance capitale de ces cultes dans l'intérieur de la Gaule, voir le livre de Drioux, Les Cultes indigènes des Lingons, 1934, notamment pour la «Lingonie».
Autre observation importante: dans le Haut-Rhin, les sources divinisées ou sacrées sont certainement beaucoup plus fréquentes que dans le Bas-Rhin. Le matériel complet n'est pas encore classé (et ne saurait l'être ici). Mais la conclusion peut être considérée comme certaine.
246) Cultes indigènes des Lingons, 1934, p. 177.
247) S. Reinach, Cultes, mythes et religions, III, 1913, p. 382.
248) Schumacher, Siedlungs- u. Kulturgesch. d. Rheinlande, I, 1921. v. 130.
249) Il y a 80 ans, on assignait, dans la Plaine alsacienne et dans les Basses-Vosges, aux Triboques toutes les particularités dans les rites funéraires qui n'étaient pas considérées comme romaines; les travaux de Beaulieu, de l'abbé Siffer et de beaucoup d'autres, sont remplis de ces identifications erronées.
250) E. Linckenheld, La tombe celtique à la fin de l'époque de La Tène: I. La stèle. II. L'Ornementation de la stèle, (XV° Congrès international d'Anthropologie, et d'Archéologie Préhistorique, Paris, 1931 (paru en 1933), p. 486.),
251) Voir sur ces problèmes E. Linckenheld, Les stèles funéraires en forme de maison... en Gaule, Paris, 1927.
252) Cette doctrine est admise par les spécialistes les plus compétents, en France par C. Jullian, Rev. Etudes Anciennes, 1927, p.301; S. Reinach, Rev. archéolog., 1927, II, p. 187; A. Grenier, Bibliogr. lorraine, 1927; p. 70 ; en Belgique par Cumont, Revue belge de philologie, VI, 1927, p. 100; L. Halkin, Bullet. bibliogr. d. Musée belge, 1929, 5, VI; en Suisse, par O. Tschumi, Germania, 1930; en Allemagne par J. B. Keune, Els.-Lothr. Jahrbuch, VII, p. 212 ; F. Behn, Mainser Zeitschr., XXII, 1927, p. 70 ; en en Autriche par A. Schober, Jahreshefte d. österreich. archeolog. Instituts, XXVI, 1930, p. 33 ; en Angleterre, Connaissent, 1928, January; au Portugal par M. Cardozo, A ultima descoberta arqueologica na Citânia de Brieteiros,
1931, p. 44; en Espagne par Santa Olalla, Investigacion y Progreso, 1932, p.148, etc.
253) E. Linckenheld, Hausgrabsteine in Süddeutschland, Germania, XV,1931, p. 30.
254) E. Linckenheld, Notice sur les récipients funéraires en pierre et leur emploi en Gaule, (Bullet. et Mém. de l'Institut finistérien de Préhistoire, 1929.)
255) Zinswiller a livré une stèle-maison et une trentaine de «caissons».
256) Pour être complet, on pourrait énumérer plusieurs autres régions. Cela serait sans importance pour la question.
257) Voir Keune, Altertumsfunde in Lothringen (Annuaire lorrain, XXII, 1910, p. 510, fig. 5).
258) F. Behn, Röm. Keramik, p. 213 eq.
259) Straub, Bullet. Soc. cons. mon. hist. d'Alsace, XI, 1879 /80.
260) Histoire anthropologique de l'Alsace, Revue alsacienne ill., V, 1903, p. 89.
261) A. Blanchet, Les trésors de monnaies romaines et les Invasions germaniques en Gaule, 1900.
262) Argentorate-Strasbourg, 1927, p. 284 sq.
263) A. Riese, Das rhein. Germanien in den antiken Inschriften, p. 14.
264) Voir Forrer, 1. 1., p. 285.
265) Forrer, Ibid., p. 310.
266) Cahiers d'archéolog. d'Alsace, 1909, p. 72.
267) Forrer, 1. 1., p. 329.
268) Mitteilungen d. Gesellsch. z. Erhalt. d. gesch. Denkmäler d. Elsass, XVIII, p. 3.
269) Forrer, l. 1., p. 330.
270) Annuaire lorr., VIII, 2 (1896), p. 1 sq.
271) Les trois monnaies de Bentingen (Moselle) rencontrées près du ruisseau (Ann, lorr., XI, 1899, p. 372), ne constituent nullement un «dépôt»; on pourrait plutôt penser à des offrandes: C. A. Grenier, Archéol. Gallo-romaine, II, p. 185.
272) Forrer, 1. 1., p. 333, aussi pour les deux cachettes qui suivent.
273) Mitteil. Gesellsch. z. Erhalt. d. gesch. Denkm. d. Elsass, IV, p. 112.
274) Schmidt, Gesch. d. deutsch. Stämme, I, p. 204 sq., Il, p. 288.
275) Ch. Matthis, Aus Niederbronns alten Zeiten, 1901, p. 60.
276) E. Linckenheld et A. Hertz, Sarrebourg depuis les Origines, 1924, p. 41.
277) Epistulae, I, n° 123, p. 408.
278) Nous n'entrons pas dans une discussion des différentes hypothèses proposées; cela paraît superflu. Voir un bon résumé Reischsland, p. 258.
279) L'argument de H. Bloch, Die Einheit des Elsasses (Korrespondenzbl. d. Gesamt-Vereins d. deutschen Geschichts- u. Altertumsvereine, 48, 1900, p. 264 sq.) est un argumentum ex silentio qui ne prouve absolument rien: Les Traditiones Wizenburgenses ne pouvaient rien citer dans le Haut-Rhin, puisque Wissembourg n'y possédait rien. Cela ne prouve pas que le nom d'Alsace s'y appliquait.
280) Schricker, Strassburger Studien, II, p. 890.
juillot@in2p3.fr  Pierre JUILLOT
I.P.H.C Strasbourg